12 km sous terre de Julien Maero

  • Titre : 12 km sous terre
  • Auteur : Julien Maero
  • Éditeur : Nombre 7 Éditions
  • Catégorie : science-fiction

12 km sous terre est le dernier roman court de Julien Maero que je remercie pour sa confiance. Par ses thématiques, ce récit d’anticipation entre parfaitement dans le menu Automne Rayonnant (You cannot eat the money) du Pumpkin Autumn Challenge.  

Le gouvernement russe requiert l’aide de l’éminent géologue Igor Romanovsky pour enquêter sur un événement étrange qui se déroule à Kola. Lieu d’un des plus profonds forages terrestres, le trou s’élargit de façon inexpliquée. La mission dont le professeur fait partie doit en trouver la cause. Dans les entrailles obscures de la planète, Igor fera une découverte qui chamboulera sa conception du monde.

L’URSS a démarré un forage dans le nord de son territoire, près de la ville de Kola, en 1970. Outre l’étude du sol, l’objectif était d’atteindre le Moho (la limite entre la croute terrestre et le manteau supérieur) avec une profondeur de 15 000 m. Le projet a été arrêté à un peu plus de 12 km pour des raisons politiques et techniques.

Julien Maero base son roman sur ce brin d’histoire. Ce cratère creusé par l’homme, oublié de la plupart des gens, qui se rappelle à eux en s’effondrant sur ses bords. Pourquoi cela arrive-t-il après tant d’années ? Que se passe-t-il dans ces profondeurs ? Qui ou quoi menace la Russie ? L’auteur nous entraîne à la manière de Jules Verne dans une exploration où le mystère se construit en quelques chapitres courts et rythmés. Les secrets des équipiers d’Igor et de la présidente suscitent l’intérêt tel des filaments qui nous emprisonnent et nous attirent entre les pages qui se tournent à une vitesse folle jusqu’à la révélation… Inattendue et extraordinaire.

La chose dissimulée dans les abysses porte un message cher à l’auteur. Elle intègre la conséquence de la bêtise humaine, celle des politiciens avides et des scientifiques sans scrupules. N’essayez pas de deviner quel monstre est dévoilé à la fin (et surtout, ce que sa présence signifie), vous n’arriverez pas à vous l’imaginez tant elle est frappante et atypique. Notez que je ne lis pas beaucoup de science-fiction. Du coup, mon jugement est peut-être altéré. Toutefois, il est indéniable que Julien Maero a réussi à créer à partir du néant issu de ce trou noir terrestre, une conception exceptionnelle du monde en jouant sur la notion du microscopique et du macroscopique, mais pas dans le sens habituel des termes.

Cette fin m’a vraiment bluffée. C’est le point fort du roman. Les personnages sont bien construits, même si certains sont peu esquissés. Igor a la grosse tête. Nommé chef d’équipe, il ne cesse de se disputer avec Ivan qui a plus de qualité de leader. Sa curiosité scientifique lui confère un certain courage face à la menace.

Brossons les autres membres de la mission : Ivan se présente comme un foreur asocial, taiseux et mystérieux. Son attitude soulève la suspicion, car il possède de multiples talents qui les sauvent. Des aptitudes qu’un simple foreur n’a généralement pas. Les frères Rybakov sont des militaires associés au groupe pour le protéger. Et enfin, nous avons Evgeny, un sismologue et Mikhail le pilote d’hélicoptère. Que des hommes ! Oui, mon sourcil s’est levé jusqu’à ce que j’apprenne que la Russie était dirigée par une femme. Une seconde femme apparait au cours de l’histoire et aura un rôle plus ordinaire vu qu’Igor en tombe amoureux. Svetlana prend soin de son père dans les bois, proche de Kola. Elle a fait des études de géologie. L’énigme du forage, la pousse à suivre la mission.

La plume de Julien Maero nous plonge dans les paysages enneigés de la Russie. Il distille des données scientifiques de façon compréhensible. Élaborant le mystère avec brio, il nous emmène dans l’obscurité où l’horreur nous attend. Si vous aimez les animaux faites demi-tour, les humains ne sont pas les seuls à subir la violence brute de la chose.

En bref, 12 km sous terre porte un message percutant. Il intègre et joue avec plusieurs notions scientifiques pour stimuler notre cerveau face au mal qui ronge la planète. Avec sa plume affutée, il nous entraîne vers les abysses insondables et incroyables.

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Prototypes d’Adrien Mangold

  • Titre : Prototypes
  • Auteur : Adrien Mangold
  • Éditeur : L’Homme sans Nom
  • Catégorie : science-fiction

Note : Prototypes se situent chronologiquement après Seconde Humanité. Cependant, les deux peuvent se lire indépendamment sans problème.

« Ni d’acier ni de chair »

Alors que Thomas Milas donne son cours, proxY fait irruption dans l’amphithéâtre et le somme d’évacuer ses élèves avant de l’assommer. À son réveil, il est entouré par trois cadavres et les enquêteurs dépêchés par les Autorités de Numéris (AN). Embrigadé malgré lui dans une lutte entre l’État et la secte des Érudits, il devra choisir son camp.

Le roman repose sur le questionnement de la relation androïde — humain. Dès les premières pages, on apprend que l’AN veut voter la loi QI afin d’empêcher les lois d’Asimov d’être brisées par les robots eux-mêmes.

  1. « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  2. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;
  3. Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi. »

Source : Wikipédia.

Cette loi vise à empêcher le développement de l’intelligence artificielle. Elle doit rester strictement inférieure à celle de son inventeur. Or, proxY programmée pour être la sœur de Thomas surpasse largement son QI. Les liens qui les unissent pourraient être la clé d’un monde où la hiérarchie esclavagiste n’existerait plus, mais à quel prix ? Peut-on réellement vivre en harmonie sans asservir l’autre ?

« Le remède à la discrimination n’est pas le favoritisme, mais l’indifférence ».

Thomas prêche pour la liberté des androïdes. Pour lui, les citoyens de Numéris reproduisent les erreurs du passé comme au temps de la traite des noirs où les gens de couleurs n’étaient pas considérés comme des hommes, mais comme des créatures sans âmes. Le parallèle est intéressant et aide à comprendre cette transposition dans ce futur fictionnel en questionnant la pyramide terrestre au sommet de laquelle l’humain (surtout blanc) domine pour des raisons d’intelligence définie par lui seul. Bien que notre protagoniste soit pétri d’idéaux, il reste quelqu’un de prudent. Il conçoit l’évolution par l’expérimentation en vase clos et non dans les avenues de la mégalopole, Numéris. On comprend son désarroi lorsqu’il est propulsé dans le combat qui se joue depuis des années pendant la première partie du roman.

Le second épisode prend la voix du père de Thomas : Franck. Haut gradé de l’AN, son destin à la tête de l’État est compromis par son propre fils. Je ne vais pas détailler les événements de cette deuxième partie qui contrebalance la première et met en scène un regard à la fois différent et identique. En effet, Franck et Thomas sont semblables malgré les apparences. De ce fait, la narration change peu entre les deux chapitres alors qu’elle est interne.

