Bienvenue à Saint-Fouettard (Magic Charly, #2) d’Audrey Alwett

  • Titre : Bienvenue à Saint-Fouettard (Magic Charly, #2)
  • Autrice : Audrey Alwett
  • Éditeur : Gallimard jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantastique

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, dans le menu Automne douceur de vivre, sous catégorie Chante-moi une chanson Sassenach, j’ai adoré retrouver l’univers d’Audrey Alwett et de nos deux héros.

Comme d’habitude, cette chronique étant sur un deuxième tome, je recommande d’avoir lu le premier, car certains éléments du précédent sont évoqués.

Après l’attaque de l’école des allumettes Hurluberlu, June fouille les décombres à la recherche d’un indice pour retrouver Charly et Sapotille. Seule la pauvre Pépouze donne signe de vie. Loin de se démonter, l’adolescente décide de remuer terre et ciel pour rejoindre ses amis. Ceux-ci sont emmenés vers l’école Saint-Fouettard. Un lieu pour les apprentis magiciers que les puissants étiquettent comme rebus de la société, car ils n’ont pas respecté les règles. Le juge Dendelion est déterminé à tuer dans l’œuf toute graine de rébellion, quitte à user d’horribles méthodes. Tout en priant pour que personne ne se rende compte des mensonges sur l’allégorie de la Mort, Charly et Sapotille découvrent les plans machiavéliques du Juge. Ils vont devoir redoubler d’ingéniosité pour le combattre avec une jauge de magie très basse.

Ce deuxième opus nous entraîne à Thadam que nous avions partiellement explorée dans le premier livre. Alors que le second tome d’une série permet souvent d’entrer dans le vif du sujet dès les premières pages, celui-ci s’est plutôt apparenté à une introduction. En effet, nous approfondissons les lois qui régissent le royaume des magiciers. La facette moins reluisante de ce monde est dévoilée. Il faut plusieurs chapitres avant de toucher à l’intrigue principale.

Saint-Fouettard est une institution à l’allure sinistre. Une végétation sombre et terrifiante la borde. La chaleur semble l’avoir désertée depuis longtemps. La décoration intérieure y est sordide avec ces peintures sur lesquelles figurent des châtiments corporels. Lys Atravice le directeur, les accueille de son arrogance avec ses rumeurs. Maître de l’information, il les laisse rôder ses lézards bleus pour entendre les histoires croustillantes. Toutefois, celles-ci ne sont pas toujours fiables. Lorsque le magicier dénonce les comportements des élèves devant leurs collègues d’infortune, ses paroles déforment souvent la réalité. On ressent sans peine la douleur et la honte de Sapotille qui est incapable de faire entendre sa voix face à ce mensonge.

Dans la vie réelle, les rumeurs s’apparentent à une maladie, colportée par les commères. Avez-vous déjà remarqué l’absence de masculin pour ce mot ? À croire que seules les femmes répandaient des bobards sur le dos des autres au moment de laver leurs linges alors que les hommes bien éméchés à la taverne ne racontaient pas que des vérités ! Tout ça pour dire que j’utiliserai le terme commère au masculin pour dépeindre Lys Atravice. Avide de connaître les petits secrets de tout le monde, il note toutes les rumeurs que ses lézards lui chuchotent à l’oreille dans des carnets. Sa volonté de les répandre est forte. Il voudrait être reconnu pour ces talents d’informateur. Car, il se voit comme tel et non comme un être abject dont les propos peuvent détruire la victime. Il faut se méfier des rumeurs, elles sont dangereuses et n’apportent que du chagrin. J’espère que grâce à cette ingénieuse manière de les mettre en scène, les enfants comprendront les conséquences néfastes qu’elles engendrent.

En parallèle de ce thème, l’autrice traite partiellement du racisme alors qu’elle l’évoquait à peine dans le premier tome. Son récit intègre d’autres sujets qui en font un roman inclusif. Je ne peux pas en parler ici, car ce sont de révélations sur certains personnages. Je peux, néanmoins, mentionner le métier que Charly va endosser. Il existe un moyen de sortir de Saint-Fouettard : payer l’amende émise par le tribunal. Pour cela, les Fouetteux sont autorisés à travailler, bien que leur statut (bonjour la marginilasition) rende difficile leur engagement. Charly deviendra une dame de compagnie, un rôle que je n’ai jamais vu dans les mains d’un homme jusqu’à présent. Notons que le terme reste tout au long du roman. Une manière d’exprimer du mépris de la part du Juge et de son fils envers notre protagoniste.

Charly déchante face à la dure réalité de Saint-Fouettard. Pourtant, l’espoir continue de guider ses pas. Malgré la noirceur de l’institution, il s’imagine déjà ami avec les élèves qu’il rencontre. Sa persévérance et sa droiture vont peu à peu changer la perspective des autres à son égard. Pour la première fois de sa vie, il va être confronté à l’absurdité. Dans cette école, les profs ne leur apprennent rien ! Il comprend désormais les craintes de la studieuse Sapotille. Charly va également évoluer en réalisant qu’il ne gère pas ses émotions négatives vu qu’il les absorbe dans son poing droit. Il les refoule.

En mentionnant les sentiments, l’attirance entre Charly et Sapotille va se développer. C’est mignon, mais sans plus pour mon cœur de pierre. On s’y attend depuis longtemps. Toutefois, j’ai apprécié la manière dont Audrey Alwett amène la question du consentement. C’est important d’en parler dans les romans jeunesses pour changer la vision des relations de couple.

