Faites vos jeux de Julia Richard

  • Titre : Faites vos jeux
  • Autrice : Julia Richard
  • Éditeur : Éditions du Héron d’Argent
  • Catégorie : Thriller

J’ai exhumé Faites vos jeux de ma pal pendant l’automne, où il attendait depuis la Foire du livre de Bruxelles de 2019. Il s’agit de ma première lecture de la ME le Héron d’Argent.

Huit personnes se réveillent autour d’une table. Attachées à une chaise, les yeux bandés, elles apprennent le destin funeste qui les attend. Elles sont enfermées dans une maison close. Seul deux d’entre elles pourront sortir. Parmi elles, un loup détient une partie du code. Le pire ? Elles ont toutes un détonateur inséré dans le cœur. Une télécommande qui confère aussi un pouvoir précis qu’elles devront découvrir grâce aux boîtes qui ne s’ouvrent qu’à certaines conditions.

Ce roman reprend les bases de tout huis clos appelant au meurtre pour survivre. Pourtant, il s’en détache par les comportements des personnages. Contrairement à d’habitude, je ne vais pas m’attarder sur les psychologies et l’évolution de ceux-ci en raison de la construction de la narration qui est multiple. Ce thriller est partagé en huit sections, sous-divisées en chapitre. Une partie égale un joueur. Ce choix nous fait découvrir les pensées intimes du narrateur et le portrait qu’il dresse de ces malheureux colocataires. Si les identités sont variées, nous n’avons pas de réel psychopathe qui profiterait de ce moment pour libérer ses envies de meurtre. Il y a juste une femme psychologiquement instable, mais qui n’est une menace que pour elle-même.

Le contexte du huis clos démarre donc sur des personnes relativement « normales ». L’intérêt repose sur l’évolution des relations de ces inconnus qui sont amenés dès le début à douter à cause de la présence d’un loup. Ce doute qui ronge les cerveaux les plus doués et affûtés. Ce doute qui est alimenté par les morts inattendues. Ce doute qui crée un effet de meute, car ce qui est le plus évident pour des êtres normalement constitués de notre société est de refuser de tuer. Des stratégies de groupe sont mises en place. Pourtant, la pression va amener des actes communs sordides, des comportements anormaux que les survivants vont devoir supporter sur leur conscience. Pression accentuée par la connaissance ou non de son pouvoir ou celui des autres.

La tension augmente lorsque les mémoires et les langues se délient. Des liens entre les personnages sont dévoilés. Cependant, il y a plus intrigant : c’est le lien entre certains prisonniers et la maison. Tous ces éléments alimentent les discussions et les théories sur l’identité du loup.

En bref, Faites vos jeux est une expérience sociale glauque qui présente des comportements interpellant de la part de personnes sans déviances psychologiques. La partie se déroule étrangement pour un jeu de la mort. Ne vous attendez pas à un jeu subtil de manipulations à la Liar Game ou une boucherie comme Battle Royal. Si le suspense ne m’a pas captivé, j’ai apprécié découvrir l’évolution psychologique et les tournures dramatiques et dérangeantes des situations créées par ces humains.

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Bad Karma (Bayou détective, #1) de C. C. Mahon

  • Titre : Bad Karma (Bayou détective, #1)
  • Autrice : C. C. Mahon
  • Éditeur : auto-édition
  • Catégorie : policier, fantastique

Ayant reçu le premier tome de la série Bayou détective de C. C. Mahon dans le cadre du partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire, je l’ai sélectionné dans ma PAL du Pumpkin Autumn Challenge dans le Menu Automne Frissonnant. L’histoire se passe en Louisiane, riche en fantômes et démons, elle était parfaite pour la catégorie Ghost Hunt.

Noter que Bayou détective se déroule après la trilogie Bayou Fantasy que je n’ai pas lue. Je n’ai pas été gênée lors de ma lecture, car l’autrice insère certains éléments du passé des deux détectives privés. Ça pourrait s’apparenter au divulgâchage. Toutefois, j’ai tellement apprécié les personnages que ça m’a donné envie de me plonger dans le récit de leur rencontre.  

Prudence et Moore se rendent à Beau Séjour pour enquêter sur un mystérieux fantôme qui balance des objets à la tête des touristes. Juju, imminent sorcier et ami, leur a seulement demandé de vérifier la véracité des faits et la présence réelle d’un spectre à exorciser. Cependant, le professionnalisme de Moore le pousse à découvrir l’identité et le meurtrier du poltergeist au grand dam de sa collègue qui redoute son expérience passée avec le monde surnaturel. Leur investigation va déterrer plus d’un secret terrifiant et scandalisant.

L’univers de Bad Karma se déroule au cœur de La Louisiane historique avec ses plantations de cannes à sucre dirigées par les maîtres blancs qui exploitent les esclaves noirs. De nos jours, Beau Séjour est devenu un lieu touristique qui privilégie la suprématie des maîtres à la réalité des opprimés. La majestueuse demeure est mise en avant alors que le quartier des esclaves est soigneusement dissimulé sous la végétation. Enfin, c’était la gestion de l’ancien directeur : Auguste Gauthier. Sa remplaçante, Grace Morgan, a une tout autre vision. L’application de ses décisions semble coïncider avec le début des événements mystérieux.

« Ce n’est pas parce que le passé est désagréable qu’il faut le glisser sous le tapis. »

Le récit oscille entre sphère humaine et fantastique. À un moment, on se demande si l’origine des maux prend sa source dans la première, l’instant d’après, on croit que la vérité se trouve dans la seconde. J’ai adoré la façon dont l’autrice tisse la toile de cette intrigue. Même si les thèmes (racisme, esclavagisme) et la trame de fond ont déjà été exploités par pléthore d’écrivain.es, sa manière de tricoter l’histoire m’a entraînée dès les premières pages. D’autant plus que ses protagonistes sont attachants.

