Second Souffle de K. Sangil

  • Titre : Second Souffle
  • Autrice : K. Sangil
  • Éditeur : Nutty Sheep
  • Catégories : romance fantastique, vampires

Je vois déjà vos yeux écarquillés de surprise en lisant romance et vampire. Vos neurones sortir des tiroirs de la mémoire le fameux : “elle n’avait pas dit qu’elle n’aimait pas beaucoup ces deux genres ?”. Vous avez raison, mais je ne pouvais pas passer à côté de cet ouvrage écrit par ma collègue et amie K. Sangil dont j’ai déjà bêta-lu des nouvelles (dont celles de 11 Contes et légendes revisités et 10 destinées). Elle appartient à cette catégorie d’autrices dont la plume réussit à me tirer hors de ma zone de confort et à frayer avec l’en.. euh les créatures et les genres que j’apprécie le moins. Second Souffle m’a-t-il convaincu ? Voici ma réponse : 

À 16 ans, Eustenée Milesi embrasse son destin avec fierté et tristesse. Elle doit porter le dernier souffle du Premier Né vampire pour l’offrir à son successeur. Cette transmission de pouvoir suscite jalousie et avidité, car une partie des suceurs de sang déteste le Traité de Paix avec les sorcières et l’ombre dans laquelle leur condition les oblige à vivre auprès des humains. Sa rencontre avec le traqueur Lajos Walkil va bousculer sa vie et son cœur, pour le bien comme pour le pire. 

Le roman s’ouvre sur une lettre écrite par Ellura Milesi, la mère d’Eustenée. Elle plante la situation initiale et les enjeux de façon succincte et captivante à la fois. L’histoire se déroule en 1890 dans l’empire austro-hongrois dirigé par François-Joseph Ier. Vous savez l’époux de la femme la plus célèbre et tragique de ce pays : Sissi. Juste par la mention de cette duchesse et iméparitrice, je suis sûre que la scène vient de se dessiner d’un coup dans votre esprit : des châteaux, des bals, des robes somptueuses, des conspirations… 

C’est dans ce contexte que prend place la romance entre Eustenée et Lajos. La première partie du livre développe l’amour entre ces deux âmes tandis que la seconde nous plonge dans les complots liés à la révolte populaire qui secouent la Hongrie. J’avoue avoir eu un peu de mal à imbriquer certains passages, car ce morceau d’histoire que je ne connais pas est juste esquissé et sert surtout à renforcer le lien qui unit Eusténée et Lajos. J’aurais d’ailleurs aimé avoir plus de complots et de sournoiseries, mais je comprends qu’il ne s’agit pas d’un roman historique à la Ken Follet dans lequel les coups bas sont roi. Le genre principal est la romance et les fans de ce type littéraire ne seront pas déçus. 

K. Sangil a réussi à briser mon cœur de pierre grâce à l’émotion qu’elle insuffle dans les relations et interactions entre ses personnages. Et ce, même dans les scènes de sexe qui sont bestiales pour certaines. Un point m’a frappé dès les premières pages : l’esprit de famille qui unit Eustenée et ses parents. N’étant pas friande de récits vampiresque, je ne peux affirmer que cet aspect est original. Les férus vont peut-être lever les yeux aux ciels devant mes idées vieillottes et dépassées sur ces créatures. Je ne cache pas que hautains et sensuels sont les mots qui me viennent les premiers en tête pour les décrire. Dans Second souffle, Karey le père respire d’amour pour sa femme sorcière et sa fille. On ressent la chaleur et l’union de cette famille avec une force qui m’a fait fondre. Surtout quand on sait les épreuves que les parents ont dû endurer pour convaincre leur clan à cause de la guerre ancestrale entre vampires et sorcières.

À leur rencontre, Eustenée n’apprécie pas Lajos en raison de son attitude froide et rustre envers sa mère et elle. Du coup, je pensais avoir affaire à un ennemi to lovers. Cependant, ce passage m’a paru tellement rapide que je ne le glisserai que partiellement dans ce trope. Le couple devient inséparable en quelques pages, même si des problèmes surgissent dans leur idylle, notamment dus au statut particulier de Lajos et à ses préjugés. 

Ce chasseur solitaire ne se rend pas compte que certains de ses comportements peuvent engendrer des situations délicates. De plus, son dégoût des sorcières ne facilite pas les relations. Sa fidélité envers Karey, les souvenirs du Premier Né et l’amour qu’il porte à Eustenée vont l’aider à les surmonter à ouvrir la porte d’une nouvelle ère. 

En bref, Second souffle est une romance fantastique mettant en scène la puissance de ce sentiment qui vainc les différences raciales et  les ambitions personnelles d’individus peu recommandables. La plume captivante de l’autrice qui peint les émotions sans filtre m’a plongée dans ce récit flirtant avec l’histoire d’un pays que je connais peu. Même si elle manque de conspirations et faux-semblants pour pimenter les rebondissements à mon goût, elle fait parfaitement son job dans ce genre littéraire.