La plume de l’auteur ne s’efface pas derrière la personnalité de ces personnages, ce qui m’a un peu dérangée vu l’opposition entre le père et le fils explicitée au début. L’écriture d’Adrien Mangold est sans doute l’élément qui contribue le plus à l’originalité de ce titre tant elle est atypique et personnelle. Tour à tour poétique, philosophique, métaphorique, simple, elle déroute par moment, surtout quand le style fleuri et soutenu est utilisé dans les scènes d’action, ce qui m’a valu quelques relectures de paragraphes, car j’avais des difficultés à suivre le déroulement par moment. Malgré cela, j’ai adoré les tableaux vivants et visuels ainsi que l’originalité des noms des bâtiments à l’architecture époustouflante. Noms qui participent à la description de l’esprit de Numéris.

Si le style m’a impressionnée, je n’ai cependant pas adhéré à l’histoire que j’ai trouvée trop légère pour le sujet de base. Le principe repose sur l’attachement entre humain et androïde et ces impacts sur la société. Pourtant, je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages. En fait, les liens ont finalement peu d’importance et se retrouvent supplantés par les courses-poursuites et les fusillades. Je ne réfute pas l’horreur du passé des Érudits, de leur secret ou les relations qu’entretiennent Thomas et Franck avec leur robot respectif, mais je n’ai pas été touchée par ça.

En bref, Prototypes s’est révélé une lecture atypique. L’écriture sans pareil d’Adrien Mangold dépeint un monde futuriste qui questionne notre avenir en se basant sur le passé. Toutefois, la réalisation qui favorise le déroulement de l’action plutôt que l’interaction relationnelle, m’a laissée de marbre, d’autant plus que de nombreuses questions restent ouvertes, ce qui lui confère un classement dans la science-fiction philosophique.

Les larmes de Saël (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les larmes de Saël (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : post-apocalypse

Les Larmes de Saël est ma troisième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. Pour rappel, il s’agit d’un groupe sur Facebook rassemblant des autrices autoéditées ou hybrides qui s’allient pour promouvoir leurs romans et échanger avec les lecteur.rices. N’hésitez pas à nous rejoindre. Ce roman fait partie d’une saga en trois tomes. Toutefois, il peut se lire comme one-shot. En effet, l’écrivaine n’avait pas prévu d’en faire une série et malgré la fin, il se déguste très bien en solo.

Arcana réside dans la ville prospère de Ceylan protégée du monde extérieur par un bouclier. L’air, les températures, les énergies sont mesurés au millimètre près pour en faire un havre de paix où les habitants puissent vivre sans crainte. À l’approche de l’âge adulte, elle ne sait toujours pas ce qu’elle souhaite pour l’avenir. Ce choix lui est enlevé par trois faits : son père qui veut la marier, l’explosion qui endommage le cœur de Ceylan et le jugement des terroristes devant la population. Mues par ses envies de liberté, elle s’engage à épouser avec Ashkan selon les lois à l’étonnement de toute la citée. Leur union à peine célébrée, ils sont expulsés à Saël. Arcana va devoir apprendre à survivre dans ce Nouveau Monde aussi austère que galvanisant.

A.D. Martel propose un univers mêlant le post-apocalyptique et la fantasy orientale. On comprend qu’une catastrophe et des guerres ont propulsé la terre à l’époque où se déroule le récit. Mis à part Ceylan et Saël, on ne sait rien des contrées alentour. Et pour cause, les citoyens de la première ville demeurent à l’intérieur d’une bulle de protection contrôlée dans sa globalité et possédant une technologie avancée. Les connaissances d’Arcana découlent uniquement de ses professeurs et du gouvernement. C’est pourquoi, elle va débord découvrir Saël à travers ses préjugés qui vont tomber au fur et à mesure qu’elle appréhende le territoire et son fonctionnement empreint d’orientalisme rustique avec son soleil de plomb et le clanisme, mais aussi la signification à la fois terrible et belle des larmes de Saël.

Vous l’aurez compris, les deux nations sont l’opposée l’une de l’autre. La prospérité de Ceylan est contrebalancée par un système politique profondément patriarcal, qui régule le quotidien et la vie de ses citoyens par des mesures strictes telles la loi de l’enfant unique et la gestion des cultures raisonnées. Toutefois, la cité exploite la denrée la plus précieuse avec excès : l’eau. Leur technologie repose entièrement sur elle. Chacun possède un bracelet, une sorte de montre connectée, qui permet de contacter ses proches, prendre des notes ou activer les passerelles entre la basse et la haute ville. Il s’agit d’un outil de dépendance dont Arcana arrivera à se priver sans trop de mal.

Saël, quant à elle, a une politique presque matriarcale. Je dis presque, car les hommes ont un pouvoir décisionnaire conféré par leur statut spécial et involontaire. Le peuple vit en tribus sous la tutelle d’une assemblée d’anciennes. La vie ou plutôt survie est archaïque, la technologie n’existe pas et l’eau est précieuse.

Arcana se retrouve donc confrontée à un changement radical suite à sa décision d’épouser Ashkan et sa naïveté ainsi que son égo démesuré. Cette prétentieuse fille de conseiller possède une haute estime d’elle-même et un caractère fort. Je crois n’avoir jamais rencontré un pareil personnage au cours de mes lectures. Durant le premier chapitre, je ne l’appréciais pas du tout. Dès le deuxième, je l’ai adoré, adoptée. Pourtant, elle revêt toujours son côté princesse aux penchants superficiels et capricieux, mais sa soif de liberté et son courage pour se dresser face à l’adversité (son père représentant l’autorité parental et gouvernemental pour son statut), puis les politiciens, m’ont tout de suite subjugués. Aucune incohérence ne se glisse dans son personnage. Son caractère fort se révèle nuancé et logique, bien qu’elle pèche aussi par orgueil. D’ailleurs, la confiance en ses capacités va en prendre un coup quand elle se rendra compte qu’on la manipule. Malgré cela, elle ne baissera jamais les bras. Elle évoluera au fil de ses contacts avec sa nouvelle famille dont les relations sont tendues au début et des habitants de Saël. Les erreurs parcourent son chemin d’apprentissage et d’intégration. Erreurs qu’elle n’avouera pas toujours à haute voix, mais qu’elle prendra à cœur de réparer. Un comportement bien plus efficace qu’une faute confessée, d’autant plus qu’il reste cohérent avec sa personnalité et lui confère une part d’ombre réaliste.

Les autres protagonistes sont tout aussi profonds et nuancés, surtout les féminins que j’adore. Commençons par les masculins : Ashkan est ténébreux est intriguant. Toutefois, son côté bougon et ses problèmes de communication m’ont un peu refroidie. Son petit frère, Zachary est l’exact opposé grâce à sa douceur, sa compréhension et cette timidité adorable. Donya est la matriarche du clan. Sa langue ferme et sévère convient aux vieilles femmes qui doivent porter l’honneur et le respect des leurs, en dépit des années et de la méchanceté qu’elles ont vécues. Enfin, nous avons le troisième membre de la famille, la mutique et espiègle, Mina, qui se révèle touchante derrière la solitude qu’elle subit en raison de sa différence.

