Le Der des ders de ses amis de Brian B. Merrant

  • Titre : Le Der des ders de ses amis
  • Auteur : Brian B. Merrant
  • Éditeur : auto-édition
  • Catégories : nouvelle, historique, drame

Le Der des ders de ses amis est une nouvelle que j’ai reçue dans la box L’amour sous toutes ses formes d’Escape with a book. La romance ne faisant pas partie de mes genres de prédilection, j’aurais pu passer mon chemin quand cette box est sortie. Toutefois, la description promettait autre chose que de l’amour entre deux personnes, elle incluait aussi l’amitié. Je ne regrette pas du tout de l’avoir achetée, car la lecture de cette nouvelle épistolaire m’a bouleversée. J’espère qu’à travers cette chronique, j’arriverai à vous transmettre la beauté et la puissance de ce texte.

Joseph est orphelin. Quand la guerre éclate, il est envoyé au front pour aider la France à repousser l’ennemi. Solitaire, il laisse derrière lui son chat Louis, avec lequel il correspondra par l’intermédiaire de l’intendante, Mademoiselle Delancey.

Cette courte histoire dépeint à travers les échanges entre ses deux amis, l’horreur et l’incompréhension de la Première Guerre mondiale en la confrontant au doux quotidien d’un félin qui attend plein d’espoir le retour de l’être le plus important pour lui. Des messages de tolérance et de paix traversent leur histoire en filigrane à côté la peur de mourir et l’angoisse de ne pas recevoir la lettre suivante. Louis dénonce par sa sagesse animale la stupidité des hommes et réconforte l’âme blessée de Joseph qui voit disparaître les orphelins qui l’accompagnaient depuis le début.

« Ce conflit est dirigé par des enfants qui jouent à la guerre et envoient des enfants devenus adultes bien trop vite périr à leur place. C’est le pays qui implore que ses fils le défendent, avant de pleurer leur sacrifice. »

On comprend au fil des pages où l’histoire va aboutir en partie, mais même en le sachant, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en lisant le destin de Joseph et Louis. Ce lien fort qui les unissait, un amour entre humain et chat alors que les hommes s’entredéchiraient pendant quatre ans pour des idioties de territoire, passant à côté du principal : vivre en paix et ensemble. Vous allez dire que j’exagère et c’est vrai que j’écris rarement du sentimentalisme exacerbé dans mes chroniques. Pourtant, me croirez-vous si je vous avoue qu’en rédigeant cet article des mois après ma lecture (au printemps), les larmes dévalent mes joues et m’empêchent de discerner l’écran ? C’est dire si ce texte m’a touchée. Je ne sais pas si la présence du chat parmi les personnages joue un rôle important sur mon état émotionnel. Sans doute, vu mon amour pour ses petites bêtes qui m’accompagnent depuis ma naissance et dont mon cœur se pince à la mémoire de ceux qui sont partis. Cependant, je crois également que la plume de Brian B. Merrant et la vision de cette période qu’il met en scène sans filtre sur les pensées et les réflexions de Joseph, de Mademoiselle Delancey et de Louis, y sont pour quelque chose.

En bref, si j’ai choisi de lire Le Der des ders de ses amis en raison de la présence du chat, je ne m’attendais pas à lire un texte aussi puissant et émotionnel qui ébranlerait mon cœur à ce point. C’est une lecture qui devrait figurer dans les écoles, non seulement pour découvrir les affres et les horreurs de la guerre, mais également pour apprendre plus facilement la tolérance, la profondeur de l’amitié et l’importance de la paix.

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Nouvelles Orléans (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Orléans
  • Auteurs : A.D. Martel, Alex NR, Fabrizio Schiavetto, Geoffrey Claustriaux, Gloria F. Garcia, Katia Goriatchkine, L.A. Braun, M. d’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégories : nouvelles, fantastiques

Bien que nous sommes déjà en plein dans la période des illuminations de Noël et des chocolats chauds à gogo (ou des Chaï Lattes selon les préférences ou les envies), je vais aborder ce soir un livre emprunt de magie et de vaudou, qui rappelle plus la lueur horrifique d’une citrouille que la bonhommie d’un barbu en habit rouge. Nouvelles Orléans est une anthologie qui nous emmène dans les rues de La Nouvelle-Orléans, cette ville emprunte de tradition et de modernité, à travers huit récits aux univers nuancés reliés entre eux pas le fil conducteur du folklore local. Les thèmes évoqués sont notamment la maltraitance animale, l’individualisme, la rédemption, la gestion de ses émotions ou encore l’acceptation de la différence.

