La maison aux cent murmures

  • Titre : La maison aux cent murmures
  • Auteur : Graham Masterton
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : horreur

La maison aux cent murmures est un roman d’horreur fantastique qui se déroule en Angleterre. Très vite, il m’a fait penser au film Les autres avec Nicole Kidman en raison des fameux murmures et de la coexistence entre des humains et des présences invisibles. Le parallèle s’arrête à mesure que l’on entre dans les explications touchant à l’histoire et au folklore.

Herbet Russel n’aurait jamais dû revenir. Il savait, pourtant, qu’il devait éviter Allhallows Hall les nuits de pleine lune. Livres de compte en main, il est assassiné d’un coup sur la tête. Ses enfants, Rob, Grâce et Martin, se rejoignent dans le manoir familial pour entendre les mentions testamentaires. Croyant pouvoir se débarrasser de la demeure rapidement, ils apprennent qu’elle est remise à un fiduciaire pendant treize ans, soit jusqu’à la majorité de Timmy le gamin de cinq ans de Rob et Vicky. Atterrés, les parents ne sont pas au bout de leur peine, car Timmy disparait mystérieusement. Les recherches dans la maison, dans le village de Sampford Spiney et les landes ne donnent rien. Les Chuchoteurs d’Allhallows Hall semblent savoir ce qu’il se passe. Toutefois, le mal qui dort les terrifie bien trop pour les aider. Quel démon rôde derrière les lambris de la maison ? Et pourquoi les premiers propriétaires ont-ils érigé un vitrail en l’honneur d’Old Dewer, le diable aux chiens ?

Au départ, le récit ressemble à de nombreuses histoires d’horreur basées sur la maison hantée. L’ensemble des ingrédients y sont : un meurtre violent, une disparition soudaine et mystérieuse, des murmures angoissants, des monstres sous les lits, un chien qui sent le danger et ne veut pas entrer dans un manoir obscur…le tout dans une atmosphère des campagnes anglaises où le brouillard et le mauvais temps confèrent une ambiance sombre et anxiogène. Le roman devient intéressant dans la seconde moitié, lorsque les explications commencent à étayer ce que cachent les murs d’Allhallows Hall.

L’univers de Graham Masterton est construit sur le folklore local et des éléments historiques. Les légendes émaillent le texte allant du chasseur maudit, à la dame blanche en passant par les Piskies. Ainsi, nous plongeons dans les méfaits d’Old Dewer, le diable des landes qui emportent les enfants perdus et non baptisés. D’abord incrédules, Rob, Vicky et les autres se tournent vers l’historien amateur John Kipling, la charmeuse Ada Grey et le glaneur Francis Coade pour retrouver Timmy. Ces trois allient leurs connaissances et leurs savoirs-faires pour contrer l’entité malfaisante de la maison. J’ai adoré découvrir les lois de la sorcellerie et du druidisme élaboré par l’auteur. La magie et les éléments historiques (dont je vais taire la nature) sont les points forts de ce roman.

Les personnages principaux (j’entends par-là les enfants Russel) se sont révélés insipides. Dans les premiers chapitres, ils sont décrits de façon sommaire avec des caractéristiques détestables qui ne sont même pas exploitées par la suite. Par exemple, Rob lâche des propos sexistes à la limite de l’homophobie, mais on ne revient pas du tout sur ça par après. Martin est le stéréotype de l’employé de la City et sa femme Katharine celui de la petite bourgeoise et épouse parfaite. Ce côté caricatural se retrouve également dans les méchants chuchoteurs. Ada et Francis sauvent le panier des personnages des oubliettes, même si à un moment donné, j’ai été un peu exaspérée par le caractère prolixe de Francis. Son érudition et sa passion sont indubitables. Toutefois, on finit par sentir que l’étalage de ses connaissances sert à faire avancer l’histoire. On voit les ficelles scénaristiques en somme.

