The Dead House de Dawn Kurtagich

  • Titre : The Dead House
  • Autrice : Dawn Kurtagich
  • Éditeur : Éditions du Chat Noir
  • Catégorie : Horreur

Au cours de mon exploration du genre de l’horreur, j’ai sorti de ma pal, The Dead House de Dawn Kurtagich dont le résumé m’avait intrigué. Le livre en lui-même est un petit bijou éditorial. Les Éditions du Chat noir ont apporté un grand soin à l’élaboration de la version papier pour immerger le lecteur dans ce récit obscur.  

Depuis la mort de ses parents, Carly Johnson est internée à l’Hôpital psychiatrique pour mineurs de Claydon. Elle y est soignée pour un trouble de l’identité. Carly est la Fille de la Lumière. Lorsque la nuit survient, la bascule se produit et sa personnalité est remplacée par Kaitlyn, la Fille de la Fuit, la Fille de Nulle Part. L’institut leur permet de vivre une scolarité normale au Lycée Elmbridge avec lequel il a un accord. La thérapie se déroule sans trop d’accrocs, jusqu’au jour où l’irréparable se produit : Carly disparaît. Que va devenir Kaitlyn ?

Je ne possède pas une grande connaissance dans les livres d’horreur. Pourtant, j’ai l’impression que la structure de ce roman est atypique dans ce genre. Il est articulé en rapport d’enquête rassemblant les témoignages et les preuves qui permettent de reconstituer l’incident Johnson. Vingt ans après l’incendie du Lycée Elmbridge qui a couté la vie à trois adolescents, la découverte du journal de Kaitlyn Johnson dans le grenier de l’école dévoile un nouveau pan de cette tragédie. On retrace les événements qui ont précédé le drame à l’aide de ces écrits, des vidéos de son amie Naida, des enregistrements des thérapies avec la Doctoresse Lansing et les mails échangés avec Ari Hait.

Dawn Kurtagich revisite le trope de la maison hantée avec originalité. Si j’ai d’abord cru qu’elle prenait l’école comme le lieu maudit, on se rend compte que la notion se rapporte à une autre maison : celle du corps et de l’esprit. The Dead House se matérialise dans Carly/Kaitlyn qui est dominée par l’angoisse. Crainte qui apparaît sous la forme d’une demeure sombre au sommet d’une falaise escarpée. À travers ce récit, nous entrons dans l’intimité la plus profonde de l’âme humaine, dans ses abysses labyrinthiques. En introduisant la notion de magie, la romancière gomme les frontières entre la raison et l’imaginaire, entre la réalité et le cauchemar, si bien qu’un sentiment de confusion s’insinue dans l’esprit du lecteur. J’adore les récits fantastiques, j’ai envie de croire en le mala pratiqué par Naida, en l’étrangeté qui se produit dans la cave et le grenier, en cette inversion des âmes dans le corps de la fille Johnson. Pourtant, le texte me fait douter par les éléments, des indices, des propos éparpillés dans le rapport : est-ce que tout ça est réellement arrivé ? N’est-ce pas simplement le fait d’une hystérie collective ? Une alliance d’êtres fragiles et dérangés qui a mal tourné ?

La réponse ne sera jamais donnée par Dawn Kurtagich. Elle laisse cette interrogation en suspens telles les enquêtes obscures dont les conclusions restent à jamais la somme de suppositions.

J’ai été happée par la plume de l’autrice, sa manière de tricoter l’intrigue. L’histoire en soi, n’est pas foncièrement originale, mais son écriture a ce pouvoir d’emprisonner les lecteur.rices.

La construction de Kaitlyn m’a subjuguée. Fière et forte, elle incarne l’adolescente rebelle par essence, d’autant plus qu’elle est privée du jour, de la vie normale, de la possibilité de se faire des amis solaires. Cette vie nocturne devrait la rendre jalouse de Carly. Toutefois, elle en est dépendante et lui porte un respect à elle et « son corps ». Au moment de la disparition de cette sœur diurne, Kaitlyn vacille, son état mental sombre peu à peu dans la crainte, la folie. Elle pouvait survivre à la solitude avec Carly. Sans elle, la solitude l’écorche vive au point de s’ouvrir à Naida et Ari Hait.

Naida est du genre survoltée. Passionnée par le journalisme, elle se lance dans des reportages vidéo pour son cours de sociologie. Ses enregistrements sont repris dans le rapport d’enquêtes. Naida n’est pas une simple adolescente pleine d’énergie. Elle pratique aussi le Mala, magie écossaise (inventée par Dawn Kurtagich) qui est un héritage familial. Lorsque Carly disparaît, elle reconnait les signes d’un sorcier obscur et enquête pour la retrouver.

Ari Hait est le nouveau. Élève taciturne et solitaire, il se promène la nuit dans l’école et sa chapelle où il rencontre Kaitlyn d’une façon incongrue. Très vite, il se rapproche l’un de l’autre. Cette relation sort la Fille de Nulle Part de sa solitude nocturne, mais pas assez pour éviter sa descente aux enfers.

En bref, The Dead House est un roman addictif qui exploite de manière fantastique le syndrome du trouble de l’identité (TDI). J’ai adoré la structure originale sous forme de rapport d’enquête qui joue sur la multiplicité des points de vue pour aborder l’incident Johnson. La rupture mentale de Kaitlyn est menée d’une main de maître. 

Publicité

Je vais choper mon boss (#2) d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#2)
  • Autrice : AD Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

Après avoir dévoré le premier tome des aventures sentimentales d’Alexis, j’ai sauté rapidement sur le second livre qui clôt avec surprise, humour et brio cette romance.

Comme d’habitude, je vous conseille de vous plonger dans cet avis lorsque vous aurez lu le précédent tome. Ce serait malheureux de vous gâcher les éléments croquants de cette délicieuse comédie.

