Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Etolien le Manchot est la seconde nouvelle du projet Le Cycle de Barcil de Jean-Marc Dopffer. L’ensemble des dix histoires concentrées sur un personnage, peuvent se lire indépendamment les unes des autres. Un roman clôturera la série. Je vous invite à consulter son site (http://dopffer.fr/) pour en savoir plus. Je remercie l’auteur de m’avoir proposé de chroniquer l’une de ses pépites via le site SimPlement.pro.

Alors que les vapeurs du sommeil se dissipent, Etolien se remémore sa nuit d’alcool et de sexe passée dans les bras de Sylvana, l’épouse d’un soldat parti en guerre, qu’il quitte au petit matin. Il rejoint la Guilde des Assassins dirigée par Horak où des révélations et des sacrifices l’attendent de pied ferme.

Ce second volet du monde de Barcil nous entraîne à la capitale de Tigyl, Val d’Aquelys, ou plutôt dans ses bas-fonds où la vermine, l’alcool et le sang encrassent chaque recoin et où des complots sont fomentés à l’ombre de la couronne.  

Etolien est un géant de l’ouest ayant connu de nombreux combats. Il désire se tourner vers une activité plus perfide. Après avoir fait ses preuves, il entre au service de Horak, le chef des assassins, un être efficace et cupide qui se faufile plus vite que les ombres vers la jugulaire de ses victimes. Ensemble, ils se lancent dans une besogne à la récompense dorée et clinquante conséquente. Un gros pactole contre l’accomplissement d’une mission de haute importance vu que la cible fait partie de l’éminent Ordre de Pugy.

Si la dague d’Etolien est aussi acérée que son regard, son cœur bat d’un certain héroïsme envers les pauvres, les femmes et les orphelins qui le fait hésiter entre l’envie de suivre Horak et celle de secourir les esclaves. Un peu comme une sorte de Robin des Bois. Il supporte difficilement que leurs missions génèrent des dommages collatéraux, surtout quand ceux-ci possèdent le visage d’une femme.

Cette intrigue est enveloppée d’une plume exquise qui utilise des mots choisis avec précision pour décrire l’atmosphère malsaine et sombre. En peu de lignes, j’ai été plongée dans les venelles de la capitale et les tavernes crasseuses. Le style visuel et efficace arrive à faire monter la tension et le suspense.

En bref, Etolien le Manchot délivre une histoire simple mais captivante grâce à la virtuosité de l’écriture de Jean-Marc Dopffer qui manie les mots avec poétisme et pose les ambiances en un clin d’œil.

Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2) de Christelle Dabos

  • Titre : Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : Jeunesse, Fantasy

Gardez vos petites mains de liseurs/liseuses hors de portée de cet article si vous ne voulez pas être spoilé(e)s car j’aborde des éléments qui se sont produits dans le premier opus. 

Ma chronique du tome deux de La passe-miroir est basée sur une relecture. Ce livre est divisé en deux parties : La conteuse et La liseuse. Des interludes nommés Bribe dévoilent un morceau du passé des Esprits de famille.

Ophélie fait son entrée officielle à la cour. Déterminée à garder un minimum d’indépendance, elle obtient malgré elle le titre de vice-conteuse et doit distraire Farouk en lui racontant des histoires chaque soir ce qui lui attire les foudres du gratin de la Citacielle et l’exaspération de Thorn qui voit d’un mauvais œil l’intérêt que le seigneur lui porte. Toutefois, le pire l’attend encore. Elle reçoit une lettre de menace émanant de Dieu qu’elle ne peut pas lire. De mystérieuses disparitions au Clairdelune, lieu pourtant réputé pour sa haute sécurité, vont ébranler sa vie.

Ce second bouquin enrichit le portrait des arches et l’intrigue principale. Les notions évoquées dans le précédent, sont détaillées tels l’histoire des clans et des déchus, la Mère Hildegarde et le fonctionnement de ses sabliers. Inlassablement, l’autrice joue avec nous en montrant que son imagination n’a pas de limite. On croit connaitre un décor par cœur qu’elle ajoute des touches supplémentaires ci et là. Elle nous entraîne en dehors des murs de la Citacielle, à la confluence de l’océan du Pôle et de l’abîme qui fait office de frontière depuis la Déchirure.

Des projecteurs illuminent des pans du mystère. Ainsi, on en apprend plus sur le monde et l’effondrement qui le guette. A travers le thème de la censure et de la manipulation d’information, les véritables raisons qui ont poussé les Doyennes à se débarrasser d’Ophélie avec ce mariage, apparaissent au grand jour. Plus les énigmes sont résolues, plus de nouvelles interrogations surgissent, faisant tourner inlassablement les pages.

A côté de ces sujets, le féminisme brille par plusieurs personnages secondaires comme Cunégonde, la sœur du ministre des Elégances, qui regrette que les femmes n’aient pas voix au chapitre et que leurs capacités soient considérées comme inférieures à celles de leurs homologues masculins.

