Le choix du roi de Solène Bauché

  • Titre : Le choix du roi
  • Autrice : Solène Bauché
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : historique, fantastique

Lorsque Charlemagne est mentionné, je vois tout de suite les batailles qu’il a menées et les chansons de geste qu’il a inspirées dans les siècles suivants. En acceptant de chroniquer Le choix du roi, je m’attendais à lire une épopée opposant cet illustre personnage à son premier fils, Pépin le bossu, entre stratégie et magie. Je me suis trompée sur toute la ligne. En effet, cet ouvrage est une réhabilitation des personnes ayant vécu dans l’ombre du monarque et qui n’ont laissé que peu de traces dans l’histoire. C’est une véritable bouffée d’air frais dans l’univers du genre historique avec une pincée de fantastique. Je remercie chaleureusement Solène Bauché de m’avoir permis de vivre son roman en échange d’une chronique sincère via SimPlement.pro.

Le choix du roi est divisé en trois parties centrées sur trois personnages dans lesquelles des intermèdes mettant en avant d’autres intervenants que le narrateur principal, jettent un nouveau point de vue sur la situation. L’intrigue relate les causes et les conséquences des décisions dictées par la voie royale de ce conquérant.

Premièrement, Charlemagne est mis à l’honneur. L’utilisation de la première personne du singulier donne un cachet particulier à l’histoire du roi. En effet, la source majeure qui retrace sa biographie, est écrite par Eginhard. En lui donnant la voix (ou devrais-je dire la plume ?), j’ai eu l’impression de lire son journal intime dans lequel il raconte ses faits d’armes, ses conquêtes mais également ses états d’âme et ses réflexions. Ainsi, la majorité du texte est descriptif et certains passages sont mis en scène. Les points marquants et historiques de sa vie sont plus cités comme repères chronologiques, que détaillés. Ce sont les personnages, leurs relations et leurs émotions qui sont au cœur de la narration.

Le deuxième volet utilise la voix de Pépin le bossu au moment où sa trahison est découverte et qu’il est envoyé à l’abbaye de Prüm. Il est le premier fils de Charlemagne et de Himiltrude. Né avec une difformité au niveau des omoplates, il devra vivre avec le regard des autres sur son « infirmité » et construire son identité. Etre fils de roi ne va pas le préserver vu qu’il est relégué au rang de simple bâtard quand sa mère est répudiée et envoyée au couvent de Nivelles, et lorsque son père le destitue de son statut d’héritier. Il sera même maltraité par ses demi-frères et sœurs.

Enfin, la dernière partie donne la parole à Amaudra, l’aînée du souverain qui est obligée d’accompagner sa mère à Nivelles. Dès sa naissance, Charlemagne a des difficultés à soutenir le regard jaune et intense de cette gamine qui semble percer tout son être. Il ne sait comment se comporter avec elle, surtout qu’il aurait préféré avoir un garçon comme premier enfant.

Si le roman commence par la figure de Charlemagne, l’autrice fait la part belle aux épouses successives du souverain et à Amaudra. Elle leur a insufflé une personnalité propre qui aurait pu être réellement la leur. Toutes m’ont profondément touchée même celles qui ont un caractère qui peut paraître détestable aux premiers abords mais qui fait sens en comprenant leurs situations. A travers leur vécu et leurs sentiments, l’écrivaine expose la condition de la femme et les difficultés qu’elles rencontrent à cette époque. Mariage forcé, violences conjugales, devoir de maternité, vieillissement de la femme, le droit de disposer de son corps, l’avortement, …tous les aspects du sexisme sont passés en revue avec justesse et précision. Parfois avec une vérité brutale.

« Je crois que la plupart des hommes comptent sur le fait que leurs épouses meurent avant eux. En couches, le plus souvent. »

La place des marginaux est également un thème récurrent en la personne de Pépin qui doit supporter le regard des autres et de son père. Il doit vivre avec sa difformité physique proclamée par Charlemagne comme un handicap majeur afin de l’empêcher de choisir sa propre voie et de lui refuser la possibilité de gouverner. En gros, il est renié en raison de son corps différent et non de ses aptitudes.

L’ensemble des personnages sont traités avec profondeur. L’autrice prouve sa recherche documentaire par la construction de leur personnalité et de l’univers dans lequel ils évoluent. En se basant sur le peu d’informations disponibles sur la famille du roi, elle a réussi à créer des protagonistes plausibles et cohérents avec la société de l’époque tout en intégrant l’interprétation actuelle sur diverses thématiques qui reflètent bien le chemin qu’il reste encore à parcourir aujourd’hui.

En parallèle de la réinterprétation historique, le fantastique fait son apparition par petites touches. Aucune créature imaginaire ni être aux pouvoirs extravagants n’est présent. La magie est beaucoup plus subtile et réelle, proche de la vision dont les Carolingiens s’en faisaient. Elle relève du domaine des plantes médicinales et de la faculté de soigner. Soit la conception des sorcières comme faiseuses de potions de mort ou de vie, qui d’un simple regard ou d’un seul toucher pouvaient œuvrer sur votre corps et votre âme.

L’écriture de Solène Bauché est un véritable délice. Elle est fluide et particulière. Bien que l’histoire nous plonge au cœur du haut moyen-âge, elle n’utilise pas l’éloquence façonnée dans nos esprits par les romans chevaleresques postérieurs. Seuls Pépin et Amaudra ont de temps en temps un discours plus soutenu, des tournures de phrases plus élaborées. Les descriptions sont poétiques et imagées. Elles donnent vie aux éléments de la nature comme s’ils étaient dotés d’une âme. J’ai repéré deux, trois coquilles mais rien qui gâche la lecture.  

En bref, Le choix du roi est une véritable fresque sociale et sociétale de l’ère Carolingienne qui donne voix aux personnages vivant dans l’ombre de la plus grande figure historique de l’époque et qui attribue une place importante au féminisme et à la différence.