Alexis se réveille dans l’appartement de David Langlois avec une gueule de bois carabinée. Comment est-il arrivé chez lui ? Et pourquoi est-il tout nu sur son canapé alors qu’un gamin, Henry, mange son bol de céréales en compagnie de sa licorne ? Notre garde du corps n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’il rencontre Lise, une adolescente malmenée par sa mère, et qu’il retrouve Nadège, la voisine de palier de son collègue !

La fin de la première partie nous avait laissés avec une tonne de questions : comment Alexis va-t-il réintégrer son poste après son erreur à New York ? S.J. pardonnera-t-il son comportement envers Andrew ? Risque-t-il de se faire émasculer par Christine ? En parallèle des interrogations personnellement liée au petit cœur d’Alexis, la menace pesant sur le boss d’Électronic Dreams ressurgit sous la forme de la berline noire qui rôde dans le quartier de David.

Déboussolé et perdu, Alexis accepte la proposition du premier de la classe et reste loger chez lui malgré l’exigüité des lieux. En remerciement, il s’investit dans la cuisine et endosse le rôle de garde du corps à son insu. Entrer dans l’intimité de David va bousculer les idées préconçues qu’Alexis portait dans le premier tome. A.D. Martel déconstruit avec habilité les apparences. Elle montre ce que la chemise à carreaux parfaitement repassée de David dissimule.

Nous vivons dans une société de tabous et de faux-semblants. Les humains revêtent des masques pour cacher leurs sentiments et leur authenticité. Ils font de leur mieux en dépit des émotions négatives et de la dure réalité qu’ils subissent. Ils affichent un sourire dans les moments où ils aimeraient pleurer toutes les larmes de leur corps.

David entre dans cette catégorie d’homme qui donne le meilleur de soi-même malgré les difficultés qui pèsent sur ses épaules. Son extrême gentillesse résulte de ses efforts et des épreuves du passé. Il est prévenant et possède une qualité que peut de personnes ont : l’altruisme. Quand il offre son toit, qu’il tend la main, il ne demande rien en retour. Il est prévenant sans être invasif, ce qui déroute un Alexis aux nombreux secrets. Pourtant, David n’est pas aussi pur que les premières interactions le laissent entendre. La lumière ne peut vivre sans obscurité. Progressivement le masque de bonté se fissure. Cela commence par le cynisme pour dissimuler les blessures, juste avant d’éclater pour laisser déborder la noirceur. Une ombre triste qui m’a juste donné l’envie de surgir dans le roman pour réconforter notre pauvre David.

Dans le premier tome de Je vais choper mon boss, David m’avait déjà tapé dans l’œil alors qu’il s’agissait d’un personnage secondaire (voire tertiaire ?). Je ne sais pas si c’est l’atypisme de ce genre de personnage dans la comédie romantique qui m’a touchée où si les compétences en écriture de l’autrice ont un tel niveau d’expertise dans la manipulation qu’elle a réussi à tisser, l’air de rien, son filet pour que David capture mon cœur. Vous l’aurez compris, plus je lisais et entrais, comme Alexis, dans le monde de son collègue, plus j’adorais ce protagoniste.

Les nouveaux personnages ne sont pas en reste dans cette aventure. La mignonne attitude d’Henry m’a fait sourire à plusieurs reprises. Ce petit bonhomme muet en raison de ce qu’il a vécu et possède, comme son père, une vraie force (surtout avec sa copine Licorne). Sans mot, il arrive à véhiculer ses sentiments avec puissance.

Lise est un vrai ouragan. De primes abords, on pourrait croire qu’il s’agit juste d’une adolescente rebelle qui a de mauvaises relations avec une mère tout aussi perdue que sa fille. Cependant, les apparences sont tout aussi trompeuses pour elle que pour David. Derrière le mur d’enceinte qu’elle a construit, se cache un oiseau blessé par la vie. Ses querelles avec Alexis, en plus d’être divertissantes, témoignent de l’insécurité que la présence de l’homme engendre chez elle. Elle considère David comme un père et la venue d’un autre chaton éclopé de la vie dans la famille l’effraie au plus haut point.

Enfin, nous retrouvons l’adorable grand-mère du chapitre un : Nadège. On apprend pourquoi elle ne pouvait plus venir au café. Elle secoue et soutient Alexis à plusieurs reprises au cours de cette nouvelle aventure. On découvre une mamie pleine d’énergie qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand il s’agit de fermer le bec aux préjugés sur les personnes âgées.

À travers ces relations qui se font, se défont et se reconstruisent, A.D. Martel nous parle de liens familiaux, de la force de ceux qui ne découlent pas du sang. Elle nous parle de solidarité, de rédemption. Alexis va comprendre ses erreurs ou plutôt, celles-ci vont lui exploser en pleine face avec une telle puissance qu’il lui faudra du temps pour les digérer. Toutefois, il se donnera à fond pour réparer les dégâts qu’il a causés. Il s’investira dans la protection de David et Henry, et même de Lise qui subit des horreurs dans le milieu scolaire.

Et S.J. Park dans tout ça me direz vous ? Il est toujours bien présent dans ce roman et on découvre une autre facette de l’homme. Derrière l’impassibilité de son visage, se dissimule un chat qui aime jouer avec les souris. Et la souris dans ce tome, c’est Alexis bien sûr. Cependant, il ne le malmène pas au point de le faire pleurer, je vous rassure. Il y a une même une volonté de lui faire comprendre les choses tout en se vengeant un peu quand même des émotions que les actes de son garde du corps lui font ressentir.

Je pourrais sans doute encore écrire pas mal de choses sur la deuxième partie de Je vais choper mon boss. La chronique parait plus de deux semaines après ma lecture passionnée qui m’a valu des heures de sommeil en moins. Mon cerveau rencontrait des difficultés pour ordonner les mots et formuler mon opinion sur cette histoire bouleversante, renversante et riche en humanité. Elle m’a émue par la force de ses personnages. Ceux-ci sont construits avec réalisme et authenticité. La manière de les découvrir à travers leurs interactions, leurs silences et leurs actes est juste : wouah (une interjection vaut parfois mieux que des mots pour exprimer son ressenti). Les thèmes de la solidarité et de la solidité des liens hors sang sous-tendent l’ensemble du récit qui a insufflé un malstrom d’émotions allant du rire à la colère en passant par la tristesse et l’amour. Bref, cette duologie entre dans mes lectures favorites.

