Sans nouvelles (anthologie)

  • Titre : Sans nouvelles
  • Auteur.rices : Alexys Méan, Christelle Colpaert Soufflet, Geoffrey Claustriaux, Graham Masterton, Hélène Duc, Marine Stengel
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégories : nouvelles, horreur

Sans nouvelles est une anthologie centrée sur le thème de la disparition dans le genre de l’horreur. Je l’ai eu en cadeau lors d’une précommande ce printemps. L’éditrice et autrice, Émilie Ansciaux, a par moment, des coups de folie en créant des packs ou des promotions avantageux. 

Le recueil regroupe six textes aux plumes diverses qui empruntent majoritairement au fantastique où légendes, fantômes et monstres se côtoient. Seul Enquête en sang trouble d’Hélène Duc reste dans la réalité sordide en explorant une part de l’humanité qui sévit sans une once de remord. 

Petit tour de mon top trois : 

La boîte de Marine Stengel. 

L’autrice fait partie des Plumes de l’imaginaire qui dort encore dans ma liseuse. C’est avec ce court texte que je découvre son écriture et son univers. La nouvelle est prenante dès le départ. Phoebe se réveille dans un caisson. Vous imaginez l’horreur ? Est-elle enterrée vivante? Enfermée par un fou furieux ? La vérité est bien pire que ça ! L’écrivaine donne des détails de la situation avec parcimonie. Un peu comme si nous étions Phoebe elle-même. Nous appréhendons le contexte, le décor, la douleur, pas à pas, telle une lampe torche qui éclaire des pans de la grotte avant que notre esprit ne reforme les morceaux du puzzle. En ouvrant cette boîte de Pandore, la romancière nous montre l’horreur humaine dans toute son ignominie. Celle qui n’agit pas dans l’ombre, qui est soutenue par les plus grands sous le couvert de valeur et de solidarité. En 2022, ce récit a une résonance encore plus profonde et significative. L’expression la réalité rejoint la science-fiction sonne terriblement vraie. 

Au cœur de l’horizon de Geoffrey Claustriaux

Fred (14 ans) garde sa cousine Fanny (8 ans) quand ils sont enlevés et emmenés sur un paquebot. Pourquoi ? Où vont-ils? Que va-t-il leur arriver ? Les réponses à ces questions sont aussi ingénieuses qu’effrayantes. L’auteur a judicieusement employé une triste problématique sociétale pour nous transporter dans l’horreur, car la mésaventure que vivent les cousins est le résultat d’un excès, du paroxysme, d’une obsession insatiable que cette réalité engendre. Mes propos restent flous, je le sais. Ils vous ennuient peut-être, vous pensez sans doute que ce n’est que du charabia et je m’en excuse. Je ne peux pas révéler le sujet sur lequel repose cette intrigue parce que ça gâcherait son effet. Je l’ai tellement adoré que j’ai peur de dire le mot de trop. 

Sous les draps de Graham Masterton

Après La maison aux cent murmures, il s’agit de mon second contact avec le romancier qui est aussi le parrain de cette anthologie. Martin est un enfant à l’imagination abondante. Chaque nuit, il s’invente une nouvelle vie. Cette fois, il endosse le rôle d’un spéléologue à la recherche d’un gamin égaré. Sa plongée dans les profondeurs du lit l’emmène dans des mondes parallèles où le mal rôde. Au départ, cette nouvelle ressemble franchement à un récit jeunesse par son côté innocent et aventureux. Toutefois, il glisse vers une prose plus philosophique. Si les monstres sont répugnants et dangereux, le texte nous entraîne dans un univers onirique proche du cauchemar. C’est une sensation d’étrangeté qui m’a suivie plutôt que l’angoisse, même si la fin renoue avec l’horreur avec brio. Le dernier paragraphe est d’ailleurs bien mené. 

En bref, Sans nouvelles est une anthologie intéressante lorsque l’on désire découvrir le genre de l’horreur. Certaines nouvelles restent classiques quand d’autres nous emmènent dans des récits plus originaux et atypiques où les créatures de l’ombre revêtent parfois une peau humaine. 

Notre-Dame des Loups d’Adrien Tomas

  • Titre : Notre-Dame des Loups
  • Auteur : Adrien Tomas
  • Éditeur : Mnémos
  • Catégorie : fantastique

Je me suis procuré Notre-Dame des Loups d’Adrien Tomas lors de l’Op All Stars 2022. Cet événement, qui vend à 1,99 € une sélection d’ebooks au début de l’été, est idéal pour se laisser tenter par des titres qui se trouvent hors de sa zone de confort ou pour lesquels une hésitation persiste. C’est du moins avec cet état d’esprit que je parcours les menus depuis deux ans. Ce qui m’a attiré dans ce court roman est la plongée dans l’Amérique du XIXe siècle et un western un peu particulier vu qu’il se déroule dans le Nord et ses forêts obscures. 

1868, la troupe de veneurs de Jack arpente la Forêt Blanche pour dénicher la reine des Wendigos et la tuer pour mettre un terme à son règne sur la nuit. La situation prend une tournure déroutante lorsque l’un d’entre eux se fait assassiner pendant son sommeil. Là, où aucun lycanthrope ne devrait se trouver. 

La structure du roman se décline en multiples narrateurs. Un chapitre est dévolu à chaque veneur qui se relaye pour raconter le déroulement de la chasse. Ainsi, nous observons l’âme des personnages tour à tour et nous voyons à travers leurs yeux, leurs camarades, ce qu’ils en pensent, leurs comportements avant de glisser dans leurs chaussures du suivant. Ce procédé est intéressant, car le lecteur construit une première vision des personnages qui est influencée par la subjectivité du narrateur. Ensuite, cette image est nuancée, déconstruite, remaniée par de nouvelles caractéristiques qui les complexifient. C’est un peu comme si on se forgeait des idées préconçues qui s’écroulaient grâce à la discussion (ou plutôt ici au monologue et à l’écoute).  

Jack est le chef du groupe. Il endosse le rôle du dur à cuir, désagréable et intransigeant sur la discipline. Il ne supporte pas ceux qui veulent passer outre son autorité. D’ailleurs, il préfère les petites bandes, car elles sont plus gérables. Pourtant, Jack sait jauger et reconnaître les qualités des gens, surtout celles utiles à la chasse et à la survie contre les wendigos. Il observe ses compagnons de route et en prend soin, même si ses conseils sont plus donnés sur le ton de l’ordre. Il est obnubilé par la destruction de la reine des Rejs. 