Prudence a abandonné ses études. Les épreuves qu’elle a endurées ont baissé l’estime en ses capacités. Elle se sent plus fragile qu’elle ne l’est. C’est pourquoi Juju lui a fabriqué un bracelet protecteur. Au fil de l’enquête, elle va apprendre les ficelles du métier de détective. Les bons, comme les mauvais côtés. Son empathie rend l’exercice du rôle d’actrice difficile. Elle n’aime pas interroger les personnes ébranlées par la disparition de leur proche ni mentir pour obtenir des informations sans éveiller la méfiance. À travers ce personnage, C. C. Mahon exploite la complexité et la noirceur de l’âme humaine par la question : doit-on rendre justice à un criminel qui a été assassiné ?

Moore est un ancien policier originaire de New York. Né pour investiguer, il se reconvertit en détective privé et entraîne son amie pour l’aider à reconstruire une confiance en elle. Il croit en ses aptitudes et est déterminé à lui prouver. Prudence le nomme le chevalier servant, car il a une nette tendance à protéger la veuve et l’orphelin et à courir délivrer la princesse en détresse. Derrière sa droiture se cache un homme qui n’hésite pas à tirer profit de son côté beau gosse pour charmer les suspect.es et leur extorquer les indices.

J’aime leur duo. Leur amitié est palpable dans leurs gestes, leurs paroles et leurs disputes. Ils se taquinent en jouant sur leur différence du Nord et du Sud. Cette touche d’humour donne une légèreté au roman dont le style fluide élabore une atmosphère tantôt énigmatique tantôt terrifiante.

En bref, j’ai dévoré Bad Karma. Si le décor des plantations ne lui confère pas un cachet original, la construction de l’intrigue et son duo attachant ont verrouillé mon âme, à coup de signes Hoodoo, dans le monde élaboré par C. C. Mahon. Les tomes suivants et la série précédente sont d’or et déjà inscrits à ma wishlist.   

La mystérieuse maison de poupées de Miss A. Purple

  • Titre : La mystérieuse maison de poupées
  • Autrice : Miss A. Purple
  • Éditeur : Librinova
  • Catégorie : Policier

Je remercie chaleureusement Librinova de m’avoir confié en service presse et en échange d’un avis honnête La mystérieuse maison de poupées de Miss A. Purple. Un policier français, situé en Bretagne pour être précise, qui m’a intrigué par son résumé.

Evana Young est sur le point de partir au boulot lorsqu’elle trouve une énorme caisse posée devant chez elle. Curieuse, elle l’ouvre malgré les risques liés à son métier de policière. A sa grande surprise, elle renferme une maison de poupées digne des plus grands miniaturistes. Chaque détail est réalisé avec soin et réalisme. Une mélodie précède l’ouverture d’une pièce où la jeune femme trouve des poupées mises en scène. Ce colis se transforme en message lorsqu’elle comprend qu’il lui indique des crimes. Le compte à rebours pour débusquer le tueur avant qu’il n’exécute ses prochaines victimes est enclenché.

Mon avis sur cette histoire est mitigé. Elle possède du potentiel surtout par son idée de départ, la maison de poupées qui dévoile progressivement les meurtres, et un personnage principal fort. Toutefois, avoir une bonne idée ne suffit pas à faire un bon roman. Ici, on ressent qu’il s’agit d’une première écriture par la forme, le style, la cohérence, les dialogues et le manque de nuance des personnages secondaires. A plusieurs reprises, j’ai ressenti un déséquilibre dans le traitement de ces différents aspects.

Evana Young est une femme charismatique qui dirige son équipe avec un esprit ouvert. Depuis sa plus tendre enfance, elle préfère jouer à la police et au voleur plutôt qu’à la Barbie. Pourtant, la maison de poupées l’attire inexorablement. Son instinct l’a pousse inconsciemment à s’y intéresser dès qu’elle pose les yeux dessus. Ayant un sens aigu de la justice, elle est émotive et déteste ne pas aller au bout des affaires, ce qui lui vaut quelques réprimandes de la part de ses chefs.

Si les autres acteurs possèdent des visages distincts, ils se confondent très vite les uns avec les autres. L’autrice dépeint une société et un cadre de travail trop parfait. Si on omet les meurtres bien entendu. Tout le monde est trop poli, trop conciliant. J’ai trouvé l’attitude des policiers presque bon enfant sur l’enquête du premier homicide. Lorsqu’une dispute éclate, elle est résolue en cinq minutes par la combinaison : excuse, explications et pardon. Peu de personnes agissent de cette manière dans la vie réelle. C’est trop idéal pour être vrai et réaliste même si je suis pour la communication non-violente. Mise à part les passages avec Noah, j’ai souvent eu l’impression que la plupart des personnages parlaient de manière similaire, avec des tournures identiques, la même intonation quels que soient leur origine, leur âge ou leur éducation.

La plume de Miss A. Purple est simple et par moment répétitive. Elle utilise souvent les mêmes termes. Telle sa maison de poupée, elle a une vision détaillée des scènes si bien qu’elle décrit de trop. Chaque emplacement de voiture, la position exacte des maisons dans le quartier, etc. Comme beaucoup de premier roman, les personnages font l’objet d’un cv dès leur introduction dans le récit au lieu de voir leurs informations distillées pour ne pas alourdir la narration.  Un dernier point concernant le style de l’écrivaine est le côté décousu de son bouquin. La succession des actes se passent souvent sans transition. Elle n’amène pas l’ambiance, elle la pose simplement devant le lecteur. Ainsi, je sais ce qu’elle veut faire passer mais je ne l’ai pas ressenti. Ce qui est dommage car certains de ses dialogues possèdent une vraie force pour traduire les sentiments des personnages. Alors que d’autres manquent de nuance.

Ce polar véhicule des questions sociétales importantes telles le courage des personnes à mobilité réduite pour affronter la vie malgré leur handicap, la maltraitance des enfants par leurs propres parents, la violence conjugale et la peur du coming out.

