Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2) de Christelle Dabos

  • Titre : Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : Jeunesse, Fantasy

Gardez vos petites mains de liseurs/liseuses hors de portée de cet article si vous ne voulez pas être spoilé(e)s car j’aborde des éléments qui se sont produits dans le premier opus. 

Ma chronique du tome deux de La passe-miroir est basée sur une relecture. Ce livre est divisé en deux parties : La conteuse et La liseuse. Des interludes nommés Bribe dévoilent un morceau du passé des Esprits de famille.

Ophélie fait son entrée officielle à la cour. Déterminée à garder un minimum d’indépendance, elle obtient malgré elle le titre de vice-conteuse et doit distraire Farouk en lui racontant des histoires chaque soir ce qui lui attire les foudres du gratin de la Citacielle et l’exaspération de Thorn qui voit d’un mauvais œil l’intérêt que le seigneur lui porte. Toutefois, le pire l’attend encore. Elle reçoit une lettre de menace émanant de Dieu qu’elle ne peut pas lire. De mystérieuses disparitions au Clairdelune, lieu pourtant réputé pour sa haute sécurité, vont ébranler sa vie.

Ce second bouquin enrichit le portrait des arches et l’intrigue principale. Les notions évoquées dans le précédent, sont détaillées tels l’histoire des clans et des déchus, la Mère Hildegarde et le fonctionnement de ses sabliers. Inlassablement, l’autrice joue avec nous en montrant que son imagination n’a pas de limite. On croit connaitre un décor par cœur qu’elle ajoute des touches supplémentaires ci et là. Elle nous entraîne en dehors des murs de la Citacielle, à la confluence de l’océan du Pôle et de l’abîme qui fait office de frontière depuis la Déchirure.

Des projecteurs illuminent des pans du mystère. Ainsi, on en apprend plus sur le monde et l’effondrement qui le guette. A travers le thème de la censure et de la manipulation d’information, les véritables raisons qui ont poussé les Doyennes à se débarrasser d’Ophélie avec ce mariage, apparaissent au grand jour. Plus les énigmes sont résolues, plus de nouvelles interrogations surgissent, faisant tourner inlassablement les pages.

A côté de ces sujets, le féminisme brille par plusieurs personnages secondaires comme Cunégonde, la sœur du ministre des Elégances, qui regrette que les femmes n’aient pas voix au chapitre et que leurs capacités soient considérées comme inférieures à celles de leurs homologues masculins.

« Melchior a toujours eu droit aux feux de la rampe quand on me condamne, moi, à rester une artiste de l’ombre. Et savez-vous pourquoi, ma colombe ? Parce que ces messieurs pensent qu’eux seuls sont capables de faire tourner la machine, ici-haut […] Pourquoi devrions-nous être rivales pour de ridicules histoires de clans ? Nous sommes des femmes avant tout. Des femmes à l’esprit d’entreprises, qui plus est ! »

De nombreux nouveaux acteurs font leur apparition : les Valkyries, l’arche-trotteur Lazarus, la Rapporteuse, etc.  Ils sont dépeints avec soin et profondeur au même titre que les protagonistes principaux qui gagnent en épaisseur et en nuance. Thorn est bien plus attentionné qu’il n’y parait. Cet homme à l’allure d’ours polaire est terriblement gauche dans les relations humaines. Pourtant, il fait tout son possible pour ne pas se faire détester par Ophélie même si ses manières sont maladroites et incomprises par la famille de cette dernière. Quant à notre passe-miroir, le cours des événements lui provoque une crise identitaire qu’elle doit surmonter en osant se regarder en face. Ce petit bout de femme fait preuve d’un grand courage et d’une force insoupçonnée de son entourage.

En bref, Les disparus du Clairdelune ajoute des pièces au puzzle mystérieux de ce monde éclaté. Un passé que certaines personnes préféreraient voir rester enfoui. L’imagination de Christelle Dabos est infatigable et déroutante. Elle construit son intrigue en équilibrant révélations et nouvelles énigmes avec une plume de maitre.  

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain

  • Titre : Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour
  • Auteur : Jean-Pierre Levain
  • Éditeur : Lbs Select
  • Catégorie : policier

Je remercie chaleureusement Jean-Pierre Levain de m’avoir offert la possibilité de découvrir son titre Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour via SimPlement.pro. Son roman a attiré mon attention par son résumé qui véhicule des concepts liés au féminisme.

Eva Karsanti survit miraculeusement à une tentative d’assassinat chez elle qui se déroule en l’absence de son mari et de sa fille partis voir un film d’horreur au cinéma. Plongée dans le coma, Fred, un amant de jeunesse, va mener l’enquête avec sa coéquipière Gaëlle en charge de l’affaire. Voir celle qu’il a lâchement quittée dans cet état, fait remonter des sentiments qu’il pensait disparus. Ceux-ci vont le guider et l’aider à démêler les fils de cette histoire compliquée par le manque criant d’indices sur les lieux du crime.

Mon avis sur cette enquête policière saupoudrée de romance est mitigé. Ce livre possède de nombreux points forts mais l’investigation reste classique. Il est semblable à de nombreuses séries policières françaises. Là où l’auteur se démarque c’est sur son côté pointu et minutieux à différents niveaux. On sent qu’il a fait de nombreuses recherches sur les procédures policières, les revolvers (composition, histoire et type) et les diagnostics médicaux. C’est sans doute l’un des polars mettant le plus en avant la rigidité du système d’enquête que j’ai pu lire jusqu’à présent. Cela est à double tranchant. Car si le côté technique est impressionnant, les situations d’échange et de réunion m’ont laissée de marbre par leur objectivité professionnelle.

Le bouquin alterne des moments d’émotion et de neutralité comme un électrocardiogramme des courbes de pic et de chute. Il commence avec panache avec l’attaque d’Eva Karsanti et continue avec la première réunion de l’équipe d’enquête qui présente les personnages et qui expose les faits avec une neutralité qui sied au moment et au cadre mais devant laquelle je me suis ennuyée. Ce schéma se répète et entraine une mise en place du contexte un peu longue.