Il est secondé par Würm. Originaire d’Allemagne, il s’agit du véritable leader du groupe. Sa première expérience sur le sol américain s’est révélée catastrophique, celle-ci ayant donné lieu à un massacre sans nom. Il prodigue ses opinions et sa sagesse à Jack sans que les autres le sachent. Son allure de dandy du siècle passé et son mutisme, lui confère une aura mystérieuse qui révélera bien des secrets au fil de l’histoire. 

Arlington ouvre le bal des narrateurs. Ancien journaliste, ce type est arrogant, imbu de lui-même et possède une confiance en soi démesurée qui l’aveugle. Il déteste les autres membres du groupe et ne souhaite que le quitter, mais il s’agit surtout d’une âme meurtrie par la perte de son travail de rêve. Il n’a jamais voulu devenir veneur, le destin s’est abattu sur lui sans merci.

Jonas est l’artilleur de la bande. Sa fonction consiste à refondre les balles d’argent, car cette matière n’est pas inépuisable. Il est superstitieux, sexiste et raciste. Toutefois, c’est un fin observateur et il endosse, d’une certaine manière, le rôle de tuteur pour Billy. 

Billy est le plus jeune de la troupe (une vingtaine d’années). Beau gosse, cerveau lent, il lui faut du temps pour comprendre certaines situations. Du coup, il se fait souvent rabrouer par Jonas qui lui explique ce qu’il risque avec son attitude. Son manque de perspicacité ne l’empêche pas d’être animé par la passion. Son innocence lui confère un côté tendre derrière l’image de l’ancien cowboy qui joue les durs et les jolis cœurs. Il possède des qualités qu’il dissimule par crainte des autres. 

Le personnage qui m’a le plus déçu est sans aucun doute Evangeline. La dresseuse de chiens originaire des bayous avait de quoi plaire avec sa prestance, son calme et la force qui émanait d’elle. Toutefois, elle se révèle être un personnage plutôt stéréotypé. Sa couleur de peau ne semble être qu’un prétexte pour dépeindre le racisme de l’époque malgré la libération des esclaves. Quant à sa magie, elle est sous-exploitée et ne sert qu’au revirement de l’histoire. Sans divulgâcher, je vais seulement dire que je n’apprécie pas ce que cache son masque et qui se trouve à l’opposé du potentiel du personnage. Cet élément n’a rien d’incohérent, je tiens à le préciser. C’est juste son côté « évident », « courant » qui me fait grimacer. J’en attendais bien plus.

Enfin, je termine par la narratrice qui m’a le plus plu : Waukahee. Celle-ci arrive dans la bande en cours de route. Contrairement à Evangeline, j’ai trouvé qu’elle sortait des sentiers battus. Elle n’est pas dépeinte comme une sauvage d’Indienne ou docile. Elle a de la classe en fait ! Badass avec son arc à flèche, elle reste humble sans pour autant se laisser marcher sur les pieds par les racistes ou les hommes. Elle a une de ses réparties tout en finesse qui finit par convaincre les veneurs. Surtout qu’elle n’utilise aucune vulgarité, comme ce type d’histoire a tendance à employer abondamment.    

L’univers s’avère assez simple. Le récit se base sur la légende amérindienne des Wendigos, ces hommes devenus des bêtes, les pendants des loups-garous européens en somme. L’auteur décide de les nommer les Rejs. Toutefois, rien ne suggère une différence avec les caractéristiques habituelles des lycanthropes. D’où mon interrogation sur ce changement d’appellation. Adrien Tomas relie l’apparition des créatures en Amérique à l’Europe et le fameux navire : le Mayflower. Néanmoins, la longueur du texte ne permet pas d’approfondir ce world-building qui reste un décor. 

Est-ce un mal ? Non. Notre-Dame des Loups raconte plutôt l’histoire des veneurs, leurs relations, leurs mésententes et les causes désastreuses, que la chasse aux Rejs qui passe au second plan durant la majeure partie du roman pour seulement ressurgir à la fin. La fameuse reine n’est pas la meilleure des antagonistes, car elle n’est ni nuancée, ni profonde. Elle ne fait qu’utiliser les pions à sa disposition pour semer la discorde, on n’en voit que la griffe, mais pas le cœur. On sait juste qu’elle est fine stratège.

Le point fort de la plume d’Adrien Tomas réside dans sa manière de décrire les personnages. Il choisit soigneusement ses mots pour dresser leur portrait. C’est vivant, visuel et ça entre en résonance avec l’ambiance sombre, crue et froide des lieux. 

En bref, Notre-Dame des Loups fut une lecture attrayante pour la technique narrative employée. Elle conte, avant tout, une histoire de vengeance, de gens désabusés, éreintés par une chasse sans fin. Si le world-building n’apporte aucune nouveauté dans la sphère des lycanthropes, l’aspect humain, lui, est intéressant. 

La maison aux cent murmures

  • Titre : La maison aux cent murmures
  • Auteur : Graham Masterton
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : horreur

La maison aux cent murmures est un roman d’horreur fantastique qui se déroule en Angleterre. Très vite, il m’a fait penser au film Les autres avec Nicole Kidman en raison des fameux murmures et de la coexistence entre des humains et des présences invisibles. Le parallèle s’arrête à mesure que l’on entre dans les explications touchant à l’histoire et au folklore.

Herbet Russel n’aurait jamais dû revenir. Il savait, pourtant, qu’il devait éviter Allhallows Hall les nuits de pleine lune. Livres de compte en main, il est assassiné d’un coup sur la tête. Ses enfants, Rob, Grâce et Martin, se rejoignent dans le manoir familial pour entendre les mentions testamentaires. Croyant pouvoir se débarrasser de la demeure rapidement, ils apprennent qu’elle est remise à un fiduciaire pendant treize ans, soit jusqu’à la majorité de Timmy le gamin de cinq ans de Rob et Vicky. Atterrés, les parents ne sont pas au bout de leur peine, car Timmy disparait mystérieusement. Les recherches dans la maison, dans le village de Sampford Spiney et les landes ne donnent rien. Les Chuchoteurs d’Allhallows Hall semblent savoir ce qu’il se passe. Toutefois, le mal qui dort les terrifie bien trop pour les aider. Quel démon rôde derrière les lambris de la maison ? Et pourquoi les premiers propriétaires ont-ils érigé un vitrail en l’honneur d’Old Dewer, le diable aux chiens ?

Au départ, le récit ressemble à de nombreuses histoires d’horreur basées sur la maison hantée. L’ensemble des ingrédients y sont : un meurtre violent, une disparition soudaine et mystérieuse, des murmures angoissants, des monstres sous les lits, un chien qui sent le danger et ne veut pas entrer dans un manoir obscur…le tout dans une atmosphère des campagnes anglaises où le brouillard et le mauvais temps confèrent une ambiance sombre et anxiogène. Le roman devient intéressant dans la seconde moitié, lorsque les explications commencent à étayer ce que cachent les murs d’Allhallows Hall.

