La collision des mondes de Sam Cornell

  • Titre : La collision des mondes
  • Auteur : Sam Cornell
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : Fantastique, Mystère, Historique

La magnifique couverture de La collision des mondes de Sam Cornell a de suite attiré mon attention sur la page Facebook de Livr’S Editions lors de sa sortie en août de l’année passée. Le dessin n’est pas seulement mystérieux, il me rappelle beaucoup le trait que l’on peut retrouver pour certaines BDs. Après avoir lu le résumé, je me suis laissé tenter.

Le roman est divisé en quatre parties plus un prologue. Je vais seulement résumer les deux premières et distiller les dernières dans mon article pour éviter d’en dire trop sur le déroulement de l’histoire.

L’inspecteur Edouardo Calvez reçoit une note anonyme qui remet en cause ses déductions sur l’affaire Galantier. Un cas vite catégorisé en suicide. Intrigué, il se rend sur les lieux du crime pour rouvrir l’enquête. Celle-ci l’emmènera dans une affaire bien plus sombre possédant des racines profondes.

Jeanne Colinet frappe à la porte du monastère et demande l’aide de Frère Guillaume. Elle est convaincue que son père, l’ancien maire, n’est pas décédé d’une simple crise cardiaque. En cherchant quelques informations, l’ecclésiastique va découvrir les secrets de son mentor et ses certitudes et convictions ne vont pas seulement être ébranlées mais franchement secouées.

La collision des mondes est un polar fantastique tirant sur la science-fiction qui est prenant dès les premières lignes. Toutefois, le déroulement souffre de longueurs en raison de l’étalage de l’histoire (qui nous entraîne des premières croisades au début du 20e siècle) et de la biographie de la famille d’un des personnages. L’auteur a fait un travail remarquable dans ses recherches afin de ficeler la partie fantastique sur son intrigue historique. La réinterprétation est intéressante mais la répétition des faits m’a un peu ennuyée. Certains passages ne m’ont pas semblé apporter quelques choses d’essentiel pour l’intrigue principale.  

En plus d’être une enquête et une plongée dans l’histoire, l’auteur aborde diverses thématiques si bien que le polar fantastique se mêle à l’histoire, la science, la philosophie, l’astronomie, l’astrologie, l’ethnologie, la physique et les mathématiques. En somme, un grand pot-pourri montrant une richesse d’esprit et du monde. C’est l’un des points forts de ce roman qui tresse les diverses facettes de l’humanité et de l’univers en montrant les liens malgré les différends. S’il expose la dualité entre religion et science, j’ai apprécié que Sam Cornell ne tombe pas dans une vision manichéiste en mettant aussi en avant les défauts de la seconde.

« la science, comme la foi, possède ses dogmes qu’il est tout aussi difficile de bousculer. Et lorsqu’ils vacillent, c’est pour mieux retrouver leur place initiale. Ils ne se brisent que rarement et aux prix d’insurmontables efforts. […] Lorsque les croyances astronomiques se confondent en certitude, la science ne vaut guère mieux que la foi. »

D’ailleurs, il se préoccupe de défendre l’esprit critique qui consiste à ne pas retenir une seule version des faits mais à consulter autant les vainqueurs que les vaincus, les deux visions des belligérants.

Les personnages sont traités avec profondeur et nuance. L’inspecteur Calvez est fier de son palmarès et sûr de lui. Pourtant, il est capable de se remettre en question. Il déteste perdre le contrôle des choses et il est méticuleux. C’est pourquoi cette missive l’ennuie fortement et le pousse à rouvrir l’enquête. Son esprit aiguisé va lui permettre de remonter le fil de l’affaire et d’accepter l’incroyable découverte et ce qu’elle engendre d’horrible dans le dernier épisode.

L’histoire se plaçant au début du 20e siècle, l’écrivain a tenu compte de l’émancipation de la femme en la personne de Jeanne Colinet. Cette femme a un certain aplomb et un caractère bien trempé. Elle est déterminée, optimiste et mesurée. Si elle prend quelques initiatives et montre son courage, elle reste néanmoins en retrait pendant une bonne partie de l’investigation de frère Guillaume. Bien que cela me fasse trépigner, il faut avouer que ces situations conviennent à l’époque où une femme n’est pas encore totalement libre de ses mouvements et ne peut pas accéder à l’ensemble des endroits réservés aux hommes. Jeanne synthétise en quelque sorte l’ancien et le nouveau comportement des femmes. Elle tend vers l’indépendance sans avoir encore totalement coupé le cordon qui l’a retient.   