Publicité

Rouge de Pascaline Nolot

  • Titre : Rouge
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Gulf Stream
  • Catégories : fantasy, relecture de conte

Rouge est le premier livre qui a capté mon attention lors de la Foire du Livre de Bruxelles de 2020 avec sa couverture sombre, mystérieuse et couleur sang. Les quelques mots échangés avec l’autrice m’ont convaincue de céder à la tentation. 

Malombre ne souhaite qu’une seule chose : se débarrasser de Rouge en même temps que la malédiction qui pèse sur ses habitants. Treize ans auparavant, l’union malsaine de sa mère avec le Diable a attiré l’œil de la sorcière des bois surnommée Grand-Mère. Le village doit envoyer toutes les filles au moment où elles subissent leur première règle. Attendant les menstrues de l’impure avec impatience, les villageois.es espèrent annuler la malédiction grâce à son sacrifice.

Cette réécriture du conte du Petit Chaperon rouge reprend en les remodelant l’ensemble des aspects de la sorcière d’autrefois (celles qu’on menait au bûcher) dans un récit dépeignant l’horreur dans ce qu’elle a de plus humaine. Le contexte est planté au sein d’un petit village isolé entre montagne inhospitalière et bois maudits où la population se raccroche à la parole divine et craint ce qu’elle ne comprend pas. Les villageois.es rejettent la pauvre enfant, car la progéniture féminine d’une folle impie ne peut qu’être mauvaise également, surtout avec cette preuve étalée sur sa face depuis sa naissance, n’est-ce pas ? Cette malheureuse tache de vin qu’elle arbore sur la moitié de son visage et cette boursoufflure à l’arcade sourcilière sont indéniablement les conséquences de sa filiation avec Satan. La peur et la laideur justifient ainsi, à leurs yeux, leurs actes et paroles abjectes à l’encontre de Rouge.

Après les cinquante premières pages qui dessinent l’environnement si réel et authentique de notre passé, une déferlante d’émotions m’a enchainée au roman jusqu’au plus profond de la nuit. Tour à tour, j’ai ressenti la solidarité, le dégoût, l’espoir, la peur, la tristesse, la haine. J’ai eu envie de refermer le livre pour effacer l’horreur des hommes, pour stopper ces êtres dont le seul pouvoir consiste à se voiler la face pour fuir leurs propres responsabilités, qui s’érigent en victime, pire en sauveur, alors qu’ils sont coupables et bourreaux.

Pascaline Nolot retrace les comportements les plus d’atroces. Elle brosse une réalité horrible, puis nous entraine de plus en plus dans les abysses obscurs des cœurs et des esprits tortueux dans un récit aux thèmes forts. Orpheline de mère, Rouge est également rejetée par son père. Malgré ses mots odieux (il n’ose pas la toucher de peur de voir sa peau rougir et être maudit), elle recherche le lien d’amour que seuls des parents offrent à leur enfant. Elle désire être reconnue.

La puberté comme synonyme de perte de l’innocence se retrouve au cœur du roman également. Elle marque le départ des filles vers l’antre de la sorcière, mais aussi l’apparition des loups pour les accompagner vers leur destin, au figuré comme au propre, car le danger ne revêt pas toujours une fourrure grise. Rouge va l’apprendre à ses dépens. Encore heureux, les brimades qu’elle subit depuis sa naissance l’ont rendue moins naïve que les autres gamin.es.  

L’autrice aborde l’indépendance des femmes. Celles qui vivent en marge de la société tout en étant décriées par la populace, car elles dérangent par leurs connaissances. D’ailleurs, Malombre n’éduque pas ses filles. Seuls les garçons accèdent à l’école du Père François qui aimerait enseigner à leur camarade afin de « les préserver du vice », mais qui n’ose pas en raison du sentiment de domination qu’elles ressentiraient. À comprendre qu’elle se prendrait pour l’égal des hommes.

Ce roman riche aborde l’importance de la beauté à travers le personnage de Rouge et Liénor qui incarne respectivement la laideur du malin et la grâce angélique. Les deux enfants sont amis en dépit des récriminations de la mère du second qui craint de perdre le dernier membre de sa famille. Le garçon se retrouve ainsi tiraillé entre son amitié pour Rouge et l’amour pour sa maman. Un autre personnage subit les affres de cette notion de beauté, mais je n’en dirais pas plus pour ne pas tout dévoiler.

Enfin, je vais clôturer cette section par le cercle vicieux autoalimenté par l’homme lui-même. L’anxiété inhibe le bon sens qui disparait lorsque vous côtoyez toujours les mêmes personnes qui vont dans le même sens que vous. Malombre connaît peu de sang neuf depuis l’apparition de la malédiction, de ce fait, les conversations ne sont pas alimentées par de nouvelles visions du monde qui permettent de voir autrement. Les villageois nourrissent donc eux-mêmes les pires craintes à chaque affliction, sans prendre en compte que la sorcière n’y est pas forcément pour quelque chose. Le diable s’incarne aussi parmi les hommes qui deviennent acteurs de leur propre malheur.

