Bienvenue à Saint-Fouettard (Magic Charly, #2) d’Audrey Alwett

  • Titre : Bienvenue à Saint-Fouettard (Magic Charly, #2)
  • Autrice : Audrey Alwett
  • Éditeur : Gallimard jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantastique

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, dans le menu Automne douceur de vivre, sous catégorie Chante-moi une chanson Sassenach, j’ai adoré retrouver l’univers d’Audrey Alwett et de nos deux héros.

Comme d’habitude, cette chronique étant sur un deuxième tome, je recommande d’avoir lu le premier, car certains éléments du précédent sont évoqués.

Après l’attaque de l’école des allumettes Hurluberlu, June fouille les décombres à la recherche d’un indice pour retrouver Charly et Sapotille. Seule la pauvre Pépouze donne signe de vie. Loin de se démonter, l’adolescente décide de remuer terre et ciel pour rejoindre ses amis. Ceux-ci sont emmenés vers l’école Saint-Fouettard. Un lieu pour les apprentis magiciers que les puissants étiquettent comme rebus de la société, car ils n’ont pas respecté les règles. Le juge Dendelion est déterminé à tuer dans l’œuf toute graine de rébellion, quitte à user d’horribles méthodes. Tout en priant pour que personne ne se rende compte des mensonges sur l’allégorie de la Mort, Charly et Sapotille découvrent les plans machiavéliques du Juge. Ils vont devoir redoubler d’ingéniosité pour le combattre avec une jauge de magie très basse.

Ce deuxième opus nous entraîne à Thadam que nous avions partiellement explorée dans le premier livre. Alors que le second tome d’une série permet souvent d’entrer dans le vif du sujet dès les premières pages, celui-ci s’est plutôt apparenté à une introduction. En effet, nous approfondissons les lois qui régissent le royaume des magiciers. La facette moins reluisante de ce monde est dévoilée. Il faut plusieurs chapitres avant de toucher à l’intrigue principale.

Saint-Fouettard est une institution à l’allure sinistre. Une végétation sombre et terrifiante la borde. La chaleur semble l’avoir désertée depuis longtemps. La décoration intérieure y est sordide avec ces peintures sur lesquelles figurent des châtiments corporels. Lys Atravice le directeur, les accueille de son arrogance avec ses rumeurs. Maître de l’information, il les laisse rôder ses lézards bleus pour entendre les histoires croustillantes. Toutefois, celles-ci ne sont pas toujours fiables. Lorsque le magicier dénonce les comportements des élèves devant leurs collègues d’infortune, ses paroles déforment souvent la réalité. On ressent sans peine la douleur et la honte de Sapotille qui est incapable de faire entendre sa voix face à ce mensonge.

Dans la vie réelle, les rumeurs s’apparentent à une maladie, colportée par les commères. Avez-vous déjà remarqué l’absence de masculin pour ce mot ? À croire que seules les femmes répandaient des bobards sur le dos des autres au moment de laver leurs linges alors que les hommes bien éméchés à la taverne ne racontaient pas que des vérités ! Tout ça pour dire que j’utiliserai le terme commère au masculin pour dépeindre Lys Atravice. Avide de connaître les petits secrets de tout le monde, il note toutes les rumeurs que ses lézards lui chuchotent à l’oreille dans des carnets. Sa volonté de les répandre est forte. Il voudrait être reconnu pour ces talents d’informateur. Car, il se voit comme tel et non comme un être abject dont les propos peuvent détruire la victime. Il faut se méfier des rumeurs, elles sont dangereuses et n’apportent que du chagrin. J’espère que grâce à cette ingénieuse manière de les mettre en scène, les enfants comprendront les conséquences néfastes qu’elles engendrent.

En parallèle de ce thème, l’autrice traite partiellement du racisme alors qu’elle l’évoquait à peine dans le premier tome. Son récit intègre d’autres sujets qui en font un roman inclusif. Je ne peux pas en parler ici, car ce sont de révélations sur certains personnages. Je peux, néanmoins, mentionner le métier que Charly va endosser. Il existe un moyen de sortir de Saint-Fouettard : payer l’amende émise par le tribunal. Pour cela, les Fouetteux sont autorisés à travailler, bien que leur statut (bonjour la marginilasition) rende difficile leur engagement. Charly deviendra une dame de compagnie, un rôle que je n’ai jamais vu dans les mains d’un homme jusqu’à présent. Notons que le terme reste tout au long du roman. Une manière d’exprimer du mépris de la part du Juge et de son fils envers notre protagoniste.

Charly déchante face à la dure réalité de Saint-Fouettard. Pourtant, l’espoir continue de guider ses pas. Malgré la noirceur de l’institution, il s’imagine déjà ami avec les élèves qu’il rencontre. Sa persévérance et sa droiture vont peu à peu changer la perspective des autres à son égard. Pour la première fois de sa vie, il va être confronté à l’absurdité. Dans cette école, les profs ne leur apprennent rien ! Il comprend désormais les craintes de la studieuse Sapotille. Charly va également évoluer en réalisant qu’il ne gère pas ses émotions négatives vu qu’il les absorbe dans son poing droit. Il les refoule.

En mentionnant les sentiments, l’attirance entre Charly et Sapotille va se développer. C’est mignon, mais sans plus pour mon cœur de pierre. On s’y attend depuis longtemps. Toutefois, j’ai apprécié la manière dont Audrey Alwett amène la question du consentement. C’est important d’en parler dans les romans jeunesses pour changer la vision des relations de couple.