Frère Guillaume est intéressant par son évolution face aux événements qui vont malmener ses acquis. Pieux et prêchant la bonne parole, il va être confronté à la noirceur des hommes et à ses propres limites entre ses croyances et la réalité. Il symbolise les interrogations : jusqu’où un humain peut-il aller pour survivre ? A quel point les situations peuvent-elles engendrer des actes en totale opposition avec ses convictions ?

La plume de l’auteur est efficace. Le style évolue en fonction du personnage qui a la main sur l’histoire. Ainsi, le début possède l’écriture du scientifique ou du détective en ce qu’il est descriptif et sans fioriture inutile. En quelques mots, le décor est planté. Quelques lignes métaphoriques viennent l’agrémenter ci et là en donnant une ambiance mystérieuse. La troisième partie est plus romanesque voire tragique alors qu’un des personnages monopolise la parole dans un monologue appuyé par les courtes interventions de son interlocuteur. Enfin, la fin installe une atmosphère plus lugubre. Les thèmes abordés par l’auteur l’entraînent à utiliser du jargon philosophique (issu du siècle des Lumières) et quelques notions scientifiques.

En bref, La Collision des mondes souffre des faiblesses d’un premier roman. Toutefois, Sam Cornell possède une écriture qui m’a plongée dans ce sacré pavé et son univers riche à la croisée des genres. Un auteur prometteur que je vais suivre de près.

La Citadelle Interdite (Chroniques Célestes,#1) de Léona Everhard

  • Titre : La Citadelle Interdite (Chroniques Célestes,#1)
  • Autrice : Léona Everhard
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Lorsque Léona Everhard m’a proposé le premier tome de sa série de novella en service presse via la plateforme SimPlement.pro, j’ai tout de suite été intéressée par l’un des sujets traités dans cet opus : la question de la tolérance de la société vis-à-vis des personnes en condition de handicap. Je la remercie chaleureusement de me l’avoir confié en échange d’une chronique honnête.

Les Chroniques Célestes nous entraine à Valesphyr, un archipel flottant dans les airs, qui est le centre d’une civilisation divisée en deux classes sociales. Les Privilégiés résident autour du roi et gèrent la cité d’une main ferme grâce notamment à la Marine Céleste. Les Rebuts vivent dans les bas fonds du royaume et ne peuvent exercer que des tâches qui profitent aux premiers. Ils mènent une vie de servitude comme durant les temps médiévaux. Pourtant, il existe un statut bien pire que celui-là. Il s’agit du Mâchefer. Ce mot désigne la scorie produite lors de la combustion de la houille utilisée dans la métallurgie.

Sylwen est un adolescent qui croit en son rêve d’intégrer la Marine Céleste pour parcourir les cieux malgré les tragiques épreuves qu’il a traversées dans son enfance et qui l’ont paralysé à vie. Grâce à la dextérité de son père adoptif, M. Bîshale, qui lui a construit un exosquelette en métal, il vit comme les autres. C’est ce qui lui confère le statut de Mâchefer. Si cette technologie permet des miracles, les hautes sphères le voient d’un mauvais œil et n’arrivent pas à écarter son handicap, symbolisé par sa prothèse, sans doute trop effrayées par son aspect humanoïde. En effet, le gouvernement est récalcitrant face à l’utilisation de la métallurgie et des automates au grand dam de M. Bîshale qui doit réparer encore et encore leurs navires fragiles alors qu’il pourrait les renforcer et augmenter leur durée de vie.

Dépité par son recalage pour inaptitude en dépit de ses bonnes notes à l’académie militaire, Sylwen se laisse entrainer par l’allégresse de son ami Trévor pour partir à l’aventure après avoir été témoin d’une étrange affaire. Alors qu’il passe le balai à la Société d’archéologie, il entend un échange entre sa patronne et un homme discret qui lui demande d’annuler le projet de fouille de Babylone en lui tendant de l’argent. Que cache donc de si important cette ruine ancestrale pour enclencher un tel manège ? Intrigués, les deux camarades s’élancent à bord d’un vieux rafiot pour rejoindre la citadelle interdite avec la Marine Céleste à leurs trousses et une invitée surprise dont la perspicacité leur sera d’un grand secours : Enolie.