La fleur de l’illusion de Keigo Higashino

  • Titre : La fleur de l’illusion
  • Auteur : Keigo Higashino
  • Éditeur : Acte Sud
  • Catégorie : polar

Cela faisait un bail que je n’avais pas lu un polar. Keigo Higashino étant une valeur sûre pour moi, j’ai déterré La fleur de l’illusion de ma PAL.

Quatre histoires, un seul fil conducteur.

Un matin, une femme accompagne son mari à la gare lorsqu’un fou surgit et les massacre au katana.

Alors qu’il participe à la traditionnelle visite du marché aux ipomées avec ses parents, Sōta rencontre Iba Takami avec qui il s’entend bien. Un jour, elle disparaît de sa vie sans explication.

Nao, jeune musicien prometteur se suicide un soir sans signes annonciateurs, ni lettre d’adieu présentant ses raisons.

Le corps d’Akiyama Shūji est découvert par sa petite-fille Lino, un après-midi. La maison est sens dessus dessous, ce qui amène les policiers à penser à un vol qui aurait mal tourné. La disparition d’une fleur marque le doute dans l’esprit de l’enquêteur Hayase.

La mise en place du récit prend du temps. Si vous lisez le résumé copieux à l’arrière avant votre lecture, vous vous rendrez compte qu’il raconte quasiment le tiers du roman. Keigo Higashino décrit ses pions avec le naturel dont il a le secret. Au début, on se demande en quoi les aspects du quotidien, les échanges entre les personnages et le déroulé de l’enquête sont importants. Certains éléments semblent superficiels, anodins et, pourtant, tout a un sens, une cohérence. Chaque pas inscrit par l’auteur est une pièce du puzzle qu’il a créé.

L’écrivain a ce talent d’accrocher son lecteur malgré la banalité qu’il dépeint en lançant son appât, la petite phrase, qui change la donne et engendre le mystère, le questionnement. Je suis toujours épatée de voir à quel point sa plume est efficace. Toutefois, j’ai trouvé les personnages de La fleur de l’illusion trop unidimensionnels. C’est comme s’ils incarnaient un seul principe et non les nuances des personnes.

Hayase se définit par son échec dans son rôle de père. Il s’investit surtout dans l’enquête pour son fils en raison du service que lui a rendu Akiyama Shuji lorsqu’il était adolescent. Lino est une ancienne nageuse professionnelle qui avait décidé de lancer un blog sur les fleurs de son aïeul. On ne comprend pas trop pourquoi, elle s’investit autant dans la résolution de son meurtre. Je ne peux que supposer la raison. Elle ne sait pas quoi faire de sa vie et son grand-père était le seul à ne pas la mettre sous pression face à son échec. Son acolyte Sōta entretient des relations difficiles avec son demi-frère, Yosuke, qui se fait passer pour un botaniste auprès de Lino, alors qu’il est fonctionnaire au sein de la police dans un autre secteur que la cellule qui enquête sur le cas Akiyama. Cette distance ainsi que la remise en question de son avenir (il étudie le nucléaire après Fukushima) le pousse à aider Lino.

Au-delà de ses quelques traits, je ne peux vous dépeindre plus de caractéristiques de ces personnages. C’est sans doute pour cela que la résolution ne m’a pas ébranlée ou surprise outre mesure. Seule la manière de dérouler l’intrigue par Keigo Higashino m’a maintenue en haleine. Je n’ai eu aucun attachement pour ses personnages. 

À travers son récit, le romancier aborde diverses thématiques. L’impact de l’incident de Fukushima sur la vie des étudiants et des personnes qui avaient décidé de suivre la voie du nucléaire ou sur leur famille. Il montre des points de vue intéressants sur les raisons qui poussent certains à s’y investir et qui vont à contre-courant des idéologies simplistes. Sōta voulait éliminer les énergies fossiles en développant le nucléaire qu’il croyait plus sûr. Il a une volonté écologique derrière le choix de son futur. S’il doute au début du roman, il réaffirme son investissement dans le domaine après les révélations en changeant d’optique, d’objectifs.

Naoto et Lino incarnent la facilité et le talent ainsi que l’incompréhension que ceux-ci engendrent. Le premier réussit quasiment tout ce qu’il fait. Il est bon en sport, aux études et en musique. La deuxième est douée en natation. Quelle différence me direz-vous ? La facilité concerne les personnes qui apprennent et intègrent plusieurs domaines avec peu de travail, toutefois, elles n’atteignent jamais la perfection même en se donnant à fond, tandis que le talent est l’excellence après des heures de boulot. La facilité a souvent comme conséquence la peur de décevoir les autres, car on n’y arrive pas aussi bien que ceux qui sont doués.

Enfin, Keigo Higashino évoque la biotechnologie et les mutations des plantes qu’elles soient naturelles ou façonnées par la main de l’homme.

En bref, La fleur de l’illusion est intéressant par la multiplicité des histoires contées au départ et la manière dont l’auteur arrive à les relier entre elles autour d’une plante mystérieuse. Si je n’ai pas deviné les révélations, celles-ci ne m’ont pas estomaquée comme d’autres de ses policiers (le Dévouement du suspect X ou Un café maison par exemple) ont pu le faire par le passé. Sans doute par la minceur de la psychologie des personnages qui sont tous trop dans la retenue et l’unidimensionnalité.

L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le conte des Sept Chants, #4) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le Conte des Sept Chants, #4)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir une fois de plus fait confiance pour lire et chroniquer le tome final de sa saga au double titre. D’abord éditée sous Le Conte des Sept Chants, puis rebaptisé La Dernière Guerre des Dieux suite à une volonté de se rapprocher du type d’histoire, le quatrième opus clôture 14 ans d’écriture, d’élaboration du monde et de personnages. En regardant en arrière, on peut comprendre pourquoi ce récit épique a pris autant de temps tant il est riche et diversifié tout en restant cohérent.