L’autrice aborde de nombreux thèmes et les consolide grâce à son savoir d’historienne. Elle emploie la fameuse gloire des vainqueurs qui embellissent leur victoire en dissimulant leurs exactions et leurs horribles stratégies. Dans le roman, chaque détail a son importance, même ceux qui semblent les plus anodins comme les sculptures du ministère de Ceylan. L’endormissement de la population sous couvert de bien-être, l’assouvissement des femmes, mais aussi des hommes. Elle opère un inversement plus qu’intéressant, je vous laisse découvrir de quoi je parle, car je n’ai pas envie de spoiler.

En bref, A.D. Martel m’a conquise avec ce premier tome qui a grignoté mes heures de sommeil. Les larmes de Saël nous plonge dans un univers oscillant entre science-fiction et fantasy orientale teinté des couleurs de l’importance de l’intégration dans une nation étrangère, l’ouverture d’esprit, le féminisme et le respect.

L’Apocalypse selon Sandra de Céline Saint-Charle

  • Titre : L’Apocalypse selon Sandra
  • Autrice : Céline Saint-Charle
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : post-apocalypse

Les zombies n’ont jamais fait partie de mes créatures préférées qu’ils soient classiques ou modernisés comme ce fut le cas dans les nombreux films des dernières décennies qui les ont mis à toutes les sauces. Néanmoins, le roman de Céline Saint-Charle a réussi à attirer mon œil grâce aux chroniques (dont celle d’OmbreBones) qui le présentaient comme atypique dans sa finalité.

Sandra vit et travaille dans le ranch familial. Adorant sa fratrie, elle renonce à une virée shopping pour aider son frère Tom qui essaye sa dernière invention pour acheminer le purin et l’urine des bovidés sur les champs afin de les fertiliser. L’opération s’avère être un succès quand le Shérif Perkins surgit dans son 4×4 avec l’intention d’emmener l’un des employés qui aurait sauvagement assassiné son épouse d’après les propos d’un témoin. C’est là que tout dérape. Recouverte de déjections animales, Sandra se retrouve menottée à Perkins métamorphosé en zombie. Un long périple à travers le Texas au milieu d’une horde de morts-vivants l’attend.

Si la mise en place du contexte initial reste classique avec l’attaque de macchabées affamés de chair humaine, le récit prend progressivement la tangente pour devenir un road trip des plus conventionnels à condition d’omettre la nature cannibale des compagnons de route de Sandra. D’abord, mue par un instinct de survie engendré par la peur de finir dévorée, la jeune femme appréhende leurs comportements. Peu à peu les préjugés issus de l’imagination humaine laissent place à une réalité déconcertante puis presque enivrante.

Ce changement d’opinion s’opère en parallèle de la propre déchéance du personnage principal qui traverse des étapes de régression vers un état de besoins primaires qui transgressent les bonnes manières et qui la met d’une certaine façon au même niveau que les zombies. Sandra incarne alors le survivalisme par l’adaptation et l’intégration avec une vision à long terme tandis que d’autres humains ne vivent plus qu’au jour le jour consommant les denrées et produits seconds comme l’essence sans se préoccuper du après.

Au cours de ses pérégrinations, elle remarque avec horreur les vestiges de la bêtise de ses semblables sur les lieux désertés avant d’y être confrontée en temps réel. Dans ce monde d’apocalypse, certains déchaînent leurs vices et reproduisent l’avilissement, l’esclavage sexuel sur les femmes et encore pire selon leur degré de santé mentale ou de psychopathie.

Les zombies se révèlent quant à eux plus solidaires. Quand Sandra se rend compte du rôle qu’elle peut jouer dans la naissance de cette nouvelle ère, cette civilisation destinée à prendre le relai sur terre, elle s’y implique à fond comme une bergère guidant son troupeau et incarne la justice de l’Apocalypse (d’où le clin d’œil biblique du titre).

Le roman oscille entre frissons, répliques cyniques et douceur. La plume de Céline Saint-Charle est fluide, dynamique et immersive. Elle arrive à construire des ambiances mixtes où l’horreur et l’humour se côtoient avant de fondre vers une normalité dérangeante étant donné que mon cerveau s’amusait à me rappeler l’aspect anthropophage des zombies et le fait qu’à tout moment les choses peuvent basculer en raison du processus d’apprentissage. Notre héroïne reste humaine après tout.

En bref, L’Apocalypse selon Sandra est une utopie, ou plutôt un road trip qui s’en rapproche. Le roman apporte une vision drastiquement différente des bouquins post-apocalyptiques même s’il en reprend certains éléments comme la déchéance d’une partie de la population qui n’arrive pas à évoluer malgré sa destitution du sommet de la chaine alimentaire et qui recourt à la domination. L’épouvante sanglante propre à toute histoire de zombie disparait en quelques chapitres au profit d’un récit touchant abordant la tolérance et la solidarité.

Révélations (James Holt, #1) d’Aline Godefroid

  • Titre : Révélations (James Holt, #1)
  • Autrice : Aline Godefroid
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégories : jeunesse, science-fiction

L’annonce d’une jeune autrice de la part d’une maison d’édition que j’apprécie beaucoup ne pouvait que titiller ma curiosité. Écrire une saga à 13 ans au point que celle-ci soit publiée ! Le rêve de toute personne qui désire devenir auteur.rice. À la lecture du résumé promettant orphelin, surnaturel et course-poursuite dans la capitale belge, je ne pouvais qu’assouvir mon appétit de découverte.

À 12 ans, James Holt n’a connu que l’orphelinat Saint-Victor qu’il déteste au plus haut point. Surtout sa directrice Madame Reybard qui l’enguirlande, ses amis et lui, à la moindre respiration. De plus, il soupçonne que sa haine est tellement forte qu’elle le dénigre auprès de chaque parent adoptif potentiel. James vit donc une vie normale d’adolescent en crise contre les adultes, jusqu’au jour où des événements étranges se produisent dans l’établissement. La crainte et son envie de rébellion le poussent à accepter la proposition de son pote William. Une nuit, ils fuguent ensemble vers la liberté. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient, car l’aventure va les entraîner d’une folle course-poursuite vers les mains de la destinée de James. 

Le roman commence par un prologue relatant l’explosion du vaisseau La Martas due un monstre conférant tout de suite sa couleur au récit. Ensuite, celui-ci se déploie sous la forme de courts chapitres centrés sur le quotidien de James et ses camarades jusqu’aux fameuses révélations promises dans le titre, ainsi que le rebondissement final qui prépare le terrain du second tome.

L’univers de James Holt est bien ficelé, même s’il ne comporte pas beaucoup de surprises scénaristiques. J’utilise ce mot issu du cinéma, car l’image globale que j’ai du texte ressemble à un film d’action dans lequel les respirations sont peu nombreuses. Le début m’a paru de prime abord scolaire. L’autrice y dépeint en quelques chapitres la pléthore de personnages et brosse la situation initiale en quelques coups de descriptions. Dès le départ, on remarque que les dialogues sont maîtrisés, mais j’ai ressenti un manque d’ambiance pour être réellement prise dans l’histoire. Cependant, cette impression disparaît quand la fugue, et donc l’action, arrive. Aline Godefroid déploie une plume fluide qui joue avec le rythme et les mots pour construire des scènes mêlant tensions et acrobaties avec brio. On voit qu’elle a passé des heures à travailler cet aspect jusqu’à faire sien ce genre.