L’univers oscillant entre fantasy et science-fiction développé par Léona Everhard reste basique mais les concepts liés à l’insertion des personnes handicapées et à l’inversion des tendances en matière d’évolution technologique et de son impact sur la société telle la robotisation du travail (ici rejetée par les Privilégiés alors que dans la réalité les entrepreneurs voient le profit avant l’humain), confère un aspect intéressant à l’histoire au point de créer des idées propres à son monde. Je pense notamment à la notion de transcendance positive qui signifie « le dépassement de soi passionnel dirigé vers l’Unité, le Bien, le Vrai et le Juste. » En gros, vivre pour la société selon les principes qu’elle édicte. Ainsi, c’est le côté humain de Sylwen qui est reconnu et non sa moitié robot. Cette loi lui permet d’être soi-disant intégré car en voulant entrer dans la Marine Céleste il prouve qu’il a l’esprit du bon citoyen. Enfin, les légendes racontées sur Valesphyr s’insèrent parfaitement au milieu dans lequel les personnages évoluent et siéent à merveille au déroulement du récit.

Outre le travail de construction de cette civilisation en profondeur par des lois, j’apprécie l’application de l’écrivaine à expliquer le mécanisme qui permet aux bateaux de flotter et de se déplacer dans les cieux grâce aux particules. C’est à ce genre de détail que l’on comprend le soin préliminaire accordé par son créateur à une histoire.

Les interactions entre les personnages de la Citadelle Interdite ont particulièrement retenu mon attention. L’unité du trio formé par Sylwen, Trévor et Enolie constitue le ciment du roman. Si le premier est censé être le héros central de l’histoire, les deux autres ne restent pas dans son ombre. Sylwen manque de confiance en lui face au rejet injuste qu’il subit. C’est son ami Trévor qui sert de moteur à l’intrigue dans un premier temps grâce à sa gentillesse, sa sensibilité qui booste naturellement le moral, ainsi que sa curiosité. Lorsque l’insupportable Enolie qui vit dans le même foyer que Trévor, se joint à l’aventure, les échanges promettent d’être tumultueux. Pourtant, elle est vite appréciée et intégrée au duo malgré son côté, de prime abord, suffisant et hautain. Très vite, ils comprennent que cette apparence cache une détermination et une intelligence qui sont juste considérées comme déplacées par la société dans la bouche d’une fille appartenant aux Rebuts. En fait, elle soulève trop de questions et de constats pertinents pour son statut.

La plume de Léona Everhard est agréable à lire et elle s’accorde bien au genre jeunesse. Elle utilise par moment le jargon spécifique à la navigation ainsi que de belles descriptions et métaphores. Sa formulation est fluide et entrainante tout comme sa manière de distiller le suspens et d’éveiller l’intérêt. Ainsi, si l’univers donne un sentiment de déjà-vu, ce point est compensé par une écriture attractive qui empêche de lâcher le livre. La version que j’ai reçue comportait des coquilles. Mais l’autrice a réagit avec rapidité à mes remarques. Ceux qui sont allergiques aux fautes peuvent donc plonger dans le livre sans crainte.

Si l’intrigue est bien ficelée et comporte des rebondissements intéressants et inattendus, le tout m’a donné un goût de trop peu. En effet, j’ai trouvé que l’exploration de Babylone était bien trop courte alors qu’elle est le titre du volume. C’est sans doute dû au format de la novella et j’espère en apprendre plus dans les prochains tomes.

En bref, La Citadelle Interdite est un bonne histoire jeunesse abordant des concepts liés à une situation de handicap et à la différence. Il donne vie à des personnages touchants qui se dépassent pour accomplir leurs rêves. Il semble juste un peu trop court.

Sept morts à vivre de Southeast Jones

  • Titre : Sept morts à vivre
  • Auteur : Southeast Jones
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : nouvelles, science-fiction

Sept morts à vivre est mon premier service presse offert en toute confiance sans plateforme intermédiaire. Je remercie chaleureusement mon compatriote Southeast Jones de m’avoir donné la possibilité de découvrir son univers en échange d’un avis honnête.

Ce recueil est un voyage au cœur du système solaire de la mort. Celui-ci compte sept planètes aux couleurs et aux paysages différents. Seule une atmosphère de réincarnation, de renaissance, d’éternité ou je devrais dire de transcendance de la mort est commune à la plupart des nouvelles. C’est ce tableau qui me vient à l’esprit en essayant de décrire ce livre.

