P-S : Joyeux Noël (anthologie)

  • Titre : P-S : Joyeux Noël
  • Autrices : Georgia Caldera, Cécile Chomin, Amélie C Astier, Mary Matthews, Fanny André, Angéline Michel, Fanny Gayral
  • Éditeur : J’ai lu
  • Catégorie : nouvelles

Avec l’arrivée du mois de décembre, j’ai toujours envie d’hiberner. De rester au chaud sous le plaid avec mon chat et de lire de bons bouquins. Cet hiver, mon esprit a eu besoin de lâcher prise en m’immergeant dans des histoires cocooning et chaleureuses. Ainsi, je me suis tournée vers l’anthologie P-S : Joyeux Noël écrite par sept autrices qui nous offrent six récits. Voici mon top trois :

De l’autre côté du miroir : mission, talons, flocons de Cécile Chomin

Par le passé, j’avais déjà lu une comédie romantique de Noël de cette écrivaine. Je n’avais pas accroché, car son humour et sa plume n’avaient pas réussi à estomper les clichés du genre. Dans le monde des livres, une mauvaise expérience ne constitue pas une règle générale. Après tout, on peut rester de marbre devant une histoire de son auteur préféré. Ainsi, j’ai commencé la nouvelle de Cécile Chomin, l’esprit serein et sans préjugé ou presque… j’avoue que le mot talon dans le titre me faisait un peu peur, car il fait référence à la mode dont je ne valorise pas les carcans qu’elle impose. Crainte idiote, parce que j’ai adoré ce récit touchant qui aborde un sujet important : l’amour de soi.  

L’essentiel se trouve au fond de nous, quand on finit par accepter le fait que l’on est quelqu’un de bien. 

Mélie aima sa jumelle. Pourtant, elle ne peut s’empêcher d’entrer en conflit avec Élie, car elle la jalouse pour sa perfection. Sa sœur est l’emblème de la féminité décrite par la société. Alors que Mélie porte des pantalons et des moon boots, Élie est toujours classe avec ses vêtements hors de prix et son maquillage idéal. Envier l’image que l’on perçoit de l’autre est un vilain défaut. Leur grand-mère l’a bien compris. Même morte, elle s’incruste dans leur vie et leur lance via une lettre rédigée sur du papier rose un challenge : les jumelles doivent échanger leur place, vêtements, habitudes et téléphones inclus, et vivre dans les chaussures de sa sœur sans que les autres s’en aperçoivent.

Le style de la nouvelle écrite du point de vue de Mélie est fluide, dynamique et drôle. Ce duel sororal aux punchlines excellentes, porte un très beau message émouvant sur le bonheur et l’acceptation de soi.

Le cercle des Pères Noël disparus de Georgia Caldera

Après une conversation avec son ex, Armance réalise que sa vie est fade. Face aux autres, elle rentre dans le moule et réagit selon leur volonté. Elle n’ose pas être elle-même. Et, c’est encore pire devant sa famille. Lorsqu’elle tombe sur le groupe du Cercle des Pères Noël disparus sur Facebook, elle décide de les rejoindre. Sa rencontre avec Lilas va bouleverser son quotidien.

Si les premières pages du texte me faisaient redouter une simple réconciliation romantique, la suite a vite balayé cette impression à mon grand contentement. L’objectif du cercle est adorable et j’adhère à leurs idées : combattre le Noël consumériste et capitaliste. Mais ce que j’ai encore plus apprécié, ce sont les discussions entre Armance et Lilas qui vont leur permettre de se surpasser.

Deux nouvelles se partagent la troisième place du podium. Je n’ai pas pu les départager et la courbe de mon sentiment d’appréciation a été similaire, mais inversée. Je les décris dans l’ordre d’apparition dans l’anthologie. Je vous explique :

Sapins blancs et moutons noirs de Fanny Gayral

Clara a décidé de briser la coutume ancestrale du réveillon de Noël en famille. Elle a remporté une semaine au ski grâce à un concours et elle compte bien en profiter. Sauf qu’il n’est pas facile de se relaxer lorsque sa famille lui fait passer cet acte comme une haute trahison et la harcèle au téléphone. Tiraillée entre son envie de liberté et sa culpabilité, elle tente tant bien que mal de s’amuser et se refuse à tomber amoureuse du moniteur de ski dont la timidité lui rappelle trop les hommes de sa parenté.

Ce texte intrigue dès le début, car les éléments qui constituent la trame sont révélés progressivement. Cependant, on plonge très vite dans une histoire plutôt banale où Clara découvre les autres gagnants du concours et les propriétaires du chalet où ils logent. Grâce au style simple et fluide, le récit se laisse lire. Je m’attendais à une romance typique et sans grande surprise, jusqu’à ce que l’autrice fasse plutôt appel à un personnage secondaire pour activer la réflexion psychologique de Clara autour du mouton noir, au lieu de mettre en scène uniquement le futur couple. Ainsi, j’ai vraiment aimé la fin même si ça reste prévisible.

Qui veut remplacer le Père Noël ? d’Angeline Michel

Noëlie déteste Noël. C’est pourquoi elle a ouvert son échoppe sur le sable blanc des Îles Grenadines. Pourtant, elle s’envole à l’approche de cette fête pour la Finlande afin d’aider sa mère lors de l’opération de son père. Comme elle aurait dû s’y attendre, ce dernier lui demande de reprendre les rênes de l’entreprise familiale : la fabrique à jouets du Père Noël. Malgré ses réticences, elle accepte et redécouvre d’un nouvel œil ce monde.