En bref, La mystérieuse maison de poupée est un premier roman déséquilibré. Après avoir lu le résumé et son idée originale, je m’attendais à être happée par l’enquête et la course contre la montre entre Evana et le meurtrier. J’ai plutôt été frustrée par les lacunes d’un premier projet qui a pourtant un vrai potentiel malgré le côté prévisible de la fin.

La mémoire de Babel (La passe-miroir, #3) de Christelle Dabos

  • Titre : La mémoire de Babel (La passe-miroir, #3)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Attention ! Ne lisez pas cette chronique si vous n’avez pas lu les précédents tomes car j’évoque des éléments clés et des révélations s’y trouvant.

Mon avis sur le troisième tome de la passe-miroir est basé sur une relecture. Cet opus est divisé en deux parties : L’absent et l’épouvantail. L’histoire principale est alternée avec quelques chapitres sur la petite Victoire et ses voyages astraux.

Ophélie vend des gaufres durant la fête de Tocante. Elle déprime car ses recherches sur Thorn n’ont rien donné pendant ces deux ans et sept mois. Au moment où son oncle lui apporte une carte postale qui pourrait l’aider à retrouver sa trace et celle de Dieu, elle entend la voix d’Archibald qui l’attire dans une rose des vents. Ce dernier explore ce moyen de déplacement pour dénicher la secrète Arc-en-terre et venger la Mère Hildegarde. Déterminée, Ophélie décide de choisir sa propre destination et endosse l’identité d’Eulalie. Elle se rend sur Babel, seule, où elle rencontre Ambroise le tac-si inversé et où elle s’enrôle chez les apprentis virtuoses d’Hélène pour percer les mystères du Secretarium et rejoindre son mari avant l’effondrement du monde provoqué par l’Autre.

Christelle Dabos nous entraine sur une nouvelle arche de son univers éclaté. Toutefois, nous n’explorons pas uniquement les Terres de Pollux et de Hélène. La carte de la rose des vents nous donne un aperçu des autres arches, de leur esprit de famille respectif et de leur pouvoir. Certaines spécificités de ces bouts de terre en lévitation sont présentés grâce à la cosmopolite Babel où les personnes de tout horizon peuvent y devenir citoyen à condition de respecter les lois des Lords de LUX et être utile à la cité. Cet archipel rappelle l’Inde par la chaleur, les bâtiments blancs, le mélange français – anglais dans les dialogues mais aussi le système de castes. L’habit est la marque de la strate sociale à laquelle on appartient. Ainsi, les sans-pouvoirs sont habillés de blanc par exemple. Ophélie n’y découvre pas seulement les règles et les codes vestimentaires non genrés. Les automates de l’arche-trotteur Lazarus y pullulent et des trains emportés par des oiseaux géants permettent de passer d’une arche mineure à une autre.

En emmenant l’animiste dans une nouvelle ville, l’autrice met en scène de nouveaux personnages tout aussi intéressants, étranges et profonds. Ils permettent d’introduire des questionnements sociétaux. A travers Ambroise, elle interroge la place de l’handicap dans une société où toute personne doit servir l’Etat. En gros, y avoir une utilité. C’est pourquoi les sans-pouvoirs peuvent briller à Babel par leur invention comme Lazarus l’a réalisé contrairement au Pôle où ceux-ci étaient exclus de la Citacielle et du monde d’en haut.

D’autres sujets sont abordés comme la compétition dans les écoles et les brimades qu’elle peut engendrer, la quête d’identité ou l’éjection de l’humain par les robots. La censure est vraiment au cœur de ce tome en la présence de LUX qui œuvre pour un monde de paix, le journal officiel et la Bonne Famille. Par leurs actes, la manipulation et leurs dissimulations, la romancière pose la question essentielle : jusqu’où est-on prêt à aller pour instaurer la paix et créer une société idéale ? Enfin, elle véhicule l’apprentissage par l’erreur. Les échecs nous permettent de grandir si on les prend en compte pour évoluer.

La seule véritable erreur est celle qu’on ne corrige pas

En bref, La mémoire de Babel présente une nouvelle partie du monde imaginé par Christelle Dabos en nous rapprochant de la vérité sur les esprits de famille, Dieu et l’Autre. L’intrigue repose sur le revers de la médaille d’une société idéale et parfaite en apparence où la censure et la manipulation politique règnent en prônant la paix collective au détriment de la liberté individuelle. Un tome tout aussi palpitant et captivant que les précédents.

Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2) de Christelle Dabos

  • Titre : Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : Jeunesse, Fantasy

Gardez vos petites mains de liseurs/liseuses hors de portée de cet article si vous ne voulez pas être spoilé(e)s car j’aborde des éléments qui se sont produits dans le premier opus. 

Ma chronique du tome deux de La passe-miroir est basée sur une relecture. Ce livre est divisé en deux parties : La conteuse et La liseuse. Des interludes nommés Bribe dévoilent un morceau du passé des Esprits de famille.

Ophélie fait son entrée officielle à la cour. Déterminée à garder un minimum d’indépendance, elle obtient malgré elle le titre de vice-conteuse et doit distraire Farouk en lui racontant des histoires chaque soir ce qui lui attire les foudres du gratin de la Citacielle et l’exaspération de Thorn qui voit d’un mauvais œil l’intérêt que le seigneur lui porte. Toutefois, le pire l’attend encore. Elle reçoit une lettre de menace émanant de Dieu qu’elle ne peut pas lire. De mystérieuses disparitions au Clairdelune, lieu pourtant réputé pour sa haute sécurité, vont ébranler sa vie.

Ce second bouquin enrichit le portrait des arches et l’intrigue principale. Les notions évoquées dans le précédent, sont détaillées tels l’histoire des clans et des déchus, la Mère Hildegarde et le fonctionnement de ses sabliers. Inlassablement, l’autrice joue avec nous en montrant que son imagination n’a pas de limite. On croit connaitre un décor par cœur qu’elle ajoute des touches supplémentaires ci et là. Elle nous entraîne en dehors des murs de la Citacielle, à la confluence de l’océan du Pôle et de l’abîme qui fait office de frontière depuis la Déchirure.