« Melchior a toujours eu droit aux feux de la rampe quand on me condamne, moi, à rester une artiste de l’ombre. Et savez-vous pourquoi, ma colombe ? Parce que ces messieurs pensent qu’eux seuls sont capables de faire tourner la machine, ici-haut […] Pourquoi devrions-nous être rivales pour de ridicules histoires de clans ? Nous sommes des femmes avant tout. Des femmes à l’esprit d’entreprises, qui plus est ! »

De nombreux nouveaux acteurs font leur apparition : les Valkyries, l’arche-trotteur Lazarus, la Rapporteuse, etc.  Ils sont dépeints avec soin et profondeur au même titre que les protagonistes principaux qui gagnent en épaisseur et en nuance. Thorn est bien plus attentionné qu’il n’y parait. Cet homme à l’allure d’ours polaire est terriblement gauche dans les relations humaines. Pourtant, il fait tout son possible pour ne pas se faire détester par Ophélie même si ses manières sont maladroites et incomprises par la famille de cette dernière. Quant à notre passe-miroir, le cours des événements lui provoque une crise identitaire qu’elle doit surmonter en osant se regarder en face. Ce petit bout de femme fait preuve d’un grand courage et d’une force insoupçonnée de son entourage.

En bref, Les disparus du Clairdelune ajoute des pièces au puzzle mystérieux de ce monde éclaté. Un passé que certaines personnes préféreraient voir rester enfoui. L’imagination de Christelle Dabos est infatigable et déroutante. Elle construit son intrigue en équilibrant révélations et nouvelles énigmes avec une plume de maitre.  

Les fiancés de l’hiver (La passe-miroir, #1) de Christelle Dabos

  • Titre : Les fiancés de l’hiver (La passe-miroir, #1)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Cette chronique est réalisée suite à une relecture du premier tome de La passe-miroir. Avec la sortie du dernier volet de cette quadrilogie, j’ai eu envie de la clôturer en relisant les trois précédents livres et de les chroniquer.

Les fiancés de l’hiver nous entraîne dans un monde énigmatique et morcelé. Le prologue introduit l’apparence de cette terre grâce à une mise-en-bouche intrigante. Il est suivi de deux parties nommées Les fiancés et Au Clairdelune.

L’autrice nous plonge dans son univers dès les premiers chapitres. Le début de l’histoire peut paraitre un peu lent par rapport au standard du genre. Cet aspect est tout à fait pardonnable car le monde imaginé par Christelle Dabos est d’une richesse incroyable et l’intrigue m’a fait tourner les pages même en seconde lecture. Dès qu’on pense en avoir fait le tour, elle soulève un pan supplémentaire du rideau qui dissimule la maquette de cette planète déchirée. Elle a l’apparence d’arches flottantes éloignées les unes des autres et dirigées par un esprit de famille immortel spécifique et inspiré de diverses mythologies. Ce volet nous en dévoile deux : Anima et le Pôle.

Ophélie est une animiste capable de lire les objets et de traverser les miroirs. Sa destinée tranquille bascule du jour au lendemain lorsque les doyennes l’obligent à se marier avec un étranger et à quitter sa famille pour se rendre sur une arche qu’elle ne connait que par quelques témoignages de ses ancêtres. Elle qui voulait seulement vivre paisiblement en gérant son musée, suit à contrecœur un fiancé froid et distant. Elle découvre la Citacielle où règne une réalité camouflée par les illusions et les faux-semblants. 

L’un des points majeurs de ce livre jeunesse est son héroïne. Ophélie est une femme moderne. Sous sa personnalité discrète et calme, le feu de l’autonomie et de l’indépendance brûle. Elle est contre son mariage forcé et l’oisiveté à laquelle les clans du Pôle sont habitués. Grâce à sa force intérieure et à son caractère honnête, elle survit au Clairdelune et garde la tête droite. Elle est le symbole du féminisme, de la femme qui se bat pour rester elle-même malgré les personnes qui veulent la fondre dans le moule de l’épouse douce et docile uniquement bonne à ne faire que des enfants. Au fil des rencontres, des amitiés et des inimités, son horizon va s’ouvrir progressivement tout en renforçant ses convictions et son assurance. Elle est celle qui peut passer les miroirs. Elle est de ceux qui sont capable de se voir tels qu’ils sont.

« Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. »

Les autres personnages sont tout aussi exaltants. Aucun ne semble lisse ou sans nuance. Qu’ils soient bons ou détestables, ils ne m’ont pas laissée indifférente. Thorn, le fiancé glacé possède un cœur dont on peut percevoir les battements si on tend l’oreille, Berenilde sa tante est une femme brisée sous son minois sensuel et calculateur, Archibald l’ambassadeur surprotège ses sœurs malgré ses frasques sexuelles. J’aime beaucoup l’accent typé de l’oncle d’Ophélie qui n’est pas sans rappeler le wallon. Joli clin d’œil au pays d’adoption de l’autrice.