L’évolution de Sapotille m’a un peu rebutée. Dans L’apprenti, on avait découvert une adolescente indépendante. Durant les premiers chapitres de Bienvenue à Saint-Fouettard, elle se transforme limite en personnage tertiaire. Amorphe et déprimée, elle ne fait pas grand-chose pour affronter la situation et devient presque en poupée que le héros doit couver. Ce comportement causé par l’acte affreux du juge est cohérent, mais cela ne m’a pas empêché de grimacer vu qu’il s’apparente au rôle féminin que j’ai de plus en plus de mal à supporter dans les romans. La passivité des femmes n’est plus pour moi. Heureusement, l’écrivaine finit par opérer un revirement qui m’a beaucoup plu en boostant à nouveau son héroïne et en lui redonnant du panache, même si une certaine révélation va la bouleverser.

En dépit de la lenteur du déroulé du récit, celui-ci se laisse conter grâce à la plume dynamique et colorée d’Audrey Alwett. Elle arrive à insuffler la vie dans les bâtiments qui deviennent des êtres à part entière. On s’attendrait presque à les voir s’animer.

En bref, Bienvenue à Saint-Fouettard ressemble à un premier tome en raison des explications liées au world-building, c’est-à-dire la découverte en profondeur de Thadam que nous avions effleuré dans L’apprenti. L’intrigue principale commence à se dévoiler assez loin dans le livre. L’émerveillement opère, cependant, sa magie, car l’autrice a une imagination exceptionnelle qui lie fantastique et problématiques sociétales avec brio. Les thèmes qui parsèment le récit sont tellement nombreux que je n’ai pas pu tous les citer. Je vous laisse découvrir les autres lors de votre lecture, qui je l’espère, sera aussi distrayante que la mienne. 

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Tout ira bien d’Elena Tenace

  • Titre : Tout ira bien
  • Auteur : Elena Tenace
  • Éditeur : Liv’S Éditions
  • Catégories : young adult, fantastique  

La thématique et la beauté déchirante de la couverture (confection d’Alexandra Gille) de Tout ira bien m’ont de suite attirées lorsque Livr’S Éditions l’a proposé en précommande.

Le harcèlement scolaire apparaît quelques fois dans mes lectures (par exemple : Éliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot). Toutefois, je lis peu de romans centrés exclusivement sur ce fléau. Ce n’est pas un désintérêt de ma part, c’est juste que je n’ai pas forcément envie de côtoyer cette réalité terrifiante dans les livres. Le harcèlement dans le milieu scolaire (et même professionnel) est bien trop présent et répandu dans notre société.

Je sais, cependant, que ce type de récit est nécessaire (voire essentiel), car il peut être une révélation, une bouée de secours, un moyen pour les victimes de comprendre qu’elles ne sont pas en tort. Elles n’ont rien fait de mal et qu’elles ont le droit de demander de l’aide. De la même manière, il peut contribuer à faire bouger les témoins (les professeurs comme les proches, souvent démunis face à ce crime). D’ailleurs, cher.ère.s enseignant.es, vous pouvez contacter Livr’S Éditions pour vous procurer un dossier pédagogique sur le sujet.

J’ai lu Tout ira bien dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge.

Emma se réveille dans une chambre d’hôpital. Elle a oublié les raisons qui l’y ont amenée. Très vite, elle se rend compte qu’elle est devenue un spectre dont le corps est plongé dans le coma. Chaque fois, qu’elle touche une personne ou un objet qu’elle a connu, elle voit des morceaux de son passé. Lors de sa quête de la vérité, elle rencontre Pablo, l’esprit d’un rhétoricien décédé qui va la guidez et égayer son entre-deux monde grâce à son cynisme et sa douceur.

L’enquête retrace la vie d’Emma en choisissant son arrivée à l’Institut Saint-Joseph comme point de départ. C’est le mot idéal, car il s’agit d’une nouvelle école, pour une nouvelle vie. Toutefois, elle rencontre des difficultés à s’intégrer à cause de sa timidité. Seule Fanny, sa meilleure amie, tentera de la protéger des agressions orales, psychologiques et physiques qu’elle subit.

Nous suivons principalement le point de vue d’Emma entrecoupé par la narration de sa mère qui nous envoi un coup de poing dans la figure tant celle-ci se sent désarmée par la situation de sa fille, qu’elle souhaite aider du plus profond de son cœur. Elle culpabilise à mort. Elle cherche les mots, l’absence de mots, les actes manqués qui ont conduit à cette tragédie. Qu’a-t-elle fait de travers pour en arriver là ? Elle représente les victimes collatérales du harcèlement qui n’ont pourtant rien à se reprocher, surtout s’iels ont été à l’écoute. C’est déchirant, bouleversant de voir l’impuissance des proches qui gardent toujours cette note d’espoir qui leur susurre à l’oreille : Tout ira bien.

Ce roman ne nous expose pas seulement les événements horribles, il nous montre la force de cette élève brimée. Elle poursuit sa quête malgré le fait qu’elle vive une seconde fois cette violence. Il représente également les œillères immenses que des profs et l’école portent pour se dédouaner de leur immobilisme, en évitant d’évoquer celle dont la chaise est vide dans la classe. Il faut dire que cela fait tache pour l’image de l’institution et qu’il vaut mieux enterrer ça le plus vite possible tout en laissant les coupables vivres en toute liberté. Cette réalité révoltante est tellement véridique.

De nombreux harceleurs restent victorieux et insouciants. Ils ne sont ni blâmés ni emprisonnés. À peine punis. C’est toujours la victime qui paie et il est temps que cela cesse.

Bien que cette part d’ombre, cette réalité crue est présente dans Tout ira bien, le récit se veut positif. Il lance, non pas un appel, mais une main tendue vers les trop nombreuses Emma de par le monde.