Des projecteurs illuminent des pans du mystère. Ainsi, on en apprend plus sur le monde et l’effondrement qui le guette. A travers le thème de la censure et de la manipulation d’information, les véritables raisons qui ont poussé les Doyennes à se débarrasser d’Ophélie avec ce mariage, apparaissent au grand jour. Plus les énigmes sont résolues, plus de nouvelles interrogations surgissent, faisant tourner inlassablement les pages.

A côté de ces sujets, le féminisme brille par plusieurs personnages secondaires comme Cunégonde, la sœur du ministre des Elégances, qui regrette que les femmes n’aient pas voix au chapitre et que leurs capacités soient considérées comme inférieures à celles de leurs homologues masculins.

« Melchior a toujours eu droit aux feux de la rampe quand on me condamne, moi, à rester une artiste de l’ombre. Et savez-vous pourquoi, ma colombe ? Parce que ces messieurs pensent qu’eux seuls sont capables de faire tourner la machine, ici-haut […] Pourquoi devrions-nous être rivales pour de ridicules histoires de clans ? Nous sommes des femmes avant tout. Des femmes à l’esprit d’entreprises, qui plus est ! »

De nombreux nouveaux acteurs font leur apparition : les Valkyries, l’arche-trotteur Lazarus, la Rapporteuse, etc.  Ils sont dépeints avec soin et profondeur au même titre que les protagonistes principaux qui gagnent en épaisseur et en nuance. Thorn est bien plus attentionné qu’il n’y parait. Cet homme à l’allure d’ours polaire est terriblement gauche dans les relations humaines. Pourtant, il fait tout son possible pour ne pas se faire détester par Ophélie même si ses manières sont maladroites et incomprises par la famille de cette dernière. Quant à notre passe-miroir, le cours des événements lui provoque une crise identitaire qu’elle doit surmonter en osant se regarder en face. Ce petit bout de femme fait preuve d’un grand courage et d’une force insoupçonnée de son entourage.

En bref, Les disparus du Clairdelune ajoute des pièces au puzzle mystérieux de ce monde éclaté. Un passé que certaines personnes préféreraient voir rester enfoui. L’imagination de Christelle Dabos est infatigable et déroutante. Elle construit son intrigue en équilibrant révélations et nouvelles énigmes avec une plume de maitre.  

Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour de Jean-Pierre Levain

  • Titre : Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour
  • Auteur : Jean-Pierre Levain
  • Éditeur : Lbs Select
  • Catégorie : policier

Je remercie chaleureusement Jean-Pierre Levain de m’avoir offert la possibilité de découvrir son titre Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour via SimPlement.pro. Son roman a attiré mon attention par son résumé qui véhicule des concepts liés au féminisme.

Eva Karsanti survit miraculeusement à une tentative d’assassinat chez elle qui se déroule en l’absence de son mari et de sa fille partis voir un film d’horreur au cinéma. Plongée dans le coma, Fred, un amant de jeunesse, va mener l’enquête avec sa coéquipière Gaëlle en charge de l’affaire. Voir celle qu’il a lâchement quittée dans cet état, fait remonter des sentiments qu’il pensait disparus. Ceux-ci vont le guider et l’aider à démêler les fils de cette histoire compliquée par le manque criant d’indices sur les lieux du crime.

Mon avis sur cette enquête policière saupoudrée de romance est mitigé. Ce livre possède de nombreux points forts mais l’investigation reste classique. Il est semblable à de nombreuses séries policières françaises. Là où l’auteur se démarque c’est sur son côté pointu et minutieux à différents niveaux. On sent qu’il a fait de nombreuses recherches sur les procédures policières, les revolvers (composition, histoire et type) et les diagnostics médicaux. C’est sans doute l’un des polars mettant le plus en avant la rigidité du système d’enquête que j’ai pu lire jusqu’à présent. Cela est à double tranchant. Car si le côté technique est impressionnant, les situations d’échange et de réunion m’ont laissée de marbre par leur objectivité professionnelle.

Le bouquin alterne des moments d’émotion et de neutralité comme un électrocardiogramme des courbes de pic et de chute. Il commence avec panache avec l’attaque d’Eva Karsanti et continue avec la première réunion de l’équipe d’enquête qui présente les personnages et qui expose les faits avec une neutralité qui sied au moment et au cadre mais devant laquelle je me suis ennuyée. Ce schéma se répète et entraine une mise en place du contexte un peu longue.

Les personnages principaux sont bien construits. Fred est quelqu’un de droit, ponctuel et minutieux dans son travail. Célibataire et proche de la retraite, sa coque d’homme endurci commence à se fissurer devant l’inéluctable vie post-carrière dans la solitude de son appartement au milieu de ses disques de jazz et de ses bouteilles de Whisky. C’est la représentation d’un adulte qui est devenu mature et tolérant avec l’âge. Il est prévenant et j’ai particulièrement craqué quand il prend ses précautions pour ne pas déranger Eva qui est dans le coma. C’est mon moment préféré. Cette petite phrase qui le rend adorable.

« Il se connaissait suffisamment pour savoir qu’il avait tendance à ronfler surtout quand il était mal installé et il ne voulait pas la déranger ».

Gaëlle adore enquêter sur les crimes et la vie privée ou passée de son collègue. Même si elle sait qu’elle pousse souvent le bouchon trop loin, elle est une partenaire de confiance. A côté de ce duo de choc, les personnages qui composent leur équipe sont un peu caricaturés de prime abord. On a par exemple le beau gosse macho qui ne cesse de raconter ses multiples aventures, la geek pour la spécialité en informatique ou encore le stagiaire volontaire. Certains d’entre eux prennent pourtant de la profondeur malgré leur étiquette de déjà-vu par leur situation, leur vie et leurs craintes. Les autres acteurs (excepté Eva) manquent un peu de relief. Surtout la fille de la victime qui est l’incarnation de la haine mais dont la colère n’est pas expliquée.