Je me suis sentie comme une aventurière posant son vaisseau sur chaque écosystème pour découvrir et étudier l’histoire des autochtones et leurs conceptions de la mort. L’auteur propose une réelle variété d’histoires allant de l’entretien philosophique au rapport scientifique en passant par la confrontation avec l’horreur ou le contact inter-espèce. Le tout arrosé d’une rasade moralisatrice sur la folie humaine.  

L’un des aspects qui m’a le plus scotchée, est la facilité avec laquelle Southeast Jones réussi à passer d’une plume à l’autre. Tour à tour, son écriture est philosophique, simple et contemporaine, ou soutenue voire scientifique, parfois poétique ou comique. Par exemple, dans L’Antre de la bête, il place l’intrigue au XIXe siècle. Le vocabulaire des protagonistes sied à merveille à cette époque. Une pléthore de mots et d’expressions anciens refont surface si bien que j’avoue avoir dû en vérifier quelques uns au dictionnaire. Dans Mon dragon et moi il déploie l’univers à coup d’explications physiques pour le fonctionnement des voyages. Les fans de science-fiction spatiale s’y retrouveront facilement et les néophytes devront restés attentifs pour comprendre le jargon. Toutefois, aucune description ne m’a semblé incompréhensible. Au contraire, l’écrivain explicite avec clarté et précision les théories scientifiques, médicales et philosophiques. Quelques coquilles se cachent dans le texte.

Les nouvelles sont fouillées et travaillées. Elles dévoilent majoritairement des idées originales et des tournures inattendues. Anamnèse reçoit la palme d’or des approches inédites. Si l’histoire pose un cadre de départ banal, l’enchainement des actes m’a surprise tant par le style que la nature de la révélation finale. Un passage parait déstructuré mais on comprend vite qu’il imite à la perfection le fil des pensées et des rêves dont les épisodes ne se suivent pas toujours de façon cohérente. 

Au-delà du thème de la mort et de ses compagnons de route les biens nommés réincarnation et éternité, les notions de maladie et de vieillissement sont récurrentes. Un peu comme si elles étaient le moteur de la mort et de l’idée de vaincre ses états qui génèrent souvent de la souffrance. D’ailleurs, il est amusant de noter que le recueil s’ouvre sur l’invitation à résoudre ce problème.

L’aventure se clôture avec une huitième nouvelle qui se situe à part, telle une exoplanète. En effet, il s’agit plus d’un hommage d’un fils à son père. J’ai trouvé qu’elle différait des autres par sa nature et la sensibilité qui éclot au fil des mots.      

En bref, Septs mort à vivre est une plongée intéressante et exaltante dans la recherche de l’éternité à travers la mort. Ce recueil propose un véritable panel d’histoires plus riches les unes que l’autre sur la question.

Sept Morts à Vivre (Trailer)

Oblivictus de Sylvine Ploix-Hugé

  • Titre : Oblivictus
  • Autrice : Sylvine Ploix-Hugé
  • Éditeur : Lansdalls éditions
  • Catégories : science-fiction, anticipation, romance

Oblivictus fait partie de mes achats de la Foire du Livre de Bruxelles 2019. Ne connaissant pas l’éditeur, je me suis approchée de leur petit stand. Mon regard s’est porté sur ce bouquin en raison de son titre accrocheur et de sa couverture soignée qui sent bon la science-fiction.

Juillet 2038. Mila attend patiemment à l’extérieur du laboratoire de ses parents pour aller manger avec eux. Ils travaillent dans le domaine de la mémoire. Un sujet qui passionne également leur fille. Soudain, une série d’explosions souffle le bâtiment. Mila se réveille allongée sur un lit d’hôpital où des urgentistes s’affairent autour d’elle. En état post-traumatique, elle se débat et reçoit un tranquillisant. En attendant que celui-ci fasse effet, elle est laissée sous la surveillance d’un infirmier, Rafael Alcaroz, qui profite du moment pour lui faire une injection dans le cou. Elle devient la patiente 34. 

Mila se réveille du coma le mois suivant. Son frère Noa, un as de l’informatique, est à son chevet complètement paniqué par son état et rassuré qu’elle se réveille enfin. Suite au choc de la mort de leur parent, une partie de leur mémoire a disparu. La fratrie va devoir se serrer les coudes pour retrouver l’histoire manquante. La mémoire effacée.

