Les Feus Reheans (Legendion, #2) de Rémi Bomont

  • Titre : Les Feus Reheans (Legendion, #2)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Des mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Comme d’habitude, je mets mon petit avertissement. Si vous n’avez pas lu le premier tome du Legendion, je vous déconseille de lire cette chronique. Je ne peux aborder le second livre sans dévoiler des moments capitaux du précédent. Évitez d’autant plus si vous êtes un habitant de l’Echodria car je vous rappelle que vous pourriez revivre plusieurs fois ce terrible instant où la fin d’une palpitante aventure est spoilée.

Suite au dernier chapitre laissant en suspens l’histoire sur une note de tension, Rémi Bomont a eu la gentillesse de mettre fin à la torture causée par cette maladie qu’on nomme l’impatience. Je le remercie du fond du cœur de m’avoir fait encore une fois confiance via SimPlement.pro pour parler du second tome du Legendion : Les Feus Reheans

Le récit démarre sur le passé d’Eres et met enfin en avant le fameux soulèvement d’Héléo qui a fait basculer bien des vies dont celle d’Eloran, tout en introduisant l’action de la Reine écarlate. L’auteur apporte d’autres éclaircissements comme la formation du cercle de Seheiah, la nature des Lycans, les royaumes du sud et le passé de l’Echodria. Le voile se lève également sur l’armée de Ô, son but et son dirigeant Ohen, bien que celui-ci reste encore bien mystérieux. J’ai adoré sa rencontre avec le roi et les révélations qu’y en découlent. La patience avec laquelle l’ennemi déploient ses pions est un point majeur du livre qui ébranle une population vivant dans une paix illusoire et peu préparée à ce qui arrive.

Avec l’enchainement des événements et les divulgations passées et présentes, j’ai été happée par ce roman qui est meilleur que le premier. D’ailleurs, j’ai détesté que mon corps et mon esprit défailllent cette semaine là, m’empêchant de le lire d’une traite.

Le rythme est similaire au tome précédent tout en étant plus intense. La première partie est un épisode aux allures de tranquillité baignant dans une tension sous-jacente. La cité, pourtant entourée par l’ennemi, ne subit pas d’attaque frontale. Comme si personne ne se trouvait sur les bateaux qui l’encerclent. Le temps semble en suspens. Mais ce n’est qu’une façade. Des Lycans arrivent à s’introduire dans les murailles discrètement et à accomplir leurs missions. Zahal semble hésiter à aider les Reheans qui vivent des miracles autant inexplicables qu’instables.

Les personnages secondaires ont une place de choix dans cette moitié. Eloran et Lerena sont un peu mis de côté, laissant la scène à leurs amis et familles. Eres était soldat dans les royaumes du sud avant de devenir Haut Commandant. A force de fréquenter les étrangers, il a gagné une grande ouverture d’esprit et une profonde tolérance bien qu’il porte encore en lui la vengeance des meurtres de sa femme et de sa fille. Evelène a combattu son chagrin et ses conséquences à sa manière. Grâce à sa force et à sa volonté, elle s’est relevée et a appris à vivre avec sa cécité. Malgré son handicap, elle sait se rendre utile et est courageuse. Le passé de la joviale et raisonnable Mère Poulhard avec Lerena est révélé. Enfin, on en apprend plus sur Mésange-Lugubre. J’adore les passages où cette petite flamme apparait car sa parole est un mélange de mystère, d’onirisme et de bon sens.

De nouveaux protagonistes ayant l’air de moindre importance de prime abord, font également leur apparition et je me demande s’ils vont avoir un rôle dans la suite. Marco est un petit bonhomme déjà bien brave qui prend soin de la petite Azaëlle qui ne pleure pas devant le danger, et Pafol est un fin observateur.

J’ai apprécié cet intérêt pour les acteurs secondaires car ça me donne l’impression que l’univers créé par l’écrivain forme un tout. Que l’histoire est portée par tous et pas seulement par une poignée de personnes comme c’est le cas dans beaucoup de fantasy. Cela démontre que l’auteur a élaboré son monde en profondeur. Du coup, l’horreur et la douleur comme la joie et la délivrance sont palpables et me touchent plus facilement.

Ayant déjà bien détaillé le duo principal dans ma première chronique, je dirais juste qu’Eloran découvre enfin qui il est et affronte sa part de secret. Lerena la reine naît dans ce tome. Si elle était un embryon de pouvoir dans le premier roman, elle mérite largement sa couronne par les actions qu’elle pose et la responsabilité qu’elle endosse. 

Rémi Bomont met en scène plusieurs femmes fortes et courageuses dans son récit. Vous êtes habitués au fait que je loue cette décision d’évincer les princesses en détresse alors je ne peux qu’applaudir ce romancier qui affirme par la voix d’un de ses personnages que les femmes sont assez solides sur leurs jambes pour ne pas avoir besoin d’être protégées par des hommes.

« –  Je m’étais juré de les protéger…

La lueur revint devant lui [Eloran].