La plume légère et empreinte d’humour m’a séduite dès les premières lignes. Toutefois, cette comédie devient au fil des pages une carte postale de la Laponie où tout est beau et blanc, si pure que le Père Noël ne présente aucun défaut et qu’on finit par avoir un étalage de bonnes actions et de perfection, si bien que l’histoire a commencé par me lasser. Elle a un fort côté film de Noël pour ceux et celles qui adorent le genre.

En bref, P-S : Joyeux Noël est une anthologie permettant de lâcher prise et de se détendre sous le pilou lors d’une soirée d’hiver. Certains textes sont dans la lignée des productions sur le thème et d’autres se sont révélées bien plus surprenantes et émouvantes que je ne pensais.  

Clément Coudpel contre les spectres de Samain de M. d’Ombremont

  • Titre : Clément Coudpel contre les spectres de Samain
  • Autrice : M. d’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : fantastique

Lorsque Livr’S Éditions a présenté ses nouveautés automnales, deux mots m’ont convaincue d’acheter Clément Coudpel contre les spectres de Samain. Il s’agit de Liège et macrale.

Beaucoup d’auteurs placent leur intrigue dans des mégapoles ou des îles paradisiaques ultras connues et exploitées. Du coup, j’apprécie quand des lieux moins sollicités dans la littérature sont choisis pour développer l’histoire, car j’aime découvrir des espaces et des pépites à travers les aventures des héros ou sentir une pointe de nostalgie à la lecture de certains passages. Et, lorsque l’on connait ces régions, on les voit d’une autre manière par la suite, tel un nouveau regard offert par l’écrivain. Ayant vécu sept ans à Liège, c’est avec plaisir que j’ai revisité les endroits que Manon d’Ombremont utilise dans son roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire à la mention d’une particularité des sous-sols de l’université.

Le terme macrale (qui signifie sorcier/sorcière en wallon) ajoute une authenticité et un ancrage solide de l’histoire pour les Belges francophones qui liront cet ouvrage. En tout cas, pour les personnes qui connaissent ce patois ou qui l’ont côtoyé auprès de leurs grands-parents. C’est le genre de détail qui donne un côté original au livre et qui le rend encore plus palpable et réaliste. Surtout que l’autrice intègre le folklore dans son univers à la perfection. Après cette introduction qui est plus longue que d’habitude, plongeons entre les pages de ce petit bijou.

Clément Coudpel déteste son héritage. Né dans une famille de macrales gérant le Chemin de la mort, son destin le désigne comme successeur du porteur de pelle qui doit repousser les esprits lors de la Samain. Cependant, suite au décès de sa mère quelques années plus tôt, il refoule ses pouvoirs et grandit le plus normalement possible grâce à sa sœur qui prend l’ensemble des responsabilités sur ses épaules. Subissant le harcèlement de la communauté magique, sa vie bascule le jour où Camille disparaît à quelques jours de la fête automnale. Décidé à la sauver avec l’aide de son meilleur ami Takeshi, il découvrira que les ennemis sont souvent plus proches qu’on ne le croit.  

L’originalité de ce livre repose d’abord sur le contrepied des points de départ du genre fantastique. Ici, le héros ne veut pas de ses pouvoirs. Il a beau aimé les shonen et les jeux vidéos mettant en scène des magiciens ou des monstres et même Harry Potter dont il partage certaines caractéristiques, il préfère les gérer dans une partie virtuelle que dans la réalité, car les mots game over ne vous enlèvent pas à jamais ceux que l’on aime.

Alors, il supporte les reproches de l’Ancêtre Guenièvre, un fantôme à cheval sur l’éducation et le devoir, et il fuit dans la vie normale d’un enfant de son âge. Il lit des mangas à gogo et passe des heures à jouer en ligne. Une myriade de références populaires nippones accompagne les épisodes de l’histoire. Un vrai régal ! J’avoue avoir dû vérifier certains éléments comme le générique de Bleach mentionné, et quelle nostalgie en voyant l’interprète. La romancière utilise un vocabulaire de Geek (spécifique aux jeux vidéos) et le définit en note de bas de page (ce qui permet d’éviter de se perdre pour les non-initiés tels que moi).

Puisant dans la fantasy, les jeux de rôle et les histoires au coin du feu, de nombreuses créatures apparaissent : Oupyr, liche, barghest,… et même le terroir légendaire est présent par l’intervention du nuton ! Le ver du cimetière familial est sans doute le plus adorable d’entre eux. Coudmou, de son prénom, surgit de son trou et y rentre en boucle en haut du livre. J’aime cette animation qui témoigne du souci du détail de la maison d’édition.  

Les personnages sont élaborés avec profondeur et réalisme. Clément n’est qu’un gamin de treize ans qui déteste la magie. Il rencontre des difficultés pour l’apprivoiser. Encore heureux que Takeshi, son ami, l’aide grâce à leur passion commune pour la Jpop et les animes. Ainsi, il progresse et ne perd pas pied. L’esprit de Célestin qui partage son corps, le guide et lui sert de mentor tout comme Katel, l’oupyr, qui souhaite mourir définitivement et qui prend soin des affaires financières de la famille. Camille est forte et déterminée à protéger son petit frère. Toutefois, des troubles de la mémoire la perturbent depuis qu’elle a sauvé la vie de son meilleur ami, Thomas, en le transformant en liche. Enfin, l’autrice rend hommage à des personnes réelles : le tenancier et les vendeurs de Kazabulles, une libraire spécialisée en BD et manga de Liège, qu’elle adore et qui m’a ramené des années en arrière.

La plume de M. d’Ombremont est simple, fluide et dynamique. Les phrases sont courtes et créent un rythme soutenu. Si le prologue est sombre, le chapitre suivant tranche dès les premières lignes avec un style léger et humoristique.