La plume de l’écrivaine est imagée et descriptive. Elle dépeint les décors et les ambiances qui nous entrainent dans ce monde incroyable. Par moment, elle est un peu répétitive. Certains mots sont parfois plus soutenus comme les termes scientifiques par exemple.

En bref, Les fiancés de l’hiver marque un tournant dans la littérature jeunesse avec son monde diversifié et bien ficelé, ainsi que son héroïne originale et moderne. Si le début a un rythme lent, la suite est un véritable page turner qui m’a agrippée lors de mes deux lectures avec la même ferveur.

DRAGONS et autres bestioles d’Alizée Villemin

  • Titre : DRAGONS et autres bestioles
  • Auteur : Alizée Villemin
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : nouvelles, fantasy, comédie

Après avoir dévoré l’aventure catastrophique des fils du Corbeau, c’est avec plaisir que je me suis délectée du nouveau recueil de nouvelles d’Alizée Villemin. Un énorme merci à l’autrice de m’avoir confié son livre en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro

Cet ouvrage présente neuf récits hilarants ou charmants qui inversent et jouent avec les codes de la fantasy. Vous ne verrez plus les créatures fantastiques de la même manière entre un dragon végétarien qui va délivrer une princesse pour de la mousse au chocolat (meilleure raison au monde pour faire ce job ingrat), des licornes pas si merveilleuses que ça avec leur caractère de cochon, ou encore une fée gothique qui sympathise avec un dragon des glaces.

L’autrice ne s’amuse pas seulement à inverser les qualités et les défauts de ces fabuleux personnages, elle ose introduire des thématiques actuelles dans le genre de la fantasy. Ainsi, les dragons ne sont pas seulement friands de légumes, ils veulent du bio et du commerce équitable. 2020 l’a également inspirée pour un mage au nom qu’on voudrait oublier et qui ne se dandine pas comme un jeune homme en dansant malgré son âge avancé. La magie ne semble pas être assez puissante pour éliminer l’arthrose et les rhumatismes de ce vieux sorcier.  

Deux nouvelles tranchent un peu avec le reste des récits. Il s’agit de La Voie de fay et de Corignis Surprise ! La première par la bataille identitaire de deux êtres qui vont se rencontrer et s’accepter tel qu’ils sont. Ils désirent vivre en étant eux-mêmes sans être jugés par leurs pairs. La seconde par la beauté de la fin et le genre qui délaisse le fantasy médiéval pour un Paris steampunk où les Dragons-cyborgs ont envahi le paysage.

J’ai énuméré pas mal de détails de ce recueil. Et pourtant, je ne vous ai décrit qu’une pincée de la richesse de ce livre dont la plume légère, visuelle, dynamique et fluide nous entraîne dans un moment de pur plaisir et de musculation des zygomatiques.

« Tout l’air de l’Himalaya circulait entre ses deux oreilles, sans rencontrer le moindre obstacle neuronal. »

En bref, DRAGONS et autres bestioles du même acabit pour vous donner le titre complet, est un recueil à glisser de son fauteuil à cause d’une crise de fou rire. En plus de présenter une nouvelle vision sur les créatures fantastiques, il véhicule des idées contemporaines avec humour et brio.

Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories :nouvelle, fantasy

Le cycle de Barcil est une série de dix nouvelles écrites et autoéditées par Jean-Marc Dopffer. Chaque histoire met en scène un personnage qui aura un rôle important dans un roman clôturant la saga. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir une fois de plus permis de plonger dans son univers. Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à visiter son site où une carte de Barcil vous attend.

Riguel est issu d’un clan des hommes du nord. Svalbardien dans l’âme, il prend la dague de ses ancêtres pour passer l’Epreuve des Guerriers et avoir droit de porter une épée au côté des combattants. Rapporter la tête d’un ours est un rite ancestral de passage à l’âge adulte qui doit se faire en solitaire dans le Désert Blanc. Cette terre enneigée et hostile qui met le cœur des hommes à nu. Il partait pour atteindre son objectif, il va faire une rencontre bouleversante.  

Cette aventure nous dévoile le pays nordique et les adversaires que les Tigyliens affrontent au Pont Frontière lors de la seconde aventure du cycle de Barcil (Gienah, la Mercenaire). Contrairement à ses précédents récits, ce chapitre est plus lent à démarrer. La narration prend le temps de l’introspection en présentant le passé de Riguel et sa nature sensible sous la couche de muscles et l’aspect brute. Elle est le reflet de la méditation que le voyage dans ce paysage blanc engendre. Par la suite, l’action reprend le dessus en prenant un tournant des plus surprenants.

La mythologie autour du dieu des Glaces, Svanhyel, est légèrement mise en avant. Le rideau est partiellement levé sur la nature du mur au bout de l’océan et la légendaire Astragan. Progressivement, l’écrivain dessine son univers à travers les intrigues et les yeux de ses personnages.

