Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1) de Jupiter Phaeton et R.B. Devaux

  • Titre : Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1)
  • Autrices : Jupiter Phaeton, R.B. Devaux
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégories : fantastique, comédie

En septembre, j’ai été conquise par le pitch de Cocotte, enlèvement et sortilèges des autrices Jupiter Phaeton et R.B. Devaux qui promettait des barres de rire à n’en plus finir. À peine arrivé dans ma boîte à lettres début novembre, j’ai rongé mon frein pour ne pas déposer la brique que je lisais pour sauter dessus tellement j’avais besoin d’un livre léger et divertissant sans pour autant lire du feel-good enrobé de niaiserie dégoulinante de sucrerie. Le premier tome du Bureau des ennuis magiques fut un vrai délice d’humour, de cynisme et de magie.

La Nouvelle-Orléans abrite des sorciers depuis la nuit des temps. De nos jours, le bureau de protection des humains se bat pour préserver l’ignorance dans laquelle vivent les hommes et les femmes démunis de pouvoir. Enfin, se battre est un grand mot, car les missions s’apparentent plus à une douce promenade le long des bayous qu’une chasse aux sorcier.cières tumultueuse. C’est pourquoi Ayamé rumine à longueur de journée. Elle se prend continuellement le bec avec Summer qui a une foi inébranlable dans le système jusqu’au jour où son frère et coéquipier, Spring, disparaît.

L’univers du premier tome reste basique avec le principe des magiques vivants cachés en parallèle de la société humaine, et la rupture de cet équilibre, notamment par notre duo d’enquêtrices maladroites. Si l’intrigue repose sur un mystère, elle ne se déroule pas selon un polar bien ficelé. Les indices sont découverts les uns après les autres sans dissimulation au préalable des pièces du puzzle. Le fantastique est accompagné majoritairement de l’humour et de l’action qui rythment le récit tel un concert de tambour effréné durant lequel les pauses sont rares. On a donc peu de temps pour reprendre notre souffle. Par moment, la dominance de la comédie balaye trop vite les émotions négatives.

Par exemple, Summer subit un épisode traumatisant qui change, en colère volcanique, son aptitude à temporiser et à juger les événements à l’aide du filtre licorne. Or, cette colère est éclipsée par la venue d’un nouveau personnage. En un clin d’œil, la fureur passe en mode latente alors qu’il s’agit d’une émotion forte et difficile à gérer. Si l’on omet ce genre d’invraisemblance, la magie du cynisme opère avec aisance.

Summer est l’incarnation de Barbie. Les cheveux blonds et un physique à tomber, elle ressemble à un ange qui veut être amie avec tout le monde, même Bruce, son familier infâme qui la griffe à chaque fois qu’elle souhaite le caresser. Elle est capable de voir la pureté en chaque personne dont celle d’Ayamé. Son pouvoir est détraqué et lui joue de mauvais tours au cours du récit. Si elle apparait comme un Bisounours, elle peut toutefois se transformer en dragon si on insulte son frère ou ses amis.

Sa coéquipière, Ayamé, est son opposé. Colérique, critique et toujours à la recherche de baston, la sorcière ne fond qu’en présence de Spring qu’elle rêve d’épouser. Quand il est dans les parages, elle devient mièvre et aguicheuse. Je dois avouer que j’ai eu du mal à l’apprécier à la lecture de ses deux premiers chapitres. À la base, je préfère les personnages mordants et cyniques comme elle. Cependant, le manque de respiration et son lancer de fléchettes empoisonnées incessant m’ont un peu exaspéré, ce qui a changé par la suite lorsque son caractère s’est paré de nuances et que l’on découvre son passé.

Dans cette aventure, un autre homme les accompagne. Il s’agit de Snow. Beau parleur, charmeur et imbu de lui-même, il endosse le rôle de frotte-manche du Bureau. On décèle  rapidement son imposture. Pleurnicheur et lâche, il se révèle être un gros lourd sur qui l’on ne peut pas compter. C’est une vraie tête à claques et je suis contente que Summer ouvre les yeux sur cet homme devant lequel elle tombait en pâmoison, même si la première cause de rejet concernait la défense de son frère. En effet, Snow critique Spring, ce qui l’a met en rage.

Spring est un personnage que je n’ai pas du tout apprécié d’un point de vue du caractère. C’est typiquement le genre de gars qui joue les protecteurs tout en ayant des préjugés ou des gestes inexpliqués et inassumés, surtout envers Ayamé qui, malgré sa personnalité imbuvable et son passé, fait beaucoup d’effort pour continuer à marcher dans la lumière. C’est d’ailleurs elle qui sera le plus grand soutien de Summer.

Enfin, je ne peux clore cette galerie de portraits sans parler du plus important membre de l’équipe : Cocotte ! Cette poule magique qui pète et chie des arcs-en-ciel possède un caractère franc et fort. Elle est une guerrière mémorable et un être touchant dans ses interactions avec Ayamé et Summer.

À travers ses descriptions, vous aurez sans doute compris que les thèmes tournent autour de l’amour et de l’amitié. Les apparences sont parfois trompeuses, si bien qu’il ne faut jamais s’y fier sans avoir gratté la couche de glaçage. Le gâteau peut être pourri à l’intérieur ! Une punchline de Summer m’a beaucoup plu à propos de la liberté de la femme et de la manière dont les hommes peuvent les considérer juste parce qu’ils ont bombé le torse une fois.

Vu qu’il s’agit de ma première lecture des deux autrices, je suis incapable de déceler laquelle se cache derrière les voix des héroïnes bien que le style est distinct. On les reconnait facilement. D’un côté, on a la douceur et la droiture de Summer. De l’autre, la langue acérée et crue d’Ayamé. Les sarcasmes et l’humour piquant m’ont musclé les zygomatiques. Elles ont toutes deux de belles réparties.

En bref, si vous cherchez un livre sans prise de tête pour passer un excellent moment au cœur de la magie, des familiers et métamorphes saupoudrer à coup de louche d’action, Cocotte, enlèvement et sortilège vous ravira. Ce cocktail explosif d’héroïnes badass et malchanceuses nous entraîne dans les rues de La Nouvelle-Orléans en semant la pagaille pour notre plus grand plaisir.

Publicité