Les personnages principaux sont bien construits. Fred est quelqu’un de droit, ponctuel et minutieux dans son travail. Célibataire et proche de la retraite, sa coque d’homme endurci commence à se fissurer devant l’inéluctable vie post-carrière dans la solitude de son appartement au milieu de ses disques de jazz et de ses bouteilles de Whisky. C’est la représentation d’un adulte qui est devenu mature et tolérant avec l’âge. Il est prévenant et j’ai particulièrement craqué quand il prend ses précautions pour ne pas déranger Eva qui est dans le coma. C’est mon moment préféré. Cette petite phrase qui le rend adorable.

« Il se connaissait suffisamment pour savoir qu’il avait tendance à ronfler surtout quand il était mal installé et il ne voulait pas la déranger ».

Gaëlle adore enquêter sur les crimes et la vie privée ou passée de son collègue. Même si elle sait qu’elle pousse souvent le bouchon trop loin, elle est une partenaire de confiance. A côté de ce duo de choc, les personnages qui composent leur équipe sont un peu caricaturés de prime abord. On a par exemple le beau gosse macho qui ne cesse de raconter ses multiples aventures, la geek pour la spécialité en informatique ou encore le stagiaire volontaire. Certains d’entre eux prennent pourtant de la profondeur malgré leur étiquette de déjà-vu par leur situation, leur vie et leurs craintes. Les autres acteurs (excepté Eva) manquent un peu de relief. Surtout la fille de la victime qui est l’incarnation de la haine mais dont la colère n’est pas expliquée.

J’en arrive au point qui m’a le plus accroché. Le roman exploite différentes facettes du féminisme. Tout d’abord, par Eva Karsanti qui symbolise les victoires des femmes aux cours du XXe siècle et du XXIe siècle. Possédant un don et un nez infaillible pour les affaires, cette entrepreneuse a réussi dans la vie professionnelle au point qu’elle rapporte plus de revenus que son mari, professeur à l’université. Elle est entreprenante en amour et elle défend des causes qui font polémique encore aujourd’hui comme l’avortement. Jean-Pierre Levain englobe toutes les raisons invoquées : le viol, la maladie du fœtus, l’inceste mais aussi, et c’est le plus important, le droit des femmes de disposer de son corps et de son utérus. Par son site de rencontre Voulez-vous, Eva touche à un tabou de la société : l’émancipation sexuelle des femmes de plus de 40-50 ans. Qu’une femme prenne du plaisir quand elle est considérée comme vieille ou périmée (ménopause) arrondit les yeux de dégoût de plus d’une personne actuellement. L’auteur évoque également la tortueuse histoire de la langue française qui a évincé de son vocabulaire autrice pendant des décennies. Enfin, il s’amuse à casser et dénoncer les stéréotypes tels qu’un policier qui boit du thé est une femmelette et les femmes mettent une éternité pour s’apprêter quand elles sortent. Comme il le dit si bien à propos de Gaëlle :

« […] elle était prête en moins de dix minutes chrono, démentant au passage ces pseudo-enquêtes scientifiques selon lesquelles les femmes mettraient en moyenne soixante-cinq minutes pour se préparer avant une sortie. De quelles femmes parlait-on dans ces enquêtes ? Sûrement pas des mères avec enfants qui travaillaient à temps plein ! » 

La richesse des idées de cette histoire ne s’arrête pas là car l’écrivain insère d’autres causes actuelles comme le régime végan. Il montre la folie dont des humains font preuve pour défendre leurs idéologies. Il invoque des théories psychologiques pour étayer les méthodes de ses enquêteurs comme la communication de l’école de Palo Alto.

La plume de Jean-Pierre Levain est d’une simplicité déconcertante. Pas dans un sens négatif car la pureté de ses mots et de ses expressions est déroutante. Ils frappent en plein cœur grâce aux émotions sans filtre qu’il partage avec le lecteur. Ici pas de fioritures inutiles. Les personnages font face à leurs sentiments et ceux des autres comme devant un miroir. De temps à autres, il y a des petits traits humoristiques principalement joués par le beau gosse avec ses blagues salaces. De nombreuses références cinématographiques sont évoquées. Enfin, l’auteur emploie un certain langage maîtrisé pour expliquer des sujets complexes liés notamment à l’informatique en plus de ceux que j’ai mentionnés plus haut. 

En bref, Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour est polar avec une pointe de romance qui aborde des problématiques primordiales et actuelles. Plus qu’une simple histoire, c’est un plaidoyer pour l’émancipation des femmes qui souhaitent marcher côte à côte avec leurs homologues masculins et faire valoir leurs droits. Une lecture en demi-teinte mais qui me restera en tête par ses thématiques.

Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1) d’Yvan Premier

  • Titre : Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1)
  • Auteur : Yvan Premier
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : jeunesse, fantastique, mystère

Quand j’ai reçu la proposition de chroniquer le premier tome des aventures d’Angela qui promettait la rencontre entre Harry Potter et le Da Vinci Code, ma curiosité a été piquée. Un monde empli d’énigmes et de magie ? Comment résister longtemps? Je remercie chaleureusement Yvan Premier de m’avoir confié son livre en échange d’une critique honnête via SimPlement.pro. A noter qu’une partie de l’argent récolté à l’achat du livre est reversée à Break Poverty pour les enfants.

Hollygrove est un orphelinat situé à Los Angeles qui accueille ceux qui ont perdu leur famille, ceux qui ont été abandonnés et ceux dont les parents ne peuvent pas s’occuper d’eux en raison de problèmes divers. Il s’agit aussi de la maison d’Angela dont la mère et le père, anciens professeurs d’Hollygrove, sont décédés dans un accident de voiture un an auparavant. Malgré sa tristesse, elle vit avec le sourire aux lèvres en compagnie de son meilleur ami Gabriel et de son chat Azraël qui ronronne pour la réconforter. Le premier jour d’école, un nouveau venu, Luc, rejoint l’orphelinat. De prime abord hautain, notre héroïne ne l’apprécie pas beaucoup. Pourtant, elle va devoir compter sur son aide lorsqu’un matin elle reçoit une lettre énigmatique de ses parents. Une incroyable aventure et de nombreuses surprises attendent nos trois camarades.

