Alegría d’Alex Mauri

  • Titre : Alegría
  • Auteur : Alex Mauri
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : fantastique

Bruno adore la corrida. À l’une d’elles, il s’en prend à une militante qui s’est introduite avec ses compagnons dans l’arène pour empêcher le massacre des taureaux. Malgré sa violence, elle réussit à le maudire avec ses pouvoirs de médium. Bruno passe de l’autre côté de la muleta. Il devra combattre les hommes pour réintégrer son humanité.

Alegría c’est le genre de roman, défendant une valeur, qui pose une question : qu’est-ce qu’il va m’apporter quand on partage le point de vue de l’auteur ? La finalité, on la connaît dès le départ. On sait vers quoi il va nous amener : l’ouverture d’esprit du protagoniste, la révélation qui le fera basculer après l’expérience dans la peau d’un Toro.

Je n’ai pas lu ce livre pour me repaitre de la douleur de Bruno, l’horreur et les tortures qu’il va connaître. J’ai beau avoir mon côté psychopathe, je n’entre pas dans la catégorie des gens malsains qui prônent des idéaux et applaudissent la crucifixion des violents, des opposants. En fait, je ne saurais dire ce qui m’a attiré vers lui en dehors du thème et de la magnifique couverture exécutée par Aurélien Police ainsi que la valeur sûre qu’est Livr’S éditions pour moi. Je ne regrette pas ma lecture pour plusieurs points que je salue.

Non seulement l’auteur a fait un travail de documentation remarquable et globale qui se ressent avant même de lire la bibliographie à la fin. Il s’est renseigné autant chez, mais en plus, j’ai appris une chose qui m’a complètement scotchée : la corrida existe en France et celle-ci est légale. Croyant débarqué en Espagne, j’ai dû relire deux fois un passage qui donnait des indices sur la localisation de l’intrigue. Localisation enfoncée à coup de sabot dans mon esprit en relisant la loi retranscrite en note de bas de page.

Ensuite, le personnage de Bruno a écartelé mon cœur qui ne savait pas dans quelle direction aller tant Alex Mauri lui a insufflé une dualité paradoxale et, pourtant, si humaine. Bruno est procorrida à 200 %. Il idéalise le taureau en fier combattant qui meurt avec panache. Pour lui tradition justifie la violence alors qu’il considère celle sur d’autres animaux (exemple : les chiens) d’horrible. Chômeur depuis son burn-out et divorcé, il incarne le gars à la révolte introvertie. Il crache sur pas mal de monde, mais hoche la tête devant ces mêmes personnes. C’est le cas de son ex-belle famille chez qui il se rend pour l’anniversaire de son fils, Quentin. Il ne peut encadrer son beau-père qui se moque de ses employés qu’il écrase sans vergogne. Enfin, Bruno est un père incroyable. Ouvert d’esprit sur certains points, il se réjouit de la margnilité de Quentin. Il fait de la pâtisserie avec lui et prend soin de lui, le chéri, bref agit comme un papa devrait le faire. Vous comprendrez pourquoi j’ai eu des difficultés à voir en lui uniquement un connard vulgaire et pourfendeur de taureau. Son évolution m’a également clouée sur place, car l’écrivain évite la facilité et colle parfaitement à la mentalité de son protagoniste.

Alors que Bruno découvre l’envers du décor dans les élevages et l’arène, il reste orgueilleux. Aux portes de la mort, le rebelle introverti devient extraverti comme si la musculature et les cornes lui conféreaint la force et du courage. En mauvaise posture, il ne devient pas humble, il croit au contraire qu’il doit donner une bonne leçon à tous ces toreros de pacotilles.

La narration intrinsèque nous plonge dans son esprit, ses sentiments, ses constatations, ses frustrations, ses espoirs brisés, sa détermination. Vu qu’on suit Bruno, le style est brut, vulgaire, parfois violent, mais authentique. Les détails qui émaillent ce court roman sont juste saisissants. Ils colorent l’histoire tout en nous immergeant dans la brutalité de ce monde. J’ai particulièrement été impressionnée par la précision de la métamorphose. La description des sensations et des causes est chirurgicale. 

En bref, Alegría fait partie de ces livres dont on est sûr d’apprécier les thèmes défendus, mais dont la lecture subjugue par l’habilité et l’ingéniosité de l’auteur à aller au-delà des carcans habituels. De mélanger l’inmélangeable. De teinter de gris son protagoniste principal, là où d’autres n’osent franchir les limites de la pureté et la noirceur quand il s’agit d’idéaux à défendre.

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