Je vais déroger à mon habitude de dépeindre les personnages et leurs caractéristiques, car je l’ai déjà fait en filigrane dans la description des thèmes et que je souhaite avant tout mettre l’accent sur eux. En effet, les protagonistes sont intrinsèquement liés à eux, ils agissent en parfaite adéquation pour en faire un récit fort et extrêmement bien ficelé.

Pascaline Nolot déploie une narration de conteuse à la plume poétique et ténébreuse. Son écriture est à la fois simple et élaborée par le choix des termes qui démontrent un vocabulaire riche et une verve qui correspond à l’esprit de l’époque, notamment par l’utilisation des sobriquets. Elle emploie des mots justes, accrocheurs et terribles dans les sombres révélations qui éclatent au cours des pages alternant présent et passé.

En bref, Rouge est une œuvre magistrale s’inspirant du Petit Chaperon rouge pour dépeindre la triste réalité de notre passé de femmes. Une réalité qui persiste de nos jours par le jugement sur le physique et la violence ordinaire que nous subissons encore, si bien que je ne qualifierais pas ce roman de conte de fées horrifique, mais presque de récit historique saupoudré de fantasy, car la magie revêtait un manteau véridique et tangible à l’époque de Malombre.  

The Winter of The Witch (The Winternight, #3) de Katherine Arden

  • Titre : The Winter of the Witch (The Winternight, #3)
  • Autrice : Katherine Arden
  • Éditeur : Del Rey Book
  • Catégorie : fantasy

Avec l’approche de la fin de l’année, j’ai sorti de ma pal le troisième tome de la trilogie The Winternight avec un mélange d’excitation et de crainte propre à la clôture d’une saga que l’on aime. Cette envie de vouloir connaître la suite de l’histoire mêlée au désir que ça ne s’arrête jamais tant elle nous plaît.

Comme toujours, si vous n’avez pas lu les précédents tomes, je décline toute responsabilité concernant les divulgations.

The Winter of the Witch débute sur les vestiges de l’incendie qui a ravagé une partie de Moscou et de son palais. Dimitri, le prince, désire d’abattre les Tatars qu’il tient pour responsables, bien que l’origine du carnage soit Vasya. Malgré son statut de sorcière et le dégoût qu’il lui porte toujours après sa « tromperie », il souhaite l’acheter : son aide pour dénicher l’ennemi en échange d’un époux. Cependant, il n’aura même pas le temps de lui proposer son marché. Comme dans toute catastrophe, on cherche un coupable pour canaliser la colère du peuple et Konstantin l’a bien compris. Grâce à son éloquence, il dirige leur ire vers la femme qu’il déteste le plus au monde, la sorcière Vasya.

Le troisième opus est divisé en cinq parties qui se concentrent sur des épisodes précis qui clôturent un pan d’histoire avant de commencer l’autre en détenant à chaque fois un élément qui sera important pour la bataille finale. Je ne vais pas les détailler pour éviter de dévoiler tous les retournements de situation. Je vais plutôt me focaliser sur le rythme du roman. Les premiers chapitres m’ont paru courts par rapport à ce que j’avais pu lire lors des précédents livres, par la suite ils reprennent une envergure conventionnelle pour la saga. La cadence de départ s’avère donc élevée, comme si l’autrice plaçait vite ses derniers pions sur l’échiquier, ce qui convoie l’urgence de la situation.

La structure de sa narration, son habilité à construire l’ambiance et les scènes avec une économie de mots, cette capacité à aller droit au but constituent quelques raisons pour lesquelles j’adore l’écriture de Katherine Arden. The Winter of the Witch contient beaucoup d’événements. Même si on est au dernier tome, on découvre encore une partie du monde qu’elle a élaboré avec le royaume inaccessible à ceux qui n’ont pas l’œil. Cette richesse est maîtrisée sans que ça paraisse être de trop. Rien ne semble inutile et tout reste lié à aux précédents tomes, comme si on voyait enfin la ramure de l’arbre après avoir scruté ses racines.

Le troisième volet met en valeur l’importance de la famille avec l’évolution de Sasha que j’ai fortement appréciée. Je ne m’attendais pas à ce qu’il aille jusque là. Un deuxième personnage qui m’a marqué malgré le peu de temps qu’elle apparait est Olya qui démontre que les femmes de cette lignée portent en elles une grande force, comme son sang-froid dans une situation horrifique l’a prouvé.

