Bienvenue à Saint-Fouettard (Magic Charly, #2) d’Audrey Alwett

  • Titre : Bienvenue à Saint-Fouettard (Magic Charly, #2)
  • Autrice : Audrey Alwett
  • Éditeur : Gallimard jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantastique

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, dans le menu Automne douceur de vivre, sous catégorie Chante-moi une chanson Sassenach, j’ai adoré retrouver l’univers d’Audrey Alwett et de nos deux héros.

Comme d’habitude, cette chronique étant sur un deuxième tome, je recommande d’avoir lu le premier, car certains éléments du précédent sont évoqués.

Après l’attaque de l’école des allumettes Hurluberlu, June fouille les décombres à la recherche d’un indice pour retrouver Charly et Sapotille. Seule la pauvre Pépouze donne signe de vie. Loin de se démonter, l’adolescente décide de remuer terre et ciel pour rejoindre ses amis. Ceux-ci sont emmenés vers l’école Saint-Fouettard. Un lieu pour les apprentis magiciers que les puissants étiquettent comme rebus de la société, car ils n’ont pas respecté les règles. Le juge Dendelion est déterminé à tuer dans l’œuf toute graine de rébellion, quitte à user d’horribles méthodes. Tout en priant pour que personne ne se rende compte des mensonges sur l’allégorie de la Mort, Charly et Sapotille découvrent les plans machiavéliques du Juge. Ils vont devoir redoubler d’ingéniosité pour le combattre avec une jauge de magie très basse.

Ce deuxième opus nous entraîne à Thadam que nous avions partiellement explorée dans le premier livre. Alors que le second tome d’une série permet souvent d’entrer dans le vif du sujet dès les premières pages, celui-ci s’est plutôt apparenté à une introduction. En effet, nous approfondissons les lois qui régissent le royaume des magiciers. La facette moins reluisante de ce monde est dévoilée. Il faut plusieurs chapitres avant de toucher à l’intrigue principale.

Saint-Fouettard est une institution à l’allure sinistre. Une végétation sombre et terrifiante la borde. La chaleur semble l’avoir désertée depuis longtemps. La décoration intérieure y est sordide avec ces peintures sur lesquelles figurent des châtiments corporels. Lys Atravice le directeur, les accueille de son arrogance avec ses rumeurs. Maître de l’information, il les laisse rôder ses lézards bleus pour entendre les histoires croustillantes. Toutefois, celles-ci ne sont pas toujours fiables. Lorsque le magicier dénonce les comportements des élèves devant leurs collègues d’infortune, ses paroles déforment souvent la réalité. On ressent sans peine la douleur et la honte de Sapotille qui est incapable de faire entendre sa voix face à ce mensonge.

Dans la vie réelle, les rumeurs s’apparentent à une maladie, colportée par les commères. Avez-vous déjà remarqué l’absence de masculin pour ce mot ? À croire que seules les femmes répandaient des bobards sur le dos des autres au moment de laver leurs linges alors que les hommes bien éméchés à la taverne ne racontaient pas que des vérités ! Tout ça pour dire que j’utiliserai le terme commère au masculin pour dépeindre Lys Atravice. Avide de connaître les petits secrets de tout le monde, il note toutes les rumeurs que ses lézards lui chuchotent à l’oreille dans des carnets. Sa volonté de les répandre est forte. Il voudrait être reconnu pour ces talents d’informateur. Car, il se voit comme tel et non comme un être abject dont les propos peuvent détruire la victime. Il faut se méfier des rumeurs, elles sont dangereuses et n’apportent que du chagrin. J’espère que grâce à cette ingénieuse manière de les mettre en scène, les enfants comprendront les conséquences néfastes qu’elles engendrent.

En parallèle de ce thème, l’autrice traite partiellement du racisme alors qu’elle l’évoquait à peine dans le premier tome. Son récit intègre d’autres sujets qui en font un roman inclusif. Je ne peux pas en parler ici, car ce sont de révélations sur certains personnages. Je peux, néanmoins, mentionner le métier que Charly va endosser. Il existe un moyen de sortir de Saint-Fouettard : payer l’amende émise par le tribunal. Pour cela, les Fouetteux sont autorisés à travailler, bien que leur statut (bonjour la marginilasition) rende difficile leur engagement. Charly deviendra une dame de compagnie, un rôle que je n’ai jamais vu dans les mains d’un homme jusqu’à présent. Notons que le terme reste tout au long du roman. Une manière d’exprimer du mépris de la part du Juge et de son fils envers notre protagoniste.

Charly déchante face à la dure réalité de Saint-Fouettard. Pourtant, l’espoir continue de guider ses pas. Malgré la noirceur de l’institution, il s’imagine déjà ami avec les élèves qu’il rencontre. Sa persévérance et sa droiture vont peu à peu changer la perspective des autres à son égard. Pour la première fois de sa vie, il va être confronté à l’absurdité. Dans cette école, les profs ne leur apprennent rien ! Il comprend désormais les craintes de la studieuse Sapotille. Charly va également évoluer en réalisant qu’il ne gère pas ses émotions négatives vu qu’il les absorbe dans son poing droit. Il les refoule.

En mentionnant les sentiments, l’attirance entre Charly et Sapotille va se développer. C’est mignon, mais sans plus pour mon cœur de pierre. On s’y attend depuis longtemps. Toutefois, j’ai apprécié la manière dont Audrey Alwett amène la question du consentement. C’est important d’en parler dans les romans jeunesses pour changer la vision des relations de couple.

L’évolution de Sapotille m’a un peu rebutée. Dans L’apprenti, on avait découvert une adolescente indépendante. Durant les premiers chapitres de Bienvenue à Saint-Fouettard, elle se transforme limite en personnage tertiaire. Amorphe et déprimée, elle ne fait pas grand-chose pour affronter la situation et devient presque en poupée que le héros doit couver. Ce comportement causé par l’acte affreux du juge est cohérent, mais cela ne m’a pas empêché de grimacer vu qu’il s’apparente au rôle féminin que j’ai de plus en plus de mal à supporter dans les romans. La passivité des femmes n’est plus pour moi. Heureusement, l’écrivaine finit par opérer un revirement qui m’a beaucoup plu en boostant à nouveau son héroïne et en lui redonnant du panache, même si une certaine révélation va la bouleverser.

En dépit de la lenteur du déroulé du récit, celui-ci se laisse conter grâce à la plume dynamique et colorée d’Audrey Alwett. Elle arrive à insuffler la vie dans les bâtiments qui deviennent des êtres à part entière. On s’attendrait presque à les voir s’animer.

