Prototypes d’Adrien Mangold

  • Titre : Prototypes
  • Auteur : Adrien Mangold
  • Éditeur : L’Homme sans Nom
  • Catégorie : science-fiction

Note : Prototypes se situent chronologiquement après Seconde Humanité. Cependant, les deux peuvent se lire indépendamment sans problème.

« Ni d’acier ni de chair »

Alors que Thomas Milas donne son cours, proxY fait irruption dans l’amphithéâtre et le somme d’évacuer ses élèves avant de l’assommer. À son réveil, il est entouré par trois cadavres et les enquêteurs dépêchés par les Autorités de Numéris (AN). Embrigadé malgré lui dans une lutte entre l’État et la secte des Érudits, il devra choisir son camp.

Le roman repose sur le questionnement de la relation androïde — humain. Dès les premières pages, on apprend que l’AN veut voter la loi QI afin d’empêcher les lois d’Asimov d’être brisées par les robots eux-mêmes.

  1. « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  2. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;
  3. Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi. »

Source : Wikipédia.

Cette loi vise à empêcher le développement de l’intelligence artificielle. Elle doit rester strictement inférieure à celle de son inventeur. Or, proxY programmée pour être la sœur de Thomas surpasse largement son QI. Les liens qui les unissent pourraient être la clé d’un monde où la hiérarchie esclavagiste n’existerait plus, mais à quel prix ? Peut-on réellement vivre en harmonie sans asservir l’autre ?

« Le remède à la discrimination n’est pas le favoritisme, mais l’indifférence ».

Thomas prêche pour la liberté des androïdes. Pour lui, les citoyens de Numéris reproduisent les erreurs du passé comme au temps de la traite des noirs où les gens de couleurs n’étaient pas considérés comme des hommes, mais comme des créatures sans âmes. Le parallèle est intéressant et aide à comprendre cette transposition dans ce futur fictionnel en questionnant la pyramide terrestre au sommet de laquelle l’humain (surtout blanc) domine pour des raisons d’intelligence définie par lui seul. Bien que notre protagoniste soit pétri d’idéaux, il reste quelqu’un de prudent. Il conçoit l’évolution par l’expérimentation en vase clos et non dans les avenues de la mégalopole, Numéris. On comprend son désarroi lorsqu’il est propulsé dans le combat qui se joue depuis des années pendant la première partie du roman.

Le second épisode prend la voix du père de Thomas : Franck. Haut gradé de l’AN, son destin à la tête de l’État est compromis par son propre fils. Je ne vais pas détailler les événements de cette deuxième partie qui contrebalance la première et met en scène un regard à la fois différent et identique. En effet, Franck et Thomas sont semblables malgré les apparences. De ce fait, la narration change peu entre les deux chapitres alors qu’elle est interne.

La plume de l’auteur ne s’efface pas derrière la personnalité de ces personnages, ce qui m’a un peu dérangée vu l’opposition entre le père et le fils explicitée au début. L’écriture d’Adrien Mangold est sans doute l’élément qui contribue le plus à l’originalité de ce titre tant elle est atypique et personnelle. Tour à tour poétique, philosophique, métaphorique, simple, elle déroute par moment, surtout quand le style fleuri et soutenu est utilisé dans les scènes d’action, ce qui m’a valu quelques relectures de paragraphes, car j’avais des difficultés à suivre le déroulement par moment. Malgré cela, j’ai adoré les tableaux vivants et visuels ainsi que l’originalité des noms des bâtiments à l’architecture époustouflante. Noms qui participent à la description de l’esprit de Numéris.

Si le style m’a impressionnée, je n’ai cependant pas adhéré à l’histoire que j’ai trouvée trop légère pour le sujet de base. Le principe repose sur l’attachement entre humain et androïde et ces impacts sur la société. Pourtant, je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages. En fait, les liens ont finalement peu d’importance et se retrouvent supplantés par les courses-poursuites et les fusillades. Je ne réfute pas l’horreur du passé des Érudits, de leur secret ou les relations qu’entretiennent Thomas et Franck avec leur robot respectif, mais je n’ai pas été touchée par ça.

En bref, Prototypes s’est révélé une lecture atypique. L’écriture sans pareil d’Adrien Mangold dépeint un monde futuriste qui questionne notre avenir en se basant sur le passé. Toutefois, la réalisation qui favorise le déroulement de l’action plutôt que l’interaction relationnelle, m’a laissée de marbre, d’autant plus que de nombreuses questions restent ouvertes, ce qui lui confère un classement dans la science-fiction philosophique.

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