L’évolution de Sapotille m’a un peu rebutée. Dans L’apprenti, on avait découvert une adolescente indépendante. Durant les premiers chapitres de Bienvenue à Saint-Fouettard, elle se transforme limite en personnage tertiaire. Amorphe et déprimée, elle ne fait pas grand-chose pour affronter la situation et devient presque en poupée que le héros doit couver. Ce comportement causé par l’acte affreux du juge est cohérent, mais cela ne m’a pas empêché de grimacer vu qu’il s’apparente au rôle féminin que j’ai de plus en plus de mal à supporter dans les romans. La passivité des femmes n’est plus pour moi. Heureusement, l’écrivaine finit par opérer un revirement qui m’a beaucoup plu en boostant à nouveau son héroïne et en lui redonnant du panache, même si une certaine révélation va la bouleverser.

En dépit de la lenteur du déroulé du récit, celui-ci se laisse conter grâce à la plume dynamique et colorée d’Audrey Alwett. Elle arrive à insuffler la vie dans les bâtiments qui deviennent des êtres à part entière. On s’attendrait presque à les voir s’animer.

En bref, Bienvenue à Saint-Fouettard ressemble à un premier tome en raison des explications liées au world-building, c’est-à-dire la découverte en profondeur de Thadam que nous avions effleuré dans L’apprenti. L’intrigue principale commence à se dévoiler assez loin dans le livre. L’émerveillement opère, cependant, sa magie, car l’autrice a une imagination exceptionnelle qui lie fantastique et problématiques sociétales avec brio. Les thèmes qui parsèment le récit sont tellement nombreux que je n’ai pas pu tous les citer. Je vous laisse découvrir les autres lors de votre lecture, qui je l’espère, sera aussi distrayante que la mienne. 

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Le trésor du Pink Lady (De rouage et de sang, #2) d’A.D. Martel

  • Titre : Le trésor du Pink Lady (De rouages et de sang, #2)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

Je suis fière d’avoir lu peu de mois après sa sortie le second et dernier tome De rouages et de sang. J’ai la sale habitude de commencer des séries en mettant un temps dingue à poursuivre celles qui comptent déjà plusieurs livres parus. J’aimerai beaucoup arrêter de m’éparpiller. Le Pumpkin Autumn Challenge m’a bien aidée en 2022 avec sa sous-catégorie Deux citrouilles en valent mieux qu’une du menu Automne douceur de vivre. Celle-ci demandait de lire soit une duologie soit d’en lire un livre. Vu que j’avais lu Les disparus d’Arkantras au début de l’année, j’ai profité pour le placer la suite dans ma PAL du PAC.

Le roman reprend là où l’histoire s’est terminée dans le premier opus. Comme d’habitude, je vous déconseille de lire cet avis si vous n’avez pas lu le précédent tome.

Rowena, M. Gratouille et Œil de Pirates ont réussi à s’échapper sur un navire pour quitter la milice d’Arkantras. Mais leur répit est bref, car il sont encerclé par leurs aéronefs. Les chances de fuir une seconde fois semblent minces quand des pirates surgissent ! Le trio, rejoint par Eugène, se retrouve ainsi sur le Pink Lady pour le pire comme le meilleur. Côtoyer cet équipage particulier pourrait bien s’avérer salutaire et ouvrir leur horizon de bien des manières.

Le trésor du Pink Lady nous fait entrer dans le monde de la piraterie où l’avidité règne. Sauf que les apparences sont parfois trompeuses. Butcher est autoritaire et fière. Elle dirige ses hommes d’une main de velours dans un gant de fer comme le prouvent à maintes reprises le respect et la crainte de Seth et de Carl. Nos deux compères ont un côté bêta, surtout quand ils veulent montrer leur méchanceté alors que ce sont des cœurs tendres. C’est ce qui sauve dans un premier temps Rowena au moment de l’abordage du vaisseau. Car oui, le but des pirates n’était pas de secourir les pauvres d’Arkantras, mais de piller le bateau et d’emprisonner les passagers. Ému par la présence de cette adolescente, Seth l’enferme dans une cabine à part. L’aplomb et la détermination de notre héroïne la pousseront à affronter l’impitoyable Capitaine Butcher en lui proposant son aide pour réparer le Pink Lady grâce à ses talents de mécanicienne. Cela lui donnera également du temps pour retrouver Gratt et Œil-de-Pirate.

En intégrant l’équipage du navire, Rowena va faire montre de courage pour défendre les gens qu’elle aime, même à son amie défunte. Habituée aux rues d’Arkantras, elle conquiert rapidement le cœur des deux matelots et du cuisinier. Hercule est un géant aux difficultés d’élocution. Sa bonté est vraiment touchante et possède la force de faire flancher Butcher lorsqu’elle dépasse les bornes.

À côté de ces êtres ambivalents qui revêtent, pour la plupart, une attitude de méchant pirate pour la forme, nos amis évoluent. Rowena va découvrir la puissance des liens familiaux, ceux qui ne découlent pas du sang. Eugène va faire un bon gigantesque en avant. Au départ, il a une soif de justice et souhaite à tout prix réaliser le vœu de Beatrice : aider les plus pauvres. Il commence avec Rowena. Toutefois, il se rend compte que la gamine est bien plus mature que lui. Il finit par comprendre qu’elle est comme un poisson dans l’eau. Elle a appris à survivre alors que lui s’y noie. L’éducation du journaliste et la réalité de ses sentiments se heurtent. Cependant, il entrevoit, puis acquiert les principes de vie qui lui apporteront le bonheur : profiter du moment présent, savoir apprécier les petites joies, s’affranchir du regard d’autrui, vivre comme on l’entend sans craindre ce que les autres diront. Eugène est sans doute le personnage qui évolue le plus. Rowena affirme une personnalité déjà exposée dans le premier tome, tandis que lui change de niveau. Quant à Œil-de-Pirate, il ose enfin se confronter à son passé. Il accepte ses faiblesses et sa lâcheté pour agir dans le bon sens grâce à son amour pour Rowena et à la franchise de Butcher qui se bat de toutes ses forces pour protéger ses trésors !