Si vous n’avez pas lu les précédents livres, je vous déconseille de lire ma chronique, car certains éléments seront divulgâchés. Vous êtes prévenus.

Après la lecture d’un résumé bienvenu, nous reprenons l’histoire à l’endroit où elle s’est arrêtée au troisième tome. Edoran, accompagné de ses nouveaux acolytes (Bohr et Xano), retourne sur Gahavia par le portail ouvert par Mork Örn. Ils ont pour mission de sécuriser les lieux pour aménager le quartier général de la sorcière Xinthia Laska. Jouer le rôle du démon Bahran lui coûte de plus en plus cher, endommage profondément son âme. Toutefois, il se doit de s’y coller jusqu’au bout. Surtout quand Saraë débarque pour récupérer le dernier chant.

En parallèle, les autres porteurs du chant se dirigent vers l’Arcoa Calya pour opérer le rituel auprès d’Hermanus tandis que les troupes de l’armée coalisée continuent à défendre le pays des Elfes et à repousser l’ennemi malgré de nombreuses pertes.

Les premiers chapitres défilent et remettent en mémoire les pions sur l’échiquier de cet affrontement final. On retrouve ainsi les différents personnages clés du roman, ce qui permet d’éviter un sentiment de confusion. On sait qui est où, et son but. Les principales scènes sont : le camp de Xinthia, la bataille des Gahaviens et le palais des Elfes. Je viens de les énumérer par ordre de tension dramatique, celle que j’ai ressentie personnellement.

La réunion entre Edoran et Saraë est pour moi celle qui est la plus intense et la mieux travaillée. La reine se laisse capturer pour donner une chance à ses amis Olbur et Thésis de quitter le camp des Evinshorkiens avec le dernier chant. Autant vous dire que j’ai détesté ce moment pour deux raisons. D’un, car pour moi, Saraë renonçait après avoir vu Edoran/Bahran et de deux…. Je ne vous l’exprimerais que de cette manière : on sait pourquoi Olbur était nommé l’Inattendu par l’Unique. En tête à tête avec la sorcière, les deux amants vont combattre leur propre démon. Le métamorphe résiste à l’envie de prendre sa bien-aimée dans ses bras et celle-ci lutte contre la tentation d’user de son pouvoir pour dégommer son ennemie, ce qui la plongerait dans les Ténèbres.  

Pendant ce temps, la bataille fait rage et les nombreuses pertes dans l’armée alliée essoufflent l’espoir. Cependant, les chefs ne fléchissent pas. Contrairement à d’autres romans de fantasy qui décrivent des scènes de combats où épées et haches virevoltent à souhait, Cécile Ama Courtois a choisi de prôner l’intelligence et la bravoure. Les stratégies ingénieuses qu’elle place dans la bouche des êtres considérés comme les plus fragiles prouvent que l’ensemble des peuples de Gahavia sont utiles au combat malgré les apparences. Même les nains surpassent leur fameux amour-propre pour la victoire.

Abordons enfin le rituel de l’Harmonie. Celui-ci m’a un peu déboussolé, car il se déroule sans encombre et assez vite (avant la moitié du roman). Je me suis retrouvée dans le même sentiment que les Evinshorkiens qui y avaient survécu. Que s’est-il passé ? Et que va-t-il advenir ?

La reconstruction. C’est comme cela que l’on peut nommer la deuxième partie de l’histoire qui m’a donné l’impression de lire un long épilogue. Trop long. Si la formule de « prologue » avait bien fonctionné pour le premier tome de la saga, je n’y adhère pas cette fois-ci. L’effet « découverte » n’existe plus et même si j’aime les personnages, je suis le genre de lectrice qui a besoin d’enjeux et de revirements pour avancer. Or, ceux qui sont proposés tel le renoncement de Saraë n’en constituent pas de vrais. Et par vrais, j’entends ceux pour lesquels on doute, on retient notre souffle, on se questionne sur la réussite à le dépasser, à y arriver et à atteindre l’objectif. Je me suis retrouvée à m’accrocher à certains éléments parlant de noirceur avec l’espoir de voir un revirement brutal, comme ceux que l’autrice nous a fait vivre précédemment, mais je me suis vite rendue compte que ça n’arriverait pas, parce qu’elle avait choisi la paix, la puissance de l’Harmonie et l’ouverture d’esprit. C’est sa décision et je la respecte, même si elle ne me convient pas décrite dans autant de pages qui contiennent aussi un bon nombre de récapitulatifs des moments forts de la série. J’avoue que si, cette histoire n’était pas narrée par la plume de Cécile que j’adore, j’aurais sans doute refermé le livre bien avant le point final.

Avec cette écriture fluide et dynamique qui dépeint en profondeur l’âme de ses personnages, elle nous parle de résilience, de rédemption, de transcendance de la différence et du passé. L’Harmonie ayant épargné des membres de la Horde de Mork Örn, les Gahaviens doivent apprendre à connaître ses êtres, à aller au-delà des apparences et à comprendre que la tyrannie emprisonne mentalement certains citoyens et les obligent à exécuter des tâches abjectes par crainte ou par éducation : ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent accéder à des droits et aux valeurs qui dorment au fond de leur cœur. Ils y aspirent sans réellement sans réaliser qu’ils peuvent vivre autrement.

Au bout du récit principal, le tome nous offre des histoires que je nommerai presque des spin-off sous forme de nouvelles. Elles mettent en scène des personnages secondaires : notamment Malcolm et Viane. Je m’attendais à les revoir, mais bien plus tôt que cela. J’ai aimé ces retrouvailles et rencontrer la petite Vaël qui annonce une nouvelle ère.