En bref, Bienvenue à Saint-Fouettard ressemble à un premier tome en raison des explications liées au world-building, c’est-à-dire la découverte en profondeur de Thadam que nous avions effleuré dans L’apprenti. L’intrigue principale commence à se dévoiler assez loin dans le livre. L’émerveillement opère, cependant, sa magie, car l’autrice a une imagination exceptionnelle qui lie fantastique et problématiques sociétales avec brio. Les thèmes qui parsèment le récit sont tellement nombreux que je n’ai pas pu tous les citer. Je vous laisse découvrir les autres lors de votre lecture, qui je l’espère, sera aussi distrayante que la mienne. 

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Sous la loupiote de Janvier 2023

Janvier diffuse une lueur précieuse et blanchâtre qui invite à nous rouler en boule sous la couette bien chaude avec un bon livre. J’ouvre ce bilan mensuel pour présenter mes lectures du mois. Vous verrez en avant-première les petites étoiles qui ont éclairés mon chemin dans l’aventure imaginaire ainsi que les bouquins qui ne feront pas l’objet d’une chronique.

Les romans :

J’ai lu trois services presse. Le second opus de Revival d’A.D. Martel m’a accompagné lors du passage de l’an. Les températures glaciales et le retour de la maudite neige m’ont donnés l’envie de rejoindre la Russie de C.C. Mahon avec Le secret du Tsar. Enfin, désirant diversifier mes lectures, je suis retournée vers le polar en découvrant la plume de ma compatriote Ziska Larouge avec L’affaire Octavia Effe que j’ai dévoré.

Après un an sans avoir touché un livre en anglais, j’ai sorti de ma PAL le deuxième tome de The Invisible Library. J’ai mis deux semaines à terminer, The Masked City, pour deux raisons. La première concerne le manque de temps, car j’ai suivi des stages d’écriture en soirée. La seconde est inhérente au récit. Je vous expliquerai cela dans ma chronique.

Zoé prend la plume m’a fait sortir de ma PAL La rumeur des racines de Julie David, suite à son commentaire sur mon bilan du Pumpkin Autumn Challenge. Une plongée dans la forêt japonaise et son folklore si captivant.

Non-fiction :

L’un des stages dont j’ai parlés plus haut était consacré à la fantasy. Étant bonne élève, j’ai suivi le conseil d’approfondir ses connaissances en lisant des mythes fondateurs. J’ai emprunté sur Lirtuel Les naissances du monde – Mythologies chinoise, indienne, égyptienne, romaine, et les héros grecs de Jean-Charles Blanc, Claude Helft, Florence Noiville. Si certains écrits furent juste un rafraîchissement de ma mémoire, d’autres mythologies (Chinoise) constituent une découverte. Un passage m’a marqué, car il y a un côté visionnaire dans la conception de l’homme. Une version explique qu’ils seraient né des…puces d’un dieu. Le parallèle avec ce parasite est plutôt judicieux dans notre monde actuel.

Chaque soir, je lis la note descriptive d’une créature dans Le grand livre des esprits de la nature écrit par Richard Ely et magnifiquement illustré par Fréderique Devos.

Qu’avez-vous lu en janvier ? Avez-vous déjà lu l’un de ces livres ? Aimez-vous les mythes et quelles sont vos références favorites ?

Le trésor du Pink Lady (De rouage et de sang, #2) d’A.D. Martel

  • Titre : Le trésor du Pink Lady (De rouages et de sang, #2)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

Je suis fière d’avoir lu peu de mois après sa sortie le second et dernier tome De rouages et de sang. J’ai la sale habitude de commencer des séries en mettant un temps dingue à poursuivre celles qui comptent déjà plusieurs livres parus. J’aimerai beaucoup arrêter de m’éparpiller. Le Pumpkin Autumn Challenge m’a bien aidée en 2022 avec sa sous-catégorie Deux citrouilles en valent mieux qu’une du menu Automne douceur de vivre. Celle-ci demandait de lire soit une duologie soit d’en lire un livre. Vu que j’avais lu Les disparus d’Arkantras au début de l’année, j’ai profité pour le placer la suite dans ma PAL du PAC.

Le roman reprend là où l’histoire s’est terminée dans le premier opus. Comme d’habitude, je vous déconseille de lire cet avis si vous n’avez pas lu le précédent tome.

Rowena, M. Gratouille et Œil de Pirates ont réussi à s’échapper sur un navire pour quitter la milice d’Arkantras. Mais leur répit est bref, car il sont encerclé par leurs aéronefs. Les chances de fuir une seconde fois semblent minces quand des pirates surgissent ! Le trio, rejoint par Eugène, se retrouve ainsi sur le Pink Lady pour le pire comme le meilleur. Côtoyer cet équipage particulier pourrait bien s’avérer salutaire et ouvrir leur horizon de bien des manières.

Le trésor du Pink Lady nous fait entrer dans le monde de la piraterie où l’avidité règne. Sauf que les apparences sont parfois trompeuses. Butcher est autoritaire et fière. Elle dirige ses hommes d’une main de velours dans un gant de fer comme le prouvent à maintes reprises le respect et la crainte de Seth et de Carl. Nos deux compères ont un côté bêta, surtout quand ils veulent montrer leur méchanceté alors que ce sont des cœurs tendres. C’est ce qui sauve dans un premier temps Rowena au moment de l’abordage du vaisseau. Car oui, le but des pirates n’était pas de secourir les pauvres d’Arkantras, mais de piller le bateau et d’emprisonner les passagers. Ému par la présence de cette adolescente, Seth l’enferme dans une cabine à part. L’aplomb et la détermination de notre héroïne la pousseront à affronter l’impitoyable Capitaine Butcher en lui proposant son aide pour réparer le Pink Lady grâce à ses talents de mécanicienne. Cela lui donnera également du temps pour retrouver Gratt et Œil-de-Pirate.

En intégrant l’équipage du navire, Rowena va faire montre de courage pour défendre les gens qu’elle aime, même à son amie défunte. Habituée aux rues d’Arkantras, elle conquiert rapidement le cœur des deux matelots et du cuisinier. Hercule est un géant aux difficultés d’élocution. Sa bonté est vraiment touchante et possède la force de faire flancher Butcher lorsqu’elle dépasse les bornes.