L’univers de Graham Masterton est construit sur le folklore local et des éléments historiques. Les légendes émaillent le texte allant du chasseur maudit, à la dame blanche en passant par les Piskies. Ainsi, nous plongeons dans les méfaits d’Old Dewer, le diable des landes qui emportent les enfants perdus et non baptisés. D’abord incrédules, Rob, Vicky et les autres se tournent vers l’historien amateur John Kipling, la charmeuse Ada Grey et le glaneur Francis Coade pour retrouver Timmy. Ces trois allient leurs connaissances et leurs savoirs-faires pour contrer l’entité malfaisante de la maison. J’ai adoré découvrir les lois de la sorcellerie et du druidisme élaboré par l’auteur. La magie et les éléments historiques (dont je vais taire la nature) sont les points forts de ce roman.

Les personnages principaux (j’entends par-là les enfants Russel) se sont révélés insipides. Dans les premiers chapitres, ils sont décrits de façon sommaire avec des caractéristiques détestables qui ne sont même pas exploitées par la suite. Par exemple, Rob lâche des propos sexistes à la limite de l’homophobie, mais on ne revient pas du tout sur ça par après. Martin est le stéréotype de l’employé de la City et sa femme Katharine celui de la petite bourgeoise et épouse parfaite. Ce côté caricatural se retrouve également dans les méchants chuchoteurs. Ada et Francis sauvent le panier des personnages des oubliettes, même si à un moment donné, j’ai été un peu exaspérée par le caractère prolixe de Francis. Son érudition et sa passion sont indubitables. Toutefois, on finit par sentir que l’étalage de ses connaissances sert à faire avancer l’histoire. On voit les ficelles scénaristiques en somme.

Outre l’esquisse dérangeante des personnages, une scène en particulier m’a rebutée, car elle n’apporte rien au récit. Ce passage se situant assez loin dans le roman, vous pouvez sauter ce paragraphe si vous le souhaitez. Il s’agit du viol d’un personnage féminin, qui sert uniquement de gadget terrifiant pour faire monter la tension du lecteur. Je ne peux le percevoir autrement parce qu’il n’impacte aucunement le déroulement de l’histoire et l’évolution psychologique de la victime. Je ne lis pas beaucoup de textes d’horreur, mais j’ai souvent l’impression que le viol est une solution de facilité qui devrait être bannie si elle ne sert pas à la construction et à la cohérence du roman.

Le thème principal de La maison aux cent murmures est la disparition d’un enfant et la manière de gérer les émotions qui y sont liées. Comment peut-on survivre à ça ? Et si l’enfant n’est pas retrouvé, comment peut-on renoncer ? Les réponses à ces questions découlent des actions de Rob et Vicky qui sont déterminés à rester sur place malgré l’angoisse que la maison intensifie. Ils n’hésitent pas à explorer les chemins surnaturels, à utiliser tous les moyens pour retrouver Timmy. Le second sujet concerne la notion du temps et de ses impacts. Je ne vais pas m’éterniser sur la question pour éviter d’en divulguer trop. C’est une part importante de l’intrigue.

Cette histoire de disparition, de magie noire et de maison hantée est servie par une plume fluide et simple. Les descriptions de l’auteur remplissent leur job pour brosser l’aspect angoissant et maussade d’Allhallows Hall et de ses environs, comme on peut s’y attendre de ce type de livre. Dans les passages violents, il n’use d’aucun filtre. Il ne surdose pas la couche d’hémoglobine et d’os qui craquent pour le plaisir. Ces scènes sont, crues, courtes et efficaces.

En bref, La maison aux cent murmures fut une lecture en demi-teinte. Débutant comme tout classique du genre du manoir hanté, le roman s’en détache par l’univers fantastique dans lequel il nous plonge progressivement. J’ai adoré l’exploitation des légendes locales et de la mythologie celtique qui sauve le récit à mes yeux. Dommage que les personnages principaux manquaient autant de substances et tiraient sur la caricature pour certains.

The Dead House de Dawn Kurtagich

  • Titre : The Dead House
  • Autrice : Dawn Kurtagich
  • Éditeur : Éditions du Chat Noir
  • Catégorie : Horreur

Au cours de mon exploration du genre de l’horreur, j’ai sorti de ma pal, The Dead House de Dawn Kurtagich dont le résumé m’avait intrigué. Le livre en lui-même est un petit bijou éditorial. Les Éditions du Chat noir ont apporté un grand soin à l’élaboration de la version papier pour immerger le lecteur dans ce récit obscur.  

Depuis la mort de ses parents, Carly Johnson est internée à l’Hôpital psychiatrique pour mineurs de Claydon. Elle y est soignée pour un trouble de l’identité. Carly est la Fille de la Lumière. Lorsque la nuit survient, la bascule se produit et sa personnalité est remplacée par Kaitlyn, la Fille de la Fuit, la Fille de Nulle Part. L’institut leur permet de vivre une scolarité normale au Lycée Elmbridge avec lequel il a un accord. La thérapie se déroule sans trop d’accrocs, jusqu’au jour où l’irréparable se produit : Carly disparaît. Que va devenir Kaitlyn ?

Je ne possède pas une grande connaissance dans les livres d’horreur. Pourtant, j’ai l’impression que la structure de ce roman est atypique dans ce genre. Il est articulé en rapport d’enquête rassemblant les témoignages et les preuves qui permettent de reconstituer l’incident Johnson. Vingt ans après l’incendie du Lycée Elmbridge qui a couté la vie à trois adolescents, la découverte du journal de Kaitlyn Johnson dans le grenier de l’école dévoile un nouveau pan de cette tragédie. On retrace les événements qui ont précédé le drame à l’aide de ces écrits, des vidéos de son amie Naida, des enregistrements des thérapies avec la Doctoresse Lansing et les mails échangés avec Ari Hait.