Par contre, il s’agit aussi de sa faiblesse, si je puis le dire ainsi. Au moment où la course-poursuite démarre, on s’arrête peu, voire pas du tout pendant presque une centaine de pages, créant un manque de respiration pour le lecteur et un rythme identique sans fluctuation, un peu comme le Boléro de Ravel ou la musique de Game of Thrones qui répètent inlassablement les mêmes notes. Le peu de changement n’apporte pas assez de relief à mon goût et empêche l’évolution des personnages auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher.

Pendant le passage de la fuite, James est confronté à plusieurs révélations que je ne vais pas lister ici pour ne pas en dire trop. L’une d’elles est sans doute la plus déstabilisante pour lui étant donné qu’il s’agit de la véritable identité de son meilleur ami. Quand celui que vous connaissez depuis toujours vous avoue une telle chose, il me semble que tout adolescent se poserait des questions ou douterait en partie de la bonne foi de cet allié qui vous a menti. Pareil pour ces nouvelles capacités qui se déclenchent de façon aléatoire et dont il ne semble pas craindre une seule fois la puissance. James n’a pas le temps de cogiter. Et, c’est comme ça pour à peu près tout ce qui se produit. Il accepte tout sans rechigner, un peu trop pour un adolescent en pleine rébellion selon moi.

On passe ainsi de la situation A au point B sans ressentir son évolution ou la vivre. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux autres protagonistes non plus, particulièrement en raison de l’incohérence entre la description initiale racontée par la romancière et les lignes de dialogues et d’action qu’elle leur prête. Je pense notamment à Sophie qui est censée être timide au point de parler très peu, mais qui s’ouvre sans difficulté. Je sais qu’elle le fait devant ses amies et que ça peut se justifier, mais ses quelques apparitions ne m’ont jamais montré ces caractéristiques-là. Je pense que le contexte du départ aurait peut-être dû être développé un peu plus, le temps d’ancrer les acteurs plutôt que de les esquisser en quelques mots.

Un autre élément qui m’a dérangée est le côté unidimensionnel des personnages de l’histoire. Ils ont peu de nuances, voir pas du tout. Les méchants sont simplement mauvais et certains relèvent du cliché, comme la cruelle régente de l’orphelinat. Il y a bien un protagoniste qui m’a plu avant de m’ennuyer par sa continuelle folie. Il s’agit de Roxane. Déterminée à atteindre son but, elle n’hésite pas à martyriser et à jouer avec James et William comme un chat le ferait avec une souris. Au départ, j’aimais beaucoup son côté badass et son cynisme, mais le manque de nuance a fini par me lasser. Même son background ne m’a pas convaincu, tout comme celui de William qui n’a pas réussi à m’émouvoir. De nombreux personnages sont également très forts, ce qui empêche une identification qui, pour moi, est primordiale dans un roman jeunesse.

L’autrice y aborde des thèmes étonnamment matures. À travers les extra-terrestres, elle dépeint un reflet de notre société. Ceux-ci se croient évolués contrairement à notre espèce qui ose utiliser encore ses cordes vocales pour communiquer. Pourtant, leur civilisation repose sur un système de caste. Les Mylosiens en bas de l’échelle, sont bien entendu des renégats, des déchets que les « bons » aliens gardent par pure bonté. Étrangement, ils dégagent plus d’animosité et de barbarie primitive que les humains malgré leur technologie avancée.

Elle parle également de la gestion de la crise de l’adolescence qui est au cœur même de son récit. Les changements ressentis dans son corps symbolisés par la naissance du pouvoir de James, la recherche de sa propre identité (surtout quand on ne sait pas d’où on vient, mais aussi une fois que l’on connait ses racines) et la gestion des émotions fortes qui bouillonnent et font sauter le couvercle de la casserole avant de manière impromptue.  

Révélations possède ainsi une richesse insoupçonnée, portée par une plume solide, mais inégale. Aline Godefroid captive par son habilité à dompter l’action et le genre dans lequel elle écrit. Elle mélange les tropes de la science-fiction et s’amuse à y distiller des éléments des mythologies grecques et égyptiennes pour construire son univers.

En bref, le premier tome de James Holt est un livre jeunesse plein de promesses malgré les faiblesses qui y transparaissent. Au cours du récit, l’autrice démontre son travail acharné pour appréhender cette discipline ingrate qu’est l’écriture d’un roman. Si le dosage entre révélations et actions ainsi que le manque de substance des personnages ne sont pas encore maîtrisés, la qualité de sa plume reste indéniable et j’ai hâte de voir si ses efforts porteront ses fruits dans le second opus.

Le jour de ton arrivée d’Isabel Komorebi

  • Titre : Le jour de ton arrivée
  • Autrice : Isabel Komorebi
  • Éditeur : auto-édition
  • Catégories : romance, science-fiction

Le jour de ton arrivée est le second livre tiré de la box L’amour sous toutes ses formes d’Escape with a Book, que j’ai lu. Avec son résumé, il promettait une histoire de reconstruction de soi grâce à l’amour entre deux personnes opposées. Un garçon taciturne et une fille haute en couleur.

Dix-neuf ans plus tôt, Eux sont arrivés. Ces êtres venus d’ailleurs ont rencontré les humains qui les ont rejetés. Malgré cela, ils restent au-dessus de la Terre, dans leurs pentacles, pour les accompagner vers leur destinée. Enfant, Logan gardait les yeux levés au ciel à les observer jusqu’au jour ou son monde à basculer. Un jour, Tammy le bouscule dans les couloirs de son université. Et, sa vie goûte de nouveau la saveur du bonheur.

Le début de ce roman court (à peu près 200 pages) est captivant. Il plante le décor étrange et mystérieux de cette époque que j’ai eu dû mal à situer tant les indices sont donnés au compte-goutte. D’abord, j’ai cru qu’il s’agissait d’un futur plus ou moins proche dans lequel la terre aurait subi un changement climatique avec l’arrivée d’une nouvelle ère glaciaire. Les températures restent froides tout au long de l’année avec une pointe de gel mortifère aux heures obscures de la nuit. Cependant, on apprend que c’est le cas sur l’ensemble de la planète. Au vu des modifications de biotopes, j’ai alors supposé qu’il s’agissait d’une ère plus lointaine.  Les éléments de décors s’avèrent peu présents et aucune innovation technologique ne pointe le bout de son nez, au contraire, tous portent à croire que cette société est similaire à la nôtre, comme si ça faisait longtemps qu’elle avait cessé d’évoluer. Ainsi, on vogue entre le présent et l’avenir. Bref, c’est assez déroutant.

Toutefois, ce contexte, même flou, permet de comprendre la léthargie et la routine dans laquelle les humains vivent. Un quotidien rassurant dans lequel on vit à court terme. L’éphéméride rythme les cœurs et les histoires sans lendemain, ce qui agace Logan qui ne veut pas faire semblant que tout va bien.

Ce garçon cassé est pessimiste, voire fataliste, et mélancolique. Il étudie sérieusement sans pour autant avoir de rêves. Matt est sa bouée qui le maintient au-dessus de l’eau. Ce sportif possède des caractéristiques qui au départ ont l’air clichées : beau, extrêmement grand, musclé et coureur de jupons. Toutefois, sa gentillesse et son empathie transparaissent vite au fur et à mesure des échanges entre les amis.

