Je vais choper mon boss (#2) d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#2)
  • Autrice : AD Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

Après avoir dévoré le premier tome des aventures sentimentales d’Alexis, j’ai sauté rapidement sur le second livre qui clôt avec surprise, humour et brio cette romance.

Comme d’habitude, je vous conseille de vous plonger dans cet avis lorsque vous aurez lu le précédent tome. Ce serait malheureux de vous gâcher les éléments croquants de cette délicieuse comédie.

Alexis se réveille dans l’appartement de David Langlois avec une gueule de bois carabinée. Comment est-il arrivé chez lui ? Et pourquoi est-il tout nu sur son canapé alors qu’un gamin, Henry, mange son bol de céréales en compagnie de sa licorne ? Notre garde du corps n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’il rencontre Lise, une adolescente malmenée par sa mère, et qu’il retrouve Nadège, la voisine de palier de son collègue !

La fin de la première partie nous avait laissés avec une tonne de questions : comment Alexis va-t-il réintégrer son poste après son erreur à New York ? S.J. pardonnera-t-il son comportement envers Andrew ? Risque-t-il de se faire émasculer par Christine ? En parallèle des interrogations personnellement liée au petit cœur d’Alexis, la menace pesant sur le boss d’Électronic Dreams ressurgit sous la forme de la berline noire qui rôde dans le quartier de David.

Déboussolé et perdu, Alexis accepte la proposition du premier de la classe et reste loger chez lui malgré l’exigüité des lieux. En remerciement, il s’investit dans la cuisine et endosse le rôle de garde du corps à son insu. Entrer dans l’intimité de David va bousculer les idées préconçues qu’Alexis portait dans le premier tome. A.D. Martel déconstruit avec habilité les apparences. Elle montre ce que la chemise à carreaux parfaitement repassée de David dissimule.

Nous vivons dans une société de tabous et de faux-semblants. Les humains revêtent des masques pour cacher leurs sentiments et leur authenticité. Ils font de leur mieux en dépit des émotions négatives et de la dure réalité qu’ils subissent. Ils affichent un sourire dans les moments où ils aimeraient pleurer toutes les larmes de leur corps.

David entre dans cette catégorie d’homme qui donne le meilleur de soi-même malgré les difficultés qui pèsent sur ses épaules. Son extrême gentillesse résulte de ses efforts et des épreuves du passé. Il est prévenant et possède une qualité que peut de personnes ont : l’altruisme. Quand il offre son toit, qu’il tend la main, il ne demande rien en retour. Il est prévenant sans être invasif, ce qui déroute un Alexis aux nombreux secrets. Pourtant, David n’est pas aussi pur que les premières interactions le laissent entendre. La lumière ne peut vivre sans obscurité. Progressivement le masque de bonté se fissure. Cela commence par le cynisme pour dissimuler les blessures, juste avant d’éclater pour laisser déborder la noirceur. Une ombre triste qui m’a juste donné l’envie de surgir dans le roman pour réconforter notre pauvre David.

Dans le premier tome de Je vais choper mon boss, David m’avait déjà tapé dans l’œil alors qu’il s’agissait d’un personnage secondaire (voire tertiaire ?). Je ne sais pas si c’est l’atypisme de ce genre de personnage dans la comédie romantique qui m’a touchée où si les compétences en écriture de l’autrice ont un tel niveau d’expertise dans la manipulation qu’elle a réussi à tisser, l’air de rien, son filet pour que David capture mon cœur. Vous l’aurez compris, plus je lisais et entrais, comme Alexis, dans le monde de son collègue, plus j’adorais ce protagoniste.

Les nouveaux personnages ne sont pas en reste dans cette aventure. La mignonne attitude d’Henry m’a fait sourire à plusieurs reprises. Ce petit bonhomme muet en raison de ce qu’il a vécu et possède, comme son père, une vraie force (surtout avec sa copine Licorne). Sans mot, il arrive à véhiculer ses sentiments avec puissance.

Lise est un vrai ouragan. De primes abords, on pourrait croire qu’il s’agit juste d’une adolescente rebelle qui a de mauvaises relations avec une mère tout aussi perdue que sa fille. Cependant, les apparences sont tout aussi trompeuses pour elle que pour David. Derrière le mur d’enceinte qu’elle a construit, se cache un oiseau blessé par la vie. Ses querelles avec Alexis, en plus d’être divertissantes, témoignent de l’insécurité que la présence de l’homme engendre chez elle. Elle considère David comme un père et la venue d’un autre chaton éclopé de la vie dans la famille l’effraie au plus haut point.

Enfin, nous retrouvons l’adorable grand-mère du chapitre un : Nadège. On apprend pourquoi elle ne pouvait plus venir au café. Elle secoue et soutient Alexis à plusieurs reprises au cours de cette nouvelle aventure. On découvre une mamie pleine d’énergie qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand il s’agit de fermer le bec aux préjugés sur les personnes âgées.

À travers ces relations qui se font, se défont et se reconstruisent, A.D. Martel nous parle de liens familiaux, de la force de ceux qui ne découlent pas du sang. Elle nous parle de solidarité, de rédemption. Alexis va comprendre ses erreurs ou plutôt, celles-ci vont lui exploser en pleine face avec une telle puissance qu’il lui faudra du temps pour les digérer. Toutefois, il se donnera à fond pour réparer les dégâts qu’il a causés. Il s’investira dans la protection de David et Henry, et même de Lise qui subit des horreurs dans le milieu scolaire.

Et S.J. Park dans tout ça me direz vous ? Il est toujours bien présent dans ce roman et on découvre une autre facette de l’homme. Derrière l’impassibilité de son visage, se dissimule un chat qui aime jouer avec les souris. Et la souris dans ce tome, c’est Alexis bien sûr. Cependant, il ne le malmène pas au point de le faire pleurer, je vous rassure. Il y a une même une volonté de lui faire comprendre les choses tout en se vengeant un peu quand même des émotions que les actes de son garde du corps lui font ressentir.

Je pourrais sans doute encore écrire pas mal de choses sur la deuxième partie de Je vais choper mon boss. La chronique parait plus de deux semaines après ma lecture passionnée qui m’a valu des heures de sommeil en moins. Mon cerveau rencontrait des difficultés pour ordonner les mots et formuler mon opinion sur cette histoire bouleversante, renversante et riche en humanité. Elle m’a émue par la force de ses personnages. Ceux-ci sont construits avec réalisme et authenticité. La manière de les découvrir à travers leurs interactions, leurs silences et leurs actes est juste : wouah (une interjection vaut parfois mieux que des mots pour exprimer son ressenti). Les thèmes de la solidarité et de la solidité des liens hors sang sous-tendent l’ensemble du récit qui a insufflé un malstrom d’émotions allant du rire à la colère en passant par la tristesse et l’amour. Bref, cette duologie entre dans mes lectures favorites.

