Nova et Juliette, un Halloween pas comme les autres (#1) de Victoria May

  • Titre : Nova et Juliette, un Halloween pas comme les autres
  • Autrice : Victoria May
  • Éditeur : Éditions Leonis (auto-édition)
  • Catégories : fantastique, young adult

Si vous êtes du genre à détester la période d’Halloween pour ses histoires horrifiques qui vous empêchent de dormir la nuit sans veilleuse, alors Nova et Juliette de Victoria May est fait pour vous. Oui, vous ne rêvez pas. L’autrice a réussi à associer la fête de Jack O’Lantern avec la douceur que l’on rencontre dans la période suivante au pied du sapin.

Nova est déterminée à regagner sa place d’héritière du clan Damona. C’est elle l’aînée. Pourtant, sa sœur la dépasse en puissance et en habilité magique. La jeune sorcière réalise un rituel censé lui apporter cette gloire perdue, elle se retrouve propulsée dans un monde parallèle où elle est accueillie par Juliette, une adolescente recluse chez elle. L’amitié naissante va se transformer en un lien fort qui perdurera au-delà des frontières.

Lorsque j’ai commencé le récit à une heure tardive, je pensais en lire un chapitre ou deux malgré sa taille. Le sortilège lancé par Nova m’a embarqué dans cette relation apaisante, si bien que je ne me suis pas vue tourner les pages. Le roman ne comporte, pourtant, ni monstre ni aventure extraordinaire où le suspense serait insoutenable. C’est une source de pur bien-être qui remonte le moral après une longue semaine. Il est parfait pour un moment cocooning enveloppé dans un plaid bien chaud et une tasse de thé.

Les personnages sont nuancés, forts et authentiques. Nova est un vrai rayon de soleil. Malgré sa rancune envers sa sœur, elle incarne l’optimisme et la positivité grâce à sa franchise et à son honnêteté. Son origine magique apporte cette touche d’enchantement qui rappelle les balades en forêt : la côtoyer permet de se ressourcer, de revenir à la simplicité, de profiter de l’instant présent et des cadeaux de la nature. Issue d’une société matriarcale, Nova se retrouve confrontée au monde de Juliette, dont la grisaille des immeubles étouffe la verdure.

Juliette, quant à elle, incarne une entité lunaire. Elle s’est enfermée dans le monde virtuel suite aux relations horribles qu’elle a subies. L’adolescente s’attache à faire respecter l’ordre sur son forum préféré et elle déguste les fanfictions basées sur l’univers de sa série adorée : Les Royaumes oubliés. Angoissée et peureuse, elle souffre de cette solitude. Affronté les autres, tenir debout face à eux l’a rend anxieuse. Juliette possède, pourtant, la force de briller dans la nuit triste qui l’entoure. Nova va l’aider à s’en rendre compte et à retrouver confiance en elle. Popcorn (je me devais de mentionner le chat) apportera sa touche de douceur et de soutien.  

En plus du thème de l’amitié, l’autrice aborde des notions historiques et magiques qui lui sont chères. Si Halloween est devenu la fête des monstres terrifiants, elle rappelle à travers le personnage de Nova, qu’il s’agissait avant tout d’une célébration en communion avec la nature. Samhain était loin d’être démoniaque pour les peuples anciens, tout comme la sorcellerie blanche ou verte.

En bref, Nova et Juliette, un Halloween pas comme les autres est un écrin de douceur. C’est frais, tendre et mignon. Cette novella nous rappelle que l’amitié est une source de pouvoir incroyable contre la solitude et la noirceur engendrée par autrui. La magie des liens est puissante.

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L’Ordre d’Ellis de Victoria May

  • Titre : L’Ordre d’Ellis
  • Autrice : Victoria May  
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : fantastique

Le résumé, le soin et la qualité du premier roman de Victoria May constituent les trois éléments qui ont accroché mon attention. L’alliance entre la couverture illustrée par Tiphs dont j’apprécie beaucoup les ambiances, et la mélodie du mot Ellis serait sortie du lot au milieu d’un salon à coup sûr.

L’Ordre d’Ellis est une organisation secrète dont les membres dotés d’un pouvoir sauvent des vies pendant des catastrophes naturelles. Josh vit parmi eux depuis sa plus tendre enfance. Possédant un don de persuasion, il participe aux missions jusqu’à devenir responsable. Il prend sous son aile trois nouvelles recrues qui lui réservent bien des surprises. Au côté de Camille, Ava et Alec, il va perdre ses repères et voir d’un autre œil la société qu’il croyait connaître sur le bout des doigts.