Tammy provient du ciel. Logan le voit directement dans ses yeux. C’est le coup de foudre au premier regard. Au cours d’une nuit, d’un rendez-vous, ils vont se découvrir, l’humain s’ouvrit et reprendre le gouvernail de sa vie auprès de celle qu’il aime. D’elle, on connait peu de choses. Les chapitres qui lui sont dédiés, permettent de savoir que leur rencontre n’est pas un hasard, car on lui a confié une mission et qu’elle a quelque chose d’important à lui transmettre. À travers son regard, on voit l’humanité autrement, comme un observateur extérieur étonné et intrigué par les comportements volatiles de cette espèce que l’on compare à ceux de la sienne. Le flou autour de Tammy m’a empêchée de l’apprécier, surtout qu’à la lecture du résumé, je m’attendais à un personnage rayonnant qui m’aurait étreint le cœur par sa personnalité et ses réparties.

Le thème central de ce roman (à côté de l’importance de la communication, du deuil et de l’écologie) est la reconstruction d’une âme qui a perdu son étincelle de vie. Le choix du coup de foudre comme électrochoc m’a dérangée, car il élimine la transition entre les deux états de Logan. D’un regard, il quitte sa peau d’homme taciturne pour revêtir celle débordante de vie et d’amour. Il parle de son passé sans difficultés ni réticences à cette inconnue, seule une légère peur de rejet lui serre le cœur lorsqu’il attend avec impatience le rendez-vous. J’aurai préféré un développement en douceur, car personne n’évolue en un claquement de doigts dans la vie. Surtout si le monde se trouve à la limite de son effondrement et que la dépression nous suit depuis des années. 

En dépit de cette irréalité et le manque de vraisemblance dans les personnages, je tiens à préciser que j’ai apprécié ma lecture. La plume de l’autrice est agréable, quoiqu’un peu répétitive. Durant la moitié de l’histoire, on ne connait pas les prénoms des amoureux. Malgré la narration à la première personne du singulier, cela aurait pu conférer un caractère impersonnel, mais sa maîtrise du « je » et la couleur qu’elle insuffle à son écriture a empêché ce sentiment de naître.

Néanmoins, une belle plume ne suffit pas. Les vingt dernières pages tirent en longueur pour amener LA révélation qui n’en était pas réellement une. Je n’ai ressenti aucun vertige, malgré l’insistance de l’autrice à ce propos. Le risque que Logan fasse demi-tour en y étant confronté, était élevé. Le problème pour moi ne vient pas de la faiblesse de la révélation, mais de la manière d’interrompre sans cesse la progression de l’histoire par des baisers incessants et des épisodes qui ne font que répéter des informations dévoilées plus tôt et qui coupent le moment véridique. La technique a tourné à l’effet gadget plutôt que page turner.

En bref, Le jour de ton arrivée est une ode au sentiment de l’amour et aux sensations. Le roman relate la rencontre de deux êtres étrangers qui va ranimer le cœur de Logan. Si la manière de reconstruire ce personnage et le manque de consistance des extra-terrestres apportent une faiblesse à l’histoire, la plume de l’autrice a réussi à m’immerger dans la relation de ce couple durant la majeure partie du roman.

Le Cercle de Dave Eggers

  • Titre : Le cercle
  • Auteur : Dave Eggers
  • Éditeur : folio
  • Catégorie : science-fiction

Le Cercle de Dave Eggers est un roman d’anticipation publié en 2013 qui questionne l’impact des réseaux sociaux sur la vie et les idéaux ainsi que son intrusion dans le quotidien jusqu’au cœur de la sphère intime.

Mae Holland jubile, car elle quitte enfin son boulot ennuyeux à mourir grâce à sa meilleure amie, Annie, pour travailler dans l’entreprise la plus prisée du moment : Le Cercle. Cette société axée à ses débuts sur la communication digitale, est devenue au fil des ans, un vivier de talent, si bien qu’elle touche à une pléthore de domaine allant de la médecine à la protection des enfants contre les pédophiles. Mae travaille en bas de l’échelle à l’Experience Client, où elle répond aux questions des clients qui lui donnent une note en échange de la qualité de son job. Très vite, le Cercle se referme sur elle après une infraction qu’elle a commise aux yeux de tous à travers le programme SeeChange repose sur des caméras indétectables disséminées partout. Le mélange de culpabilité et l’euphorie du changement entrainent de plus en plus la jeune femme vers la gueule du piège à loups malgré les avertissements de son ex petit-ami, Mercer et de son fondateur, Ty.

La technologie au service du paternalisme 2.0

Le Cercle reprend à son compte le paternalisme du XIXe siècle en le mettant à la sauce du XXIe siècle. Selon ses propres mots, l’entreprise place « l’humain avant l’employé ». Le bien-être et le développement personnel priment afin de favoriser l’émergence et la concrétisation de projets pour améliorer la civilisation humaine. Les patrons déploient ainsi des infrastructures et des services pour le « bien » des travailleurs. Donc, ceux-ci peuvent se détendre entre deux dossiers, au cinéma, au golf au restaurant ou aux nombreuses soirées organisées au sein même du campus de la société. Envoutant quand on reste derrière son PC huit heures par jour, n’est-ce pas ? Cependant, cette liberté, ce confort n’est qu’illusoire, car tout est contrôlé et surveillé, même la santé via la montre connectée qui analyse l’état physiologique du corps. Pire, cela ne se fait pas à l’insu des employés qui contribuent, soi-disant volontairement, à cette transparence à travers leurs actions sur Zing, similaire à FB, twitter et compagnie.

Au départ, Mae n’était pas une dingue des réseaux sociaux. Elle a bien des comptes TruYou (cette application permet de se connecter à l’ensemble de ses comptes, peu importe la plateforme, en échange de son âme…euh pardon de sa véritable identité) et Zing, mais elle les utilise peu. Elle possède encore sa liberté de l’employer ou non, ce qui déplait fortement au Cercle, qui finit par envoyer ses collègues lui poser des questions avec « bienveillance ». Cette gentillesse dont tous dégoulinent ! Ce masque d’inquiétude m’a terriblement mise mal à l’aise dès le départ, comme si, je me retrouvais devant des robots programmés pour prendre soin de Mae, sans la chaleur humaine malgré leur sourire. Créant un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son professionnalisme, Mae change sa façon de communiquer et partage sa vie sur les réseaux sociaux.

La valorisation par le like

On le sait trop bien de nos jours, le bonheur individuel se quantifie au nombre de notifications reçues par minutes sur ses publications. Un sentiment, pourtant, éphémère, tel l’instant de plaisir procuré par la libération de l’hormone de joie par une bouchée de chocolat. Pour préserver les effets, Mae doit persévérer dans ses posts et, surtout, grimper dans le classement à la manière du score global qu’elle reçoit lors de sa tâche à l’Experience Client. Elle se prend au jeu et s’enfonce dans la logique du like = réussite et bien-être telle une drogue dont elle ne peut plus se passer et dont elle n’intègre pas les effets néfastes malgré les arguments de Mercer.

L’individu avant l’employé, mais la collectivité avant tout !