Outre l’esquisse dérangeante des personnages, une scène en particulier m’a rebutée, car elle n’apporte rien au récit. Ce passage se situant assez loin dans le roman, vous pouvez sauter ce paragraphe si vous le souhaitez. Il s’agit du viol d’un personnage féminin, qui sert uniquement de gadget terrifiant pour faire monter la tension du lecteur. Je ne peux le percevoir autrement parce qu’il n’impacte aucunement le déroulement de l’histoire et l’évolution psychologique de la victime. Je ne lis pas beaucoup de textes d’horreur, mais j’ai souvent l’impression que le viol est une solution de facilité qui devrait être bannie si elle ne sert pas à la construction et à la cohérence du roman.

Le thème principal de La maison aux cent murmures est la disparition d’un enfant et la manière de gérer les émotions qui y sont liées. Comment peut-on survivre à ça ? Et si l’enfant n’est pas retrouvé, comment peut-on renoncer ? Les réponses à ces questions découlent des actions de Rob et Vicky qui sont déterminés à rester sur place malgré l’angoisse que la maison intensifie. Ils n’hésitent pas à explorer les chemins surnaturels, à utiliser tous les moyens pour retrouver Timmy. Le second sujet concerne la notion du temps et de ses impacts. Je ne vais pas m’éterniser sur la question pour éviter d’en divulguer trop. C’est une part importante de l’intrigue.

Cette histoire de disparition, de magie noire et de maison hantée est servie par une plume fluide et simple. Les descriptions de l’auteur remplissent leur job pour brosser l’aspect angoissant et maussade d’Allhallows Hall et de ses environs, comme on peut s’y attendre de ce type de livre. Dans les passages violents, il n’use d’aucun filtre. Il ne surdose pas la couche d’hémoglobine et d’os qui craquent pour le plaisir. Ces scènes sont, crues, courtes et efficaces.

En bref, La maison aux cent murmures fut une lecture en demi-teinte. Débutant comme tout classique du genre du manoir hanté, le roman s’en détache par l’univers fantastique dans lequel il nous plonge progressivement. J’ai adoré l’exploitation des légendes locales et de la mythologie celtique qui sauve le récit à mes yeux. Dommage que les personnages principaux manquaient autant de substances et tiraient sur la caricature pour certains.

Publicité

Clément Coudpel contre les spectres de Samain de M. d’Ombremont

  • Titre : Clément Coudpel contre les spectres de Samain
  • Autrice : M. d’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : fantastique

Lorsque Livr’S Éditions a présenté ses nouveautés automnales, deux mots m’ont convaincue d’acheter Clément Coudpel contre les spectres de Samain. Il s’agit de Liège et macrale.

Beaucoup d’auteurs placent leur intrigue dans des mégapoles ou des îles paradisiaques ultras connues et exploitées. Du coup, j’apprécie quand des lieux moins sollicités dans la littérature sont choisis pour développer l’histoire, car j’aime découvrir des espaces et des pépites à travers les aventures des héros ou sentir une pointe de nostalgie à la lecture de certains passages. Et, lorsque l’on connait ces régions, on les voit d’une autre manière par la suite, tel un nouveau regard offert par l’écrivain. Ayant vécu sept ans à Liège, c’est avec plaisir que j’ai revisité les endroits que Manon d’Ombremont utilise dans son roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire à la mention d’une particularité des sous-sols de l’université.

Le terme macrale (qui signifie sorcier/sorcière en wallon) ajoute une authenticité et un ancrage solide de l’histoire pour les Belges francophones qui liront cet ouvrage. En tout cas, pour les personnes qui connaissent ce patois ou qui l’ont côtoyé auprès de leurs grands-parents. C’est le genre de détail qui donne un côté original au livre et qui le rend encore plus palpable et réaliste. Surtout que l’autrice intègre le folklore dans son univers à la perfection. Après cette introduction qui est plus longue que d’habitude, plongeons entre les pages de ce petit bijou.