En bref, L’Harmonie clôture trop vite une série déroutante et riche en émotions. Une sage qui commence tel un faisceau de lumière mangé par les noirceurs les plus abyssales pour ressurgir avec plus d’éclat. L’univers construit par Cécile Ama Courtois mériterait d’être approfondi à la manière de J.R.R. Tolkien, grâce à de nouvelles histoires qui nous permettraient d’arpenter ce monde et peut-être les autres de l’Ambar Neldëa que l’on n’a pas encore pu découvrir.   

Dans ton camp (À défaut d’ailleurs)

  • Titre : Dans ton camp (à défaut d’ailleurs)
  • Auteurs : Émilie Ansciaux, Geoffrey Claustriaux et S.A. William
  • Éditeur : Livr’S Édition
  • Catégories : comédie, fantastique

Quoi de mieux qu’un livre sur les camps de vacances pour sortir du train-train quotidien en pleine saison estivale ? Dans ton camp (à défaut d’ailleurs) fait partie de mes lectures doudou. Il possède l’ensemble des ingrédients pour un bon moment de détente et de rigolade tout en ayant une bonne dose de fantastique : une amitié naissante, une licorne, des situations loufoques, l’emprise d’un démon et un bain de sang.

Ce roman à six mains relate la rencontre de ses auteur.rices lors d’une colo d’été singulière. Au moment de quitter le bateau qui les amène en Corse, d’étranges accidents se produisent.  Bimbo numéro 1 tombe dans les escaliers, la deuxième manque de s’étouffer suite à une réaction allergique et la dernière du trio aura un destin peu enviable par la suite. Grima, la solitaire dessinatrice offre à Sonia, Émilie, Geoffrey et Mattéo, des familiers pour vaincre le démon. Arriveront-ils à se dépasser pour sauver leur peau ?  

L’histoire à l’humour débridé me régale à chaque lecture. On y découvre tour à tour le quatuor par leur propre voix et celle des autres. Sonia s’inquiète des apparences. Elle préfère dissimuler ses passions par crainte des moqueries. Derrière son innocente pureté, elle est calculatrice et choisit ses amis. Au cours de l’aventure, elle devra accepter sa part d’ombre.

L’amour de la lecture et des mignonneries la fera tomber sous le charme d’Émilie. Hargneuse quand on touche à sa Georgette (sa peluche licorne), sa langue acérée et vulgaire de serpent témoigne une sincérité et une franchise que peu de gens possèdent. Avec elle, il n’y a pas de faux semblants. Contrairement à Geoffrey, cet ami taiseux qui en pense plus qu’il ne le dit, mais dont les penchants graveleux seront révélés au grand jour quand son masque de bienséance se craquèlera.

Quant à Mattéo, le beau gosse aux fortes odeurs corporelles du groupe, il préfère les esprits justes à la superficialité.

En bref, si vous avez envie d’humour, de dérision, de personnages qui affrontent leur identité profonde, d’une amitié qui se construit. Ou si vous avez envie de lire les malheurs d’une pauvre licorne nommée Georgette, foncez ! Ce court roman vous fera passer un agréable moment.

Je vais choper mon boss d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

J’ai réussi à sortir de ma panne de lecture. L’envie revenant, j’ai décidé de me lancer dans le service presse qu’A.D. Martel m’a gentiment proposé début juillet. D’un, car c’est une histoire légère et de deux, parce que l’extrait du premier tome de cette série ( Je vais tuer mon boss) m’avait interpellé par sa belgitude, c’est-à-dire : la localisation à Bruxelles et l’humour. Je précise que Je vais choper mon boss n’est pas une réelle suite, mais plus un spin-off qui peut se lire indépendamment. Étant donné qu’il s’agit de romance, il n’y a pas de grands spoils vu qu’on sait que les protagonistes meurent tous à la fin ! C’est le principe même d’une Happy Ending. Bon, j’arrête de dire des âneries à cause de la chaleur, place à Je vais choper mon boss :

Depuis toujours, Alexis Janssens et sa sœur, Christine, s’entendent comme chien et chat. Ils se défient, se disputent, se réconcilient en boucle sur une piste de marathon pour prouver qui est le meilleur. Alors quand celui-ci décide de postuler au job de garde du corps du nouveau PDG d’Electronic Dreams (Sung-Jae Park), c’est en partie pour lui prouver sa force. En partie, car il a complètement craqué sur le Coréen. Après un entretien pour le moins…atypique, il le prendra pour cible. Arrivera-t-il à l’entraîner dans son lit ? Saura-t-il le protéger comme il se doit lorsqu’une situation dangereuse se profile, surtout quand les soupçons portent sur des êtres chers ?

L’autrice nous plonge dans une histoire riche en rires et en détournements. Elle joue sur des clichés et des comportements stéréotypés pour, tout à coup, renverser la situation en l’intégrant dans le contexte, le fil conducteur du chapitre. Ainsi, mes émotions ressemblaient à un yoyo : je souriais là où une seconde auparavant je levai les yeux au ciel. Très vite, je me suis retrouvée incapable de lâcher le roman tant il me faisait du bien.

Élaborer des personnages nuancés, profonds et humains n’est pas une tâche facile dans l’écriture d’un récit. C’est eux qui touchent l’âme des lecteurs et qui les emmènent dans une valse de sentiments et d’aventures qui les marquent, et ce, même si l’histoire porte l’étiquette du déjà-vu. Étant à mon troisième roman d’A.D. Martel cette année, et la première dans une comédie romantique, je salue et j’admire son habileté à créer de tels protagonistes.