Pour être libraire, songe Clément, il faut un master en Tetris. 

L’intrigue oscille entre ces deux styles, entre la lumière et l’obscurité, entre la comédie et la tragédie, symbolisant à merveille le passage de la naïveté de l’enfance à la perte de l’innocence. En effet, Clément ne renoue pas seulement avec ses pouvoirs, il réalise que chaque être possède une part d’ombre.

En bref, Clément Coudpel contre les spectres de Samain est un roman fantastique aux allures de livre jeunesse qui nous plonge dans les abysses de l’âme humaine et qui nous apprend que les esprits ne sont pas forcément les créatures les plus dangereuses de la terre ou de l’au-delà. Ce livre est un véritable coup de cœur que ce soit au niveau de l’histoire, de ses personnages attachants, ses références japonaises ou son terroir qui m’a rendue nostalgique.

2021: Bilan, objectif et révélation

Salut les loupiotes ! Le temps du bilan et des nouveaux objectifs est arrivé. Mais d’abord, laissez-moi vous souhaiter mes meilleurs vœux pour cette année. Je ne vais pas revenir sur l’excentricité de 2020. Malgré ses aspects négatifs, j’ai décidé de me concentrer sur les bons moments, même masquée, le sourire est là ! Le blog a tourné au ralenti cette année. Je vous explique pourquoi en fin d’article. Parlons bilan en premier lieu.

Comme chaque année, j’ai participé au challenge de GoodReads. J’ai lu 58 livres sur les 50 initialement prévus. Si ma rétrospective vous intéresse, c’est par ici. Je ne chronique pas toutes mes lectures. Du coup, vous pourrez découvrir des ouvrages différents de ce que vous croisez habituellement sur le blog.

Ceux qui me suivent depuis mes débuts savent que le nombre de livres que je lis sur une année m’importe peu. Je préfère me lancer des défis relatifs à d’autres critères. Voyons ce qui s’est passé en 2020 lors de mes missions personnelles. Je n’avais pas placé la barre très haut en fixant uniquement deux objectifs :

Lire des livres en rapport avec le XIXe siècle, qu’ils soient écrits à cette période ou que l’intrigue s’en serve comme décor. Les bouquins historiques pouvaient compter dans cette catégorie. Au final, je n’ai lu qu’un seul ouvrage issu de ce siècle : Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire. J’avais rajouté ce recueil à ma pile à lire suite à l’exposition Fleurs lascives au musée Félicien Rops. Cet artiste namurois a eu la chance de pouvoir créer le frontispice des Épaves qui regroupaient les textes censurés de l’auteur français. La poésie est un domaine spécifique avec lequel je ne partage pas beaucoup d’atomes crochus. Je n’ai pas rédigé de chronique dessus, car je me sens incapable d’en parler et de la critiquer bien que je puisse l’apprécier.  

Une lecture ne suffit pas à remplir l’objectif. Est-ce un échec pour autant ? Je ne le pense pas. En effet, ce but se basait sur mon envie du moment et cette envie a simplement changé en cours de route.

Continuer mes séries mangas en cours en finissant au moins l’une d’elles et en avançant dans une autre. En parcourant ma bibliothèque, j’ai jeté mon dévolu sur Divine Nanami de Julietta Suzuki pour accomplir la première tâche. Cependant, la fatalité (créée de toute pièce suite à mes actions) m’a rattrapée. La sortie de ce manga date déjà de quelques années. Du coup, le dernier tome est en rupture de stock. Ainsi, j’ai loupé l’objectif d’un malheureux livre. C’est tout moi ! Je garde un œil sur les occasions pour le dénicher à un prix raisonnable. Concernant la deuxième partie qui consistait à continuer une autre série… no comment !  

Le bilan général s’avère plutôt mitigé, voire mauvais. Pourtant, je ne regrette rien, car 2020 fut une année charnière en raison d’une nouvelle fonction avec des responsabilités auxquelles j’ai dû m’habituer et m’adapter, et une formation qui m’a beaucoup appris et qui m’a permis de rencontrer des personnes formidables.  

Cette année, j’ai peu publié alors que je visais une chronique par semaine (sous réservé d’un pavé à lire). Je voulais rendre le blog plus vivant, mais ma mauvaise organisation m’a rattrapée. Or, je souhaite préserver la qualité de mes critiques. Continué à expliquer en profondeur pourquoi tel ou tel passage m’a ému, pourquoi le suivant m’a laissé de marbre. Je désire poursuivre dans cette optique par respect pour les romanciers qui mettent leur âme et leur sueur dans leurs écrits. Ficeler une histoire prend du temps et de l’énergie. Il y a un an, je voyais encore un roman comme une montagne à gravir. Aujourd’hui, j’en suis toujours persuadée même si la tâche me semble plus accessible grâce à la formation que j’ai suivie à L’institut des Carrières Littéraires.

Le blog doit son ralentissement à l’écriture de mon propre roman. Oser affronter mon rêve m’a demandé beaucoup d’effort. Cependant, je suis contente. C’est ce qui m’a permis de traverser 2020, surtout que j’ai terminé sur une note positive en publiant une anthologie avec dix autres formidables élèves de la formation. N’hésitez pas à y jeter un œil (après tout il est gratuit), et à venir m’en parler. Vous m’y trouverez sous le nom de plume : Aure Raineke.

Contrairement aux années précédentes, je vais me fixer un seul objectif : gérer mon planning convenablement en respectant un maximum les deadlines. C’est ma bête noire et pourtant, je sais que préparer un calendrier m’aide énormément. Afin d’y arriver, j’ai pris la décision de réduire le nombre de services presses. Vous pouvez toujours me les soumettre par mail, par la page Facebook ou par SimPlement.pro. Toutefois, gardez en tête que je n’en caserai plus qu’un par mois.

Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz

  • Titre : Le Père Noël ne devrait pas faire ça
  • Auteur : Aldo Axel Da Cruz
  • Éditeur : Autoédition (Librinova)
  • Catégorie : philosophie

Lorsque Librinova m’a proposé de lire, Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz, j’ai été de suite intriguée par l’aspect social et humain que le résumé décrivait. Ainsi, je m’attendais à une fresque psychologique où la noirceur et les non-dits s’exposeraient sur le devant de la scène. Ma première impression s’est révélée fausse. Je remercie Librinova de m’avoir envoyé ce roman en échange d’une chronique sincère.

La pieuse et déterminée Osirace accueille sa famille pour le réveillon de Noël. Contrairement aux autres années, elle redoute cet événement à cause d’un rêve prémonitoire. Le jour j, le Père Noël débarque à la plus grande joie des enfants et à l’angoisse de leur aïeule. Car sous ses airs de gentil bienfaiteur, cet illustre personnage se transforme en trouble-fête en jetant sur la table une tentation : de l’or contre l’assassinat d’une personne. Les convives ont quatre heures pour se décider. Qui de l’argent ou des liens familiaux aura le dessus ?

Le livre se présente sous la forme d’un roman. Cependant, sa structure ressemble plus à une pièce de théâtre. Surtout dans la seconde partie. Le début pose l’angoisse d’Osirace. Ensuite, le démon entre en scène en expliquant au Père Noël qu’il a ramassé dans la rue, l’expérience qu’il souhaite mener. Celui-ci désire soumettre les humains à la tentation et sonder leur âme afin de voir s’ils sont tous méchants. Enfin, l’argumentaire philosophique entre les protagonistes entre en scène.

Je parle d’argumentaire, car il s’agit bien d’un exposer de différentes philosophies. L’histoire nous plonge dans un salon digne des Lumières où Kant et bien d’autres penseurs des siècles suivants s’affrontent. L’auteur fait appel à de nombreuses citations et références qui demandent pour la plupart, un certain niveau de compréhension. Il invoque aussi bien Confucius, Nietzsche que Goldman ou les Bogdanov. La religion est également représentée par la pieuse hôtesse comme par son fils curé.

La manière dont ce débat philosophique questionne l’importance de l’argent et de la vie, me rappelle le théâtre ou une classe de philosophie, car chaque protagoniste donne son avis à tour de rôle comme si un projecteur le mettait en lumière. Il argumente d’une traite, les interventions sont très rares. Ces chapitres se clôturent d’ailleurs par un silence marquant la fin de l’acte.

Majoritairement, le discours est constitué de citations et de pensées que les personnages ont puisées dans leurs lectures. Seuls quelques un exposent leurs propres vécus. C’est pourquoi, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est plutôt à mettre dans la catégorie philosophie que sociétale. Plusieurs sujets sont traités : l’irresponsabilité de l’homme, le pouvoir de l’argent, le libre arbitre, la foi, la liberté, l’esprit de famille, etc. D’ailleurs, ce dit Père Noël est plutôt absent. Il pose le décor, reste spectateur du débat qui brise une famille qui se croyait unie.

Les personnages sont lisses. Porteurs des paroles proférées par d’autres, ils n’ont pas de profondeur. Je suis seulement capable de me souvenir d’eux par leur profession, telles des étiquettes posées à côté de leur nom pour les distinguer. Du coup, je n’ai pas ressenti d’émotion lors de leur querelle ou du dénouement dont je me doutais. L’un des exemples le plus frappant qui montre qu’ils ne servent que le discours et non l’histoire, repose sur Noëlla qui est atteinte d’un handicap dont on ne sait rien, et qui ne semble, à aucun moment, différente de ses frères et sœurs, si ce n’est sa méchanceté et son égoïsme qui éclate en premier.

La plume de l’écrivain est très simple si on omet deux-trois formules plus alambiquées qu’il utilise ou les citations qu’il retranscrit. À de nombreuses reprises, il répète la description, le titre des acteurs et même quelques citations. Le déploiement des arguments, surtout celui entre le démon et le Père Noël, m’a paru long.

En bref, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est une mine philosophique pour ceux qui adorent se plonger dans les questionnements de la vie, de la tentation et du combat du bien contre le mal. J’ai commencé à accrocher aux livres lorsque je l’ai considéré sous cet aspect d’exposé ou d’essai, et plus comme un roman avec une intrigue bien ficelée.

Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel

  • Titre : Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël
  • Autrice : Lucie Castel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : Comédie romantique

C’est avec un plaisir inhabituel que je me suis plongée dans Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel, alors qu’Halloween et la Toussaint n’étaient pas encore passées. Une lecture peu commune, car les comédies romantiques centrées sur cette fête respirent un peu trop les stéréotypes et les coutumes, à mon goût. Bien entendu, ce roman n’échappe pas à cette règle, surtout que ceux du mariage y sont joints. Pourtant, il a réussi à m’attirer dans ses guirlandes lumineuses dès la lecture de son résumé incroyable. 

Quoi de plus magique que de se marier le jour du réveillon de Noël ? Scarlett allait enfin avoir le mariage parfait dont elle avait toujours rêvé. Malheureusement, c’était sans compter la loi de Murphy. La mort de son wedding planner, étouffé par le strass d’un string de strip-teaseuse, est le premier domino qui enclenche l’enchainement des calamités. Notre héroïne doit sauver le plus beau jour de sa vie en une semaine, top chrono, tout en gérant sa famille et celle de son futur époux, car ce dernier est aux abonnés absents.