En bref, Tout ira bien est un court texte percutant, à la fois doux et puissant. Il traite du harcèlement scolaire en nous faisant vivre et analyser le passé d’Emma de manière intelligente. Sortez les mouchoirs si vous le lisez, mais surtout sortez les mains de vos poches pour aider ceux qui en ont besoin. Une oreille attentive et sans jugement peut sauver des vies innocentes.

Nova et Juliette, un Halloween pas comme les autres (#1) de Victoria May

  • Titre : Nova et Juliette, un Halloween pas comme les autres
  • Autrice : Victoria May
  • Éditeur : Éditions Leonis (auto-édition)
  • Catégories : fantastique, young adult

Si vous êtes du genre à détester la période d’Halloween pour ses histoires horrifiques qui vous empêchent de dormir la nuit sans veilleuse, alors Nova et Juliette de Victoria May est fait pour vous. Oui, vous ne rêvez pas. L’autrice a réussi à associer la fête de Jack O’Lantern avec la douceur que l’on rencontre dans la période suivante au pied du sapin.

Nova est déterminée à regagner sa place d’héritière du clan Damona. C’est elle l’aînée. Pourtant, sa sœur la dépasse en puissance et en habilité magique. La jeune sorcière réalise un rituel censé lui apporter cette gloire perdue, elle se retrouve propulsée dans un monde parallèle où elle est accueillie par Juliette, une adolescente recluse chez elle. L’amitié naissante va se transformer en un lien fort qui perdurera au-delà des frontières.

Lorsque j’ai commencé le récit à une heure tardive, je pensais en lire un chapitre ou deux malgré sa taille. Le sortilège lancé par Nova m’a embarqué dans cette relation apaisante, si bien que je ne me suis pas vue tourner les pages. Le roman ne comporte, pourtant, ni monstre ni aventure extraordinaire où le suspense serait insoutenable. C’est une source de pur bien-être qui remonte le moral après une longue semaine. Il est parfait pour un moment cocooning enveloppé dans un plaid bien chaud et une tasse de thé.

Les personnages sont nuancés, forts et authentiques. Nova est un vrai rayon de soleil. Malgré sa rancune envers sa sœur, elle incarne l’optimisme et la positivité grâce à sa franchise et à son honnêteté. Son origine magique apporte cette touche d’enchantement qui rappelle les balades en forêt : la côtoyer permet de se ressourcer, de revenir à la simplicité, de profiter de l’instant présent et des cadeaux de la nature. Issue d’une société matriarcale, Nova se retrouve confrontée au monde de Juliette, dont la grisaille des immeubles étouffe la verdure.

Juliette, quant à elle, incarne une entité lunaire. Elle s’est enfermée dans le monde virtuel suite aux relations horribles qu’elle a subies. L’adolescente s’attache à faire respecter l’ordre sur son forum préféré et elle déguste les fanfictions basées sur l’univers de sa série adorée : Les Royaumes oubliés. Angoissée et peureuse, elle souffre de cette solitude. Affronté les autres, tenir debout face à eux l’a rend anxieuse. Juliette possède, pourtant, la force de briller dans la nuit triste qui l’entoure. Nova va l’aider à s’en rendre compte et à retrouver confiance en elle. Popcorn (je me devais de mentionner le chat) apportera sa touche de douceur et de soutien.  

En plus du thème de l’amitié, l’autrice aborde des notions historiques et magiques qui lui sont chères. Si Halloween est devenu la fête des monstres terrifiants, elle rappelle à travers le personnage de Nova, qu’il s’agissait avant tout d’une célébration en communion avec la nature. Samhain était loin d’être démoniaque pour les peuples anciens, tout comme la sorcellerie blanche ou verte.

En bref, Nova et Juliette, un Halloween pas comme les autres est un écrin de douceur. C’est frais, tendre et mignon. Cette novella nous rappelle que l’amitié est une source de pouvoir incroyable contre la solitude et la noirceur engendrée par autrui. La magie des liens est puissante.

Bad Karma (Bayou détective, #1) de C. C. Mahon

  • Titre : Bad Karma (Bayou détective, #1)
  • Autrice : C. C. Mahon
  • Éditeur : auto-édition
  • Catégorie : policier, fantastique

Ayant reçu le premier tome de la série Bayou détective de C. C. Mahon dans le cadre du partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire, je l’ai sélectionné dans ma PAL du Pumpkin Autumn Challenge dans le Menu Automne Frissonnant. L’histoire se passe en Louisiane, riche en fantômes et démons, elle était parfaite pour la catégorie Ghost Hunt.

Noter que Bayou détective se déroule après la trilogie Bayou Fantasy que je n’ai pas lue. Je n’ai pas été gênée lors de ma lecture, car l’autrice insère certains éléments du passé des deux détectives privés. Ça pourrait s’apparenter au divulgâchage. Toutefois, j’ai tellement apprécié les personnages que ça m’a donné envie de me plonger dans le récit de leur rencontre.  

Prudence et Moore se rendent à Beau Séjour pour enquêter sur un mystérieux fantôme qui balance des objets à la tête des touristes. Juju, imminent sorcier et ami, leur a seulement demandé de vérifier la véracité des faits et la présence réelle d’un spectre à exorciser. Cependant, le professionnalisme de Moore le pousse à découvrir l’identité et le meurtrier du poltergeist au grand dam de sa collègue qui redoute son expérience passée avec le monde surnaturel. Leur investigation va déterrer plus d’un secret terrifiant et scandalisant.