La romancière lie les filaments de sa narration pour unifier les peuples qui composent la Russie en prônant le droit de vivre sous le même drapeau sans persécution, au-delà des croyances et des apparences. Une alliance pour vaincre le mal, en utilisant également des êtres peu recommandables, afin d’arriver à cette paix qui demande des sacrifices. Elle parle aussi de la difficulté de rester droit dans ses bottes par rapport à ses principes. De résister à la soif de pouvoir qui draine le bon sens en rendant les gens fous de puissance, magique ou non. En gros, la folie des grandeurs que même Vasya va devoir combattre.

En bref, The Winter of the Witch clôture une saga magnifique qui porte des messages forts et teintés de réalisme avec une héroïne qui doit vaincre sa propre noirceur et les préjugés pour obtenir enfin la reconnaissance de sa valeur pour ce qu’elle est et non ce qu’elle devrait être. C’est une trilogie que je relirai avec plaisir dans le futur.

La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1) de Mariann Helens

  • Titre : La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1)
  • Autrice : Mariann Helens
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégorie : fantasy

La porte des Rois démons est un roman de fantasy de Mariann Helens. J’ai lu cette autoédition dans le cadre du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. La série La Compteuse d’âmes devrait dénombrer quatre livres.

Lorsque la nuit plonge sur le patelin d’Ibma, elle apporte les Creux. Des êtres sans âme qui mordent les humains pour agrandir leur troupe. Mesha se laisse surprendre et prend la fuite à la suite d’un combat rudement mené. Le lendemain, elle retourne dans le village pour subtiliser vivres, biens et têtes décapitées. Les premiers pour survivre, les dernières pour les rapporter à Galore afin que le mage puisse les examiner. Les Creux ont une origine mystérieuse. Depuis des siècles, leurs attaques se calquent sur un même schéma. Sauf que cette nuit change la donne. Plus nombreux, ses monstres désincarnés et aveugles semblent voir Mesha alors qu’aucune peur ni trace de sang frais ne la recouvrent. En chemin vers Ardeville, la mercenaire fait la rencontre d’Ascelin Brocardier. L’un des survivants de l’attaque d’Ibma, qui garde bien des secrets sur sa véritable identité.

L’univers de La Compteuse d’âmes se calque beaucoup sur notre Moyen-âge et la Renaissance en ce qui concerne la situation géopolitique. Nous sommes à une époque durant laquelle la religion patriercane a remplacé les anciennes croyances qu’elle enterre à coup de prosélytisme, de tortures et de bûchers. Vous noterez l’utilisation de la racine identique au mot patriarcat sur lequel l’autrice a basé cette religion. En effet, celle-ci est profondément misogyne. Les prêtres peuvent pratiquer la magie, mais quand une femme l’emploie, on l’accuse de sorcellerie et de servantes des démons. Vous voyez le topo. Les puissances magiques reposent sur un système bien pensé sur lequel je ne vais pas m’attarder. Je vous laisse le découvrir lors de votre lecture.

Lors des allocutions des moines, les citoyens et citoyennes sont séparés. Les hommes entendent en premier les paroles saintes, viennent ensuite celles offertes aux femmes. La romancière met donc en exergue l’obscurantisme à travers son livre en le renforçant et en le dénonçant grâce aux échanges de Mesha et d’Ascelin qui représentent la tolérance et l’ouverture d’esprit.

Les Anciens Dieux pourraient bien être à l’origine du mal qui va bientôt se déverser sur le monde des humains. Le récit de La porte des Rois démons fait office de préambule qui dépeint le contexte imaginé par Mariann Helens. Elle décrit son univers et sa mythologie passée et présente de long en large, ce qui donne quelques longueurs à ce premier roman. En effet, l’élaboration du suspense n’est pas maîtrisée, car beaucoup de nœuds d’intrigue et révélations sont prévisibles pour les lecteurs aguerris de fantasy. L’enjeu majeur apparait au début et ne subit son évolution qu’à la toute fin. Entre les deux, le récit se déroule en combats et discussions pour expliquer l’univers. L’absence de sous-trame, d’histoires parallèles (propre au tome un, j’entends) au fil conducteur global de la trilogie m’a dérangée, car je préfère les séries plus fournies en rebondissements. De plus, le manque de suspense a fortifié cette impression de faiblesse. L’écrivaine distille bien quelques mystères au cours de son récit, mais j’en ai vite compris l’issue. Par exemple, le secret de Mesha m’est apparu dès les premières pages lorsqu’elle est dans la taverne à écouter les deux paysans.

Malgré cela, j’ai apprécié ma lecture pour diverses raisons :

Mesha et Ascelin sont des personnages hauts en couleur. La mercenaire n’a rien d’une héroïne d’épique fantasy. Elle fuit dès qu’elle peut le village d’Ibma au lieu de tout faire pour le sauver. Elle a une vision de la vie qui oscille entre réalisme et pessimisme. Du coup, elle évalue les situations et les stratégies en n’omettant jamais les conséquences désastreuses qui pourraient en découler si elle défaillait. Néanmoins, elle ne renonce jamais à poursuivre son but et elle hésite peu à recourir à des méthodes brutales.