Genesis nous emmène dans une histoire basée sur la mythologie des anges. Le roman est structuré en longs chapitres qui commencent par un extrait de la genèse du monde terrestre et céleste inventée par l’auteur qui la révèle à la manière biblique. Des sous-chapitres la suivent et sont centrés uniquement sur les orphelins que l’on suit durant une année scolaire.

Tout au long du récit, Angy, Gaby et Luc vont devoir résoudre des énigmes. En cela, le bouquin a un côté ludique et pédagogique car le romancier utilise les professeurs pour expliquer de manière claire et exemplifiée les jeux de mots tels les anagrammes ou les palindromes, et la cryptologie qui vont leur servir plus tard. De plus, chaque mystère est accompagné de son illustration. Ainsi, le lecteur peut réfléchir et tenter de résoudre le puzzle avec les enfants. Outre ces définitions, Yvan Premier intègre une partie de l’histoire de Los Angeles et une anecdote sur une actrice célèbre (je vous laisse découvrir son nom pendant votre lecture). J’apprécie beaucoup lorsque les écrivains se basent sur des éléments historiques ou issus de la réalité pour construire une histoire magique et fantastique. Cela permet d’apprendre des choses intéressantes différemment en facilitant leur mémorisation, surtout quand une émotion est associée à l’épisode en question. Enfin, l’auteur a recours à l’anglais qu’il traduit au fur et à mesure.

La musique a une place prépondérante dans le roman. Pour citer Hélène Ségara dans Vivo per lei : « Quand notre cœur se fait trop lourd. Elle est la seule à pouvoir nous porter secours ». Elle a ce pouvoir d’apaiser, d’encourager, d’accompagner nos sentiments. Elle entre en résonance avec notre âme par sa mélodie. Ici, ce sont les paroles qui soulagent et qui guident nos trois comparses. Si bien qu’Angela et Luc ont l’impression que leurs proches disparus leur envoient des messages depuis l’au-delà pour affronter les épreuves. Étant musicienne, cette implication de la musique me parle énormément même si certains lignes peuvent paraître assez banales. Les noms des interprètes et les titres des chansons sont cités à chaque fois. Toutefois, la plupart sont modifiés, tout en étant reconnaissables, pour un souci de copyright. Le romancier est tellement pointilleux et respectueux des droits d’auteur qu’il reprend les références à la fin du livre. Il a été jusqu’à créer carrément une playlist disponible sur Spotify.

Si l’univers est bien édifié et ficelé, il n’est pas sans rappeler la trame des livres d’Harry Potter (auxquels l’écrivain fait un clin d’œil dans son récit) par différents aspects comme sa durée (un an scolaire), des épisodes similaires (Halloween) ainsi que la situation de l’héroïne (orpheline). A plusieurs reprises, j’ai ressenti l’influence du plus célèbre des sorciers de ce début de siècle. Je tiens bien à souligner que mes propos ne signifient aucunement qu’il s’agit d’une copie. Que les choses soient claires, mon sentiment est de la nostalgie qui fait fleurir un sourire sur mes lèvres en me rappelant l’impact de cette histoire avec laquelle j’ai grandi. Si certains éléments de base sont analogues, le monde d’Angela et le chiffres des anges développe une histoire distincte et originale avec ses propres révélations et rebondissements. Si ce livre peut offrir à des enfants le même engouement et la même fébrilité que j’ai connus à l’époque, j’en serai ravie. Car c’est une expérience qui marque pour la vie.  

Les personnages principaux sont touchants. Angela a un fort caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds, Gabriel a une imagination débordante et ses réactions enfantines m’ont fait sourire, et Luc est intelligent et sensible. Tous les trois sont débrouillards et possèdent un esprit de réflexion complémentaire. A noter que leur intelligence ne semble pas démesurée pour leur âge. La résolution des énigmes ne se fait pas en un claquement doigt. Elle prend souvent plusieurs jours, semaines, voire mois. Par moment, la réponse leur vient grâce à une source extérieure. Le seul élément relatif aux personnalités qui m’a fait froncer les sourcils concerne leur langage. Certaines expressions qu’ils utilisent me semblent étonnantes dans la bouche d’un enfant car c’est le genre de phrases types plutôt prononcées par des adultes envers des gamins qu’entre enfants.

Quelques passages m’ont paru invraisemblables. Lors de l’incendie, les orphelins repeignent la chambre d’où est parti le foyer quelques jours après l’incident. Ayant connu un tel événement, je peux affirmer que le délai est bien trop court. Surtout quand celui-ci est si intense que les pompiers ont dû mal à entrer dans le bâtiment. La fumée est une réelle crasse qui s’incruste et dont l’odeur persiste même après le nettoyage par des professionnels. Donc repeindre après à peine deux jours est bien trop rapide. Il faut plus de temps pour aérer. Ensuite, j’ai trouvé que les enfants avaient une trop grande facilité pour obtenir des informations de la part du policier et du chef des pompiers. Même si les affaires les concernent, je doute qu’ils se confieraient sans retenue à des gamins de 10 ans. A moins, qu’il y ait un soupçon de magie derrière pour délier leur langue ? En toute honnêteté, je sais que je suis fortement tatillonne en soulevant ces détails car le public cible ne s’en rendra pas compte mais je tenais à les évoquer car ils ont interpelé l’adulte que je suis au cours de ma lecture. 