Il s’inspire des visions antiques des Grecs et des Romains sur les hommes du nord pour dépeindre le barbare Riguel, qui, s’il peut être téméraire, possède quelques fois, une certaine prudence et intelligence. Il est à l’écoute et prompt à apprendre des autres. Sous les traits durs, Jean-Marc Dopffer gomme la violence bêtement véhiculée de siècle en siècle pour dévoiler un être bien plus sensible qu’il n’y parait, et une civilisation qui lutte contre l’inhospitalité de la glace pour survivre. Riguel aime profondément sa tribu et il est mû par le désir de venger son père. La seule raison qui peut faire vaciller sa détermination, est l’action des dieux. Il est croyant au point de les craindre.

Dans ce tome, le cadre de fantasy médiéval est pour la première fois ébranlé par un monde différent. Je vous laisse découvrir lequel. Si cette nouvelle montre les prémisses de l’incidence d’une telle rencontre, je suis curieuse de connaître ce que celle-ci va engendrer par la suite.  

La plume de l’auteur est toujours aussi délicieuse à lire. Poétique et visuelle, elle esquisse la blancheur de la banquise et la monstruosité des Rahus avec réalisme. Elle rend palpable ce monde qui balance entre hostilité et plénitude.

En bref, Riguel le Téméraire déploie une histoire légèrement différente des précédentes par sa structure et son début méditatif. Elle marque un tournant dans la ligne temporelle de Barcil qui commençait déjà à vaciller dans les récits antérieurs. J’ai hâte de lire la suite.

Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

  • Titre : Changer l’eau des fleurs
  • Autrice : Valérie Perrin
  • Éditeur : Le livre de Poche
  • Catégorie : Tranche de vie

Le métier du personnage principal est l’élément qui m’a poussé à acheter Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. Il faut dire que la profession de garde-cimetière est loin d’être la fonction la plus glamour ou tout simplement la plus utilisée dans le monde fictionnel. Même le fossoyeur doit la détrôner, je pense.

Violette Toussaint côtoie la vie du cimetière de Brancion-en-Chalon au quotidien. C’est un lieu où les secrets des défunts sont dévoilés. A croire que la mort délie les langues ou que le comportement des gens les trompe plus facilement face à celle-ci. Si la garde-cimetière connait la vie de ses voisins vivants ou enterrés, elle leur dissimule la sienne sous son manteau sombre. Personne ne sait le passé qui l’a amenée entre ces tombes. Elle va nous le raconter au fil des pages en alternance avec sa rencontre avec un inspecteur de police qui doit respecter les dernières volontés de sa mère qu’il pensait connaitre.

Le plus souvent, le cimetière est associé à une vision sombre ou triste. Dans ce roman, l’autrice le met en avant comme un endroit de vie à part entière dans celle d’une ville. Non seulement par les professionnels qui y exercèrent (fossoyeurs, prêtre, garde-cimetière, entrepreneurs des pompes funèbres) mais aussi par ceux qui restent et qui se répandent sur les tombes des gens qu’ils ont aimés ou détestés. En parallèle, Violette nous raconte sa propre vie et son passé qui est une succession de drames et de bonheurs. Tous ces événements l’ont fait converger vers ce petit bout de terre et peut-être vers un avenir meilleur.  

La majorité des extraits de vie possède un dénominateur commun : l’adultère. Comme si c’était l’acte le plus présent et incontournable dans les relations humaines. Il y est décliné sous plusieurs facettes par les personnages qui le subissent ou s’y adonnent ou qui y sont confrontés.

Changer l’eau des fleurs possèdent une pléthore de protagonistes qui sont soit traités avec profondeur soit esquissés. Violette est calme, à l’écoute et franche. Pourtant, si elle est totalement intégrée à cet univers particulier et aux humains qui parcourent son cimetière, elle a élevé une barrière. Elle garde pour elle son passé et ce qui l’a amenée à faire ce boulot. Par respect et par protection, elle s’habille de manière sobre devant les défunts et leurs visiteurs. Mais sous son manteau terne, elle dissimule les couleurs de la vie, des robes rouges ou à fleurs. Si la pièce où elle accueille les gens confère une atmosphère sereine et confortable, sa chambre est pimpante. Elle aime cet endroit et connait par cœur les noms, les dates de naissance et de mort, et l’emplacement de ses voisins comme elle les appelle.

Elle est entourée par des hommes qui ont tous un caractère spécial et des particularités comportementales distinctes comme celui qui chante tout le temps du Elvis ou celui qui est une catastrophe ambulante. Les acteurs secondaires m’ont laissée de marbre. Sans doute parce que la partie de l’histoire la plus intéressante est celle de Violette et que ces âmes sont plus pour elle des personnes qui gravitent autour d’elle sans avoir un impact fort sur sa vie.