Ascelin est l’archétype du bourgeois gentilhomme bien élevé dont la vie a basculé. Il est doux, attentif et fait preuve d’une curiosité immense. Son intérêt et son sens de l’honneur ouvrent peu à peu le cœur de sa compagne de route avec laquelle il va se lier d’amitié en dépit de son passé. De prime abord, il pourrait paraître trop lisse, mais plus on pénètre dans son intimité et dans son âme plus on y voit une sorte de… fanatique d’un autre genre.

La plume de l’autrice est fluide et agréable à lire. Elle maîtrise la technicité des combats et de la verve médiévale. Le vocabulaire est précis sur l’armement et la façon de donner les coups. Cela démontre une grande recherche de sa part. Certains passages possèdent un peu trop de répétitions à mon goût. Certaines descriptions m’ont parue superflues, car elles n’ont pas d’impact dans l’histoire. Par exemple, celle des fortifications et des ponts étroits d’Ardeville dont elle appuie la puissance défensive longuement. Je m’attendais à une scène qui s’y déroulerait par la suite sans avoir à répéter l’aspect insaisissable de la place en brisant l’action au vu du soin que l’autrice prend à l’ancrer en nous. Cependant, on n’y retourne plus.

En bref, La porte des Rois démons, est un premier tome qui jette les bases d’une histoire qui aura sans doute plus d’éclat dans le second opus. En dépit de son classicisme, de sa linéarité et du manque de suspense, j’ai adoré la cristallisation de la misogynie du christianisme à travers le nom et les principes de la religion patriercane, ainsi que les personnages attachants et nuancés que sont Mesha et Ascelin.

Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1) de Jupiter Phaeton et R.B. Devaux

  • Titre : Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1)
  • Autrices : Jupiter Phaeton, R.B. Devaux
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégories : fantastique, comédie

En septembre, j’ai été conquise par le pitch de Cocotte, enlèvement et sortilèges des autrices Jupiter Phaeton et R.B. Devaux qui promettait des barres de rire à n’en plus finir. À peine arrivé dans ma boîte à lettres début novembre, j’ai rongé mon frein pour ne pas déposer la brique que je lisais pour sauter dessus tellement j’avais besoin d’un livre léger et divertissant sans pour autant lire du feel-good enrobé de niaiserie dégoulinante de sucrerie. Le premier tome du Bureau des ennuis magiques fut un vrai délice d’humour, de cynisme et de magie.

La Nouvelle-Orléans abrite des sorciers depuis la nuit des temps. De nos jours, le bureau de protection des humains se bat pour préserver l’ignorance dans laquelle vivent les hommes et les femmes démunis de pouvoir. Enfin, se battre est un grand mot, car les missions s’apparentent plus à une douce promenade le long des bayous qu’une chasse aux sorcier.cières tumultueuse. C’est pourquoi Ayamé rumine à longueur de journée. Elle se prend continuellement le bec avec Summer qui a une foi inébranlable dans le système jusqu’au jour où son frère et coéquipier, Spring, disparaît.

L’univers du premier tome reste basique avec le principe des magiques vivants cachés en parallèle de la société humaine, et la rupture de cet équilibre, notamment par notre duo d’enquêtrices maladroites. Si l’intrigue repose sur un mystère, elle ne se déroule pas selon un polar bien ficelé. Les indices sont découverts les uns après les autres sans dissimulation au préalable des pièces du puzzle. Le fantastique est accompagné majoritairement de l’humour et de l’action qui rythment le récit tel un concert de tambour effréné durant lequel les pauses sont rares. On a donc peu de temps pour reprendre notre souffle. Par moment, la dominance de la comédie balaye trop vite les émotions négatives.

Par exemple, Summer subit un épisode traumatisant qui change, en colère volcanique, son aptitude à temporiser et à juger les événements à l’aide du filtre licorne. Or, cette colère est éclipsée par la venue d’un nouveau personnage. En un clin d’œil, la fureur passe en mode latente alors qu’il s’agit d’une émotion forte et difficile à gérer. Si l’on omet ce genre d’invraisemblance, la magie du cynisme opère avec aisance.

Summer est l’incarnation de Barbie. Les cheveux blonds et un physique à tomber, elle ressemble à un ange qui veut être amie avec tout le monde, même Bruce, son familier infâme qui la griffe à chaque fois qu’elle souhaite le caresser. Elle est capable de voir la pureté en chaque personne dont celle d’Ayamé. Son pouvoir est détraqué et lui joue de mauvais tours au cours du récit. Si elle apparait comme un Bisounours, elle peut toutefois se transformer en dragon si on insulte son frère ou ses amis.

