Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Etolien le Manchot est la seconde nouvelle du projet Le Cycle de Barcil de Jean-Marc Dopffer. L’ensemble des dix histoires concentrées sur un personnage, peuvent se lire indépendamment les unes des autres. Un roman clôturera la série. Je vous invite à consulter son site (http://dopffer.fr/) pour en savoir plus. Je remercie l’auteur de m’avoir proposé de chroniquer l’une de ses pépites via le site SimPlement.pro.

Alors que les vapeurs du sommeil se dissipent, Etolien se remémore sa nuit d’alcool et de sexe passée dans les bras de Sylvana, l’épouse d’un soldat parti en guerre, qu’il quitte au petit matin. Il rejoint la Guilde des Assassins dirigée par Horak où des révélations et des sacrifices l’attendent de pied ferme.

Ce second volet du monde de Barcil nous entraîne à la capitale de Tigyl, Val d’Aquelys, ou plutôt dans ses bas-fonds où la vermine, l’alcool et le sang encrassent chaque recoin et où des complots sont fomentés à l’ombre de la couronne.  

Etolien est un géant de l’ouest ayant connu de nombreux combats. Il désire se tourner vers une activité plus perfide. Après avoir fait ses preuves, il entre au service de Horak, le chef des assassins, un être efficace et cupide qui se faufile plus vite que les ombres vers la jugulaire de ses victimes. Ensemble, ils se lancent dans une besogne à la récompense dorée et clinquante conséquente. Un gros pactole contre l’accomplissement d’une mission de haute importance vu que la cible fait partie de l’éminent Ordre de Pugy.

Si la dague d’Etolien est aussi acérée que son regard, son cœur bat d’un certain héroïsme envers les pauvres, les femmes et les orphelins qui le fait hésiter entre l’envie de suivre Horak et celle de secourir les esclaves. Un peu comme une sorte de Robin des Bois. Il supporte difficilement que leurs missions génèrent des dommages collatéraux, surtout quand ceux-ci possèdent le visage d’une femme.

Cette intrigue est enveloppée d’une plume exquise qui utilise des mots choisis avec précision pour décrire l’atmosphère malsaine et sombre. En peu de lignes, j’ai été plongée dans les venelles de la capitale et les tavernes crasseuses. Le style visuel et efficace arrive à faire monter la tension et le suspense.

En bref, Etolien le Manchot délivre une histoire simple mais captivante grâce à la virtuosité de l’écriture de Jean-Marc Dopffer qui manie les mots avec poétisme et pose les ambiances en un clin d’œil.

La collision des mondes de Sam Cornell

  • Titre : La collision des mondes
  • Auteur : Sam Cornell
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : Fantastique, Mystère, Historique

La magnifique couverture de La collision des mondes de Sam Cornell a de suite attiré mon attention sur la page Facebook de Livr’S Editions lors de sa sortie en août de l’année passée. Le dessin n’est pas seulement mystérieux, il me rappelle beaucoup le trait que l’on peut retrouver pour certaines BDs. Après avoir lu le résumé, je me suis laissé tenter.

Le roman est divisé en quatre parties plus un prologue. Je vais seulement résumer les deux premières et distiller les dernières dans mon article pour éviter d’en dire trop sur le déroulement de l’histoire.

L’inspecteur Edouardo Calvez reçoit une note anonyme qui remet en cause ses déductions sur l’affaire Galantier. Un cas vite catégorisé en suicide. Intrigué, il se rend sur les lieux du crime pour rouvrir l’enquête. Celle-ci l’emmènera dans une affaire bien plus sombre possédant des racines profondes.

Jeanne Colinet frappe à la porte du monastère et demande l’aide de Frère Guillaume. Elle est convaincue que son père, l’ancien maire, n’est pas décédé d’une simple crise cardiaque. En cherchant quelques informations, l’ecclésiastique va découvrir les secrets de son mentor et ses certitudes et convictions ne vont pas seulement être ébranlées mais franchement secouées.

La collision des mondes est un polar fantastique tirant sur la science-fiction qui est prenant dès les premières lignes. Toutefois, le déroulement souffre de longueurs en raison de l’étalage de l’histoire (qui nous entraîne des premières croisades au début du 20e siècle) et de la biographie de la famille d’un des personnages. L’auteur a fait un travail remarquable dans ses recherches afin de ficeler la partie fantastique sur son intrigue historique. La réinterprétation est intéressante mais la répétition des faits m’a un peu ennuyée. Certains passages ne m’ont pas semblé apporter quelques choses d’essentiel pour l’intrigue principale.  

En plus d’être une enquête et une plongée dans l’histoire, l’auteur aborde diverses thématiques si bien que le polar fantastique se mêle à l’histoire, la science, la philosophie, l’astronomie, l’astrologie, l’ethnologie, la physique et les mathématiques. En somme, un grand pot-pourri montrant une richesse d’esprit et du monde. C’est l’un des points forts de ce roman qui tresse les diverses facettes de l’humanité et de l’univers en montrant les liens malgré les différends. S’il expose la dualité entre religion et science, j’ai apprécié que Sam Cornell ne tombe pas dans une vision manichéiste en mettant aussi en avant les défauts de la seconde.

« la science, comme la foi, possède ses dogmes qu’il est tout aussi difficile de bousculer. Et lorsqu’ils vacillent, c’est pour mieux retrouver leur place initiale. Ils ne se brisent que rarement et aux prix d’insurmontables efforts. […] Lorsque les croyances astronomiques se confondent en certitude, la science ne vaut guère mieux que la foi. »

D’ailleurs, il se préoccupe de défendre l’esprit critique qui consiste à ne pas retenir une seule version des faits mais à consulter autant les vainqueurs que les vaincus, les deux visions des belligérants.

Les personnages sont traités avec profondeur et nuance. L’inspecteur Calvez est fier de son palmarès et sûr de lui. Pourtant, il est capable de se remettre en question. Il déteste perdre le contrôle des choses et il est méticuleux. C’est pourquoi cette missive l’ennuie fortement et le pousse à rouvrir l’enquête. Son esprit aiguisé va lui permettre de remonter le fil de l’affaire et d’accepter l’incroyable découverte et ce qu’elle engendre d’horrible dans le dernier épisode.