Ce roman est une véritable séance de sport pour les zygomatiques. Les situations que vit Scarlett, sont rocambolesques. Le prologue annonce directement la couleur par la mise en scène originale de la demande en mariage de William, qui n’aurait peut-être pas sauté le pas, sans l’intervention théâtrale de cette fameuse vache en travers de la route.

L’humour ne se base pas uniquement sur de l’invraisemblance. Il fait partie intégrante de l’amour entre Scarlett et William. Française d’un côté et Anglais, de l’autre, une guerre de piques (et de fourches) entre ses deux nationalités opposées par des siècles de batailles, alimente les conversations dans lesquelles aucun des deux camps ne souhaitent mettre de côté sa fierté.  

Les personnages sont diversifiés et construits avec nuance bien que leur noyau repose sur des clichés. Par exemple, nous avons Lena, l’aristocrate britannique coincée, qui ne sait pas comment montrer son amour, Thomas, l’homosexuel frivole, qui aimerait qu’on lui fasse plus confiance, ou encore Rosa, la maman encombrante, qui passe son temps à cuisiner mais qui est toujours là pour soutenir sa fille dans les pires moments. Deux protagonistes sortent du lot. Mélie, la sœur de Scarlett, qui semble sur une autre planète depuis son accident. Elle est si directe et honnête qu’elle en est déstabilisante pour le commun des mortels. C’est grâce à elle que j’ai ressenti de l’émotion lors du mariage. Lizzie, la grand-mère de William, est complètement timbrée avec ses recettes qui mettent du piquant et des couleurs dans les esprits.

L’écriture est acérée, sarcastique et cynique comme je l’aime pour ce type de comédie. Cela n’empêche pas le sérieux de pointer le bout de son nez dans certaines scènes qui abordent des sujets révoltants comme l’homophobie. Le sexisme et le patriarcat sont également de la partie. Enfin, certaines répliques amènent de la profondeur à l’histoire. J’ai adoré celle sur la robe de mariée :

Une robe ne fait qu’habiller l’âme pour qu’elle ne prenne pas froid, elle ne la définit pas. 

En bref, Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël est une bouffée de rire dans un écrin de célébration de fin d’année. Une comédie romantique comme je les apprécie car, elle présente des sujets profonds et importants en dépit des stéréotypes liés au genre. J’ai passé un excellent moment entre ses pages. Et, en cette période, ça fait un bien fou.

P.S. : Ce livre est la suite de Pas si simple. Toutefois, il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour se plonger dedans.  

La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, romance

Je remercie du fond du cœur Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son dernier roman en échange d’une chronique sincère, et d’avoir été aussi patiente et clémente face au temps que j’ai pris pour l’écrire.

Étant donné que j’aborde des éléments cruciaux du précédent tome, je vous invite à passer votre chemin sur cet article si vous ne l’avez pas lu. A moins que vous aimiez la torture à coup de spoilers.

Saraë, la haute-reine des elfes se vide de son énergie vitale pour tisser le bouclier d’amour qui protège son peuple. Les trois prêtresses se relayent à son chevet pour l’aider, quitte à en mourir. La situation semble perdue lorsque le grand mage Hermanus fait irruption dans la chambre et l’empêche de sombrer dans l’au-delà. Porteur du chant do, il rapporte à sa majesté la prophétie des sept chants et la quête pour les retrouver et sauver Gahavia. Pour ce faire, trois héros doivent être rassemblés : le Protecteur, la Double et l’Inattendu. Impatiente de retrouver Edoran parti en guerre contre les forces de Mork Örn, Saraë, devenue oracle lors de sa guérison, se montre dure en affaire. Elle donnera les noms des trois en échange de sa participation à la recherche des porteurs des chants.

Bien qu’on entre rapidement dans le vif du sujet, j’ai ressenti des longueurs dans la première partie du bouquin en raison des rappels et des explications supplémentaires sur l’univers qui arrivent presque d’un bloc. Certains passages m’ont semblé répétitifs par leur proximité comme le périple d’Hermanus qui est largement évoqué puis détaillé en profondeur quelques chapitres plus loin.

J’ai été quelque peu interloquée par les relations entre les personnages. L’autrice a fait un travail remarquable en amont pour tisser les liens entre les protagonistes. C’est indéniable. Malheureusement, elle les synthétise en quelques lignes descriptives, et fait de nombreux raccourcis sur des moments-clés que j’aurais aimé vivre avec eux. Je prendrai l’exemple de Thésis et Edoran qui forment un duo de choc sans qu’on vive la naissance de cette symbiose dans le combat. La seule véritable relation qui est traitée avec minutie, est celle entre Edoran et Saraë. Si je devais exprimer le style de ce bouquin à coup de fusain, je représenterais une balance qui ne cesse d’osciller entre fantasy et romance sans savoir quel genre choisir en priorité.

Ce résultat provient du pari que l’écrivaine s’est lancée en intégrant au noyau principal de nouveaux protagonistes plutôt que de repêcher ceux de La Délégation. Qui dit du sang frais, signifie bâtir, en repartant de zéro, de nouveaux liens en parallèle de la multitude d’événements qui doivent être relatés dans le roman pour faire avancer l’histoire.

Les épisodes de la seconde partie deviennent de plus en plus intenses et exploitent à merveille la notion de dimensions introduites avant le début de l’aventure dans le premier tome du Conte des Sept Chants. La quête qui avait des allures classiques, prend un tournant inattendu.