Sous ses beaux discours de santé et de valorisation du salarié, le Cercle manipule les mots pour pénétrer dans l’intimité des personnes et les contrôler en recourant à l’amour des autres et la sensibilité. Partager, c’est donner aux autres l’accès à un savoir dont leur réalité les prive. La connaissance brise les tabous et fait évoluer la civilisation humaine. Ouvrir son monde, c’est tendre la main vers l’autre pour améliorer la vie de tous. Voilà en gros les propos servis sur un plateau d’argent qui brille tellement fort qu’il dissimile la véritable nourriture que l’on nous sert. Ainsi, Mae croit agir pour le bien de tous, en se dévoilant au monde, ce qui amène le principe suivant :

La Transparence au service des idéaux

Qui n’a jamais rêvé d’habiter aux pays des Bisounours où tout est beau, tout le monde est gentil et les secrets infâmes n’existent pas ?  C’est en ce monde parfait que Mae croit en acceptant de devenir une caméra vivante et de montrer l’intégralité de sa vie H24 dans l’espoir de persuader les autres de la suivre, notamment les politiques à cesser leurs malversations. La jeune femme exulte. Ses actes aident tellement de gens partout sur Terre. La preuve, les nombreux like et commentaire positif ! On le dit assez souvent, se donner aux autres procure du bien-être. La Transparence est essentielle pour vivre en harmonie. Ou pas, comme elle va l’apprendre à ses dépens ou plutôt à celui de ses proches.

Comme vous l’aurez compris, Le Cercle de Dave Eggers décrit de nombreuses problématiques liées au développement des réseaux sociaux et à leur toxicité : le bonheur factice, la course à la gloire sous couvert de bien-être, l’attrait de la technologie pour atteindre une société pure et parfaite, etc. Il dénonce les défauts de ses simulacres de vie sociale qui gomme la limite entre le public et le privé.

Si ce roman était apparu au début des années 2000s, il m’aurait peut-être remuée. Toutefois, sa publication tardive (2013) me donne une impression de réchauffé. De plus, j’ai trouvé Mae un peu trop malléable que ce soit d’un côté comme de l’autre. Il est aussi étonnant qu’aucun employé ne fasse d’éclat alors qu’ils dorment peu et doivent être autant actifs sur les réseaux sociaux qu’au boulot. Que seule Annie subisse un burn-out est plutôt incohérent quand on sait qu’il s’agit d’une des maladies les plus répandues de nos jours et qu’elle arrive principalement aux personnes qui se donnent à fond dans leur travail. L’absence de dissensions parmi les employés relève de l’utopie.  

Le Cercle reste un premier tome (bien qu’il ne soit pas marketé comme tel en Francophonie) et je me doute que l’explosion/ou implosion de ce masque de perfection arrivera sans doute dans le second opus. Mais pour ma part, des prémisses de cette destruction devraient déjà s’y trouver, et pas seulement sur deux ou trois protagonistes.

En bref, Le Cercle se place dans le tiroir des livres à découvrir pour les thèmes. Personnellement, je le catégorise dans les lectures en demi-teinte. Si les sujets abordés sont intéressants, j’ai trouvé le démarrage long et trop descriptif. L’auteur recourt trop à des situations idéalistes pour faire passer ses messages, ce qui apporte des incohérences et brise l’immersion dans la réalité. D’autres romans font un bien meilleur travail sur la manipulation de masse et de la communication, comme 1984 de George Orwell.

L’odyssée de Jason de Julien Maero

  • Titre : L’odyssée de Jason
  • Auteur : Julien Maero          
  • Éditeur : Éditions Maïa
  • Catégorie : science-fiction

J’ai accepté de chroniquer L’odyssée de Jason, lorsque son auteur me l’a proposé, sans avoir lu le résumé. Aventureux ? Pas vraiment, car la lecture de son recueil de nouvelles L’écume des âmes m’avait déjà permis de découvrir son univers et de voguer sur l’océan de ses visions de notre monde. De plus, je suis assidument sa page Facebook sur laquelle il publie des textes. Je me délecte de sa plume qui joue sur les mots à chaque fois. Si vous souhaitez vous familiariser avec son style, n’hésitez pas à y faire un tour.

L’odyssée de Jason est une livre de science-fiction. Ne vous fiez pas à sa couverture qui sent bon la jeunesse, car ce récit interpellera aussi les adultes à travers les questions qu’il aborde. Cette chronique se centrera principalement sur ces sujets. Je tiens à préciser que mes propos refléteront ce que je pense et non les idées de l’écrivain. S’ils me sont chers, je me rends bien compte qu’il n’a pas forcément voulu abonder dans mon sens. Chaque acte, parole des personnages et thème sont utilisés de manière à amener la finalité de l’histoire, à la construire de manière cohérente et indémontable. À noter que je vais faire l’impasse sur certaines problématiques pour ne pas spoiler le dénouement, mais sachez que le livre va bien au-delà de ce que je vais en dire. Je remercie Julien Maero pour la confiance qu’il m’accorde à nouveau.

Vivant à Last Chance Neighborhood, Jason mène une vie d’adolescent tout ce qu’il y a de plus normale. Il se lève chaque matin pour se rendre au lycée en compagnie de son meilleur pote, Franck, et de sa petite amie, Vanessa. Un quotidien similaire au mécanisme d’une horloge bien entretenue, qui se dérègle le jour où un SDF bouscule ses certitudes. Une fois les engrenages de la réflexion mis en route, Jason n’arrive plus à les arrêter, surtout face aux réactions des personnes qu’ils pensaient connaître depuis toujours.

La construction de l’intrigue repose sur de curieuses coïncidences qui succèdent à la rupture du quotidien de Jason. Le premier chapitre dessine un monde et un personnage principal lisses. Une perfection ennuyeuse, mais nécessaire pour la suite du récit. L’adolescent est gentil, bien élevé. Il rentre dans les rangs à la minute où on le lui ordonne. Il aime papoter en classe, par exemple. C’est son seul défaut. Néanmoins, une remarque du professeur le fait taire.

Dès le deuxième chapitre, cette perfection s’efface au profit du doute qui s’insinue dans l’esprit de Jason. Le rythme s’accélère au point d’en devenir haletant à mesure que le malaise grossit, l’impression de vivre avec un voile sur les yeux. Après les paroles du SDF, le protagoniste réagit comme tout enfant de son âge le ferait, il questionne les adultes qui l’entourent afin de trouver l’apaisement. Cependant, leur réponse renforce son trouble qui le pousse à quitter les limites de son confort. Au lieu d’oublier d’enterrer ses interrogations, il renonce à son quotidien rassurant pour découvrir la vérité.

« La plupart des gens ne veulent pas vraiment la vérité, ils veulent juste être constamment rassurés sur le fait que ce qu’ils croient est la vérité… »

Les échanges avec ses parents, ses professeurs et ses amis le confrontent à des réalités de la société. Les paroles reflètent le formatage du monde avec les formules toutes faites que l’on sort pour se conformer aux grands principes promulgués par le bien commun, l’esprit civique. Ces citoyens bien pensants qui rejettent la marginalité en la qualifiant de poison, de maladie psychiatrique, car tout le monde le sait : notre monde est parfait. Tout va bien et tout est beau dans le meilleur des mondes en d’autres mots. Alors quand une voix s’élève contre la majorité, elle ne peut venir que d’un être fou dont il faut étouffer la ferveur et pousser au ban de la société. Pourtant, cette différence est essentielle, car c’est de la différence que naît l’avenir. Elle engendre l’éveil, l’imagination, la création et l’évolution des civilisations.

