Les Feus Reheans (Legendion, #2) de Rémi Bomont

  • Titre : Les Feus Reheans (Legendion, #2)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Des mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Comme d’habitude, je mets mon petit avertissement. Si vous n’avez pas lu le premier tome du Legendion, je vous déconseille de lire cette chronique. Je ne peux aborder le second livre sans dévoiler des moments capitaux du précédent. Évitez d’autant plus si vous êtes un habitant de l’Echodria car je vous rappelle que vous pourriez revivre plusieurs fois ce terrible instant où la fin d’une palpitante aventure est spoilée.

Suite au dernier chapitre laissant en suspens l’histoire sur une note de tension, Rémi Bomont a eu la gentillesse de mettre fin à la torture causée par cette maladie qu’on nomme l’impatience. Je le remercie du fond du cœur de m’avoir fait encore une fois confiance via SimPlement.pro pour parler du second tome du Legendion : Les Feus Reheans

Le récit démarre sur le passé d’Eres et met enfin en avant le fameux soulèvement d’Héléo qui a fait basculer bien des vies dont celle d’Eloran, tout en introduisant l’action de la Reine écarlate. L’auteur apporte d’autres éclaircissements comme la formation du cercle de Seheiah, la nature des Lycans, les royaumes du sud et le passé de l’Echodria. Le voile se lève également sur l’armée de Ô, son but et son dirigeant Ohen, bien que celui-ci reste encore bien mystérieux. J’ai adoré sa rencontre avec le roi et les révélations qu’y en découlent. La patience avec laquelle l’ennemi déploient ses pions est un point majeur du livre qui ébranle une population vivant dans une paix illusoire et peu préparée à ce qui arrive.

Avec l’enchainement des événements et les divulgations passées et présentes, j’ai été happée par ce roman qui est meilleur que le premier. D’ailleurs, j’ai détesté que mon corps et mon esprit défailllent cette semaine là, m’empêchant de le lire d’une traite.

Le rythme est similaire au tome précédent tout en étant plus intense. La première partie est un épisode aux allures de tranquillité baignant dans une tension sous-jacente. La cité, pourtant entourée par l’ennemi, ne subit pas d’attaque frontale. Comme si personne ne se trouvait sur les bateaux qui l’encerclent. Le temps semble en suspens. Mais ce n’est qu’une façade. Des Lycans arrivent à s’introduire dans les murailles discrètement et à accomplir leurs missions. Zahal semble hésiter à aider les Reheans qui vivent des miracles autant inexplicables qu’instables.

Les personnages secondaires ont une place de choix dans cette moitié. Eloran et Lerena sont un peu mis de côté, laissant la scène à leurs amis et familles. Eres était soldat dans les royaumes du sud avant de devenir Haut Commandant. A force de fréquenter les étrangers, il a gagné une grande ouverture d’esprit et une profonde tolérance bien qu’il porte encore en lui la vengeance des meurtres de sa femme et de sa fille. Evelène a combattu son chagrin et ses conséquences à sa manière. Grâce à sa force et à sa volonté, elle s’est relevée et a appris à vivre avec sa cécité. Malgré son handicap, elle sait se rendre utile et est courageuse. Le passé de la joviale et raisonnable Mère Poulhard avec Lerena est révélé. Enfin, on en apprend plus sur Mésange-Lugubre. J’adore les passages où cette petite flamme apparait car sa parole est un mélange de mystère, d’onirisme et de bon sens.

De nouveaux protagonistes ayant l’air de moindre importance de prime abord, font également leur apparition et je me demande s’ils vont avoir un rôle dans la suite. Marco est un petit bonhomme déjà bien brave qui prend soin de la petite Azaëlle qui ne pleure pas devant le danger, et Pafol est un fin observateur.

J’ai apprécié cet intérêt pour les acteurs secondaires car ça me donne l’impression que l’univers créé par l’écrivain forme un tout. Que l’histoire est portée par tous et pas seulement par une poignée de personnes comme c’est le cas dans beaucoup de fantasy. Cela démontre que l’auteur a élaboré son monde en profondeur. Du coup, l’horreur et la douleur comme la joie et la délivrance sont palpables et me touchent plus facilement.

Ayant déjà bien détaillé le duo principal dans ma première chronique, je dirais juste qu’Eloran découvre enfin qui il est et affronte sa part de secret. Lerena la reine naît dans ce tome. Si elle était un embryon de pouvoir dans le premier roman, elle mérite largement sa couronne par les actions qu’elle pose et la responsabilité qu’elle endosse. 