L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le conte des Sept Chants, #4) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le Conte des Sept Chants, #4)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir une fois de plus fait confiance pour lire et chroniquer le tome final de sa saga au double titre. D’abord éditée sous Le Conte des Sept Chants, puis rebaptisé La Dernière Guerre des Dieux suite à une volonté de se rapprocher du type d’histoire, le quatrième opus clôture 14 ans d’écriture, d’élaboration du monde et de personnages. En regardant en arrière, on peut comprendre pourquoi ce récit épique a pris autant de temps tant il est riche et diversifié tout en restant cohérent.

Si vous n’avez pas lu les précédents livres, je vous déconseille de lire ma chronique, car certains éléments seront divulgâchés. Vous êtes prévenus.

Après la lecture d’un résumé bienvenu, nous reprenons l’histoire à l’endroit où elle s’est arrêtée au troisième tome. Edoran, accompagné de ses nouveaux acolytes (Bohr et Xano), retourne sur Gahavia par le portail ouvert par Mork Örn. Ils ont pour mission de sécuriser les lieux pour aménager le quartier général de la sorcière Xinthia Laska. Jouer le rôle du démon Bahran lui coûte de plus en plus cher, endommage profondément son âme. Toutefois, il se doit de s’y coller jusqu’au bout. Surtout quand Saraë débarque pour récupérer le dernier chant.

En parallèle, les autres porteurs du chant se dirigent vers l’Arcoa Calya pour opérer le rituel auprès d’Hermanus tandis que les troupes de l’armée coalisée continuent à défendre le pays des Elfes et à repousser l’ennemi malgré de nombreuses pertes.

Les premiers chapitres défilent et remettent en mémoire les pions sur l’échiquier de cet affrontement final. On retrouve ainsi les différents personnages clés du roman, ce qui permet d’éviter un sentiment de confusion. On sait qui est où, et son but. Les principales scènes sont : le camp de Xinthia, la bataille des Gahaviens et le palais des Elfes. Je viens de les énumérer par ordre de tension dramatique, celle que j’ai ressentie personnellement.

La réunion entre Edoran et Saraë est pour moi celle qui est la plus intense et la mieux travaillée. La reine se laisse capturer pour donner une chance à ses amis Olbur et Thésis de quitter le camp des Evinshorkiens avec le dernier chant. Autant vous dire que j’ai détesté ce moment pour deux raisons. D’un, car pour moi, Saraë renonçait après avoir vu Edoran/Bahran et de deux…. Je ne vous l’exprimerais que de cette manière : on sait pourquoi Olbur était nommé l’Inattendu par l’Unique. En tête à tête avec la sorcière, les deux amants vont combattre leur propre démon. Le métamorphe résiste à l’envie de prendre sa bien-aimée dans ses bras et celle-ci lutte contre la tentation d’user de son pouvoir pour dégommer son ennemie, ce qui la plongerait dans les Ténèbres.  

Pendant ce temps, la bataille fait rage et les nombreuses pertes dans l’armée alliée essoufflent l’espoir. Cependant, les chefs ne fléchissent pas. Contrairement à d’autres romans de fantasy qui décrivent des scènes de combats où épées et haches virevoltent à souhait, Cécile Ama Courtois a choisi de prôner l’intelligence et la bravoure. Les stratégies ingénieuses qu’elle place dans la bouche des êtres considérés comme les plus fragiles prouvent que l’ensemble des peuples de Gahavia sont utiles au combat malgré les apparences. Même les nains surpassent leur fameux amour-propre pour la victoire.

Abordons enfin le rituel de l’Harmonie. Celui-ci m’a un peu déboussolé, car il se déroule sans encombre et assez vite (avant la moitié du roman). Je me suis retrouvée dans le même sentiment que les Evinshorkiens qui y avaient survécu. Que s’est-il passé ? Et que va-t-il advenir ?

La reconstruction. C’est comme cela que l’on peut nommer la deuxième partie de l’histoire qui m’a donné l’impression de lire un long épilogue. Trop long. Si la formule de « prologue » avait bien fonctionné pour le premier tome de la saga, je n’y adhère pas cette fois-ci. L’effet « découverte » n’existe plus et même si j’aime les personnages, je suis le genre de lectrice qui a besoin d’enjeux et de revirements pour avancer. Or, ceux qui sont proposés tel le renoncement de Saraë n’en constituent pas de vrais. Et par vrais, j’entends ceux pour lesquels on doute, on retient notre souffle, on se questionne sur la réussite à le dépasser, à y arriver et à atteindre l’objectif. Je me suis retrouvée à m’accrocher à certains éléments parlant de noirceur avec l’espoir de voir un revirement brutal, comme ceux que l’autrice nous a fait vivre précédemment, mais je me suis vite rendue compte que ça n’arriverait pas, parce qu’elle avait choisi la paix, la puissance de l’Harmonie et l’ouverture d’esprit. C’est sa décision et je la respecte, même si elle ne me convient pas décrite dans autant de pages qui contiennent aussi un bon nombre de récapitulatifs des moments forts de la série. J’avoue que si, cette histoire n’était pas narrée par la plume de Cécile que j’adore, j’aurais sans doute refermé le livre bien avant le point final.

Avec cette écriture fluide et dynamique qui dépeint en profondeur l’âme de ses personnages, elle nous parle de résilience, de rédemption, de transcendance de la différence et du passé. L’Harmonie ayant épargné des membres de la Horde de Mork Örn, les Gahaviens doivent apprendre à connaître ses êtres, à aller au-delà des apparences et à comprendre que la tyrannie emprisonne mentalement certains citoyens et les obligent à exécuter des tâches abjectes par crainte ou par éducation : ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent accéder à des droits et aux valeurs qui dorment au fond de leur cœur. Ils y aspirent sans réellement sans réaliser qu’ils peuvent vivre autrement.

Au bout du récit principal, le tome nous offre des histoires que je nommerai presque des spin-off sous forme de nouvelles. Elles mettent en scène des personnages secondaires : notamment Malcolm et Viane. Je m’attendais à les revoir, mais bien plus tôt que cela. J’ai aimé ces retrouvailles et rencontrer la petite Vaël qui annonce une nouvelle ère.