Dans Je vais choper mon boss, on découvre un Alexis à la fois cynique et justicier dès les premières pages. Il sauve une mamie indécise de l’impatience d’un gars en costard, pressé d’avoir son café. Plus on avance, plus cette belle image s’effrite . Sous la couche du héros, ancien militaire de carrière, il est imbu de lui-même. Il connaît ses charmes et en joue auprès de la gent féminine pour arriver à ses fins (sans dépasser les limites de la bienséance, bien sûr), il a un côté m’as-tu-vu ? L’apparence et l’image qu’il montre aux autres sont importantes pour lui. Il adore attirer le regard sur son corps, sa beauté, sa force. De plus, le machiavélisme coule dans ses veines. Quand il n’apprécie pas quelqu’un, il recourt à la menace et au harcèlement. Le pauvre David Langlois en fait les frais tout au long du récit alors que c’est un ange sensible qui le défend au lieu de le dénoncer, car la sécurité du patron et de l’entreprise lui tient à cœur.

Si Alexis est détaillé tel un kaléidoscope, Sung-Jae Park est, quant à lui, plus opaque. Il revêt le costume habituel du Big Boss asiatique dont les émotions restent personnelles. Ils dévoilent quelques expressions seulement devant ses amis et un peu plus en face d’Alexis. Cependant, il n’est pas moins douloureux de lire ses interactions à travers le regard de son garde du corps préféré. On ressent le poids que la succession à la tête d’Electronic Dreams, pèse sur ses épaules. Il incarne l’homme qui doit rester droit dans ses bottes, qui ne s’ouvre pas facilement, d’autant plus que chaque parole, chaque attitude, et même, sa vraie identité peuvent avoir des retombées négatives sur des centaines d’employés.

La plume d’A.D. Martel est efficace et témoigne de sa belgitude. L’humour est de la pure dérision de notre pays. Tout est passé sous ce filtre, des immeubles vitrés, aux comportements jusqu’à l’hygiène des tables de pique-nique. Les coups bas entre les personnages (Alexis VS Christine et Alexis VS Bruce) sont juste exquis.

En bref, Je vais choper mon boss est une comédie romantique aux délicieux accents d’humour belge. À travers une histoire drôle et pleine d’émotions, elle secoue les clichés et les préjugés grâce à des personnages authentiques qui ébranlent de manière intelligente et subtile les visions. Même notre protagoniste n’en ressortira pas indemne. Vivement la suite !

Bilan de mi-année (Juillet 2022)

Cette semaine, il n’y aura pas de chronique de livre, car je suis en panne de lecture. Rassurez-vous ma PAL est toujours aussi grande qu’auparavant, surtout que certaines précommandes sont arrivées courant juin. La fatigue, une charge au boulot plutôt intense depuis un mois et la chaleur (je croyais vivre en Belgique et non dans le Sud de la France) m’ont entrainé dans une phase de déconcentration.

Comme l’addiction à la lecture ne se sèvre pas ainsi, j’ai relu une série de manga que j’adore : Library Wars. Bien que j’ai dévoré les 15 tomes assez vite (je les connais et malgré cela, j’ai toujours des difficultés à les lâcher), la sensation d’égarement ne me quittait pas. J’ai ouvert quelques romans, lu les premières pages, tourner en rond devant ma PAL, en vain. Je me suis donc tournée vers ma PAL numérique pour sortir une comédie romantique aux accents de fantasy : Le Cœur de Foudre. J’ai adoré, ça m’a diverti. Cependant, la santé livresque n’était pas de retour. Du coup, j’ai entamé Le grand livre des esprits de Noël de Richard Ely. Actuellement, je suis plongée dans l’écriture d’un roman jeunesse qui se déroule à cette période de l’année. Vous aurez compris que je suis passée en mode documentation. En parallèle, j’ai commencé Tu ne vas pas sortir comme ça ? de Fanny Anseaume acquis lors de l’Op All Stars dernier.

Ce sont des livres que je ne chroniquerais pas. Toutefois, je me suis dit que les évoquer ici, vous permettait de voir les autres types de lectures que j’affectionne. Je ressens un petit regain depuis quelques jours. J’espère ainsi pouvoir me replonger dans un roman bientôt.

Quitte à ne pas écrire un avis, j’ai pensé qu’un bilan serait intéressant. La moitié de l’année est passée et je n’en avais pas fait en janvier. Si vous me suivez depuis le début, vous savez qu’il m’est déjà arrivé de lâcher le blog pendant un ou deux mois pour diverses raisons. Cette année, j’ai ciblé : un article par semaine. Jusqu’ici, le challenge est tenu. Surtout grâce au retard que j’avais accumulé pour certains romans lus en 2021. Encore heureux, mes notes alliées à ma mémoire d’éléphant me permettent de donner mon avis sur une lecture des mois après.

En postant tous les jeudis, j’ai remarqué une stabilité dans les chiffres de fréquentation avec juste une petite chute inexpliquée en mars. Si je compare les vues et les visiteurs avec 2021, j’ai déjà rattrapé le total de l’année passée. Comme quoi, la régularité porte ses fruits et évite de tomber dans les oubliettes les plus poussiéreuses et humides d’Internet. Je tiens à remercier les fidèles lecteur.rices qui sont souvent les premiers à surgir et à aimer mes chroniques : Julien Maero et Light and Smell.

Depuis 1 an, les articles les plus consultés sont :

Archimède et moi de Bénédicte Philippon

L’odyssée de Jason de Julien Maero

L’Apocalypse selon Sandra de Céline Saint-Charle ex aequo avec Le Der des ders de ses amis de Brian B. Merrant

Comme vous le savez, le bog s’appelle Une loupiote dans la nuit, car je désire mettre en avant ceux/celles qu’on qualifie de petit.es auteur.rices ou ME, pourtant je m’écarte parfois de la ligne en commentant des romans plus connus. Regardons ce qui ressort :

  • 27 articles écrits.
  • 6 romans parus chez Livr’S Édition (on ne s’en doutait pas, n’est-ce pas)
  • 5 autoéditions
  • 4 romans issus de 4 ME dont je n’avais encore lu aucun livre (Nutty Sheep, Séma éditions, Rageot et Scrinéo)
  • 16 autrices contre 9 auteurs
  • 8 grosses pointures seulement.

Un bilan plutôt positif pour cette moitié de l’année.

Restez au frais et prenez soin de vous !