L’histoire se plaçant au début du 20e siècle, l’écrivain a tenu compte de l’émancipation de la femme en la personne de Jeanne Colinet. Cette femme a un certain aplomb et un caractère bien trempé. Elle est déterminée, optimiste et mesurée. Si elle prend quelques initiatives et montre son courage, elle reste néanmoins en retrait pendant une bonne partie de l’investigation de frère Guillaume. Bien que cela me fasse trépigner, il faut avouer que ces situations conviennent à l’époque où une femme n’est pas encore totalement libre de ses mouvements et ne peut pas accéder à l’ensemble des endroits réservés aux hommes. Jeanne synthétise en quelque sorte l’ancien et le nouveau comportement des femmes. Elle tend vers l’indépendance sans avoir encore totalement coupé le cordon qui l’a retient.   

Frère Guillaume est intéressant par son évolution face aux événements qui vont malmener ses acquis. Pieux et prêchant la bonne parole, il va être confronté à la noirceur des hommes et à ses propres limites entre ses croyances et la réalité. Il symbolise les interrogations : jusqu’où un humain peut-il aller pour survivre ? A quel point les situations peuvent-elles engendrer des actes en totale opposition avec ses convictions ?

La plume de l’auteur est efficace. Le style évolue en fonction du personnage qui a la main sur l’histoire. Ainsi, le début possède l’écriture du scientifique ou du détective en ce qu’il est descriptif et sans fioriture inutile. En quelques mots, le décor est planté. Quelques lignes métaphoriques viennent l’agrémenter ci et là en donnant une ambiance mystérieuse. La troisième partie est plus romanesque voire tragique alors qu’un des personnages monopolise la parole dans un monologue appuyé par les courtes interventions de son interlocuteur. Enfin, la fin installe une atmosphère plus lugubre. Les thèmes abordés par l’auteur l’entraînent à utiliser du jargon philosophique (issu du siècle des Lumières) et quelques notions scientifiques.

En bref, La Collision des mondes souffre des faiblesses d’un premier roman. Toutefois, Sam Cornell possède une écriture qui m’a plongée dans ce sacré pavé et son univers riche à la croisée des genres. Un auteur prometteur que je vais suivre de près.

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain

  • Titre : Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour
  • Auteur : Jean-Pierre Levain
  • Éditeur : Lbs Select
  • Catégorie : policier

Je remercie chaleureusement Jean-Pierre Levain de m’avoir offert la possibilité de découvrir son titre Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour via SimPlement.pro. Son roman a attiré mon attention par son résumé qui véhicule des concepts liés au féminisme.

Eva Karsanti survit miraculeusement à une tentative d’assassinat chez elle qui se déroule en l’absence de son mari et de sa fille partis voir un film d’horreur au cinéma. Plongée dans le coma, Fred, un amant de jeunesse, va mener l’enquête avec sa coéquipière Gaëlle en charge de l’affaire. Voir celle qu’il a lâchement quittée dans cet état, fait remonter des sentiments qu’il pensait disparus. Ceux-ci vont le guider et l’aider à démêler les fils de cette histoire compliquée par le manque criant d’indices sur les lieux du crime.

Mon avis sur cette enquête policière saupoudrée de romance est mitigé. Ce livre possède de nombreux points forts mais l’investigation reste classique. Il est semblable à de nombreuses séries policières françaises. Là où l’auteur se démarque c’est sur son côté pointu et minutieux à différents niveaux. On sent qu’il a fait de nombreuses recherches sur les procédures policières, les revolvers (composition, histoire et type) et les diagnostics médicaux. C’est sans doute l’un des polars mettant le plus en avant la rigidité du système d’enquête que j’ai pu lire jusqu’à présent. Cela est à double tranchant. Car si le côté technique est impressionnant, les situations d’échange et de réunion m’ont laissée de marbre par leur objectivité professionnelle.

Le bouquin alterne des moments d’émotion et de neutralité comme un électrocardiogramme des courbes de pic et de chute. Il commence avec panache avec l’attaque d’Eva Karsanti et continue avec la première réunion de l’équipe d’enquête qui présente les personnages et qui expose les faits avec une neutralité qui sied au moment et au cadre mais devant laquelle je me suis ennuyée. Ce schéma se répète et entraine une mise en place du contexte un peu longue.

Les personnages principaux sont bien construits. Fred est quelqu’un de droit, ponctuel et minutieux dans son travail. Célibataire et proche de la retraite, sa coque d’homme endurci commence à se fissurer devant l’inéluctable vie post-carrière dans la solitude de son appartement au milieu de ses disques de jazz et de ses bouteilles de Whisky. C’est la représentation d’un adulte qui est devenu mature et tolérant avec l’âge. Il est prévenant et j’ai particulièrement craqué quand il prend ses précautions pour ne pas déranger Eva qui est dans le coma. C’est mon moment préféré. Cette petite phrase qui le rend adorable.

« Il se connaissait suffisamment pour savoir qu’il avait tendance à ronfler surtout quand il était mal installé et il ne voulait pas la déranger ».

Gaëlle adore enquêter sur les crimes et la vie privée ou passée de son collègue. Même si elle sait qu’elle pousse souvent le bouchon trop loin, elle est une partenaire de confiance. A côté de ce duo de choc, les personnages qui composent leur équipe sont un peu caricaturés de prime abord. On a par exemple le beau gosse macho qui ne cesse de raconter ses multiples aventures, la geek pour la spécialité en informatique ou encore le stagiaire volontaire. Certains d’entre eux prennent pourtant de la profondeur malgré leur étiquette de déjà-vu par leur situation, leur vie et leurs craintes. Les autres acteurs (excepté Eva) manquent un peu de relief. Surtout la fille de la victime qui est l’incarnation de la haine mais dont la colère n’est pas expliquée.