J’en arrive au point qui m’a le plus accroché. Le roman exploite différentes facettes du féminisme. Tout d’abord, par Eva Karsanti qui symbolise les victoires des femmes aux cours du XXe siècle et du XXIe siècle. Possédant un don et un nez infaillible pour les affaires, cette entrepreneuse a réussi dans la vie professionnelle au point qu’elle rapporte plus de revenus que son mari, professeur à l’université. Elle est entreprenante en amour et elle défend des causes qui font polémique encore aujourd’hui comme l’avortement. Jean-Pierre Levain englobe toutes les raisons invoquées : le viol, la maladie du fœtus, l’inceste mais aussi, et c’est le plus important, le droit des femmes de disposer de son corps et de son utérus. Par son site de rencontre Voulez-vous, Eva touche à un tabou de la société : l’émancipation sexuelle des femmes de plus de 40-50 ans. Qu’une femme prenne du plaisir quand elle est considérée comme vieille ou périmée (ménopause) arrondit les yeux de dégoût de plus d’une personne actuellement. L’auteur évoque également la tortueuse histoire de la langue française qui a évincé de son vocabulaire autrice pendant des décennies. Enfin, il s’amuse à casser et dénoncer les stéréotypes tels qu’un policier qui boit du thé est une femmelette et les femmes mettent une éternité pour s’apprêter quand elles sortent. Comme il le dit si bien à propos de Gaëlle :

« […] elle était prête en moins de dix minutes chrono, démentant au passage ces pseudo-enquêtes scientifiques selon lesquelles les femmes mettraient en moyenne soixante-cinq minutes pour se préparer avant une sortie. De quelles femmes parlait-on dans ces enquêtes ? Sûrement pas des mères avec enfants qui travaillaient à temps plein ! » 

La richesse des idées de cette histoire ne s’arrête pas là car l’écrivain insère d’autres causes actuelles comme le régime végan. Il montre la folie dont des humains font preuve pour défendre leurs idéologies. Il invoque des théories psychologiques pour étayer les méthodes de ses enquêteurs comme la communication de l’école de Palo Alto.

La plume de Jean-Pierre Levain est d’une simplicité déconcertante. Pas dans un sens négatif car la pureté de ses mots et de ses expressions est déroutante. Ils frappent en plein cœur grâce aux émotions sans filtre qu’il partage avec le lecteur. Ici pas de fioritures inutiles. Les personnages font face à leurs sentiments et ceux des autres comme devant un miroir. De temps à autres, il y a des petits traits humoristiques principalement joués par le beau gosse avec ses blagues salaces. De nombreuses références cinématographiques sont évoquées. Enfin, l’auteur emploie un certain langage maîtrisé pour expliquer des sujets complexes liés notamment à l’informatique en plus de ceux que j’ai mentionnés plus haut. 

En bref, Les femmes ne plaisantent pas avec l’amour est polar avec une pointe de romance qui aborde des problématiques primordiales et actuelles. Plus qu’une simple histoire, c’est un plaidoyer pour l’émancipation des femmes qui souhaitent marcher côte à côte avec leurs homologues masculins et faire valoir leurs droits. Une lecture en demi-teinte mais qui me restera en tête par ses thématiques.

Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1) d’Yvan Premier

  • Titre : Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1)
  • Auteur : Yvan Premier
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : jeunesse, fantastique, mystère

Quand j’ai reçu la proposition de chroniquer le premier tome des aventures d’Angela qui promettait la rencontre entre Harry Potter et le Da Vinci Code, ma curiosité a été piquée. Un monde empli d’énigmes et de magie ? Comment résister longtemps? Je remercie chaleureusement Yvan Premier de m’avoir confié son livre en échange d’une critique honnête via SimPlement.pro. A noter qu’une partie de l’argent récolté à l’achat du livre est reversée à Break Poverty pour les enfants.

Hollygrove est un orphelinat situé à Los Angeles qui accueille ceux qui ont perdu leur famille, ceux qui ont été abandonnés et ceux dont les parents ne peuvent pas s’occuper d’eux en raison de problèmes divers. Il s’agit aussi de la maison d’Angela dont la mère et le père, anciens professeurs d’Hollygrove, sont décédés dans un accident de voiture un an auparavant. Malgré sa tristesse, elle vit avec le sourire aux lèvres en compagnie de son meilleur ami Gabriel et de son chat Azraël qui ronronne pour la réconforter. Le premier jour d’école, un nouveau venu, Luc, rejoint l’orphelinat. De prime abord hautain, notre héroïne ne l’apprécie pas beaucoup. Pourtant, elle va devoir compter sur son aide lorsqu’un matin elle reçoit une lettre énigmatique de ses parents. Une incroyable aventure et de nombreuses surprises attendent nos trois camarades.

Genesis nous emmène dans une histoire basée sur la mythologie des anges. Le roman est structuré en longs chapitres qui commencent par un extrait de la genèse du monde terrestre et céleste inventée par l’auteur qui la révèle à la manière biblique. Des sous-chapitres la suivent et sont centrés uniquement sur les orphelins que l’on suit durant une année scolaire.

Tout au long du récit, Angy, Gaby et Luc vont devoir résoudre des énigmes. En cela, le bouquin a un côté ludique et pédagogique car le romancier utilise les professeurs pour expliquer de manière claire et exemplifiée les jeux de mots tels les anagrammes ou les palindromes, et la cryptologie qui vont leur servir plus tard. De plus, chaque mystère est accompagné de son illustration. Ainsi, le lecteur peut réfléchir et tenter de résoudre le puzzle avec les enfants. Outre ces définitions, Yvan Premier intègre une partie de l’histoire de Los Angeles et une anecdote sur une actrice célèbre (je vous laisse découvrir son nom pendant votre lecture). J’apprécie beaucoup lorsque les écrivains se basent sur des éléments historiques ou issus de la réalité pour construire une histoire magique et fantastique. Cela permet d’apprendre des choses intéressantes différemment en facilitant leur mémorisation, surtout quand une émotion est associée à l’épisode en question. Enfin, l’auteur a recours à l’anglais qu’il traduit au fur et à mesure.