– Qui ? Evelène, Lerena ? Quelle condescendance ! Comment peux-tu les croire si fragiles, alors qu’elles se sont passées de toi toutes ces années ? »

Comme dans le premier tome, quelques réflexions philosophiques sont abordées sporadiquement ou sous-tendent l’histoire tout du long. Ainsi, la notion de vivre l’instant présent et d’évanescence de la vie sont toujours présents. L’idée nouvelle et principale de ce second opus est l’égalité des hommes devant la mort. Peu importe le statut, que l’on soit pauvre ou riche, laid ou beau, tous mourront et connaitront le même sort. L’auteur évoque la différence entre ce que Zahal veut réellement et les paroles de dieu inventées par l’humain pour justifier ses actes. Enfin, la vision de la magie change selon les conséquences de celui qui y a recourt. Elle n’est par nature ni bonne ni mauvaise. Selon son utilisation, elle sera considérée soit comme Force Interdite soit comme miracle.

Rémi Bomont a peaufiné sa plume. Les tournures et les changements de genre sont plus fluides. Si je ressentais auparavant une sorte de césure entre les styles d’écriture, les transitions sont maintenant naturelles et se remarquent à peine. Les descriptions des batailles sont dures et crues.   

Si la fin clôt de manière plus tranquille ce chapitre de l’Echodria et ne donne pas autant envie de séquestrer l’auteur pour qu’il écrive la suite, de nombreux mystères restent encore à élucider. Par exemple, La Reine écarlate fait à peine son apparition et ses desseins sont encore bien gardés tout comme son identité.

En bref, Les Feus Reheans est un second tome exaltant et captivant. Il dévoile des pans entiers de l’univers du Legendion tout en continuant à faire monter le suspense et à préparer les futures batailles contre cette ennemie de l’ombre. Vivement la suite.

Animae Symphonia de Nicolas Bonin

  • Titre : Animae Symphonia
  • Auteur : Nicolas Bonin
  • Éditeur : Stories by Fyctia
  • Catégorie : fantastique

Lorsque Nicolas Bonin m’a proposé de vivre une balade musicale dans une école en compagnie d’animaux fantastiques, j’ai été intéressée immédiatement par le concept. Animae Symphonia a vu le jour grâce au concours Anima du site Fyctia en 2019. Il a atteint l’étape de la finale. Je remercie chaleureusement l’auteur pour sa confiance en me confiant ce service presse via SimPlement.pro contre une chronique honnête.

Stéphane Bardos est le fils du concierge du Lycée Saint-Saëns de Montgimel. Il y vit depuis qu’il y est né et le connaît comme sa poche. Féru de musique comme bon nombre d’élèves, il souhaite appartenir à un group de rock alternatif. Alors quand le chanteur des Jörmundgand, Dimitri, le met au défi de montrer ses capacités en guitare, il n’hésite pas et fonce chercher celle qui a été laissée sous les escaliers. A peine l’a-t-il rejointe qu’une panne de courant plonge le couloir dans la pénombre et que les serpents dessinés sur l’étui se mettent à luire. Instrument en main, il rebrousse chemin pour rejoindre les autres, mais c’est une forêt peuplée de créatures légendaires qui l’attend. Anguipèdes, ours, princesse grenouille,…Nuit après nuit, il devra jouer pour eux afin de libérer les humains possédés par les Animae et déjouer les plans de la personne qui a lancé la malédiction.

Animae Symphonia nous immerge dans un univers mi-onirique mi-fantastique baigné par la musique. Celle-ci n’est pas seulement présente dans l’histoire comme hobby préféré des protagonistes, elle inspire le nom des chapitres qui sont intitulés selon le titre d’une chanson et son interprète afin d’en donner le ton et la couleur. Les genres musicaux présents dans l’intrigue présentent une palette variée allant du rock alternatif au classique en passant par la variété française. Je n’ai pas fait l’exercice de vérifier si l’ensemble des chansons existait lors des années 1993-1994 ou si certains titres sont apparus après. Faisons confiance à l’écrivain dont on ressent la passion pour cet art. Son amour se devine par ses descriptions pointues et la manière dont la musique fait vivre l’histoire.

« — Il me faut un fusil !

— Vous avez la basse, explique la grenouille.

— Que vaut une basse contre un fusil ? C’est une blague !

— La musique est une chose sérieuse, Monsieur Bardos. Elle permet de soulever des rochers, de charmer des animaux et même de remonter le temps ! » 

Outre la musique, l’écrivain puise son inspiration dans divers mythes et légendes pour orchestrer son récit. Ainsi, Orphée fait son apparition avec sa lyre et son impatience au retour des enfers. Si le héros à la basse hérite des Grecs, ce sont les légendes françaises qui ont le plus beau rôle. Nicolas Bonin joue sur les traditions pour donner de la consistance et de la pertinence à sa malédiction. Stéphane croisent de célèbres noms tels le cheval Bayard, la fée Mélusine ou encore la bête du Gévaudan. L’utilisation qu’il en fait, la manière dont il intègre les anciennes histoires à sa propre narration est excellente. J’ai adoré qu’il puise dans le folklore local avec les légendes mais également avec l’intégration du gaulois. Je croise souvent dans mes lectures qui tournent autour de codes ou d’anciens artefacts à déchiffrer, l’utilisation du latin, de l’anglais ou des runes. Vous allez me dire que les Gaulois n’écrivaient pas. Vous avez raison. C’est pourquoi la manière dont le romancier arrive à en faire une clé de compréhension est originale. Cela fait du bien de croiser une autre langue que le trio habituel.   

Mon avis sur la densité psychologique des personnages est plutôt mitigé. Mis à part le protagoniste principal, j’ai eu l’impression que la majorité des acteurs n’étaient qu’esquissés. Leurs caractéristiques servent l’histoire et son déroulement au moment adéquat mais je n’ai pas ressenti la même profondeur que pour Stéphane. D’ailleurs, au début j’avais un peu de mal à savoir qui était qui dans le comité des délégués par exemple. Il m’a fallu du temps pour m’y retrouver.    

