Les larmes de Saël (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les larmes de Saël (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : post-apocalypse

Les Larmes de Saël est ma troisième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. Pour rappel, il s’agit d’un groupe sur Facebook rassemblant des autrices autoéditées ou hybrides qui s’allient pour promouvoir leurs romans et échanger avec les lecteur.rices. N’hésitez pas à nous rejoindre. Ce roman fait partie d’une saga en trois tomes. Toutefois, il peut se lire comme one-shot. En effet, l’écrivaine n’avait pas prévu d’en faire une série et malgré la fin, il se déguste très bien en solo.

Arcana réside dans la ville prospère de Ceylan protégée du monde extérieur par un bouclier. L’air, les températures, les énergies sont mesurés au millimètre près pour en faire un havre de paix où les habitants puissent vivre sans crainte. À l’approche de l’âge adulte, elle ne sait toujours pas ce qu’elle souhaite pour l’avenir. Ce choix lui est enlevé par trois faits : son père qui veut la marier, l’explosion qui endommage le cœur de Ceylan et le jugement des terroristes devant la population. Mues par ses envies de liberté, elle s’engage à épouser avec Ashkan selon les lois à l’étonnement de toute la citée. Leur union à peine célébrée, ils sont expulsés à Saël. Arcana va devoir apprendre à survivre dans ce Nouveau Monde aussi austère que galvanisant.

A.D. Martel propose un univers mêlant le post-apocalyptique et la fantasy orientale. On comprend qu’une catastrophe et des guerres ont propulsé la terre à l’époque où se déroule le récit. Mis à part Ceylan et Saël, on ne sait rien des contrées alentour. Et pour cause, les citoyens de la première ville demeurent à l’intérieur d’une bulle de protection contrôlée dans sa globalité et possédant une technologie avancée. Les connaissances d’Arcana découlent uniquement de ses professeurs et du gouvernement. C’est pourquoi, elle va débord découvrir Saël à travers ses préjugés qui vont tomber au fur et à mesure qu’elle appréhende le territoire et son fonctionnement empreint d’orientalisme rustique avec son soleil de plomb et le clanisme, mais aussi la signification à la fois terrible et belle des larmes de Saël.

Vous l’aurez compris, les deux nations sont l’opposée l’une de l’autre. La prospérité de Ceylan est contrebalancée par un système politique profondément patriarcal, qui régule le quotidien et la vie de ses citoyens par des mesures strictes telles la loi de l’enfant unique et la gestion des cultures raisonnées. Toutefois, la cité exploite la denrée la plus précieuse avec excès : l’eau. Leur technologie repose entièrement sur elle. Chacun possède un bracelet, une sorte de montre connectée, qui permet de contacter ses proches, prendre des notes ou activer les passerelles entre la basse et la haute ville. Il s’agit d’un outil de dépendance dont Arcana arrivera à se priver sans trop de mal.

Saël, quant à elle, a une politique presque matriarcale. Je dis presque, car les hommes ont un pouvoir décisionnaire conféré par leur statut spécial et involontaire. Le peuple vit en tribus sous la tutelle d’une assemblée d’anciennes. La vie ou plutôt survie est archaïque, la technologie n’existe pas et l’eau est précieuse.

Arcana se retrouve donc confrontée à un changement radical suite à sa décision d’épouser Ashkan et sa naïveté ainsi que son égo démesuré. Cette prétentieuse fille de conseiller possède une haute estime d’elle-même et un caractère fort. Je crois n’avoir jamais rencontré un pareil personnage au cours de mes lectures. Durant le premier chapitre, je ne l’appréciais pas du tout. Dès le deuxième, je l’ai adoré, adoptée. Pourtant, elle revêt toujours son côté princesse aux penchants superficiels et capricieux, mais sa soif de liberté et son courage pour se dresser face à l’adversité (son père représentant l’autorité parental et gouvernemental pour son statut), puis les politiciens, m’ont tout de suite subjugués. Aucune incohérence ne se glisse dans son personnage. Son caractère fort se révèle nuancé et logique, bien qu’elle pèche aussi par orgueil. D’ailleurs, la confiance en ses capacités va en prendre un coup quand elle se rendra compte qu’on la manipule. Malgré cela, elle ne baissera jamais les bras. Elle évoluera au fil de ses contacts avec sa nouvelle famille dont les relations sont tendues au début et des habitants de Saël. Les erreurs parcourent son chemin d’apprentissage et d’intégration. Erreurs qu’elle n’avouera pas toujours à haute voix, mais qu’elle prendra à cœur de réparer. Un comportement bien plus efficace qu’une faute confessée, d’autant plus qu’il reste cohérent avec sa personnalité et lui confère une part d’ombre réaliste.