La musique a une place prépondérante dans le roman. Pour citer Hélène Ségara dans Vivo per lei : « Quand notre cœur se fait trop lourd. Elle est la seule à pouvoir nous porter secours ». Elle a ce pouvoir d’apaiser, d’encourager, d’accompagner nos sentiments. Elle entre en résonance avec notre âme par sa mélodie. Ici, ce sont les paroles qui soulagent et qui guident nos trois comparses. Si bien qu’Angela et Luc ont l’impression que leurs proches disparus leur envoient des messages depuis l’au-delà pour affronter les épreuves. Étant musicienne, cette implication de la musique me parle énormément même si certains lignes peuvent paraître assez banales. Les noms des interprètes et les titres des chansons sont cités à chaque fois. Toutefois, la plupart sont modifiés, tout en étant reconnaissables, pour un souci de copyright. Le romancier est tellement pointilleux et respectueux des droits d’auteur qu’il reprend les références à la fin du livre. Il a été jusqu’à créer carrément une playlist disponible sur Spotify.

Si l’univers est bien édifié et ficelé, il n’est pas sans rappeler la trame des livres d’Harry Potter (auxquels l’écrivain fait un clin d’œil dans son récit) par différents aspects comme sa durée (un an scolaire), des épisodes similaires (Halloween) ainsi que la situation de l’héroïne (orpheline). A plusieurs reprises, j’ai ressenti l’influence du plus célèbre des sorciers de ce début de siècle. Je tiens bien à souligner que mes propos ne signifient aucunement qu’il s’agit d’une copie. Que les choses soient claires, mon sentiment est de la nostalgie qui fait fleurir un sourire sur mes lèvres en me rappelant l’impact de cette histoire avec laquelle j’ai grandi. Si certains éléments de base sont analogues, le monde d’Angela et le chiffres des anges développe une histoire distincte et originale avec ses propres révélations et rebondissements. Si ce livre peut offrir à des enfants le même engouement et la même fébrilité que j’ai connus à l’époque, j’en serai ravie. Car c’est une expérience qui marque pour la vie.  

Les personnages principaux sont touchants. Angela a un fort caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds, Gabriel a une imagination débordante et ses réactions enfantines m’ont fait sourire, et Luc est intelligent et sensible. Tous les trois sont débrouillards et possèdent un esprit de réflexion complémentaire. A noter que leur intelligence ne semble pas démesurée pour leur âge. La résolution des énigmes ne se fait pas en un claquement doigt. Elle prend souvent plusieurs jours, semaines, voire mois. Par moment, la réponse leur vient grâce à une source extérieure. Le seul élément relatif aux personnalités qui m’a fait froncer les sourcils concerne leur langage. Certaines expressions qu’ils utilisent me semblent étonnantes dans la bouche d’un enfant car c’est le genre de phrases types plutôt prononcées par des adultes envers des gamins qu’entre enfants.

Quelques passages m’ont paru invraisemblables. Lors de l’incendie, les orphelins repeignent la chambre d’où est parti le foyer quelques jours après l’incident. Ayant connu un tel événement, je peux affirmer que le délai est bien trop court. Surtout quand celui-ci est si intense que les pompiers ont dû mal à entrer dans le bâtiment. La fumée est une réelle crasse qui s’incruste et dont l’odeur persiste même après le nettoyage par des professionnels. Donc repeindre après à peine deux jours est bien trop rapide. Il faut plus de temps pour aérer. Ensuite, j’ai trouvé que les enfants avaient une trop grande facilité pour obtenir des informations de la part du policier et du chef des pompiers. Même si les affaires les concernent, je doute qu’ils se confieraient sans retenue à des gamins de 10 ans. A moins, qu’il y ait un soupçon de magie derrière pour délier leur langue ? En toute honnêteté, je sais que je suis fortement tatillonne en soulevant ces détails car le public cible ne s’en rendra pas compte mais je tenais à les évoquer car ils ont interpelé l’adulte que je suis au cours de ma lecture. 

Malgré ces points, l’histoire m’a beaucoup plu, notamment grâce à l’aisance avec laquelle Yvan Premier fait monter le suspense et dévoile la réalité à laquelle le trio va être confronté. Sa plume est fluide et il arrive à faire ressortir la vision innocente des enfants. Par exemple, par les réponses extravagantes qu’ils donnent aux cours et qui dénotent bien de leur imagination qui n’a pas encore été bridée et de leur esprit qui n’a pas encore été formaté. Seule l’introduction du Livre des anges du père d’Angy déploie des réflexions qui me semblent compliquées à comprendre pour les jeunes lecteurs. 

En bref, Genesis est une belle découverte dans le monde de la littérature jeunesse. Le premier tome d’Angela et le chiffres des anges mêle brillamment magie angélique, énigme et amitié. J’ai hâte de me plonger dans la suite de cette série après cette fin qui cache sans doute encore bien des mystères. 

A l’encre rouge de Marie Colot

  • Titre : A l’encre rouge
  • Autrice : Marie Colot
  • Éditeur : Alice Éditions
  • Catégories : jeunesse, mystère

J’ai découvert A l’encre rouge lors de la première édition de la chasse aux livres à la Citadelle de Namur en 2018. S’il faisait partie de mes cibles, après avoir lu au préalable la liste et les résumés des pépites à trouver, ce n’est pas celui-là qui est tombé dans mes filets. Je me le suis procuré par la suite. Car c’est aussi ça le plaisir de cet évènement : découvrir des écrivains wallons qui n’ont que peu de place dans les rayons des librairies.

Marie Colot a écrit ce court roman jeunesse grâce à La bataille des livres. Il ne s’agit pas d’un concours mais d’une initiative, d’abord Suisse puis internationale, qui a pour objectif de promouvoir la lecture auprès des 8-12 ans. Les écoles sont invitées à proposer des activités liées à la lecture ou l’écriture et à faire des échanges culturels. Pour A l’encre rouge, l’autrice a travaillé avec des classes belges, suisses et sénégalaises pour co-construire cette histoire à suspense mettant en scène un garçon de 11 ans. Elle explique sa démarche et comment elle a fusionné les idées des élèves européens et africains en un seul récit à la fin du livre.