En bref, L’Harmonie clôture trop vite une série déroutante et riche en émotions. Une sage qui commence tel un faisceau de lumière mangé par les noirceurs les plus abyssales pour ressurgir avec plus d’éclat. L’univers construit par Cécile Ama Courtois mériterait d’être approfondi à la manière de J.R.R. Tolkien, grâce à de nouvelles histoires qui nous permettraient d’arpenter ce monde et peut-être les autres de l’Ambar Neldëa que l’on n’a pas encore pu découvrir.   

La Mélodie d’Émilie Ansciaux

  • Titre : La Mélodie
  • Auteurice : Émilie Ansciaux
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : horreur fantastique

En écrivant ces lignes, je ne sais toujours pas que penser de ce court texte qui m’a attirée par la simplicité et la symbolique de la couverture réalisée par Chris Weyer. Il ne s’agit pas d’une histoire que je peux catégoriser avec aisance sous l’étiquette j’aime ou je n’aime pas. C’est le genre d’histoire qui marque, qui surprend par son côté malsain et glauque. Avant de m’y plonger, j’avais lu d’autres chroniques qui mettaient en évidence la singularité de la seconde partie. Pourtant, je me suis pris une claque. Mon cerveau avait beau avoir lu qu’elle nous emmenait dans les Ténèbres les plus obscurs, il attendait toujours une suite habituelle des récits horrifiants et fantastiques avec juste une écriture plus noire, plus impactante. Le rebondissement fut plus terrifiant, imprévisible et, cependant, il cadre avec l’histoire parfaitement.

Je ne sais qu’expliquer sur La Mélodie. En raison de sa longueur, j’ai peur de trop en dire. Le texte commence sur une note basique. Un type (dont on ne connait pas le nom) déménage dans une nouvelle demeure qu’il a acquise et dont il attend un nouveau départ. Surtout après le goût amer que sa rupture brutale lui a laissé. Bien entendu, il entend soudain une mélodie que nul autre ne perçoit. Peu à peu, elle le rend fou et….

On est happé dans les méandres méphitiques de l’humanité. On dévie de l’histoire horrifique tradionnelle pour emprunter sur des chemins impurs qui donnent la nausée tant les vapeurs nocives nous étouffent. Les questions se bousculent ainsi dans l’esprit : jusqu’où l’être humain est-il prêt pour atteindre ses fins ? Quel est le plus éternel entre la haine et l’amour ? À quel point, l’amour peut-il nous changer ? À quel point la violence peut-elle nous atteindre ? À quel point peut-on laisser notre colère nous corrompre ?

En bref, La Mélodie nous prend la main pour nous entrainer dans un slow innocent. La ballerine nous rassure, nous berce et endort notre vivacité d’esprit en nous contant une histoire basique du genre avant de nous pousser brutalement sur la scène de l’horreur à l’état pur.

Talisman de Gilles Debouverie

  • Titre : Talisman
  • Auteur : Gilles Debouverie
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : thriller horrifique

Au départ, je ne pensais pas craquer sur Talisman. Puis, j’ai lu un extrait lors des précommandes et… vous connaissez la suite.

Dunkham est une petite ville des États-Unis épargnée par les crimes malsains et les gros malfaiteurs jusqu’au quintuple meurtre dans la résidence d’un ancien flic. Les victimes ne sont autres que la famille venue enterrer leur parent. Carla Mendez, fraichement promue au rang de lieutenante, s’occupe de l’affaire. Sa rationalité sera ébranlée par l’évocation d’un objet trouvé dans le grenier par la seule rescapée de ce drame : un talisman.

Gilles Debouverie utilise l’alternance des points de vue pour raconter ce thriller fantastique. Un choix qui se révèle original, car l’un d’eux n’est autre que le talisman lui-même. Dorothy de son petit nom, emploie la narration en « tu ». Elle parle à la personne qui la porte autour de son cou. Elle décrit les scènes, ce qu’elle voit à travers ses yeux, les sensations qui animent le corps de ses victimes à la manière d’une petite déesse au pouvoir limité. Ainsi, l’auteur réussit à délayer des détails et à construire son univers sans que cela semble bizarre ou commun ou incohérent. J’ai d’ailleurs préféré ces chapitres-là à ceux de l’enquêtrice. En quelques paragraphes, Dorothy m’a séduite par son côté révolté et féministe, malgré la violence et ses penchants psychopathes, sa soif de sang. Sa personnalité s’avère même complexe et paradoxale. Elle prône des valeurs pures, mais jubile devant des crimes qui les touchent, telle une hystérique sur le point de rupture. Une âme qui franchit les limites à force d’être poussée par la rudesse et l’horreur de la vie et des hommes. Une proie qui devient le chasseur dans la peau duquel on s’infiltre en tant que spectateur. C’est glauque, ça fait froid dans le dos.

La seconde narration suit Carla Mendez et le fil de l’enquête dans laquelle elle a toujours une longueur de retard par rapport au talisman. On découvre un quotidien policier banal des séries américaines avec l’habituelle haine du FBI qui vient fourrer son nez dans l’affaire et dont l’agent va, bien entendu, se rapprocher de l’héroïne. Je précise tout de suite que cette relation ne figure pas dans le roman juste pour y mettre une partie de jambe en l’air. Elle a un impact sur le déroulement et la fin. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux au ciel devant cette ficelle scénaristique tant évidente dès le départ.

Carla est une femme indépendante et libertine qui n’a pas sa langue dans la poche et sait se faire respecter de ses collègues grâce à son efficacité. Malgré sa droiture qui paraît inébranlable, d’autres méthodes auraient été tout aussi appropriées pour tordre cette justicière. D’autant plus que le développement de la relation entre White (agent du FBI) et elle met passé au-dessus de la tête tant les ressorts sont vus et revus. Pourtant, j’ai apprécié le personnage de White. Il a beau avoir la pédanterie qui va avec son grade, sa répartie se mange comme du petit pain avec ce beurre à l’humour noir.   

En dépit de ses éléments qui ne siéent pas à mes goûts, j’ai avalé les pages avec rapidité. La plume de Gilles Debouverie se déguste avec délectation, surtout concernant les passages de Dorothy (j’aurai dû vérifier si elle n’était pas à mon cou). Il exploite les conséquences inhérentes au talisman de façon à engendrer des rebondissements inattendus qui nous amènent vers des profils et des vies différents, si bien que l’on a un vaste portrait des citoyens de Dunkham, à la manière d’une fresque sociétale qui témoigne des dérives à tous les étages de la société.