Stéphane est serviable et gentil. Il a un don pour la musique et est doté d’une grande détermination. Il aime la belle Yseult mais ne sait pas comment aborder cette romance ni saisir sa chance. Le fils du concierge possède un humour que je qualifierais de « au ras des pâquerettes ». Loin de moi l’idée de descendre ses blagues, car d’un, elles me font rire et de deux, je suis capable de faire bien pire dans mes délires avec mes amis. Alors oui, elles ne sont peut-être pas des plus recherchées mais elles font mouche. La princesse grenouille a une fâcheuse tendance à répondre aux questions de façon synthétique et qui soulève plus d’interrogations que de réponses. Ce côté mystérieux et franc alors qu’elle propose son aide à notre héros est juste excellentissime. J’ai adoré ce batracien dès les premiers dialogues.

La plume de Nicolas Bonin délivre la symphonie des Animae avec un bon rythme. Les phrases courtes donnent un côté léger agrémenté de passages comiques. Le début m’a fait penser à l’atmosphère du bon vieux film Jumanji des années 90s. Quelle nostalgie ! Une petite pointe de romance est également présente par le poétisme métaphorique des pensées que Stéphane a pour Yseult. Toutefois, cela ne tombe jamais dans la mièvrerie des sérénades au luth. L’auteur définit et utilise du jargon musical. Cela peut paraitre très technique aux néophytes mais je crois que les explications restent accessibles à ceux qui n’ont jamais touché au solfège. Il va même plus loin dans la théorie en remontant dans le temps et en parlant de la gamme de Pythagore. J’ai beau être musicienne, je n’en avais jamais entendu parler. J’ai repéré quelques coquilles dans la deuxième partie du livre. L’auteur va y remédier.  

En bref, Animae Symphonia est une aventure rock’n’roll et trépidante où la détermination d’un jeune homme et son amour pour la guitare va contrer les plans machiavéliques des ombres de la forêt légendaire. C’est un roman ado que je recommande grandement pour les fans de rock et de magie.       

Le Cercle de Seheiah (Legendion, #1) de Rémi Bomont

  • Titre : Le Cercle de Seheiah (Legendion, #1)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Des mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Rémi Bomont de m’avoir proposé le premier tome de la saga Legendion en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro.

Autrefois, la guerre ravageait les royaumes. Elle avait atteint une telle intensité de feu et de magie destructrice que le dieu Zahâl abattit sa sentence sur les belligérants. Il divisa la terre en cinq univers distincts, les Échos, possédant leur propre écosystème : Aosus, Cassade, Ocaria, Magama et Azzur. Tous les vingt-cinq jours, les âmes des hommes et des nains (les deux seules espèces survivantes) changent de monde et intègrent la réplique de leur corps là où il a été laissé lors du cycle précédent. Elles ont une vie sur chacune des cinq terres où le quotidien se répète avec des différences.

Neuf siècles après la chute de l’Antachodria, le royaume d’Escasam est prospère et la paix étend toujours ses blanches plumes sur les mondes si on écarte la présence de quelques troubles qui surviennent ci et là. L’un d’eux va permettre à la princesse Lerena de retrouver sur Magama son ami d’enfance dont les parents ont été condamnés à mort pour utilisation des Forces Interdites. Après avoir réprimé l’attaque des bandits à Loréanne, ils se donnent rendez-vous en Cassade à Saint-Rehael car l’Écho touche à sa fin et la translation des âmes vers la terre suivante va de nouveau les séparer. Malheureusement, le voyage vers la ville sacrée ne se fera pas sans embuches et un destin sombre va à leur rencontre.

L’univers développé par Rémi Bomont est particulier et profondément horrible. Bien qu’il l’explique en préambule de l’histoire, j’ai réalisé sa véritable nature seulement en intégrant le vécu des personnages et les révélations liées au mécanisme du nomadisme des âmes. Je ne sais pas si ma lenteur de compréhension est due à la fatigue des festivités du nouvel an ou si je me suis fait avoir par la notion de monde en paix qui me rappelle notre réalité. Nous savons que la misère règne même dans nos « belles » civilisations et que la vie n’est pas toute rose grâce aux journaux. Mais le malheur des autres devient palpable uniquement quand on y fait face personnellement. Quand une victime nous en parle ou dans des documentaires sans filtres. Le roman nous invite sur une terre sans guerre (mise à part Saint-Rehael, les villes n’ont aucune fortification) où on peut vivre cinq vies différentes. N’est-ce pas merveilleux ? La réponse est non car le croire, c’est oublier la nature de l’homme et le hasard de la vie qui peuvent amener du chagrin et des souffrances. Et cette douleur se répète cinq fois car les cinq Échos sont reliés les uns aux autres. Si votre cœur est brisé une fois par une rupture, vous revivez cette séparation quatre autres fois. C’est un véritable purgatoire. Sous l’apparente quiétude de ce monde en paix, c’est bien une peine de prison que les âmes subissent.