L’univers de Bad Karma se déroule au cœur de La Louisiane historique avec ses plantations de cannes à sucre dirigées par les maîtres blancs qui exploitent les esclaves noirs. De nos jours, Beau Séjour est devenu un lieu touristique qui privilégie la suprématie des maîtres à la réalité des opprimés. La majestueuse demeure est mise en avant alors que le quartier des esclaves est soigneusement dissimulé sous la végétation. Enfin, c’était la gestion de l’ancien directeur : Auguste Gauthier. Sa remplaçante, Grace Morgan, a une tout autre vision. L’application de ses décisions semble coïncider avec le début des événements mystérieux.

« Ce n’est pas parce que le passé est désagréable qu’il faut le glisser sous le tapis. »

Le récit oscille entre sphère humaine et fantastique. À un moment, on se demande si l’origine des maux prend sa source dans la première, l’instant d’après, on croit que la vérité se trouve dans la seconde. J’ai adoré la façon dont l’autrice tisse la toile de cette intrigue. Même si les thèmes (racisme, esclavagisme) et la trame de fond ont déjà été exploités par pléthore d’écrivain.es, sa manière de tricoter l’histoire m’a entraînée dès les premières pages. D’autant plus que ses protagonistes sont attachants.

Prudence a abandonné ses études. Les épreuves qu’elle a endurées ont baissé l’estime en ses capacités. Elle se sent plus fragile qu’elle ne l’est. C’est pourquoi Juju lui a fabriqué un bracelet protecteur. Au fil de l’enquête, elle va apprendre les ficelles du métier de détective. Les bons, comme les mauvais côtés. Son empathie rend l’exercice du rôle d’actrice difficile. Elle n’aime pas interroger les personnes ébranlées par la disparition de leur proche ni mentir pour obtenir des informations sans éveiller la méfiance. À travers ce personnage, C. C. Mahon exploite la complexité et la noirceur de l’âme humaine par la question : doit-on rendre justice à un criminel qui a été assassiné ?

Moore est un ancien policier originaire de New York. Né pour investiguer, il se reconvertit en détective privé et entraîne son amie pour l’aider à reconstruire une confiance en elle. Il croit en ses aptitudes et est déterminé à lui prouver. Prudence le nomme le chevalier servant, car il a une nette tendance à protéger la veuve et l’orphelin et à courir délivrer la princesse en détresse. Derrière sa droiture se cache un homme qui n’hésite pas à tirer profit de son côté beau gosse pour charmer les suspect.es et leur extorquer les indices.

J’aime leur duo. Leur amitié est palpable dans leurs gestes, leurs paroles et leurs disputes. Ils se taquinent en jouant sur leur différence du Nord et du Sud. Cette touche d’humour donne une légèreté au roman dont le style fluide élabore une atmosphère tantôt énigmatique tantôt terrifiante.

En bref, j’ai dévoré Bad Karma. Si le décor des plantations ne lui confère pas un cachet original, la construction de l’intrigue et son duo attachant ont verrouillé mon âme, à coup de signes Hoodoo, dans le monde élaboré par C. C. Mahon. Les tomes suivants et la série précédente sont d’or et déjà inscrits à ma wishlist.   

Sans nouvelles (anthologie)

  • Titre : Sans nouvelles
  • Auteur.rices : Alexys Méan, Christelle Colpaert Soufflet, Geoffrey Claustriaux, Graham Masterton, Hélène Duc, Marine Stengel
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégories : nouvelles, horreur

Sans nouvelles est une anthologie centrée sur le thème de la disparition dans le genre de l’horreur. Je l’ai eu en cadeau lors d’une précommande ce printemps. L’éditrice et autrice, Émilie Ansciaux, a par moment, des coups de folie en créant des packs ou des promotions avantageux. 

Le recueil regroupe six textes aux plumes diverses qui empruntent majoritairement au fantastique où légendes, fantômes et monstres se côtoient. Seul Enquête en sang trouble d’Hélène Duc reste dans la réalité sordide en explorant une part de l’humanité qui sévit sans une once de remord. 

Petit tour de mon top trois : 

La boîte de Marine Stengel. 

L’autrice fait partie des Plumes de l’imaginaire qui dort encore dans ma liseuse. C’est avec ce court texte que je découvre son écriture et son univers. La nouvelle est prenante dès le départ. Phoebe se réveille dans un caisson. Vous imaginez l’horreur ? Est-elle enterrée vivante? Enfermée par un fou furieux ? La vérité est bien pire que ça ! L’écrivaine donne des détails de la situation avec parcimonie. Un peu comme si nous étions Phoebe elle-même. Nous appréhendons le contexte, le décor, la douleur, pas à pas, telle une lampe torche qui éclaire des pans de la grotte avant que notre esprit ne reforme les morceaux du puzzle. En ouvrant cette boîte de Pandore, la romancière nous montre l’horreur humaine dans toute son ignominie. Celle qui n’agit pas dans l’ombre, qui est soutenue par les plus grands sous le couvert de valeur et de solidarité. En 2022, ce récit a une résonance encore plus profonde et significative. L’expression la réalité rejoint la science-fiction sonne terriblement vraie. 

Au cœur de l’horizon de Geoffrey Claustriaux

Fred (14 ans) garde sa cousine Fanny (8 ans) quand ils sont enlevés et emmenés sur un paquebot. Pourquoi ? Où vont-ils? Que va-t-il leur arriver ? Les réponses à ces questions sont aussi ingénieuses qu’effrayantes. L’auteur a judicieusement employé une triste problématique sociétale pour nous transporter dans l’horreur, car la mésaventure que vivent les cousins est le résultat d’un excès, du paroxysme, d’une obsession insatiable que cette réalité engendre. Mes propos restent flous, je le sais. Ils vous ennuient peut-être, vous pensez sans doute que ce n’est que du charabia et je m’en excuse. Je ne peux pas révéler le sujet sur lequel repose cette intrigue parce que ça gâcherait son effet. Je l’ai tellement adoré que j’ai peur de dire le mot de trop. 