Un trésor bien énigmatique au départ qui se révèle original quand on le découvre. C’est une richesse à préserver, une richesse qui apporte de l’espoir sous les nuages qui dissimulent la beauté des étoiles.

Les aventures de Rowena sont relatées avec une plume dynamique et fluide. Les scènes sont dépeintes avec une efficacité redoutable pour sculpter les ambiances et jouer avec nos émotions. Il y a un épisode en particulier qui m’a fait craindre le pire. Je me résonnai au moment de lire les phrases menant vers la résolution : « C’est un jeunesse, elle ne peut PAS faire ça ».

En bref, Le trésor du Pink Lady est une aventure mêlant piraterie et tendresse avec brio. En prenant de l’altitude, nos héros découvrent l’immensité de la planète et du cœur humain. L’espoir d’une vie meilleure flotte comme étendard et rassemble ces êtres si différents en une famille unie qui veulent protéger leur monde. Une histoire pleine de rebondissements dans laquelle la cruauté est sabordée par l’amour et l’union.

Le Père Noël a perdu sa barbe de S.A. William

  • Titre : Le Père Noël a perdu sa barbe
  • Autrice : S.A. William
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : jeunesse

Après avoir lu la magnifique histoire La loutre et le prince, j’ai eu envie de me plonger dans un autre récit de S.A. William. J’ai profité du Salon du Livre de Wallonie à Mons pour me procurer Le Père Noël a perdu sa barbe et l’ai sorti de ma PAL pour Noël.

Sophie adore faire des bêtises. Cependant, elle craint le jugement du Père Noël. Elle ne veut absolument pas finir sur la liste des enfants méchants. Chaque année, elle laisse ses mauvais coups au placard et se comporte en petite fille modèle dès le 1er décembre. Un jour, elle se promène dans les champs lorsqu’elle aperçoit le Père Noël ! Le vrai ! Elle l’interpelle, mais celui-ci s’enfuit en oubliant sa barbe. Avec l’aide de son chien Filou et de ses amies souris, Sophie est bien décidée à sauver la célébration en la lui rapportant.

Ce court texte accompagné des magnifiques illustrations de Lycoris, est une lecture parfaite à lire au coin du feu avec votre enfant. La positivité de Sophie et sa détermination sont touchantes, tout autant que le vœu qu’elle a écrit dans sa lettre au Père Noël. Ne vous attendez pas à trouver d’ombres, de méchants sanguinaires ou d’antagonistes à anéantir qui empêcherait Sophie d’atteindre son but. Il n’y en a pas. On est sur une histoire toute douce, emplie de magie et de rêves. Cette simplicité qui témoigne de la volonté d’une petite fille fait du bien. Un parfait récit cocooning à lire au coin du feu avec un chocolat chaud !

L’apprenti (Magic Charly, #1) d’Audrey Alwett

  • Titre : L’Apprenti (Magic Charly, #1)
  • Autrice : Audrey Alwett
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégorie : Jeunesse, fantastique

Ayant entendu parler et lu plusieurs chroniques sur cette trilogie jeunesse, j’ai fini par craquer et me lancer dedans, sans regret !

Dame Mélisse, une puissante Magicière et grand-mère de Charly, rompt l’un de ses beignets de prédiction, puis s’évanouit dans la nature. Cinq ans après, elle est retrouvée affaiblie et amnésique. Son petit-fils se réapproprie la magie qu’il avait oubliée et découvre le monde auquel elle appartient. Aidé de Maître Lin et de Sapotille, son chemin l’amènera vers des révélations plus incongrues les unes que les autres, jusqu’à la raison inimaginable qui a poussé sa mamie à disparaitre.

L’univers élaboré par Audrey Alwett est à la fois simple, complexe et original. À chaque page, je m’imprégnais un peu plus de son monde gentil et cruel, lumineux et obscur où son imagination me prenait de cours par son mélange de mignonnerie et d’injustice. Magic Charly synthétise tous les aspects de la réalité et du merveilleux, et converge vers une révélation finale… inattendue de par sa nature. Je vais sciemment éviter de vous décrire la hiérarchie et le fonctionnement afin que vous découvriez tout comme il se doit, un peu comme Charly lorsqu’il entre dans ce monde. 

Au-delà de cet ouvrage fantastique, dans tous les sens du terme, j’ai adoré son inclusion, sa tolérance et sa bienveillance (si on omet les mésaventures de Charly et de Sapotille). Charly est un adolescent de 14 ans, tout ce qui est de plus banal. Pourtant, sa carrure alliée à sa couleur de peau inspire la méfiance et des regards obliques de la part des passants malgré sa gentillesse et sa bonté. Il avale ses pensées et émotions négatives dans ses poings. Devenu Patouilleur (apprenti), il prend soin de ne pas faire d’ombre à Parchemine/Sapotille dont le manque de confiance en ses propres capacités l’entraine à le méjuger. Leur duo va évoluer vers une amitié solide qui promet des étincelles dans les tomes suivants.