C’est dans ce cadre qu’Eloran évolue malgré le sort qui lui pend au nez, et que Lerena découvre les mouvements de l’ombre. La route est longue avant que ces deux êtres puissent se retrouver. Le récit alterne des moments du présent et du passé pour dévoiler progressivement l’intrigue et le vécu des personnages. Bien que des points de tension la parsèment, j’ai trouvé la première partie un peu longue. On sent qu’il s’agit d’un premier tome qui doit poser la trame de l’histoire et donner de la consistance aux protagonistes. Placer les bases de ce riche univers n’est pas aisé, prend du temps et l’auteur n’hésite pas à le réexpliquer plusieurs fois au cours du récit. En revanche, la seconde moitié du roman est exaltante et captivante au point que je ne voulais plus le lâcher. Et je ne veux même pas parler du moment où l’écrivain termine le livre et qui appelle à se jeter sur le deuxième opus immédiatement. Les révélations qui se succèdent, m’ont vraiment happée. J’ai bien aimé le fonctionnement de certains pouvoirs comme celui de la précognition.

Le traitement des différents acteurs est approfondi. J’ai ressenti un certain travail même pour les figures de second plan. Lerena est une princesse hors norme. Elle refuse de se marier alors que la coutume veut que les filles nobles prennent un époux à 15 ans. Elle en a 21 et exaspère son père malade qui lui laisse pourtant sa liberté. Elle est instruite et possède une grande curiosité. Elle reconnait humblement qu’elle n’est qu’une enfant face à la vie quotidienne des bourgeois et des paysans. C’est pourquoi malgré sa force de caractère et son côté têtu, elle fait preuve d’une grande sensibilité face aux événements qu’elle affronte avec bravoure. Elle essuie ses larmes à de nombreuses reprises comme si elle chassait ses faiblesses pour avancer malgré la peur qui tente de la soumettre. Elle a déjà le port d’une reine. Eloran vit comme un vagabond. Il porte un poids sur son âme et de nombreux regrets. Malgré la fatalité qui pèse sur son cœur et le passé qui le poursuit, il se donne à fond pour l’avenir de ceux qu’il aime, quitte à engendrer de la souffrance. Il est déterminé.

La plume du romancier est assez surprenante par sa diversité. Par moment, elle est plutôt simple. Parfois, il a recours à un style beaucoup plus lyrique et poétique. La plupart des dialogues rappellent la déclamation dans une pièce de théâtre par leur tournure. Mais le genre qui domine le plus est la description. Rémi Bomont possède une précision visuelle des scènes qu’il pose sur le papier. Chaque geste, chaque intention des personnages et chaque décor sont détaillés minutieusement sans partir dans la longueur proustienne. Le lecteur a une vision claire de ce qui se produit et des paysages. Cela va même jusqu’à donner les dimensions précises des bâtiments et le nombre exact de piliers qui parcourt la nef de l’église par exemple. Il utilise également un vocabulaire soutenu et technique. De temps en temps, il y a des expressions qui m’étaient inconnues jusqu’alors. J’ai remarqué des coquilles et une incohérence de calendrier. Mais pas d’inquiétude, l’auteur est en train de faire le nécessaire pour y remédier. 

Quelques réflexions accompagnent l’univers du Legendion à l’instar du monde de rédemption imposé par Zahâl et de la guerre. Plusieurs personnages mettent en avant qu’on se sent en vie uniquement si on connait la douleur et qu’on rencontre des obstacles. Ce sont les malheurs qui permettent de comprendre le bonheur. Sinon, on est juste un pantin. Il est préférable de mourir en accomplissant quelque chose que de vivre sans but. Enfin, des conceptions religieuses sont remises en question.

« – Ne disiez-vous pas que Dieu viendrait en aide à ceux qui le lui demanderait ?

– Dieu, dans son œuvre, nous a créés avec des poings pour nous battre. Il nous a déjà aidés. »

En bref, Le Cercle de Seheiah dépeint un univers original dont le mécanisme du nomadisme des âmes est une pénitence pour ceux qui ne peuvent échapper à la folie des hommes et aux hasards de la vie. Après une première moitié un peu longue, j’ai été happée dans les mésaventures d’Eloran et de Lerena dont les rebondissements et les révélations sont inattendus.

Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1) d'Yvan Premier

  • Titre : Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1)
  • Auteur : Yvan Premier
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : jeunesse, fantastique, mystère

Quand j’ai reçu la proposition de chroniquer le premier tome des aventures d’Angela qui promettait la rencontre entre Harry Potter et le Da Vinci Code, ma curiosité a été piquée. Un monde empli d’énigmes et de magie ? Comment résister longtemps? Je remercie chaleureusement Yvan Premier de m’avoir confié son livre en échange d’une critique honnête via SimPlement.pro. A noter qu’une partie de l’argent récolté à l’achat du livre est reversée à Break Poverty pour les enfants.

Hollygrove est un orphelinat situé à Los Angeles qui accueille ceux qui ont perdu leur famille, ceux qui ont été abandonnés et ceux dont les parents ne peuvent pas s’occuper d’eux en raison de problèmes divers. Il s’agit aussi de la maison d’Angela dont la mère et le père, anciens professeurs d’Hollygrove, sont décédés dans un accident de voiture un an auparavant. Malgré sa tristesse, elle vit avec le sourire aux lèvres en compagnie de son meilleur ami Gabriel et de son chat Azraël qui ronronne pour la réconforter. Le premier jour d’école, un nouveau venu, Luc, rejoint l’orphelinat. De prime abord hautain, notre héroïne ne l’apprécie pas beaucoup. Pourtant, elle va devoir compter sur son aide lorsqu’un matin elle reçoit une lettre énigmatique de ses parents. Une incroyable aventure et de nombreuses surprises attendent nos trois camarades.

