Les larmes de Sitaël (Legendion, #3)

  • Titre : Les larmes de Sitaël (Legendion, #3)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Les mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Attention, ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les deux précédents tomes. J’évoque des éléments qui pourraient vous gâcher l’excitation de la découverte. Je vous rappelle que même si vous changez d’Echo/de page, vous vous en souviendrez.  

C’est avec un immense plaisir que je chronique le troisième opus des aventures d’Eloran et Lerena, confié par son auteur via SimPlement.pro. Un grand merci de me faire une nouvelle fois confiance.

Après la catastrophe de Saint-Reheal, la flotte royale retourne vers Escasam. Le petit groupe s’allie pour défendre le secret d’Eloran et éviter que sa véritable nature soit révélée au roi. Les choses se compliquent lorsque ce dernier entreprend des audiences pour comprendre ce qui s’est passé dans le camp des Naurs et à la cité maritime. Parallèlement, un événement marquant ce produit. Les anges fuient la sphère céleste pour se réfugier parmi les mortels. La Reine Ecarlate brise leur hiérarchie palier par palier vers un but qui reste encore un mystère. L’approche d’Ocaria est imminente tout comme le danger les guettant.

Ce roman alterne des épisodes du passé et du présent. Le voile sur l’amitié entre Erathostène et Sinaï Hallebardier se lève à mesure que le souverain récupère ses souvenirs. La haine que ce premier voue aux Forces Interdites s’effrite. Ce qui laisse ses hommes abasourdis par ses états d’âme. Le sauvetage des anges est orchestré par Ohen un peu partout sur terre. L’ensemble de ces événements me donne l’impression que l’action principale se dérouler en dehors du navire.

La traversée est plutôt calme la majeure partie du bouquin. Comme un moment de repos malgré les questions du roi dont les interrogatoires sont pacifiques, et les visions d’Evelène. Eloran ose aborder le sujet de sa mort ce qui soude l’équipe.

Suite au pion que l’ennemi avait avancé sur le plateau de jeu à la fin du deuxième livre, j’étais dans l’attente de voir les malheurs qu’il allait engendrer. J’ai trouvé le délai un peu long bien que beaucoup de choses se passent et de nombreuses histoires sont narrées sur des personnages secondaires comme Olakma et Mamias. Même la nature de Mésange-Lugubre est expliquée en même temps que la conception philosophique de l’âme, de l’esprit et du corps dans l’Echodria. L’intérêt se situe vraiment en dehors du bateau et dans le passé pendant les deux tiers de l’intrigue.

L’auteur continue à exploiter les mêmes thèmes que dans les précédents romans. Alors qu’il mettait en évidence l’horreur des Echos où on peut revivre plusieurs fois la même douleur, il tire parti de toutes les facettes de son univers en abordant le côté positif d’avoir une âme répartie entre différents corps pendant une durée limitée. Ainsi, Eloran peut profiter du temps qu’il lui reste pour se concentrer sur l’accomplissement de son existence en profitant à fond de ceux qu’il aime ou tout faire pour trouver un moyen d’échapper à son sort.

A travers le personnage de Lerena, il continue de combattre le poids des traditions qui emprisonnent les femmes dans un rôle d’épouse même sur le trône. A croire qu’elles ne peuvent prendre des décisions pour le bien-être du royaume sans homme.

« Le monde partait en vrille et son sort n’allait pas se jouer au pied de l’autel d’une église. »

La plume de Rémi Bomont est toujours aussi dynamique et captivante même quand les dialogues possèdent une emphase théâtrale ou un ton issu de chansons de geste. C’est avec une bonne surprise qu’il utilise l’écriture inclusive pour parler des anges. Iels n’ont pas de sexe après tout.

En bref, Les larmes de Sitaël ressemble à un intermède posant les bases de la suite de la série du Legendion.  Des éclaircissements sont apportés sur le passé commun de certains protagonistes. Ohen continue à avancer ses pions depuis l’ombre du monde et la Reine Ecarlate fait une brève apparition en arrière-plan. Toutefois, la confrontation entre ces diverses forces reste sommaire. J’attends tout de même la manche suivante avec impatience.    

Saturne de Julien Laoche

  • Titre : Saturne
  • Auteur : Julien Laoche
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : science-fiction

Je remercie l’auteur chaleureusement de m’avoir confié sa novella Saturne via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Obtenir ce livre fut une longue aventure grâce aux services postaux. Loin d’être une expérience désagréable, les échanges que j’ai eus avec Julien Laoche m’ont laissé une belle dédicace. Encore merci !

En l’an 2015, Raph flâne près de la mer à Concarneau lorsqu’il percute un homme aux vêtements démodés. Sur le lieu de leur rencontre, il découvre un étrange objet qui l’intrigue par son contenu. De nombreuses vidéos sur des faits historiques éloignés comme proches y sont répertoriées. Ce sont des documentaires en haute définition. Mais le plus extraordinaire reste le listing d’événements futurs dont des actes terroristes et une pandémie mondiale. Quand Pierre récupère son holophone, il est dépité de constater que sa perte à modifier le cours du temps. Ses ennuis empirent quand un hacker le fait chanter en l’empêchant de retourner à son époque.

Ce court texte est divisé en deux parties : la réflexion de Raph et le combat de Pierre. Je n’ai pas accroché à ce premier morceau qui explore divers moments de l’histoire de France du XXe siècle dont les attaques terroristes de Charlie Hebdo. Le personnage de Raph et la narration linéaire qui décrit surtout les actions, y sont sans doute pour beaucoup car dès l’intervention de Pierre, j’ai été happée dans le récit. Le touriste de l’avenir m’a semblé plus vivant et réel.