Si le livre est principalement de la tranche de vie, de la reconstruction de soi après le tragique, il touche également au mystère avec une petite enquête menée par son mari Philippe, sans pour autant être structuré comme un vrai polar. Ce passage est un vrai page turner alors que juste avant le drame en question, auquel je m’attendais, le roman tirait un peu en longueur tout comme la fin.

Valérie Perrin a un style « liste ». A plusieurs reprises, elle utilise l’énumération. D’ailleurs, c’est comme ça qu’elle débute son roman. En listant les qualificatifs des voisins de Violette. Elle use aussi de la répétition de mot ou de bout de phrase par moment ce qui m’a un peu ennuyée car ça alourdit un peu la narration. La musique et la poésie sont des éléments importants dans son écriture. Elle décrit ses personnages en faisant référence à des chanteurs (surtout Français). Une connaissance commune avec l’autrice pour bien les visualiser est donc nécessaire. Les chapitres sont intitulés à l’aide de chansons ou de poèmes. L’ensemble de sa plume est légère et teintée d’humour. Elle arrive à dépeindre la tristesse des situations avec force. Elle émet aussi quelques évidences telles :  

 « Un joli nom, ça n’empêche personne d’être un salaud. » 

En bref, Changer l’eau des fleurs met en scène plusieurs vies qui tournent autour de Violette Toussaint et la sienne. C’est l’histoire de personnes qui font des choix pour avancer dans la vie malgré le poids du passé. Un roman qui aurait été encore meilleur sans les quelques longueurs qui le parsèment.  

The Bear and the Nightingale (Winternight, #1) by Katherine Arden

  • Title: The Bear and the Nightingale (Winternight, #1)
  • Novelist: Katherine Arden
  • Publisher: Del Rey book
  • Category: Fantasy

The Bear and the Nightingale opens a door on the medieval Russian folklore. In a little village, Dunya tells her country’s legends by the fireside. These stories nourishes little Vasilisa who will have to arm herself to protect the ones she loves while staying herself.   

The novel has two parts. The first part unveils the context of the storyline: Vasya’s family, her father’s remarriage, the horrible relationship with her mother-in-law (as Cinderella) and the milieu where she is growing. That is a big introduction setting the universe and the pawns on the chessboard. We plunge into the 15th Century in Russia where Christianity stands alongside paganism that is still alive thanks to stories by the fireside and Vasya’s eyes who takes care of household spirits. The second part of the book presents the breaking of the balance. The newcomer priest and the mother-in-law, who is terrified by fantastic creatures, diverted peasants from daily behaviors that allowed the invisible ones to protect their homes. The shield fell at the worst moment: the awakening of the Bear is bringing a terrible winter.

This book is as a fairytale in which magic lives in the Russian snowy forest. The story isn’t original. It’s about the birth of a witch who protects the old traditions and who has a behavior opposite to what a girl should do. However, I like it because of the folklore and the authenticity of the tsar’s kingdom. Especially the Russian words that are explained in a glossary. I rarely read books related to Russia and its history. The author’s skill who makes alive this era, its environment, it’s beliefs and it’s atmosphere, convinced me. As her style that is poetic and full of imagery.

The character of Vasilisa is eye-catching and puzzling. She is the kind of little innocent girl who is able to tell you truths frankly and without animosity. It is making people wary. Above all the priest who doesn’t like her. When she is talking with the spirits, her sentences are naive sometime. It gives a certain style. She disturbs people because of her intelligent observations and her tomboy nature. She prefers running in the wood, riding a horse and keeping her freedom than sewing and cooking all day.

In short, The Bear and The Nightingale is a wonderful dive in snowy Russian lands where the folklore is still alive thanks to a child who is shaking the conventions up to stay free and to be herself.

The Bear and the Nightingale (Winternight, #1) de Katherine Arden

  • Titre : The Bear and the Nightingale (Winternight,, #1)
  • Autrice : Katherine Arden
  • Éditeur : Del Rey book
  • Catégorie : Fantasy

The Bear and the Nightingale ouvre une porte sur le folklore de la Russie médiévale. Dans un hameau, Dunya raconte au coin du feu les légendes du pays. Celles-ci nourrissent la petite Vasilisa qui devra s’armer de courage pour protéger les êtres qu’elle chérit tout en restant elle-même.

Le roman est divisé en deux parties. La première dévoile le cadre de l’intrigue en parlant de la famille de Vasya, du remariage de son père, de la relation exécrable avec sa belle-mère (qui rappelle Cendrillon) et de l’environnement dans lequel elle grandit. C’est une grande introduction qui place les éléments de l’univers et les pions sur l’échiquier. On plonge dans la Russie du XVe siècle où croyances chrétienne et païenne se côtoient. La deuxième ne vivant plus qu’à travers les récits oraux et les yeux de Vasya qui prend soin des esprits de la maison et des étables. La seconde partie du livre présente la rupture de l’équilibre lorsque le christianisme par le zèle de la belle-mère qui a une peur bleue des créatures fantastiques, et du nouveau prêtre qui fut envoyé dans ce village perdu, détourne les paysans des gestes quotidiens qui permettaient aux invisibles d’assurer leur rôle de gardien. Une baisse de bouclier qui tombe très mal alors que le réveil de l’ours provoque un terrible hiver.