J’en arrive au point qui m’a le plus accroché. Le roman exploite différentes facettes du féminisme. Tout d’abord, par Eva Karsanti qui symbolise les victoires des femmes aux cours du XXe siècle et du XXIe siècle. Possédant un don et un nez infaillible pour les affaires, cette entrepreneuse a réussi dans la vie professionnelle au point qu’elle rapporte plus de revenus que son mari, professeur à l’université. Elle est entreprenante en amour et elle défend des causes qui font polémique encore aujourd’hui comme l’avortement. Jean-Pierre Levain englobe toutes les raisons invoquées : le viol, la maladie du fœtus, l’inceste mais aussi, et c’est le plus important, le droit des femmes de disposer de son corps et de son utérus. Par son site de rencontre Voulez-vous, Eva touche à un tabou de la société : l’émancipation sexuelle des femmes de plus de 40-50 ans. Qu’une femme prenne du plaisir quand elle est considérée comme vieille ou périmée (ménopause) arrondit les yeux de dégoût de plus d’une personne actuellement. L’auteur évoque également la tortueuse histoire de la langue française qui a évincé de son vocabulaire autrice pendant des décennies. Enfin, il s’amuse à casser et dénoncer les stéréotypes tels qu’un policier qui boit du thé est une femmelette et les femmes mettent une éternité pour s’apprêter quand elles sortent. Comme il le dit si bien à propos de Gaëlle :

« […] elle était prête en moins de dix minutes chrono, démentant au passage ces pseudo-enquêtes scientifiques selon lesquelles les femmes mettraient en moyenne soixante-cinq minutes pour se préparer avant une sortie. De quelles femmes parlait-on dans ces enquêtes ? Sûrement pas des mères avec enfants qui travaillaient à temps plein ! » 

La richesse des idées de cette histoire ne s’arrête pas là car l’écrivain insère d’autres causes actuelles comme le régime végan. Il montre la folie dont des humains font preuve pour défendre leurs idéologies. Il invoque des théories psychologiques pour étayer les méthodes de ses enquêteurs comme la communication de l’école de Palo Alto.

La plume de Jean-Pierre Levain est d’une simplicité déconcertante. Pas dans un sens négatif car la pureté de ses mots et de ses expressions est déroutante. Ils frappent en plein cœur grâce aux émotions sans filtre qu’il partage avec le lecteur. Ici pas de fioritures inutiles. Les personnages font face à leurs sentiments et ceux des autres comme devant un miroir. De temps à autres, il y a des petits traits humoristiques principalement joués par le beau gosse avec ses blagues salaces. De nombreuses références cinématographiques sont évoquées. Enfin, l’auteur emploie un certain langage maîtrisé pour expliquer des sujets complexes liés notamment à l’informatique en plus de ceux que j’ai mentionnés plus haut. 

En bref, Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour est polar avec une pointe de romance qui aborde des problématiques primordiales et actuelles. Plus qu’une simple histoire, c’est un plaidoyer pour l’émancipation des femmes qui souhaitent marcher côte à côte avec leurs homologues masculins et faire valoir leurs droits. Une lecture en demi-teinte mais qui me restera en tête par ses thématiques.

Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Après Gienah et Yencil, je viens de me plonger dans le passé d’Orglin qui m’avait posé question dans la nouvelle présentant le dieu de la guerre. Un grand merci à Jean-Marc Dopffer de m’avoir encore une fois donné l’opportunité d’approfondir son monde avec le premier récit du Cycle de Barcil (via SimPlement.pro). Pour rappel, l’auteur a le projet d’écrire dix récits mettant en scène des personnages qui seront réunis dans un ultime roman. N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site pour en apprendre plus.

La guerre des Elfes et des Hommes n’a laissé qu’horreur et tristesse par les innombrables corps massacrés à coup de flèches et d’épées. Syph et Himir en prennent pleinement conscience à la fin de la guerre. Alors qu’ils sont ennemis à la base, ils errent ensemble vers un lieu reculé et loin de la stupidité des espèces. De leur union naîtra Orglin qui est au cœur d’une prophétie édictée par Yencil qui lui enlèvera tout en lui donnant une nouvelle vie.

Cette histoire se centre sur la manière dont Orglin est devenue une baigne, une Danseuse du Ciel au service du dieu de la guerre. Elle commence sur les chapeaux de roue puisque la demi-elfe est poursuivie par les meurtriers de ses parents. Dès les premiers mots, la nouvelle m’a happée.

Orglin agit comme une sauvageonne aux yeux des hommes. Elle ne parle pas leur langue et elle ne connait du monde que ses parents et la nature qui l’entoure.  De ce fait, une pureté émane d’elle. Elle est dotée d’un caractère innocent et curieux tout en étant capable de se défendre. Un peu comme un jeune animal sauvage.

Encore une fois, le format de la nouvelle s’est fait ressentir. Une fois qu’Orglin est une baigne, l’auteur fait un bon dans le temps. Si bien qu’on voit une danseuse du ciel fière et impliquée dans sa tâche sans transition entre celle qui ne connaissait rien et l’être surdoué qui se trouve devant nous. Du coup, j’ai eu un peu de mal à m’attacher à elle. J’aurais aimé savoir ce qui l’a poussée à être aussi déterminée à remplir son rôle auprès de ce dieu dont elle ne connaissant rien, même pas l’existence avant sa rencontre.

En peu de mots, l’écrivain arrive à partager des concepts importants. Le premier concerne la fatalité. Tout être possède un rôle dans le cycle du destin. Vivre en dehors du monde et de la société ne suffit pas à le fuir. Le deuxième expose l’incapacité des hommes à voir plus loin que le bout de leur nez. Ils osent penser qu’ils comprennent les desseins divins quand ils n’arrivent à dépasser leur milieu contextuel qu’après bien des événements. Enfin, j’aimerais citer les mots plein de bon sens de Jean-Marc Dopffer et qui s’appliquent encore à cette ère que nous vivons.

« La paix n’envoie personne chargé d’acier.».

Une phrase loin d’être anodine quand on sait qu’encore aujourd’hui les dirigeants politiques disent vouloir apporter la paix dans tel ou tel pays en envoyant des armées.  

En bref, Orglin la Primitive met en scène un personnage qui pourrait encore être approfondi. Toutefois, l’histoire qui est mise en relief et en mouvement par la magnifique plume de l’auteur, est plaisante et attrayante. C’est une bonne mise en bouche pour la suite.   

Une agate rouge sang de Frédérick Maurès

  • Titre : Une agate rouge sang
  • Auteur : Frédérick Maurès
  • Éditeur : ELP Editeur
  • Catégories : drame, tranche de vie

Je remercie chaleureusement Frédérick Maurès de m’avoir proposé son roman Une agate rouge sang via la plateforme SimPlement.pro en échange d’une chronique honnête.

Mathieu vit dans une petite ville de campagne nommée Saint-Grappin. Professeur de métier, il passe son temps libre à s’occuper du jardin de Madame Marie-Louise qu’il connait depuis sa plus tendre enfance. Dès les premières pages de l’histoire, c’est à son enterrement qu’il se rend. Profondément touché par sa disparition, il se rend souvent sur sa tombe pour lui parler. Soudain appelé par le notaire de la défunte, il ne se doute pas qu’il connaissait si mal cette vieille dame qu’il aime tant. L’appartement de Paris qu’elle lui lègue et dans lequel elle n’a plus remis les pieds depuis fin 1943, va ouvrir la porte de bien des secrets.