Le concept de base m’a énormément plu. Julien Laoche utilise le Test de Alan Turing inventé en 1950 pour construire une intrigue haletante avec une fin émouvante où la frontière entre machine et humain s’estompe. La véritable nature du présent de Raph et celle de Saturne sont inattendues et d’autant plus intéressantes qu’elles s’éloignent du voyage temporel classique.

Le style d’écriture est simple. Les phrases sont courtes et la narration est fluide. Le romancier utilise des notions issues de l’informatique. Il fait même référence à des vestiges du passé qui peuvent dérouter lorsque l’on ne connait pas tous les systèmes d’exploitation des ordinateurs depuis leur avènement dans les maisons des particuliers.

L’auteur nous offre un bonus à la fin de son livre avec La solution mettant en scène le Docteur Joliot et son assistant Turing qui reçoivent enfin les conclusions de Jean Zay une intelligence artificielle à propos de la réduction des gaz à effet de serre. Le rapport de la machine m’a fait éclater de rire tant il est d’actualité et que je m’attendais à une autre idée.

En bref, Saturne est une novella en demi-teinte avec un début un peu fade mais une seconde partie qui vaut réellement la peine d’être lue que ce soit pour son style entrainant, le concept exploité par l’auteur ou la tournure des événements et les révélations.   

Bläckbold d’Émilie Ansciaux

  • Titre : Bläckbold
  • Autrice : Émilie Ansciaux
  • Éditeur : Livr’S Éditions.
  • Catégories : Horreur, Fantastique

Attirée par la couverture magnifique de Bläckbold et par le résumé accrocheur, je n’ai pu qu’accepter ce service presse via SimPlement.pro de la part de la maison d’édition que je remercie chaleureusement pour sa confiance.

La solitude est devenue sa seule amie après autant de millénaire passé sur Terre. Matthias l’a voulue. Il s’est vengé en connaissance de cause. De simple humain, il s’est transformé en monstre. Il voulait mourir en 2020, la vie avait d’autres desseins pour lui.

Ce court roman est atypique. Bien que je l’ai classé dans le genre de l’horreur fantastique en raison des vampires, il n’entre pas parfaitement dans cette boîte. Il est déstabilisant par sa structure tout en étant simple et captivant. Il débute avec une chronologie inversée posant des énigmes autour du narrateur et personnage principal de l’histoire. Si le ton possède un certain calme dans le premier chapitre, comme une note résonnant en suspens dans l’air, l’intensité monte en crescendo au fil des pages en dévoilant des pans de l’existence de Matthias. Très vite, je me suis demandée qui était cet être, comment en était-il arrivé là, qui voulait-il punir et pourquoi ? Arrivé au basculement de sa vie, l’histoire reprend son cours en levant le voile progressivement sur les événements qui l’ont amené à son destin solitaire.

Si l’intrigue de base est ordinaire, un homme entrant dans le monde underground en se faisant mordre et désirant vengeance, j’ai adoré la mythologie et le concept liés aux vampires et la manière dont l’autrice manipule les codes qu’elle a créé pour brouiller les pistes, enchaîner les révélations et prendre un tournant inattendu en remplaçant le décor fantastique contemporain par un univers post-apocalyptique. Le tout est déroulé sur un rythme rapide. On saute d’une époque à l’autre en quelques pages. Des milliers d’années en fait. Si cela peut sembler trop rapide pour construire un récit solide pour les habitués du genre, il a fonctionné pour moi.

Si les personnages secondaires sont peints à gros coups de pinceaux, Matthias fait son job d’acteur principal et pas seulement parce qu’il est le narrateur et que l’on est dans sa tête. D’ailleurs, c’est peut-être parce qu’il est détestable et égocentrique que les autres restent superficiels à travers son regard ? Cet antihéros dont le destin est bouleversé en une soirée alors qu’il tente de se suicider à l’encre de Chine, est un monstre avant même que sa nature vampirique ne soit révélée. Il ponctionne le fric de son ex épouse qui se prostitue pour survivre, il n’assume pas les conséquences de ses actes les plus désastreux et irréparables pour ses proches et il a une piètre vision des femmes en général. Comme le résume si bien Émilie Ansciaux : c’est un connard et je rajouterai de premier ordre.

La plume de la romancière est efficace et dépeint la noirceur de Matthias avec justesse. C’est un monde dur ou la vulgarité règne en maitresse. Sa fluidité et sa cohérence avec l’atmosphère du bouquin m’ont plongée dans cette aventure.

En bref, Bläckbold nous emmène dans une synthèse de la longue vie du vampire le plus égoïste de la Terre. Son châtiment ne parait plus si terrible à la lecture de son histoire qui est classique dans le domaine du fantastique mais qui est captivante grâce à l’écriture de l’écrivaine et la tournure des événements. Un livre hors de ma zone de confort qui m’a bien diverti.  

Anno Domini 1304 de Laufeust

  • Titre : Anno Domini 1304
  • Auteur : Laufeust
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : thriller, historique

Je remercie chaleureusement Laufeust de m’avoir confié via la plateforme SimPlement.pro, son premier roman autoédité qui nous plonge dans le Moyen-Âge sous le règne de Philippe le Bel.

Automne 1304. Loup d’Essac se rend à Château-Porcien pour résoudre le meurtre cruel du capitaine de la garde d’Eudes du Castel. Mutilé et écorché vivant, l’homme est retrouvé une cuillère en argent plantée dans le cœur. Ustensile rare pour l’époque en raison de la préciosité du matériau et de son décor finement ouvragé. Avec l’aide de sa précieuse partenaire, Sybille, l’envoyé royal mène l’enquête en supportant tant bien que mal les affronts odieux et répétés du criminel et la colère démente du seigneur des lieux.