Sous les draps de Graham Masterton

Après La maison aux cent murmures, il s’agit de mon second contact avec le romancier qui est aussi le parrain de cette anthologie. Martin est un enfant à l’imagination abondante. Chaque nuit, il s’invente une nouvelle vie. Cette fois, il endosse le rôle d’un spéléologue à la recherche d’un gamin égaré. Sa plongée dans les profondeurs du lit l’emmène dans des mondes parallèles où le mal rôde. Au départ, cette nouvelle ressemble franchement à un récit jeunesse par son côté innocent et aventureux. Toutefois, il glisse vers une prose plus philosophique. Si les monstres sont répugnants et dangereux, le texte nous entraîne dans un univers onirique proche du cauchemar. C’est une sensation d’étrangeté qui m’a suivie plutôt que l’angoisse, même si la fin renoue avec l’horreur avec brio. Le dernier paragraphe est d’ailleurs bien mené. 

En bref, Sans nouvelles est une anthologie intéressante lorsque l’on désire découvrir le genre de l’horreur. Certaines nouvelles restent classiques quand d’autres nous emmènent dans des récits plus originaux et atypiques où les créatures de l’ombre revêtent parfois une peau humaine. 

Notre-Dame des Loups d’Adrien Tomas

  • Titre : Notre-Dame des Loups
  • Auteur : Adrien Tomas
  • Éditeur : Mnémos
  • Catégorie : fantastique

Je me suis procuré Notre-Dame des Loups d’Adrien Tomas lors de l’Op All Stars 2022. Cet événement, qui vend à 1,99 € une sélection d’ebooks au début de l’été, est idéal pour se laisser tenter par des titres qui se trouvent hors de sa zone de confort ou pour lesquels une hésitation persiste. C’est du moins avec cet état d’esprit que je parcours les menus depuis deux ans. Ce qui m’a attiré dans ce court roman est la plongée dans l’Amérique du XIXe siècle et un western un peu particulier vu qu’il se déroule dans le Nord et ses forêts obscures. 

1868, la troupe de veneurs de Jack arpente la Forêt Blanche pour dénicher la reine des Wendigos et la tuer pour mettre un terme à son règne sur la nuit. La situation prend une tournure déroutante lorsque l’un d’entre eux se fait assassiner pendant son sommeil. Là, où aucun lycanthrope ne devrait se trouver. 

La structure du roman se décline en multiples narrateurs. Un chapitre est dévolu à chaque veneur qui se relaye pour raconter le déroulement de la chasse. Ainsi, nous observons l’âme des personnages tour à tour et nous voyons à travers leurs yeux, leurs camarades, ce qu’ils en pensent, leurs comportements avant de glisser dans leurs chaussures du suivant. Ce procédé est intéressant, car le lecteur construit une première vision des personnages qui est influencée par la subjectivité du narrateur. Ensuite, cette image est nuancée, déconstruite, remaniée par de nouvelles caractéristiques qui les complexifient. C’est un peu comme si on se forgeait des idées préconçues qui s’écroulaient grâce à la discussion (ou plutôt ici au monologue et à l’écoute).  

Jack est le chef du groupe. Il endosse le rôle du dur à cuir, désagréable et intransigeant sur la discipline. Il ne supporte pas ceux qui veulent passer outre son autorité. D’ailleurs, il préfère les petites bandes, car elles sont plus gérables. Pourtant, Jack sait jauger et reconnaître les qualités des gens, surtout celles utiles à la chasse et à la survie contre les wendigos. Il observe ses compagnons de route et en prend soin, même si ses conseils sont plus donnés sur le ton de l’ordre. Il est obnubilé par la destruction de la reine des Rejs. 

Il est secondé par Würm. Originaire d’Allemagne, il s’agit du véritable leader du groupe. Sa première expérience sur le sol américain s’est révélée catastrophique, celle-ci ayant donné lieu à un massacre sans nom. Il prodigue ses opinions et sa sagesse à Jack sans que les autres le sachent. Son allure de dandy du siècle passé et son mutisme, lui confère une aura mystérieuse qui révélera bien des secrets au fil de l’histoire. 

Arlington ouvre le bal des narrateurs. Ancien journaliste, ce type est arrogant, imbu de lui-même et possède une confiance en soi démesurée qui l’aveugle. Il déteste les autres membres du groupe et ne souhaite que le quitter, mais il s’agit surtout d’une âme meurtrie par la perte de son travail de rêve. Il n’a jamais voulu devenir veneur, le destin s’est abattu sur lui sans merci.

Jonas est l’artilleur de la bande. Sa fonction consiste à refondre les balles d’argent, car cette matière n’est pas inépuisable. Il est superstitieux, sexiste et raciste. Toutefois, c’est un fin observateur et il endosse, d’une certaine manière, le rôle de tuteur pour Billy. 

Billy est le plus jeune de la troupe (une vingtaine d’années). Beau gosse, cerveau lent, il lui faut du temps pour comprendre certaines situations. Du coup, il se fait souvent rabrouer par Jonas qui lui explique ce qu’il risque avec son attitude. Son manque de perspicacité ne l’empêche pas d’être animé par la passion. Son innocence lui confère un côté tendre derrière l’image de l’ancien cowboy qui joue les durs et les jolis cœurs. Il possède des qualités qu’il dissimule par crainte des autres. 