Rapidement, je me suis sentie happée par l’ambiance et l’histoire de cet ouvrage entre mystère et quête de soi. L’auteur alterne le présent et le passé en évitant la chronologie croissante des flashbacks. En mélangeant les dates, il tente de dévoiler progressivement son intrigue tout en brouillant les pistes. Toutefois, j’ai assez vite saisi les liens entre les personnages avec un peu d’attention. Cela ne m’en a pas pour autant gâcher le plaisir. Au contraire. Le thème principal du récit et la profondeur des personnages alliés à la beauté de la plume m’ont juste agrippée au point de ne plus vouloir lâcher le livre.

La première impression que j’ai eue de Mathieu fut dérangeante. Cet homme qui détaille d’un œil critique ses voisins assistant à l’enterrement, semble avoir une obsession pour Marie-Louise qui va au-delà de la simple admiration d’une personne douce et juste qui l’a soutenu pendant toute sa vie. Au fil des pages, ce sentiment d’inconfort s’est estompé au fur et à mesure que la personnalité et l’histoire de Marie-Louise s’est révélée. Cette femme est tout bonnement extraordinaire derrière son apparente simplicité, même si son âme n’est pas si pure, si blanche ou si droite que l’on pourrait le croire de prime abord. Elle possède une noirceur et une détermination sans faille pour atteindre son but. Vu les circonstances, certains diront qu’elle a amplement raison, d’autres qu’elle ne vaut pas mieux que les Ténèbres qu’elle poursuit. Je vous laisse juger.

A travers son roman, l’écrivain a décidé de mettre à l’honneur trois femmes de l’ombre bien que l’une d’entre elles est plus mise en avant. Il parle de celles qui pendant la guerre se sont battues pour la résistance, celles dont les livres d’histoire ont longtemps évincé les exploits, celles qui ne sont pas inscrites sur les monuments aux morts. Ces héroïnes qui sont restées discrètes après la libération et qui ont eu la dignité de rester modestes malgré ce qu’elles ont vécu et ce qu’elles ont fait de bien comme de mal. Mathieu va avoir un nouveau regard sur les personnes qu’ils pensaient connaitre par cœur, je me suis rappelée moi-même que beaucoup de mes anciens contemporains ont une histoire importante à partager. Ce ne sont pas simplement les petits vieux qui aiment papoter ensemble autour d’un verre de bière sur la terrasse d’un café.

« Il existe parfois autour de nous des personnes que nous côtoyons presque tous les jours, qui font partie du décor, que nous croyons connaître ou que nous supposons être plutôt comme ci ou plutôt comme ça… mais au final, lorsque l’occasion nous en est donnée, souvent trop tard, nous réalisons que ces personnes étaient totalement différentes de ce que nous avions imaginé ou qu’elles possédaient des qualités exemplaires qui nous avaient échappé. Parce qu’elles étaient discrètes et modestes, qu’elles avaient banni toute vantardise intempestive de leur comportement, privilégiant le « faire » ou le « savoir faire » au « faire savoir ». J’ai toujours eu un faible pour ce type d’individu, qui agit dans l’ombre sans rien attendre en retour, simplement pour la satisfaction d’avoir bien agi ou d’avoir fait le bien autour de soi. »

Frédérick Maurès possède un style singulier. Son verbe est soutenu, métaphorique, parfois poétique, parfois teinté d’une noirceur voire de cynisme : « la dernière marche, tout en haut, crissera d’une manière particulière, comme un oisillon qu’on assassine en l’étouffant lentement.» Ayant choisi la première personne du singulier, il adapte sa plume à l’âge de son narrateur. Ainsi, Mathieu emploi un phrasé et un vocabulaire enfantin et simple dans les passages qui relatent son enfance. Son écriture fait que même si je m’attendais à certaines révélations, celles-ci n’ont pas eu moins d’impact lors de leur lecture.

En bref, Une agate rouge sang est un roman possédant une grande force par la place centrale qu’occupent les femmes et par la plume originale qui m’a immédiatement immergée dans l’histoire dès les premières lignes. C’est une très belle découverte. 

Le café des écorchés de Frédérique Mosimann

  • Titre : Le café des écorchés
  • Autrice : Frédérique Mosimann
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : tranche de vie, drame

Quand Frédérique Mosimann m’a proposé de chroniquer son livre Le café des écorchés, le titre m’a de suite interpelée. Je remercie chaleureusement la romancière de m’avoir confié ce service presse via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête.

L’action se situe à Bordeaux. Pénélope, les épaules voutées, se dirige vers un rendez-vous important la boule au ventre. En chemin, elle tombe sur la devanture d’un petit café dont l’ambiance confortable et rassurante filtre à travers la porte. Attirée comme aimant, elle y entre et sa vie va prendre un nouveau tournant. Elle y trouve deux pairs d’oreille attentives et deux cœurs que la vie a également malmenés.

Cette histoire est une sorte de coup de poing. Elle livre à travers Eugénie, Pénélope et Guillaume des témoignages poignants relatifs à certains problèmes de société actuels. On y retrouve le burn-out, le viol, le manipulateur narcissique, la dureté du monde du travail et la violence conjugale. A travers leurs récits, les personnages parlent sans filtre de leur vécu.

La langue de Pénélope se délie un peu trop vite à mon goût au début du roman devant ces inconnus. Au départ, je pensais que l’intrigue se développerait de manière plus classique autour du dialogue entre les acteurs qui permettrait d’aménager progressivement un espace de conversation salvatrice. L’écrivaine a préféré aller au vif du sujet en posant rapidement de longs monologues où Pénélope et Guillaume parlent de leurs expériences avec peu d’interruptions. Cette méthode n’est pas dérangeante quand on comprend son but : sensibiliser le lecteur à ces problématiques et montrer que l’on peut y survivre. Cependant, je pense que cela aurait plus d’impact d’amadouer le lecteur en développant une atmosphère de confiance avant de lui lancer à la figure ces thématiques dérangeantes et bien trop véridiques. 

Elle aborde également l’art comme thérapie pour s’en sortir et ne pas perdre pied. Bien qu’elle ne décrit pas de scène de peinture ni les toiles des personnages, elle met l’accent sur la guérison par l’art. Des poèmes ponctuent chaque témoignage comme un point final montrant qu’ils ont surmonté leur passé en le partageant avec des âmes chaleureuses, à l’écoute et compréhensives.