L’écrivain dépeint avec authenticité cette période de l’histoire. Il ne plante pas seulement le décor d’une cité médiévale agglutinée autour du château seigneurial et englobée par la forêt dangereusement remplie de loups. Il base son intrigue et construit ses personnages sur ses fondements. Il exploite la violence brute considérée comme normale dans certains cas par la population, ainsi que les craintes et les superstitions autour de la sorcellerie et le diable.  

Une ère où les femmes comme Sybille la bretteuse et Sylvaine la rebouteuse dérangent car elles ne rentrent pas dans le moule dicté par la gente masculine. La première accompagne Loup d’Essac tout en restant dans son ombre pour ne pas attirer les foudres de ce monde étroit d’esprit. La seconde est tour à tour aimée pour ses remèdes et rejetée pour ses connaissances en médecine qui est une discipline réservée aux mâles.

Les autres protagonistes sont en concordance avec la réalité et le contexte du Moyen-Âge. L’auteur leur tire un portrait sans filtre. Seul l’envoyé royal semble en partie en avance sur son temps. Notamment par l’équité avec laquelle il traite sa partenaire. Toutefois, il possède une certaine fierté due à son rang de noble et à son titre, ce qui lui fait prendre des risques en raison de sa rivalité avec Eudes du Castel.

La plume de Laufeust me fait penser aux romanciers du XIXe siècle. Elle est très descriptive et empreinte de poétisme. Les métaphores rendent vivant le décor grâce à un style visuel et dynamique. Il a le don pour construire les ambiances angoissantes et les scènes morbides. La violence des crimes est inouïe tellement elle est barbare, sauvage et terriblement primitive. Surtout quand la torture entre en jeu pour assouvir les plaisirs bestiaux et lubriques des hommes. Âmes sensibles abstenez-vous.

Outre l’efficacité des atmosphères, le rythme et l’intensité de l’intrigue sont dans l’ensemble bien menés. Néanmoins, quelques formules alourdissent la narration et l’histoire souffre de longueurs par moment. Pour un souci de réalisme, l’auteur use de vocabulaire historique expliqué en note de bas de page. Les nobles ont le verbe soutenu et les gueux un registre familier qui se rapproche parfois du patois.

En bref, Anno Domini 1304 est un thriller médiéval sinistre qui met en scène la noirceur humaine dans ce qu’elle a de plus bestiale et horrifique. L’écrivain nous immerge aisément dans les abysses les plus ténébreuses de cette période en maniant les mots avec dextérité.

Nouvelles Ères (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Ères
  • Auteurs : Aimé Leclercq, Catherine Barcelonne, Corentin Macé, Fabrice Schurmans, Geoffrey Claustriaux, Gillian Brousse, L.A. Braun, Margot Turbil, Meggy Gosselin, Sylwen Norden, Victor Fleury, Wilfried Renaut
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : science-fiction, nouvelles

Nouvelles Ères est la dernière anthologie publiée par la maison belge Livr’S Editions que je remercie chaleureusement pour l’envoi de ce service presse, à la couverture magnifique, via la plateforme SimPlement.pro.

Le fil conducteur de ce recueil induit un monde en rupture avec le nôtre. Souvent après un effondrement, un changement brusque voire une apocalypse ou une situation qui fait terriblement penser à 2020 : une pandémie mortelle. Bref, des événements donnant envie de se confiner dans un bunker et d’en sortir seulement lorsque la tempête s’est calmée.

Si le genre principal est la science-fiction, il nous livre des sous-genres variés allant des récits classiques sur les progrès de la science, les androïdes, la dystopie et l’uchronie en les mélangeant, pour certains, avec des enquêtes policières ou des ambiances rappelant les légendes populaires.

Catherine Barcelone avec 389 s’inspire même du conte de Pinocchio en mettant en scène le scientifique qui crée avec le désir d’être père, grâce à une fable philosophique où l’action disparait au profit du questionnement : qu’est-ce qui différencie un être humain d’une intelligence artificielle? Meggy Gosselin quant à elle, s’amuse à inverser les codes en conférant à ses androïdes le pouvoir de façonner des êtres biologiques dans SOFIA. Ce qui me rappelle un peu l’énigme de l’œuf et de la poule.

Cette anthologie n’est pas seulement un foisonnement de styles s’associant à la science-fiction. Elle brasse de nombreuses thématiques liées purement au genre et à des sujets sociétaux actuels. Ainsi nous avons les plus fréquentes telles l’égo de l’homme se prenant pour Dieu avec sa science et ses expérimentations biologiques produisant des mutations, l’écologie et l’empreinte négative de l’humain sur l’écosystème et son aptitude à répéter sans cesse les mêmes erreurs.

Deux nouvelles portent sur des interrogations plus marginales comme la question des émotions et de leur complexité qui rend difficile leur mimétisme. Comment faire en sorte qu’une IA comprenne l’humain, ressente des émotions sans que celle-ci n’imite les comportements fâcheux et leurs conséquences comme la destruction faisant suite à la colère ? Ou encore la sauvegarde de la mémoire cognitive et émotionnelle des êtres vivants. Comment laisser une trace de celle-ci sans qu’elle ne soit déformée par le temps et sans qu’elle n’ait la forme d’un vestige matériel devant être interprété par un archéologue ?

Concernant l’aspect sociétal, les textes abordent des matières aussi larges que l’image de la femme dans le monde, les limites de la liberté individuelle, le respect de la vie privée, la surconsommation, le racisme et la suprématie des blancs, l’expansionnisme, les dangers de la dépendance à la technologie, le rejet de la différence et les haters.