Elias Legrand vit avec sa grand-mère à la mer du Nord pendant que son père navigue sur les flots. Il rentre de l’école, content d’avoir enfin une semaine de congé. Enfin, ça c’est ce qu’il espérait. Estomaqué, il trouve une lettre de menace dans sa chambre. Si seulement, il n’avait pas assouvi sa curiosité en poussant la porte de la villa abandonnée à la recherche de son chien et en prenant le vieux journal ouvert sur une table, ce mot ne serait pas là. Le fameux carnet en question relate les mémoires de Fulbert, un marin ayant vécu en 1971, et il détient les clés d’un sombre secret qui va chambouler Elias.

Ce roman est articulé en trois parties qui sont alternées comme si on avait trois mains qui racontent l’histoire. Le narrateur principal est Elias, la seconde voix est le mystérieux auteur des lettres anonymes qui s’exprime en listes et la troisième dévoile des morceaux du journal de bord. Cette structure est efficace pour construire le suspense et dévoiler petit à petit les dessous de l’intrigue dont la fin est prévisible (du moins pour l’adulte que je suis).  

Les personnages sont plutôt simples et réalistes. Elias est un petit garçon qui ronchonne intérieurement mais qui est gentil et timide dans le fond. Il aime un peu trop le chocolat. Il affronte cette aventure malgré ses peurs avec une certaine perspicacité. Enfin, il le fait aussi surtout pour épater la belle Sam Rupte qui habite à quelques rues de là et qui l’accompagne pour résoudre l’affaire. Sa curiosité et sa détermination le pousse vers la vérité que Fulbert voulait cacher. Ce marin irascible et endetté qui ne cesse de ressasser et fomenter sa vengeance, et qui utilise toutes les injures marines possibles et inimaginables (un peu à la Capitaine Haddock) pour désigner son matelot ou ceux restés sur le plancher des vaches.

L’atmosphère de la côte belge imprègne le roman : les nuages, la pluie, l’odeur de l’iode, le chant des mouettes, etc. L’autrice a réussi à rendre vie à ce paysage dans ses lignes. L’art local fait également son apparition par l’intermédiaire d’une peinture de Constant Permeke.

La plume de Marie Colot est légère et elle tourne les phrases avec humour si bien que notre petit râleur n’est jamais exaspérant et les situations qu’il rencontre parfois m’ont arraché un sourire par leur nature candide et innocente. Elle adapte facilement le ton au caractère du personnage à qui elle donne la parole.

En bref, A l’encre rouge met en scène une enquête palpitante qui relie le passé et le présent dans une belle histoire teintée de comédie avec un protagoniste principal touchant.

La Malédiction d’Ange Beuque

  • Titre : La Malédiction
  • Auteur : Ange Beuque
  • Éditeur : Readiktion
  • Catégories : aventure, mystère, fantastique

Suite à la parution de ma chronique sur L’école du futur, j’ai eu l’agréable surprise d’être contactée par l’un des auteurs qui m’a proposé de découvrir son roman interactif via l’application Readiktion. Ayant adoré la nouvelle d’Ange Beuque, j’ai sauté sur l’occasion, bien que lire sur un écran de smartphone, tablette ou ordinateur n’est pas de tout repos pour mes yeux déjà trop fixés sur la fenêtre illuminée au bureau. Je remercie chaleureusement l’auteur pour m’avoir offert son ouvrage en échange d’une chronique honnête.

C’est en attendant le début de l’enregistrement d’une émission radiophonique humoristique belge (1h d’attente pour avoir des places au premier rang mais ça en valait la peine) que j’ai enfin dégainé mon portable pour passer le temps en commençant La Malédiction.

Le premier chapitre s’ouvre sur le laïus d’un héros de roman à la retraite qui prend la fonction d’errant (il peut voyager d’un livre à l’autre et y rester durant 30 paragraphes) afin de sauver le monde livresque. Une malédiction frappe les protagonistes principaux des histoires. Au 21eme chapitre, ils meurent automatiquement et la narration est alors suspendue. Qui a lancé ce mauvais sort ? Comment l’arrêter ? Notre héros a 21 épisodes pour répondre à ces questions et sauver l’humanité fictionnelle.

L’aventure de La Malédiction fut une expérience délicieuse et enrichissante. L’écrivain joue habilement avec le monde livresque. Je connais de nombreux films et livres mettant en scène des personnes qui sont happées dans un roman ou un jeu vidéo. Toutefois, Ange Beuque se démarque de ceux-ci qui se concentrent généralement sur l’intégration de l’étranger dans l’intrigue en tant que héros principal. Si notre errant doit protéger l’univers fictionnel en entier, ici, l’originalité repose sur l’utilisation en long et en large de ce qui forme intrinsèquement et extérieurement un bouquin. Tout y passe. De l’histoire aux données externes comme l’ISBN, les statuts, les mentions légales, les notes de bas de page, le sommaire, mais aussi la structure, les genres, les fonctions et le poids de l’auteur, de l’éditeur et du lecteur, etc…Il exploite en profondeur les aspects qui font et qui englobent les livres si bien que des réalités et des impressions qui font souvent débats, sont mises en avant.

Si un certain sérieux transparait dans les lignes, l’enrobage est loin d’être pompeux. La plume de l’écrivain est un vrai régal pour les amoureux de la langue française et des figures de style. Les tournures et les jeux de mots ajoutent une touche humoristique et cynique voire satirique à la situation dramatique du héros qui doit sauver ses fesses et celles de la fiction. Ange Beuque est incontestablement un magicien des mots. Il distille un vocabulaire soutenu en usant de jeux de mots ou en détournant les expressions. Certains dialogues n’ont parfois ni queue ni tête. Ils sont excentriques voire absurdes tout en étant terriblement drôle. J’ai simplement adoré le côté rocambolesque et cocasse du passage de l’assureuse par exemple.