Ce roman d’anticipation explore une réalité basée sur les attaques terroristes réelles de novembre 2015 puis fictives de 2019, et du protectionnisme qui en découle. Le territoire est découpé en communautés soit disant pour raviver la solidarité. La peur de l’intrus reste pourtant forte. Pour passer de l’une à l’autre, des camps d’intégration sont organisés. Une certaine communication via le sport existe tout de même bien qu’elle suscite plus la rivalité que la cohésion. Mila et Noa sont des citoyens de Mirenvella dans l’arrondissement de Bellevue. Après l’attentat à la bombe, ils vont être transférés dans celui de Bonne Aventure.

La première partie de l’intrigue est captivante. Dès le début du prologue, j’ai été happée. Il commence sur une touche un peu philosophique et contemplative, et enchaine sur la description du personnage principal et de l’univers dans lequel il évolue. L’enchantement dans lequel j’étais plongée, s’est rompu dans la seconde partie du livre lorsque l’histoire tourne plus à la romance qu’au combat.

Rafael est le genre soft du bad boy. Il est asocial, antipathique, hautain et peu aimable. Il préfère éviter le contact et la communication mais il prend soin de ses patients. Comme dans beaucoup de romance de ce type, il a un triste passé qui permet d’excuser son comportement odieux auprès de Mila. Celle-ci tombe amoureuse de lui parce qu’il existe un loi universelle disant que deux âmes sont faites l’une pour l’autre et que même si l’autre agit de manière horrible avec elle et lui fait dire qu’elle le déteste, elle ne peut défaire le lien qui les unit. Bref, vous l’aurez compris. Je ne suis pas une adepte du coup de foudre au premier regard juste parce que le mec à une belle nuque et une tablette de chocolat, alors qu’il se comporte comme un enfoiré même après l’évolution de leur relation de couple. Étant une humaine paradoxale ce type de romance peut m’émouvoir. Certains livres ont déjà réussi cet exploit car je peux comprendre que tout le monde n’est pas un génie des relations sociales et que l’on peut agir de façon maladroite. Oblivictus n’entre pas dans le camp des vainqueurs.   

L’intrigue en elle-même est bien développée et plutôt cohérente. Toutefois, en étant attentif il est possible de comprendre les événements, les retournements de situation et les identités des personnages avant qu’ils soient exposés. Contrairement à ce que j’avais compris suite au résumé et à la dédicace de l’autrice, l’histoire ne se compose pas comme une réelle enquête avec des indices dissimulés et une résolution finale. Il s’agit plus d’une suite de révélations qui permet de comprendre pas à pas ce qui s’est passé. Certaines actions m’ont semblé improbables pour une personne blessée. Pour ne pas trop en dire, j’exemplifierai seulement par le passage où Rafael laisse Mila porter un sac à dos sur le ventre alors que son abdomen est suturé. Je doute qu’une personne ayant un bon sens médical comme lui la laisserait faire.

Les personnalités de Mila et de Rafael ont été bien travaillés par l’autrice dans l’ensemble. Néanmoins, la réaction de notre amnésique suite à son sentiment de trahison vis-à-vis de son frère, et à la fin, est trop irréelle et rapide. Vu sa situation et sa condition, elle accepte trop facilement les explications à mon goût.

Enfin, le style de Sylvine Ploix-Hugé est agréable et fluide. Son roman est parsemé de termes et d’explications sur le sujet de la mémoire. Les pathologies sont facilement compréhensibles et ce fut un plaisir d’en découvrir plus sur cette matière. Certains passages furtifs possèdent un côté moralisateur. En plus de l’individualisme et la peur de l’autre, elle met en avant la dépendance à la technologie, l’impatience des gens qui ne savent plus attendre ni prendre le temps d’apprécier ce qui les entoure comme si on avait peur de s’ennuyer.

En bref, l’histoire d’Oblivictus est intéressante pour le côté scientifique sur lesquels il est basé et pour les idées probables et réalistes de l’univers. C’est juste dommage qu’elle change de trajectoire en cours de route et se transforme en romance sur fond de science-fiction.   

L’école du futur du Collectif #1

  • Titre : L’école du futur
  • Auteur : Collectif #1
  • Éditeur : Marathon Editions
  • Catégories : science-fiction, nouvelles

Je tiens à remercier chaleureusement Marathon Editions pour m’avoir fait parvenir une copie de L’école du futur contre un avis honnête via la plateforme SimPlement.pro. 