Malgré ces points, l’histoire m’a beaucoup plu, notamment grâce à l’aisance avec laquelle Yvan Premier fait monter le suspense et dévoile la réalité à laquelle le trio va être confronté. Sa plume est fluide et il arrive à faire ressortir la vision innocente des enfants. Par exemple, par les réponses extravagantes qu’ils donnent aux cours et qui dénotent bien de leur imagination qui n’a pas encore été bridée et de leur esprit qui n’a pas encore été formaté. Seule l’introduction du Livre des anges du père d’Angy déploie des réflexions qui me semblent compliquées à comprendre pour les jeunes lecteurs. 

En bref, Genesis est une belle découverte dans le monde de la littérature jeunesse. Le premier tome d’Angela et le chiffres des anges mêle brillamment magie angélique, énigme et amitié. J’ai hâte de me plonger dans la suite de cette série après cette fin qui cache sans doute encore bien des mystères. 

A l’encre rouge de Marie Colot

  • Titre : A l’encre rouge
  • Autrice : Marie Colot
  • Éditeur : Alice Éditions
  • Catégories : jeunesse, mystère

J’ai découvert A l’encre rouge lors de la première édition de la chasse aux livres à la Citadelle de Namur en 2018. S’il faisait partie de mes cibles, après avoir lu au préalable la liste et les résumés des pépites à trouver, ce n’est pas celui-là qui est tombé dans mes filets. Je me le suis procuré par la suite. Car c’est aussi ça le plaisir de cet évènement : découvrir des écrivains wallons qui n’ont que peu de place dans les rayons des librairies.

Marie Colot a écrit ce court roman jeunesse grâce à La bataille des livres. Il ne s’agit pas d’un concours mais d’une initiative, d’abord Suisse puis internationale, qui a pour objectif de promouvoir la lecture auprès des 8-12 ans. Les écoles sont invitées à proposer des activités liées à la lecture ou l’écriture et à faire des échanges culturels. Pour A l’encre rouge, l’autrice a travaillé avec des classes belges, suisses et sénégalaises pour co-construire cette histoire à suspense mettant en scène un garçon de 11 ans. Elle explique sa démarche et comment elle a fusionné les idées des élèves européens et africains en un seul récit à la fin du livre.

Elias Legrand vit avec sa grand-mère à la mer du Nord pendant que son père navigue sur les flots. Il rentre de l’école, content d’avoir enfin une semaine de congé. Enfin, ça c’est ce qu’il espérait. Estomaqué, il trouve une lettre de menace dans sa chambre. Si seulement, il n’avait pas assouvi sa curiosité en poussant la porte de la villa abandonnée à la recherche de son chien et en prenant le vieux journal ouvert sur une table, ce mot ne serait pas là. Le fameux carnet en question relate les mémoires de Fulbert, un marin ayant vécu en 1971, et il détient les clés d’un sombre secret qui va chambouler Elias.

Ce roman est articulé en trois parties qui sont alternées comme si on avait trois mains qui racontent l’histoire. Le narrateur principal est Elias, la seconde voix est le mystérieux auteur des lettres anonymes qui s’exprime en listes et la troisième dévoile des morceaux du journal de bord. Cette structure est efficace pour construire le suspense et dévoiler petit à petit les dessous de l’intrigue dont la fin est prévisible (du moins pour l’adulte que je suis).  

Les personnages sont plutôt simples et réalistes. Elias est un petit garçon qui ronchonne intérieurement mais qui est gentil et timide dans le fond. Il aime un peu trop le chocolat. Il affronte cette aventure malgré ses peurs avec une certaine perspicacité. Enfin, il le fait aussi surtout pour épater la belle Sam Rupte qui habite à quelques rues de là et qui l’accompagne pour résoudre l’affaire. Sa curiosité et sa détermination le pousse vers la vérité que Fulbert voulait cacher. Ce marin irascible et endetté qui ne cesse de ressasser et fomenter sa vengeance, et qui utilise toutes les injures marines possibles et inimaginables (un peu à la Capitaine Haddock) pour désigner son matelot ou ceux restés sur le plancher des vaches.

L’atmosphère de la côte belge imprègne le roman : les nuages, la pluie, l’odeur de l’iode, le chant des mouettes, etc. L’autrice a réussi à rendre vie à ce paysage dans ses lignes. L’art local fait également son apparition par l’intermédiaire d’une peinture de Constant Permeke.

La plume de Marie Colot est légère et elle tourne les phrases avec humour si bien que notre petit râleur n’est jamais exaspérant et les situations qu’il rencontre parfois m’ont arraché un sourire par leur nature candide et innocente. Elle adapte facilement le ton au caractère du personnage à qui elle donne la parole.

En bref, A l’encre rouge met en scène une enquête palpitante qui relie le passé et le présent dans une belle histoire teintée de comédie avec un protagoniste principal touchant.

La Malédiction d’Ange Beuque

  • Titre : La Malédiction
  • Auteur : Ange Beuque
  • Éditeur : Readiktion
  • Catégories : aventure, mystère, fantastique

Suite à la parution de ma chronique sur L’école du futur, j’ai eu l’agréable surprise d’être contactée par l’un des auteurs qui m’a proposé de découvrir son roman interactif via l’application Readiktion. Ayant adoré la nouvelle d’Ange Beuque, j’ai sauté sur l’occasion, bien que lire sur un écran de smartphone, tablette ou ordinateur n’est pas de tout repos pour mes yeux déjà trop fixés sur la fenêtre illuminée au bureau. Je remercie chaleureusement l’auteur pour m’avoir offert son ouvrage en échange d’une chronique honnête.

C’est en attendant le début de l’enregistrement d’une émission radiophonique humoristique belge (1h d’attente pour avoir des places au premier rang mais ça en valait la peine) que j’ai enfin dégainé mon portable pour passer le temps en commençant La Malédiction.