Parmi les nouveaux arrivants, le mage Hermanus fait figure de grand sage malgré ses nombreux préjugés envers la reine, qui tomberont les uns après les autres face à sa ténacité, son intelligence et, surtout, son aptitude à apprendre de ses erreurs rapidement. Le nain Olbur est plutôt standard : grognon et jovial. L’aelder Thesis est, quant à elle, brave et droite. Elle prend les responsabilités à bras le corps.  

Le Bestiaire inventé par Cécile Ama Courtois est l’un de mes petits plaisirs de lecture même si seules les hordes du Seigneur Noir en font partie. Elle fait preuve d’une grande imagination pour nous dépeindre ses monstres que l’on ne voudrait pas rencontrer même dans une avenue illuminée de soleil.  

Gageons que le chant des Sept pourra les exterminer grâce à l’harmonie qui apaise les ires, fait vibrer les cœurs et transcendent les langues et les peuples. C’est le pouvoir de la musique sur lequel l’histoire de La Quête est élaborée. Un art important chez la romancière au point qu’elle partage avec nous ses compositions lyriques pour accompagner le voyage des compagnons.

Sa plume est toujours aussi captivante. Elle allie le style poétique et médiéval avec brio. Le tout parsemé ça et là d’humour et teinté de noirceur pour nous faire trembler. Son écriture décrit des scènes de batailles avec détail et dynamisme.

En bref, La Quête est un second roman qui nous fait réellement entrer dans le vif du sujet. S’il m’a semblé déséquilibré au début par les raccourcis des relations entre certains personnages, la seconde partie avec le développement de l’histoire autour des sept chants ainsi que la manière de les retrouver, m’a conquise. Je me demande quel sera la tonalité du concert dans le troisième livre ?

Les larmes de Sitaël (Legendion, #3)

  • Titre : Les larmes de Sitaël (Legendion, #3)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Les mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Attention, ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les deux précédents tomes. J’évoque des éléments qui pourraient vous gâcher l’excitation de la découverte. Je vous rappelle que même si vous changez d’Echo/de page, vous vous en souviendrez.  

C’est avec un immense plaisir que je chronique le troisième opus des aventures d’Eloran et Lerena, confié par son auteur via SimPlement.pro. Un grand merci de me faire une nouvelle fois confiance.

Après la catastrophe de Saint-Reheal, la flotte royale retourne vers Escasam. Le petit groupe s’allie pour défendre le secret d’Eloran et éviter que sa véritable nature soit révélée au roi. Les choses se compliquent lorsque ce dernier entreprend des audiences pour comprendre ce qui s’est passé dans le camp des Naurs et à la cité maritime. Parallèlement, un événement marquant ce produit. Les anges fuient la sphère céleste pour se réfugier parmi les mortels. La Reine Ecarlate brise leur hiérarchie palier par palier vers un but qui reste encore un mystère. L’approche d’Ocaria est imminente tout comme le danger les guettant.

Ce roman alterne des épisodes du passé et du présent. Le voile sur l’amitié entre Erathostène et Sinaï Hallebardier se lève à mesure que le souverain récupère ses souvenirs. La haine que ce premier voue aux Forces Interdites s’effrite. Ce qui laisse ses hommes abasourdis par ses états d’âme. Le sauvetage des anges est orchestré par Ohen un peu partout sur terre. L’ensemble de ces événements me donne l’impression que l’action principale se dérouler en dehors du navire.

La traversée est plutôt calme la majeure partie du bouquin. Comme un moment de repos malgré les questions du roi dont les interrogatoires sont pacifiques, et les visions d’Evelène. Eloran ose aborder le sujet de sa mort ce qui soude l’équipe.

Suite au pion que l’ennemi avait avancé sur le plateau de jeu à la fin du deuxième livre, j’étais dans l’attente de voir les malheurs qu’il allait engendrer. J’ai trouvé le délai un peu long bien que beaucoup de choses se passent et de nombreuses histoires sont narrées sur des personnages secondaires comme Olakma et Mamias. Même la nature de Mésange-Lugubre est expliquée en même temps que la conception philosophique de l’âme, de l’esprit et du corps dans l’Echodria. L’intérêt se situe vraiment en dehors du bateau et dans le passé pendant les deux tiers de l’intrigue.

L’auteur continue à exploiter les mêmes thèmes que dans les précédents romans. Alors qu’il mettait en évidence l’horreur des Echos où on peut revivre plusieurs fois la même douleur, il tire parti de toutes les facettes de son univers en abordant le côté positif d’avoir une âme répartie entre différents corps pendant une durée limitée. Ainsi, Eloran peut profiter du temps qu’il lui reste pour se concentrer sur l’accomplissement de son existence en profitant à fond de ceux qu’il aime ou tout faire pour trouver un moyen d’échapper à son sort.

A travers le personnage de Lerena, il continue de combattre le poids des traditions qui emprisonnent les femmes dans un rôle d’épouse même sur le trône. A croire qu’elles ne peuvent prendre des décisions pour le bien-être du royaume sans homme.

« Le monde partait en vrille et son sort n’allait pas se jouer au pied de l’autel d’une église. »

La plume de Rémi Bomont est toujours aussi dynamique et captivante même quand les dialogues possèdent une emphase théâtrale ou un ton issu de chansons de geste. C’est avec une bonne surprise qu’il utilise l’écriture inclusive pour parler des anges. Iels n’ont pas de sexe après tout.

En bref, Les larmes de Sitaël ressemble à un intermède posant les bases de la suite de la série du Legendion.  Des éclaircissements sont apportés sur le passé commun de certains protagonistes. Ohen continue à avancer ses pions depuis l’ombre du monde et la Reine Ecarlate fait une brève apparition en arrière-plan. Toutefois, la confrontation entre ces diverses forces reste sommaire. J’attends tout de même la manche suivante avec impatience.    