Dawn Kurtagich revisite le trope de la maison hantée avec originalité. Si j’ai d’abord cru qu’elle prenait l’école comme le lieu maudit, on se rend compte que la notion se rapporte à une autre maison : celle du corps et de l’esprit. The Dead House se matérialise dans Carly/Kaitlyn qui est dominée par l’angoisse. Crainte qui apparaît sous la forme d’une demeure sombre au sommet d’une falaise escarpée. À travers ce récit, nous entrons dans l’intimité la plus profonde de l’âme humaine, dans ses abysses labyrinthiques. En introduisant la notion de magie, la romancière gomme les frontières entre la raison et l’imaginaire, entre la réalité et le cauchemar, si bien qu’un sentiment de confusion s’insinue dans l’esprit du lecteur. J’adore les récits fantastiques, j’ai envie de croire en le mala pratiqué par Naida, en l’étrangeté qui se produit dans la cave et le grenier, en cette inversion des âmes dans le corps de la fille Johnson. Pourtant, le texte me fait douter par les éléments, des indices, des propos éparpillés dans le rapport : est-ce que tout ça est réellement arrivé ? N’est-ce pas simplement le fait d’une hystérie collective ? Une alliance d’êtres fragiles et dérangés qui a mal tourné ?

La réponse ne sera jamais donnée par Dawn Kurtagich. Elle laisse cette interrogation en suspens telles les enquêtes obscures dont les conclusions restent à jamais la somme de suppositions.

J’ai été happée par la plume de l’autrice, sa manière de tricoter l’intrigue. L’histoire en soi, n’est pas foncièrement originale, mais son écriture a ce pouvoir d’emprisonner les lecteur.rices.

La construction de Kaitlyn m’a subjuguée. Fière et forte, elle incarne l’adolescente rebelle par essence, d’autant plus qu’elle est privée du jour, de la vie normale, de la possibilité de se faire des amis solaires. Cette vie nocturne devrait la rendre jalouse de Carly. Toutefois, elle en est dépendante et lui porte un respect à elle et « son corps ». Au moment de la disparition de cette sœur diurne, Kaitlyn vacille, son état mental sombre peu à peu dans la crainte, la folie. Elle pouvait survivre à la solitude avec Carly. Sans elle, la solitude l’écorche vive au point de s’ouvrir à Naida et Ari Hait.

Naida est du genre survoltée. Passionnée par le journalisme, elle se lance dans des reportages vidéo pour son cours de sociologie. Ses enregistrements sont repris dans le rapport d’enquêtes. Naida n’est pas une simple adolescente pleine d’énergie. Elle pratique aussi le Mala, magie écossaise (inventée par Dawn Kurtagich) qui est un héritage familial. Lorsque Carly disparaît, elle reconnait les signes d’un sorcier obscur et enquête pour la retrouver.

Ari Hait est le nouveau. Élève taciturne et solitaire, il se promène la nuit dans l’école et sa chapelle où il rencontre Kaitlyn d’une façon incongrue. Très vite, il se rapproche l’un de l’autre. Cette relation sort la Fille de Nulle Part de sa solitude nocturne, mais pas assez pour éviter sa descente aux enfers.

En bref, The Dead House est un roman addictif qui exploite de manière fantastique le syndrome du trouble de l’identité (TDI). J’ai adoré la structure originale sous forme de rapport d’enquête qui joue sur la multiplicité des points de vue pour aborder l’incident Johnson. La rupture mentale de Kaitlyn est menée d’une main de maître. 

Je vais choper mon boss (#2) d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#2)
  • Autrice : AD Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

Après avoir dévoré le premier tome des aventures sentimentales d’Alexis, j’ai sauté rapidement sur le second livre qui clôt avec surprise, humour et brio cette romance.

Comme d’habitude, je vous conseille de vous plonger dans cet avis lorsque vous aurez lu le précédent tome. Ce serait malheureux de vous gâcher les éléments croquants de cette délicieuse comédie.

Alexis se réveille dans l’appartement de David Langlois avec une gueule de bois carabinée. Comment est-il arrivé chez lui ? Et pourquoi est-il tout nu sur son canapé alors qu’un gamin, Henry, mange son bol de céréales en compagnie de sa licorne ? Notre garde du corps n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’il rencontre Lise, une adolescente malmenée par sa mère, et qu’il retrouve Nadège, la voisine de palier de son collègue !

La fin de la première partie nous avait laissés avec une tonne de questions : comment Alexis va-t-il réintégrer son poste après son erreur à New York ? S.J. pardonnera-t-il son comportement envers Andrew ? Risque-t-il de se faire émasculer par Christine ? En parallèle des interrogations personnellement liée au petit cœur d’Alexis, la menace pesant sur le boss d’Électronic Dreams ressurgit sous la forme de la berline noire qui rôde dans le quartier de David.

Déboussolé et perdu, Alexis accepte la proposition du premier de la classe et reste loger chez lui malgré l’exigüité des lieux. En remerciement, il s’investit dans la cuisine et endosse le rôle de garde du corps à son insu. Entrer dans l’intimité de David va bousculer les idées préconçues qu’Alexis portait dans le premier tome. A.D. Martel déconstruit avec habilité les apparences. Elle montre ce que la chemise à carreaux parfaitement repassée de David dissimule.

Nous vivons dans une société de tabous et de faux-semblants. Les humains revêtent des masques pour cacher leurs sentiments et leur authenticité. Ils font de leur mieux en dépit des émotions négatives et de la dure réalité qu’ils subissent. Ils affichent un sourire dans les moments où ils aimeraient pleurer toutes les larmes de leur corps.

David entre dans cette catégorie d’homme qui donne le meilleur de soi-même malgré les difficultés qui pèsent sur ses épaules. Son extrême gentillesse résulte de ses efforts et des épreuves du passé. Il est prévenant et possède une qualité que peut de personnes ont : l’altruisme. Quand il offre son toit, qu’il tend la main, il ne demande rien en retour. Il est prévenant sans être invasif, ce qui déroute un Alexis aux nombreux secrets. Pourtant, David n’est pas aussi pur que les premières interactions le laissent entendre. La lumière ne peut vivre sans obscurité. Progressivement le masque de bonté se fissure. Cela commence par le cynisme pour dissimuler les blessures, juste avant d’éclater pour laisser déborder la noirceur. Une ombre triste qui m’a juste donné l’envie de surgir dans le roman pour réconforter notre pauvre David.

Dans le premier tome de Je vais choper mon boss, David m’avait déjà tapé dans l’œil alors qu’il s’agissait d’un personnage secondaire (voire tertiaire ?). Je ne sais pas si c’est l’atypisme de ce genre de personnage dans la comédie romantique qui m’a touchée où si les compétences en écriture de l’autrice ont un tel niveau d’expertise dans la manipulation qu’elle a réussi à tisser, l’air de rien, son filet pour que David capture mon cœur. Vous l’aurez compris, plus je lisais et entrais, comme Alexis, dans le monde de son collègue, plus j’adorais ce protagoniste.

Les nouveaux personnages ne sont pas en reste dans cette aventure. La mignonne attitude d’Henry m’a fait sourire à plusieurs reprises. Ce petit bonhomme muet en raison de ce qu’il a vécu et possède, comme son père, une vraie force (surtout avec sa copine Licorne). Sans mot, il arrive à véhiculer ses sentiments avec puissance.