Le premier chapitre s’ouvre sur le laïus d’un héros de roman à la retraite qui prend la fonction d’errant (il peut voyager d’un livre à l’autre et y rester durant 30 paragraphes) afin de sauver le monde livresque. Une malédiction frappe les protagonistes principaux des histoires. Au 21eme chapitre, ils meurent automatiquement et la narration est alors suspendue. Qui a lancé ce mauvais sort ? Comment l’arrêter ? Notre héros a 21 épisodes pour répondre à ces questions et sauver l’humanité fictionnelle.

L’aventure de La Malédiction fut une expérience délicieuse et enrichissante. L’écrivain joue habilement avec le monde livresque. Je connais de nombreux films et livres mettant en scène des personnes qui sont happées dans un roman ou un jeu vidéo. Toutefois, Ange Beuque se démarque de ceux-ci qui se concentrent généralement sur l’intégration de l’étranger dans l’intrigue en tant que héros principal. Si notre errant doit protéger l’univers fictionnel en entier, ici, l’originalité repose sur l’utilisation en long et en large de ce qui forme intrinsèquement et extérieurement un bouquin. Tout y passe. De l’histoire aux données externes comme l’ISBN, les statuts, les mentions légales, les notes de bas de page, le sommaire, mais aussi la structure, les genres, les fonctions et le poids de l’auteur, de l’éditeur et du lecteur, etc…Il exploite en profondeur les aspects qui font et qui englobent les livres si bien que des réalités et des impressions qui font souvent débats, sont mises en avant.

Si un certain sérieux transparait dans les lignes, l’enrobage est loin d’être pompeux. La plume de l’écrivain est un vrai régal pour les amoureux de la langue française et des figures de style. Les tournures et les jeux de mots ajoutent une touche humoristique et cynique voire satirique à la situation dramatique du héros qui doit sauver ses fesses et celles de la fiction. Ange Beuque est incontestablement un magicien des mots. Il distille un vocabulaire soutenu en usant de jeux de mots ou en détournant les expressions. Certains dialogues n’ont parfois ni queue ni tête. Ils sont excentriques voire absurdes tout en étant terriblement drôle. J’ai simplement adoré le côté rocambolesque et cocasse du passage de l’assureuse par exemple.

Si les techniques d’écriture sont multiples, les genres le sont tout autant : polar, western, science-fiction, fantasy, contes revisités,…et également les classiques qui sont présents sous forme de référence, de clin d’œil ou en épisode entier.

En plus, d’être un marionnettiste jouant avec sa création, l’auteur s’amuse aussi avec son lecteur. Le principe de l’application Readiktion repose sur le choix de ce dernier mais celui-ci est-il réellement le maître de la partie ? Qui manipule vraiment qui ? Qui est le maître du jeu ? Le lecteur ? L’auteur ? Ou bien les deux se font-il berner par l’intrigue elle-même et les protagonistes ? Après tout, on évoque souvent la vie fictionnelle qui évolue d’elle-même sous les doigts ou le stylo de celui qui la couche sur le papier (ou sur l’écran). Bien entendu, cette question n’a pas de réponse ou du moins, elle ne possède pas une unique vérité selon moi car la fiction est une terre riche et mystérieuse que l’homme n’a pas fini d’explorer et qui n’a de limite que l’imagination humaine.

Si la liberté d’action du lecteur est en partie illusoire, Ange Beuque n’hésite pas à l’utiliser dans son histoire. Nous voilà interpelé ou fustigé par notre errant nommant notre pseudonyme qui reste malheureusement masculin quand on est une fille. Cela relève de l’aspect technique de l’écriture textuelle qui n’est pas régie par un code informatique qui changerait le il en elle selon le profil du joueur. Sincèrement, ce n’est qu’un détail bien compréhensible et qui n’a que peu de poids sur ma balance du plaisir qui a jugé cette expérience merveilleuse et pleine de surprises.

Toujours intriguée par le fonctionnement des choses et ce qui se passe en coulisse, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la structure arborescente du roman interactif. Ainsi, j’ai exploré plusieurs scénarios-choix. Primo, parce que ma première aventure s’est terminée en 12 épisodes. Oui c’est possible et je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le coup de théâtre. Secundo, car j’aime tellement la plume de l’auteur et son côté manipulateur que mon appétit n’était pas satisfait après le premier round. J’étais insatiable. A ce jour, il me reste 3 chapitres sur les 56 disponibles à trouver pour compléter le jeu…euh le livre. J’ai vraiment été happée par cet univers que l’on peut explorer encore et encore sans se lasser et en changeant ses choix. Ce qui me plait beaucoup car, par moment, je suis indécise devant les possibilités qui ont l’air toutes plus savoureuses les unes que les autres. L’exploration en profondeur des divers scénarios m’a permis d’assouvir ma curiosité et d’appréhender un minimum ce labyrinthe livresque.

Enfin, abordons le point personnages.  Notre héros est un détective de formation et d’expérience. Fort de son palmarès, il a pris la grosse tête. Il est hautain, vaniteux, imbu de lui-même et arrogant. Il vise avant tout le résultat peu importe les dommages collatéraux. Toutefois, son caractère va évoluer au fil des paragraphes au contact de son adorable partenaire. Sid s’incruste aux côtés de notre errant comme assistant. Il a un cœur en or et est loin d’être aussi bête que le jugement de son patron le laisse penser. Sa gentillesse le pousse à aider autrui et il possède une certaine capacité d’observation qui va les sortir de l’impasse plus d’une fois et faire avancer l’enquête.  Il a ce pouvoir de susciter au lecteur l’envie d’en savoir plus sur ceux qui secondent le héros de l’histoire.

En bref, La Malédiction est une épopée mêlant enquête et aventure mais qui possède une richesse dépassant ces seules catégories. Ce roman interactif est bien plus qu’une simple expérience ou qu’un livre-jeu. C’est une véritable plongée dans l’esprit extravagant et humoristique de son auteur qui joue avec sa création et son lecteur comme si nous étions attablés autour d’un échiquier.  