La narration relatant le vécu des personnages leur donne de la profondeur et une grande humanité. C’est encore une fois, les misères qu’ils ont traversées qui les rendent si palpables. C’est ce qui a permis la création d’un lien entre eux et la lectrice que je suis.

La plume de Frédérique Mosimann est simple et sans fioriture. Elle est parfaite pour exposer ces thèmes et toucher un maximum de lecteurs. Nul besoin de lyrisme, cela diminuerait la puissance de ses propos. A noter qu’elle a ajouté un guide pour dédramatiser le burn-out et pour aider ceux qui sont touchés de près ou de loin par cette maladie.

En bref, Le café des écorchés est un récit-témoignage qui délivre sans emballage clinquant ou reluisant des problématiques contemporaines qui sont importantes pour Frédérique Mosimann d’autant plus que ce livre puise dans sa propre vie. Délaissant le côté romancé, celle-ci privilégie la dénonciation de la réalité dans laquelle bon nombre d’êtres vivent ou survivent.

Yencil le Stratège (Le Cycle de Barcil, #4) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Yencil le Stratège (Le Cycle de Barcil, # 4)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Je remercie chaleureusement Jean-Marc Dopffer de m’avoir confié une nouvelle fois son service presse via SimPlement.pro. Yencil le Stratège est l’une des nouvelles qui fait partie du Cycle de Barcil. Pour rappel, ce projet englobe 10 nouvelles qui peuvent se lire indépendamment les unes des autres, et un roman final qui regroupera les figures rencontrées dans les courtes histoires. J’aimerais signaler qu’il est préférable de lire Gienah la Mercenaire que j’ai chroniquée l’année passée, avant de vous lancer dans celle-ci. En effet, des événements et le dénouement sont résumés dans Yencil le Stratège, ce qui pourrait diminuer votre plaisir lors de la lecture de la précédente nouvelle.

La paix entre les nains et les elfes vacille. Dans l’ombre, un être agit dans ce sens et Yencil doit à tout prix l’en empêcher. Pour cela, il dépêche auprès du messager et espion Ikor, l’une de ses baignes, Orglin, afin de l’aider à combattre les obstacles qui se dressent sur son passage et à le garder en vie. Le nain a une mission importante à remplir.

Ce quatrième récit nous plonge dans la magnificence du royaume souterrain d’Oukta creusé et sculpté par les mains des nains, et la cité suspendue des elfes dans la forêt de Pevek. Un contraste propre à ces créatures magiques qui sont reliées par un sens artistique fort. Le point majeur de cette nouvelle se situe pourtant dans l’autre monde : celui des dieux. La mythologie, la création de Barcil et le fonctionnement de la terre divine y sont exposés. J’ai adoré l’humanité des divinités qui ne possèdent pas un physique parfait et musclé à jalouser ou à admirer. Ils ont des caractéristiques de mortel tout en dégageant la puissance des dieux.

Yencil, sous son large chapeau et son regard sévère, est un paradoxe. Il est le dieu de la guerre et il est le protecteur de l’Equilibre de Barcil. Alors que ce type de divinité est souvent prompte à engendrer le sang et l’esprit belliqueux, lui doit faire en sorte de maintenir la paix tout en permettant aux êtres d’évacuer leur soif de vengeance. Comment peut-on concilier ces deux facettes opposées me direz-vous ? Je vous laisse découvrir l’idée de l’auteur pour réaliser cette prouesse qui fait de Yencil un personnage très intéressant. Au vu de son qualificatif, le Stratège, j’aurai voulu qu’il y ait encore plus d’intervention de sa part dans le monde d’en dessous. J’ai apprécié ce que j’ai lu, mais j’ai un goût de trop peu.

Les protagonistes de cette histoire sont intéressants sauf Orglin qui semble trop esquissée et trop serviable. Elle exécute les ordres sans broncher. Cependant, j’ai remarqué qu’elle est l’actrice principale de la première nouvelle du cycle de Barcil. Sa personnalité y est sans doute plus développée. Le format court ne permettant pas d’approfondir tous les aspects ou les intervenants, il est possible que ce soit la raison qui a engendré le manque de relief de ce personnage dans Yencil le Stratège.

La plume de Jean-Marc Dopffer est toujours aussi exquise et poétique. Ses descriptions m’ont encore une fois facilement émergée dans son univers.

En bref, Yencil le Stratège dévoile une partie du monde divin de Barcil en mettant en scène le moment où la balance de l’univers est menacée. Cette nouvelle est tout aussi captivante que la précédente bien qu’elle m’a semblé trop courte. Encore heureux que l’aventure n’est pas finie.

La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son nouveau roman autoédité en échange d’une chronique honnête. C’est le troisième univers de la romancière que je découvre. Si mon avis est mitigé, il m’a tout de même donné l’envie de lire la suite.

Gahavia est une terre située dans l’Ambar Neldëa. En des temps reculés, les mondes communiquaient entre eux via des passerelles. Gahavia étant prospère, elle fut envahie par les armée de Mörk Örn et connut les heures les plus sombres de son histoire : les Eres noires. L’Unique intervint pour bannir le prince des ténèbres en l’envoyant dans un monde parallèle via les terres de Morlaune qui gardent des séquelles de sa noirceur et qui emprisonnent les êtres mauvais encore aujourd’hui. Mille ans plus tard, les peuples de Gahavia font leur possible pour maintenir la paix. Les Elfes dominent les autres races en étant le pilier de cette tranquillité. Tous les dix ans, une délégation de chaque royaume converge vers la capitale elfique pour renforcer les liens lors d’une assemblée. Le livre de la paix est transmis de clan en clan afin qu’il soit protégé et qu’il unisse les pays.  

Edoran fait partie des métamorphes et est le prince des loups-garous. Son père le nomme pour rapporter le livre sacré lors du nouveau conseil. Accompagné de son écuyer Boris et de l’hallebardier du roi, il quitte la Lycantie pour rejoindre les autres membres de la délégation des métamorphes. Sylphes, Félides, Aelders, Vipérines, Fées et Lycans vont ainsi chevaucher ensemble pour rallier l’Arcoa Calya. Au cours de leur périple, ils vont expérimenter les joies de l’aventure, de la découverte mais aussi des dangers plus sournois.