Le Revers du silence de Fabrice Schurmans peint le portrait d’une ville du futur qui rappelle des pays contemporains. Ceux qui brillent par leurs aspects conviviaux, propres, huppés mais qui sont construits sur des bidons-villes vivant dans leur ombre. Là où on cache la misère et la violence. D’autres récits projettent des manières de vivre alternatives : l’entraide, la mutualisation et le respect de la nature.  

De nombreux auteurs signifient des écritures bien différentes. Il y en a pour tous les goûts. Certains utilisent le journal de bord en jonglant entre la passion enflammée du scientifique et la neutralité froide du robot, d’autres sont plus descriptifs, moralisateurs, humoristiques voire violents durant quelques passages. Sylwen Norden avec La Machine à capter le chant des sirènes, apporte quant à lui une touche contemplative avec son lyrisme et son poétisme qui tranchent avec ce que l’on peut lire habituellement.

Afin de vous donner envie de la lire, voici les trois nouvelles que j’ai préférées :

  • Entre les mains de dieux étranges de Victor Fleury

Cette intrigue surprenante nous plonge dans l’Antiquité grecque. Mopsos et ses troupes sont à la poursuite des hommes du satrape Bessos qui ont volé le trésor de leur seigneur. Il perd ses compagnons d’armes les uns après les autres après avoir attaqué un village troglodyte persan. Du moins, c’est ce qu’il pensait mais les « dieux » en ont décidé autrement.

Je n’en dirai pas plus sur son déroulement car je ne veux pas briser la magie de cette découverte. J’ai peur qu’en évoquant l’originalité qui se dévoile au fil de la lecture, elle n’ait pas autant d’impact. En effet, le choix de l’auteur est en totale rupture avec les autres textes de cette anthologie. Pas seulement parce qu’il utilise l’histoire comme scène principale. L’idée se cachant derrière le décor est très intéressante. Là encore, je crains de trop en dévoiler.

La plume de Victor Fleury est captivante. Dès les premières lignes, j’ai été happée auprès de Mopsos bien que l’époque soit loin d’être l’une de mes favorites. Elle est si fluide et dynamique que je me suis laissé emporter comme sur un cours d’eau. Afin de coller à l’ère, il inclut le vocabulaire grec approprié ce qui donne vraiment l’impression de lire au début une épopée historique plutôt que de la science-fiction.

  • Mort à crédit d’Aimé Leclercq

Gilbert Hathaway est un blogueur qui dénonce la mauvaise gouvernance des USA à coups d’argumentation férocement étoffée. Sa vie bascule lorsqu’il se rend compte que son Assistance Intelligente vocale prône des idées racistes. Est-il vraiment possible qu’un bot distille des propos pareils à l’encontre de son ami ou quelqu’un de plus puissant est-il derrière tout ça ? Du fond de sa cachette, Gil écrit son témoignage en espérant qu’Elle ne le retrouvera pas.

La narration à la première personne du singulier peint un personnage principal au langage populaire. Si je n’ai pas beaucoup accroché au style et à Gil, j’ai fort apprécié l’idée de base qui me fait réfléchir sur la situation d’aujourd’hui et l’arme que la technologie peut devenir entre de mauvaises mains. Si nos smartphones, ordinateurs et autres objets connectés ne prennent pas la parole pour s’imposer à nous, la diffusion ciblée des informations et les fake news sur nos écrans s’y rapprochent. A quel point ce que nous y lisons est-il manipulé par les algorithmes derrière lequel se cachent des humains ?

  • La dernière ville sur Terre de L.A. Braun

New Dublin est le dernier paradis sur terre. Celui où l’humain peut se développer en bonne santé et en sécurité. Le seul bémol : il n’est pas libre de s’y épanouir. Son bonheur est dicté par une intelligence artificielle qui lui offre les meilleurs choix. Si on ne respecte pas l’une des options ? Pas de punition. La Machine endort votre responsabilité. Dans ce monde, la culpabilité et la réflexion sur les conséquences de ses actes n’existent plus. Chaque aspect du quotidien est régi par ses propositions. Et la majorité des citadins la suivent sans se poser de questions.  

Dans cette vie parfaite, Siobhán a un mari chômeur qui passe ses journées dans la réalité virtuelle et une fille qu’elle voit seulement dans son lit. Bien qu’elle travaille pour Neurocorp et la Machine, elle désire autre chose.

Jack a été élevé au Machinat, cet orphelinat pour enfants délaissés par leurs parents par « choix ». Après avoir découvert une information capitale à la bibliothèque de l’humanité, il aspire coûte que coûte à sortir de New Dublin et à se soustraire à la vigilance de la Machine. Neurocorp avait fait une promesse en la construisant : elle ne deviendrait pas comme les IA des films, elle ne penserait pas et n’agirait pas par elle-même. Mais est-ce bien vrai quand la sécurité des citoyens est en jeu ?

Ce récit est à mettre en parallèle avec la multitude d’applications de coaching (sport, nutriscore, etc) qui sont censées nous aider à améliorer notre quotidien et notre santé, et du contrecoup qu’elles peuvent générer. Le sentiment d’ennui malgré le confort. L’envie de vivre autre chose. De sortir de la routine. De prendre des risques. D’oser. Si la rencontre et la fuite de Sio et de Jack restent assez classiques, j’ai beaucoup apprécié les sujets abordés par la romancière dont l’écriture efficace m’a plongée au cœur de New Dublin.

En bref, Nouvelles Ères est une anthologie riche qui présente le monde de demain bâti sur des éléments d’aujourd’hui . Si certains thèmes sont récurrents dans le domaine de la science-fiction, les auteurs ont réussi à les explorer de manière originale si bien que chacun devrait trouver chaussure à son pied. Pour ma part, j’y ai fait de belles rencontres et je vais me pencher sur les ouvrages de ceux qui ont retenu mon attention.