Le personnage qui m’a le plus déçu est sans aucun doute Evangeline. La dresseuse de chiens originaire des bayous avait de quoi plaire avec sa prestance, son calme et la force qui émanait d’elle. Toutefois, elle se révèle être un personnage plutôt stéréotypé. Sa couleur de peau ne semble être qu’un prétexte pour dépeindre le racisme de l’époque malgré la libération des esclaves. Quant à sa magie, elle est sous-exploitée et ne sert qu’au revirement de l’histoire. Sans divulgâcher, je vais seulement dire que je n’apprécie pas ce que cache son masque et qui se trouve à l’opposé du potentiel du personnage. Cet élément n’a rien d’incohérent, je tiens à le préciser. C’est juste son côté « évident », « courant » qui me fait grimacer. J’en attendais bien plus.

Enfin, je termine par la narratrice qui m’a le plus plu : Waukahee. Celle-ci arrive dans la bande en cours de route. Contrairement à Evangeline, j’ai trouvé qu’elle sortait des sentiers battus. Elle n’est pas dépeinte comme une sauvage d’Indienne ou docile. Elle a de la classe en fait ! Badass avec son arc à flèche, elle reste humble sans pour autant se laisser marcher sur les pieds par les racistes ou les hommes. Elle a une de ses réparties tout en finesse qui finit par convaincre les veneurs. Surtout qu’elle n’utilise aucune vulgarité, comme ce type d’histoire a tendance à employer abondamment.    

L’univers s’avère assez simple. Le récit se base sur la légende amérindienne des Wendigos, ces hommes devenus des bêtes, les pendants des loups-garous européens en somme. L’auteur décide de les nommer les Rejs. Toutefois, rien ne suggère une différence avec les caractéristiques habituelles des lycanthropes. D’où mon interrogation sur ce changement d’appellation. Adrien Tomas relie l’apparition des créatures en Amérique à l’Europe et le fameux navire : le Mayflower. Néanmoins, la longueur du texte ne permet pas d’approfondir ce world-building qui reste un décor. 

Est-ce un mal ? Non. Notre-Dame des Loups raconte plutôt l’histoire des veneurs, leurs relations, leurs mésententes et les causes désastreuses, que la chasse aux Rejs qui passe au second plan durant la majeure partie du roman pour seulement ressurgir à la fin. La fameuse reine n’est pas la meilleure des antagonistes, car elle n’est ni nuancée, ni profonde. Elle ne fait qu’utiliser les pions à sa disposition pour semer la discorde, on n’en voit que la griffe, mais pas le cœur. On sait juste qu’elle est fine stratège.

Le point fort de la plume d’Adrien Tomas réside dans sa manière de décrire les personnages. Il choisit soigneusement ses mots pour dresser leur portrait. C’est vivant, visuel et ça entre en résonance avec l’ambiance sombre, crue et froide des lieux. 

En bref, Notre-Dame des Loups fut une lecture attrayante pour la technique narrative employée. Elle conte, avant tout, une histoire de vengeance, de gens désabusés, éreintés par une chasse sans fin. Si le world-building n’apporte aucune nouveauté dans la sphère des lycanthropes, l’aspect humain, lui, est intéressant. 

Dans ton camp (À défaut d’ailleurs)

  • Titre : Dans ton camp (à défaut d’ailleurs)
  • Auteurs : Émilie Ansciaux, Geoffrey Claustriaux et S.A. William
  • Éditeur : Livr’S Édition
  • Catégories : comédie, fantastique

Quoi de mieux qu’un livre sur les camps de vacances pour sortir du train-train quotidien en pleine saison estivale ? Dans ton camp (à défaut d’ailleurs) fait partie de mes lectures doudou. Il possède l’ensemble des ingrédients pour un bon moment de détente et de rigolade tout en ayant une bonne dose de fantastique : une amitié naissante, une licorne, des situations loufoques, l’emprise d’un démon et un bain de sang.

Ce roman à six mains relate la rencontre de ses auteur.rices lors d’une colo d’été singulière. Au moment de quitter le bateau qui les amène en Corse, d’étranges accidents se produisent.  Bimbo numéro 1 tombe dans les escaliers, la deuxième manque de s’étouffer suite à une réaction allergique et la dernière du trio aura un destin peu enviable par la suite. Grima, la solitaire dessinatrice offre à Sonia, Émilie, Geoffrey et Mattéo, des familiers pour vaincre le démon. Arriveront-ils à se dépasser pour sauver leur peau ?  

L’histoire à l’humour débridé me régale à chaque lecture. On y découvre tour à tour le quatuor par leur propre voix et celle des autres. Sonia s’inquiète des apparences. Elle préfère dissimuler ses passions par crainte des moqueries. Derrière son innocente pureté, elle est calculatrice et choisit ses amis. Au cours de l’aventure, elle devra accepter sa part d’ombre.

L’amour de la lecture et des mignonneries la fera tomber sous le charme d’Émilie. Hargneuse quand on touche à sa Georgette (sa peluche licorne), sa langue acérée et vulgaire de serpent témoigne une sincérité et une franchise que peu de gens possèdent. Avec elle, il n’y a pas de faux semblants. Contrairement à Geoffrey, cet ami taiseux qui en pense plus qu’il ne le dit, mais dont les penchants graveleux seront révélés au grand jour quand son masque de bienséance se craquèlera.

Quant à Mattéo, le beau gosse aux fortes odeurs corporelles du groupe, il préfère les esprits justes à la superficialité.