Les autres protagonistes sont tout aussi profonds et nuancés, surtout les féminins que j’adore. Commençons par les masculins : Ashkan est ténébreux est intriguant. Toutefois, son côté bougon et ses problèmes de communication m’ont un peu refroidie. Son petit frère, Zachary est l’exact opposé grâce à sa douceur, sa compréhension et cette timidité adorable. Donya est la matriarche du clan. Sa langue ferme et sévère convient aux vieilles femmes qui doivent porter l’honneur et le respect des leurs, en dépit des années et de la méchanceté qu’elles ont vécues. Enfin, nous avons le troisième membre de la famille, la mutique et espiègle, Mina, qui se révèle touchante derrière la solitude qu’elle subit en raison de sa différence.

L’autrice aborde de nombreux thèmes et les consolide grâce à son savoir d’historienne. Elle emploie la fameuse gloire des vainqueurs qui embellissent leur victoire en dissimulant leurs exactions et leurs horribles stratégies. Dans le roman, chaque détail a son importance, même ceux qui semblent les plus anodins comme les sculptures du ministère de Ceylan. L’endormissement de la population sous couvert de bien-être, l’assouvissement des femmes, mais aussi des hommes. Elle opère un inversement plus qu’intéressant, je vous laisse découvrir de quoi je parle, car je n’ai pas envie de spoiler.

En bref, A.D. Martel m’a conquise avec ce premier tome qui a grignoté mes heures de sommeil. Les larmes de Saël nous plonge dans un univers oscillant entre science-fiction et fantasy orientale teinté des couleurs de l’importance de l’intégration dans une nation étrangère, l’ouverture d’esprit, le féminisme et le respect.

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L’Apocalypse selon Sandra de Céline Saint-Charle

  • Titre : L’Apocalypse selon Sandra
  • Autrice : Céline Saint-Charle
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : post-apocalypse

Les zombies n’ont jamais fait partie de mes créatures préférées qu’ils soient classiques ou modernisés comme ce fut le cas dans les nombreux films des dernières décennies qui les ont mis à toutes les sauces. Néanmoins, le roman de Céline Saint-Charle a réussi à attirer mon œil grâce aux chroniques (dont celle d’OmbreBones) qui le présentaient comme atypique dans sa finalité.

Sandra vit et travaille dans le ranch familial. Adorant sa fratrie, elle renonce à une virée shopping pour aider son frère Tom qui essaye sa dernière invention pour acheminer le purin et l’urine des bovidés sur les champs afin de les fertiliser. L’opération s’avère être un succès quand le Shérif Perkins surgit dans son 4×4 avec l’intention d’emmener l’un des employés qui aurait sauvagement assassiné son épouse d’après les propos d’un témoin. C’est là que tout dérape. Recouverte de déjections animales, Sandra se retrouve menottée à Perkins métamorphosé en zombie. Un long périple à travers le Texas au milieu d’une horde de morts-vivants l’attend.

Si la mise en place du contexte initial reste classique avec l’attaque de macchabées affamés de chair humaine, le récit prend progressivement la tangente pour devenir un road trip des plus conventionnels à condition d’omettre la nature cannibale des compagnons de route de Sandra. D’abord, mue par un instinct de survie engendré par la peur de finir dévorée, la jeune femme appréhende leurs comportements. Peu à peu les préjugés issus de l’imagination humaine laissent place à une réalité déconcertante puis presque enivrante.

Ce changement d’opinion s’opère en parallèle de la propre déchéance du personnage principal qui traverse des étapes de régression vers un état de besoins primaires qui transgressent les bonnes manières et qui la met d’une certaine façon au même niveau que les zombies. Sandra incarne alors le survivalisme par l’adaptation et l’intégration avec une vision à long terme tandis que d’autres humains ne vivent plus qu’au jour le jour consommant les denrées et produits seconds comme l’essence sans se préoccuper du après.

Au cours de ses pérégrinations, elle remarque avec horreur les vestiges de la bêtise de ses semblables sur les lieux désertés avant d’y être confrontée en temps réel. Dans ce monde d’apocalypse, certains déchaînent leurs vices et reproduisent l’avilissement, l’esclavage sexuel sur les femmes et encore pire selon leur degré de santé mentale ou de psychopathie.

Les zombies se révèlent quant à eux plus solidaires. Quand Sandra se rend compte du rôle qu’elle peut jouer dans la naissance de cette nouvelle ère, cette civilisation destinée à prendre le relai sur terre, elle s’y implique à fond comme une bergère guidant son troupeau et incarne la justice de l’Apocalypse (d’où le clin d’œil biblique du titre).