Saturne de Julien Laoche

  • Titre : Saturne
  • Auteur : Julien Laoche
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : science-fiction

Je remercie l’auteur chaleureusement de m’avoir confié sa novella Saturne via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Obtenir ce livre fut une longue aventure grâce aux services postaux. Loin d’être une expérience désagréable, les échanges que j’ai eus avec Julien Laoche m’ont laissé une belle dédicace. Encore merci !

En l’an 2015, Raph flâne près de la mer à Concarneau lorsqu’il percute un homme aux vêtements démodés. Sur le lieu de leur rencontre, il découvre un étrange objet qui l’intrigue par son contenu. De nombreuses vidéos sur des faits historiques éloignés comme proches y sont répertoriées. Ce sont des documentaires en haute définition. Mais le plus extraordinaire reste le listing d’événements futurs dont des actes terroristes et une pandémie mondiale. Quand Pierre récupère son holophone, il est dépité de constater que sa perte à modifier le cours du temps. Ses ennuis empirent quand un hacker le fait chanter en l’empêchant de retourner à son époque.

Ce court texte est divisé en deux parties : la réflexion de Raph et le combat de Pierre. Je n’ai pas accroché à ce premier morceau qui explore divers moments de l’histoire de France du XXe siècle dont les attaques terroristes de Charlie Hebdo. Le personnage de Raph et la narration linéaire qui décrit surtout les actions, y sont sans doute pour beaucoup car dès l’intervention de Pierre, j’ai été happée dans le récit. Le touriste de l’avenir m’a semblé plus vivant et réel.

Le concept de base m’a énormément plu. Julien Laoche utilise le Test de Alan Turing inventé en 1950 pour construire une intrigue haletante avec une fin émouvante où la frontière entre machine et humain s’estompe. La véritable nature du présent de Raph et celle de Saturne sont inattendues et d’autant plus intéressantes qu’elles s’éloignent du voyage temporel classique.

Le style d’écriture est simple. Les phrases sont courtes et la narration est fluide. Le romancier utilise des notions issues de l’informatique. Il fait même référence à des vestiges du passé qui peuvent dérouter lorsque l’on ne connait pas tous les systèmes d’exploitation des ordinateurs depuis leur avènement dans les maisons des particuliers.

L’auteur nous offre un bonus à la fin de son livre avec La solution mettant en scène le Docteur Joliot et son assistant Turing qui reçoivent enfin les conclusions de Jean Zay une intelligence artificielle à propos de la réduction des gaz à effet de serre. Le rapport de la machine m’a fait éclater de rire tant il est d’actualité et que je m’attendais à une autre idée.

En bref, Saturne est une novella en demi-teinte avec un début un peu fade mais une seconde partie qui vaut réellement la peine d’être lue que ce soit pour son style entrainant, le concept exploité par l’auteur ou la tournure des événements et les révélations.   

Bratva – Larme Bleue de M. D’Ombremont

  • Titre : Bratva – Larme bleue
  • Autrice : M. D’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégorie : drame

Bratva est ma première lecture issue de mes achats à la Foire du Livre de Bruxelles 2020. Ce livre est à des années-lumière de ma zone de confort. Pourtant l’autrice et blogueuse avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots, a réussi à me convaincre par ses quelques mots empreints de vérité qu’elle a inscrits dans la dédicace : « Au fond, les pires horreurs sont humaines. » Quand des atrocités sont commises, les gens utilisent souvent le mot « inhumain ». Pourtant, seul cet être est capable de torturer physiquement comme psychologiquement l’un de ses semblables ou des animaux (sauf peut-être les chats à qui on a appris à jouer avec la nourriture).

Rayna est surnommée la vourdalak  de la famille Aslanov. Elle sait qu’elle est différente, qu’elle est un monstre et elle l’assume entièrement. Depuis qu’elle a été prise sous l’aile de cette mafia russe, elle sculpte la mort dans les corps terrifiés. Pour elle, tuer est un art. Elle vit et jouit pour le meurtre bien fait jusqu’à sa rencontre avec Eleyna, la fille de son boss qu’elle sauve des griffes des Matven et qui lui demande une requête incongrue : elle souhaite être initiée à son monde. Un lien qui va ébranler Rayna au plus profond de son art et de son âme.

Ce roman est à part. Plongé dans l’univers de la pègre russe, celui-ci ne sert que de décor à une histoire bien plus psychologique, sombre et humaine. Ce qui le rend difficilement classable dans un genre littéraire classique. Si je devais choisir une boîte, je pencherais plus pour un style emprunté au théâtre : la tragédie. Sans l’emphase accompagnant ce type de récit. Il touche également à la romance érotique homosexuelle par la relation entre Eleyna et Rayna. Toutefois, il ne peut clairement pas être figé dans cette option même si leur relation est au centre de l’histoire. C’est elle qui modifie la perception de la tueuse et ébranle son train-train quotidien.

Le bouquin est divisé en courts chapitres à la fin desquels un changement de point de vue s’opère par la courte intervention d’un stalkeur se révélant vite être Vassily observant sa bête. La possessivité est au cœur de Bratva créant une sorte de triangle amoureux malsain caché dans l’ombre et dont Rayna ne se doutera qu’à la dernière minute. Elle est comme un poison s’insinuant dans la vie des protagonistes en leur infligeant les pires horreurs. C’est d’ailleurs, la révélation finale liée à ce comportement qui m’a bouleversé après une lecture qui se voulait plus distrayante qu’autre chose. J’aimerais ne pas trop spoiler sur ce point. Sachez juste qu’il aborde un thème que je dénonce en tant que femme. 