À côté de ces êtres ambivalents qui revêtent, pour la plupart, une attitude de méchant pirate pour la forme, nos amis évoluent. Rowena va découvrir la puissance des liens familiaux, ceux qui ne découlent pas du sang. Eugène va faire un bon gigantesque en avant. Au départ, il a une soif de justice et souhaite à tout prix réaliser le vœu de Beatrice : aider les plus pauvres. Il commence avec Rowena. Toutefois, il se rend compte que la gamine est bien plus mature que lui. Il finit par comprendre qu’elle est comme un poisson dans l’eau. Elle a appris à survivre alors que lui s’y noie. L’éducation du journaliste et la réalité de ses sentiments se heurtent. Cependant, il entrevoit, puis acquiert les principes de vie qui lui apporteront le bonheur : profiter du moment présent, savoir apprécier les petites joies, s’affranchir du regard d’autrui, vivre comme on l’entend sans craindre ce que les autres diront. Eugène est sans doute le personnage qui évolue le plus. Rowena affirme une personnalité déjà exposée dans le premier tome, tandis que lui change de niveau. Quant à Œil-de-Pirate, il ose enfin se confronter à son passé. Il accepte ses faiblesses et sa lâcheté pour agir dans le bon sens grâce à son amour pour Rowena et à la franchise de Butcher qui se bat de toutes ses forces pour protéger ses trésors !

Un trésor bien énigmatique au départ qui se révèle original quand on le découvre. C’est une richesse à préserver, une richesse qui apporte de l’espoir sous les nuages qui dissimulent la beauté des étoiles.

Les aventures de Rowena sont relatées avec une plume dynamique et fluide. Les scènes sont dépeintes avec une efficacité redoutable pour sculpter les ambiances et jouer avec nos émotions. Il y a un épisode en particulier qui m’a fait craindre le pire. Je me résonnai au moment de lire les phrases menant vers la résolution : « C’est un jeunesse, elle ne peut PAS faire ça ».

En bref, Le trésor du Pink Lady est une aventure mêlant piraterie et tendresse avec brio. En prenant de l’altitude, nos héros découvrent l’immensité de la planète et du cœur humain. L’espoir d’une vie meilleure flotte comme étendard et rassemble ces êtres si différents en une famille unie qui veulent protéger leur monde. Une histoire pleine de rebondissements dans laquelle la cruauté est sabordée par l’amour et l’union.

Sur l’écorchure de tes mots de Pascaline Nolot

  • Titre : Sur l’écorchure de tes mots
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Éditions du Chat noir
  • Catégorie : young adult

Après l’excellent Rouge et même si je lis moins de young adult ou la magie est absente, je n’ai pas hésité à me procurer Sur l’écorchure de tes mots sur le site des Éditions du Chat noir au moment de soldes.

Il y a six ans, un drame déchire la famille Castel. Défigurée à vie, Emma vit recluse avec sa mère. Son traumatisme l’empêche de sortir. Le regard des autres sur sa face monstrueuse la paralyse. Pourtant, elle ose se rendre à l’enterrement de celui qui l’a sauvée lors de l’accident. Le destin la pousse à revoir son frère, Sid. Une rencontre fugace, sans mots, qui marque un nouveau départ pour eux.

Dès les premières lignes, le mal-être d’Emma m’a serré le cœur. En quelques minutes, le contexte est brossé avec brio. On a envie de connaître ce qu’il s’est passé et comment elle va évoluer après avoir croisé son frère. Cette histoire de seconde chance est rondement menée. L’autrice dépeint des comportements qui paraissent de prime abord, ordinaires, mais qui cachent des problèmes plus profonds qui sont à la source de la rupture familiale. Je n’ai pas envie de divulguer le thème qui se dissimule derrière eux, car je préfère que vous viviez cette révélation étonnante comme je l’ai vécue. Je pense que ne pas s’y attendre permet également de mieux sensibiliser au sujet les lecteur.rices. Après que ceux-ci se soient attachés aux personnages.

Rompre avec le passé n’est pas chose aisée, surtout quand celui-ci est marqué sur son visage au fer rouge. Cependant, Emma en a marre de la situation. Elle en a marre d’espérer un changement de la part de Sid qui la fuit depuis l’accident. De ce fait, elle décide de couper définitivement les ponts par une lettre d’adieu dont il ne tient pas compte. Loin de les éloigner, cela va les rapprocher, grâce aussi par l’intermédiaire d’un ange : Maïsane.

Il s’agit de la meilleure amie d’Emma, qui va surprendre Sid dans une position douteuse. Cette fille est lumineuse, positive et ne se fie pas aux apparences. Au début, j’avais un peu peur que son rôle se limite à une amourette avec Sid qui servirait à un rapprochement avec sa sœur. Si elle est bien une intermédiaire, mes appréhensions ont vite été levées par ses mots percutants qui filent tel un flèche, droit au cœur. Son honnêteté et sa franchise en font presque un être irréel, surtout qu’elle semble dépourvue de défauts. Cette absence de noirceur m’a, toutefois, fait un bien fou. Probablement en raison de la négativité qui émane d’Emma et de Sid.

Emma s’enfonce dans sa grotte dont les murs sont tapissés de livres. Déjà petite, elle les dévorait par bibliothèque entière. Elle adorait en particulier le théâtre dont elle déclamait les proses. Elle espérait fouler les planches en récitant ses actes préférés. Un rêve partit en fumée en même temps que son visage. La jeune femme n’en a pas délaissé l’amour de la littérature pour autant. Elle a un blog Les mots écorchés, sur lequel elle partage les extraits qui entrent en résonance avec ses émotions, et ses propres écrits. Ce site est sa fenêtre ouverte sur le monde, son échappatoire qui lui donne l’impression de vivre en dépit des haters et des pervers. Les références bibliographiques parsèment le roman de manière judicieuse.

Il est amusant de noter que les mots écorchés sont aussi l’apanage de Sid. Lui, ne s’épanche pas sur le Net. Il n’a d’ailleurs aucun compte sur les réseaux sociaux qu’il fuit pour rester libre. Une belle illusion, car la réalité est tout autre. Le garçon peine à exprimer ses véritables sentiments. Dès qu’il souhaite partager une émotion sincère, celle-ci se bloque dans sa gorge, se distord et sort par sa bouche avec dédain ou rigolade. L’esbroufe lui confère un côté rebelle et l’attitude d’un adolescent immature et impertinent qui se fout de l’école et du monde du travail. Pourtant, il souffre de cette situation. De son incapacité à s’exprimer, à soulager les épaules de son père qu’il voit se courber sous les menaces patronales qui l’obligent à appliquer des décisions qui vont à l’encontre de ses valeurs. Il souffre de sa faiblesse face à la catastrophe, alors qu’il n’avait que 11 ans à l’époque !