Sa coéquipière, Ayamé, est son opposé. Colérique, critique et toujours à la recherche de baston, la sorcière ne fond qu’en présence de Spring qu’elle rêve d’épouser. Quand il est dans les parages, elle devient mièvre et aguicheuse. Je dois avouer que j’ai eu du mal à l’apprécier à la lecture de ses deux premiers chapitres. À la base, je préfère les personnages mordants et cyniques comme elle. Cependant, le manque de respiration et son lancer de fléchettes empoisonnées incessant m’ont un peu exaspéré, ce qui a changé par la suite lorsque son caractère s’est paré de nuances et que l’on découvre son passé.

Dans cette aventure, un autre homme les accompagne. Il s’agit de Snow. Beau parleur, charmeur et imbu de lui-même, il endosse le rôle de frotte-manche du Bureau. On décèle  rapidement son imposture. Pleurnicheur et lâche, il se révèle être un gros lourd sur qui l’on ne peut pas compter. C’est une vraie tête à claques et je suis contente que Summer ouvre les yeux sur cet homme devant lequel elle tombait en pâmoison, même si la première cause de rejet concernait la défense de son frère. En effet, Snow critique Spring, ce qui l’a met en rage.

Spring est un personnage que je n’ai pas du tout apprécié d’un point de vue du caractère. C’est typiquement le genre de gars qui joue les protecteurs tout en ayant des préjugés ou des gestes inexpliqués et inassumés, surtout envers Ayamé qui, malgré sa personnalité imbuvable et son passé, fait beaucoup d’effort pour continuer à marcher dans la lumière. C’est d’ailleurs elle qui sera le plus grand soutien de Summer.

Enfin, je ne peux clore cette galerie de portraits sans parler du plus important membre de l’équipe : Cocotte ! Cette poule magique qui pète et chie des arcs-en-ciel possède un caractère franc et fort. Elle est une guerrière mémorable et un être touchant dans ses interactions avec Ayamé et Summer.

À travers ses descriptions, vous aurez sans doute compris que les thèmes tournent autour de l’amour et de l’amitié. Les apparences sont parfois trompeuses, si bien qu’il ne faut jamais s’y fier sans avoir gratté la couche de glaçage. Le gâteau peut être pourri à l’intérieur ! Une punchline de Summer m’a beaucoup plu à propos de la liberté de la femme et de la manière dont les hommes peuvent les considérer juste parce qu’ils ont bombé le torse une fois.

Vu qu’il s’agit de ma première lecture des deux autrices, je suis incapable de déceler laquelle se cache derrière les voix des héroïnes bien que le style est distinct. On les reconnait facilement. D’un côté, on a la douceur et la droiture de Summer. De l’autre, la langue acérée et crue d’Ayamé. Les sarcasmes et l’humour piquant m’ont musclé les zygomatiques. Elles ont toutes deux de belles réparties.

En bref, si vous cherchez un livre sans prise de tête pour passer un excellent moment au cœur de la magie, des familiers et métamorphes saupoudrer à coup de louche d’action, Cocotte, enlèvement et sortilège vous ravira. Ce cocktail explosif d’héroïnes badass et malchanceuses nous entraîne dans les rues de La Nouvelle-Orléans en semant la pagaille pour notre plus grand plaisir.

Le sang et la guerre (Le crépuscule des 5 piliers, #1)

  • Titre : Le sang et la guerre (Le crépuscule des 5 piliers, #1)
  • Autrice : L.A. Braun
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégorie : fantasy

Depuis quatre ans, la Mérinéa est en guerre contre l’Akronia. Se trouvant au bord du précipice en raison des retombées économico-sociales de cette guerre et l’érosion du rivage, la duchesse Desdea d’Estaniel propose un traité de paix à la sorcière régnante ennemie dans lequel elle met en jeu l’avenir de sa fille Lithana qui était pourtant promise à un autre dont elle est folle amoureuse. Parallèlement, une secte nommée la Sixte Pilastre déploie ses pions dans les ombres pour rétablir l’ordre naturel du monde.

Le sang et la guerre pose les lignes de l’univers riche créé par L.A. Braun. Le prologue m’a happée dès les premières phrases grâce au style à la fois doux et percutant de l’autrice. Celle-ci brosse les contours des paysages et y insérer, l’air de rien, le ou les éléments-clés qui m’ont maintenu en haleine la majeure partie du roman.

La mythologie de la Mérinéa soutient ce monde en perdition et en dessine les règles et les mentalités. Elle repose sur la légende des cinq héros, incarnations des dieux (les Cinq Piliers), qui combattirent la déesse sorcière pour sauver la terre. Ceux-ci donnèrent chacun naissance à une lignée de ducs et duchesses qui se succèdent pour gouverner la confédération. Le but d’alterner les familles à la tête du pays est d’empêcher le délit de puissance. La secte de la Sixte Pilastre tente de renverser cette hiérarchie en ramenant le sixième pilier dans la ronde. Ses membres s’infiltrent et jouent leurs cartes pour atteindre leur but. On se retrouve ainsi dans des jeux politiques et des coups bas tout au long du livre sur fond de fin du monde avec la crainte de la disparition de la terre mérinéenne. En effet, l’océan grignote du terrain et la Cité-Capital Port Maestro risque bien de sombrer sous peu.