Ce tome ressemble à un conte où la magie prend vie au cœur même des forêts enneigées russes. Si l’histoire de la naissance d’une sorcière qui protège les anciennes coutumes et qui abordent un comportement en contradiction avec les bonnes manières et le destin d’une fille, n’est pas originale, le récit a tout de même réussi à me captiver grâce au folklore et à l’authenticité de ce royaume des tsars, notamment par l’utilisation de termes russes repris dans un glossaire. Je ne suis pas habituée aux livres qui mettent en scène ce pays ou son histoire. C’est l’habilité de l’autrice à faire vivre cette époque, son environnement, ses croyances, son atmosphère qui m’a convaincue tout comme sa plume poétique et imagée.

Le personnage de Vasilisa est accrocheur et déroutant. C’est le genre de petite fille innocente qui est capable d’émettre des vérités avec une telle franchise et sans animosité que les gens se méfient d’elle. Surtout le prêtre qui ne l’aime pas beaucoup. Quand elle parle avec les esprits, ses paroles portent parfois la naïveté de l’enfant qu’elle est et ça donne un certain cachet. Elle ne dérange pas seulement par ses observations mais également par son côté garçon manqué. Elle préfère courir dans la forêt, monter à cheval et garder sa liberté que de passer ses journées à coudre et à cuisiner.

En bref, The Bear and The Nightingale est une merveilleuse plongée dans les contrées enneigées russes où le folklore continue à survivre grâce aux efforts d’une gamine qui bouscule les conventions pour garder sa liberté et son identité.

La collision des mondes de Sam Cornell

  • Titre : La collision des mondes
  • Auteur : Sam Cornell
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : Fantastique, Mystère, Historique

La magnifique couverture de La collision des mondes de Sam Cornell a de suite attiré mon attention sur la page Facebook de Livr’S Editions lors de sa sortie en août de l’année passée. Le dessin n’est pas seulement mystérieux, il me rappelle beaucoup le trait que l’on peut retrouver pour certaines BDs. Après avoir lu le résumé, je me suis laissé tenter.

Le roman est divisé en quatre parties plus un prologue. Je vais seulement résumer les deux premières et distiller les dernières dans mon article pour éviter d’en dire trop sur le déroulement de l’histoire.

L’inspecteur Edouardo Calvez reçoit une note anonyme qui remet en cause ses déductions sur l’affaire Galantier. Un cas vite catégorisé en suicide. Intrigué, il se rend sur les lieux du crime pour rouvrir l’enquête. Celle-ci l’emmènera dans une affaire bien plus sombre possédant des racines profondes.

Jeanne Colinet frappe à la porte du monastère et demande l’aide de Frère Guillaume. Elle est convaincue que son père, l’ancien maire, n’est pas décédé d’une simple crise cardiaque. En cherchant quelques informations, l’ecclésiastique va découvrir les secrets de son mentor et ses certitudes et convictions ne vont pas seulement être ébranlées mais franchement secouées.

La collision des mondes est un polar fantastique tirant sur la science-fiction qui est prenant dès les premières lignes. Toutefois, le déroulement souffre de longueurs en raison de l’étalage de l’histoire (qui nous entraîne des premières croisades au début du 20e siècle) et de la biographie de la famille d’un des personnages. L’auteur a fait un travail remarquable dans ses recherches afin de ficeler la partie fantastique sur son intrigue historique. La réinterprétation est intéressante mais la répétition des faits m’a un peu ennuyée. Certains passages ne m’ont pas semblé apporter quelques choses d’essentiel pour l’intrigue principale.  

En plus d’être une enquête et une plongée dans l’histoire, l’auteur aborde diverses thématiques si bien que le polar fantastique se mêle à l’histoire, la science, la philosophie, l’astronomie, l’astrologie, l’ethnologie, la physique et les mathématiques. En somme, un grand pot-pourri montrant une richesse d’esprit et du monde. C’est l’un des points forts de ce roman qui tresse les diverses facettes de l’humanité et de l’univers en montrant les liens malgré les différends. S’il expose la dualité entre religion et science, j’ai apprécié que Sam Cornell ne tombe pas dans une vision manichéiste en mettant aussi en avant les défauts de la seconde.