J’ai adoré Sapotille bien plus que la copine rebelle de Charly : June. Malgré ses faiblesses et son caractère hautain, la première possède une force de conviction et une graine de femme forte qui n’a besoin de personne pour la protéger. Elle va apprendre que, parfois, l’entraide peut s’avérer précieuse. June est la pote de Charly qui incarne l’essence de l’adolescence. Rebelle, elle se pose en opposition des règles établies par les adultes et adore les mauvais coups. En dépit de son sale caractère et de son côté envahissant, elle est fidèle en amitié. Charly peut compter sur elle.

L’histoire est servie par une plume usant des deux V : visuelle et vivante. L’écriture s’amuse avec les mots sans abuser des symboliques. Dosée avec amour telle une recette de Dame Mélisse, elle peint le monde de Magic Charly en un gâteau aux mille saveurs.

En bref, j’ai adoré L’apprenti au point de vouloir en parler pendant des heures tout en me retenant. La découverte de l’univers merveilleux d’Audrey Alwett m’a profondément émue, si bien que je ne souhaite pas vous gâcher cette expérience. En deux mots : Lisez-le !  

Éliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot

  • Titre : Éliott et la bibliothèque fabuleuse
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Rageot
  • Catégories : jeunesse, fantastique

Après mon coup de cœur pour Rouge, c’est naturellement que je me suis penchée sur la bibliographie de Pascaline Nolot dont la plume m’avait envoutée. Mon choix s’est arrêté sur Éliott et la bibliothèque fabuleuse, un livre jeunesse promettant magie et dépassement de soi. Encore une fois, je n’ai pas été déçue par ma lecture.

Poursuivi par les sbires de l’infâme Charlie, Éliott se réfugie dans l’antre de la bibliothèque pour leur échapper. Fatigué par ce rituel postscolaire, il s’endort jusqu’à l’heure de fermeture. À son réveil, il surprend la vie secrète de l’endroit et l’existence de La Brigade des Rats de Bibliothèque, une société qui règle des problèmes propres au monde littéraire. L’affaire est portée devant le tribunal de l’organisation et l’enfant doit accomplir trois missions pour expier son crime. Lors de la première tâche, il rencontre L’indispensable guide de survie du souffre-douleur qui lui glisse à chaque fois entre les mains comme un savon mouillé. Or, il désire l’attraper et le lire à tout prix !

Dès l’ouverture du roman, l’autrice dessine le contexte de départ et les personnages avec brio. Elle introduit la magie en quelques pages avec naturel. La fluidité et le dynamise de sa plume colorée m’a de suite happée dans cette mise en bouche décrivant le quotidien horrible d’Éliott qu’elle contrebalance par des épisodes rocambolesques à croquer comme du chocolat. Dans Rouge, elle m’avait déjà épatée par son adaptation aux langages des villageois rustiques et anciens. Ici, elle use du champ lexical du monde littéraire pour métamorphoser ou employer des expressions qui respirent l’amour de la langue française et des livres. D’ailleurs, si l’univers emprunte le chemin des agents secrets, il n’y a aucune arme farfelue (mise à part peut-être les crayons-lasers), juste des bouquins qui nous sauvent en nous permettant de nous évader le temps d’une lecture et de nous prendre pour des héros.

Éliott est ravi de pouvoir vivre de folles aventures comme son héros favori, Georges Padenom. Ce petit garçon adore lire et désire échapper à la méchanceté de Charlie. Bien que la fuite constitue sa meilleure méthode, il n’est pas dénué de courage et n’hésite pas à sauter dans l’extraordinaire auprès de Caleb, bibliothécaire-rockeur le jour et directeur de la BRB le nuit, ainsi que l’intraitable Maaaow (M. Chat pour ceux qui sont incapables de prononcer son prénom correctement).

Inflexible sur le règlement, ce matou (directeur adjoint de la BRB) intente un procès à Éliott pour l’évincer en vain malgré l’avocat fantôme amnésique dont il l’affuble. Peu à peu, l’enfant découvrira les raisons de sa haine des humains. Derrière son côté impitoyable se cache un cœur droit qui déteste l’injustice.

Le thème principal du roman se centre sur le harcèlement scolaire qui touche les enfants, même à un jeune âge. Éliott n’a que dix ans ! L’écrivaine aborde la notion de honte que ressentent, non pas les bourreaux, mais les victimes. Une triste réalité. Ce sentiment qu’aucune victime de violence ne devrait subir ! Le comportement inadéquat des adultes est également évoqué : les œillères que les professeurs et les parents posent d’eux-mêmes, car les brimades et leurs conséquences doivent rester dissimulées sous prétexte que ça ternit la réputation de l’école pour les premiers et qu’il est impossible que la vie de sa progéniture soit aussi pourrie dans la vision des seconds. On imagine toujours que ça n’arrive qu’aux autres.

Vous l’aurez deviné, j’ai adoré ce livre. Si je devais vraiment lui trouver une faiblesse, ce serait l’absence de raisons derrière le comportement de Charlie. Globalement, on n’apprend pas grand-chose d’elle. Pourquoi est-elle si méchante ? Mystère. Ce choix reste compréhensible, car l’autrice a préféré se focaliser sur le pouvoir d’Éliott et de ses victimes qui se croient faibles alors qu’iels possèdent pourtant un courage, une force et une confiance insoupçonnés. Le pouvoir d’user des mots, de délier la parole pour retourner la situation en sa faveur. De faire soi-même le premier pas vers la liberté de vivre sans maltraitance. D’agir de telle façon que les autres, les spectateurs finissent par s’unir pour arrêter la machine de la violence qu’ils détestent aussi.

je ne suis pas magique : seuls les mots le sont…

En bref, Éliott et la bibliothèque fabuleuse est une pépite. Basé sur un thème tabou et malheureusement trop répandu, ce roman jeunesse fantastique désamorce cette bombe avec intelligence et brio. Il est à mettre dans beaucoup de petites mains pour montrer que l’espoir existe. Pas seulement dans l’imagination, mais aussi enfoui dans les tréfonds de nos cœurs.

Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

À peine arrivé à la maison, le premier tome de la série De rouage et de sang, n’a pas eu le temps de rejoindre ma PAL. Ayant adoré Les larmes de Saël, je n’ai pu résister à M. Gratouille, non je rigole (enfin presque).

Dans les quartiers pauvres d’Arkantras, la rumeur court. Un monstre se cacherait dans les profondeurs de la ville et se repaîtrait de chair fraiche. Rowena n’y croit pas trop, jusqu’au jour où son meilleur client, Œil-de-Pirate, disparaît de son antre où il se calfeutrait. En parallèle, le journaliste paumé Eugène Bassompière est mis sur le coup de ses étranges disparitions. Ses deux âmes que tout oppose vont découvrir la vérité sanglante et terrifiante.

Les engrenages des Disparus d’Arkantras se meuvent avec lenteur. L’autrice prend son temps pour poser les fondations de l’histoire et la présentation des nombreux personnages avant d’enclencher la vitesse supérieure avec des révélations prévisibles pour les lecteurs aguerris (sauf une que je n’ai pas du tout vu venir). Je rappelle qu’il s’agit d’un livre jeunesse et que je ne suis pas le public cible. Malgré le rythme en deux temps, je ne me suis pas ennuyée lors de la première moitié du roman, car l’écrivaine a la manière de croquer, puis de dessiner en profondeur les traits de ses personnages et de son univers.

Basée sur les villes européennes du XIXe siècle, Arkantras se divise en deux strates sociales : les nantis et les pauvres. Les premiers vivent dans des maisons luxueuses et des espaces pures, tandis que les démunis survivent au milieu des vapeurs toxiques des usines et des bâtisses insalubres. Leurs rues sont surveillées par les policiers le jour et la nuit par des sentinelles qui punissent ceux qui osent braver le couvre-feu.

Née au cœur des ordures, Rowena possède plus d’un tour de manivelle dans son sac. Débrouillarde et courageuse, cette orpheline a appris à voler dès son plus jeune âge pour le compte de son horrible famille d’accueil. Délivrée de leur joug, elle se dirige vers un marché plus lucratif grâce à sa passion pour la mécanique et aux connaissances qu’elle a acquises dans le domaine. Accompagnée de son fidèle M. Gratouille, elle se fait appeler Capitaine par les enfants. J’adore son répondant mesuré. Sa fierté ne l’aveugle pas, ce qui en fait une marchande hors pair pour ses 13 ans, ou du moins, assez pour rester en vie et acheter de quoi manger. Malgré sa force, elle demeure une enfant dont les histoires de monstre ébranlent la confiance et la réalité.

M. Gratouille est (vous l’aurez deviné) un matou particulier. Malmené dès ses premiers jours sur terre par les déchets chimiques des usines, il possède une patte mécanique et de super lunettes d’aviateurs qui pallient ses problèmes de vue. Il entretient un lien singulier et puissant avec Rowena. Ils se comprennent, se soutiennent même si le chat se conduit parfois de façon étrange.

À deux, ils vont se lancer à la recherche d’Œil-de-Pirate, ce vieux bougon d’inventeur qui bricole des automates aussi mignons que dangereux. En dépit de son caractère aigre, il a un cœur en or, surtout envers les animaux qu’il répare.

Leur chemin va croiser à plusieurs reprises celui d’Eugène. Répudié par la haute société après la parution d’un article dénonciateur, ce journaliste démotivé se voit obliger par L’Oratoire des secrets d’enquêter sur les disparitions dans les bas-quartiers. Peu téméraire, mais pétri d’idéaux de justice, il s’investit progressivement dans cette affaire auquel il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord dédaigneux des démunis, ses préjugés vont tomber un à un. Il se rend compte que leur humanité s’avère bien plus pure sous la crasse que les nantis polis à coup de savon parfumé.

Au détour des ruelles et des avenues, A.D. Martel tirent le portrait d’autres figures qui ont un impact plus ou moins faible sur le récit. Je ne vais ni les décrire ni les lister. Sachez juste qu’ils sont tous palpables et utiles au déroulement. Parmi ceux dont j’ai dressé le profil, j’apprécie particulièrement qu’elle se tourne vers des personnages vraisemblables, prudents. Si Eugène revêt le masque du journaliste avide de vérités (ou du moins avant le scandale), il n’endosse pas la cape du superhéros invincible et téméraire. Son vécu l’ayant profondément marqué, il doit se réapproprier sa ligne de conduite, son leitmotiv et son courage pour affronter ses démons et redevenir lui-même.

Rowena, quant à elle, rappelle les personnages des écrivains du XIXe siècle : futés et débrouillards des ruelles pauvres. La romancière s’en détache en rajoutant une couche féministe vu qu’elle brise le genre des métiers. Toutefois, notre adolescente subit les remarques de certains hommes en dépit de son talent. Comme Eugène, Rowena ne se jette pas la tête la première à la poursuite du monstre. Elle tremble, hésite et doit attiser les flammes de sa bravoure pour avancer.

Les disparus d’Arkantras dépeint ce monde inspiré du XIXe siècle à travers les filtres contemporains : les effets de la pollution, la dénonciation du gaspillage, la surconsommation émaillent le parcours du lecteur. Le thème le plus important aborde les limites que certains osent franchir pour des raisons terribles et pourtant encore si courantes. Ces raisons qu’on nous balance pour justifier la restriction des libertés et la manipulation.