En bref, Talisman développe une intrigue intéressante basée sur une double narration dont l’une s’est révélée originale par l’utilisation du tu. J’ai totalement adoré pénétrer dans l’esprit machiavélique de Dorothy dont les valeurs féministes et antiracistes détonnent avec ces hôtes. Un mélange envoutant qui pardonne aisément la banalité du déroulement du récit côté enquête.  

Prototypes d’Adrien Mangold

  • Titre : Prototypes
  • Auteur : Adrien Mangold
  • Éditeur : L’Homme sans Nom
  • Catégorie : science-fiction

Note : Prototypes se situent chronologiquement après Seconde Humanité. Cependant, les deux peuvent se lire indépendamment sans problème.

« Ni d’acier ni de chair »

Alors que Thomas Milas donne son cours, proxY fait irruption dans l’amphithéâtre et le somme d’évacuer ses élèves avant de l’assommer. À son réveil, il est entouré par trois cadavres et les enquêteurs dépêchés par les Autorités de Numéris (AN). Embrigadé malgré lui dans une lutte entre l’État et la secte des Érudits, il devra choisir son camp.

Le roman repose sur le questionnement de la relation androïde — humain. Dès les premières pages, on apprend que l’AN veut voter la loi QI afin d’empêcher les lois d’Asimov d’être brisées par les robots eux-mêmes.

  1. « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  2. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;
  3. Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi. »

Source : Wikipédia.

Cette loi vise à empêcher le développement de l’intelligence artificielle. Elle doit rester strictement inférieure à celle de son inventeur. Or, proxY programmée pour être la sœur de Thomas surpasse largement son QI. Les liens qui les unissent pourraient être la clé d’un monde où la hiérarchie esclavagiste n’existerait plus, mais à quel prix ? Peut-on réellement vivre en harmonie sans asservir l’autre ?

« Le remède à la discrimination n’est pas le favoritisme, mais l’indifférence ».

Thomas prêche pour la liberté des androïdes. Pour lui, les citoyens de Numéris reproduisent les erreurs du passé comme au temps de la traite des noirs où les gens de couleurs n’étaient pas considérés comme des hommes, mais comme des créatures sans âmes. Le parallèle est intéressant et aide à comprendre cette transposition dans ce futur fictionnel en questionnant la pyramide terrestre au sommet de laquelle l’humain (surtout blanc) domine pour des raisons d’intelligence définie par lui seul. Bien que notre protagoniste soit pétri d’idéaux, il reste quelqu’un de prudent. Il conçoit l’évolution par l’expérimentation en vase clos et non dans les avenues de la mégalopole, Numéris. On comprend son désarroi lorsqu’il est propulsé dans le combat qui se joue depuis des années pendant la première partie du roman.

Le second épisode prend la voix du père de Thomas : Franck. Haut gradé de l’AN, son destin à la tête de l’État est compromis par son propre fils. Je ne vais pas détailler les événements de cette deuxième partie qui contrebalance la première et met en scène un regard à la fois différent et identique. En effet, Franck et Thomas sont semblables malgré les apparences. De ce fait, la narration change peu entre les deux chapitres alors qu’elle est interne.

La plume de l’auteur ne s’efface pas derrière la personnalité de ces personnages, ce qui m’a un peu dérangée vu l’opposition entre le père et le fils explicitée au début. L’écriture d’Adrien Mangold est sans doute l’élément qui contribue le plus à l’originalité de ce titre tant elle est atypique et personnelle. Tour à tour poétique, philosophique, métaphorique, simple, elle déroute par moment, surtout quand le style fleuri et soutenu est utilisé dans les scènes d’action, ce qui m’a valu quelques relectures de paragraphes, car j’avais des difficultés à suivre le déroulement par moment. Malgré cela, j’ai adoré les tableaux vivants et visuels ainsi que l’originalité des noms des bâtiments à l’architecture époustouflante. Noms qui participent à la description de l’esprit de Numéris.

Si le style m’a impressionnée, je n’ai cependant pas adhéré à l’histoire que j’ai trouvée trop légère pour le sujet de base. Le principe repose sur l’attachement entre humain et androïde et ces impacts sur la société. Pourtant, je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages. En fait, les liens ont finalement peu d’importance et se retrouvent supplantés par les courses-poursuites et les fusillades. Je ne réfute pas l’horreur du passé des Érudits, de leur secret ou les relations qu’entretiennent Thomas et Franck avec leur robot respectif, mais je n’ai pas été touchée par ça.

En bref, Prototypes s’est révélé une lecture atypique. L’écriture sans pareil d’Adrien Mangold dépeint un monde futuriste qui questionne notre avenir en se basant sur le passé. Toutefois, la réalisation qui favorise le déroulement de l’action plutôt que l’interaction relationnelle, m’a laissée de marbre, d’autant plus que de nombreuses questions restent ouvertes, ce qui lui confère un classement dans la science-fiction philosophique.

Le Crépuscule Violet (La Chronique des Joyaux, #1) de Mélanie Dufresne

  • Titre : Le Crépuscule Violet (La Chronique des Joyaux, #1)
  • Autrice : Mélanie Dufresne
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : romance fantasy

Nouvelle lecture de mon partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire. Pour rappel, il s’agit d’un groupe sur Facebook rassemblant des autrices autoéditées ou hybrides francophones ainsi que leur lecteur.rices. C’est un lieu d’échanges et de convivialité où vous serez les bienvenues.

Dans le nord, Sabaya est la précieuse du château violet. Elle attend avec impatience le retour de Lord Baygund avec le potentiel maître d’armes. Cette femme dont la vie fut insufflée par le joyau fondateur du royaume doit se lier avec un combattant et stratège capable de guider ses troupes afin de défendre les remparts et les habitants. Pendant l’absence du seigneur, une caravane demande l’hospitalité. Le mercenaire, Jonas, l’accompagne. Sa rencontre avec Sabaya va bouleverser l’ordre des choses et leurs cœurs.

Je suis restée perplexe durant la première moitié de ce roman en raison du manque de clarté de sa direction, ou plutôt à cause du genre dans lequel l’a catégorisé l’autrice. Placé sur l’étagère de la fantasy épique, je m’attendais à des batailles, des complots, de l’aventure, du frisson. C’est pourquoi, je ne cessais de me demandais où l’intrigue allait mener ? Je me suis sentie perdue avant de comprendre la chose suivante : ce récit est de la romance plongée dans un univers de fantasy. L’amour entre Sabaya et Jonas est le centre du livre et surpasse l’aspect épique.