À travers son récit, Julien Maero oppose ainsi l’esprit collectif et l’individualisme. Toutefois, il ne les représente pas de manière manichéenne. Si le premier est important pour vivre ensemble sans se détruire, le second reste essentiel pour contrer les visions dominantes et totalitaires où l’expression de la diversité est anéantie. C’est la marginalité qui éveille Jason de son doux rêve dissimulant la réalité. Or, il faut se confronter à la réalité pour avancer. Inversement, un individualisme trop prononcé mène à l’égoïsme, et quand celui-ci devient la norme, il engendre un déséquilibre qui peut être fatal.

Quand le doute s’insinue dans l’esprit de Jason, celui-ci se tourne d’abord vers ses professeurs. J’ai trouvé cet élément intéressant, car il pose la question de l’importance de l’éducation et la confronte à la vision que l’on voit souvent partagée sur les réseaux sociaux ou transmise lors de manifestation. Je précise, avant de continuer, qu’il s’agit surtout de mon point de vue ici. L’éducation est brandie tel un bouclier contre l’ignorance et l’effet mouton. Pour ma part, je pense que l’enseignement est en réalité une arme. Il peut, certes, ouvrir l’esprit des enfants et des adultes à la tolérance, le vivre ensemble et les aider à développer un esprit critique, mais mal employé, il peut aussi leur faire un lavage de cerveau grâce au pouvoir des mots. Ceux qu’on rabâche à l’infini, qui s’insinuent et s’ancrent dans les esprits en étouffant les questionnements. J’ai, donc, trouvé rafraichissant de donner un rôle de berger aux professeurs qui répètent les saintes paroles de la société dans L’odyssée de Jason.

Cette richesse thématique est portée par une plume fluide et originale qui recourt à des tournures singulières. Julien Maero emploie des adjectifs inhabituels qui colorent son récit à côté des dialogues empreints de nuances (notamment avec l’humour matheux de l’un des profs) et les figures de style.

En bref, L’odyssée de Jason décortique le fonctionnement de la société en brisant le reflet de perfection qu’elle nous fait miroiter. L’auteur bouscule les esprits en jouant à l’équilibriste marchant sur la corde tendue entre l’esprit collectif et l’individualisme pour construire une réflexion sur le monde, notre monde, avec un dénouement interpellant.

L’écume des âmes de Julien Maero

  • Titre : L’écume des âmes
  • Auteur : Julien Maero
  • Éditeur : Éditions Maïa
  • Catégories : nouvelles, fantastique, science-fiction

L’écume des âmes est le premier recueil de nouvelles que j’ai lu cette année. Je remercie chaleureusement Julien Maero de m’avoir proposé son œuvre en échange d’un retour honnête et de mon œil critique. J’espère être à la hauteur de tes attentes.

L’âme fait partie des sujets qui me passionnent. Cette entité est si présente et impalpable à la fois qu’elle ne peut qu’intriguer. Lorsque l’auteur explique ses intentions dans son prologue, ma curiosité a été encore plus piquée. L’ouvrage met en scène des récits fantastique et de science-fiction qui exposent des problématiques sociétales en quelques mots : la défense des animaux, le féminisme, l’écologie, la puberté ou l’anthropocentrisme pour n’en citer que quelques-unes. Un recueil riche en histoire et en réflexion dont les personnages (sauf un, mais je soupçonne une volonté derrière cet aspect, voir plus bas pour mon explication) sont nuancés et profonds.

Voici un petit tour d’horizon de chaque nouvelle.

Au cœur du mystère relate une transplantation du cœur qui influence son receveur jusqu’au plus profond de son être. Chrysalis est une adolescente déterminée à écraser les garçons pendant une course lorsqu’une crise cardiaque l’amène aux portes de la mort. Seules les recherches du professeur Müller peuvent déjouer cette situation désespérée malgré leurs côtés obscurs. Ce texte oscille entre action prenante et raccourci pour conduire l’histoire à son point final. Ces passages plus descriptifs et résumés coupent l’ambiance et le rythme de la narration alors que Julien Maero arrive à construire une atmosphère palpitante en peu de mots. La nouvelle aurait mérité d’être développée en novella ou en roman.

Olé nous entraine dans le monde la corrida. Rodriguez se laisse convaincre par son ami d’assister à cette tradition où la mise à mort d’un être vivant est acclamée par une foule en délire. Si le déroulement parait au premier abord banal, cette histoire s’avère percutante grâce au savant dosage pour révéler la réalité qu’elle dépeint. Le choix des mots est parfois plus important qu’on ne le croit.

La nouvelle Entre les lignes présente le protagoniste superficiel que j’ai évoqué plus haut. Ici, la plume de l’écrivain est simpliste et répétitive. Il décrit le réveil de Sébastien dans un monde étrange. Ce rêve où il évolue pose un décor intéressant, mais le tout semble faible, comme un premier texte. D’ailleurs, ce fut mon hypothèse jusqu’à la lecture des dernières lignes dont je n’exposerai pas le contenu pour éviter de spoiler. L’identité réelle de ce personnage et la raison de ce qu’il vit m’ont fait revoir ma position, si bien que je me demande si l’auteur n’aurait pas ingénieusement adapté son écriture exprès.

Un horizon peut en cacher un autre nous fait voyager vers Vénus où une déformation inexplicable a été repérée par les Terriens. Yohann s’y rend pour analyser le problème. Ce qu’il va y découvrir va changer sa vision de l’univers pour un temps. Ce texte fait appel à des définitions d’astrophysiques très bien expliquées, si bien qu’il reste accessible aux néophytes du genre. Il me rappelle un peu le cycle des dieux de Bernard Werber. Cependant, Julien Maero opte pour une opinion philosophique plutôt qu’une aventure. J’ai aimé l’humour avec lequel il argumente et défend ses idées.

 —  La fin du monde ?

— Quel nombrilisme…Juste la fin de ton univers. 

Oups. Et si notre monde résultait du zèle d’un jeune dieu fraichement diplômé en création terrestre ? Zeus suit les instructions de son pack « Comment créer votre planète et ses habitants » avec euphorie et assiduité. Mais comme pour tout tutoriel réalisé pour la première fois, il y a toujours quelque chose qui coince. Oups est un récit léger et comique qui parait tellement probable quand nous connaissons le monde dans lequel on vit.

Le nivellement par l’eau joue sur les mots avec perfection pour décrire ce qui se passe dans les abysses ténébreux. L’aventureuse Léa relève le défi de Jean et part explorer l’épave d’un navire dans le triangle des Bermudes. Les créatures qui l’enlèvent, dévoilent un enjeu écologique intégré d’une manière brillante dans notre modernité. Si le début était simplement divertissement, la révélation finale m’a beaucoup plu.