« la science, comme la foi, possède ses dogmes qu’il est tout aussi difficile de bousculer. Et lorsqu’ils vacillent, c’est pour mieux retrouver leur place initiale. Ils ne se brisent que rarement et aux prix d’insurmontables efforts. […] Lorsque les croyances astronomiques se confondent en certitude, la science ne vaut guère mieux que la foi. »

D’ailleurs, il se préoccupe de défendre l’esprit critique qui consiste à ne pas retenir une seule version des faits mais à consulter autant les vainqueurs que les vaincus, les deux visions des belligérants.

Les personnages sont traités avec profondeur et nuance. L’inspecteur Calvez est fier de son palmarès et sûr de lui. Pourtant, il est capable de se remettre en question. Il déteste perdre le contrôle des choses et il est méticuleux. C’est pourquoi cette missive l’ennuie fortement et le pousse à rouvrir l’enquête. Son esprit aiguisé va lui permettre de remonter le fil de l’affaire et d’accepter l’incroyable découverte et ce qu’elle engendre d’horrible dans le dernier épisode.

L’histoire se plaçant au début du 20e siècle, l’écrivain a tenu compte de l’émancipation de la femme en la personne de Jeanne Colinet. Cette femme a un certain aplomb et un caractère bien trempé. Elle est déterminée, optimiste et mesurée. Si elle prend quelques initiatives et montre son courage, elle reste néanmoins en retrait pendant une bonne partie de l’investigation de frère Guillaume. Bien que cela me fasse trépigner, il faut avouer que ces situations conviennent à l’époque où une femme n’est pas encore totalement libre de ses mouvements et ne peut pas accéder à l’ensemble des endroits réservés aux hommes. Jeanne synthétise en quelque sorte l’ancien et le nouveau comportement des femmes. Elle tend vers l’indépendance sans avoir encore totalement coupé le cordon qui l’a retient.   

Frère Guillaume est intéressant par son évolution face aux événements qui vont malmener ses acquis. Pieux et prêchant la bonne parole, il va être confronté à la noirceur des hommes et à ses propres limites entre ses croyances et la réalité. Il symbolise les interrogations : jusqu’où un humain peut-il aller pour survivre ? A quel point les situations peuvent-elles engendrer des actes en totale opposition avec ses convictions ?

La plume de l’auteur est efficace. Le style évolue en fonction du personnage qui a la main sur l’histoire. Ainsi, le début possède l’écriture du scientifique ou du détective en ce qu’il est descriptif et sans fioriture inutile. En quelques mots, le décor est planté. Quelques lignes métaphoriques viennent l’agrémenter ci et là en donnant une ambiance mystérieuse. La troisième partie est plus romanesque voire tragique alors qu’un des personnages monopolise la parole dans un monologue appuyé par les courtes interventions de son interlocuteur. Enfin, la fin installe une atmosphère plus lugubre. Les thèmes abordés par l’auteur l’entraînent à utiliser du jargon philosophique (issu du siècle des Lumières) et quelques notions scientifiques.

En bref, La Collision des mondes souffre des faiblesses d’un premier roman. Toutefois, Sam Cornell possède une écriture qui m’a plongée dans ce sacré pavé et son univers riche à la croisée des genres. Un auteur prometteur que je vais suivre de près.

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain

  • Titre : Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour
  • Auteur : Jean-Pierre Levain
  • Éditeur : Lbs Select
  • Catégorie : policier

Je remercie chaleureusement Jean-Pierre Levain de m’avoir offert la possibilité de découvrir son titre Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour via SimPlement.pro. Son roman a attiré mon attention par son résumé qui véhicule des concepts liés au féminisme.

Eva Karsanti survit miraculeusement à une tentative d’assassinat chez elle qui se déroule en l’absence de son mari et de sa fille partis voir un film d’horreur au cinéma. Plongée dans le coma, Fred, un amant de jeunesse, va mener l’enquête avec sa coéquipière Gaëlle en charge de l’affaire. Voir celle qu’il a lâchement quittée dans cet état, fait remonter des sentiments qu’il pensait disparus. Ceux-ci vont le guider et l’aider à démêler les fils de cette histoire compliquée par le manque criant d’indices sur les lieux du crime.

Mon avis sur cette enquête policière saupoudrée de romance est mitigé. Ce livre possède de nombreux points forts mais l’investigation reste classique. Il est semblable à de nombreuses séries policières françaises. Là où l’auteur se démarque c’est sur son côté pointu et minutieux à différents niveaux. On sent qu’il a fait de nombreuses recherches sur les procédures policières, les revolvers (composition, histoire et type) et les diagnostics médicaux. C’est sans doute l’un des polars mettant le plus en avant la rigidité du système d’enquête que j’ai pu lire jusqu’à présent. Cela est à double tranchant. Car si le côté technique est impressionnant, les situations d’échange et de réunion m’ont laissée de marbre par leur objectivité professionnelle.

Le bouquin alterne des moments d’émotion et de neutralité comme un électrocardiogramme des courbes de pic et de chute. Il commence avec panache avec l’attaque d’Eva Karsanti et continue avec la première réunion de l’équipe d’enquête qui présente les personnages et qui expose les faits avec une neutralité qui sied au moment et au cadre mais devant laquelle je me suis ennuyée. Ce schéma se répète et entraine une mise en place du contexte un peu longue.