Le roman oscille entre frissons, répliques cyniques et douceur. La plume de Céline Saint-Charle est fluide, dynamique et immersive. Elle arrive à construire des ambiances mixtes où l’horreur et l’humour se côtoient avant de fondre vers une normalité dérangeante étant donné que mon cerveau s’amusait à me rappeler l’aspect anthropophage des zombies et le fait qu’à tout moment les choses peuvent basculer en raison du processus d’apprentissage. Notre héroïne reste humaine après tout.

En bref, L’Apocalypse selon Sandra est une utopie, ou plutôt un road trip qui s’en rapproche. Le roman apporte une vision drastiquement différente des bouquins post-apocalyptiques même s’il en reprend certains éléments comme la déchéance d’une partie de la population qui n’arrive pas à évoluer malgré sa destitution du sommet de la chaine alimentaire et qui recourt à la domination. L’épouvante sanglante propre à toute histoire de zombie disparait en quelques chapitres au profit d’un récit touchant abordant la tolérance et la solidarité.

Bläckbold d’Émilie Ansciaux

  • Titre : Bläckbold
  • Autrice : Émilie Ansciaux
  • Éditeur : Livr’S Éditions.
  • Catégories : Horreur, Fantastique

Attirée par la couverture magnifique de Bläckbold et par le résumé accrocheur, je n’ai pu qu’accepter ce service presse via SimPlement.pro de la part de la maison d’édition que je remercie chaleureusement pour sa confiance.

La solitude est devenue sa seule amie après autant de millénaire passé sur Terre. Matthias l’a voulue. Il s’est vengé en connaissance de cause. De simple humain, il s’est transformé en monstre. Il voulait mourir en 2020, la vie avait d’autres desseins pour lui.

Ce court roman est atypique. Bien que je l’ai classé dans le genre de l’horreur fantastique en raison des vampires, il n’entre pas parfaitement dans cette boîte. Il est déstabilisant par sa structure tout en étant simple et captivant. Il débute avec une chronologie inversée posant des énigmes autour du narrateur et personnage principal de l’histoire. Si le ton possède un certain calme dans le premier chapitre, comme une note résonnant en suspens dans l’air, l’intensité monte en crescendo au fil des pages en dévoilant des pans de l’existence de Matthias. Très vite, je me suis demandée qui était cet être, comment en était-il arrivé là, qui voulait-il punir et pourquoi ? Arrivé au basculement de sa vie, l’histoire reprend son cours en levant le voile progressivement sur les événements qui l’ont amené à son destin solitaire.

Si l’intrigue de base est ordinaire, un homme entrant dans le monde underground en se faisant mordre et désirant vengeance, j’ai adoré la mythologie et le concept liés aux vampires et la manière dont l’autrice manipule les codes qu’elle a créé pour brouiller les pistes, enchaîner les révélations et prendre un tournant inattendu en remplaçant le décor fantastique contemporain par un univers post-apocalyptique. Le tout est déroulé sur un rythme rapide. On saute d’une époque à l’autre en quelques pages. Des milliers d’années en fait. Si cela peut sembler trop rapide pour construire un récit solide pour les habitués du genre, il a fonctionné pour moi.

Si les personnages secondaires sont peints à gros coups de pinceaux, Matthias fait son job d’acteur principal et pas seulement parce qu’il est le narrateur et que l’on est dans sa tête. D’ailleurs, c’est peut-être parce qu’il est détestable et égocentrique que les autres restent superficiels à travers son regard ? Cet antihéros dont le destin est bouleversé en une soirée alors qu’il tente de se suicider à l’encre de Chine, est un monstre avant même que sa nature vampirique ne soit révélée. Il ponctionne le fric de son ex épouse qui se prostitue pour survivre, il n’assume pas les conséquences de ses actes les plus désastreux et irréparables pour ses proches et il a une piètre vision des femmes en général. Comme le résume si bien Émilie Ansciaux : c’est un connard et je rajouterai de premier ordre.

La plume de la romancière est efficace et dépeint la noirceur de Matthias avec justesse. C’est un monde dur ou la vulgarité règne en maitresse. Sa fluidité et sa cohérence avec l’atmosphère du bouquin m’ont plongée dans cette aventure.

En bref, Bläckbold nous emmène dans une synthèse de la longue vie du vampire le plus égoïste de la Terre. Son châtiment ne parait plus si terrible à la lecture de son histoire qui est classique dans le domaine du fantastique mais qui est captivante grâce à l’écriture de l’écrivaine et la tournure des événements. Un livre hors de ma zone de confort qui m’a bien diverti.  