Pour vous plongez sans plus attendre dedans, c’est par ici : https://www.readiktion.com/la-malediction/

Friend Request by Laura Marshall

  • Title: Friend Request
  • Novelist: Laura Marshall
  • Publisher: Sphere Edition
  • Categories: Thriller, Mystery

Friend Request puts us on the dangerousness of Facebook. Louise Williams created her own interior design firm. She works at home and raises her 4-year-old son, Henry, alone since she divorced. One day, she received a friend request from Maria Weston who died in 1989. She is invited to attend the School Reunion Class of 1989. Louise wonders who is hiding behind that Facebook’s profile. Could Maria be still alive? The sea never gave back her body after all. Will Louise face the weight of the past that haunts her every day?

This thriller takes off at top speed with the reception and the acceptation of the Friend Request. Nevertheless, the rhythm slows down during the next chapters. Disturbing events happen but we know that the Reunion’ll be the most important moment of the story. The moment when something dark’ll occur. After that, the heroine will be more stressed and frightened. After the episode, I didn’t want to put the book aside. The end made me shivering because of the horror of the revelations.   

The book approaches a lot of concepts. The bullying at school. The desire to sacrifice everything to be a part of the group of popular teens. The power that makes some people feel not responsible of their acts. The effects of our school life on our future. The dangers of Facebook and the voyeurism. The children’s place in his mother’s life.  

Henry is the center of Louise’s universe. She doesn’t see her own force even though she is a single mother and a boss. She doesn’t feel confident and she is puffed up with the perfect idea of the family. In the novel, she draws on her energy and her hidden strength to prevent herself from succumbing to the urges she feels for her ex-husband. I like her evolution, her willpower and her bravery. 

The alternation between 1989 and 2016 immerses us in two eras that are different and have similar points at the same time. We learn Louise’s past and the link between that past and the present appears progressively until the final revelations. The writing of the novelist is simple and fluid.

In short, Friend Request is a novel blending a raw reality and morality. Laura Marshall used the vices of Facebook to offer us a thrilling story in which human horror is shown. 

Friend Request de Laura Marshall

  • Titre : Friend Request
  • Autrice : Laura Marshall
  • Éditeur : Sphere edition
  • Catégories : Thriller, policier

Friend Request nous embarque dans les dangerosités qu’engendre le réseau social Facebook. Louise Williams a développé sa propre entreprise d’architecture d’intérieur. Elle travaille à domicile et s’occupe seule de son petit garçon de 4 ans, Henry, depuis son divorce. Un jour, elle reçoit une demande d’ami de Maria Weston qui est morte en 1989 et qui l’invite à une réunion d’anciens élèves. Louise s’interroge sur l’identité de la personne qui se cache derrière ce nom. Serait-il possible qu’elle soit en vie ? La mer n’a jamais rendu son corps après tout. Aura-t-elle le courage d’affronter le poids du passé qui la hante ?

Ce thriller démarre sur les chapeaux de roue avec la réception et l’acceptation de la demande d’ami. Toutefois, le déroulement des chapitres qui suivent sont moins palpitants. Des évènements inquiétants se produisent mais on sent bien que c’est lors de la réunion qu’il va seulement se passer un élément clé de l’intrigue qui va bousculer encore plus l’héroïne et qui va augmenter son stress et son inquiétude. A partir de là, j’ai eu du mal à lâcher le bouquin. La fin m’a fait frissonner par l’horreur des révélations.

Les thèmes abordés dans ce livre sont multiples. Les brimades à l’école dues à la division entre les élèves populaires et les autres. L’envie de tout sacrifier pour entre dans la sphère des personnes populaires. La domination et le pouvoir qui donnent l’impression à d’autres de ne pas être coupables de leurs actes. L’impact de son adolescence sur son avenir. Les dangers de Facebook et le voyeurisme. Et l’importance de l’enfant pour une mère.

Louise place Henry au centre de son univers. Elle a du mal à voir la force qu’elle représente en tant que mère célibataire et chef d’entreprise. Elle manque de confiance et elle est imprégnée par l’image idéale de la famille. Au cours du roman, elle puise dans son énergie et sa force cachée pour ne pas laisser ses pulsions pour son ex-mari gagner. J’ai particulièrement apprécié son évolution, sa volonté et sa bravoure.

L’alternance entre 1989 et 2016 nous plonge dans deux époques où tout est différent tout en ayant des points communs. Cette technique permet d’entrer dans le passé de Louise et de relier peu à peu le passé et le présent jusqu’aux révélations finales. Le style de l’autrice est simple et fluide.

En bref, Friend Request est un roman mêlant réalité brute et moralité. Laura Marshall se sert des vices de Facebook pour nous offrir une histoire où la tension règne et dans laquelle l’horreur humaine s’expose.

Une nuit dans le passé de ma mère de Dimitri Doye

  • Titre : Une nuit dans le passé de ma mère
  • Auteur : Dimitri Doye
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : drame, mystère

Les livres qui racontent la vie de gens comme vous et moi avec leurs bonheurs et leurs malheurs est un genre qui passe ou casse. Le style d’écriture et la manière de faire passer les sentiments des personnages ainsi que les thèmes abordés sont très importants pour que je m’y arrête et que j’apprécie leur histoire. J’ai accepté de chroniquer Une nuit dans le passé de ma mère de Dimitri Doye parce que l’idée sous-jacente de son roman a titillé ma curiosité : L’importance que doit avoir le passé dans la vie actuelle et son impact sur le futur. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir confié, via SimPlement.pro, son premier bébé qui semble, d’après la postface, avoir mis des décennies de gestation. 

Mélissa stationne sa voiture dans une rue d’un petit village belge. Elle fixe la maison qui lui a fait parcourir trois heures de route pour trouver des réponses. Il y a quatre mois, sa mère a mis fin à ses jours en laissant une lettre incompréhensible. En faisant des recherches pour comprendre son acte et faire son deuil, sa fille découvre une photo qui l’a amenée ici. Vers un homme du passé qui détient les réponses. La première étape, le convaincre de lui dévoiler une histoire manifestement douloureuse, n’est pas si facile que ça. Une fois la porte des secrets ouverte, on ne peut plus la refermer peu importe ce que l’on y découvre.