Genesis nous emmène dans une histoire basée sur la mythologie des anges. Le roman est structuré en longs chapitres qui commencent par un extrait de la genèse du monde terrestre et céleste inventée par l’auteur qui la révèle à la manière biblique. Des sous-chapitres la suivent et sont centrés uniquement sur les orphelins que l’on suit durant une année scolaire.

Tout au long du récit, Angy, Gaby et Luc vont devoir résoudre des énigmes. En cela, le bouquin a un côté ludique et pédagogique car le romancier utilise les professeurs pour expliquer de manière claire et exemplifiée les jeux de mots tels les anagrammes ou les palindromes, et la cryptologie qui vont leur servir plus tard. De plus, chaque mystère est accompagné de son illustration. Ainsi, le lecteur peut réfléchir et tenter de résoudre le puzzle avec les enfants. Outre ces définitions, Yvan Premier intègre une partie de l’histoire de Los Angeles et une anecdote sur une actrice célèbre (je vous laisse découvrir son nom pendant votre lecture). J’apprécie beaucoup lorsque les écrivains se basent sur des éléments historiques ou issus de la réalité pour construire une histoire magique et fantastique. Cela permet d’apprendre des choses intéressantes différemment en facilitant leur mémorisation, surtout quand une émotion est associée à l’épisode en question. Enfin, l’auteur a recours à l’anglais qu’il traduit au fur et à mesure.

La musique a une place prépondérante dans le roman. Pour citer Hélène Ségara dans Vivo per lei : « Quand notre cœur se fait trop lourd. Elle est la seule à pouvoir nous porter secours ». Elle a ce pouvoir d’apaiser, d’encourager, d’accompagner nos sentiments. Elle entre en résonance avec notre âme par sa mélodie. Ici, ce sont les paroles qui soulagent et qui guident nos trois comparses. Si bien qu’Angela et Luc ont l’impression que leurs proches disparus leur envoient des messages depuis l’au-delà pour affronter les épreuves. Étant musicienne, cette implication de la musique me parle énormément même si certains lignes peuvent paraître assez banales. Les noms des interprètes et les titres des chansons sont cités à chaque fois. Toutefois, la plupart sont modifiés, tout en étant reconnaissables, pour un souci de copyright. Le romancier est tellement pointilleux et respectueux des droits d’auteur qu’il reprend les références à la fin du livre. Il a été jusqu’à créer carrément une playlist disponible sur Spotify.

Si l’univers est bien édifié et ficelé, il n’est pas sans rappeler la trame des livres d’Harry Potter (auxquels l’écrivain fait un clin d’œil dans son récit) par différents aspects comme sa durée (un an scolaire), des épisodes similaires (Halloween) ainsi que la situation de l’héroïne (orpheline). A plusieurs reprises, j’ai ressenti l’influence du plus célèbre des sorciers de ce début de siècle. Je tiens bien à souligner que mes propos ne signifient aucunement qu’il s’agit d’une copie. Que les choses soient claires, mon sentiment est de la nostalgie qui fait fleurir un sourire sur mes lèvres en me rappelant l’impact de cette histoire avec laquelle j’ai grandi. Si certains éléments de base sont analogues, le monde d’Angela et le chiffres des anges développe une histoire distincte et originale avec ses propres révélations et rebondissements. Si ce livre peut offrir à des enfants le même engouement et la même fébrilité que j’ai connus à l’époque, j’en serai ravie. Car c’est une expérience qui marque pour la vie.  

Les personnages principaux sont touchants. Angela a un fort caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds, Gabriel a une imagination débordante et ses réactions enfantines m’ont fait sourire, et Luc est intelligent et sensible. Tous les trois sont débrouillards et possèdent un esprit de réflexion complémentaire. A noter que leur intelligence ne semble pas démesurée pour leur âge. La résolution des énigmes ne se fait pas en un claquement doigt. Elle prend souvent plusieurs jours, semaines, voire mois. Par moment, la réponse leur vient grâce à une source extérieure. Le seul élément relatif aux personnalités qui m’a fait froncer les sourcils concerne leur langage. Certaines expressions qu’ils utilisent me semblent étonnantes dans la bouche d’un enfant car c’est le genre de phrases types plutôt prononcées par des adultes envers des gamins qu’entre enfants.

Quelques passages m’ont paru invraisemblables. Lors de l’incendie, les orphelins repeignent la chambre d’où est parti le foyer quelques jours après l’incident. Ayant connu un tel événement, je peux affirmer que le délai est bien trop court. Surtout quand celui-ci est si intense que les pompiers ont dû mal à entrer dans le bâtiment. La fumée est une réelle crasse qui s’incruste et dont l’odeur persiste même après le nettoyage par des professionnels. Donc repeindre après à peine deux jours est bien trop rapide. Il faut plus de temps pour aérer. Ensuite, j’ai trouvé que les enfants avaient une trop grande facilité pour obtenir des informations de la part du policier et du chef des pompiers. Même si les affaires les concernent, je doute qu’ils se confieraient sans retenue à des gamins de 10 ans. A moins, qu’il y ait un soupçon de magie derrière pour délier leur langue ? En toute honnêteté, je sais que je suis fortement tatillonne en soulevant ces détails car le public cible ne s’en rendra pas compte mais je tenais à les évoquer car ils ont interpelé l’adulte que je suis au cours de ma lecture. 