La mystérieuse maison de poupées de Miss A. Purple

  • Titre : La mystérieuse maison de poupées
  • Autrice : Miss A. Purple
  • Éditeur : Librinova
  • Catégorie : Policier

Je remercie chaleureusement Librinova de m’avoir confié en service presse et en échange d’un avis honnête La mystérieuse maison de poupées de Miss A. Purple. Un policier français, situé en Bretagne pour être précise, qui m’a intrigué par son résumé.

Evana Young est sur le point de partir au boulot lorsqu’elle trouve une énorme caisse posée devant chez elle. Curieuse, elle l’ouvre malgré les risques liés à son métier de policière. A sa grande surprise, elle renferme une maison de poupées digne des plus grands miniaturistes. Chaque détail est réalisé avec soin et réalisme. Une mélodie précède l’ouverture d’une pièce où la jeune femme trouve des poupées mises en scène. Ce colis se transforme en message lorsqu’elle comprend qu’il lui indique des crimes. Le compte à rebours pour débusquer le tueur avant qu’il n’exécute ses prochaines victimes est enclenché.

Mon avis sur cette histoire est mitigé. Elle possède du potentiel surtout par son idée de départ, la maison de poupées qui dévoile progressivement les meurtres, et un personnage principal fort. Toutefois, avoir une bonne idée ne suffit pas à faire un bon roman. Ici, on ressent qu’il s’agit d’une première écriture par la forme, le style, la cohérence, les dialogues et le manque de nuance des personnages secondaires. A plusieurs reprises, j’ai ressenti un déséquilibre dans le traitement de ces différents aspects.

Evana Young est une femme charismatique qui dirige son équipe avec un esprit ouvert. Depuis sa plus tendre enfance, elle préfère jouer à la police et au voleur plutôt qu’à la Barbie. Pourtant, la maison de poupées l’attire inexorablement. Son instinct l’a pousse inconsciemment à s’y intéresser dès qu’elle pose les yeux dessus. Ayant un sens aigu de la justice, elle est émotive et déteste ne pas aller au bout des affaires, ce qui lui vaut quelques réprimandes de la part de ses chefs.

Si les autres acteurs possèdent des visages distincts, ils se confondent très vite les uns avec les autres. L’autrice dépeint une société et un cadre de travail trop parfait. Si on omet les meurtres bien entendu. Tout le monde est trop poli, trop conciliant. J’ai trouvé l’attitude des policiers presque bon enfant sur l’enquête du premier homicide. Lorsqu’une dispute éclate, elle est résolue en cinq minutes par la combinaison : excuse, explications et pardon. Peu de personnes agissent de cette manière dans la vie réelle. C’est trop idéal pour être vrai et réaliste même si je suis pour la communication non-violente. Mise à part les passages avec Noah, j’ai souvent eu l’impression que la plupart des personnages parlaient de manière similaire, avec des tournures identiques, la même intonation quels que soient leur origine, leur âge ou leur éducation.

La plume de Miss A. Purple est simple et par moment répétitive. Elle utilise souvent les mêmes termes. Telle sa maison de poupée, elle a une vision détaillée des scènes si bien qu’elle décrit de trop. Chaque emplacement de voiture, la position exacte des maisons dans le quartier, etc. Comme beaucoup de premier roman, les personnages font l’objet d’un cv dès leur introduction dans le récit au lieu de voir leurs informations distillées pour ne pas alourdir la narration.  Un dernier point concernant le style de l’écrivaine est le côté décousu de son bouquin. La succession des actes se passent souvent sans transition. Elle n’amène pas l’ambiance, elle la pose simplement devant le lecteur. Ainsi, je sais ce qu’elle veut faire passer mais je ne l’ai pas ressenti. Ce qui est dommage car certains de ses dialogues possèdent une vraie force pour traduire les sentiments des personnages. Alors que d’autres manquent de nuance.

Ce polar véhicule des questions sociétales importantes telles le courage des personnes à mobilité réduite pour affronter la vie malgré leur handicap, la maltraitance des enfants par leurs propres parents, la violence conjugale et la peur du coming out.

En bref, La mystérieuse maison de poupée est un premier roman déséquilibré. Après avoir lu le résumé et son idée originale, je m’attendais à être happée par l’enquête et la course contre la montre entre Evana et le meurtrier. J’ai plutôt été frustrée par les lacunes d’un premier projet qui a pourtant un vrai potentiel malgré le côté prévisible de la fin.

Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Etolien le Manchot est la seconde nouvelle du projet Le Cycle de Barcil de Jean-Marc Dopffer. L’ensemble des dix histoires concentrées sur un personnage, peuvent se lire indépendamment les unes des autres. Un roman clôturera la série. Je vous invite à consulter son site (http://dopffer.fr/) pour en savoir plus. Je remercie l’auteur de m’avoir proposé de chroniquer l’une de ses pépites via le site SimPlement.pro.

Alors que les vapeurs du sommeil se dissipent, Etolien se remémore sa nuit d’alcool et de sexe passée dans les bras de Sylvana, l’épouse d’un soldat parti en guerre, qu’il quitte au petit matin. Il rejoint la Guilde des Assassins dirigée par Horak où des révélations et des sacrifices l’attendent de pied ferme.

Ce second volet du monde de Barcil nous entraîne à la capitale de Tigyl, Val d’Aquelys, ou plutôt dans ses bas-fonds où la vermine, l’alcool et le sang encrassent chaque recoin et où des complots sont fomentés à l’ombre de la couronne.  