Nouvelles Ères (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Ères
  • Auteurs : Aimé Leclercq, Catherine Barcelonne, Corentin Macé, Fabrice Schurmans, Geoffrey Claustriaux, Gillian Brousse, L.A. Braun, Margot Turbil, Meggy Gosselin, Sylwen Norden, Victor Fleury, Wilfried Renaut
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : science-fiction, nouvelles

Nouvelles Ères est la dernière anthologie publiée par la maison belge Livr’S Editions que je remercie chaleureusement pour l’envoi de ce service presse, à la couverture magnifique, via la plateforme SimPlement.pro.

Le fil conducteur de ce recueil induit un monde en rupture avec le nôtre. Souvent après un effondrement, un changement brusque voire une apocalypse ou une situation qui fait terriblement penser à 2020 : une pandémie mortelle. Bref, des événements donnant envie de se confiner dans un bunker et d’en sortir seulement lorsque la tempête s’est calmée.

Si le genre principal est la science-fiction, il nous livre des sous-genres variés allant des récits classiques sur les progrès de la science, les androïdes, la dystopie et l’uchronie en les mélangeant, pour certains, avec des enquêtes policières ou des ambiances rappelant les légendes populaires.

Catherine Barcelone avec 389 s’inspire même du conte de Pinocchio en mettant en scène le scientifique qui crée avec le désir d’être père, grâce à une fable philosophique où l’action disparait au profit du questionnement : qu’est-ce qui différencie un être humain d’une intelligence artificielle? Meggy Gosselin quant à elle, s’amuse à inverser les codes en conférant à ses androïdes le pouvoir de façonner des êtres biologiques dans SOFIA. Ce qui me rappelle un peu l’énigme de l’œuf et de la poule.

Cette anthologie n’est pas seulement un foisonnement de styles s’associant à la science-fiction. Elle brasse de nombreuses thématiques liées purement au genre et à des sujets sociétaux actuels. Ainsi nous avons les plus fréquentes telles l’égo de l’homme se prenant pour Dieu avec sa science et ses expérimentations biologiques produisant des mutations, l’écologie et l’empreinte négative de l’humain sur l’écosystème et son aptitude à répéter sans cesse les mêmes erreurs.

Deux nouvelles portent sur des interrogations plus marginales comme la question des émotions et de leur complexité qui rend difficile leur mimétisme. Comment faire en sorte qu’une IA comprenne l’humain, ressente des émotions sans que celle-ci n’imite les comportements fâcheux et leurs conséquences comme la destruction faisant suite à la colère ? Ou encore la sauvegarde de la mémoire cognitive et émotionnelle des êtres vivants. Comment laisser une trace de celle-ci sans qu’elle ne soit déformée par le temps et sans qu’elle n’ait la forme d’un vestige matériel devant être interprété par un archéologue ?

Concernant l’aspect sociétal, les textes abordent des matières aussi larges que l’image de la femme dans le monde, les limites de la liberté individuelle, le respect de la vie privée, la surconsommation, le racisme et la suprématie des blancs, l’expansionnisme, les dangers de la dépendance à la technologie, le rejet de la différence et les haters.

Le Revers du silence de Fabrice Schurmans peint le portrait d’une ville du futur qui rappelle des pays contemporains. Ceux qui brillent par leurs aspects conviviaux, propres, huppés mais qui sont construits sur des bidons-villes vivant dans leur ombre. Là où on cache la misère et la violence. D’autres récits projettent des manières de vivre alternatives : l’entraide, la mutualisation et le respect de la nature.  

De nombreux auteurs signifient des écritures bien différentes. Il y en a pour tous les goûts. Certains utilisent le journal de bord en jonglant entre la passion enflammée du scientifique et la neutralité froide du robot, d’autres sont plus descriptifs, moralisateurs, humoristiques voire violents durant quelques passages. Sylwen Norden avec La Machine à capter le chant des sirènes, apporte quant à lui une touche contemplative avec son lyrisme et son poétisme qui tranchent avec ce que l’on peut lire habituellement.

Afin de vous donner envie de la lire, voici les trois nouvelles que j’ai préférées :

  • Entre les mains de dieux étranges de Victor Fleury

Cette intrigue surprenante nous plonge dans l’Antiquité grecque. Mopsos et ses troupes sont à la poursuite des hommes du satrape Bessos qui ont volé le trésor de leur seigneur. Il perd ses compagnons d’armes les uns après les autres après avoir attaqué un village troglodyte persan. Du moins, c’est ce qu’il pensait mais les « dieux » en ont décidé autrement.