Lise est un vrai ouragan. De primes abords, on pourrait croire qu’il s’agit juste d’une adolescente rebelle qui a de mauvaises relations avec une mère tout aussi perdue que sa fille. Cependant, les apparences sont tout aussi trompeuses pour elle que pour David. Derrière le mur d’enceinte qu’elle a construit, se cache un oiseau blessé par la vie. Ses querelles avec Alexis, en plus d’être divertissantes, témoignent de l’insécurité que la présence de l’homme engendre chez elle. Elle considère David comme un père et la venue d’un autre chaton éclopé de la vie dans la famille l’effraie au plus haut point.

Enfin, nous retrouvons l’adorable grand-mère du chapitre un : Nadège. On apprend pourquoi elle ne pouvait plus venir au café. Elle secoue et soutient Alexis à plusieurs reprises au cours de cette nouvelle aventure. On découvre une mamie pleine d’énergie qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand il s’agit de fermer le bec aux préjugés sur les personnes âgées.

À travers ces relations qui se font, se défont et se reconstruisent, A.D. Martel nous parle de liens familiaux, de la force de ceux qui ne découlent pas du sang. Elle nous parle de solidarité, de rédemption. Alexis va comprendre ses erreurs ou plutôt, celles-ci vont lui exploser en pleine face avec une telle puissance qu’il lui faudra du temps pour les digérer. Toutefois, il se donnera à fond pour réparer les dégâts qu’il a causés. Il s’investira dans la protection de David et Henry, et même de Lise qui subit des horreurs dans le milieu scolaire.

Et S.J. Park dans tout ça me direz vous ? Il est toujours bien présent dans ce roman et on découvre une autre facette de l’homme. Derrière l’impassibilité de son visage, se dissimule un chat qui aime jouer avec les souris. Et la souris dans ce tome, c’est Alexis bien sûr. Cependant, il ne le malmène pas au point de le faire pleurer, je vous rassure. Il y a une même une volonté de lui faire comprendre les choses tout en se vengeant un peu quand même des émotions que les actes de son garde du corps lui font ressentir.

Je pourrais sans doute encore écrire pas mal de choses sur la deuxième partie de Je vais choper mon boss. La chronique parait plus de deux semaines après ma lecture passionnée qui m’a valu des heures de sommeil en moins. Mon cerveau rencontrait des difficultés pour ordonner les mots et formuler mon opinion sur cette histoire bouleversante, renversante et riche en humanité. Elle m’a émue par la force de ses personnages. Ceux-ci sont construits avec réalisme et authenticité. La manière de les découvrir à travers leurs interactions, leurs silences et leurs actes est juste : wouah (une interjection vaut parfois mieux que des mots pour exprimer son ressenti). Les thèmes de la solidarité et de la solidité des liens hors sang sous-tendent l’ensemble du récit qui a insufflé un malstrom d’émotions allant du rire à la colère en passant par la tristesse et l’amour. Bref, cette duologie entre dans mes lectures favorites.

La fleur de l’illusion de Keigo Higashino

  • Titre : La fleur de l’illusion
  • Auteur : Keigo Higashino
  • Éditeur : Acte Sud
  • Catégorie : polar

Cela faisait un bail que je n’avais pas lu un polar. Keigo Higashino étant une valeur sûre pour moi, j’ai déterré La fleur de l’illusion de ma PAL.

Quatre histoires, un seul fil conducteur.

Un matin, une femme accompagne son mari à la gare lorsqu’un fou surgit et les massacre au katana.

Alors qu’il participe à la traditionnelle visite du marché aux ipomées avec ses parents, Sōta rencontre Iba Takami avec qui il s’entend bien. Un jour, elle disparaît de sa vie sans explication.

Nao, jeune musicien prometteur se suicide un soir sans signes annonciateurs, ni lettre d’adieu présentant ses raisons.

Le corps d’Akiyama Shūji est découvert par sa petite-fille Lino, un après-midi. La maison est sens dessus dessous, ce qui amène les policiers à penser à un vol qui aurait mal tourné. La disparition d’une fleur marque le doute dans l’esprit de l’enquêteur Hayase.

La mise en place du récit prend du temps. Si vous lisez le résumé copieux à l’arrière avant votre lecture, vous vous rendrez compte qu’il raconte quasiment le tiers du roman. Keigo Higashino décrit ses pions avec le naturel dont il a le secret. Au début, on se demande en quoi les aspects du quotidien, les échanges entre les personnages et le déroulé de l’enquête sont importants. Certains éléments semblent superficiels, anodins et, pourtant, tout a un sens, une cohérence. Chaque pas inscrit par l’auteur est une pièce du puzzle qu’il a créé.

L’écrivain a ce talent d’accrocher son lecteur malgré la banalité qu’il dépeint en lançant son appât, la petite phrase, qui change la donne et engendre le mystère, le questionnement. Je suis toujours épatée de voir à quel point sa plume est efficace. Toutefois, j’ai trouvé les personnages de La fleur de l’illusion trop unidimensionnels. C’est comme s’ils incarnaient un seul principe et non les nuances des personnes.

Hayase se définit par son échec dans son rôle de père. Il s’investit surtout dans l’enquête pour son fils en raison du service que lui a rendu Akiyama Shuji lorsqu’il était adolescent. Lino est une ancienne nageuse professionnelle qui avait décidé de lancer un blog sur les fleurs de son aïeul. On ne comprend pas trop pourquoi, elle s’investit autant dans la résolution de son meurtre. Je ne peux que supposer la raison. Elle ne sait pas quoi faire de sa vie et son grand-père était le seul à ne pas la mettre sous pression face à son échec. Son acolyte Sōta entretient des relations difficiles avec son demi-frère, Yosuke, qui se fait passer pour un botaniste auprès de Lino, alors qu’il est fonctionnaire au sein de la police dans un autre secteur que la cellule qui enquête sur le cas Akiyama. Cette distance ainsi que la remise en question de son avenir (il étudie le nucléaire après Fukushima) le pousse à aider Lino.

Au-delà de ses quelques traits, je ne peux vous dépeindre plus de caractéristiques de ces personnages. C’est sans doute pour cela que la résolution ne m’a pas ébranlée ou surprise outre mesure. Seule la manière de dérouler l’intrigue par Keigo Higashino m’a maintenue en haleine. Je n’ai eu aucun attachement pour ses personnages. 