Ce recueil de nouvelles est né à l’initiative de l’éditrice Florence et de la blogueuse Virginie de Beltane de (lit en) secret qui mettent l’enseignement scolaire au premier plan dans l’apprentissage de la vie. Elles ont organisé un concours sur le thème de l’école du futur pour laisser les auteurs envisager ou rêver l’éducation de l’avenir. Leur dévouement va même plus loin étant donné que l’argent récolté à l’achat de cet ouvrage sera reversé aux Apprentis d’Auteuil. Cette fondation est créée en 1866 par des catholiques. Elle se consacre d’abord à l’éducation des orphelins et des plus démunis pour leur donner une chance de trouver un travail. Aujourd’hui, elle se concentre sur les jeunes en difficulté (principalement des ados) afin de les épauler et de les aider à s’insérer dans la société grâce notamment à des formations.

Alors que nous allons finir la deuxième décennie du XXIe siècle, le système scolaire subit des changements, parfois lents, car il doit s’adapter à l’avancée technologique et réinventer la manière d’appréhender le monde. Ainsi, cet ouvrage tombe à pique. Il englobe les visions de quinze écrivains chevronnés ou débutants qui partagent leur vision sur le thème. Chaque nouvelle ayant une voix différente, les plumes et les approches varient si bien qu’au moins une histoire devrait plaire à chacun. Le style d’écriture touche à la jeunesse, à l’adolescent et à l’adulte. La façon d’aborder le récit est narratif, descriptif, actif, doux, horrifique, aventureux, paisible, violent, sentimental, etc. Donc, il y a le choix.

Un côté moralisateur accompagne souvent l’intrigue. Surtout par rapport à l’importance des innovations technologiques du futur comme les intelligences artificielles, les robots ou les androïdes et celles qui sont déjà bien présentes dans la vie des enfants (tablettes, réseaux sociaux, etc.). Mais au fond, c’est moins une simple critique de l’ancien contre le nouveau système que la crainte de voir une déshumanisation, une dépendance et une désocialisation réelle.

Vu que L’école du futur est le premier recueil de nouvelles à plusieurs voix que je chronique et vu sa diversité et sa richesse, j’ai réfléchi à la meilleur approche pour vous le présenter. Je vais détailler mon top 3 des histoires afin de vous donnez l’eau à la bouche sans tout vous dévoilez.

Neurotoxicité du bouquinage d’Ange Beuque

Cette nouvelle ouvre le bal avec un système dictatorial où les livres papiers sont proscrits car ce sont des armes de destruction. Littéralement car il parait qu’ils peuvent nous exploser à la figure à moins que ce soit l’ouverture d’esprit et le développement de l’esprit critique qu’ils peuvent engendrer qui font peur ? Quoi qu’il en soit, Monsieur Alek est terrorisé lorsqu’il voit son élève Aylin déposer un bouquin fait de papier et d’encre sur son pupitre. Très vite, il met en place la procédure de sécurisation pour s’en débarrasser. Cependant, l’œil de l’inspection de l’enseignement se pose sur sa classe et sa manière d’enseigner qui prend quelques libertés par rapport au programme établi….Je vous laisse lire la suite et la fin surprenante qui laisse à réfléchir.  

Isaac de David Ruiz Martin

Isaac Aisner est un petit garçon de 12 ans qui a perdu la mémoire suite à un accident. Il intègre une nouvelle école en plein milieu d’année. Se faire des amis n’est pas aisé quand les groupes et les clans sont déjà faits. Mais c’est encore plus difficile lorsque l’on est spécial. Cette nouvelle est intéressante par son approche. Au lieu de s’intéresser à l’éduction des matières, elle se concentre sur le vivre ensemble. Comment faire face lorsque l’on est différent ? Comment aller au-delà de la peur que les autres ressentent ? Comment se développer et prendre confiance en ce que l’on est ? Ce conte philosophique m’a profondément émue malgré sa ressemblance avec un célèbre film de Steven Spielberg. Mais chut ! je ne vous en dis pas plus. A vous de découvrir de quoi je parle et surtout de le vivre à travers cette écriture fluide qui vous entraine dans ce mystère.