En bref, Sur l’écorchure de tes mots est un livre d’espoir, de rédemption et d’amour qui prouve que rien n’est définitif. Un mot, un regard, une main tendue peut libérer la parole, la rendre droite, douce et guérisseuse. Emma et Sid trouvent tous deux le chemin de bonheur qu’ils vont parcourir ensemble pour balayer à jamais la honte qui pèse sur leur cœur.

Faites vos jeux de Julia Richard

  • Titre : Faites vos jeux
  • Autrice : Julia Richard
  • Éditeur : Éditions du Héron d’Argent
  • Catégorie : Thriller

J’ai exhumé Faites vos jeux de ma pal pendant l’automne, où il attendait depuis la Foire du livre de Bruxelles de 2019. Il s’agit de ma première lecture de la ME le Héron d’Argent.

Huit personnes se réveillent autour d’une table. Attachées à une chaise, les yeux bandés, elles apprennent le destin funeste qui les attend. Elles sont enfermées dans une maison close. Seul deux d’entre elles pourront sortir. Parmi elles, un loup détient une partie du code. Le pire ? Elles ont toutes un détonateur inséré dans le cœur. Une télécommande qui confère aussi un pouvoir précis qu’elles devront découvrir grâce aux boîtes qui ne s’ouvrent qu’à certaines conditions.

Ce roman reprend les bases de tout huis clos appelant au meurtre pour survivre. Pourtant, il s’en détache par les comportements des personnages. Contrairement à d’habitude, je ne vais pas m’attarder sur les psychologies et l’évolution de ceux-ci en raison de la construction de la narration qui est multiple. Ce thriller est partagé en huit sections, sous-divisées en chapitre. Une partie égale un joueur. Ce choix nous fait découvrir les pensées intimes du narrateur et le portrait qu’il dresse de ces malheureux colocataires. Si les identités sont variées, nous n’avons pas de réel psychopathe qui profiterait de ce moment pour libérer ses envies de meurtre. Il y a juste une femme psychologiquement instable, mais qui n’est une menace que pour elle-même.

Le contexte du huis clos démarre donc sur des personnes relativement « normales ». L’intérêt repose sur l’évolution des relations de ces inconnus qui sont amenés dès le début à douter à cause de la présence d’un loup. Ce doute qui ronge les cerveaux les plus doués et affûtés. Ce doute qui est alimenté par les morts inattendues. Ce doute qui crée un effet de meute, car ce qui est le plus évident pour des êtres normalement constitués de notre société est de refuser de tuer. Des stratégies de groupe sont mises en place. Pourtant, la pression va amener des actes communs sordides, des comportements anormaux que les survivants vont devoir supporter sur leur conscience. Pression accentuée par la connaissance ou non de son pouvoir ou celui des autres.

La tension augmente lorsque les mémoires et les langues se délient. Des liens entre les personnages sont dévoilés. Cependant, il y a plus intrigant : c’est le lien entre certains prisonniers et la maison. Tous ces éléments alimentent les discussions et les théories sur l’identité du loup.

En bref, Faites vos jeux est une expérience sociale glauque qui présente des comportements interpellant de la part de personnes sans déviances psychologiques. La partie se déroule étrangement pour un jeu de la mort. Ne vous attendez pas à un jeu subtil de manipulations à la Liar Game ou une boucherie comme Battle Royal. Si le suspense ne m’a pas captivé, j’ai apprécié découvrir l’évolution psychologique et les tournures dramatiques et dérangeantes des situations créées par ces humains.

Filles du vent de Mathilde Faure

  • Titre : Filles du vent
  • Autrice : Mathilde Faure
  • Éditeur : Charleston Édition
  • Catégorie : young adult

Jusqu’à présent, mes lectures des Éditions Charleston s’étaient soldées soit par l’indifférence soit par un échec. Filles du vent, acquis lors de l’Op All Star 2021 est le premier roman que j’apprécie vraiment. Ce n’est pas un coup de cœur à proprement parler, mais je me suis laissé transporter par l’histoire de ces adolescentes placées. Je l’ai lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne rayonnant, le don des Merriwick.

Lina, Assa et Céline sont trois adolescentes placées dans un foyer à Argenteuil. Elles sont toutes différentes. Pourtant, une chose les lie : l’invisibilité dans laquelle elle grandisse. Un jour, Lina embarque ces colocataires dans une fugue pour libérer leur voix, celle des filles placées que l’on ignore jusque dans les manifestations féministes. Elles vont parcourir la France en placardant leurs revendications sur les murs.

« …la violence, c’est le silence. »

Le livre passe tour à tour la plume aux trois femmes. Cette narration à multiples points de vue nous permet d’entrer dans l’intimité, l’histoire, le mal être de personnes en partie représentatives de la situation des foyers. Ces jeunes qui sont retirées du milieu familial pour diverses raisons, trop souvent sordides, et qui doivent survivre dans cette société marginalisante. Une société qui les exclut par leur statut, qui leur appose une étiquette et qui veut soi-disant de les aider. Je vais tenter de dresser le portrait des protagonistes au mieux.

Lina est le point de départ de cette fugue-mission. Elle souffre de ne pas trouver sa place dans le monde. Elle est perdue et porte un masque pour se protéger. Elle s’habille en jogging pour repousser les hommes dont elle adopte la violence langagière et comportementale. Elle ne supporte plus cette situation. Lorsqu’elle entend parler de la manifestation Nous Toutes, celle-ci résonne en elle. Son cœur vibre à cet appel. Pourtant, elle ne se sent pas représentée par cette assemblée de femmes quand elle s’y rend en douce. Où sont les adolescentes comme elle ? Celles qui ont subi la violence des hommes ? Celles qu’on a placées sous surveillance des éducateurs ? Celles qu’on accompagne avant de les lâcher dans la nature une fois la majorité atteinte ? Cette césure supplémentaire, avec des sœurs de combats, la bouleverse et fait grandir en elle le désir de trouver sa voie, sa place dans ce monde. Mais comment peut-elle y arriver alors qu’elle se sent incapable d’exprimer son ressenti ?

La musique (surtout le rap) est une source de liberté. Les paroles font écho en elle. Elle se sent pousser des ailes. Lina s’interroge de plus en plus et veut en apprendre plus sur les figures féministes, dont Gisèle Halimi dont les actes l’impressionnent et l’inspirent. Pour assouvir sa soif secrète de lecture, elle s’infiltre chez Assa.