Malgré ces points, l’histoire m’a beaucoup plu, notamment grâce à l’aisance avec laquelle Yvan Premier fait monter le suspense et dévoile la réalité à laquelle le trio va être confronté. Sa plume est fluide et il arrive à faire ressortir la vision innocente des enfants. Par exemple, par les réponses extravagantes qu’ils donnent aux cours et qui dénotent bien de leur imagination qui n’a pas encore été bridée et de leur esprit qui n’a pas encore été formaté. Seule l’introduction du Livre des anges du père d’Angy déploie des réflexions qui me semblent compliquées à comprendre pour les jeunes lecteurs. 

En bref, Genesis est une belle découverte dans le monde de la littérature jeunesse. Le premier tome d’Angela et le chiffres des anges mêle brillamment magie angélique, énigme et amitié. J’ai hâte de me plonger dans la suite de cette série après cette fin qui cache sans doute encore bien des mystères. 

Les dieux déchus (Les cénacles du Don, #1) de Régis Moreau

  • Titre : Les dieux déchus (Les cénacles du Don, #1)
  • Auteur : Régis Moreau
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : fantastique, thriller, action

Je remercie chaleureusement Régis Moreau de m’avoir proposé le premier tome des Cénacles du Don sous-titré, Les dieux déchus, en échange d’un avis honnête. C’est un service presse obtenu via la plateforme SimPlement.pro.

Pierre a le besoin vital de s’aventurer dans les lieux bondés ou peuplés, comme le métro parisien, pour toucher les gens. Il profite d’un brusque freinage ou d’un tournant un peu trop courbé pour poser sa main sur le bras d’un voisin. Pourtant, il n’est ni atteint d’une rare maladie psychologique ni un pervers. Au contraire, il est la source de la chance et il doit en distribuer autour de lui. Un soir, il se précipite vers Jessie qui a oublié son parapluie dans le bus. Il la conseille d’éviter de manger italien. Perplexe, la jeune femme rejoint sa meilleure amie qui l’invite dans un restaurant italien tellement apprécié que les tables sont vite remplies. Se rappelant l’avertissement de l’homme, elle la convainc d’aller ailleurs. A peine éloignées, une explosion de gaz souffle le bâtiment. Marquée par les évènements, Jessie fait tout pour retrouver le vieux médium car elle ne veut plus vivre son triste quotidien. Elle veut changer sa vie peu importe le prix. Sauf qu’il ne faut jamais souhaiter cela à la légère et accepter de succéder aveuglément au donneur de fortune.

Le monde développé par Régis Moreau est bien construit et l’auteur se sert à merveille de l’histoire de la chrétienté pour inclure avec logique et pertinence les personnes possédant un don et qui étaient considérées comme des dieux autrefois. La classification des magies, l’histoire, la création des cénacles et leurs modes de fonctionnement sont décrits avec justesse et réalisme. J’ai particulièrement bien aimé les effets du pouvoir sur le corps de son possesseur en incluant les légendes et le folklore français pour justifier la laideur ou la difformité des êtres tels les bossus ou les sorcières.  

L’écrivain ne s’arrête pas à insérer la magie dans le monde réel. Il apporte également une réflexion philosophique et conceptuelle sur la chance en se questionnant sur ce qu’elle peut apporter à certains et prendre à d’autres. Sur l’impact qu’elle a sur le chanceux et autrui. Sur sa durée et les conséquences. La chance qui opère aujourd’hui n’est-elle pas le premier pas vers le malheur de demain ? Comme trouver un boulot après trois ans de refus (lucky) mais réaliser deux ans plus tard que son patron est un manipulateur qui va vous plonger dans la dépression (bad luck).

Cette dualité reflétée par les deux côtés de la médaille, se retrouve tout au long des Dieux déchus. Notamment au niveau des personnages qui ne sont ni tout blancs ni tout noirs. Jessie est une femme que l’on peut facilement cataloguer sous l’étiquette : métro-boulot-dodo. Sa rencontre avec Pierre va l’entraîner sur un chemin qui va révéler sa part d’ombre et la noirceur qui peut tacher un cœur à haute teneur en pureté après avoir subi de nombreuses épreuves rudes physiquement et psychologiquement. Impossible de rester de marbre face aux protagonistes de cet opus. Je pense par exemple aux membres du cénacle qui « accueillent » Jessie et que j’ai détesté à cause de leur perfidie. Ils sont horriblement bien vivants sous la plume de l’écrivain.

Le style de Régis Moreau sied parfaitement à l’atmosphère et à l’ensemble du livre (quelques coquilles sont présentes). Son portrait de la société dépeint une réalité dure et juste. Il n’hésite pas à user de descriptions crues et suintantes de vérité pour planter le décor. Je pense notamment à la scène du métro qui ouvre le premier chapitre et qui m’a de suite plongée dans son univers. J’aime le regard critique qu’il pose sur le monde actuel. Par ailleurs, je tiens à saluer le féminisme qui sous-tend certaines pensées de Jessie face aux situations qu’elle vit. En particulier, face au machisme de Dick qui est l’archétype du musclé qui a intégré uniquement le principe de virilité véhiculée par la société et qui n’a aucun respect pour les femmes au point de frôler la misogynie.

La vulgarité est fortement présente dans les dialogues de la deuxième partie du bouquin. Au point que des injures sont utilisées à la pelle. Le monde dans lequel Jessie va évoluer est loin d’être tendre : fusillade, course-poursuite et bagarre mêlant poings et magie. L’auteur a le souci du détail pour décrire les scènes de combat au point d’en être même technique.