La vie bascule de Zoé Faverais Roy

Bienvenue au collège du futur où les cours se passent la tête dans les nuages. L’école, un bâtiment en verre, est suspendue au ciel. Plus d’odeur de papier, de cri strident quand la craie dérape sur le tableau noir…Tout est technologique au point que le professeur est devenu un tas de ferraille qui peut parfois avoir quelques dératés. Encore heureux que les élèves sont des as de l’électronique et savent réparer des unités centrales de la taille d’un pouce. Notre narrateur, un gars de 17 ans, est en train de suivre les cours de Vieux Boulon lorsqu’une tempête monstrueuse approche…Avec un langage d’adolescent (je précise que c’est compréhensible et qu’il n’y a pas de langage sms. Juste quelques mots de leur patois), Zoé Faverais Roy nous entraine dans un récit descriptif et narratif captivant avec une fin inattendue.

Pour information, je vous laisse une liste des autres nouvelles afin que les titres titillent votre curiosité :  

  • Une nouvelle à l’ancienne de Philippe Aurèle Leroux
  • Dans la chaleur de l’étable d’Abel Meiers
  • La clef du bonheur d’Esthel Cozzi
  • Un drôle de Fénix de Philippe Caza
  • Mon père, ce héros de Marguerite Aloze
  • L’appel de Céline P Bantam
  • Perdus dans le futur d’Elsa Malkoun
  • L’évasion d’Emilie Chevallier Moreux
  • Erreur de téléchargement de Laurent Contie
  • Hors de la bulle de Sienna Pratt
  • Quelques touches de couleur de Mathilde Bernardin
  • La pépinière de Florence Metge

En bref, L’école du futur est un recueil riche en approches et en visions sur le monde éducatif. Mettant en dialogue le passé et l’avenir, les avantages et les défauts des nouveautés et des idées, c’est avant tout une ode à l’apprentissage de l’enfant dans la société et le monde dans lequel ils vont grandir et évoluer.

Nos Altermondes de Nicolas Debandt

  • Titre : Nos Altermondes
  • Auteur : Nicolas Debandt
  • Éditeur : Les Éditions de l’Homme Sans Nom
  • Catégories : science-fiction, anticipation

En 2018, mon œil a été attiré par le nom de la maison d’édition L’homme Sans Nom et par les couvertures soignées des livres disposés sur son étal lors de mon passage à la Foire du Livre de Bruxelles. Le choix ne fut pas aisé mais j’ai décidé de jeter mon dévolu sur Nos Altermondes de Nicolas Debandt pour ma première relation avec l’éditeur. Et je ne suis pas déçue.

L’univers du roman est assez simple à comprendre. Suite à des problèmes environnementaux, deux cités sont interdépendantes l’une de l’autre. Minarque possède la technologie pour aller chercher de l’eau potable sur la planète voisine tandis que Terarque a développé une armée de pollinisateurs humains suite à la disparition des abeilles.

Les premières pages de Nos Altermondes nous font entrer dans le vif du sujet en nous propulsant au moment de la catastrophe qui rompt l’équilibre fragile entre ces deux puissances. Minarque et son port aérospatial sont détruits lors de l’effondrement de l’anneau entourant la planète. Une vague de migration déferle alors sur Térarque, parmi lesquels se trouve Nathanaël, père de deux enfants qui va devoir se battre contre la haine envers les réfugiés et trouver un moyen de contacter sa femme partie en mission dans l’espace.

Parallèlement, on suit la vie d’Ellynn. Elle est la pupille parfaite de l’Etat de Terarque et travaille sur la technologie du pilier dans le but de faire revenir l’eau. Les conséquences du cataclysme vont bouleverser sa vie tranquille, révéler les secrets et les manipulations de ceux en qui elle croyait, et bousculer ses convictions.

Bien que Nos Altermondes relève de la science-fiction, les sujets traités sont tellement actuels et les intrigues politiques sont si vraisemblables et concevables que l’histoire semble se dérouler sur une partie de notre propre globe terrestre. En évitant de prendre le chemin facile de la simple guerre environnementale, Nicolas Debandt nous offre un roman profond et humain qui, je l’espère, égratigneront les idées préconçues de certains, notamment sur la question des réfugiés. Il est juste un peu dommage que certains personnages secondaires soient traités de manière si sommaire alors que leurs actions font partie des rouages de l’intrigue.

En bref, il s’agit d’une belle découverte et d’un livre différent dans le monde de la science-fiction. L’alternance des chapitres centrés sur les personnages permet de jongler entre les deux univers et de comprendre les réalités de chacun. Seul petit bémol : les coquilles dans le texte qui auraient pu être éliminées avec une bonne relecture avant impression.