Je n’en dirai pas plus sur son déroulement car je ne veux pas briser la magie de cette découverte. J’ai peur qu’en évoquant l’originalité qui se dévoile au fil de la lecture, elle n’ait pas autant d’impact. En effet, le choix de l’auteur est en totale rupture avec les autres textes de cette anthologie. Pas seulement parce qu’il utilise l’histoire comme scène principale. L’idée se cachant derrière le décor est très intéressante. Là encore, je crains de trop en dévoiler.

La plume de Victor Fleury est captivante. Dès les premières lignes, j’ai été happée auprès de Mopsos bien que l’époque soit loin d’être l’une de mes favorites. Elle est si fluide et dynamique que je me suis laissé emporter comme sur un cours d’eau. Afin de coller à l’ère, il inclut le vocabulaire grec approprié ce qui donne vraiment l’impression de lire au début une épopée historique plutôt que de la science-fiction.

  • Mort à crédit d’Aimé Leclercq

Gilbert Hathaway est un blogueur qui dénonce la mauvaise gouvernance des USA à coups d’argumentation férocement étoffée. Sa vie bascule lorsqu’il se rend compte que son Assistance Intelligente vocale prône des idées racistes. Est-il vraiment possible qu’un bot distille des propos pareils à l’encontre de son ami ou quelqu’un de plus puissant est-il derrière tout ça ? Du fond de sa cachette, Gil écrit son témoignage en espérant qu’Elle ne le retrouvera pas.

La narration à la première personne du singulier peint un personnage principal au langage populaire. Si je n’ai pas beaucoup accroché au style et à Gil, j’ai fort apprécié l’idée de base qui me fait réfléchir sur la situation d’aujourd’hui et l’arme que la technologie peut devenir entre de mauvaises mains. Si nos smartphones, ordinateurs et autres objets connectés ne prennent pas la parole pour s’imposer à nous, la diffusion ciblée des informations et les fake news sur nos écrans s’y rapprochent. A quel point ce que nous y lisons est-il manipulé par les algorithmes derrière lequel se cachent des humains ?

  • La dernière ville sur Terre de L.A. Braun

New Dublin est le dernier paradis sur terre. Celui où l’humain peut se développer en bonne santé et en sécurité. Le seul bémol : il n’est pas libre de s’y épanouir. Son bonheur est dicté par une intelligence artificielle qui lui offre les meilleurs choix. Si on ne respecte pas l’une des options ? Pas de punition. La Machine endort votre responsabilité. Dans ce monde, la culpabilité et la réflexion sur les conséquences de ses actes n’existent plus. Chaque aspect du quotidien est régi par ses propositions. Et la majorité des citadins la suivent sans se poser de questions.  

Dans cette vie parfaite, Siobhán a un mari chômeur qui passe ses journées dans la réalité virtuelle et une fille qu’elle voit seulement dans son lit. Bien qu’elle travaille pour Neurocorp et la Machine, elle désire autre chose.

Jack a été élevé au Machinat, cet orphelinat pour enfants délaissés par leurs parents par « choix ». Après avoir découvert une information capitale à la bibliothèque de l’humanité, il aspire coûte que coûte à sortir de New Dublin et à se soustraire à la vigilance de la Machine. Neurocorp avait fait une promesse en la construisant : elle ne deviendrait pas comme les IA des films, elle ne penserait pas et n’agirait pas par elle-même. Mais est-ce bien vrai quand la sécurité des citoyens est en jeu ?

Ce récit est à mettre en parallèle avec la multitude d’applications de coaching (sport, nutriscore, etc) qui sont censées nous aider à améliorer notre quotidien et notre santé, et du contrecoup qu’elles peuvent générer. Le sentiment d’ennui malgré le confort. L’envie de vivre autre chose. De sortir de la routine. De prendre des risques. D’oser. Si la rencontre et la fuite de Sio et de Jack restent assez classiques, j’ai beaucoup apprécié les sujets abordés par la romancière dont l’écriture efficace m’a plongée au cœur de New Dublin.

En bref, Nouvelles Ères est une anthologie riche qui présente le monde de demain bâti sur des éléments d’aujourd’hui . Si certains thèmes sont récurrents dans le domaine de la science-fiction, les auteurs ont réussi à les explorer de manière originale si bien que chacun devrait trouver chaussure à son pied. Pour ma part, j’y ai fait de belles rencontres et je vais me pencher sur les ouvrages de ceux qui ont retenu mon attention.