La Délégation me fait penser à un gros prologue. Le conte des Sept Chants est sans doute l’univers le plus riche, détaillé et complexe de Cécile Ama Courtois. Ne serait-ce qu’au niveau des clans. Si trois catégories peuvent être dégagées (créature mythique, humain et métamorphe), chaque peuple possède des caractéristiques distinctes et bien documentées. Notamment grâce à l’intervention de l’Étude des peuples de Gahavia par Ruphas Tenderbach.

Le premier tiers du livre se concentre sur la découverte de Métamorphia comme si Edoran et ses compagnons étaient des explorateurs qui observent et apprennent à connaitre les mœurs et les coutumes des autochtones. J’ai presque eu l’impression de lire une balade avec peu de perturbations si ce n’est les frictions entre clans. Par ailleurs, le fameux livre de la paix passe au second plan. Maintes fois, je me suis demandé si quelqu’un allait le dérober ou tenter de le faire en provoquant un esclandre proche de l’incident diplomatique. Mais non. Cette partie est calme et est vraiment basée sur le développement de l’univers. Si les peuples sont tous intéressants, j’ai une petite préférence pour les Sylphes. Ces êtres issus des arbres et qui démontrent l’amour de l’autrice pour les plantes et la nature. Elle m’a confié qu’elle croyait que les arbres avaient une âme et je l’ai ressenti dans ces petits personnages qui sont empreints de sagesse et dont l’apparence est nuancée selon la variété de bois de laquelle ils sont nés. Les Aelders, hommes-oiseaux, m’ont également plu par leur aspect qui mélange les traits humains et aviens.

La seconde partie qui coïncide avec le départ de Faerie est plus palpitante. Surtout avec l’arrivée d’un personnage drôle et cleptomane qui possède un certain charme malgré ses jérémiades. Le rythme s’accélère et l’aventure typique de la fantasy débute réellement. Enfin, les scènes se déroulant au palais des elfes est le moment phare où l’ombre se déploie et le pire surgit.

Pendant tout le tome, j’ai cherché le lien avec le titre de la saga : Le conte des Sept Chants. Le seul élément qui s’y rapporte est le dernier petit chapitre qui fait finalement intervenir le sujet, qui lance le second opus et qui me donne envie de lire la suite.

Ce sont les raisons pour lesquelles, je nomme La Délégation un prologue. L’ensemble décrit l’univers et amène le véritable enjeu à la toute fin.

Outre le détail de son monde, l’écrivaine apporte un soin particulier à ses personnages. Edoran du haut de ses 20 ans, est encore un gamin qui idolâtre son mentor, Malcolm le hallebardier, au point qu’il pique une colère quand celui-ci partage le lit d’une Vipérine qu’il déteste uniquement à cause des histoires de sa nourrice. Edoran a beau avoir une certaine érudition grâce à ses lectures, c’est la première fois qu’il quitte son royaume et qu’il va réellement être confronté aux étrangers et à leurs mœurs. Il débarque chez ses voisins la tête remplie d’images et de préjugés. Comme quoi, lire des livres ne signifie pas être ouvert d’esprit et tolérant. Il faut également se construire un regard critique notamment en rencontrant autrui. Edoran va évoluer vers cette mentalité petit à petit. Par ses actes et ses paroles, il va devenir le roi qu’il désire être. Quelqu’un qui rallie. D’ailleurs, il réussit à obtenir des différents peuples des laissez-passer à vie sur leurs territoires. Cependant, j’ai trouvé par moment que c’était trop facile pour lui d’avoir l’amitié de certaines espèces telles les fiers centaures. Ces unions vont sans doute servir dans les prochains tomes.

La princesse des haut-elfes, Saraë est considérée par ses pairs comme marginale et laide car elle ne sait pas contenir ses émotions comme le protocole des elfes l’instaure. Ses sentiments ne lui confèrent ni la grâce ni la sérénité de cette espèce qui éblouit les autres. Elle a un côté capricieux et ne désire pas monter sur le trône. Pourtant, elle changera vite d’état d’esprit suite à l’urgence de la situation.

Ces deux êtres vont connaitre un coup de foudre. Je n’ai jamais été convaincue par cette notion d’amour au premier regard et La délégation n’a pas changé ma façon de penser. Je sais que ce lien est nécessaire pour la suite de l’histoire (je n’en dirais pas plus pour vous laisser découvrir comment Cécile Ama Courtois utilise cet amour). Néanmoins, j’aurais préféré avoir quelques chapitres pour développer la relation entre Edoran et Saraë et l’intérêt que leur première rencontre aurait suscité plutôt qu’un amour immédiat.

A côté de la tolérance et de l’ouverture d’esprit vis-à-vis d’autrui, les thèmes abordés par l’autrice apportent une dimension surprenante pour de la fantasy qui met plus souvent en avant le côté viril et combattif des hommes que celui des femmes qui affrontent des difficultés qui leur sont propres. Ainsi, elle portraiture plusieurs femmes fortes et notamment l’image de la mère à travers un système biologique chez les Vipérines qui transpose les dangers de l’accouchement d’une manière originale. Là, où les scénarios ne mettent en avant que la douleur de l’enfantement, la romancière rappelle que porter et mettre au monde un corps étranger (car c’est ce qu’est un bébé) peut avoir de graves conséquences pour la maman. D’où le combat et l’exploit. La liberté sexuelle des femmes est aussi l’un des concepts phares exposés par l’appétit des Félides, des Fées et des Vipérines dont les mœurs sont libertines.

La plume de Cécile Ama Courtois est toujours aussi efficace pour entrainer le lecteur dans son monde. C’est pourquoi malgré l’aspect introductif de ce roman, j’ai passé un bon moment. Le narrateur possède un parlé poétique, lyrique et captivant. L’une des particularités de ce livre est que la narration est fortement présente pendant les deux tiers de l’histoire contrairement aux dialogues qui sont sporadiques. Les descriptions sont nombreuses mais loin d’être ennuyeuses. L’amour de l’écrivaine pour les chevaux qui est une de ses passions, transparait énormément. Ça va du nom de la race à ses caractéristiques et à l’union entre l’équidé et son cavalier qui leur permet de combattre et vaincre les ennemis. Ils ont une place de choix dans le récit.  

En bref, La Délégation est un premier tome qui pose les bases du Conte des Sept Chants tel un long prologue qui place les pions sur l’échiquier. Si ma lecture fut agréable telle une balade paisible emplie de découvertes, l’épilogue m’a mis l’eau à la bouche pour la suite.