En effet, la majeure partie du bouquin se passe entre les murs du château et juxtapose des saynètes entre les habitants et les mercenaires, mais surtout entre Jonas et Sabaya. Ce qui a trait au genre de la fantasy épique est soit évoqué, soit sert à faire évoluer la romance (et non l’inverse). Par exemple, les deux attaques de gargouilles contribuent juste à rapprocher ses deux âmes, puis à révéler Jonas auprès des soldats, et donc à renforcer sa valeur aux yeux de Sabaya, tout en déclenchant son tourment personnel. Concernant l’aspect des complots qui est un trope important dans ce genre, je l’ai vécu plus comme un élément anecdotique se déroulant en marge du développement de leur amour. Je sais que leur relation est fondamentale pour la bataille finale et l’émergence du nouveau maître d’armes. C’est un ingrédient de la recette élaborée par l’écrivaine dans son univers, mais cette romance a pris trop d’importance sur les codes du genre de la fantasy épique de mon point de vue. Du coup, mes attentes n’ont pas été comblées et, même une fois, cet aspect intégré, j’ai eu du mal à adhérer complètement au concept.

Le manque de substance de l’intrigue et de nuance des personnages y est pour beaucoup. Le roman met fait penser à un squelette construit correctement, mais dont les os seraient à peine recouverts de chair et de peau, si bien qu’on devine aisément les ficelles scénaristiques de ce récit linéaire et sans surprises. Il aurait gagné à être approfondi, car si l’humain prend le pas sur l’équipe, j’ai trouvé que les personnages manquaient de densité et de dualité, surtout concernant les deux protagonistes.

Sabaya est chaleureuse, protectrice et adore les bonbons au grand dam de la cuisinière. Façonnée par la pierre précieuse, elle a déjà vécu des centaines d’années, pourtant elle possède encore une sorte de naïveté dérangeante propre aux adolescentes. Elle ne possède pas de zones d’ombres, si ce n’est le questionnement sur l’incompatibilité de ses sentiments et de son devoir. Je peux comprendre que cette pureté soit induite par le joyau vu qu’elle n’y est pas seulement reliée, il lui a donné naissance, une sorte d’incarnation sur terre. Toutefois, il aurait été intéressant que l’autrice exploite l’humanité que sa prêtresse a acquise au fil du temps à côtoyer son peuple. C’est vraiment dommage qu’elle n’ait pas creusé à fond les implications des troubles qu’elle ressent et n’ait pas profité des impacts que ceux-ci auraient pu engendrer lors de la bataille finale, par exemple.

Jonas est en quête d’un moyen pour sauver son père qui croupit injustement dans les geôles d’un traitre dans les royaumes du sud. Il est l’archétype du preux chevalier. Malgré ses désirs personnels, il se dévoue à la protection du château violet dès la première attaque de gargouilles. Gentil, il prête main-forte aussitôt qu’il le peut dans les occupations des habitants. Tout comme Sabaya, il ne possède pas vraiment de noirceur. La vengeance constitue seulement un enjeu dans leur relation plutôt qu’un moyen d’engendrer un comportement problématique qui contrebalancerait sa pureté. 

À côté de ses deux âmes, l’autrice nous esquisse une multitude de personnages à la pelle. Encore une fois, je saisis leur utilité : ils sont là pour donner envie à Jonas de s’investir et de rester en cette demeure. Malheureusement, la sauce n’a pas pris. Comme expliqué plus haut, Mélanie Dufresne place l’humain avant l’épique. Seulement, les épisodes entre le mercenaire et les citoyens s’avèrent trop brefs et peu nombreux (vu qu’elle se focalise sur les deux tourtereaux). Je n’ai pas ressenti la formation des liens. J’ai été d’autant plus surprise qu’au moment de la concrétisation de l’union, Jonas ne mentionne pas le forgeron dans ses relations marquantes, alors qu’il s’agit du premier avec qui il a réellement vécu quelque chose, bien qu’on voit le « duel » plus du point de vue de la précieuse que de Jonas.

À côté de ces évocations de relation, le développement de Ksara m’a rendu perplexe. Contrairement aux autres personnages secondaires, l’autrice s’attarde sur elle et ses capacités qui doivent rester un secret. Vu ce traitement privilégié, je m’attendais à tout moment qu’elle ait un impact dans le récit. Cependant, une fois cette intrigue secondaire amorcée, la porte demeure ouverte sans qu’elle intervienne par la suite.

Je me dois d’aborder Maelora dans la mesure où il s’agit du potentiel maître d’arme choisie par le Seigneur Baygund. Cette chevaleresse en provenance du château bleu est droite dans ses bottes. La discipline et le respect ne font pas seulement partie de son vocabulaire, ces concepts l’incarnent. Ses hommes suivent ses ordres sans que son sexe entre en jeu. Ils connaissent sa valeur de guerrière. Fière de pouvoir accéder à un rôle si important, elle met de côté son amertume lorsqu’elle se retrouve évincée. Ici encore, aucune noirceur ne vient ombrager la droiture du personnage. Aucun acte ne montre son désarroi ou sa colère.

En dépit des faiblesses évoquées (et qui relèvent de mes goûts personnels, je le précise) et une fois la romance intégrée, cette lecture s’est révélée distrayante. Elle se laisse lire. J’ai apprécié l’univers reposant sur la notion des joyaux et de la puissance qui augmente grâce à la prospérité du royaume ainsi que l’apparition d’une créature fantastique inhabituelle. Les Symargs sont des chiens ailés issus de toutes races. L’inversion des codes sur le Nord et le Sud m’a également plu, le premier s’avérant bien plus ouvert d’esprit que le second.

En bref, Le crépuscule violet est une romance sympathique sur fond de fantasy. Toutefois, elle manque de nuances, de profondeurs et d’équilibres sur bien des points (personnages, univers, développements des relations) pour satisfaire mes goûts personnels, d’autant plus que je m’attendais à de l’épique, comme mentionné sur le site de l’autrice auquel je m’étais fiée. Je ne poursuivrais donc pas la série, même si on change de lieux et de protagonistes. 

Alegría d’Alex Mauri

  • Titre : Alegría
  • Auteur : Alex Mauri
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : fantastique

Bruno adore la corrida. À l’une d’elles, il s’en prend à une militante qui s’est introduite avec ses compagnons dans l’arène pour empêcher le massacre des taureaux. Malgré sa violence, elle réussit à le maudire avec ses pouvoirs de médium. Bruno passe de l’autre côté de la muleta. Il devra combattre les hommes pour réintégrer son humanité.