Le décor s’inscrit dans une sorte de Renaissance parsemée de saveurs issues du XIXe siècle. Ainsi, l’évolution technique apparait avec parcimonie grâce à des inventions tels les oiseaux mécaniques pour le courrier rapide ou les calèches sans chevaux. La science se développe, notamment au sein de l’armée de Zatarcla. La médecine connaît de grandes avancées, mais les expérimentations possèdent leurs lots d’obscurité. Les progrès ne sont ni bons ni mauvais, seules leurs finalités les définissent tout comme la sorcellerie qui est punie de bûcher par les Cinq Piliers. J’ai adoré la façon dont l’autrice utilise ses expérimentations dans l’intrigue, car ça apporte une touche mystérieuse et horrifique à l’histoire. Jusqu’où l’être humain est-il capable d’aller pour le progrès et pour atteindre ses objectifs ? L’Akronia s’inspire des civilisations perse et arabe ainsi que des mentalités extrémistes qui existent malheureusement dans ces contrées, avec toutefois une différence hiérarchique. Si les femmes se retrouvent en bas de la pyramide, c’est une sorcière qui règne sur le pays. Les magiciennes sont respectées et possèdent même leur indépendance.

Les personnages sont nombreux, réalistes et nuancés. La romancière les décrit et les fait évoluer grâce à de courts épisodes au sein des chapitres tout au long du roman, si bien que le traité de paix et le départ de Lithana sont relatés seulement dans le dernier tiers du livre. Cette technique permet de les côtoyer et d’apprendre à les connaître sans s’y perdre. Certains protagonistes sont, bien entendu, plus souvent sous les projecteurs. Toutefois, elle est arrivée à susciter de la curiosité pour la plupart des acteurs secondaires dont l’implication et le poids dans le déroulement du récit restent encore bien mystérieux.

Si nous sommes dans un monde imaginaire, les créatures magiques sont pour l’instant majoritairement absentes. Seuls des félins des sables apportent une touche d’exotisme à l’histoire ainsi qu’un compagnon qui nous réservera sans doute quelques surprises dans les prochains volumes. Il s’agit du Comte du Soulier, un mignon uroplate dont l’intelligence n’est plus à prouver et qui accompagne Lithana jusqu’en Akronia.

En bref, Le sang et la guerre est un premier tome prenant qui pose les pions sur l’échiquier c’est-à-dire le moment où les joueurs les avancent juste avant de passer à l’attaque de manière stratégique. On connaît leurs intentions, reste à voir à quoi leurs plans vont nous mener. J’ai découvert avec plaisir un univers coloré et riche dont les personnages profonds m’ont entrainée dans leurs émotions et leurs idéaux. J’attends la suite avec impatiente.

The Bear and the Nightingale (Winternight, #1) de Katherine Arden

  • Titre : The Bear and the Nightingale (Winternight,, #1)
  • Autrice : Katherine Arden
  • Éditeur : Del Rey book
  • Catégorie : Fantasy

The Bear and the Nightingale ouvre une porte sur le folklore de la Russie médiévale. Dans un hameau, Dunya raconte au coin du feu les légendes du pays. Celles-ci nourrissent la petite Vasilisa qui devra s’armer de courage pour protéger les êtres qu’elle chérit tout en restant elle-même.

Le roman est divisé en deux parties. La première dévoile le cadre de l’intrigue en parlant de la famille de Vasya, du remariage de son père, de la relation exécrable avec sa belle-mère (qui rappelle Cendrillon) et de l’environnement dans lequel elle grandit. C’est une grande introduction qui place les éléments de l’univers et les pions sur l’échiquier. On plonge dans la Russie du XVe siècle où croyances chrétienne et païenne se côtoient. La deuxième ne vivant plus qu’à travers les récits oraux et les yeux de Vasya qui prend soin des esprits de la maison et des étables. La seconde partie du livre présente la rupture de l’équilibre lorsque le christianisme par le zèle de la belle-mère qui a une peur bleue des créatures fantastiques, et du nouveau prêtre qui fut envoyé dans ce village perdu, détourne les paysans des gestes quotidiens qui permettaient aux invisibles d’assurer leur rôle de gardien. Une baisse de bouclier qui tombe très mal alors que le réveil de l’ours provoque un terrible hiver.

Ce tome ressemble à un conte où la magie prend vie au cœur même des forêts enneigées russes. Si l’histoire de la naissance d’une sorcière qui protège les anciennes coutumes et qui abordent un comportement en contradiction avec les bonnes manières et le destin d’une fille, n’est pas originale, le récit a tout de même réussi à me captiver grâce au folklore et à l’authenticité de ce royaume des tsars, notamment par l’utilisation de termes russes repris dans un glossaire. Je ne suis pas habituée aux livres qui mettent en scène ce pays ou son histoire. C’est l’habilité de l’autrice à faire vivre cette époque, son environnement, ses croyances, son atmosphère qui m’a convaincue tout comme sa plume poétique et imagée.