Le cœur de foudre (Les contes de Verania, #1) de T.J. Klune

  • Titre : Le cœur de foudre (Les contes de Verania, #1)
  • Auteur : T.J. Klune
  • Éditeur : MxM Bookmark
  • Catégories : comédie romantique, fantasy

Le mois de juin a été synonyme de période creuse. Je manquais de concentration lors de mes lectures. Le besoin de lire des histoires légères s’est donc refait sentir. Après avoir relu des mangas chouchou, je me suis forcée à retourner ves ma grande PAL qui ne déborde pas de lectures permettant à mes neurones de se reposer. Après tout, j’aime décortiquer les pièces de puzzle que l’auteur.rice me propose. Je me suis alors rappelé Le cœur de foudre que j’avais acheté lors de la campagne de 2021 de L’Op All Star.

Au royaume de Verania, Sam devient l’apprenti du sorcier royal après avoir transformé des voleurs de fripes en pierre. Accompagné de Gary, la licorne gay décornée et de Tiggy, le semi-géant, il passe son temps à échapper aux griffes des créatures et autres magiciens qui le capturent continuellement. Laissant le cadavre déchiqueté de son dernier ravisseur, il rejoint le château où il fuit le fringant et impeccable chevalier Ryan Foxheart qui est le compagnon du prince. Les choses se compliquent quand un dragon kidnappe ce dernier et qu’il doit faire équipe avec Ryan pour le retrouver.

Le cœur de foudre est une comédie romantique MxM baignée dans un univers fantasy basique dans lequel se côtoient diverses créatures. Les principes qui régissent Verania sont simples et peu explorés vu qu’il se focalise sur l’amour. Toutefois, la matérialisation de la magie par une couleur apparaissant dans le champ de vision de Sam s’avère originale. Je ne me rappelle pas avoir croisé cela auparavant. C’est comme si l’auteur intégrait la notion de magie blanche, rouge, verte, etc. en leur donnant corps. Notre héros qui possède de grandes capacités semble voir uniquement le vert et son pouvoir influence la terre (rappel de la pierre évoquée plus haut). Cependant, rien n’indique que la sorcellerie soit élémentaire. Afin de canaliser sa magie et d’éviter de tourner en mage obscur, le sorcier a besoin d’une pierre angulaire. Pour Sam, cette pierre n’est autre que Ryan. Non seulement son cœur bat chamade à ses côtés, mais il s’apaise et se sent sûr de lui. 

Si j’avais quelques problèmes avec le côté pipelet de Sam au début, je me suis vite régalée par ce sauvetage rocambolesque dont les dialogues n’ont parfois ni queue ni tête. Les échanges tournent majoritairement autour du sexe et de l’absence de vie sexuelle du protagoniste qui a une répartie à mourir de rire. Certains passages m’ont tout de même fait grincer des dents, car j’ai l’impression que l’on reprend les tares sexistes des romances ou d’autres récits comme le fait d’user seulement des insultes à connotation féminine (Garce) à tout va entre “copines”. Je n’exprime que mon ressenti de lectrice qui ne lit pas beaucoup ce genre. Du coup, je ne sais pas dire si T.J. Klune inclut de manière inconsciente ce comportement que l’on dénonce, car seuls les personnages féminins en sont l’objet, ou s’il le fait dans un but humoristique vu qu’il se joue déjà des clichés liés aux licornes et aux preux chevaliers. Je n’ai clairement pas les connaissances pour trancher, je vous laisse seul juge. Je précise que je ne lance pas non plus de débat.

Ce premier tome présente des personnages hauts en couleur. On a Morgan des ombres, le maître de Sam qui revêt un masque d’autorité qui s’adoucit au comportement de son élève qu’il connaît par cœur. Gary la licorne diva qui est de bon conseil malgré son égocentrisme. Il suffit d’un compliment grandiloquent pour qu’il change d’avis tel une girouette portée par le vent. Si à première vue, Tiggy est le stéréotype du demi-géant pas très malin, on se rend compte qu’il est bien plus délicat et perspicace que l’on puisse le croire. Il doit juste apprendre certains aspects, certaines nuances de la vie comme un enfant intelligent. Enfin, on a le dragon nymphomane.

Notre héros est bavard, sensible et il possède un grand cœur. Il brandit l’humour comme bouclier lorsqu’il se sent mal ou souhaite dissimuler ses vraies pensées. Il doit son surnom d’Indomptable, car personne n’arrive à lui mettre le grappin dessus. La relation avec Ryan se développe en quiproquo. En bon aveugle, Sam ne se rend pas compte des gros indices comme des montagnes que le comportement de sa pierre angulaire lui lance. Le chevalier est possessif, même s’il est officiellement lié avec Justin par serment et honneur. Il s’insinue dans la vie de l’apprenti sorcier de façon flagrante, créant des moments mignons et tendres qui finissent souvent en scène bien poilante.

Le style de TJ Klune est dynamique, aux couleurs de l’arc-en-ciel et simple tel un spectacle rempli de paillettes et de clownerie qui permet de passer un bon moment si on n’est pas prude. Il dénonce des comportements abjects, comme l’absence de consentement (on ne lèche pas la main d’une personne pour le séduire, par exemple).

En bref, j’ai lu Le cœur de foudre au bon moment. Étant dans une période difficile, cette lecture sans prise de tête, plongée dans un univers de fantasy et de punchlines déjantées, m’a fait l’effet d’un feel-good. Si jamais vous avez des lectures similaires teintées de magie, n’hésitez pas à me les partager. 