Etolien est un géant de l’ouest ayant connu de nombreux combats. Il désire se tourner vers une activité plus perfide. Après avoir fait ses preuves, il entre au service de Horak, le chef des assassins, un être efficace et cupide qui se faufile plus vite que les ombres vers la jugulaire de ses victimes. Ensemble, ils se lancent dans une besogne à la récompense dorée et clinquante conséquente. Un gros pactole contre l’accomplissement d’une mission de haute importance vu que la cible fait partie de l’éminent Ordre de Pugy.

Si la dague d’Etolien est aussi acérée que son regard, son cœur bat d’un certain héroïsme envers les pauvres, les femmes et les orphelins qui le fait hésiter entre l’envie de suivre Horak et celle de secourir les esclaves. Un peu comme une sorte de Robin des Bois. Il supporte difficilement que leurs missions génèrent des dommages collatéraux, surtout quand ceux-ci possèdent le visage d’une femme.

Cette intrigue est enveloppée d’une plume exquise qui utilise des mots choisis avec précision pour décrire l’atmosphère malsaine et sombre. En peu de lignes, j’ai été plongée dans les venelles de la capitale et les tavernes crasseuses. Le style visuel et efficace arrive à faire monter la tension et le suspense.

En bref, Etolien le Manchot délivre une histoire simple mais captivante grâce à la virtuosité de l’écriture de Jean-Marc Dopffer qui manie les mots avec poétisme et pose les ambiances en un clin d’œil.

La collision des mondes de Sam Cornell

  • Titre : La collision des mondes
  • Auteur : Sam Cornell
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : Fantastique, Mystère, Historique

La magnifique couverture de La collision des mondes de Sam Cornell a de suite attiré mon attention sur la page Facebook de Livr’S Editions lors de sa sortie en août de l’année passée. Le dessin n’est pas seulement mystérieux, il me rappelle beaucoup le trait que l’on peut retrouver pour certaines BDs. Après avoir lu le résumé, je me suis laissé tenter.

Le roman est divisé en quatre parties plus un prologue. Je vais seulement résumer les deux premières et distiller les dernières dans mon article pour éviter d’en dire trop sur le déroulement de l’histoire.

L’inspecteur Edouardo Calvez reçoit une note anonyme qui remet en cause ses déductions sur l’affaire Galantier. Un cas vite catégorisé en suicide. Intrigué, il se rend sur les lieux du crime pour rouvrir l’enquête. Celle-ci l’emmènera dans une affaire bien plus sombre possédant des racines profondes.

Jeanne Colinet frappe à la porte du monastère et demande l’aide de Frère Guillaume. Elle est convaincue que son père, l’ancien maire, n’est pas décédé d’une simple crise cardiaque. En cherchant quelques informations, l’ecclésiastique va découvrir les secrets de son mentor et ses certitudes et convictions ne vont pas seulement être ébranlées mais franchement secouées.

La collision des mondes est un polar fantastique tirant sur la science-fiction qui est prenant dès les premières lignes. Toutefois, le déroulement souffre de longueurs en raison de l’étalage de l’histoire (qui nous entraîne des premières croisades au début du 20e siècle) et de la biographie de la famille d’un des personnages. L’auteur a fait un travail remarquable dans ses recherches afin de ficeler la partie fantastique sur son intrigue historique. La réinterprétation est intéressante mais la répétition des faits m’a un peu ennuyée. Certains passages ne m’ont pas semblé apporter quelques choses d’essentiel pour l’intrigue principale.  

En plus d’être une enquête et une plongée dans l’histoire, l’auteur aborde diverses thématiques si bien que le polar fantastique se mêle à l’histoire, la science, la philosophie, l’astronomie, l’astrologie, l’ethnologie, la physique et les mathématiques. En somme, un grand pot-pourri montrant une richesse d’esprit et du monde. C’est l’un des points forts de ce roman qui tresse les diverses facettes de l’humanité et de l’univers en montrant les liens malgré les différends. S’il expose la dualité entre religion et science, j’ai apprécié que Sam Cornell ne tombe pas dans une vision manichéiste en mettant aussi en avant les défauts de la seconde.

« la science, comme la foi, possède ses dogmes qu’il est tout aussi difficile de bousculer. Et lorsqu’ils vacillent, c’est pour mieux retrouver leur place initiale. Ils ne se brisent que rarement et aux prix d’insurmontables efforts. […] Lorsque les croyances astronomiques se confondent en certitude, la science ne vaut guère mieux que la foi. »

D’ailleurs, il se préoccupe de défendre l’esprit critique qui consiste à ne pas retenir une seule version des faits mais à consulter autant les vainqueurs que les vaincus, les deux visions des belligérants.

Les personnages sont traités avec profondeur et nuance. L’inspecteur Calvez est fier de son palmarès et sûr de lui. Pourtant, il est capable de se remettre en question. Il déteste perdre le contrôle des choses et il est méticuleux. C’est pourquoi cette missive l’ennuie fortement et le pousse à rouvrir l’enquête. Son esprit aiguisé va lui permettre de remonter le fil de l’affaire et d’accepter l’incroyable découverte et ce qu’elle engendre d’horrible dans le dernier épisode.

L’histoire se plaçant au début du 20e siècle, l’écrivain a tenu compte de l’émancipation de la femme en la personne de Jeanne Colinet. Cette femme a un certain aplomb et un caractère bien trempé. Elle est déterminée, optimiste et mesurée. Si elle prend quelques initiatives et montre son courage, elle reste néanmoins en retrait pendant une bonne partie de l’investigation de frère Guillaume. Bien que cela me fasse trépigner, il faut avouer que ces situations conviennent à l’époque où une femme n’est pas encore totalement libre de ses mouvements et ne peut pas accéder à l’ensemble des endroits réservés aux hommes. Jeanne synthétise en quelque sorte l’ancien et le nouveau comportement des femmes. Elle tend vers l’indépendance sans avoir encore totalement coupé le cordon qui l’a retient.   