Si les techniques d’écriture sont multiples, les genres le sont tout autant : polar, western, science-fiction, fantasy, contes revisités,…et également les classiques qui sont présents sous forme de référence, de clin d’œil ou en épisode entier.

En plus, d’être un marionnettiste jouant avec sa création, l’auteur s’amuse aussi avec son lecteur. Le principe de l’application Readiktion repose sur le choix de ce dernier mais celui-ci est-il réellement le maître de la partie ? Qui manipule vraiment qui ? Qui est le maître du jeu ? Le lecteur ? L’auteur ? Ou bien les deux se font-il berner par l’intrigue elle-même et les protagonistes ? Après tout, on évoque souvent la vie fictionnelle qui évolue d’elle-même sous les doigts ou le stylo de celui qui la couche sur le papier (ou sur l’écran). Bien entendu, cette question n’a pas de réponse ou du moins, elle ne possède pas une unique vérité selon moi car la fiction est une terre riche et mystérieuse que l’homme n’a pas fini d’explorer et qui n’a de limite que l’imagination humaine.

Si la liberté d’action du lecteur est en partie illusoire, Ange Beuque n’hésite pas à l’utiliser dans son histoire. Nous voilà interpelé ou fustigé par notre errant nommant notre pseudonyme qui reste malheureusement masculin quand on est une fille. Cela relève de l’aspect technique de l’écriture textuelle qui n’est pas régie par un code informatique qui changerait le il en elle selon le profil du joueur. Sincèrement, ce n’est qu’un détail bien compréhensible et qui n’a que peu de poids sur ma balance du plaisir qui a jugé cette expérience merveilleuse et pleine de surprises.

Toujours intriguée par le fonctionnement des choses et ce qui se passe en coulisse, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la structure arborescente du roman interactif. Ainsi, j’ai exploré plusieurs scénarios-choix. Primo, parce que ma première aventure s’est terminée en 12 épisodes. Oui c’est possible et je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le coup de théâtre. Secundo, car j’aime tellement la plume de l’auteur et son côté manipulateur que mon appétit n’était pas satisfait après le premier round. J’étais insatiable. A ce jour, il me reste 3 chapitres sur les 56 disponibles à trouver pour compléter le jeu…euh le livre. J’ai vraiment été happée par cet univers que l’on peut explorer encore et encore sans se lasser et en changeant ses choix. Ce qui me plait beaucoup car, par moment, je suis indécise devant les possibilités qui ont l’air toutes plus savoureuses les unes que les autres. L’exploration en profondeur des divers scénarios m’a permis d’assouvir ma curiosité et d’appréhender un minimum ce labyrinthe livresque.

Enfin, abordons le point personnages.  Notre héros est un détective de formation et d’expérience. Fort de son palmarès, il a pris la grosse tête. Il est hautain, vaniteux, imbu de lui-même et arrogant. Il vise avant tout le résultat peu importe les dommages collatéraux. Toutefois, son caractère va évoluer au fil des paragraphes au contact de son adorable partenaire. Sid s’incruste aux côtés de notre errant comme assistant. Il a un cœur en or et est loin d’être aussi bête que le jugement de son patron le laisse penser. Sa gentillesse le pousse à aider autrui et il possède une certaine capacité d’observation qui va les sortir de l’impasse plus d’une fois et faire avancer l’enquête.  Il a ce pouvoir de susciter au lecteur l’envie d’en savoir plus sur ceux qui secondent le héros de l’histoire.

En bref, La Malédiction est une épopée mêlant enquête et aventure mais qui possède une richesse dépassant ces seules catégories. Ce roman interactif est bien plus qu’une simple expérience ou qu’un livre-jeu. C’est une véritable plongée dans l’esprit extravagant et humoristique de son auteur qui joue avec sa création et son lecteur comme si nous étions attablés autour d’un échiquier.  

Pour vous plongez sans plus attendre dedans, c’est par ici : https://www.readiktion.com/la-malediction/

Friend Request by Laura Marshall

  • Title: Friend Request
  • Novelist: Laura Marshall
  • Publisher: Sphere Edition
  • Categories: Thriller, Mystery

Friend Request puts us on the dangerousness of Facebook. Louise Williams created her own interior design firm. She works at home and raises her 4-year-old son, Henry, alone since she divorced. One day, she received a friend request from Maria Weston who died in 1989. She is invited to attend the School Reunion Class of 1989. Louise wonders who is hiding behind that Facebook’s profile. Could Maria be still alive? The sea never gave back her body after all. Will Louise face the weight of the past that haunts her every day?

This thriller takes off at top speed with the reception and the acceptation of the Friend Request. Nevertheless, the rhythm slows down during the next chapters. Disturbing events happen but we know that the Reunion’ll be the most important moment of the story. The moment when something dark’ll occur. After that, the heroine will be more stressed and frightened. After the episode, I didn’t want to put the book aside. The end made me shivering because of the horror of the revelations.   

The book approaches a lot of concepts. The bullying at school. The desire to sacrifice everything to be a part of the group of popular teens. The power that makes some people feel not responsible of their acts. The effects of our school life on our future. The dangers of Facebook and the voyeurism. The children’s place in his mother’s life.  

Henry is the center of Louise’s universe. She doesn’t see her own force even though she is a single mother and a boss. She doesn’t feel confident and she is puffed up with the perfect idea of the family. In the novel, she draws on her energy and her hidden strength to prevent herself from succumbing to the urges she feels for her ex-husband. I like her evolution, her willpower and her bravery. 

The alternation between 1989 and 2016 immerses us in two eras that are different and have similar points at the same time. We learn Louise’s past and the link between that past and the present appears progressively until the final revelations. The writing of the novelist is simple and fluid.

In short, Friend Request is a novel blending a raw reality and morality. Laura Marshall used the vices of Facebook to offer us a thrilling story in which human horror is shown.