Clément Coudpel déteste son héritage. Né dans une famille de macrales gérant le Chemin de la mort, son destin le désigne comme successeur du porteur de pelle qui doit repousser les esprits lors de la Samain. Cependant, suite au décès de sa mère quelques années plus tôt, il refoule ses pouvoirs et grandit le plus normalement possible grâce à sa sœur qui prend l’ensemble des responsabilités sur ses épaules. Subissant le harcèlement de la communauté magique, sa vie bascule le jour où Camille disparaît à quelques jours de la fête automnale. Décidé à la sauver avec l’aide de son meilleur ami Takeshi, il découvrira que les ennemis sont souvent plus proches qu’on ne le croit.  

L’originalité de ce livre repose d’abord sur le contrepied des points de départ du genre fantastique. Ici, le héros ne veut pas de ses pouvoirs. Il a beau aimé les shonen et les jeux vidéos mettant en scène des magiciens ou des monstres et même Harry Potter dont il partage certaines caractéristiques, il préfère les gérer dans une partie virtuelle que dans la réalité, car les mots game over ne vous enlèvent pas à jamais ceux que l’on aime.

Alors, il supporte les reproches de l’Ancêtre Guenièvre, un fantôme à cheval sur l’éducation et le devoir, et il fuit dans la vie normale d’un enfant de son âge. Il lit des mangas à gogo et passe des heures à jouer en ligne. Une myriade de références populaires nippones accompagne les épisodes de l’histoire. Un vrai régal ! J’avoue avoir dû vérifier certains éléments comme le générique de Bleach mentionné, et quelle nostalgie en voyant l’interprète. La romancière utilise un vocabulaire de Geek (spécifique aux jeux vidéos) et le définit en note de bas de page (ce qui permet d’éviter de se perdre pour les non-initiés tels que moi).

Puisant dans la fantasy, les jeux de rôle et les histoires au coin du feu, de nombreuses créatures apparaissent : Oupyr, liche, barghest,… et même le terroir légendaire est présent par l’intervention du nuton ! Le ver du cimetière familial est sans doute le plus adorable d’entre eux. Coudmou, de son prénom, surgit de son trou et y rentre en boucle en haut du livre. J’aime cette animation qui témoigne du souci du détail de la maison d’édition.  

Les personnages sont élaborés avec profondeur et réalisme. Clément n’est qu’un gamin de treize ans qui déteste la magie. Il rencontre des difficultés pour l’apprivoiser. Encore heureux que Takeshi, son ami, l’aide grâce à leur passion commune pour la Jpop et les animes. Ainsi, il progresse et ne perd pas pied. L’esprit de Célestin qui partage son corps, le guide et lui sert de mentor tout comme Katel, l’oupyr, qui souhaite mourir définitivement et qui prend soin des affaires financières de la famille. Camille est forte et déterminée à protéger son petit frère. Toutefois, des troubles de la mémoire la perturbent depuis qu’elle a sauvé la vie de son meilleur ami, Thomas, en le transformant en liche. Enfin, l’autrice rend hommage à des personnes réelles : le tenancier et les vendeurs de Kazabulles, une libraire spécialisée en BD et manga de Liège, qu’elle adore et qui m’a ramené des années en arrière.

La plume de M. d’Ombremont est simple, fluide et dynamique. Les phrases sont courtes et créent un rythme soutenu. Si le prologue est sombre, le chapitre suivant tranche dès les premières lignes avec un style léger et humoristique.

Pour être libraire, songe Clément, il faut un master en Tetris. 

L’intrigue oscille entre ces deux styles, entre la lumière et l’obscurité, entre la comédie et la tragédie, symbolisant à merveille le passage de la naïveté de l’enfance à la perte de l’innocence. En effet, Clément ne renoue pas seulement avec ses pouvoirs, il réalise que chaque être possède une part d’ombre.