Les Feus Reheans (Legendion, #2) de Rémi Bomont

  • Titre : Les Feus Reheans (Legendion, #2)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Des mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Comme d’habitude, je mets mon petit avertissement. Si vous n’avez pas lu le premier tome du Legendion, je vous déconseille de lire cette chronique. Je ne peux aborder le second livre sans dévoiler des moments capitaux du précédent. Évitez d’autant plus si vous êtes un habitant de l’Echodria car je vous rappelle que vous pourriez revivre plusieurs fois ce terrible instant où la fin d’une palpitante aventure est spoilée.

Suite au dernier chapitre laissant en suspens l’histoire sur une note de tension, Rémi Bomont a eu la gentillesse de mettre fin à la torture causée par cette maladie qu’on nomme l’impatience. Je le remercie du fond du cœur de m’avoir fait encore une fois confiance via SimPlement.pro pour parler du second tome du Legendion : Les Feus Reheans

Le récit démarre sur le passé d’Eres et met enfin en avant le fameux soulèvement d’Héléo qui a fait basculer bien des vies dont celle d’Eloran, tout en introduisant l’action de la Reine écarlate. L’auteur apporte d’autres éclaircissements comme la formation du cercle de Seheiah, la nature des Lycans, les royaumes du sud et le passé de l’Echodria. Le voile se lève également sur l’armée de Ô, son but et son dirigeant Ohen, bien que celui-ci reste encore bien mystérieux. J’ai adoré sa rencontre avec le roi et les révélations qu’y en découlent. La patience avec laquelle l’ennemi déploient ses pions est un point majeur du livre qui ébranle une population vivant dans une paix illusoire et peu préparée à ce qui arrive.

Avec l’enchainement des événements et les divulgations passées et présentes, j’ai été happée par ce roman qui est meilleur que le premier. D’ailleurs, j’ai détesté que mon corps et mon esprit défailllent cette semaine là, m’empêchant de le lire d’une traite.

Le rythme est similaire au tome précédent tout en étant plus intense. La première partie est un épisode aux allures de tranquillité baignant dans une tension sous-jacente. La cité, pourtant entourée par l’ennemi, ne subit pas d’attaque frontale. Comme si personne ne se trouvait sur les bateaux qui l’encerclent. Le temps semble en suspens. Mais ce n’est qu’une façade. Des Lycans arrivent à s’introduire dans les murailles discrètement et à accomplir leurs missions. Zahal semble hésiter à aider les Reheans qui vivent des miracles autant inexplicables qu’instables.

Les personnages secondaires ont une place de choix dans cette moitié. Eloran et Lerena sont un peu mis de côté, laissant la scène à leurs amis et familles. Eres était soldat dans les royaumes du sud avant de devenir Haut Commandant. A force de fréquenter les étrangers, il a gagné une grande ouverture d’esprit et une profonde tolérance bien qu’il porte encore en lui la vengeance des meurtres de sa femme et de sa fille. Evelène a combattu son chagrin et ses conséquences à sa manière. Grâce à sa force et à sa volonté, elle s’est relevée et a appris à vivre avec sa cécité. Malgré son handicap, elle sait se rendre utile et est courageuse. Le passé de la joviale et raisonnable Mère Poulhard avec Lerena est révélé. Enfin, on en apprend plus sur Mésange-Lugubre. J’adore les passages où cette petite flamme apparait car sa parole est un mélange de mystère, d’onirisme et de bon sens.

De nouveaux protagonistes ayant l’air de moindre importance de prime abord, font également leur apparition et je me demande s’ils vont avoir un rôle dans la suite. Marco est un petit bonhomme déjà bien brave qui prend soin de la petite Azaëlle qui ne pleure pas devant le danger, et Pafol est un fin observateur.

J’ai apprécié cet intérêt pour les acteurs secondaires car ça me donne l’impression que l’univers créé par l’écrivain forme un tout. Que l’histoire est portée par tous et pas seulement par une poignée de personnes comme c’est le cas dans beaucoup de fantasy. Cela démontre que l’auteur a élaboré son monde en profondeur. Du coup, l’horreur et la douleur comme la joie et la délivrance sont palpables et me touchent plus facilement.

Ayant déjà bien détaillé le duo principal dans ma première chronique, je dirais juste qu’Eloran découvre enfin qui il est et affronte sa part de secret. Lerena la reine naît dans ce tome. Si elle était un embryon de pouvoir dans le premier roman, elle mérite largement sa couronne par les actions qu’elle pose et la responsabilité qu’elle endosse. 

Rémi Bomont met en scène plusieurs femmes fortes et courageuses dans son récit. Vous êtes habitués au fait que je loue cette décision d’évincer les princesses en détresse alors je ne peux qu’applaudir ce romancier qui affirme par la voix d’un de ses personnages que les femmes sont assez solides sur leurs jambes pour ne pas avoir besoin d’être protégées par des hommes.

« –  Je m’étais juré de les protéger…

La lueur revint devant lui [Eloran].

– Qui ? Evelène, Lerena ? Quelle condescendance ! Comment peux-tu les croire si fragiles, alors qu’elles se sont passées de toi toutes ces années ? »

Comme dans le premier tome, quelques réflexions philosophiques sont abordées sporadiquement ou sous-tendent l’histoire tout du long. Ainsi, la notion de vivre l’instant présent et d’évanescence de la vie sont toujours présents. L’idée nouvelle et principale de ce second opus est l’égalité des hommes devant la mort. Peu importe le statut, que l’on soit pauvre ou riche, laid ou beau, tous mourront et connaitront le même sort. L’auteur évoque la différence entre ce que Zahal veut réellement et les paroles de dieu inventées par l’humain pour justifier ses actes. Enfin, la vision de la magie change selon les conséquences de celui qui y a recourt. Elle n’est par nature ni bonne ni mauvaise. Selon son utilisation, elle sera considérée soit comme Force Interdite soit comme miracle.

Rémi Bomont a peaufiné sa plume. Les tournures et les changements de genre sont plus fluides. Si je ressentais auparavant une sorte de césure entre les styles d’écriture, les transitions sont maintenant naturelles et se remarquent à peine. Les descriptions des batailles sont dures et crues.   

Si la fin clôt de manière plus tranquille ce chapitre de l’Echodria et ne donne pas autant envie de séquestrer l’auteur pour qu’il écrive la suite, de nombreux mystères restent encore à élucider. Par exemple, La Reine écarlate fait à peine son apparition et ses desseins sont encore bien gardés tout comme son identité.