En bref, Les Dieux déchus nous plonge dans la sphère obscure de la société actuelle en mélangeant avec équilibre la magie et l’action. Régis Moreau nous propose une réflexion profonde sur la chance et ses effets sans verser dans la philosophie compliquée et nous fait réaliser que la porte ouverte par la bonne fortune peut mener à un sombre chemin.

A l'encre rouge de Marie Colot

  • Titre : A l’encre rouge
  • Autrice : Marie Colot
  • Éditeur : Alice Éditions
  • Catégories : jeunesse, mystère

J’ai découvert A l’encre rouge lors de la première édition de la chasse aux livres à la Citadelle de Namur en 2018. S’il faisait partie de mes cibles, après avoir lu au préalable la liste et les résumés des pépites à trouver, ce n’est pas celui-là qui est tombé dans mes filets. Je me le suis procuré par la suite. Car c’est aussi ça le plaisir de cet évènement : découvrir des écrivains wallons qui n’ont que peu de place dans les rayons des librairies.

Marie Colot a écrit ce court roman jeunesse grâce à La bataille des livres. Il ne s’agit pas d’un concours mais d’une initiative, d’abord Suisse puis internationale, qui a pour objectif de promouvoir la lecture auprès des 8-12 ans. Les écoles sont invitées à proposer des activités liées à la lecture ou l’écriture et à faire des échanges culturels. Pour A l’encre rouge, l’autrice a travaillé avec des classes belges, suisses et sénégalaises pour co-construire cette histoire à suspense mettant en scène un garçon de 11 ans. Elle explique sa démarche et comment elle a fusionné les idées des élèves européens et africains en un seul récit à la fin du livre.

Elias Legrand vit avec sa grand-mère à la mer du Nord pendant que son père navigue sur les flots. Il rentre de l’école, content d’avoir enfin une semaine de congé. Enfin, ça c’est ce qu’il espérait. Estomaqué, il trouve une lettre de menace dans sa chambre. Si seulement, il n’avait pas assouvi sa curiosité en poussant la porte de la villa abandonnée à la recherche de son chien et en prenant le vieux journal ouvert sur une table, ce mot ne serait pas là. Le fameux carnet en question relate les mémoires de Fulbert, un marin ayant vécu en 1971, et il détient les clés d’un sombre secret qui va chambouler Elias.

Ce roman est articulé en trois parties qui sont alternées comme si on avait trois mains qui racontent l’histoire. Le narrateur principal est Elias, la seconde voix est le mystérieux auteur des lettres anonymes qui s’exprime en listes et la troisième dévoile des morceaux du journal de bord. Cette structure est efficace pour construire le suspense et dévoiler petit à petit les dessous de l’intrigue dont la fin est prévisible (du moins pour l’adulte que je suis).  

Les personnages sont plutôt simples et réalistes. Elias est un petit garçon qui ronchonne intérieurement mais qui est gentil et timide dans le fond. Il aime un peu trop le chocolat. Il affronte cette aventure malgré ses peurs avec une certaine perspicacité. Enfin, il le fait aussi surtout pour épater la belle Sam Rupte qui habite à quelques rues de là et qui l’accompagne pour résoudre l’affaire. Sa curiosité et sa détermination le pousse vers la vérité que Fulbert voulait cacher. Ce marin irascible et endetté qui ne cesse de ressasser et fomenter sa vengeance, et qui utilise toutes les injures marines possibles et inimaginables (un peu à la Capitaine Haddock) pour désigner son matelot ou ceux restés sur le plancher des vaches.

L’atmosphère de la côte belge imprègne le roman : les nuages, la pluie, l’odeur de l’iode, le chant des mouettes, etc. L’autrice a réussi à rendre vie à ce paysage dans ses lignes. L’art local fait également son apparition par l’intermédiaire d’une peinture de Constant Permeke.

La plume de Marie Colot est légère et elle tourne les phrases avec humour si bien que notre petit râleur n’est jamais exaspérant et les situations qu’il rencontre parfois m’ont arraché un sourire par leur nature candide et innocente. Elle adapte facilement le ton au caractère du personnage à qui elle donne la parole.

En bref, A l’encre rouge met en scène une enquête palpitante qui relie le passé et le présent dans une belle histoire teintée de comédie avec un protagoniste principal touchant.

La Citadelle Interdite (Chroniques Célestes,#1) de Léona Everhard

  • Titre : La Citadelle Interdite (Chroniques Célestes,#1)
  • Autrice : Léona Everhard
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Lorsque Léona Everhard m’a proposé le premier tome de sa série de novella en service presse via la plateforme SimPlement.pro, j’ai tout de suite été intéressée par l’un des sujets traités dans cet opus : la question de la tolérance de la société vis-à-vis des personnes en condition de handicap. Je la remercie chaleureusement de me l’avoir confié en échange d’une chronique honnête.

Les Chroniques Célestes nous entraine à Valesphyr, un archipel flottant dans les airs, qui est le centre d’une civilisation divisée en deux classes sociales. Les Privilégiés résident autour du roi et gèrent la cité d’une main ferme grâce notamment à la Marine Céleste. Les Rebuts vivent dans les bas fonds du royaume et ne peuvent exercer que des tâches qui profitent aux premiers. Ils mènent une vie de servitude comme durant les temps médiévaux. Pourtant, il existe un statut bien pire que celui-là. Il s’agit du Mâchefer. Ce mot désigne la scorie produite lors de la combustion de la houille utilisée dans la métallurgie.