Assa est une adolescente effacée. Studieuse et calme, elle tranche avec le profil belliqueux et rebelle des autres pensionnaires. Elle ressemble à un lac dont la surface tranquille dissimule le bouillonnement de la vie. Elle s’est fixé un but  et compte bien y arriver. Toutefois, elle rentre trop dans le moule de la société et n’ose pas exprimer ses revendications maintenant ! Elle est capable d’élaborer des exposés sur les mouvements féministes, mais elle ne montre pas la hargne et la volonté de défendre ses sœurs contrairement à ce qui l’a amenée dans ce foyer. L’obstination de Lina va lui ouvrir les yeux. L’action, c’est maintenant et pas dans un hypothétique demain ! Assa symbolise l’histoire. Ses connaissances vont aider ses compagnes d’aventure à comprendre ce qu’elles ressentent. Et celles-ci vont lui permettre de vivre au présent.

Céline est sans doute la plus paumée du groupe. Elle croit être libre alors qu’elle est manipulée par Malik qui la prostitue. Elle se laisse embarquer par Lina et Assa sans savoir au départ ce qu’elles ont en tête, et c’est ce qui va la sauver. Elle réalise l’horreur du monde dans lequel Malik l’a enchaînée. Elle comprend que son corps et sa volonté ne lui appartenaient plus. Ce voyage va lui redonner les ailes que les hommes lui avaient volées.

Leur prise de parole dans l’espace public va délier les langues d’autres adolescentes placées. Leurs actions vont montrer qu’elles peuvent être entendues, devenir visibles, être écoutées et faire partie des mouvements féministes, et ce, sans violence. J’ai particulièrement aimé l’action finale !

« Être courageux, c’est sortir du rang, résister à un ordre que l’on trouve injuste. Le courage, c’est assumer sa différence. C’est refuser d’être invisible. »

Vous l’aurez compris, ce roman regroupe de thèmes qui me sont cher et qui sont exposés avec une sensibilité crue. L’autrice évite les filtres pour parler des comportements exécrables des hommes, dont le viol sur mineur, la violence conjugale et le féminicide. Filles du vent pourrait être considéré comme un recueil sur le féminisme vu qu’il inclut des bribes de l’histoire du féminisme à travers des portraits de femmes tout en parlant des actions récentes comme le #metoo.

En bref, Filles du vent s’est révélé une lecture importante qui lève le voile sur une partie de la population féminine invisibilisée. En donnant la parole à Lina, Assa et Céline, Mahtilde Faure bouscule nos idées et nous prodigue l’élan pour changer les choses. L’action de ces trois adolescentes, sans être entièrement représentatifs des situations des ados placées, est galvanisant par sa sincérité et son authenticité.

Bilan 2022 et Objectifs 2023

Devenons originaux et rejoignons les rangs de ceux qui font des bilans. J’avais osé passer cet exercice l’an dernier. Je m’y attelle cette fois-ci. Petit retour en arrière :

Mes lectures

D’après le site Goodreads, sur lequel j’encode toutes mes lectures, j’ai lu 121 livres en 2022 répartis en :

  • 53 romans et novellas
  • 58 mangas
  • 4 livres de non-fiction
  • 3 Bds
  • 2 Recueil de nouvelles/anthologie
  • 1 Livre d’enfant

Je dois ajouter une nouvelle gratuite non enregistrée sur le site. Scrinéo a offert une histoire bonus issue de la série De rouages et de sang d’A.D. Martel.   

Sans vous l’annoncer au préalable, je m’étais lancé l’objectif de publier un article par semaine. À mon grand étonnement, c’est une réussite partielle avec seulement un mois sans aucune chronique : le mois d’octobre. Comme j’étais tombée dans un creux au printemps (fin mai – juin pour être précise), période pendant laquelle je relisais des mangas, je pensais avoir loupé quelques semaines. Il faut, parfois, se méfier de l’ombre de ses souvenirs.

Vous m’avez vu disparaître en octobre, car je n’arrivais plus à suivre en raison de mon job qui me pompait beaucoup d’énergie et des dernières étapes d’un roman écrit avec des amies (quand les jours feront plus de 24h, prévenez-moi !). Du coup, en novembre, j’ai repris du poil de la bête avec plusieurs articles postés dans la seconde moitié du mois. Ça m’a fait un bien fou de revenir à mes chroniques. Même si les mots peinaient, par moment, à prendre forme dans mon esprit, j’ai eu l’impression de me retrouver.

J’ai rejoint début septembre le Pumpkin Autumn Challenge pour la première fois. J’adore la période d’Halloween, sa magie, la sublime couleur des feuilles, les soupes au potiron, les champignons et tout le tralala. Chaque année, je restais cachée derrière un tronc d’arbre à observer ce challenge avec envie. Je suis contente d’avoir franchi le pas et d’avoir affronté mes craintes idiotes (si vous voulez savoir lesquelles, je vous invite à lire mon article bilan du PAC).

Quels genres ?

Je n’ai pas analysé en profondeur les types de livres lus cette année. Dans l’ensemble, l’imaginaire prime et reste indétrônable. Suite à l’annonce de l’AT de Livr’S Éditions sur le western horrifique, je me suis tournée vers le genre de l’horreur afin de l’étudier. J’ai peu côtoyé cette littérature, car je ne suis pas peureuse. Les auteur.rices doivent jouer d’une plume précise pour réussir à me donner des frissons ou des cauchemars la nuit. La construction de l’ambiance et la psychologie sont primordiaux, mais même s’ils sont bien conçus, mes nerfs sont solides.

Je voulais donc voir si j’avais peur, ce qui provoquait la crainte, comment iels réussissaient à m’insuffler ce sentiment. Ce fut peine perdue, car j’ai surtout ressenti du suspens au lieur d’une tension angoissante. L’envie d’en savoir plus comme dans un bon polar, plutôt que le désir de fuir la vérité en se cachant sous la couette, lampes tout allumées. Certaines de mes lectures m’ont ouvert des pistes de réflexion. Je pense notamment à The Dead House de Dawn Kurtagich qui exploite d’une manière originale le trope de la maison hantée.

Je n’ai pas frissonné, je n’ai pas écrit de nouvelle, mais j’ai appris. C’est le plus important.

Des nouvelles ME ?

J’ai découvert les ouvrages de ME chez qui je n’avais pas encore mis les pieds. Scrinéo et Rageot ne constituaient pas des challenges vu que j’ai lu des romans d’A.D. Martel et de Pascaline Nolot. Les deux autrices qui sont le plus souvent sorties de ma PAL cette année. Académia Éditions et sa collection Noirs desseins en sont une vraie. J’ai déjà lu Absolution de Ludovic Pierard. Ma Chronique arrivera en 2023.