Alegría c’est le genre de roman, défendant une valeur, qui pose une question : qu’est-ce qu’il va m’apporter quand on partage le point de vue de l’auteur ? La finalité, on la connaît dès le départ. On sait vers quoi il va nous amener : l’ouverture d’esprit du protagoniste, la révélation qui le fera basculer après l’expérience dans la peau d’un Toro.

Je n’ai pas lu ce livre pour me repaitre de la douleur de Bruno, l’horreur et les tortures qu’il va connaître. J’ai beau avoir mon côté psychopathe, je n’entre pas dans la catégorie des gens malsains qui prônent des idéaux et applaudissent la crucifixion des violents, des opposants. En fait, je ne saurais dire ce qui m’a attiré vers lui en dehors du thème et de la magnifique couverture exécutée par Aurélien Police ainsi que la valeur sûre qu’est Livr’S éditions pour moi. Je ne regrette pas ma lecture pour plusieurs points que je salue.

Non seulement l’auteur a fait un travail de documentation remarquable et globale qui se ressent avant même de lire la bibliographie à la fin. Il s’est renseigné autant chez, mais en plus, j’ai appris une chose qui m’a complètement scotchée : la corrida existe en France et celle-ci est légale. Croyant débarqué en Espagne, j’ai dû relire deux fois un passage qui donnait des indices sur la localisation de l’intrigue. Localisation enfoncée à coup de sabot dans mon esprit en relisant la loi retranscrite en note de bas de page.

Ensuite, le personnage de Bruno a écartelé mon cœur qui ne savait pas dans quelle direction aller tant Alex Mauri lui a insufflé une dualité paradoxale et, pourtant, si humaine. Bruno est procorrida à 200 %. Il idéalise le taureau en fier combattant qui meurt avec panache. Pour lui tradition justifie la violence alors qu’il considère celle sur d’autres animaux (exemple : les chiens) d’horrible. Chômeur depuis son burn-out et divorcé, il incarne le gars à la révolte introvertie. Il crache sur pas mal de monde, mais hoche la tête devant ces mêmes personnes. C’est le cas de son ex-belle famille chez qui il se rend pour l’anniversaire de son fils, Quentin. Il ne peut encadrer son beau-père qui se moque de ses employés qu’il écrase sans vergogne. Enfin, Bruno est un père incroyable. Ouvert d’esprit sur certains points, il se réjouit de la margnilité de Quentin. Il fait de la pâtisserie avec lui et prend soin de lui, le chéri, bref agit comme un papa devrait le faire. Vous comprendrez pourquoi j’ai eu des difficultés à voir en lui uniquement un connard vulgaire et pourfendeur de taureau. Son évolution m’a également clouée sur place, car l’écrivain évite la facilité et colle parfaitement à la mentalité de son protagoniste.

Alors que Bruno découvre l’envers du décor dans les élevages et l’arène, il reste orgueilleux. Aux portes de la mort, le rebelle introverti devient extraverti comme si la musculature et les cornes lui conféreaint la force et du courage. En mauvaise posture, il ne devient pas humble, il croit au contraire qu’il doit donner une bonne leçon à tous ces toreros de pacotilles.

La narration intrinsèque nous plonge dans son esprit, ses sentiments, ses constatations, ses frustrations, ses espoirs brisés, sa détermination. Vu qu’on suit Bruno, le style est brut, vulgaire, parfois violent, mais authentique. Les détails qui émaillent ce court roman sont juste saisissants. Ils colorent l’histoire tout en nous immergeant dans la brutalité de ce monde. J’ai particulièrement été impressionnée par la précision de la métamorphose. La description des sensations et des causes est chirurgicale. 

En bref, Alegría fait partie de ces livres dont on est sûr d’apprécier les thèmes défendus, mais dont la lecture subjugue par l’habilité et l’ingéniosité de l’auteur à aller au-delà des carcans habituels. De mélanger l’inmélangeable. De teinter de gris son protagoniste principal, là où d’autres n’osent franchir les limites de la pureté et la noirceur quand il s’agit d’idéaux à défendre.

Second Souffle de K. Sangil

  • Titre : Second Souffle
  • Autrice : K. Sangil
  • Éditeur : Nutty Sheep
  • Catégories : romance fantastique, vampires

Je vois déjà vos yeux écarquillés de surprise en lisant romance et vampire. Vos neurones sortir des tiroirs de la mémoire le fameux : “elle n’avait pas dit qu’elle n’aimait pas beaucoup ces deux genres ?”. Vous avez raison, mais je ne pouvais pas passer à côté de cet ouvrage écrit par ma collègue et amie K. Sangil dont j’ai déjà bêta-lu des nouvelles (dont celles de 11 Contes et légendes revisités et 10 destinées). Elle appartient à cette catégorie d’autrices dont la plume réussit à me tirer hors de ma zone de confort et à frayer avec l’en.. euh les créatures et les genres que j’apprécie le moins. Second Souffle m’a-t-il convaincu ? Voici ma réponse : 

À 16 ans, Eustenée Milesi embrasse son destin avec fierté et tristesse. Elle doit porter le dernier souffle du Premier Né vampire pour l’offrir à son successeur. Cette transmission de pouvoir suscite jalousie et avidité, car une partie des suceurs de sang déteste le Traité de Paix avec les sorcières et l’ombre dans laquelle leur condition les oblige à vivre auprès des humains. Sa rencontre avec le traqueur Lajos Walkil va bousculer sa vie et son cœur, pour le bien comme pour le pire. 

Le roman s’ouvre sur une lettre écrite par Ellura Milesi, la mère d’Eustenée. Elle plante la situation initiale et les enjeux de façon succincte et captivante à la fois. L’histoire se déroule en 1890 dans l’empire austro-hongrois dirigé par François-Joseph Ier. Vous savez l’époux de la femme la plus célèbre et tragique de ce pays : Sissi. Juste par la mention de cette duchesse et iméparitrice, je suis sûre que la scène vient de se dessiner d’un coup dans votre esprit : des châteaux, des bals, des robes somptueuses, des conspirations… 

C’est dans ce contexte que prend place la romance entre Eustenée et Lajos. La première partie du livre développe l’amour entre ces deux âmes tandis que la seconde nous plonge dans les complots liés à la révolte populaire qui secouent la Hongrie. J’avoue avoir eu un peu de mal à imbriquer certains passages, car ce morceau d’histoire que je ne connais pas est juste esquissé et sert surtout à renforcer le lien qui unit Eusténée et Lajos. J’aurais d’ailleurs aimé avoir plus de complots et de sournoiseries, mais je comprends qu’il ne s’agit pas d’un roman historique à la Ken Follet dans lequel les coups bas sont roi. Le genre principal est la romance et les fans de ce type littéraire ne seront pas déçus. 