À travers son récit, le romancier aborde diverses thématiques. L’impact de l’incident de Fukushima sur la vie des étudiants et des personnes qui avaient décidé de suivre la voie du nucléaire ou sur leur famille. Il montre des points de vue intéressants sur les raisons qui poussent certains à s’y investir et qui vont à contre-courant des idéologies simplistes. Sōta voulait éliminer les énergies fossiles en développant le nucléaire qu’il croyait plus sûr. Il a une volonté écologique derrière le choix de son futur. S’il doute au début du roman, il réaffirme son investissement dans le domaine après les révélations en changeant d’optique, d’objectifs.

Naoto et Lino incarnent la facilité et le talent ainsi que l’incompréhension que ceux-ci engendrent. Le premier réussit quasiment tout ce qu’il fait. Il est bon en sport, aux études et en musique. La deuxième est douée en natation. Quelle différence me direz-vous ? La facilité concerne les personnes qui apprennent et intègrent plusieurs domaines avec peu de travail, toutefois, elles n’atteignent jamais la perfection même en se donnant à fond, tandis que le talent est l’excellence après des heures de boulot. La facilité a souvent comme conséquence la peur de décevoir les autres, car on n’y arrive pas aussi bien que ceux qui sont doués.

Enfin, Keigo Higashino évoque la biotechnologie et les mutations des plantes qu’elles soient naturelles ou façonnées par la main de l’homme.

En bref, La fleur de l’illusion est intéressant par la multiplicité des histoires contées au départ et la manière dont l’auteur arrive à les relier entre elles autour d’une plante mystérieuse. Si je n’ai pas deviné les révélations, celles-ci ne m’ont pas estomaquée comme d’autres de ses policiers (le Dévouement du suspect X ou Un café maison par exemple) ont pu le faire par le passé. Sans doute par la minceur de la psychologie des personnages qui sont tous trop dans la retenue et l’unidimensionnalité.

L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le conte des Sept Chants, #4) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le Conte des Sept Chants, #4)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir une fois de plus fait confiance pour lire et chroniquer le tome final de sa saga au double titre. D’abord éditée sous Le Conte des Sept Chants, puis rebaptisé La Dernière Guerre des Dieux suite à une volonté de se rapprocher du type d’histoire, le quatrième opus clôture 14 ans d’écriture, d’élaboration du monde et de personnages. En regardant en arrière, on peut comprendre pourquoi ce récit épique a pris autant de temps tant il est riche et diversifié tout en restant cohérent.

Si vous n’avez pas lu les précédents livres, je vous déconseille de lire ma chronique, car certains éléments seront divulgâchés. Vous êtes prévenus.

Après la lecture d’un résumé bienvenu, nous reprenons l’histoire à l’endroit où elle s’est arrêtée au troisième tome. Edoran, accompagné de ses nouveaux acolytes (Bohr et Xano), retourne sur Gahavia par le portail ouvert par Mork Örn. Ils ont pour mission de sécuriser les lieux pour aménager le quartier général de la sorcière Xinthia Laska. Jouer le rôle du démon Bahran lui coûte de plus en plus cher, endommage profondément son âme. Toutefois, il se doit de s’y coller jusqu’au bout. Surtout quand Saraë débarque pour récupérer le dernier chant.

En parallèle, les autres porteurs du chant se dirigent vers l’Arcoa Calya pour opérer le rituel auprès d’Hermanus tandis que les troupes de l’armée coalisée continuent à défendre le pays des Elfes et à repousser l’ennemi malgré de nombreuses pertes.

Les premiers chapitres défilent et remettent en mémoire les pions sur l’échiquier de cet affrontement final. On retrouve ainsi les différents personnages clés du roman, ce qui permet d’éviter un sentiment de confusion. On sait qui est où, et son but. Les principales scènes sont : le camp de Xinthia, la bataille des Gahaviens et le palais des Elfes. Je viens de les énumérer par ordre de tension dramatique, celle que j’ai ressentie personnellement.

La réunion entre Edoran et Saraë est pour moi celle qui est la plus intense et la mieux travaillée. La reine se laisse capturer pour donner une chance à ses amis Olbur et Thésis de quitter le camp des Evinshorkiens avec le dernier chant. Autant vous dire que j’ai détesté ce moment pour deux raisons. D’un, car pour moi, Saraë renonçait après avoir vu Edoran/Bahran et de deux…. Je ne vous l’exprimerais que de cette manière : on sait pourquoi Olbur était nommé l’Inattendu par l’Unique. En tête à tête avec la sorcière, les deux amants vont combattre leur propre démon. Le métamorphe résiste à l’envie de prendre sa bien-aimée dans ses bras et celle-ci lutte contre la tentation d’user de son pouvoir pour dégommer son ennemie, ce qui la plongerait dans les Ténèbres.  

Pendant ce temps, la bataille fait rage et les nombreuses pertes dans l’armée alliée essoufflent l’espoir. Cependant, les chefs ne fléchissent pas. Contrairement à d’autres romans de fantasy qui décrivent des scènes de combats où épées et haches virevoltent à souhait, Cécile Ama Courtois a choisi de prôner l’intelligence et la bravoure. Les stratégies ingénieuses qu’elle place dans la bouche des êtres considérés comme les plus fragiles prouvent que l’ensemble des peuples de Gahavia sont utiles au combat malgré les apparences. Même les nains surpassent leur fameux amour-propre pour la victoire.

Abordons enfin le rituel de l’Harmonie. Celui-ci m’a un peu déboussolé, car il se déroule sans encombre et assez vite (avant la moitié du roman). Je me suis retrouvée dans le même sentiment que les Evinshorkiens qui y avaient survécu. Que s’est-il passé ? Et que va-t-il advenir ?

La reconstruction. C’est comme cela que l’on peut nommer la deuxième partie de l’histoire qui m’a donné l’impression de lire un long épilogue. Trop long. Si la formule de « prologue » avait bien fonctionné pour le premier tome de la saga, je n’y adhère pas cette fois-ci. L’effet « découverte » n’existe plus et même si j’aime les personnages, je suis le genre de lectrice qui a besoin d’enjeux et de revirements pour avancer. Or, ceux qui sont proposés tel le renoncement de Saraë n’en constituent pas de vrais. Et par vrais, j’entends ceux pour lesquels on doute, on retient notre souffle, on se questionne sur la réussite à le dépasser, à y arriver et à atteindre l’objectif. Je me suis retrouvée à m’accrocher à certains éléments parlant de noirceur avec l’espoir de voir un revirement brutal, comme ceux que l’autrice nous a fait vivre précédemment, mais je me suis vite rendue compte que ça n’arriverait pas, parce qu’elle avait choisi la paix, la puissance de l’Harmonie et l’ouverture d’esprit. C’est sa décision et je la respecte, même si elle ne me convient pas décrite dans autant de pages qui contiennent aussi un bon nombre de récapitulatifs des moments forts de la série. J’avoue que si, cette histoire n’était pas narrée par la plume de Cécile que j’adore, j’aurais sans doute refermé le livre bien avant le point final.