En bref, Clément Coudpel contre les spectres de Samain est un roman fantastique aux allures de livre jeunesse qui nous plonge dans les abysses de l’âme humaine et qui nous apprend que les esprits ne sont pas forcément les créatures les plus dangereuses de la terre ou de l’au-delà. Ce livre est un véritable coup de cœur que ce soit au niveau de l’histoire, de ses personnages attachants, ses références japonaises ou son terroir qui m’a rendue nostalgique.

Anno Domini 1304 de Laufeust

  • Titre : Anno Domini 1304
  • Auteur : Laufeust
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : thriller, historique

Je remercie chaleureusement Laufeust de m’avoir confié via la plateforme SimPlement.pro, son premier roman autoédité qui nous plonge dans le Moyen-Âge sous le règne de Philippe le Bel.

Automne 1304. Loup d’Essac se rend à Château-Porcien pour résoudre le meurtre cruel du capitaine de la garde d’Eudes du Castel. Mutilé et écorché vivant, l’homme est retrouvé une cuillère en argent plantée dans le cœur. Ustensile rare pour l’époque en raison de la préciosité du matériau et de son décor finement ouvragé. Avec l’aide de sa précieuse partenaire, Sybille, l’envoyé royal mène l’enquête en supportant tant bien que mal les affronts odieux et répétés du criminel et la colère démente du seigneur des lieux.

L’écrivain dépeint avec authenticité cette période de l’histoire. Il ne plante pas seulement le décor d’une cité médiévale agglutinée autour du château seigneurial et englobée par la forêt dangereusement remplie de loups. Il base son intrigue et construit ses personnages sur ses fondements. Il exploite la violence brute considérée comme normale dans certains cas par la population, ainsi que les craintes et les superstitions autour de la sorcellerie et le diable.  

Une ère où les femmes comme Sybille la bretteuse et Sylvaine la rebouteuse dérangent car elles ne rentrent pas dans le moule dicté par la gente masculine. La première accompagne Loup d’Essac tout en restant dans son ombre pour ne pas attirer les foudres de ce monde étroit d’esprit. La seconde est tour à tour aimée pour ses remèdes et rejetée pour ses connaissances en médecine qui est une discipline réservée aux mâles.

Les autres protagonistes sont en concordance avec la réalité et le contexte du Moyen-Âge. L’auteur leur tire un portrait sans filtre. Seul l’envoyé royal semble en partie en avance sur son temps. Notamment par l’équité avec laquelle il traite sa partenaire. Toutefois, il possède une certaine fierté due à son rang de noble et à son titre, ce qui lui fait prendre des risques en raison de sa rivalité avec Eudes du Castel.

La plume de Laufeust me fait penser aux romanciers du XIXe siècle. Elle est très descriptive et empreinte de poétisme. Les métaphores rendent vivant le décor grâce à un style visuel et dynamique. Il a le don pour construire les ambiances angoissantes et les scènes morbides. La violence des crimes est inouïe tellement elle est barbare, sauvage et terriblement primitive. Surtout quand la torture entre en jeu pour assouvir les plaisirs bestiaux et lubriques des hommes. Âmes sensibles abstenez-vous.

Outre l’efficacité des atmosphères, le rythme et l’intensité de l’intrigue sont dans l’ensemble bien menés. Néanmoins, quelques formules alourdissent la narration et l’histoire souffre de longueurs par moment. Pour un souci de réalisme, l’auteur use de vocabulaire historique expliqué en note de bas de page. Les nobles ont le verbe soutenu et les gueux un registre familier qui se rapproche parfois du patois.

En bref, Anno Domini 1304 est un thriller médiéval sinistre qui met en scène la noirceur humaine dans ce qu’elle a de plus bestiale et horrifique. L’écrivain nous immerge aisément dans les abysses les plus ténébreuses de cette période en maniant les mots avec dextérité.