Rémi Bomont met en scène plusieurs femmes fortes et courageuses dans son récit. Vous êtes habitués au fait que je loue cette décision d’évincer les princesses en détresse alors je ne peux qu’applaudir ce romancier qui affirme par la voix d’un de ses personnages que les femmes sont assez solides sur leurs jambes pour ne pas avoir besoin d’être protégées par des hommes.

« –  Je m’étais juré de les protéger…

La lueur revint devant lui [Eloran].

– Qui ? Evelène, Lerena ? Quelle condescendance ! Comment peux-tu les croire si fragiles, alors qu’elles se sont passées de toi toutes ces années ? »

Comme dans le premier tome, quelques réflexions philosophiques sont abordées sporadiquement ou sous-tendent l’histoire tout du long. Ainsi, la notion de vivre l’instant présent et d’évanescence de la vie sont toujours présents. L’idée nouvelle et principale de ce second opus est l’égalité des hommes devant la mort. Peu importe le statut, que l’on soit pauvre ou riche, laid ou beau, tous mourront et connaitront le même sort. L’auteur évoque la différence entre ce que Zahal veut réellement et les paroles de dieu inventées par l’humain pour justifier ses actes. Enfin, la vision de la magie change selon les conséquences de celui qui y a recourt. Elle n’est par nature ni bonne ni mauvaise. Selon son utilisation, elle sera considérée soit comme Force Interdite soit comme miracle.

Rémi Bomont a peaufiné sa plume. Les tournures et les changements de genre sont plus fluides. Si je ressentais auparavant une sorte de césure entre les styles d’écriture, les transitions sont maintenant naturelles et se remarquent à peine. Les descriptions des batailles sont dures et crues.   

Si la fin clôt de manière plus tranquille ce chapitre de l’Echodria et ne donne pas autant envie de séquestrer l’auteur pour qu’il écrive la suite, de nombreux mystères restent encore à élucider. Par exemple, La Reine écarlate fait à peine son apparition et ses desseins sont encore bien gardés tout comme son identité.

En bref, Les Feus Reheans est un second tome exaltant et captivant. Il dévoile des pans entiers de l’univers du Legendion tout en continuant à faire monter le suspense et à préparer les futures batailles contre cette ennemie de l’ombre. Vivement la suite.

Le Cercle de Seheiah (Legendion, #1) de Rémi Bomont

  • Titre : Le Cercle de Seheiah (Legendion, #1)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Des mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Rémi Bomont de m’avoir proposé le premier tome de la saga Legendion en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro.

Autrefois, la guerre ravageait les royaumes. Elle avait atteint une telle intensité de feu et de magie destructrice que le dieu Zahâl abattit sa sentence sur les belligérants. Il divisa la terre en cinq univers distincts, les Échos, possédant leur propre écosystème : Aosus, Cassade, Ocaria, Magama et Azzur. Tous les vingt-cinq jours, les âmes des hommes et des nains (les deux seules espèces survivantes) changent de monde et intègrent la réplique de leur corps là où il a été laissé lors du cycle précédent. Elles ont une vie sur chacune des cinq terres où le quotidien se répète avec des différences.

Neuf siècles après la chute de l’Antachodria, le royaume d’Escasam est prospère et la paix étend toujours ses blanches plumes sur les mondes si on écarte la présence de quelques troubles qui surviennent ci et là. L’un d’eux va permettre à la princesse Lerena de retrouver sur Magama son ami d’enfance dont les parents ont été condamnés à mort pour utilisation des Forces Interdites. Après avoir réprimé l’attaque des bandits à Loréanne, ils se donnent rendez-vous en Cassade à Saint-Rehael car l’Écho touche à sa fin et la translation des âmes vers la terre suivante va de nouveau les séparer. Malheureusement, le voyage vers la ville sacrée ne se fera pas sans embuches et un destin sombre va à leur rencontre.

L’univers développé par Rémi Bomont est particulier et profondément horrible. Bien qu’il l’explique en préambule de l’histoire, j’ai réalisé sa véritable nature seulement en intégrant le vécu des personnages et les révélations liées au mécanisme du nomadisme des âmes. Je ne sais pas si ma lenteur de compréhension est due à la fatigue des festivités du nouvel an ou si je me suis fait avoir par la notion de monde en paix qui me rappelle notre réalité. Nous savons que la misère règne même dans nos « belles » civilisations et que la vie n’est pas toute rose grâce aux journaux. Mais le malheur des autres devient palpable uniquement quand on y fait face personnellement. Quand une victime nous en parle ou dans des documentaires sans filtres. Le roman nous invite sur une terre sans guerre (mise à part Saint-Rehael, les villes n’ont aucune fortification) où on peut vivre cinq vies différentes. N’est-ce pas merveilleux ? La réponse est non car le croire, c’est oublier la nature de l’homme et le hasard de la vie qui peuvent amener du chagrin et des souffrances. Et cette douleur se répète cinq fois car les cinq Échos sont reliés les uns aux autres. Si votre cœur est brisé une fois par une rupture, vous revivez cette séparation quatre autres fois. C’est un véritable purgatoire. Sous l’apparente quiétude de ce monde en paix, c’est bien une peine de prison que les âmes subissent.