Avec cette écriture fluide et dynamique qui dépeint en profondeur l’âme de ses personnages, elle nous parle de résilience, de rédemption, de transcendance de la différence et du passé. L’Harmonie ayant épargné des membres de la Horde de Mork Örn, les Gahaviens doivent apprendre à connaître ses êtres, à aller au-delà des apparences et à comprendre que la tyrannie emprisonne mentalement certains citoyens et les obligent à exécuter des tâches abjectes par crainte ou par éducation : ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent accéder à des droits et aux valeurs qui dorment au fond de leur cœur. Ils y aspirent sans réellement sans réaliser qu’ils peuvent vivre autrement.

Au bout du récit principal, le tome nous offre des histoires que je nommerai presque des spin-off sous forme de nouvelles. Elles mettent en scène des personnages secondaires : notamment Malcolm et Viane. Je m’attendais à les revoir, mais bien plus tôt que cela. J’ai aimé ces retrouvailles et rencontrer la petite Vaël qui annonce une nouvelle ère.

En bref, L’Harmonie clôture trop vite une série déroutante et riche en émotions. Une sage qui commence tel un faisceau de lumière mangé par les noirceurs les plus abyssales pour ressurgir avec plus d’éclat. L’univers construit par Cécile Ama Courtois mériterait d’être approfondi à la manière de J.R.R. Tolkien, grâce à de nouvelles histoires qui nous permettraient d’arpenter ce monde et peut-être les autres de l’Ambar Neldëa que l’on n’a pas encore pu découvrir.   

Dans ton camp (À défaut d’ailleurs)

  • Titre : Dans ton camp (à défaut d’ailleurs)
  • Auteurs : Émilie Ansciaux, Geoffrey Claustriaux et S.A. William
  • Éditeur : Livr’S Édition
  • Catégories : comédie, fantastique

Quoi de mieux qu’un livre sur les camps de vacances pour sortir du train-train quotidien en pleine saison estivale ? Dans ton camp (à défaut d’ailleurs) fait partie de mes lectures doudou. Il possède l’ensemble des ingrédients pour un bon moment de détente et de rigolade tout en ayant une bonne dose de fantastique : une amitié naissante, une licorne, des situations loufoques, l’emprise d’un démon et un bain de sang.

Ce roman à six mains relate la rencontre de ses auteur.rices lors d’une colo d’été singulière. Au moment de quitter le bateau qui les amène en Corse, d’étranges accidents se produisent.  Bimbo numéro 1 tombe dans les escaliers, la deuxième manque de s’étouffer suite à une réaction allergique et la dernière du trio aura un destin peu enviable par la suite. Grima, la solitaire dessinatrice offre à Sonia, Émilie, Geoffrey et Mattéo, des familiers pour vaincre le démon. Arriveront-ils à se dépasser pour sauver leur peau ?  

L’histoire à l’humour débridé me régale à chaque lecture. On y découvre tour à tour le quatuor par leur propre voix et celle des autres. Sonia s’inquiète des apparences. Elle préfère dissimuler ses passions par crainte des moqueries. Derrière son innocente pureté, elle est calculatrice et choisit ses amis. Au cours de l’aventure, elle devra accepter sa part d’ombre.

L’amour de la lecture et des mignonneries la fera tomber sous le charme d’Émilie. Hargneuse quand on touche à sa Georgette (sa peluche licorne), sa langue acérée et vulgaire de serpent témoigne une sincérité et une franchise que peu de gens possèdent. Avec elle, il n’y a pas de faux semblants. Contrairement à Geoffrey, cet ami taiseux qui en pense plus qu’il ne le dit, mais dont les penchants graveleux seront révélés au grand jour quand son masque de bienséance se craquèlera.

Quant à Mattéo, le beau gosse aux fortes odeurs corporelles du groupe, il préfère les esprits justes à la superficialité.

En bref, si vous avez envie d’humour, de dérision, de personnages qui affrontent leur identité profonde, d’une amitié qui se construit. Ou si vous avez envie de lire les malheurs d’une pauvre licorne nommée Georgette, foncez ! Ce court roman vous fera passer un agréable moment.

Je vais choper mon boss d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

J’ai réussi à sortir de ma panne de lecture. L’envie revenant, j’ai décidé de me lancer dans le service presse qu’A.D. Martel m’a gentiment proposé début juillet. D’un, car c’est une histoire légère et de deux, parce que l’extrait du premier tome de cette série ( Je vais tuer mon boss) m’avait interpellé par sa belgitude, c’est-à-dire : la localisation à Bruxelles et l’humour. Je précise que Je vais choper mon boss n’est pas une réelle suite, mais plus un spin-off qui peut se lire indépendamment. Étant donné qu’il s’agit de romance, il n’y a pas de grands spoils vu qu’on sait que les protagonistes meurent tous à la fin ! C’est le principe même d’une Happy Ending. Bon, j’arrête de dire des âneries à cause de la chaleur, place à Je vais choper mon boss :

Depuis toujours, Alexis Janssens et sa sœur, Christine, s’entendent comme chien et chat. Ils se défient, se disputent, se réconcilient en boucle sur une piste de marathon pour prouver qui est le meilleur. Alors quand celui-ci décide de postuler au job de garde du corps du nouveau PDG d’Electronic Dreams (Sung-Jae Park), c’est en partie pour lui prouver sa force. En partie, car il a complètement craqué sur le Coréen. Après un entretien pour le moins…atypique, il le prendra pour cible. Arrivera-t-il à l’entraîner dans son lit ? Saura-t-il le protéger comme il se doit lorsqu’une situation dangereuse se profile, surtout quand les soupçons portent sur des êtres chers ?

L’autrice nous plonge dans une histoire riche en rires et en détournements. Elle joue sur des clichés et des comportements stéréotypés pour, tout à coup, renverser la situation en l’intégrant dans le contexte, le fil conducteur du chapitre. Ainsi, mes émotions ressemblaient à un yoyo : je souriais là où une seconde auparavant je levai les yeux au ciel. Très vite, je me suis retrouvée incapable de lâcher le roman tant il me faisait du bien.