Troie fois rien reprend l’idée de la machine à remonter dans le temps créée par Ferdinand, qui est considéré comme un illuminé par ses compères. Passionné d’histoire, il souhaite vivre l’un des moments légendaires les plus mémorables de la civilisation humaine : la Guerre de Troie qui a amorcé la déchéance de la Grèce. Non, je ne me m’emmêle pas les pinceaux. L’auteur inverse les rôles des gagnants et des perdants comme postulat de départ. Dans le monde de Ferdinand, les Troyens ont vaincu les Grecs et leur peuple a profondément imprégné la société moderne, jusqu’à son voyage. Si l’idée de changer le cours de l’histoire et l’impact actuel du passé en quelques lignes est intéressante, on se doute aisément de la suite logique de cette nouvelle. C’est une lecture agréable, mais sans surprise.

L’ultime imposteur est similaire au premier texte de ce recueil dans le sens où il alterne action et résumé pour faire avancer le récit. Les scènes importantes sont jouées, puis le rythme est ralenti par une description intercalée entre elles. C’est pourquoi j’ai eu des difficultés à accrocher. Charles est un enfant pauvre qui vole la console de ses rêves à son camarade de classe Lionel. Sauf que sa tentative tourne mal et qu’il découvre son pouvoir : transférer son âme dans un autre corps. Il en profite grandement avant de changer de vie inlassablement jusqu’à…je n’en dirais pas plus, mais la fin possède une morale et un retour de karma appréciable.

Kevin ne sait ni se taire ni écouter les autres. Encore moins sa professeure qui tente de le calmer lors d’une excursion au centre spatial. L’adolescent fausse compagnie à son groupe et trouve La chambre sourde. Un lieu qui lui apprend simultanément le silence, le bruit et la folie. Ce récit très court est simple et efficace.

Ca ne tient qu’à un fil nous envoi dans la société du futur en 3013 où les humains ont quittés une terre polluée pour habiter dans d’autres galaxies et où le système de caste entre les riches et les pauvres s’est exacerbé. On suit Ilex qui vit avec son robot qui illustre la pérennité de la femme-objet vu que Pamela assouvit le moindre de ses désirs sans poser de question. Bref, une société loin d’être beaucoup plus évoluée que la nôtre. L’intérêt de ce texte se trouve dans le retournement de situation auquel je ne m’attendais pas du tout.

Sans faire de vague nous attire dans la cage de la sirène Adella. La plume dévoile progressivement son quotidien de captive, ses identités et les raisons de son emprisonnement. Le revirement final manque un peu d’originalité. Toutefois, le récit reste addictif grâce au style de l’auteur qui déplie le papier cadeau méthodiquement et en douceur.

La nouvelle suivante est divisée en trois parties. Amnésiques raconte un passage de la vie de trois personnages issus de trois époques , reliés entre eux par la réincarnation de l’âme et la convergence de l’histoire malheureuse vers un happy ending. Une sorte de dessein divin, en gros. En quelques mots, le premier texte porte sur une trop large période d’existence. Du coup, je n’ai pas ressenti l’évolution des relations entre les protagonistes. Notre héros semblait subitement proche du comte qu’il servait pendant la croisade. Je me doute que les combats ont renforcé le lien entre ses deux inconnus, mais je ne l’ai pas vécu. C’est encore une fois le problème dû au format court. La seconde partie parle de Fortune qui souffre d’un handicap au cou depuis sa naissance. Elle va consulter un hypnotiseur pour soulager sa douleur. Enfin, l’histoire se clôture en 2824. Gecko prend part à une mission de la plus haute importance pour l’humanité. Je sens que cette histoire en trois voix m’aurait plus emballée si elle n’avait pas été rédigée en nouvelle, mais en roman. Je n’ai pas accroché, mais je comprends que l’auteur souhaitait mettre l’accent sur la morale de l’ange.

Enfin, La vingt-cinquième heure est sans aucun doute le récit qui m’a le plus touchée. Julien rêve de lui-même. Face à son double, sa conscience, il se confronte à ses incertitudes pour libérer sa créativité. En effet, l’écriture est une affaire bien difficile. L’ennemi numéro un du romancier est généralement lui-même plus que les autres : perfectionnisme, syndrome de l’imposteur …le doute se trouve plus souvent à chaque coin de page que l’on ne croit. Il faut apprendre à s’affronter pour avancer et construire ses histoires.

En bref, l’écume des âmes est un recueil riche en protagonistes et en thèmes. En peu de mots, Julien Maero est capable de nous plonger dans ses aventures tantôt fantastiques tantôt futuristes bien que certaines d’entre elles mériteraient d’être traitées en roman. Ses titres sont choisis avec soin et humour pour sublimer le sens caché de ces histoires profondes. Autant avouer que je vais jeter un œil sur son roman.  

Saturne de Julien Laoche

  • Titre : Saturne
  • Auteur : Julien Laoche
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : science-fiction

Je remercie l’auteur chaleureusement de m’avoir confié sa novella Saturne via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Obtenir ce livre fut une longue aventure grâce aux services postaux. Loin d’être une expérience désagréable, les échanges que j’ai eus avec Julien Laoche m’ont laissé une belle dédicace. Encore merci !

En l’an 2015, Raph flâne près de la mer à Concarneau lorsqu’il percute un homme aux vêtements démodés. Sur le lieu de leur rencontre, il découvre un étrange objet qui l’intrigue par son contenu. De nombreuses vidéos sur des faits historiques éloignés comme proches y sont répertoriées. Ce sont des documentaires en haute définition. Mais le plus extraordinaire reste le listing d’événements futurs dont des actes terroristes et une pandémie mondiale. Quand Pierre récupère son holophone, il est dépité de constater que sa perte à modifier le cours du temps. Ses ennuis empirent quand un hacker le fait chanter en l’empêchant de retourner à son époque.

Ce court texte est divisé en deux parties : la réflexion de Raph et le combat de Pierre. Je n’ai pas accroché à ce premier morceau qui explore divers moments de l’histoire de France du XXe siècle dont les attaques terroristes de Charlie Hebdo. Le personnage de Raph et la narration linéaire qui décrit surtout les actions, y sont sans doute pour beaucoup car dès l’intervention de Pierre, j’ai été happée dans le récit. Le touriste de l’avenir m’a semblé plus vivant et réel.

Le concept de base m’a énormément plu. Julien Laoche utilise le Test de Alan Turing inventé en 1950 pour construire une intrigue haletante avec une fin émouvante où la frontière entre machine et humain s’estompe. La véritable nature du présent de Raph et celle de Saturne sont inattendues et d’autant plus intéressantes qu’elles s’éloignent du voyage temporel classique.

Le style d’écriture est simple. Les phrases sont courtes et la narration est fluide. Le romancier utilise des notions issues de l’informatique. Il fait même référence à des vestiges du passé qui peuvent dérouter lorsque l’on ne connait pas tous les systèmes d’exploitation des ordinateurs depuis leur avènement dans les maisons des particuliers.

L’auteur nous offre un bonus à la fin de son livre avec La solution mettant en scène le Docteur Joliot et son assistant Turing qui reçoivent enfin les conclusions de Jean Zay une intelligence artificielle à propos de la réduction des gaz à effet de serre. Le rapport de la machine m’a fait éclater de rire tant il est d’actualité et que je m’attendais à une autre idée.

En bref, Saturne est une novella en demi-teinte avec un début un peu fade mais une seconde partie qui vaut réellement la peine d’être lue que ce soit pour son style entrainant, le concept exploité par l’auteur ou la tournure des événements et les révélations.