Les chaînes du silence de Céline Chevet

  • Titre : Les chaînes du silence
  • Autrice : Céline Chevet
  • Éditeur : Éditions du chat noir
  • Catégorie : fantasy

Après la découverte de La fille qui tressait les nuages, je n’ai pas pu résister au second roman de Céline Chevet publié aux Éditions du chat noir, malgré le thème principal ou, plutôt devrais-je dire, la créature dont il traite. Je n’ai jamais été très versée dans les vampires d’une manière générale. La mythologie qui les entourent, le visuel et surtout l’approche de plus en plus sexualisée de ces humanoïdes suceurs de sang, n’ont pas réussi m’amadouer avec le temps. Pourtant, la couverture à l’ambiance mystérieuse et le résumé des Chaînes du silence ont titillé ma curiosité.

Nathanaël va mourir d’une grave maladie. Il y a six ans, sa vie a basculé lors d’une nuit ou des vampires échappaient à la colère de ses semblables. Sa rencontre avec Kael bouleverse ses certitudes et sa vision du monde. Il raconte son histoire, leur histoire dans un journal intime qui tombe entre les mains d’un Vampire qui est à la recherche de Kael, car celui-ci détient un savoir qui lui permettrait de retrouver sa sœur en dépit des lois.

On suit deux histoires en parallèle. Celle issue du journal de Nathanaël et du Vampire. Dans un premier temps, on ne voit pas tout de suite le lien entre les deux récits, jusqu’au moment où l’autrice les entrelace avec patiente et maîtrise. Peu à peu, on comprend les enjeux de la quête du Vampire qui prend sous son aile une fillette comme nourriture de réserve au cas où la fatigue s’emparerait de lui. Un acte qui changera sa vision sur la vie, les relations entre les espèces et le monde.

Les chaînes du silence possède un rythme majoritairement lent et la plupart du temps contemplatif. Il repose principalement sur les propos du narrateur. Les dialogues sont peu présents et pour cause, puisqu’il reflète l’univers créé par Céline Chevet dont les choix stylistiques sont cohérents en plus d’exhaler une certaine poésie quand elle décrit l’art vampirique. On ressent l’élaboration réfléchie et profonde qu’elle a opérée avant la rédaction, engendrant une originalité qui est loin de me déplaire.

J’ai vécu ma lecture comme une découverte sociologique de la civilisation des vampires, car ceux-ci diffèrent drastiquement des codes habituels. Ils sont divisés en clan dans la nature (à l’ombre des bois) en parallèle des humains qui les craignent tout en commerçant parfois avec eux. Leur langage repose sur la sensation, une sorte de lien télépathique qui transmet leurs idées, car utiliser leurs cordes vocales s’apparente à un acte de bassesse, trop humain, trop dégoûtant et rabaissant. Ainsi, ils communiquent grâce au ressenti qui ressemble à des sons de clochette. Une autre particularité est l’absence de nom. Aucun vampire n’est nommé, parce que donner un nom l’enferme dans une cage, une boite, restreint sa liberté, son essence même. Alors, quand Nathanaël appelle celui qui devient son maître Kael, cet acte entraîne une évolution mal vue parmi les créatures de la nuit.

Ce lien bouleverse la vision de l’un et de l’autre qui apprennent à se connaître chacun à sa manière. L’empathie naît et engendre de nouveaux horizons qui toucheront également le Vampire et la fillette. La différence et la connaissance de l’inconnu permettent de comprendre le monde et d’évoluer vers un avenir plus positif, c’est l’une des morales que l’on pourrait tirer de cette histoire.

L’univers de Céline Chevet repose sur un entre-deux. Un moment proche de la rupture quand un monde disparait au profit d’un autre. Les racines de l’écologie s’étendent dans ce récit. Les humains vivent dans une inspiration du XVIIe ou XVIIIe. Cette période où le travail manuel et la sueur humaine cohabitent avec la croissance de l’industrie métallurgique qui grignote de plus en plus de ressources naturelles, impliquant le recul de la forêt. Le lieu de vie des vampires et des Bêtes se trouvent ainsi menacés par l’expansion humaine.

Les Bêtes sont des créatures ancestrales mi-animales, mi-végétaux qui confèrent une esthétique digne des plus grands films d’animation japonaise au Chaînes du silence. L’ambiance générale qui sent dégage met rappelle énormément ces films (notamment Princesse Mononoke des studios Ghibli), leur côté contemplatif de la nature et magique ainsi que les nœuds d’intrigues inattendus. Si le roman se veut un miroir de la société européenne, l’impact des œuvres nippones se ressent dans son atmosphère globale et artistique en en faisant une histoire marginale et inclassable.

En bref, Les Chaînes du silence est un livre qui ne laisse pas indifférent. Par sa singularité, il ne plaira pas à tout le monde. Cependant, il possède une originalité indéniable quand on omet les choix narratifs cohérents, mais qui s’éloignent drastiquement de la mode actuelle. Il offre une vision nouvelle sur les vampires à travers les filtres de la cohabitation, de l’empathie et de l’écologie.

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s