K. Sangil a réussi à briser mon cœur de pierre grâce à l’émotion qu’elle insuffle dans les relations et interactions entre ses personnages. Et ce, même dans les scènes de sexe qui sont bestiales pour certaines. Un point m’a frappé dès les premières pages : l’esprit de famille qui unit Eustenée et ses parents. N’étant pas friande de récits vampiresque, je ne peux affirmer que cet aspect est original. Les férus vont peut-être lever les yeux aux ciels devant mes idées vieillottes et dépassées sur ces créatures. Je ne cache pas que hautains et sensuels sont les mots qui me viennent les premiers en tête pour les décrire. Dans Second souffle, Karey le père respire d’amour pour sa femme sorcière et sa fille. On ressent la chaleur et l’union de cette famille avec une force qui m’a fait fondre. Surtout quand on sait les épreuves que les parents ont dû endurer pour convaincre leur clan à cause de la guerre ancestrale entre vampires et sorcières.

À leur rencontre, Eustenée n’apprécie pas Lajos en raison de son attitude froide et rustre envers sa mère et elle. Du coup, je pensais avoir affaire à un ennemi to lovers. Cependant, ce passage m’a paru tellement rapide que je ne le glisserai que partiellement dans ce trope. Le couple devient inséparable en quelques pages, même si des problèmes surgissent dans leur idylle, notamment dus au statut particulier de Lajos et à ses préjugés. 

Ce chasseur solitaire ne se rend pas compte que certains de ses comportements peuvent engendrer des situations délicates. De plus, son dégoût des sorcières ne facilite pas les relations. Sa fidélité envers Karey, les souvenirs du Premier Né et l’amour qu’il porte à Eustenée vont l’aider à les surmonter à ouvrir la porte d’une nouvelle ère. 

En bref, Second souffle est une romance fantastique mettant en scène la puissance de ce sentiment qui vainc les différences raciales et  les ambitions personnelles d’individus peu recommandables. La plume captivante de l’autrice qui peint les émotions sans filtre m’a plongée dans ce récit flirtant avec l’histoire d’un pays que je connais peu. Même si elle manque de conspirations et faux-semblants pour pimenter les rebondissements à mon goût, elle fait parfaitement son job dans ce genre littéraire.

Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

À peine arrivé à la maison, le premier tome de la série De rouage et de sang, n’a pas eu le temps de rejoindre ma PAL. Ayant adoré Les larmes de Saël, je n’ai pu résister à M. Gratouille, non je rigole (enfin presque).

Dans les quartiers pauvres d’Arkantras, la rumeur court. Un monstre se cacherait dans les profondeurs de la ville et se repaîtrait de chair fraiche. Rowena n’y croit pas trop, jusqu’au jour où son meilleur client, Œil-de-Pirate, disparaît de son antre où il se calfeutrait. En parallèle, le journaliste paumé Eugène Bassompière est mis sur le coup de ses étranges disparitions. Ses deux âmes que tout oppose vont découvrir la vérité sanglante et terrifiante.

Les engrenages des Disparus d’Arkantras se meuvent avec lenteur. L’autrice prend son temps pour poser les fondations de l’histoire et la présentation des nombreux personnages avant d’enclencher la vitesse supérieure avec des révélations prévisibles pour les lecteurs aguerris (sauf une que je n’ai pas du tout vu venir). Je rappelle qu’il s’agit d’un livre jeunesse et que je ne suis pas le public cible. Malgré le rythme en deux temps, je ne me suis pas ennuyée lors de la première moitié du roman, car l’écrivaine a la manière de croquer, puis de dessiner en profondeur les traits de ses personnages et de son univers.

Basée sur les villes européennes du XIXe siècle, Arkantras se divise en deux strates sociales : les nantis et les pauvres. Les premiers vivent dans des maisons luxueuses et des espaces pures, tandis que les démunis survivent au milieu des vapeurs toxiques des usines et des bâtisses insalubres. Leurs rues sont surveillées par les policiers le jour et la nuit par des sentinelles qui punissent ceux qui osent braver le couvre-feu.

Née au cœur des ordures, Rowena possède plus d’un tour de manivelle dans son sac. Débrouillarde et courageuse, cette orpheline a appris à voler dès son plus jeune âge pour le compte de son horrible famille d’accueil. Délivrée de leur joug, elle se dirige vers un marché plus lucratif grâce à sa passion pour la mécanique et aux connaissances qu’elle a acquises dans le domaine. Accompagnée de son fidèle M. Gratouille, elle se fait appeler Capitaine par les enfants. J’adore son répondant mesuré. Sa fierté ne l’aveugle pas, ce qui en fait une marchande hors pair pour ses 13 ans, ou du moins, assez pour rester en vie et acheter de quoi manger. Malgré sa force, elle demeure une enfant dont les histoires de monstre ébranlent la confiance et la réalité.

M. Gratouille est (vous l’aurez deviné) un matou particulier. Malmené dès ses premiers jours sur terre par les déchets chimiques des usines, il possède une patte mécanique et de super lunettes d’aviateurs qui pallient ses problèmes de vue. Il entretient un lien singulier et puissant avec Rowena. Ils se comprennent, se soutiennent même si le chat se conduit parfois de façon étrange.

À deux, ils vont se lancer à la recherche d’Œil-de-Pirate, ce vieux bougon d’inventeur qui bricole des automates aussi mignons que dangereux. En dépit de son caractère aigre, il a un cœur en or, surtout envers les animaux qu’il répare.

Leur chemin va croiser à plusieurs reprises celui d’Eugène. Répudié par la haute société après la parution d’un article dénonciateur, ce journaliste démotivé se voit obliger par L’Oratoire des secrets d’enquêter sur les disparitions dans les bas-quartiers. Peu téméraire, mais pétri d’idéaux de justice, il s’investit progressivement dans cette affaire auquel il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord dédaigneux des démunis, ses préjugés vont tomber un à un. Il se rend compte que leur humanité s’avère bien plus pure sous la crasse que les nantis polis à coup de savon parfumé.