Le personnage de Vasilisa est accrocheur et déroutant. C’est le genre de petite fille innocente qui est capable d’émettre des vérités avec une telle franchise et sans animosité que les gens se méfient d’elle. Surtout le prêtre qui ne l’aime pas beaucoup. Quand elle parle avec les esprits, ses paroles portent parfois la naïveté de l’enfant qu’elle est et ça donne un certain cachet. Elle ne dérange pas seulement par ses observations mais également par son côté garçon manqué. Elle préfère courir dans la forêt, monter à cheval et garder sa liberté que de passer ses journées à coudre et à cuisiner.

En bref, The Bear and The Nightingale est une merveilleuse plongée dans les contrées enneigées russes où le folklore continue à survivre grâce aux efforts d’une gamine qui bouscule les conventions pour garder sa liberté et son identité.

Engeance (Le sang de l’Éden, #1) de Sabrina Lionat

  • Titre : Engeance (Le Sang de l’Éden, #1)
  • Autrice : Sabrina Lionat
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : Fantastique

Je remercie chaleureusement Sabrina Lionat de m’avoir proposé et confié le premier tome Le Sang de l’Éden via la plateforme SimPlement.pro en échange d’une critique honnête.

Engeance est une histoire fantastique (dans les deux sens du terme) qui se base sur la mythologie biblique et les sorcières. Eva Brunel travaille dans une bibliothèque auprès de l’un de ses mentors. Alors que Bernard l’invite à se pencher sur un vieux manuscrit qu’il étudie, la jeune femme voit la représentation de la déesse Némésis s’animer sous ses yeux. Cependant, elle est la seule à s’en rendre compte. Depuis, elle entend des murmures inaudibles et sa vie va radicalement changer. Chacune de ses rencontres passées et actuelles prend sens.

« Une coïncidence n’est qu’une explication qui attend son heure.»

Ce récit est une fabuleuse aventure mêlant fantastique et mystère dans un univers riche et maîtrisé. Eva Brunel est une héroïne qui se découvre au fil des épreuves et qui grandit avec force. De fille effacée qui manque d’assurance quand il ne s’agit pas de bouquin, elle devient le pilier de son propre destin et se bat avec acharnement malgré les horreurs qui lui arrivent. Et par horreurs, je parle des moments forts en émotion autant par leur dureté émotionnelle que psychologique. Sabrina Lionat la malmène et l’aide à la faire évoluer.

L’autrice met en scène une pléthore de personnages et de factions qui trouvent tous leur place dans l’histoire. Malgré leur abondance, elle a réussi à leur donner de la profondeur. On est loin du personnage secondaire superficiel qui n’est là que pour boucher un trou ou égayer un passage de temps en temps. Elle a construit chaque lien et chaque rôle de manière minutieuse. C’est pourquoi, on ne se sent pas perdu face à la multitude de clans et de personnes. Tout s’imbrique et prend sens si bien que je me demande ce que la romancière va nous réserver dans le second tome. En effet, les questions ont majoritairement trouvé leur réponse et je suis curieuse de savoir comment elle va faire évoluer son monde.

Engeance est écrit avec une plume simple et fluide qui accroche dès les premières lignes. Sa façon d’apporter les éléments est juste excellente et digne des livres de type mystère. Elle dose parfaitement les révélations et elle a une approche originale pour amener les choses. Le rythme de l’histoire est dynamique. L’autrice aime les descriptions pour planter le décor et portraiturer les personnages sans que cela soit long et lourd.

Elle utilise des objets et des personnes existants dans notre monde, ce qui donne de la consistance au roman. J’ai l’impression que quand les écrivains se basent sur des éléments issus de notre réalité, c’est plus facile de se plonger dans l’intrigue et de comprendre ce qui est relaté. De plus, les noms cités lors des recherches historiques d’Eva, m’ont donné envie de vérifier leur existence réelle. Cela montre à quel point la romancière a titillé ma curiosité et à quel point on sent le réalisme de ce récit fantastique. J’aime beaucoup cette combinaison.

Le seul détail qui m’a un peu ennuyé est le petit côté romance au début entre Lucas et Eva. J’ai trouvé qu’elle est trop facilement séduite par un homme qui ne dégage pourtant rien d’autre que des hormones lors de leurs premières rencontres. Son comportement est loin d’être attrayant. Encore heureux que cet aspect ne prend pas le pas sur l’histoire et que l’on reste bien dans un récit fantastique plutôt que romantique.   

En bref, Engeance est une belle découverte d’une autrice autoéditée dont la qualité n’a rien à envier aux écrivains des grandes maisons d’édition. Bien que le roman reprenne des éléments courants, il possède une réelle richesse tant dans l’univers que dans le style. J’ai hâte de lire la suite.