Dimitri Doye nous entraîne dans un récit de rédemption, de délivrance et de construction d’identité. En revenant vingt ans en arrière, Sébastien va affronter les cauchemars qui le hantent depuis la tragédie qui a touché sa dernière année d’humanités (1995-1996). Mélissa va apprendre ce que sa mère lui a toujours caché et sa manière de voir la vie et autrui va évoluer.

Si le départ du livre semble un peu long, j’ai très vite été happée par le récit et la narration éloquente de l’auteur au point d’avoir du mal à le lâcher. Pourtant, les évènements qui sont racontés ne sont pas extraordinaires, juste dramatiques lorsqu’ils arrivent dans notre vie. Ce sont des faits divers, traités généralement sommairement dans les journaux, que les personnes extérieures lisent, compatissent et oublient trois minutes après avoir laissé l’article sur la table ou éteint la télé. Le roman aurait pu être court. L’instant résumé en cinq minutes et Mélissa repartie en un rien de temps. Le choix de Sébastien de décrire en profondeur l’année scolaire au lieu de synthétiser les élèves à un seul événement tragique de leur vie est une sorte d’hommage et un pied de nez aux journaux qui les déshumanisent presque comme si ce n’étaient que des rats écrasés sur la route.

Le point de vue choisi par Dimitri Doye est universel. Cela permet d’alterner les ressentis des protagonistes et de voir à travers les yeux d’un adulte ayant vécu une expérience traumatisante qui le poursuit depuis vingt ans, et une adolescente de 18 ans qui tout en ayant été confrontée à un drame, possède encore l’énergie de la jeunesse. Peu à peu, Mélissa se remet en question et cesse de juger l’épave qu’elle a devant elle et qui revit avec douleur et bravoure un épisode désagréable pour qu’elle en apprenne plus sur sa mère et son acte.

Ce roman est bourré de philosophies de vie diverses. Il apprend à briser les apparences, à se positionner dans les chaussures d’autrui, à trouver la force de vivre avec un lourd passé et surtout la culpabilité et la responsabilité qui s’en suivent. Qui ne s’est jamais demandé à un moment donné de sa vie comment ça se serait passé si…. ? Un passage m’a profondément touchée par sa véracité :

« Certaines personnes disent que nous avons la vie que nous méritons.

Avant de juger la vie des autres, ces personnes estiment-elles avoir la vie qu’elles méritent ?

Certes, nous récoltons généralement ce que nous avons semé, comme le dit si bien le dicton.

Cependant il arrive bien souvent que nous ne récoltions pas à sa juste valeur ce que nous avons semé ou ce que nous espérions récolter lors des semailles.

Après ce que nous avons vécu, j’ai longuement réfléchi à ce qui s’est produit ainsi qu’aux conséquences sur chacun d’entre nous ; en toute franchise, je ne pense pas que nous ayons fait d’excellentes moissons.

Bien au contraire !

Nous ne méritions pas cette récolte !

Je veux dire par là que nous n’avions rien semé qui justifie cette récolte.

J’ai compris par la suite que la vie était aussi injuste que dans ces livres dont je me délectais ; une personne sans histoire, ne demandant rien à la vie et qui se retrouve malgré elle au cœur d’une intrigue. »

La plume de l’écrivain est agréable et descriptive. Il portraiture les pensées de ses personnages sans filtre et les nargue à l’aide de la petite voix de la raison. Celle qui ne cesse de nous juger, de nous critiquer et de nous houspiller. Bien que la trame soit dramatique, l’humour est présent par petites touches sous la forme du cynisme. Par moment, quelques clichés font leur apparition comme le seul fait de posséder une moto permet de facilement embrasser une fille ou la drague poétique à deux balles de Sébastien ado. Ces phrases me font soupirer mais d’un autre côté, elles collent avec ce que des adolescents âgés de 17 ans peuvent penser après avoir été éduqué par les séries et les films de l’époque. De plus, Sébastien est tellement peu sûr de lui qu’il ne peut se raccrocher qu’à ce qu’il a lu.

L’intrigue est développée de manière intéressante et captivante. La mise en bouche du retour dans le passé narrée par Sébastien me rappelle la façon de construire un roman. C’est un peu comme une mise en abyme du métier d’auteur. Le déroulement du mystère est méticuleusement déployé. Bien que certains indices et un peu de recoupement personnel permettent de savoir des points de l’histoire avant leur divulgation, Un nuit dans le passé de ma mère n’en perd pas pour autant sa saveur. D’ailleurs, j’avoue avoir versé une petite larme à la fin.

Enfin, une certaine nostalgie m’a envahi durant certains épisodes en raison de ma nationalité, de ma personnalité et d’un évènement qui s’est produit également lors de ma dernière année à l’école. Si je ne vais pas m’attarder sur les deux dernières causes, je vais au moins explicité la première. Lire les explications de Sébastien sur la rhéto m’a projetée en arrière et m’a rappelé de bons souvenirs. Comme quoi, les auteurs belges devraient mettre plus en avant les particularités de notre pays non seulement parce que ça fait partie de leur identité mais aussi parce qu’ils peuvent toucher plus facilement leurs compatriotes.

En bref, Une nuit dans le passé de ma mère est un premier roman autoédité magistral. Plus qu’une histoire relatant un drame arrivé à des gens ordinaires, c’est une véritable plongée philosophique sur la vie, le passé et son poids sur l’avenir.

Engeance (Le sang de l’Éden, #1) de Sabrina Lionat

  • Titre : Engeance (Le Sang de l’Éden, #1)
  • Autrice : Sabrina Lionat
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : Fantastique

Je remercie chaleureusement Sabrina Lionat de m’avoir proposé et confié le premier tome Le Sang de l’Éden via la plateforme SimPlement.pro en échange d’une critique honnête.