Les partenariats

Si vous me suivez depuis mes débuts, vous savez que j’ai diminué les services presse afin d’éviter un sentiment d’oppression face à la PAL. La personnelle qui ne descend plus, car on veut respecter les délais.

Fin 2021, j’ai signé avec Les Plumes de l’imaginaire. Il s’agit d’un groupe d’autrices francophones auto-éditées ou hybrides qui ont allié leur force pour promouvoir leurs romans et échanger avec leurs lecteur.rices. Chaque jour, l’une d’elles anime la page Facebook. J’avais postulé en raison de leur respect. Le deal : chroniquer 4 romans en 1 an. Une condition réalisable qui laisse la place à la liberté de lecture. Les romancières chroniquées sur ce blog sont :

J’ai également eu la chance de pouvoir continuer ma collaboration avec Cécile Ama Courtois (celle qui m’a fait rejoindre Les Plumes) pour le dernier opus de sa quadrilogie La Dernière Guerre des Dieux. Elle a sorti sa saga dans une magnifique intégrale en fin d’année.

Je profite de ce bilan pour vous annoncer que j’ai résigné avec les Plumes. Vous en entendrez encore parler pendant longtemps. 

Tant que nous parlons partenariat, je tiens à remercier Julien Maero qui renouvelle sa confiance en moi à chacune de ses parutions (cette année avec 12 km sous terre).

Une nouvelle page 

Si vous êtes fin observateur, vous avez sans doute remarqué la disparition de l’onglet des livres anglais dans la barre des menus. Ne lisant plus beaucoup de VO, il était devenu obsolète. J’ai pris mon courage deux mains pour le remplacer par une page qui détaille mes petits écrits. Vous y trouverez le roman jeunesse de Noël mentionné ci-dessus. Un conseil si vous souhaitez le lire : privilégiez le thé ou le chocolat chaud au lieu du jus de sapin pour accompagner votre lecture. Surtout si ce dernier est préparé par un lutin et un renne.

2023 – Quels résolutions et objectifs pour cette nouvelle année ?

J’ai bien envie d’exploser le chiffre de 2022 pour les livres à lire. Toutefois, ma raison me dicte que j’ai également des objectifs d’écriture à tenir et une année monstrueuse au boulot. Je vais plutôt axer mes buts comme ceci :

Diversifier mes lectures en retournant vers le polar et le thriller

Lire plus de non-fiction

Découvrir de nouvelles ME. J’ai déjà une petite liste grâce aux RS et salon :

  • Plume Blanche : Elvira de Tiph ou Les Aînés de Serenya Howell (déjà dans ma PAL)
  • Magic Mirror : je n’ai pas encore choisi, si vous avez des recommandations n’hésitez pas.
  • Crin de Chimère : je les suis depuis leur création, mais je n’ai pas jamais sauté le pas de l’achat. Je suis bien tentée par Les eaux du temps de Thomas Weill
  • Noir d’Absinthe : Sorcière de chair de Sarah Buschmann (déjà dans ma PAL).

Découvrir d’autres auteur.rices autoédité.es bien sûr 😉

Qu’avez-vous envie de lire en 2023 ? Quels sont vos projets ?

Le Père Noël a perdu sa barbe de S.A. William

  • Titre : Le Père Noël a perdu sa barbe
  • Autrice : S.A. William
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : jeunesse

Après avoir lu la magnifique histoire La loutre et le prince, j’ai eu envie de me plonger dans un autre récit de S.A. William. J’ai profité du Salon du Livre de Wallonie à Mons pour me procurer Le Père Noël a perdu sa barbe et l’ai sorti de ma PAL pour Noël.

Sophie adore faire des bêtises. Cependant, elle craint le jugement du Père Noël. Elle ne veut absolument pas finir sur la liste des enfants méchants. Chaque année, elle laisse ses mauvais coups au placard et se comporte en petite fille modèle dès le 1er décembre. Un jour, elle se promène dans les champs lorsqu’elle aperçoit le Père Noël ! Le vrai ! Elle l’interpelle, mais celui-ci s’enfuit en oubliant sa barbe. Avec l’aide de son chien Filou et de ses amies souris, Sophie est bien décidée à sauver la célébration en la lui rapportant.

Ce court texte accompagné des magnifiques illustrations de Lycoris, est une lecture parfaite à lire au coin du feu avec votre enfant. La positivité de Sophie et sa détermination sont touchantes, tout autant que le vœu qu’elle a écrit dans sa lettre au Père Noël. Ne vous attendez pas à trouver d’ombres, de méchants sanguinaires ou d’antagonistes à anéantir qui empêcherait Sophie d’atteindre son but. Il n’y en a pas. On est sur une histoire toute douce, emplie de magie et de rêves. Cette simplicité qui témoigne de la volonté d’une petite fille fait du bien. Un parfait récit cocooning à lire au coin du feu avec un chocolat chaud !

La Candeur de la Rose (Les Chroniques des Fleurs d’Opale, #1) d’Ielenna

  • Titre : La Candeur de la Rose (Les Chroniques des Fleurs d’Opale, #1)
  • Autrice : Ielenna
  • Éditeur : Graphein Editions (auto-édition)
  • Catégorie : fantasy

J’ai reçu La Candeur de la Rose part 1 d’Ielenna dans l’une des box livresques d’Escape with a book. L’autrice étant présente au Salon du Livre de Wallonie à Mons, j’en ai profité pour le sortir de ma PAL malgré le peu de temps que me laissait septembre pour lire. Heureusement, je l’ai fini la vieille de l’événement au cours duquel je me suis procuré le second tome avec une magnifique dédicace.

Diphtil échappe de justesse au massacre de son village par le royaume d’Edenor. Elle se réfugie dans un monastère humain qui l’accepte uniquement à cause d’une prophétie. La marque sur son front l’identifie comme la descendante de la déesse Dorina. Le prêtre Sarin l’éduque telle une noble pour de noirs desseins. Désireuse de liberté, Diphtil fuit avec son frère et Astiran avec qui elle s’est liée d’amitié pendant ses années de captivité. Arrivera-t-elle à se souscrire à son destin ?