En bref, si vous avez envie d’humour, de dérision, de personnages qui affrontent leur identité profonde, d’une amitié qui se construit. Ou si vous avez envie de lire les malheurs d’une pauvre licorne nommée Georgette, foncez ! Ce court roman vous fera passer un agréable moment.

La Mélodie d’Émilie Ansciaux

  • Titre : La Mélodie
  • Auteurice : Émilie Ansciaux
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : horreur fantastique

En écrivant ces lignes, je ne sais toujours pas que penser de ce court texte qui m’a attirée par la simplicité et la symbolique de la couverture réalisée par Chris Weyer. Il ne s’agit pas d’une histoire que je peux catégoriser avec aisance sous l’étiquette j’aime ou je n’aime pas. C’est le genre d’histoire qui marque, qui surprend par son côté malsain et glauque. Avant de m’y plonger, j’avais lu d’autres chroniques qui mettaient en évidence la singularité de la seconde partie. Pourtant, je me suis pris une claque. Mon cerveau avait beau avoir lu qu’elle nous emmenait dans les Ténèbres les plus obscurs, il attendait toujours une suite habituelle des récits horrifiants et fantastiques avec juste une écriture plus noire, plus impactante. Le rebondissement fut plus terrifiant, imprévisible et, cependant, il cadre avec l’histoire parfaitement.

Je ne sais qu’expliquer sur La Mélodie. En raison de sa longueur, j’ai peur de trop en dire. Le texte commence sur une note basique. Un type (dont on ne connait pas le nom) déménage dans une nouvelle demeure qu’il a acquise et dont il attend un nouveau départ. Surtout après le goût amer que sa rupture brutale lui a laissé. Bien entendu, il entend soudain une mélodie que nul autre ne perçoit. Peu à peu, elle le rend fou et….

On est happé dans les méandres méphitiques de l’humanité. On dévie de l’histoire horrifique tradionnelle pour emprunter sur des chemins impurs qui donnent la nausée tant les vapeurs nocives nous étouffent. Les questions se bousculent ainsi dans l’esprit : jusqu’où l’être humain est-il prêt pour atteindre ses fins ? Quel est le plus éternel entre la haine et l’amour ? À quel point, l’amour peut-il nous changer ? À quel point la violence peut-elle nous atteindre ? À quel point peut-on laisser notre colère nous corrompre ?

En bref, La Mélodie nous prend la main pour nous entrainer dans un slow innocent. La ballerine nous rassure, nous berce et endort notre vivacité d’esprit en nous contant une histoire basique du genre avant de nous pousser brutalement sur la scène de l’horreur à l’état pur.

Talisman de Gilles Debouverie

  • Titre : Talisman
  • Auteur : Gilles Debouverie
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : thriller horrifique

Au départ, je ne pensais pas craquer sur Talisman. Puis, j’ai lu un extrait lors des précommandes et… vous connaissez la suite.

Dunkham est une petite ville des États-Unis épargnée par les crimes malsains et les gros malfaiteurs jusqu’au quintuple meurtre dans la résidence d’un ancien flic. Les victimes ne sont autres que la famille venue enterrer leur parent. Carla Mendez, fraichement promue au rang de lieutenante, s’occupe de l’affaire. Sa rationalité sera ébranlée par l’évocation d’un objet trouvé dans le grenier par la seule rescapée de ce drame : un talisman.

Gilles Debouverie utilise l’alternance des points de vue pour raconter ce thriller fantastique. Un choix qui se révèle original, car l’un d’eux n’est autre que le talisman lui-même. Dorothy de son petit nom, emploie la narration en « tu ». Elle parle à la personne qui la porte autour de son cou. Elle décrit les scènes, ce qu’elle voit à travers ses yeux, les sensations qui animent le corps de ses victimes à la manière d’une petite déesse au pouvoir limité. Ainsi, l’auteur réussit à délayer des détails et à construire son univers sans que cela semble bizarre ou commun ou incohérent. J’ai d’ailleurs préféré ces chapitres-là à ceux de l’enquêtrice. En quelques paragraphes, Dorothy m’a séduite par son côté révolté et féministe, malgré la violence et ses penchants psychopathes, sa soif de sang. Sa personnalité s’avère même complexe et paradoxale. Elle prône des valeurs pures, mais jubile devant des crimes qui les touchent, telle une hystérique sur le point de rupture. Une âme qui franchit les limites à force d’être poussée par la rudesse et l’horreur de la vie et des hommes. Une proie qui devient le chasseur dans la peau duquel on s’infiltre en tant que spectateur. C’est glauque, ça fait froid dans le dos.

La seconde narration suit Carla Mendez et le fil de l’enquête dans laquelle elle a toujours une longueur de retard par rapport au talisman. On découvre un quotidien policier banal des séries américaines avec l’habituelle haine du FBI qui vient fourrer son nez dans l’affaire et dont l’agent va, bien entendu, se rapprocher de l’héroïne. Je précise tout de suite que cette relation ne figure pas dans le roman juste pour y mettre une partie de jambe en l’air. Elle a un impact sur le déroulement et la fin. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux au ciel devant cette ficelle scénaristique tant évidente dès le départ.

Carla est une femme indépendante et libertine qui n’a pas sa langue dans la poche et sait se faire respecter de ses collègues grâce à son efficacité. Malgré sa droiture qui paraît inébranlable, d’autres méthodes auraient été tout aussi appropriées pour tordre cette justicière. D’autant plus que le développement de la relation entre White (agent du FBI) et elle met passé au-dessus de la tête tant les ressorts sont vus et revus. Pourtant, j’ai apprécié le personnage de White. Il a beau avoir la pédanterie qui va avec son grade, sa répartie se mange comme du petit pain avec ce beurre à l’humour noir.   