Élaborer des personnages nuancés, profonds et humains n’est pas une tâche facile dans l’écriture d’un récit. C’est eux qui touchent l’âme des lecteurs et qui les emmènent dans une valse de sentiments et d’aventures qui les marquent, et ce, même si l’histoire porte l’étiquette du déjà-vu. Étant à mon troisième roman d’A.D. Martel cette année, et la première dans une comédie romantique, je salue et j’admire son habileté à créer de tels protagonistes.

Dans Je vais choper mon boss, on découvre un Alexis à la fois cynique et justicier dès les premières pages. Il sauve une mamie indécise de l’impatience d’un gars en costard, pressé d’avoir son café. Plus on avance, plus cette belle image s’effrite . Sous la couche du héros, ancien militaire de carrière, il est imbu de lui-même. Il connaît ses charmes et en joue auprès de la gent féminine pour arriver à ses fins (sans dépasser les limites de la bienséance, bien sûr), il a un côté m’as-tu-vu ? L’apparence et l’image qu’il montre aux autres sont importantes pour lui. Il adore attirer le regard sur son corps, sa beauté, sa force. De plus, le machiavélisme coule dans ses veines. Quand il n’apprécie pas quelqu’un, il recourt à la menace et au harcèlement. Le pauvre David Langlois en fait les frais tout au long du récit alors que c’est un ange sensible qui le défend au lieu de le dénoncer, car la sécurité du patron et de l’entreprise lui tient à cœur.

Si Alexis est détaillé tel un kaléidoscope, Sung-Jae Park est, quant à lui, plus opaque. Il revêt le costume habituel du Big Boss asiatique dont les émotions restent personnelles. Ils dévoilent quelques expressions seulement devant ses amis et un peu plus en face d’Alexis. Cependant, il n’est pas moins douloureux de lire ses interactions à travers le regard de son garde du corps préféré. On ressent le poids que la succession à la tête d’Electronic Dreams, pèse sur ses épaules. Il incarne l’homme qui doit rester droit dans ses bottes, qui ne s’ouvre pas facilement, d’autant plus que chaque parole, chaque attitude, et même, sa vraie identité peuvent avoir des retombées négatives sur des centaines d’employés.

La plume d’A.D. Martel est efficace et témoigne de sa belgitude. L’humour est de la pure dérision de notre pays. Tout est passé sous ce filtre, des immeubles vitrés, aux comportements jusqu’à l’hygiène des tables de pique-nique. Les coups bas entre les personnages (Alexis VS Christine et Alexis VS Bruce) sont juste exquis.

En bref, Je vais choper mon boss est une comédie romantique aux délicieux accents d’humour belge. À travers une histoire drôle et pleine d’émotions, elle secoue les clichés et les préjugés grâce à des personnages authentiques qui ébranlent de manière intelligente et subtile les visions. Même notre protagoniste n’en ressortira pas indemne. Vivement la suite !

Bilan de mi-année (Juillet 2022)

Cette semaine, il n’y aura pas de chronique de livre, car je suis en panne de lecture. Rassurez-vous ma PAL est toujours aussi grande qu’auparavant, surtout que certaines précommandes sont arrivées courant juin. La fatigue, une charge au boulot plutôt intense depuis un mois et la chaleur (je croyais vivre en Belgique et non dans le Sud de la France) m’ont entrainé dans une phase de déconcentration.

Comme l’addiction à la lecture ne se sèvre pas ainsi, j’ai relu une série de manga que j’adore : Library Wars. Bien que j’ai dévoré les 15 tomes assez vite (je les connais et malgré cela, j’ai toujours des difficultés à les lâcher), la sensation d’égarement ne me quittait pas. J’ai ouvert quelques romans, lu les premières pages, tourner en rond devant ma PAL, en vain. Je me suis donc tournée vers ma PAL numérique pour sortir une comédie romantique aux accents de fantasy : Le Cœur de Foudre. J’ai adoré, ça m’a diverti. Cependant, la santé livresque n’était pas de retour. Du coup, j’ai entamé Le grand livre des esprits de Noël de Richard Ely. Actuellement, je suis plongée dans l’écriture d’un roman jeunesse qui se déroule à cette période de l’année. Vous aurez compris que je suis passée en mode documentation. En parallèle, j’ai commencé Tu ne vas pas sortir comme ça ? de Fanny Anseaume acquis lors de l’Op All Stars dernier.

Ce sont des livres que je ne chroniquerais pas. Toutefois, je me suis dit que les évoquer ici, vous permettait de voir les autres types de lectures que j’affectionne. Je ressens un petit regain depuis quelques jours. J’espère ainsi pouvoir me replonger dans un roman bientôt.

Quitte à ne pas écrire un avis, j’ai pensé qu’un bilan serait intéressant. La moitié de l’année est passée et je n’en avais pas fait en janvier. Si vous me suivez depuis le début, vous savez qu’il m’est déjà arrivé de lâcher le blog pendant un ou deux mois pour diverses raisons. Cette année, j’ai ciblé : un article par semaine. Jusqu’ici, le challenge est tenu. Surtout grâce au retard que j’avais accumulé pour certains romans lus en 2021. Encore heureux, mes notes alliées à ma mémoire d’éléphant me permettent de donner mon avis sur une lecture des mois après.

En postant tous les jeudis, j’ai remarqué une stabilité dans les chiffres de fréquentation avec juste une petite chute inexpliquée en mars. Si je compare les vues et les visiteurs avec 2021, j’ai déjà rattrapé le total de l’année passée. Comme quoi, la régularité porte ses fruits et évite de tomber dans les oubliettes les plus poussiéreuses et humides d’Internet. Je tiens à remercier les fidèles lecteur.rices qui sont souvent les premiers à surgir et à aimer mes chroniques : Julien Maero et Light and Smell.

Depuis 1 an, les articles les plus consultés sont :

Archimède et moi de Bénédicte Philippon

L’odyssée de Jason de Julien Maero

L’Apocalypse selon Sandra de Céline Saint-Charle ex aequo avec Le Der des ders de ses amis de Brian B. Merrant

Comme vous le savez, le bog s’appelle Une loupiote dans la nuit, car je désire mettre en avant ceux/celles qu’on qualifie de petit.es auteur.rices ou ME, pourtant je m’écarte parfois de la ligne en commentant des romans plus connus. Regardons ce qui ressort :

  • 27 articles écrits.
  • 6 romans parus chez Livr’S Édition (on ne s’en doutait pas, n’est-ce pas)
  • 5 autoéditions
  • 4 romans issus de 4 ME dont je n’avais encore lu aucun livre (Nutty Sheep, Séma éditions, Rageot et Scrinéo)
  • 16 autrices contre 9 auteurs
  • 8 grosses pointures seulement.

Un bilan plutôt positif pour cette moitié de l’année.

Restez au frais et prenez soin de vous !