Engeance est une histoire fantastique (dans les deux sens du terme) qui se base sur la mythologie biblique et les sorcières. Eva Brunel travaille dans une bibliothèque auprès de l’un de ses mentors. Alors que Bernard l’invite à se pencher sur un vieux manuscrit qu’il étudie, la jeune femme voit la représentation de la déesse Némésis s’animer sous ses yeux. Cependant, elle est la seule à s’en rendre compte. Depuis, elle entend des murmures inaudibles et sa vie va radicalement changer. Chacune de ses rencontres passées et actuelles prend sens.

« Une coïncidence n’est qu’une explication qui attend son heure.»

Ce récit est une fabuleuse aventure mêlant fantastique et mystère dans un univers riche et maîtrisé. Eva Brunel est une héroïne qui se découvre au fil des épreuves et qui grandit avec force. De fille effacée qui manque d’assurance quand il ne s’agit pas de bouquin, elle devient le pilier de son propre destin et se bat avec acharnement malgré les horreurs qui lui arrivent. Et par horreurs, je parle des moments forts en émotion autant par leur dureté émotionnelle que psychologique. Sabrina Lionat la malmène et l’aide à la faire évoluer.

L’autrice met en scène une pléthore de personnages et de factions qui trouvent tous leur place dans l’histoire. Malgré leur abondance, elle a réussi à leur donner de la profondeur. On est loin du personnage secondaire superficiel qui n’est là que pour boucher un trou ou égayer un passage de temps en temps. Elle a construit chaque lien et chaque rôle de manière minutieuse. C’est pourquoi, on ne se sent pas perdu face à la multitude de clans et de personnes. Tout s’imbrique et prend sens si bien que je me demande ce que la romancière va nous réserver dans le second tome. En effet, les questions ont majoritairement trouvé leur réponse et je suis curieuse de savoir comment elle va faire évoluer son monde.

Engeance est écrit avec une plume simple et fluide qui accroche dès les premières lignes. Sa façon d’apporter les éléments est juste excellente et digne des livres de type mystère. Elle dose parfaitement les révélations et elle a une approche originale pour amener les choses. Le rythme de l’histoire est dynamique. L’autrice aime les descriptions pour planter le décor et portraiturer les personnages sans que cela soit long et lourd.

Elle utilise des objets et des personnes existants dans notre monde, ce qui donne de la consistance au roman. J’ai l’impression que quand les écrivains se basent sur des éléments issus de notre réalité, c’est plus facile de se plonger dans l’intrigue et de comprendre ce qui est relaté. De plus, les noms cités lors des recherches historiques d’Eva, m’ont donné envie de vérifier leur existence réelle. Cela montre à quel point la romancière a titillé ma curiosité et à quel point on sent le réalisme de ce récit fantastique. J’aime beaucoup cette combinaison.

Le seul détail qui m’a un peu ennuyé est le petit côté romance au début entre Lucas et Eva. J’ai trouvé qu’elle est trop facilement séduite par un homme qui ne dégage pourtant rien d’autre que des hormones lors de leurs premières rencontres. Son comportement est loin d’être attrayant. Encore heureux que cet aspect ne prend pas le pas sur l’histoire et que l’on reste bien dans un récit fantastique plutôt que romantique.   

En bref, Engeance est une belle découverte d’une autrice autoéditée dont la qualité n’a rien à envier aux écrivains des grandes maisons d’édition. Bien que le roman reprenne des éléments courants, il possède une réelle richesse tant dans l’univers que dans le style. J’ai hâte de lire la suite.

La fille qui tressait les nuages de Céline Chevet

  • Titre : La fille qui tressait les nuages
  • Autrice : Céline Chevet
  • Éditeur : Éditions du Chat Noir
  • Catégorie : Drame, Fantastique

Le Chat Noir est une maison d’édition que je suis depuis l’année passée. En consultant régulièrement leur catalogue des nouveautés mon attention s’est posée sur La fille qui tressait les nuages. Vous prenez un titre accrocheur, une superbe couverture et une histoire qui se passe au Japon et vous obtenez les ingrédients de la recette du gâteau devant lequel je ne peux qu’avoir l’eau à la bouche. Ainsi, ce roman est devenu l’une de mes cibles lors de la Foire du Livre de Bruxelles.

L’intrigue met en scène quatre élèves. Julian, Souichiro et Haru sont des amis d’enfance. Le premier est incapable d’oublier la sœur de son meilleur pote qui est décédée quelques années plus tôt et qui était son premier amour. Poussé par les taquineries et la mesquinerie d’Haru, il remet progressivement en question les raisons de sa mort. Akiko, une camarade de classe discrète au point d’être invisible aux yeux des gens, l’aide à dévoiler la vérité et les secrets de la famille Sakai malgré les avertissements de Souichiro.

Si La fille qui tressait les nuages prend quelques accents de polar, il s’agit avant tout d’un drame emprunt de fantastique et d’horreur humaine. Le rythme de l’histoire est plus lent que trépidant, sauf pour les derniers chapitres dans lesquels les retournements de situation et les explications s’enchaînent. Si certains éléments clés sont facilement décelables, la fin est plutôt inattendue. Le développement psychologique des personnages et leur personnalité bien différente les unes des autres ajoutent une réelle profondeur à l’histoire.

Le style de Céline Chevet oscille entre émerveillement enfantin et maturité. Son écriture est poétique et très imagées. Ses descriptions rappellent parfois les livres pour enfant et gomment les frontières entre réalité et univers magique. Toutefois, les thèmes abordés sont forts et marquent le passage de l’innocence au monde des adultes.

En bref, les fantômes du passé hantent les vivants dans La fille qui tressait les nuages en peignant une fresque fantastique aux couleurs du drame qui ne m’a pas laissée indifférente malgré les quelques longueurs de la narration. Une belle découverte.