Au détour des ruelles et des avenues, A.D. Martel tirent le portrait d’autres figures qui ont un impact plus ou moins faible sur le récit. Je ne vais ni les décrire ni les lister. Sachez juste qu’ils sont tous palpables et utiles au déroulement. Parmi ceux dont j’ai dressé le profil, j’apprécie particulièrement qu’elle se tourne vers des personnages vraisemblables, prudents. Si Eugène revêt le masque du journaliste avide de vérités (ou du moins avant le scandale), il n’endosse pas la cape du superhéros invincible et téméraire. Son vécu l’ayant profondément marqué, il doit se réapproprier sa ligne de conduite, son leitmotiv et son courage pour affronter ses démons et redevenir lui-même.

Rowena, quant à elle, rappelle les personnages des écrivains du XIXe siècle : futés et débrouillards des ruelles pauvres. La romancière s’en détache en rajoutant une couche féministe vu qu’elle brise le genre des métiers. Toutefois, notre adolescente subit les remarques de certains hommes en dépit de son talent. Comme Eugène, Rowena ne se jette pas la tête la première à la poursuite du monstre. Elle tremble, hésite et doit attiser les flammes de sa bravoure pour avancer.

Les disparus d’Arkantras dépeint ce monde inspiré du XIXe siècle à travers les filtres contemporains : les effets de la pollution, la dénonciation du gaspillage, la surconsommation émaillent le parcours du lecteur. Le thème le plus important aborde les limites que certains osent franchir pour des raisons terribles et pourtant encore si courantes. Ces raisons qu’on nous balance pour justifier la restriction des libertés et la manipulation.

En bref, le premier tome de Rouage et de Sang s’est révélé être une lecture divertissante durant la première moitié du bouquin, puis addictive dans la seconde. Les rebondissements s’y enchainent pour nous dévoiler l’horreur humaine. Le tout, porté par des personnages nuancés et réalistes, est saupoudré de problématiques de notre ère.  

Le requiem d’un soupir de Tiffany Schneuwly

  • Titre : Le requiem d’un soupir
  • Autrice : Tiffany Schneuwly
  • Éditeur : Livr’s Editions
  • Catégorie : young adult

Le requiem d’un soupir fait partie des genres que je lis le moins. Pourtant, la couverture toute douce réalisée par l’autrice elle-même et la thématique principale m’ont donné envie de me le procurer.

Le roman débute sur un chapitre-choc durant lequel Mercedes subit une crise d’asthme d’une ampleur effrayante. Cette jeune femme de 19 ans supporte les affres de cette maladie depuis quelques années alors qu’elle ne désire qu’une chose : vivre sa vie à fond.

Malgré le sujet sensible de cette histoire, je n’ai pas vraiment accroché même si je suis allée au bout de ma lecture. Les raisons en sont multiples. En prenant comme point de départ, le décès de Mercedes (elle apparaît sous forme fantomatique dès le premier chapitre) le déroulement du récit revête l’aspect d’un flashback démarrant environ à la rentrée scolaire jusqu’au moment fatidique qui se produit durant un épisode important dans son existence. Des souvenirs de son enfance refont surface, mais ils sont englobés dans ces moments. Cette structure m’a fait penser au défilement du passé du défunt lorsque la faucheuse s’empare de son âme.

Sauf qu’ici, la narratrice choisit ce qu’elle souhaite retracer. Du coup, le récit est rythmé par des instants de vie (joués) et des épisodes racontés pour faire les liens entre les scènes ou introduire celles qui suivent. Les deuxièmes étant plus nombreux que les premiers, ce qui a empêché mon immersion. Parmi les fous rires entre copines et les doux mots entre amoureux, quelques passages ont quand même réussi à caresser mon cœur. Mais dans l’ensemble, je suis demeurée détachée de Mercedes. D’autant plus que plusieurs points paraissaient trop lisses et parfaits. En gros, si on exclut les crises et les disputes avec la maman surprotectrice, le reste relève plus de la lecture doudou. Certains personnages ne sont pas nuancés.

Mercedes est l’ado typique qui se rebelle contre et contrôle de sa mère sur sa vie. Elle veut profiter malgré le degré de danger de sa maladie. Parfois, elle a même un comportement cruel envers sa maman. Introvertie, elle ne s’ouvre qu’à ses amies et à son amoureux, car elle a peur d’être un poids pour tous.

Les fameuses copines d’enfance sont confinées à un rôle assez stéréotypé. D’un côté, on a la studieuse qui ne fait jamais rien de travers. De l’autre, la rebelle qui change de petit ami tous les trois jours et pour laquelle on finit par s’inquiéter sur des sujets qui ne peuvent tomber que sur elle.

Enfin, on a Arnaud, le copain de Mercedes qui est trop parfait, trop beau, trop gentil, toujours prévenant, mature… bref il n’a pas de zones d’ombre. Le seul défaut que j’ai réussi à lui trouver, et encore c’est subtil, il est dominateur au lit. Il est possible que ce choix s’inscrive dans la volonté de Mercedes à retracer uniquement les bonheurs de cette année passée avec lui, mais je n’ai pas apprécié cette perfection.  

L’asthme permet d’évoquer des thématiques liées à l’adolescence. Au départ, l’autrice nous dépeint la relation qu’entretient Mercedes avec sa maladie, mais aussi les autres. Elle présente le détachement que certains posent comme un masque, car ils ne savent pas comment gérer la difficulté, voire l’angoisse, que les crises peuvent engendrer. La gestion de ce type de pathologie n’est pas aisée pour tous, surtout pour d’autres adolescents qui préfèrent ignorer la situation par pudeur et par crainte. C’est pour cela que Mercedes ne veut pas reste en retrait et ne sympathise pas.

Ainsi, la question de l’interaction et de l’intégration des ados parmi leurs semblables est abordée d’une certaine manière. La maladie symbolise aussi le rapport des adolescents à leur corps. On sait tous qu’il s’agit d’une période difficile, car il change et on prend conscience du regard des autres, surtout quand on est une fille. Mercedes ne contrôle pas ses poumons alors qu’elle souhaite vivre normalement. Elle étouffe dans sa propre chair qu’elle tente d’appréhender.

En bref, Le requiem d’un soupir est une lecture distrayante qui apporte peu de surprises, en dépit du sujet principal. Le manque de nuance et le rythme répétitif du roman (basé sur Une inspiration [vie]… une expiration [crise]… un soupir [rétablissement]) appartiennent au point qui m’ont empêché de plonger dans ce drame qui paradoxalement s’apparente durant la majeure partie du livre à de la guimauve réconfortante.