Ce premier opus se présente comme une longue introduction. Si l’attaque de Faritè nous propulse directement dans l’action, la suite prend son temps pour poser les pavés du chemin qui conduit Diphtil vers sa destinée. L’univers est plutôt simple et rapidement dépeint. Cinq races coexistent. Elles descendants chacune d’une divinité élémentaire. Le royaume d’Edenor (les humains) déteste les Neltiads (peuple du vent). En tout point identiques à leur voisin d’un point de vue anatomique, les Neltiads arborent des tatouages caractéristiques sur leurs bras dont est dénuée notre protagoniste. Outre cette différence, Diphtil porte une marque sur le front que Sarin identifie comme divine.

Les dix premières années de captivité sont résumées. Ainsi, on ne vit pas vraiment la naissance de l’amitié entre Diphtil et Astiran. Ce dernier a atterri chez son oncle qui l’exploite à la forge. Les moments qu’il partage avec la jeune Neltiade, lui sont précieux et le guidera à prendre son destin en main. Les deux âmes sont le reflet l’une de l’autre par la soif de liberté qui coule dans leurs veines.

Diphtil a beau avoir tout ce qu’elle veut : un toit au-dessus de la tête, une bonne éducation, des robes somptueuses, elle déteste l’idée de devoir obéir à une quelconque prophétie. Comme dans les romans qu’elle lit, elle désire être libérée par un prince charmant avec qui elle convolera en mariage. Elle sera bien surprise de voir que son sauveur sera son frère, Naid, qu’elle croyait mort. Elle n’hésite pas à le suivre, espérant tourner le dos à un destin prédit par Sarin et les divinités. Un long voyage commence où les rencontres seront tantôt enrichissantes, tantôt funestes.

La cruauté du monde la rattrape bien vite. Diphtil a beau avoir connu le sang lors du massacre de Faritè, elle est la douceur et la naïveté incarnée. Elle voit le bon en chacun, même en Yasalin avec laquelle elle ne cesse de se quereller en raison de leur caractère opposé. Elles sont similaires.  

Commandité par Sarin, Yasalin est une magicienne avide d’or et libertine. Elle dispose de son corps comme elle l’entend, à l’horreur de la prude Diphtil, qui se révèle pourtant entreprenante une fois les lacets de son corset desserrés. Si les miroirs inversent les traits, ils reflètent également des similitudes. Les deux femmes partagent toutes deux une force et une fragilité qui s’expriment de différentes manières et qui les rapprocheront au fur et à mesure des interactions et des révélations.

L’histoire de La Candeur de la Rose ne repose pas seulement sur les intrigues et les coups bas, mais aussi si la relation intime des quatre voyageurs, prenant un tournant romantique. L’amour entre Astiran et Diphtil est évident malgré les détours que leur histoire emprunte. Par moment, j’avais juste envie de secouer notre héroïne tant son aveuglement était immense. J’ai apprécié les taquineries verbales que nos deux tourtereaux se lancent. Ce qui m’a le plus étonné (positivement), c’est le comportement d’Astiran.

Le jeune homme espiègle qui n’ose avouer son amour caché depuis dix ans, se révèle prévenant plutôt que belliqueux face à Naid. Le frère ultra-protecteur voit d’un mauvais œil le rapprochement de l’humain avec sa sœur. Astiran n’entre pas dans son jeu et souhaite sincèrement se faire apprécier de ce raciste et, ce par respect pour Diphtil.

Une deuxième histoire de cœur se forme entre Naid et Yasalin. Bien plus tumultueuse qu’entre Diphtil et Astiran. La mage est mon personnage préféré du tome. J’adore le flou que l’autrice entretient à son sujet tout en ne dissimulant pas le tempérament de la sorcière. Yasalin vit avant tout pour elle. Alors que sa puissance est exceptionnelle, elle n’attaque pas de front les voyageurs, mais joue la carte du rapprochement pour connaître les raisons du commanditaire de sa mission. Je me suis délectée de son double-jeu et de ses répliques. Comme le premier couple, elle porte l’étendard de la liberté, du choix de son destin. Elle l’incarne par son rôle féministe dans le roman.

 « — Plus violent qu’une épée, plus vicieux qu’un poison : si vous désirez tuer une femme, offrez-lui une robe »

L’originalité de cette fantasy aux teintes de romance s’incarne dans la plume d’Ielenna. Je préviens tout de suite que tout le monde ne l’appréciera pas. Sa prose sonne tels les classiques de la littérature, avec une poésie qui lui est propre. La narration au vocabulaire soutenu est celle de Diphtil, éduquée comme une aristocrate. J’ai été déstabilisée par cette narration à la première personne à un moment donné, car celle-ci s’avère omnisciente. Lorsqu’on ne suit plus le groupe, elle ne change pas de narrateur. Je me suis souvenue du prologue qui présente le récit comme une lettre de Diphtil à sa fille, et de la nature divine du ce personnage. Cela n’est donc pas totalement incohérent vu comme ça.

En bref, si vous aimez les plumes poétiques au vocabulaire soutenu qui rappellent les classiques de littérature. Si vous adorez les histoires de destin et de liberté. Si les récits de fantasy où romance et tragédie se mêlent vous plaît, si vous désirez voir la pureté se teinter de noirceur, alors La Candeur de la Rose, part 1 est fait pour vous.

Revival (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Revival (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories : science-fiction, young adult

Revival est un service presse lu dans le cadre du partenariat avec les Plumes de l’imaginaire. Je remercie chaleureusement A.D. Martel pour sa confiance.

Arya reçoit pour son douzième anniversaire le célèbre jeu à réalité virtuelle, Revival, au grand dam de son aînée, Julie. Malgré les problèmes financiers que son achat par son inconscient de père, engendre, cette dernière n’a pas cœur à supprimer le sourire radieux de sa sœur. Pourtant, elle aurait dû agir. Lors de la présentation officielle par le concepteur du jeu, Slanders Storm, un bug empêche les déconnexions. Enlever la nanodiode de la tempe entraîne la mort du joueur. Julie est prête à tout pour ramener Arya, même à s’allier à Samuel pour entrer dans Revival

L’univers de Revival est plutôt ordinaire. Le décor met en scène une jungle regorgeant de créatures dangereuses et de villes qui permettent aux joueurs de se reposer. Deux races existent dans le jeu : les humains et les Meijbek. Peu d’informations sont données sur ces deux peuples et même sur le monde que l’on découvre au fur et à mesure de l’avancée de Julie (qui aura pour pseudo Jill). Le world-building s’apparente, ainsi, à tout jeu existant avec, en paysage, un mix entre fantasy (par la magie des Meijbek, les armures, les commerces ambulants, les caravanes, etc.) et militaire contemporain (avec des armes à feu et des pantalons treillis).