Sylwen est un adolescent qui croit en son rêve d’intégrer la Marine Céleste pour parcourir les cieux malgré les tragiques épreuves qu’il a traversées dans son enfance et qui l’ont paralysé à vie. Grâce à la dextérité de son père adoptif, M. Bîshale, qui lui a construit un exosquelette en métal, il vit comme les autres. C’est ce qui lui confère le statut de Mâchefer. Si cette technologie permet des miracles, les hautes sphères le voient d’un mauvais œil et n’arrivent pas à écarter son handicap, symbolisé par sa prothèse, sans doute trop effrayées par son aspect humanoïde. En effet, le gouvernement est récalcitrant face à l’utilisation de la métallurgie et des automates au grand dam de M. Bîshale qui doit réparer encore et encore leurs navires fragiles alors qu’il pourrait les renforcer et augmenter leur durée de vie.

Dépité par son recalage pour inaptitude en dépit de ses bonnes notes à l’académie militaire, Sylwen se laisse entrainer par l’allégresse de son ami Trévor pour partir à l’aventure après avoir été témoin d’une étrange affaire. Alors qu’il passe le balai à la Société d’archéologie, il entend un échange entre sa patronne et un homme discret qui lui demande d’annuler le projet de fouille de Babylone en lui tendant de l’argent. Que cache donc de si important cette ruine ancestrale pour enclencher un tel manège ? Intrigués, les deux camarades s’élancent à bord d’un vieux rafiot pour rejoindre la citadelle interdite avec la Marine Céleste à leurs trousses et une invitée surprise dont la perspicacité leur sera d’un grand secours : Enolie.

L’univers oscillant entre fantasy et science-fiction développé par Léona Everhard reste basique mais les concepts liés à l’insertion des personnes handicapées et à l’inversion des tendances en matière d’évolution technologique et de son impact sur la société telle la robotisation du travail (ici rejetée par les Privilégiés alors que dans la réalité les entrepreneurs voient le profit avant l’humain), confère un aspect intéressant à l’histoire au point de créer des idées propres à son monde. Je pense notamment à la notion de transcendance positive qui signifie « le dépassement de soi passionnel dirigé vers l’Unité, le Bien, le Vrai et le Juste. » En gros, vivre pour la société selon les principes qu’elle édicte. Ainsi, c’est le côté humain de Sylwen qui est reconnu et non sa moitié robot. Cette loi lui permet d’être soi-disant intégré car en voulant entrer dans la Marine Céleste il prouve qu’il a l’esprit du bon citoyen. Enfin, les légendes racontées sur Valesphyr s’insèrent parfaitement au milieu dans lequel les personnages évoluent et siéent à merveille au déroulement du récit.

Outre le travail de construction de cette civilisation en profondeur par des lois, j’apprécie l’application de l’écrivaine à expliquer le mécanisme qui permet aux bateaux de flotter et de se déplacer dans les cieux grâce aux particules. C’est à ce genre de détail que l’on comprend le soin préliminaire accordé par son créateur à une histoire.

Les interactions entre les personnages de la Citadelle Interdite ont particulièrement retenu mon attention. L’unité du trio formé par Sylwen, Trévor et Enolie constitue le ciment du roman. Si le premier est censé être le héros central de l’histoire, les deux autres ne restent pas dans son ombre. Sylwen manque de confiance en lui face au rejet injuste qu’il subit. C’est son ami Trévor qui sert de moteur à l’intrigue dans un premier temps grâce à sa gentillesse, sa sensibilité qui booste naturellement le moral, ainsi que sa curiosité. Lorsque l’insupportable Enolie qui vit dans le même foyer que Trévor, se joint à l’aventure, les échanges promettent d’être tumultueux. Pourtant, elle est vite appréciée et intégrée au duo malgré son côté, de prime abord, suffisant et hautain. Très vite, ils comprennent que cette apparence cache une détermination et une intelligence qui sont juste considérées comme déplacées par la société dans la bouche d’une fille appartenant aux Rebuts. En fait, elle soulève trop de questions et de constats pertinents pour son statut.

La plume de Léona Everhard est agréable à lire et elle s’accorde bien au genre jeunesse. Elle utilise par moment le jargon spécifique à la navigation ainsi que de belles descriptions et métaphores. Sa formulation est fluide et entrainante tout comme sa manière de distiller le suspens et d’éveiller l’intérêt. Ainsi, si l’univers donne un sentiment de déjà-vu, ce point est compensé par une écriture attractive qui empêche de lâcher le livre. La version que j’ai reçue comportait des coquilles. Mais l’autrice a réagit avec rapidité à mes remarques. Ceux qui sont allergiques aux fautes peuvent donc plonger dans le livre sans crainte.

Si l’intrigue est bien ficelée et comporte des rebondissements intéressants et inattendus, le tout m’a donné un goût de trop peu. En effet, j’ai trouvé que l’exploration de Babylone était bien trop courte alors qu’elle est le titre du volume. C’est sans doute dû au format de la novella et j’espère en apprendre plus dans les prochains tomes.

En bref, La Citadelle Interdite est un bonne histoire jeunesse abordant des concepts liés à une situation de handicap et à la différence. Il donne vie à des personnages touchants qui se dépassent pour accomplir leurs rêves. Il semble juste un peu trop court.