Les personnages principaux sont bien construits. Fred est quelqu’un de droit, ponctuel et minutieux dans son travail. Célibataire et proche de la retraite, sa coque d’homme endurci commence à se fissurer devant l’inéluctable vie post-carrière dans la solitude de son appartement au milieu de ses disques de jazz et de ses bouteilles de Whisky. C’est la représentation d’un adulte qui est devenu mature et tolérant avec l’âge. Il est prévenant et j’ai particulièrement craqué quand il prend ses précautions pour ne pas déranger Eva qui est dans le coma. C’est mon moment préféré. Cette petite phrase qui le rend adorable.

« Il se connaissait suffisamment pour savoir qu’il avait tendance à ronfler surtout quand il était mal installé et il ne voulait pas la déranger ».

Gaëlle adore enquêter sur les crimes et la vie privée ou passée de son collègue. Même si elle sait qu’elle pousse souvent le bouchon trop loin, elle est une partenaire de confiance. A côté de ce duo de choc, les personnages qui composent leur équipe sont un peu caricaturés de prime abord. On a par exemple le beau gosse macho qui ne cesse de raconter ses multiples aventures, la geek pour la spécialité en informatique ou encore le stagiaire volontaire. Certains d’entre eux prennent pourtant de la profondeur malgré leur étiquette de déjà-vu par leur situation, leur vie et leurs craintes. Les autres acteurs (excepté Eva) manquent un peu de relief. Surtout la fille de la victime qui est l’incarnation de la haine mais dont la colère n’est pas expliquée.

J’en arrive au point qui m’a le plus accroché. Le roman exploite différentes facettes du féminisme. Tout d’abord, par Eva Karsanti qui symbolise les victoires des femmes aux cours du XXe siècle et du XXIe siècle. Possédant un don et un nez infaillible pour les affaires, cette entrepreneuse a réussi dans la vie professionnelle au point qu’elle rapporte plus de revenus que son mari, professeur à l’université. Elle est entreprenante en amour et elle défend des causes qui font polémique encore aujourd’hui comme l’avortement. Jean-Pierre Levain englobe toutes les raisons invoquées : le viol, la maladie du fœtus, l’inceste mais aussi, et c’est le plus important, le droit des femmes de disposer de son corps et de son utérus. Par son site de rencontre Voulez-vous, Eva touche à un tabou de la société : l’émancipation sexuelle des femmes de plus de 40-50 ans. Qu’une femme prenne du plaisir quand elle est considérée comme vieille ou périmée (ménopause) arrondit les yeux de dégoût de plus d’une personne actuellement. L’auteur évoque également la tortueuse histoire de la langue française qui a évincé de son vocabulaire autrice pendant des décennies. Enfin, il s’amuse à casser et dénoncer les stéréotypes tels qu’un policier qui boit du thé est une femmelette et les femmes mettent une éternité pour s’apprêter quand elles sortent. Comme il le dit si bien à propos de Gaëlle :

« […] elle était prête en moins de dix minutes chrono, démentant au passage ces pseudo-enquêtes scientifiques selon lesquelles les femmes mettraient en moyenne soixante-cinq minutes pour se préparer avant une sortie. De quelles femmes parlait-on dans ces enquêtes ? Sûrement pas des mères avec enfants qui travaillaient à temps plein ! » 

La richesse des idées de cette histoire ne s’arrête pas là car l’écrivain insère d’autres causes actuelles comme le régime végan. Il montre la folie dont des humains font preuve pour défendre leurs idéologies. Il invoque des théories psychologiques pour étayer les méthodes de ses enquêteurs comme la communication de l’école de Palo Alto.

La plume de Jean-Pierre Levain est d’une simplicité déconcertante. Pas dans un sens négatif car la pureté de ses mots et de ses expressions est déroutante. Ils frappent en plein cœur grâce aux émotions sans filtre qu’il partage avec le lecteur. Ici pas de fioritures inutiles. Les personnages font face à leurs sentiments et ceux des autres comme devant un miroir. De temps à autres, il y a des petits traits humoristiques principalement joués par le beau gosse avec ses blagues salaces. De nombreuses références cinématographiques sont évoquées. Enfin, l’auteur emploie un certain langage maîtrisé pour expliquer des sujets complexes liés notamment à l’informatique en plus de ceux que j’ai mentionnés plus haut. 

En bref, Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour est polar avec une pointe de romance qui aborde des problématiques primordiales et actuelles. Plus qu’une simple histoire, c’est un plaidoyer pour l’émancipation des femmes qui souhaitent marcher côte à côte avec leurs homologues masculins et faire valoir leurs droits. Une lecture en demi-teinte mais qui me restera en tête par ses thématiques.