La narration est basée sur le point de vue de Rayna. Cette psychopathe parle comme les gens normaux. Elle n’a pas de forte opinion si ce n’est sur les voyeurs assistant à ses spectacles mortuaires à la Divine Comédie et sur l’art de tuer. Si elle ressent facilement la peur de ses victimes, la psychologie humaine et ses relations ne sont pas son fort. Outre, tuer artistiquement, elle adore se droguer pour l’aider à visualiser ses futures œuvres. Suite à un trip avec Eleyna, elle va être troublée car elle s’est laissée aller à utiliser une méthode si peu conforme à ses habitudes qu’elle va se faire tatouer une larme bleue, au couleur de la chevelure de son amante, pour ce crime au lieu d’une rouge comme elle le fait pour chacun des êtres dont elle a pris soin.

Eleyna est difficilement cernable. Elle a l’air d’être la fille d’un chef de mafia un peu paumée qui demande de l’aide pour se défendre après son agression. Ses arrière-pensées restent secrètes jusqu’au bout. Elle semble instable car elle est à la fois capable de paniquer devant la violence des actes et de poignarder follement un homme par la suite.

La relation entre ses deux âmes est racontée à l’aide d’une plume simple et fluide similaire à l’esprit de la narratrice. La noirceur écrase dans les coins la faible lumière de ce monde où la pureté n’a pas sa place. La romancière n’hésite pas à décrire les scènes avec toute la violence et l’horreur dont l’humain est capable. Le sexe n’y est pas seulement sensuel mais est aussi teinté d’un aspect licencieux. Il porte bien sa notion de réservé à un public averti.

En bref, Bratva- Larme bleue est un roman déconcertant par son histoire oscillant entre plusieurs genres dont les traits principaux sont absorbés par la noirceur de l’atmosphère. Si je lisais cette œuvre sortant de mes préférences d’un œil curieux mais sans excitation particulière au début, ce que cachaient les intentions d’Eleyna m’a profondément touchée et révoltée. Une lecture dont on ne sort pas intacte.

Bläckbold d’Émilie Ansciaux

  • Titre : Bläckbold
  • Autrice : Émilie Ansciaux
  • Éditeur : Livr’S Éditions.
  • Catégories : Horreur, Fantastique

Attirée par la couverture magnifique de Bläckbold et par le résumé accrocheur, je n’ai pu qu’accepter ce service presse via SimPlement.pro de la part de la maison d’édition que je remercie chaleureusement pour sa confiance.

La solitude est devenue sa seule amie après autant de millénaire passé sur Terre. Matthias l’a voulue. Il s’est vengé en connaissance de cause. De simple humain, il s’est transformé en monstre. Il voulait mourir en 2020, la vie avait d’autres desseins pour lui.

Ce court roman est atypique. Bien que je l’ai classé dans le genre de l’horreur fantastique en raison des vampires, il n’entre pas parfaitement dans cette boîte. Il est déstabilisant par sa structure tout en étant simple et captivant. Il débute avec une chronologie inversée posant des énigmes autour du narrateur et personnage principal de l’histoire. Si le ton possède un certain calme dans le premier chapitre, comme une note résonnant en suspens dans l’air, l’intensité monte en crescendo au fil des pages en dévoilant des pans de l’existence de Matthias. Très vite, je me suis demandée qui était cet être, comment en était-il arrivé là, qui voulait-il punir et pourquoi ? Arrivé au basculement de sa vie, l’histoire reprend son cours en levant le voile progressivement sur les événements qui l’ont amené à son destin solitaire.

Si l’intrigue de base est ordinaire, un homme entrant dans le monde underground en se faisant mordre et désirant vengeance, j’ai adoré la mythologie et le concept liés aux vampires et la manière dont l’autrice manipule les codes qu’elle a créé pour brouiller les pistes, enchaîner les révélations et prendre un tournant inattendu en remplaçant le décor fantastique contemporain par un univers post-apocalyptique. Le tout est déroulé sur un rythme rapide. On saute d’une époque à l’autre en quelques pages. Des milliers d’années en fait. Si cela peut sembler trop rapide pour construire un récit solide pour les habitués du genre, il a fonctionné pour moi.

Si les personnages secondaires sont peints à gros coups de pinceaux, Matthias fait son job d’acteur principal et pas seulement parce qu’il est le narrateur et que l’on est dans sa tête. D’ailleurs, c’est peut-être parce qu’il est détestable et égocentrique que les autres restent superficiels à travers son regard ? Cet antihéros dont le destin est bouleversé en une soirée alors qu’il tente de se suicider à l’encre de Chine, est un monstre avant même que sa nature vampirique ne soit révélée. Il ponctionne le fric de son ex épouse qui se prostitue pour survivre, il n’assume pas les conséquences de ses actes les plus désastreux et irréparables pour ses proches et il a une piètre vision des femmes en général. Comme le résume si bien Émilie Ansciaux : c’est un connard et je rajouterai de premier ordre.

La plume de la romancière est efficace et dépeint la noirceur de Matthias avec justesse. C’est un monde dur ou la vulgarité règne en maitresse. Sa fluidité et sa cohérence avec l’atmosphère du bouquin m’ont plongée dans cette aventure.

En bref, Bläckbold nous emmène dans une synthèse de la longue vie du vampire le plus égoïste de la Terre. Son châtiment ne parait plus si terrible à la lecture de son histoire qui est classique dans le domaine du fantastique mais qui est captivante grâce à l’écriture de l’écrivaine et la tournure des événements. Un livre hors de ma zone de confort qui m’a bien diverti.