En bref, le premier tome de Rouage et de Sang s’est révélé être une lecture divertissante durant la première moitié du bouquin, puis addictive dans la seconde. Les rebondissements s’y enchainent pour nous dévoiler l’horreur humaine. Le tout, porté par des personnages nuancés et réalistes, est saupoudré de problématiques de notre ère.  

La loutre et le prince de S.A. William

  • Titre : La loutre et le prince
  • Autrice : S.A. William
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Lors de sa sortie au printemps dernier La Loutre et le prince de S.A. William a capté mon attention en raison de l’un des thèmes abordés dans l’histoire en plus de sa couverture magnifique.

Le prince Aonyx célèbre ses 16 ans. Pourtant, il en a gros sur le cœur. Héritier du royaume de Nutria, il désespère de pouvoir accomplir son rôle de monarque. En effet, les Trolls se trouvent aux portes du pays, la guerre approche et il ne peut pas courir sur le champ de bataille afin de sauver son peuple. Il se sent totalement inutile. Sa rencontre improbable avec une loutre va le tirer sa morosité et lui ouvrit de nouveaux chemins.

Ce conte relate un récit empli de douceur qui sent bon l’enfance et les aventures qu’on y vivait. J’ai adoré la façon dont l’autrice place le handicap du prince dans une normalité qui touche tout le monde. En effet, elle ne se focalise pas uniquement sur la manière dont les autres considèrent ou se comportent avec les personnes porteuses d’une infirmité, elle parle de l’image que celle-ci se fait d’elle-même et croit voir dans les yeux des autres.

Aonyx pleure après son rêve, non pas parce qu’on veut le destituer de son statut en raison de ses jambes inertes. Ses parents, ses amis ne lui imposent rien et ne montrent à aucun moment qu’ils souhaitent lui enlever son droit d’accéder à la couronne. Le prince est désespéré, car il croit dur comme fer que le seul moyen de mériter sa place sur le trône est d’emprunter le même chemin que ces ascendants : protéger son peuple en combattant, épée en main.

Or, chacun possède ses propres atouts. Il suffit de les voir, de les comprendre, de les assimiler pour atteindre ses objectifs, mais surtout, accepter sa différence. Changer d’optique permet de regarder le monde autrement, de briser les chaînes qu’on a posées soi-même sur sa volonté, de réaliser de belles choses et de briller par un héroïsme qui ouvre de nouvelles voies. Ce thème est universel, il nous touche tous dans une certaine mesure.

**Attention, un petit spoil ici**

Dans La loutre et le prince, Aonyx n’endosse pas à la fin le rôle du preux chevalier qui coupe la tête du méchant troll. C’est son intelligence, son grand cœur et sa sensibilité qui le rendent héroïque et prouvent que la violence n’est pas la seule option pour gérer les conflits. La diplomatie et l’écoute se révèlent des armes tout aussi puissantes. Une belle leçon de vie et d’harmonie que j’aurai adoré vivre dans mon enfance.

**Fin du spoil**

Cette découverte et cette acceptation de soi se réalisent grâce aux personnes qui l’entourent. Ses parents ne le dorlotent pas, car il doit relever la tête de lui-même pour avancer. En effet, les autres ont beau nous pousser, le changement doit d’abord venir de nous, de notre cœur. Cependant, les écouter et les observer peuvent nous aider à modifier notre point de vue.

Samson, ami d’enfance et valet personnel d’Aonyx, apprend à jongler entre son ancien et son nouveau statut. Il le bouscule de son honnêteté et l’accompagne dans son évolution. La franchise de Blanche et son habileté dans le maniement des armes lui offrent un regard différent sur la manière de franchir les obstacles. Enfin, la loutre va l’aider à déployer ses qualités pour résoudre le conflit avec les trolls.

D’autres sujets sont également abordés dans ce roman, telle la place de la femme dont l’accès à certaines professions serait « bizarre ». Lorsque Samson rencontre Blanche, il possède des a priori. Préjugés dont il ne connaît même pas l’origine. Il côtoie des soldates depuis son enfance. Cependant, il se sent déboussolé quand elle est assignée au poste de garde du corps personnel du prince. L’habilité de la guerrière, son érudition et sa franchise vont le faire changer d’avis.

La plume de S.A. William est agréable et fluide. Dès les premières lignes, elle nous transporte dans cette aventure où l’émotion a une place de choix. Elle distille du vocabulaire biologique sur les loutres par-ci, par-là.

En bref, La loutre et le prince est un conte magnifique qui a étreint mon petit cœur à plusieurs reprises grâce à la justesse des thèmes abordés qui sont universels. À travers un personnage singulier, la romancière arrive à donner l’envie d’accepter ses différences pour se dépasser, aller de l’avant et trouver notre propre voie pour atteindre nos objectifs.

La mémoire de Babel (La passe-miroir, #3) de Christelle Dabos

  • Titre : La mémoire de Babel (La passe-miroir, #3)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Attention ! Ne lisez pas cette chronique si vous n’avez pas lu les précédents tomes car j’évoque des éléments clés et des révélations s’y trouvant.

Mon avis sur le troisième tome de la passe-miroir est basé sur une relecture. Cet opus est divisé en deux parties : L’absent et l’épouvantail. L’histoire principale est alternée avec quelques chapitres sur la petite Victoire et ses voyages astraux.