Frère Guillaume est intéressant par son évolution face aux événements qui vont malmener ses acquis. Pieux et prêchant la bonne parole, il va être confronté à la noirceur des hommes et à ses propres limites entre ses croyances et la réalité. Il symbolise les interrogations : jusqu’où un humain peut-il aller pour survivre ? A quel point les situations peuvent-elles engendrer des actes en totale opposition avec ses convictions ?

La plume de l’auteur est efficace. Le style évolue en fonction du personnage qui a la main sur l’histoire. Ainsi, le début possède l’écriture du scientifique ou du détective en ce qu’il est descriptif et sans fioriture inutile. En quelques mots, le décor est planté. Quelques lignes métaphoriques viennent l’agrémenter ci et là en donnant une ambiance mystérieuse. La troisième partie est plus romanesque voire tragique alors qu’un des personnages monopolise la parole dans un monologue appuyé par les courtes interventions de son interlocuteur. Enfin, la fin installe une atmosphère plus lugubre. Les thèmes abordés par l’auteur l’entraînent à utiliser du jargon philosophique (issu du siècle des Lumières) et quelques notions scientifiques.

En bref, La Collision des mondes souffre des faiblesses d’un premier roman. Toutefois, Sam Cornell possède une écriture qui m’a plongée dans ce sacré pavé et son univers riche à la croisée des genres. Un auteur prometteur que je vais suivre de près.

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain

  • Titre : Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour
  • Auteur : Jean-Pierre Levain
  • Éditeur : Lbs Select
  • Catégorie : policier

Je remercie chaleureusement Jean-Pierre Levain de m’avoir offert la possibilité de découvrir son titre Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour via SimPlement.pro. Son roman a attiré mon attention par son résumé qui véhicule des concepts liés au féminisme.

Eva Karsanti survit miraculeusement à une tentative d’assassinat chez elle qui se déroule en l’absence de son mari et de sa fille partis voir un film d’horreur au cinéma. Plongée dans le coma, Fred, un amant de jeunesse, va mener l’enquête avec sa coéquipière Gaëlle en charge de l’affaire. Voir celle qu’il a lâchement quittée dans cet état, fait remonter des sentiments qu’il pensait disparus. Ceux-ci vont le guider et l’aider à démêler les fils de cette histoire compliquée par le manque criant d’indices sur les lieux du crime.

Mon avis sur cette enquête policière saupoudrée de romance est mitigé. Ce livre possède de nombreux points forts mais l’investigation reste classique. Il est semblable à de nombreuses séries policières françaises. Là où l’auteur se démarque c’est sur son côté pointu et minutieux à différents niveaux. On sent qu’il a fait de nombreuses recherches sur les procédures policières, les revolvers (composition, histoire et type) et les diagnostics médicaux. C’est sans doute l’un des polars mettant le plus en avant la rigidité du système d’enquête que j’ai pu lire jusqu’à présent. Cela est à double tranchant. Car si le côté technique est impressionnant, les situations d’échange et de réunion m’ont laissée de marbre par leur objectivité professionnelle.

Le bouquin alterne des moments d’émotion et de neutralité comme un électrocardiogramme des courbes de pic et de chute. Il commence avec panache avec l’attaque d’Eva Karsanti et continue avec la première réunion de l’équipe d’enquête qui présente les personnages et qui expose les faits avec une neutralité qui sied au moment et au cadre mais devant laquelle je me suis ennuyée. Ce schéma se répète et entraine une mise en place du contexte un peu longue.

Les personnages principaux sont bien construits. Fred est quelqu’un de droit, ponctuel et minutieux dans son travail. Célibataire et proche de la retraite, sa coque d’homme endurci commence à se fissurer devant l’inéluctable vie post-carrière dans la solitude de son appartement au milieu de ses disques de jazz et de ses bouteilles de Whisky. C’est la représentation d’un adulte qui est devenu mature et tolérant avec l’âge. Il est prévenant et j’ai particulièrement craqué quand il prend ses précautions pour ne pas déranger Eva qui est dans le coma. C’est mon moment préféré. Cette petite phrase qui le rend adorable.

« Il se connaissait suffisamment pour savoir qu’il avait tendance à ronfler surtout quand il était mal installé et il ne voulait pas la déranger ».

Gaëlle adore enquêter sur les crimes et la vie privée ou passée de son collègue. Même si elle sait qu’elle pousse souvent le bouchon trop loin, elle est une partenaire de confiance. A côté de ce duo de choc, les personnages qui composent leur équipe sont un peu caricaturés de prime abord. On a par exemple le beau gosse macho qui ne cesse de raconter ses multiples aventures, la geek pour la spécialité en informatique ou encore le stagiaire volontaire. Certains d’entre eux prennent pourtant de la profondeur malgré leur étiquette de déjà-vu par leur situation, leur vie et leurs craintes. Les autres acteurs (excepté Eva) manquent un peu de relief. Surtout la fille de la victime qui est l’incarnation de la haine mais dont la colère n’est pas expliquée.