La Mélodie d’Émilie Ansciaux

  • Titre : La Mélodie
  • Auteurice : Émilie Ansciaux
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : horreur fantastique

En écrivant ces lignes, je ne sais toujours pas que penser de ce court texte qui m’a attirée par la simplicité et la symbolique de la couverture réalisée par Chris Weyer. Il ne s’agit pas d’une histoire que je peux catégoriser avec aisance sous l’étiquette j’aime ou je n’aime pas. C’est le genre d’histoire qui marque, qui surprend par son côté malsain et glauque. Avant de m’y plonger, j’avais lu d’autres chroniques qui mettaient en évidence la singularité de la seconde partie. Pourtant, je me suis pris une claque. Mon cerveau avait beau avoir lu qu’elle nous emmenait dans les Ténèbres les plus obscurs, il attendait toujours une suite habituelle des récits horrifiants et fantastiques avec juste une écriture plus noire, plus impactante. Le rebondissement fut plus terrifiant, imprévisible et, cependant, il cadre avec l’histoire parfaitement.

Je ne sais qu’expliquer sur La Mélodie. En raison de sa longueur, j’ai peur de trop en dire. Le texte commence sur une note basique. Un type (dont on ne connait pas le nom) déménage dans une nouvelle demeure qu’il a acquise et dont il attend un nouveau départ. Surtout après le goût amer que sa rupture brutale lui a laissé. Bien entendu, il entend soudain une mélodie que nul autre ne perçoit. Peu à peu, elle le rend fou et….

On est happé dans les méandres méphitiques de l’humanité. On dévie de l’histoire horrifique tradionnelle pour emprunter sur des chemins impurs qui donnent la nausée tant les vapeurs nocives nous étouffent. Les questions se bousculent ainsi dans l’esprit : jusqu’où l’être humain est-il prêt pour atteindre ses fins ? Quel est le plus éternel entre la haine et l’amour ? À quel point, l’amour peut-il nous changer ? À quel point la violence peut-elle nous atteindre ? À quel point peut-on laisser notre colère nous corrompre ?

En bref, La Mélodie nous prend la main pour nous entrainer dans un slow innocent. La ballerine nous rassure, nous berce et endort notre vivacité d’esprit en nous contant une histoire basique du genre avant de nous pousser brutalement sur la scène de l’horreur à l’état pur.

Talisman de Gilles Debouverie

  • Titre : Talisman
  • Auteur : Gilles Debouverie
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : thriller horrifique

Au départ, je ne pensais pas craquer sur Talisman. Puis, j’ai lu un extrait lors des précommandes et… vous connaissez la suite.

Dunkham est une petite ville des États-Unis épargnée par les crimes malsains et les gros malfaiteurs jusqu’au quintuple meurtre dans la résidence d’un ancien flic. Les victimes ne sont autres que la famille venue enterrer leur parent. Carla Mendez, fraichement promue au rang de lieutenante, s’occupe de l’affaire. Sa rationalité sera ébranlée par l’évocation d’un objet trouvé dans le grenier par la seule rescapée de ce drame : un talisman.

Gilles Debouverie utilise l’alternance des points de vue pour raconter ce thriller fantastique. Un choix qui se révèle original, car l’un d’eux n’est autre que le talisman lui-même. Dorothy de son petit nom, emploie la narration en « tu ». Elle parle à la personne qui la porte autour de son cou. Elle décrit les scènes, ce qu’elle voit à travers ses yeux, les sensations qui animent le corps de ses victimes à la manière d’une petite déesse au pouvoir limité. Ainsi, l’auteur réussit à délayer des détails et à construire son univers sans que cela semble bizarre ou commun ou incohérent. J’ai d’ailleurs préféré ces chapitres-là à ceux de l’enquêtrice. En quelques paragraphes, Dorothy m’a séduite par son côté révolté et féministe, malgré la violence et ses penchants psychopathes, sa soif de sang. Sa personnalité s’avère même complexe et paradoxale. Elle prône des valeurs pures, mais jubile devant des crimes qui les touchent, telle une hystérique sur le point de rupture. Une âme qui franchit les limites à force d’être poussée par la rudesse et l’horreur de la vie et des hommes. Une proie qui devient le chasseur dans la peau duquel on s’infiltre en tant que spectateur. C’est glauque, ça fait froid dans le dos.

La seconde narration suit Carla Mendez et le fil de l’enquête dans laquelle elle a toujours une longueur de retard par rapport au talisman. On découvre un quotidien policier banal des séries américaines avec l’habituelle haine du FBI qui vient fourrer son nez dans l’affaire et dont l’agent va, bien entendu, se rapprocher de l’héroïne. Je précise tout de suite que cette relation ne figure pas dans le roman juste pour y mettre une partie de jambe en l’air. Elle a un impact sur le déroulement et la fin. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux au ciel devant cette ficelle scénaristique tant évidente dès le départ.

Carla est une femme indépendante et libertine qui n’a pas sa langue dans la poche et sait se faire respecter de ses collègues grâce à son efficacité. Malgré sa droiture qui paraît inébranlable, d’autres méthodes auraient été tout aussi appropriées pour tordre cette justicière. D’autant plus que le développement de la relation entre White (agent du FBI) et elle met passé au-dessus de la tête tant les ressorts sont vus et revus. Pourtant, j’ai apprécié le personnage de White. Il a beau avoir la pédanterie qui va avec son grade, sa répartie se mange comme du petit pain avec ce beurre à l’humour noir.   

En dépit de ses éléments qui ne siéent pas à mes goûts, j’ai avalé les pages avec rapidité. La plume de Gilles Debouverie se déguste avec délectation, surtout concernant les passages de Dorothy (j’aurai dû vérifier si elle n’était pas à mon cou). Il exploite les conséquences inhérentes au talisman de façon à engendrer des rebondissements inattendus qui nous amènent vers des profils et des vies différents, si bien que l’on a un vaste portrait des citoyens de Dunkham, à la manière d’une fresque sociétale qui témoigne des dérives à tous les étages de la société.

En bref, Talisman développe une intrigue intéressante basée sur une double narration dont l’une s’est révélée originale par l’utilisation du tu. J’ai totalement adoré pénétrer dans l’esprit machiavélique de Dorothy dont les valeurs féministes et antiracistes détonnent avec ces hôtes. Un mélange envoutant qui pardonne aisément la banalité du déroulement du récit côté enquête.