En bref, Les Feus Reheans est un second tome exaltant et captivant. Il dévoile des pans entiers de l’univers du Legendion tout en continuant à faire monter le suspense et à préparer les futures batailles contre cette ennemie de l’ombre. Vivement la suite.

Animae Symphonia de Nicolas Bonin

  • Titre : Animae Symphonia
  • Auteur : Nicolas Bonin
  • Éditeur : Stories by Fyctia
  • Catégorie : fantastique

Lorsque Nicolas Bonin m’a proposé de vivre une balade musicale dans une école en compagnie d’animaux fantastiques, j’ai été intéressée immédiatement par le concept. Animae Symphonia a vu le jour grâce au concours Anima du site Fyctia en 2019. Il a atteint l’étape de la finale. Je remercie chaleureusement l’auteur pour sa confiance en me confiant ce service presse via SimPlement.pro contre une chronique honnête.

Stéphane Bardos est le fils du concierge du Lycée Saint-Saëns de Montgimel. Il y vit depuis qu’il y est né et le connaît comme sa poche. Féru de musique comme bon nombre d’élèves, il souhaite appartenir à un group de rock alternatif. Alors quand le chanteur des Jörmundgand, Dimitri, le met au défi de montrer ses capacités en guitare, il n’hésite pas et fonce chercher celle qui a été laissée sous les escaliers. A peine l’a-t-il rejointe qu’une panne de courant plonge le couloir dans la pénombre et que les serpents dessinés sur l’étui se mettent à luire. Instrument en main, il rebrousse chemin pour rejoindre les autres, mais c’est une forêt peuplée de créatures légendaires qui l’attend. Anguipèdes, ours, princesse grenouille,…Nuit après nuit, il devra jouer pour eux afin de libérer les humains possédés par les Animae et déjouer les plans de la personne qui a lancé la malédiction.

Animae Symphonia nous immerge dans un univers mi-onirique mi-fantastique baigné par la musique. Celle-ci n’est pas seulement présente dans l’histoire comme hobby préféré des protagonistes, elle inspire le nom des chapitres qui sont intitulés selon le titre d’une chanson et son interprète afin d’en donner le ton et la couleur. Les genres musicaux présents dans l’intrigue présentent une palette variée allant du rock alternatif au classique en passant par la variété française. Je n’ai pas fait l’exercice de vérifier si l’ensemble des chansons existait lors des années 1993-1994 ou si certains titres sont apparus après. Faisons confiance à l’écrivain dont on ressent la passion pour cet art. Son amour se devine par ses descriptions pointues et la manière dont la musique fait vivre l’histoire.

« — Il me faut un fusil !

— Vous avez la basse, explique la grenouille.

— Que vaut une basse contre un fusil ? C’est une blague !

— La musique est une chose sérieuse, Monsieur Bardos. Elle permet de soulever des rochers, de charmer des animaux et même de remonter le temps ! » 

Outre la musique, l’écrivain puise son inspiration dans divers mythes et légendes pour orchestrer son récit. Ainsi, Orphée fait son apparition avec sa lyre et son impatience au retour des enfers. Si le héros à la basse hérite des Grecs, ce sont les légendes françaises qui ont le plus beau rôle. Nicolas Bonin joue sur les traditions pour donner de la consistance et de la pertinence à sa malédiction. Stéphane croisent de célèbres noms tels le cheval Bayard, la fée Mélusine ou encore la bête du Gévaudan. L’utilisation qu’il en fait, la manière dont il intègre les anciennes histoires à sa propre narration est excellente. J’ai adoré qu’il puise dans le folklore local avec les légendes mais également avec l’intégration du gaulois. Je croise souvent dans mes lectures qui tournent autour de codes ou d’anciens artefacts à déchiffrer, l’utilisation du latin, de l’anglais ou des runes. Vous allez me dire que les Gaulois n’écrivaient pas. Vous avez raison. C’est pourquoi la manière dont le romancier arrive à en faire une clé de compréhension est originale. Cela fait du bien de croiser une autre langue que le trio habituel.   

Mon avis sur la densité psychologique des personnages est plutôt mitigé. Mis à part le protagoniste principal, j’ai eu l’impression que la majorité des acteurs n’étaient qu’esquissés. Leurs caractéristiques servent l’histoire et son déroulement au moment adéquat mais je n’ai pas ressenti la même profondeur que pour Stéphane. D’ailleurs, au début j’avais un peu de mal à savoir qui était qui dans le comité des délégués par exemple. Il m’a fallu du temps pour m’y retrouver.    

Stéphane est serviable et gentil. Il a un don pour la musique et est doté d’une grande détermination. Il aime la belle Yseult mais ne sait pas comment aborder cette romance ni saisir sa chance. Le fils du concierge possède un humour que je qualifierais de « au ras des pâquerettes ». Loin de moi l’idée de descendre ses blagues, car d’un, elles me font rire et de deux, je suis capable de faire bien pire dans mes délires avec mes amis. Alors oui, elles ne sont peut-être pas des plus recherchées mais elles font mouche. La princesse grenouille a une fâcheuse tendance à répondre aux questions de façon synthétique et qui soulève plus d’interrogations que de réponses. Ce côté mystérieux et franc alors qu’elle propose son aide à notre héros est juste excellentissime. J’ai adoré ce batracien dès les premiers dialogues.

La plume de Nicolas Bonin délivre la symphonie des Animae avec un bon rythme. Les phrases courtes donnent un côté léger agrémenté de passages comiques. Le début m’a fait penser à l’atmosphère du bon vieux film Jumanji des années 90s. Quelle nostalgie ! Une petite pointe de romance est également présente par le poétisme métaphorique des pensées que Stéphane a pour Yseult. Toutefois, cela ne tombe jamais dans la mièvrerie des sérénades au luth. L’auteur définit et utilise du jargon musical. Cela peut paraitre très technique aux néophytes mais je crois que les explications restent accessibles à ceux qui n’ont jamais touché au solfège. Il va même plus loin dans la théorie en remontant dans le temps et en parlant de la gamme de Pythagore. J’ai beau être musicienne, je n’en avais jamais entendu parler. J’ai repéré quelques coquilles dans la deuxième partie du livre. L’auteur va y remédier.  

En bref, Animae Symphonia est une aventure rock’n’roll et trépidante où la détermination d’un jeune homme et son amour pour la guitare va contrer les plans machiavéliques des ombres de la forêt légendaire. C’est un roman ado que je recommande grandement pour les fans de rock et de magie.