J’en arrive au point qui m’a le plus accroché. Le roman exploite différentes facettes du féminisme. Tout d’abord, par Eva Karsanti qui symbolise les victoires des femmes aux cours du XXe siècle et du XXIe siècle. Possédant un don et un nez infaillible pour les affaires, cette entrepreneuse a réussi dans la vie professionnelle au point qu’elle rapporte plus de revenus que son mari, professeur à l’université. Elle est entreprenante en amour et elle défend des causes qui font polémique encore aujourd’hui comme l’avortement. Jean-Pierre Levain englobe toutes les raisons invoquées : le viol, la maladie du fœtus, l’inceste mais aussi, et c’est le plus important, le droit des femmes de disposer de son corps et de son utérus. Par son site de rencontre Voulez-vous, Eva touche à un tabou de la société : l’émancipation sexuelle des femmes de plus de 40-50 ans. Qu’une femme prenne du plaisir quand elle est considérée comme vieille ou périmée (ménopause) arrondit les yeux de dégoût de plus d’une personne actuellement. L’auteur évoque également la tortueuse histoire de la langue française qui a évincé de son vocabulaire autrice pendant des décennies. Enfin, il s’amuse à casser et dénoncer les stéréotypes tels qu’un policier qui boit du thé est une femmelette et les femmes mettent une éternité pour s’apprêter quand elles sortent. Comme il le dit si bien à propos de Gaëlle :

« […] elle était prête en moins de dix minutes chrono, démentant au passage ces pseudo-enquêtes scientifiques selon lesquelles les femmes mettraient en moyenne soixante-cinq minutes pour se préparer avant une sortie. De quelles femmes parlait-on dans ces enquêtes ? Sûrement pas des mères avec enfants qui travaillaient à temps plein ! » 

La richesse des idées de cette histoire ne s’arrête pas là car l’écrivain insère d’autres causes actuelles comme le régime végan. Il montre la folie dont des humains font preuve pour défendre leurs idéologies. Il invoque des théories psychologiques pour étayer les méthodes de ses enquêteurs comme la communication de l’école de Palo Alto.

La plume de Jean-Pierre Levain est d’une simplicité déconcertante. Pas dans un sens négatif car la pureté de ses mots et de ses expressions est déroutante. Ils frappent en plein cœur grâce aux émotions sans filtre qu’il partage avec le lecteur. Ici pas de fioritures inutiles. Les personnages font face à leurs sentiments et ceux des autres comme devant un miroir. De temps à autres, il y a des petits traits humoristiques principalement joués par le beau gosse avec ses blagues salaces. De nombreuses références cinématographiques sont évoquées. Enfin, l’auteur emploie un certain langage maîtrisé pour expliquer des sujets complexes liés notamment à l’informatique en plus de ceux que j’ai mentionnés plus haut. 

En bref, Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour est polar avec une pointe de romance qui aborde des problématiques primordiales et actuelles. Plus qu’une simple histoire, c’est un plaidoyer pour l’émancipation des femmes qui souhaitent marcher côte à côte avec leurs homologues masculins et faire valoir leurs droits. Une lecture en demi-teinte mais qui me restera en tête par ses thématiques.

Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Après Gienah et Yencil, je viens de me plonger dans le passé d’Orglin qui m’avait posé question dans la nouvelle présentant le dieu de la guerre. Un grand merci à Jean-Marc Dopffer de m’avoir encore une fois donné l’opportunité d’approfondir son monde avec le premier récit du Cycle de Barcil (via SimPlement.pro). Pour rappel, l’auteur a le projet d’écrire dix récits mettant en scène des personnages qui seront réunis dans un ultime roman. N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site pour en apprendre plus.

La guerre des Elfes et des Hommes n’a laissé qu’horreur et tristesse par les innombrables corps massacrés à coup de flèches et d’épées. Syph et Himir en prennent pleinement conscience à la fin de la guerre. Alors qu’ils sont ennemis à la base, ils errent ensemble vers un lieu reculé et loin de la stupidité des espèces. De leur union naîtra Orglin qui est au cœur d’une prophétie édictée par Yencil qui lui enlèvera tout en lui donnant une nouvelle vie.

Cette histoire se centre sur la manière dont Orglin est devenue une baigne, une Danseuse du Ciel au service du dieu de la guerre. Elle commence sur les chapeaux de roue puisque la demi-elfe est poursuivie par les meurtriers de ses parents. Dès les premiers mots, la nouvelle m’a happée.

Orglin agit comme une sauvageonne aux yeux des hommes. Elle ne parle pas leur langue et elle ne connait du monde que ses parents et la nature qui l’entoure.  De ce fait, une pureté émane d’elle. Elle est dotée d’un caractère innocent et curieux tout en étant capable de se défendre. Un peu comme un jeune animal sauvage.

Encore une fois, le format de la nouvelle s’est fait ressentir. Une fois qu’Orglin est une baigne, l’auteur fait un bon dans le temps. Si bien qu’on voit une danseuse du ciel fière et impliquée dans sa tâche sans transition entre celle qui ne connaissait rien et l’être surdoué qui se trouve devant nous. Du coup, j’ai eu un peu de mal à m’attacher à elle. J’aurais aimé savoir ce qui l’a poussée à être aussi déterminée à remplir son rôle auprès de ce dieu dont elle ne connaissant rien, même pas l’existence avant sa rencontre.

En peu de mots, l’écrivain arrive à partager des concepts importants. Le premier concerne la fatalité. Tout être possède un rôle dans le cycle du destin. Vivre en dehors du monde et de la société ne suffit pas à le fuir. Le deuxième expose l’incapacité des hommes à voir plus loin que le bout de leur nez. Ils osent penser qu’ils comprennent les desseins divins quand ils n’arrivent à dépasser leur milieu contextuel qu’après bien des événements. Enfin, j’aimerais citer les mots plein de bon sens de Jean-Marc Dopffer et qui s’appliquent encore à cette ère que nous vivons.

« La paix n’envoie personne chargé d’acier.».

Une phrase loin d’être anodine quand on sait qu’encore aujourd’hui les dirigeants politiques disent vouloir apporter la paix dans tel ou tel pays en envoyant des armées.  

En bref, Orglin la Primitive met en scène un personnage qui pourrait encore être approfondi. Toutefois, l’histoire qui est mise en relief et en mouvement par la magnifique plume de l’auteur, est plaisante et attrayante. C’est une bonne mise en bouche pour la suite.