La structure du roman repose sur deux parties non identifiables explicitement. Il s’agit surtout de mon ressenti durant ma lecture. La première concerne le placement des pions sur l’échiquier. L’autrice nous plonge dans le contexte dès le début en mettant en scène une mission. Puis, le rythme ralentit avec la gestion du nouveau groupe de Josh, qui commence par une période de team building dans une tribu amérindienne dans la forêt de Wenatchee et qui se prolonge par leur intégration à l’Ordre dans le manoir de Coldwood. 

Si cette moitié paraît longue, elle est néanmoins nécessaire. En effet, l’évolution de l’intrigue et l’action des personnages reposent sur leurs liens et leurs interactions. Or, au début, les quatre compères ne se connaissent pas du tout. Il faut donc construire leurs relations de A à Z. De plus, la romancière a osé choisir l’exercice du point de vue multiple, on voit le déroulement du récit tour à tour à travers les yeux de Josh, Ava, Camille et Alec. Un choix qui n’est pas facile à mettre en place lors d’une première écriture, mais qu’elle a réussi avec brio. À aucun moment, je n’ai ressenti d’incohérence entre les changements ou les reprises de visions ou d’éléments superflus. Au contraire, les protagonistes sont tellement étoffés que je peinerai à désigner un.e seul.e héro.ine. Ils forment tous les rouages essentiels de l’histoire. 

Pour en faire un rapide portrait, Josh est le type proche de la perfection : il doute de ses qualités de responsable malgré qu’il prenne sa fonction très à cœur. Oui, je sais, j’ai écrit perfection et doute côte à côte. Parce que pour moi, sa capacité à se remettre en question est une compétence essentielle pour les managers, et pas seulement quand on débute.  C’est ainsi que l’on peut faire évoluer son équipe dans le temps. 

Alec est le bad boy de la bande qui utilise l’Ordre pour assouvir son propre objectif. Narquois et imbuvable, il s’adoucira en comprenant que l’important ne se trouve pas forcément là où il le cherchait. 

Le mystère s’incarne en la personne d’Ava, cette danseuse issue d’une famille aisée qui s’en est détournée pour réaliser son rêve et vivre selon ses désirs. D’un naturel calme, elle panique face à la latence de son pouvoir décrit comme puissant, mais inactif. Elle manque cruellement de confiance en elle.

Enfin, Camille est déterminée et combative. Loin d’avoir la langue dans sa poche, elle se querelle souvent avec Alec. Elle soutient énormément Ava dans ses moments de doute. Cependant, elle s‘ouvre très peu. Il faudra du temps et un peu détresse avant qu’elle ne dévoile ses secrets à son équipe. Elle représente la confiance que l’on a du mal à donner aux autres. 

La seconde partie du roman enchaîne les révélations et les rebondissements. Les mystères distillés auparavant sont exposés selon un tempo qui monte en un crescendo addictif. Ainsi, la lenteur de la première moitié est largement compensée et compréhensible à la lecture de la suite. J’ai beaucoup aimé l’intégration historique qui nous fait voyager de New York à la côte ouest.

Si L’Ordre d’Ellis entre dans la catégorie du fantastique, la nature des dons et leurs réalités tangibles (sauf pour l’un ou l’autres personnages), contribue à l’originalité de ce roman. En effet, vous n’aurez pas de mutants à la X-men qui crache du feu ou se transforme en eau. Le pouvoir est plutôt intrinsèque à la nature humaine et repose sur des caractéristiques issues du corps. Un peu comme un gène qui se développe dans l’ADN pour faire évoluer l’espèce. Ainsi, nous avons la persuasion ou l’ouïe fine qui décèle le mensonge, par exemple. Ces êtres possédant un haut potentiel sont recrutés par l’Ordre pour aider l’humanité lors de catastrophes naturelles. Au cours d’un entraînement, le don est apprivoisé et amélioré, rendu plus fort. En gros, ce pouvoir est similaire au talent. Si une personne a des affinités avec la musique, elle deviendra un.e virtuose que si il ou elle le travaille. C’est cet aspect du récit qui m’a le plus plu, car il contribue à faire prendre conscience que l’on peut réussir à faire ce que l’on aime avec de l’effort. Rien n’arrive d’un claquement doigt et rien n’est facile pour personne. Seuls l’entraînement et la persévérance sont importants. En gros, il faut forger pour devenir forgeron. 

La plume de Victoria May est simple et fluide. Elle sied parfaitement à la littérature adolescente. Elle recourt plus à la narration qu’aux dialogues si bien que le bouquin tourne à l’introspection et l’observation des personnages qui tiennent le micro. 

En bref, L’Ordre d’Ellis est un premier roman qui possède des bases solides. Si la première partie peut sembler longue, la deuxième rattrape amplement le coup grâce à sa cadence et à la bonne distillation des révélations et de la montée en suspense. Les thèmes de l’amitié et de la ténacité pour accomplir ses objectifs sont au cœur de ce récit qui donne envie de se relever malgré les véritables intentions de ceux en qui l’on croyait.