Ophélie vend des gaufres durant la fête de Tocante. Elle déprime car ses recherches sur Thorn n’ont rien donné pendant ces deux ans et sept mois. Au moment où son oncle lui apporte une carte postale qui pourrait l’aider à retrouver sa trace et celle de Dieu, elle entend la voix d’Archibald qui l’attire dans une rose des vents. Ce dernier explore ce moyen de déplacement pour dénicher la secrète Arc-en-terre et venger la Mère Hildegarde. Déterminée, Ophélie décide de choisir sa propre destination et endosse l’identité d’Eulalie. Elle se rend sur Babel, seule, où elle rencontre Ambroise le tac-si inversé et où elle s’enrôle chez les apprentis virtuoses d’Hélène pour percer les mystères du Secretarium et rejoindre son mari avant l’effondrement du monde provoqué par l’Autre.

Christelle Dabos nous entraine sur une nouvelle arche de son univers éclaté. Toutefois, nous n’explorons pas uniquement les Terres de Pollux et de Hélène. La carte de la rose des vents nous donne un aperçu des autres arches, de leur esprit de famille respectif et de leur pouvoir. Certaines spécificités de ces bouts de terre en lévitation sont présentés grâce à la cosmopolite Babel où les personnes de tout horizon peuvent y devenir citoyen à condition de respecter les lois des Lords de LUX et être utile à la cité. Cet archipel rappelle l’Inde par la chaleur, les bâtiments blancs, le mélange français – anglais dans les dialogues mais aussi le système de castes. L’habit est la marque de la strate sociale à laquelle on appartient. Ainsi, les sans-pouvoirs sont habillés de blanc par exemple. Ophélie n’y découvre pas seulement les règles et les codes vestimentaires non genrés. Les automates de l’arche-trotteur Lazarus y pullulent et des trains emportés par des oiseaux géants permettent de passer d’une arche mineure à une autre.

En emmenant l’animiste dans une nouvelle ville, l’autrice met en scène de nouveaux personnages tout aussi intéressants, étranges et profonds. Ils permettent d’introduire des questionnements sociétaux. A travers Ambroise, elle interroge la place de l’handicap dans une société où toute personne doit servir l’Etat. En gros, y avoir une utilité. C’est pourquoi les sans-pouvoirs peuvent briller à Babel par leur invention comme Lazarus l’a réalisé contrairement au Pôle où ceux-ci étaient exclus de la Citacielle et du monde d’en haut.

D’autres sujets sont abordés comme la compétition dans les écoles et les brimades qu’elle peut engendrer, la quête d’identité ou l’éjection de l’humain par les robots. La censure est vraiment au cœur de ce tome en la présence de LUX qui œuvre pour un monde de paix, le journal officiel et la Bonne Famille. Par leurs actes, la manipulation et leurs dissimulations, la romancière pose la question essentielle : jusqu’où est-on prêt à aller pour instaurer la paix et créer une société idéale ? Enfin, elle véhicule l’apprentissage par l’erreur. Les échecs nous permettent de grandir si on les prend en compte pour évoluer.

La seule véritable erreur est celle qu’on ne corrige pas

En bref, La mémoire de Babel présente une nouvelle partie du monde imaginé par Christelle Dabos en nous rapprochant de la vérité sur les esprits de famille, Dieu et l’Autre. L’intrigue repose sur le revers de la médaille d’une société idéale et parfaite en apparence où la censure et la manipulation politique règnent en prônant la paix collective au détriment de la liberté individuelle. Un tome tout aussi palpitant et captivant que les précédents.

Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2) de Christelle Dabos

  • Titre : Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : Jeunesse, Fantasy

Gardez vos petites mains de liseurs/liseuses hors de portée de cet article si vous ne voulez pas être spoilé(e)s car j’aborde des éléments qui se sont produits dans le premier opus. 

Ma chronique du tome deux de La passe-miroir est basée sur une relecture. Ce livre est divisé en deux parties : La conteuse et La liseuse. Des interludes nommés Bribe dévoilent un morceau du passé des Esprits de famille.

Ophélie fait son entrée officielle à la cour. Déterminée à garder un minimum d’indépendance, elle obtient malgré elle le titre de vice-conteuse et doit distraire Farouk en lui racontant des histoires chaque soir ce qui lui attire les foudres du gratin de la Citacielle et l’exaspération de Thorn qui voit d’un mauvais œil l’intérêt que le seigneur lui porte. Toutefois, le pire l’attend encore. Elle reçoit une lettre de menace émanant de Dieu qu’elle ne peut pas lire. De mystérieuses disparitions au Clairdelune, lieu pourtant réputé pour sa haute sécurité, vont ébranler sa vie.

Ce second bouquin enrichit le portrait des arches et l’intrigue principale. Les notions évoquées dans le précédent, sont détaillées tels l’histoire des clans et des déchus, la Mère Hildegarde et le fonctionnement de ses sabliers. Inlassablement, l’autrice joue avec nous en montrant que son imagination n’a pas de limite. On croit connaitre un décor par cœur qu’elle ajoute des touches supplémentaires ci et là. Elle nous entraîne en dehors des murs de la Citacielle, à la confluence de l’océan du Pôle et de l’abîme qui fait office de frontière depuis la Déchirure.

Des projecteurs illuminent des pans du mystère. Ainsi, on en apprend plus sur le monde et l’effondrement qui le guette. A travers le thème de la censure et de la manipulation d’information, les véritables raisons qui ont poussé les Doyennes à se débarrasser d’Ophélie avec ce mariage, apparaissent au grand jour. Plus les énigmes sont résolues, plus de nouvelles interrogations surgissent, faisant tourner inlassablement les pages.

A côté de ces sujets, le féminisme brille par plusieurs personnages secondaires comme Cunégonde, la sœur du ministre des Elégances, qui regrette que les femmes n’aient pas voix au chapitre et que leurs capacités soient considérées comme inférieures à celles de leurs homologues masculins.