C’est dans ce cadre qu’Eloran évolue malgré le sort qui lui pend au nez, et que Lerena découvre les mouvements de l’ombre. La route est longue avant que ces deux êtres puissent se retrouver. Le récit alterne des moments du présent et du passé pour dévoiler progressivement l’intrigue et le vécu des personnages. Bien que des points de tension la parsèment, j’ai trouvé la première partie un peu longue. On sent qu’il s’agit d’un premier tome qui doit poser la trame de l’histoire et donner de la consistance aux protagonistes. Placer les bases de ce riche univers n’est pas aisé, prend du temps et l’auteur n’hésite pas à le réexpliquer plusieurs fois au cours du récit. En revanche, la seconde moitié du roman est exaltante et captivante au point que je ne voulais plus le lâcher. Et je ne veux même pas parler du moment où l’écrivain termine le livre et qui appelle à se jeter sur le deuxième opus immédiatement. Les révélations qui se succèdent, m’ont vraiment happée. J’ai bien aimé le fonctionnement de certains pouvoirs comme celui de la précognition.

Le traitement des différents acteurs est approfondi. J’ai ressenti un certain travail même pour les figures de second plan. Lerena est une princesse hors norme. Elle refuse de se marier alors que la coutume veut que les filles nobles prennent un époux à 15 ans. Elle en a 21 et exaspère son père malade qui lui laisse pourtant sa liberté. Elle est instruite et possède une grande curiosité. Elle reconnait humblement qu’elle n’est qu’une enfant face à la vie quotidienne des bourgeois et des paysans. C’est pourquoi malgré sa force de caractère et son côté têtu, elle fait preuve d’une grande sensibilité face aux événements qu’elle affronte avec bravoure. Elle essuie ses larmes à de nombreuses reprises comme si elle chassait ses faiblesses pour avancer malgré la peur qui tente de la soumettre. Elle a déjà le port d’une reine. Eloran vit comme un vagabond. Il porte un poids sur son âme et de nombreux regrets. Malgré la fatalité qui pèse sur son cœur et le passé qui le poursuit, il se donne à fond pour l’avenir de ceux qu’il aime, quitte à engendrer de la souffrance. Il est déterminé.

La plume du romancier est assez surprenante par sa diversité. Par moment, elle est plutôt simple. Parfois, il a recours à un style beaucoup plus lyrique et poétique. La plupart des dialogues rappellent la déclamation dans une pièce de théâtre par leur tournure. Mais le genre qui domine le plus est la description. Rémi Bomont possède une précision visuelle des scènes qu’il pose sur le papier. Chaque geste, chaque intention des personnages et chaque décor sont détaillés minutieusement sans partir dans la longueur proustienne. Le lecteur a une vision claire de ce qui se produit et des paysages. Cela va même jusqu’à donner les dimensions précises des bâtiments et le nombre exact de piliers qui parcourt la nef de l’église par exemple. Il utilise également un vocabulaire soutenu et technique. De temps en temps, il y a des expressions qui m’étaient inconnues jusqu’alors. J’ai remarqué des coquilles et une incohérence de calendrier. Mais pas d’inquiétude, l’auteur est en train de faire le nécessaire pour y remédier. 

Quelques réflexions accompagnent l’univers du Legendion à l’instar du monde de rédemption imposé par Zahâl et de la guerre. Plusieurs personnages mettent en avant qu’on se sent en vie uniquement si on connait la douleur et qu’on rencontre des obstacles. Ce sont les malheurs qui permettent de comprendre le bonheur. Sinon, on est juste un pantin. Il est préférable de mourir en accomplissant quelque chose que de vivre sans but. Enfin, des conceptions religieuses sont remises en question.

« – Ne disiez-vous pas que Dieu viendrait en aide à ceux qui le lui demanderait ?

– Dieu, dans son œuvre, nous a créés avec des poings pour nous battre. Il nous a déjà aidés. »

En bref, Le Cercle de Seheiah dépeint un univers original dont le mécanisme du nomadisme des âmes est une pénitence pour ceux qui ne peuvent échapper à la folie des hommes et aux hasards de la vie. Après une première moitié un peu longue, j’ai été happée dans les mésaventures d’Eloran et de Lerena dont les rebondissements et les révélations sont inattendus.