En dépit de ses éléments qui ne siéent pas à mes goûts, j’ai avalé les pages avec rapidité. La plume de Gilles Debouverie se déguste avec délectation, surtout concernant les passages de Dorothy (j’aurai dû vérifier si elle n’était pas à mon cou). Il exploite les conséquences inhérentes au talisman de façon à engendrer des rebondissements inattendus qui nous amènent vers des profils et des vies différents, si bien que l’on a un vaste portrait des citoyens de Dunkham, à la manière d’une fresque sociétale qui témoigne des dérives à tous les étages de la société.

En bref, Talisman développe une intrigue intéressante basée sur une double narration dont l’une s’est révélée originale par l’utilisation du tu. J’ai totalement adoré pénétrer dans l’esprit machiavélique de Dorothy dont les valeurs féministes et antiracistes détonnent avec ces hôtes. Un mélange envoutant qui pardonne aisément la banalité du déroulement du récit côté enquête.  

Alegría d’Alex Mauri

  • Titre : Alegría
  • Auteur : Alex Mauri
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : fantastique

Bruno adore la corrida. À l’une d’elles, il s’en prend à une militante qui s’est introduite avec ses compagnons dans l’arène pour empêcher le massacre des taureaux. Malgré sa violence, elle réussit à le maudire avec ses pouvoirs de médium. Bruno passe de l’autre côté de la muleta. Il devra combattre les hommes pour réintégrer son humanité.

Alegría c’est le genre de roman, défendant une valeur, qui pose une question : qu’est-ce qu’il va m’apporter quand on partage le point de vue de l’auteur ? La finalité, on la connaît dès le départ. On sait vers quoi il va nous amener : l’ouverture d’esprit du protagoniste, la révélation qui le fera basculer après l’expérience dans la peau d’un Toro.

Je n’ai pas lu ce livre pour me repaitre de la douleur de Bruno, l’horreur et les tortures qu’il va connaître. J’ai beau avoir mon côté psychopathe, je n’entre pas dans la catégorie des gens malsains qui prônent des idéaux et applaudissent la crucifixion des violents, des opposants. En fait, je ne saurais dire ce qui m’a attiré vers lui en dehors du thème et de la magnifique couverture exécutée par Aurélien Police ainsi que la valeur sûre qu’est Livr’S éditions pour moi. Je ne regrette pas ma lecture pour plusieurs points que je salue.

Non seulement l’auteur a fait un travail de documentation remarquable et globale qui se ressent avant même de lire la bibliographie à la fin. Il s’est renseigné autant chez, mais en plus, j’ai appris une chose qui m’a complètement scotchée : la corrida existe en France et celle-ci est légale. Croyant débarqué en Espagne, j’ai dû relire deux fois un passage qui donnait des indices sur la localisation de l’intrigue. Localisation enfoncée à coup de sabot dans mon esprit en relisant la loi retranscrite en note de bas de page.

Ensuite, le personnage de Bruno a écartelé mon cœur qui ne savait pas dans quelle direction aller tant Alex Mauri lui a insufflé une dualité paradoxale et, pourtant, si humaine. Bruno est procorrida à 200 %. Il idéalise le taureau en fier combattant qui meurt avec panache. Pour lui tradition justifie la violence alors qu’il considère celle sur d’autres animaux (exemple : les chiens) d’horrible. Chômeur depuis son burn-out et divorcé, il incarne le gars à la révolte introvertie. Il crache sur pas mal de monde, mais hoche la tête devant ces mêmes personnes. C’est le cas de son ex-belle famille chez qui il se rend pour l’anniversaire de son fils, Quentin. Il ne peut encadrer son beau-père qui se moque de ses employés qu’il écrase sans vergogne. Enfin, Bruno est un père incroyable. Ouvert d’esprit sur certains points, il se réjouit de la margnilité de Quentin. Il fait de la pâtisserie avec lui et prend soin de lui, le chéri, bref agit comme un papa devrait le faire. Vous comprendrez pourquoi j’ai eu des difficultés à voir en lui uniquement un connard vulgaire et pourfendeur de taureau. Son évolution m’a également clouée sur place, car l’écrivain évite la facilité et colle parfaitement à la mentalité de son protagoniste.

Alors que Bruno découvre l’envers du décor dans les élevages et l’arène, il reste orgueilleux. Aux portes de la mort, le rebelle introverti devient extraverti comme si la musculature et les cornes lui conféreaint la force et du courage. En mauvaise posture, il ne devient pas humble, il croit au contraire qu’il doit donner une bonne leçon à tous ces toreros de pacotilles.

La narration intrinsèque nous plonge dans son esprit, ses sentiments, ses constatations, ses frustrations, ses espoirs brisés, sa détermination. Vu qu’on suit Bruno, le style est brut, vulgaire, parfois violent, mais authentique. Les détails qui émaillent ce court roman sont juste saisissants. Ils colorent l’histoire tout en nous immergeant dans la brutalité de ce monde. J’ai particulièrement été impressionnée par la précision de la métamorphose. La description des sensations et des causes est chirurgicale. 

En bref, Alegría fait partie de ces livres dont on est sûr d’apprécier les thèmes défendus, mais dont la lecture subjugue par l’habilité et l’ingéniosité de l’auteur à aller au-delà des carcans habituels. De mélanger l’inmélangeable. De teinter de gris son protagoniste principal, là où d’autres n’osent franchir les limites de la pureté et la noirceur quand il s’agit d’idéaux à défendre.