Altérez-moi de Thomas François

  • Titre : Altérez-moi
  • Auteur : Thomas François
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégorie : humour noir, action, enquête

Altérez-moi fait partie de mes acquisitions de la Foire du Livre de Bruxelles 2019. Ayant déjà lu l’un des ouvrages de la maison d’édition, je me suis penchée sur ce livre qui avait déjà attiré mon attention lors de son annonce sur le site en raison de la combinaison accrocheuse de son titre et de sa couverture. J’aimerais souligner l’adhésion parfaite de cette dernière avec l’histoire. Les tonalités monochromes avec cette touche rouge sang dépeint magnifiquement l’atmosphère et chaque détail est en adéquation avec ce qui se passe dans le roman.

Le premier chapitre s’ouvre sur Léon Mallar qui s’inscrit enfin comme demandeur d’emploi après avoir procrastiné deux mois suite à l’obtention de son diplôme en juin. Tâche ô combien excitante à réaliser. Surtout quand l’employée du service possède un charme et une gentillesse dignes d’un babouin mal luné. Sur le chemin du retour, il rencontre à quelques pas de l’immeuble où il habite, deux policiers qui lui demandent ses papiers. Il obtempère moins par respect des forces de l’ordre que par l’envie d’en finir au plus vite avec cette journée qui égratigne le visage de sa superficialité sociale comme il aime la nommer. Espoir vite foutu en l’air par l’apparition de sa voisine Jacqueline Chantan qui lui demande d’aller à la pharmacie pour son pauvre mari cancéreux dont elle ne peut quitter le chevet. Il accepte à contrecœur sans imaginer une seule seconde la folle aventure ou devrais-je dire le pétrin monstrueux ? dans laquelle/lequel il s’est fourré.

Vous l’aurez compris, Altérez-moi met en scène un protagoniste pétri de paradoxes. D’un côté, il est asocial (voire misanthrope) mais son éducation et son envie de ne pas poser de problèmes qui lui pourriraient la vie, le rendent respectueux et quelque peu sociable avec autrui. Solitaire, il se réfugie dans son imagination prolifique où des films d’action se débobinent (Ici avec un certain Monsieur TheWild qui dégomme les Bloody Riders). Toutefois, il rêve de rencontrer la femme de ses rêves. Enfin, son trait de caractère le plus important est sa curiosité alimentée par sa soif inconsciente de comprendre les faits exceptionnels qui se déroulent devant ses yeux. « L’enquêteur Mallar entrevoyait une possibilité pour la suite de ce que, désormais, il désignait mentalement comme son investigation. Il n’aurait su expliquer ce qui le motivait à poursuivre, ce qui l’incitait à connaitre la raison du pourquoi, la logique du comment. Seule stagnait cette impression de nécessité. »

C’est comme si en passant les portes de la pharmacie, Léon Mallar avait inhalé un produit expérimental dont le flacon de verre venait d’éclater au sol. Une solution qui permet au soi intérieur d’être extériorisé et de prendre peu à peu le contrôle du corps de son possesseur. C’est une véritable extériorisation que subit le personnage. Il est altéré (in)volontairement et j’ose supposer que le titre est un énième jeux de mot de l’auteur : Alter(ego) et moi !

La plume de Thomas François est un véritable délice linguistique ! Il modèle les mots et les phrases en usant de traits humoristiques qui me rappellent certains chanteurs francophones. Avec cynisme, il écorche sans hésiter les valeurs, les institutions et les gens. Il subjectivise les objets. Certaines de ses tournures de phrases sont pour le moins originales. Son style est en accord avec son histoire : rock n roll, noir et léger à la fois.

Cette légèreté est contrebalancée par des moments plus sérieux et des aspects philosophiques exposés et disséqués brièvement lors des flux de pensées de Léon qui possède des avis tranchés.

La structure de la narration est un peu spéciale. Elle alterne le présent réel de Léon Mallar, les monologues sans queue ni tête de son esprit, mais qui restent toutefois compréhensibles si on possède des affinités avec ce type d’humour, et le récit de Vingus TheWild. Le tout sans transition, ce qui rend le début de l’histoire un peu fastidieuse à lire. Mais une fois habituée, l’intrigue m’a happée.

En bref, Altérez-moi est un excellent premier roman. L’écriture nous plonge dans cette histoire pourtant simple. Le livre met en scène la métamorphose d’un homme qui vit à travers son imagination et qui finit par comprendre l’intérêt de vivre dans la réalité qui n’est pas forcément éloignée des récits nés sous les doigts des romanciers et des scénaristes. Thomas François est un auteur à suivre.