Le récit se concentre vraiment sur la recherche d’Arya et le développement de Julie en tant que personnage. Noob (débutante en langage de gameur) et pas du tout intéressée par les jeux, elle commet pas mal d’impairs qui ne vont pas lui faciliter la vie virtuelle. Commençons par décrire le personnage IRL. Julie est une adolescente de 16 ans qui vit dans les H.L.M.  Elle passe son temps à se rendre invisible dans la rue pour échapper aux harcèlements continus, en se cachant sous la capuche de son sweat gris. À l’école, elle ne fréquente personne et se concentre sur ses études pour quitter cette vie de misère. Son job lui permet à peine d’économiser pour viser l’université. Depuis le départ de sa mère, elle a pris les rênes du foyer en endossant les corvées et l’éducation de sa sœur. C’est cette responsabilité exacerbée pour une ado qui la pousse à risquer sa vie pour sauver sa sœur. Dans le jeu, elle va devoir briser ses habitudes. Elle en est même obligée, car elle fait l’erreur de revêtir la peau d’une Meijbek à fortes poitrines, ce qui attire indéniablement et malheureusement, les regards des autres.

A.D. Martel profite de cette apparence pour dénoncer les comportements outrageants des joueurs. En évoquant déjà le harcèlement de rue dans la vraie vie, elle met en évidence le sexisme des hommes vis-à-vis des joueuses qui ont, pourtant, autant d’atouts et de talents qu’eux aux manettes. Elles ne devraient pas être réduites à des prostituées ou à des rôles mineurs, ni subir les propos dégradants auxquels elles font face quotidiennement et qui pousse, trop d’entre elles, à revêtir un avatar masculin. Encore heureux, l’autrice inclut une joueuse qui excelle grâce au personnage de Nikita. Il est juste dommage qu’elle doive emprunter un comportement cruel et belliqueux pour être badass. En gros, elle écrase lesinvisibilisée hommes pour se faire respecter, ce qui est cohérent avec la réalité et les représentations de femmes fortes depuis quelques décennies. Je me demande comment elle va évoluer dans le second tome.

« —  Les travers des hommes se reflètent aussi bien dans la vie réelle que virtuelle… Et souvent, c’est encore pire dans la virtuelle… »

Revenons à Julie/Jill. Affublée d’un physique hyper sexualisé, elle est de plus de niveau 1 alors que les autres joueurs ont pu accumuler de l’expérience. Ainsi, elle va devoir suivre les conseils avisés de Samuel et trouver des alliés pour accomplir sa tâche sans mourir. Sa route croisera à plusieurs reprises, celle de Shadowhunter, un mystérieux personnage, aux préjugés sexistes, dont on peut se douter de la réelle identité. Il lui propose un pacte et l’aide à évoluer, car il est touché par sa franchise et sa cause, mais est-ce la seule raison ? On le saura peut-être dans la suite de l’histoire. Sera-t-il un allié ou un ennemi au final ? Le doute plane lorsque Julie découvre l’une de ses facettes.

Samuel est un ami d’enfance de Julie qu’elle a perdu de vue lorsque sa famille a déménagé suite au succès professionnel de son père. Il entretient l’allure rebelle de l’adolescence et une distance avec ses parents. Leur cohabitation est difficile d’autant plus, qu’il a un complexe d’infériorité vis-à-vis de son petit frère qui semble tout réussir dans la vie. Il n’est pas seulement un geek confirmé, il est talentueux dans le domaine du codage informatique et ne s’intéresse pas uniquement à Revival pour une question de divertissement si bien qu’il ne recule devant rien pour assouvir ses penchants scientifiques. Même pas à torcher les fesses de Julie. Oui, vous avez bien entendu ou plutôt lu ! C’est l’un des aspects que j’apprécie chez A.D. Martel. Elle aurait pu recourir à un subterfuge de science-fiction telle une capsule dans laquelle le corps humain obtiendrait les éléments essentiels à sa survie ou elle aurait pu taire cette partie. Non, elle ne renonce pas à inclure cette réalité dans le roman : comment maintenir en vie et en bonne santé Julie le temps de sa plongée dans le jeu alors que le monde ressemble au nôtre ? Si cette question est exclue par les concepteurs de Revival (des hommes bien évidemment), elle pense même à la gestion des menstruations. Ce caprice de la nature qui est invisibilisé dans la littérature de l’imaginaire ou à peine mentionnée, alors qu’elle fait partie intégrante des femmes.  

Cette partie sera introduite par la tornade arc-en-ciel nommée Chloé. La best friend de Julie qui débarque pour la sauver du pervers Samuel qui la retient captive ! (Enfin, c’est ce qu’elle croit en déboule sans prévenir.) Cette fille a un sacré tempérament. Elle n’hésite pas à se battre pour son amie, même avec violence. Elle est déterminée et possède un don d’actrice qui cache sans doute une réalité moins reluisante. Je l’ai adorée dès son arrivée dans le roman et j’espère en savoir plus sur elle dans le second opus.

Enfin, parlons d’Arya. Capricieuse benjamine, elle représente une thématique sombre dans le récit : celle du harcèlement scolaire. Si elle est si prompte à entrer dans les jeux vidéo, c’est pour fuir l’obscure réalité qu’elle dissimule à sa sœur dont les épaules sont déjà bien chargées depuis qu’elle gère la maison. On ressent assez vite la solitude de la gamine que Julie néglige par responsabilité.

Comme d’habitude (depuis un an), la plume de la romancière m’a transporté dès les premières lignes. Grâce à une entrée en matière efficace, elle nous plonge dans les enjeux du récit avec une facilité déconcertante. Avec une belle fluidité, elle le parsème de sujets qui lui tiennent à cœur comme l’écologie, la banalisation du viol, l’inversion bourreau/victime. L’univers du jeu vidéo aidant, mon esprit construisait une image teintée d’animation japonaise. Surtout lors de la rencontre entre Samuel et Chloé que j’ai entièrement visualisée sous des traits de manga. Probablement en raison de l’apparence colorée de la jeune femme, mais aussi par la vivacité de l’écriture.

En bref, si Revival ne réinvente pas les histoires décrivant des jeux virtuels et possède un world-building plutôt simple, le style d’A.D. Martel réussit à captiver par une construction de personnages attachants et authentiques qui se font les porte-parole des problématiques sociétales importantes tels le sexisme, le harcèlement de rue, scolaire et le sentiment d’impunité des joueurs derrière les écrans. Le premier tome de cette duologie pose les bases d’une histoire solides dont il me tarde de lire la suite.