« Melchior a toujours eu droit aux feux de la rampe quand on me condamne, moi, à rester une artiste de l’ombre. Et savez-vous pourquoi, ma colombe ? Parce que ces messieurs pensent qu’eux seuls sont capables de faire tourner la machine, ici-haut […] Pourquoi devrions-nous être rivales pour de ridicules histoires de clans ? Nous sommes des femmes avant tout. Des femmes à l’esprit d’entreprises, qui plus est ! »

De nombreux nouveaux acteurs font leur apparition : les Valkyries, l’arche-trotteur Lazarus, la Rapporteuse, etc.  Ils sont dépeints avec soin et profondeur au même titre que les protagonistes principaux qui gagnent en épaisseur et en nuance. Thorn est bien plus attentionné qu’il n’y parait. Cet homme à l’allure d’ours polaire est terriblement gauche dans les relations humaines. Pourtant, il fait tout son possible pour ne pas se faire détester par Ophélie même si ses manières sont maladroites et incomprises par la famille de cette dernière. Quant à notre passe-miroir, le cours des événements lui provoque une crise identitaire qu’elle doit surmonter en osant se regarder en face. Ce petit bout de femme fait preuve d’un grand courage et d’une force insoupçonnée de son entourage.

En bref, Les disparus du Clairdelune ajoute des pièces au puzzle mystérieux de ce monde éclaté. Un passé que certaines personnes préféreraient voir rester enfoui. L’imagination de Christelle Dabos est infatigable et déroutante. Elle construit son intrigue en équilibrant révélations et nouvelles énigmes avec une plume de maitre.  

Les fiancés de l’hiver (La passe-miroir, #1) de Christelle Dabos

  • Titre : Les fiancés de l’hiver (La passe-miroir, #1)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Cette chronique est réalisée suite à une relecture du premier tome de La passe-miroir. Avec la sortie du dernier volet de cette quadrilogie, j’ai eu envie de la clôturer en relisant les trois précédents livres et de les chroniquer.

Les fiancés de l’hiver nous entraîne dans un monde énigmatique et morcelé. Le prologue introduit l’apparence de cette terre grâce à une mise-en-bouche intrigante. Il est suivi de deux parties nommées Les fiancés et Au Clairdelune.

L’autrice nous plonge dans son univers dès les premiers chapitres. Le début de l’histoire peut paraitre un peu lent par rapport au standard du genre. Cet aspect est tout à fait pardonnable car le monde imaginé par Christelle Dabos est d’une richesse incroyable et l’intrigue m’a fait tourner les pages même en seconde lecture. Dès qu’on pense en avoir fait le tour, elle soulève un pan supplémentaire du rideau qui dissimule la maquette de cette planète déchirée. Elle a l’apparence d’arches flottantes éloignées les unes des autres et dirigées par un esprit de famille immortel spécifique et inspiré de diverses mythologies. Ce volet nous en dévoile deux : Anima et le Pôle.

Ophélie est une animiste capable de lire les objets et de traverser les miroirs. Sa destinée tranquille bascule du jour au lendemain lorsque les doyennes l’obligent à se marier avec un étranger et à quitter sa famille pour se rendre sur une arche qu’elle ne connait que par quelques témoignages de ses ancêtres. Elle qui voulait seulement vivre paisiblement en gérant son musée, suit à contrecœur un fiancé froid et distant. Elle découvre la Citacielle où règne une réalité camouflée par les illusions et les faux-semblants. 

L’un des points majeurs de ce livre jeunesse est son héroïne. Ophélie est une femme moderne. Sous sa personnalité discrète et calme, le feu de l’autonomie et de l’indépendance brûle. Elle est contre son mariage forcé et l’oisiveté à laquelle les clans du Pôle sont habitués. Grâce à sa force intérieure et à son caractère honnête, elle survit au Clairdelune et garde la tête droite. Elle est le symbole du féminisme, de la femme qui se bat pour rester elle-même malgré les personnes qui veulent la fondre dans le moule de l’épouse douce et docile uniquement bonne à ne faire que des enfants. Au fil des rencontres, des amitiés et des inimités, son horizon va s’ouvrir progressivement tout en renforçant ses convictions et son assurance. Elle est celle qui peut passer les miroirs. Elle est de ceux qui sont capable de se voir tels qu’ils sont.

« Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. »

Les autres personnages sont tout aussi exaltants. Aucun ne semble lisse ou sans nuance. Qu’ils soient bons ou détestables, ils ne m’ont pas laissée indifférente. Thorn, le fiancé glacé possède un cœur dont on peut percevoir les battements si on tend l’oreille, Berenilde sa tante est une femme brisée sous son minois sensuel et calculateur, Archibald l’ambassadeur surprotège ses sœurs malgré ses frasques sexuelles. J’aime beaucoup l’accent typé de l’oncle d’Ophélie qui n’est pas sans rappeler le wallon. Joli clin d’œil au pays d’adoption de l’autrice.

La plume de l’écrivaine est imagée et descriptive. Elle dépeint les décors et les ambiances qui nous entrainent dans ce monde incroyable. Par moment, elle est un peu répétitive. Certains mots sont parfois plus soutenus comme les termes scientifiques par exemple.

En bref, Les fiancés de l’hiver marque un tournant dans la littérature jeunesse avec son monde diversifié et bien ficelé, ainsi que son héroïne originale et moderne. Si le début a un rythme lent, la suite est un véritable page turner qui m’a agrippée lors de mes deux lectures avec la même ferveur.