Voici les trois histoires qui m’ont le plus touchée lors de ma lecture. Les deux premières arrivent à égalité. Je suis incapable de les départager, car elles sont à l’opposé l’une de l’autre tant au niveau de leur couleur que de leur finalité.

Le bonheur repose en Louisiane de Katia Goriatchkine débute par un descriptif de la vie du romancier à succès Ray Jacobs. L’autrice raconte plus qu’elle montre le passé de son protagoniste. Cette technique aurait pu/dû me lasser vite. Pourtant, elle m’a happé dans son récit grâce à la façon dont elle déploie couche par couche la particularité de son personnage principal et les enjeux de sa condition, ce qui en fait un vrai page turner difficile à lâcher.

Ray conquiert les cœurs de ses lecteur.rices alors qu’il ne ressent aucun sentiment depuis sa naissance. Il écrit grâce à sa boîte dans laquelle les passants abandonnent leurs émotions négatives, jusqu’au jour où il goûte pour la première fois à la plus grande des drogues : le bonheur. 

La nouvelle alterne entre Ray et son propre roman qui se déroule à La Nouvelle-Orléans. L’écriture épouse donc le style de l’autrice et celui de son personnage dont la plume évolue en fonction de son état. Ainsi, on découvre les désagréments du premier jet de ce génie absorbeur d’émotions.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui synthétise en quelques pages les bonheurs et les déboires des écrivains.

Les morts ne se mangent pas de M. d’Ombremont commence par quelques lignes de Baudelaire qui donnent le ton de la mélodie psychotique de cette nouvelle. Après le passage de l’ouragan Katrina, Zack reste cloîtré chez lui. Il n’ose plus mettre un pied dehors et ses contacts se limitent à sa voisine qu’il refuse de secourir même lorsqu’elle l’appelle à l’aide. Plus tard, il lui ouvre la porte malgré le sang qui la recouvre et ses explications rocambolesques.

La romancière joue avec l’angoisse et l’obsession de son personnage principal avec brio. Sa plume manipule la peur et la psychologie avec une telle maîtrise qu’elle arrive à métamorphoser l’absurdité de la situation vécue par Zack, en réalité tangible. Elle touche la barrière mentale de la raison, la force et la modèle pour rendre réel l’irréel de la scène.

Ainsi, le récit mêle à la perfection l’horreur et la psychose jusqu’à la fin excellente qui donne des frissons. L’autrice me prouve encore une fois qu’elle manipule la psychologie humaine dans ce qu’elle a de plus obscur avec maîtrise.

La croisée des chemins de L.A. Braun raconte l’histoire d’Emilia Carter qui travaille comme restauratrice d’œuvres d’art au V&B Museum. Un jour, elle reçoit un médaillon de sa tante qui lui demande de revenir en Louisiane pour l’aider à préserver l’art créole. Après l’arrivée du colis, des rêves étranges hantent ses nuits, mais c’est à l’annonce de la mort de sa parente qu’elle entreprend un voyage vers La Nouvelle-Orléans où une rencontre va changer son destin.

Le récit dépeint par une plume agréable est bien mené et ficelé. J’ai adoré le caractère d’Émilia. Elle est asociale et elle l’assume jusqu’au bout ! Elle n’aime pas parler aux gens, dévoiler sa vie et se mêler à ses collègues. Malgré l’insistance de certains, elle n’entre pas dans le moule et elle n’hésite pas à le montrer et à le dire. Émilia souhaite rester authentique peu importe les avis des autres et ce type de personnage m’a fait un bien fou, surtout dans cette société qui nous demande de faire bonne figure la majeure partie du temps.

Cette fois-ci, je vais déroger à ma règle des trois pour évoquer en quelques mots, Sans nom d’A.D. Martel en raison de l’originalité du point de vue qu’elle a choisi : elle donne la parole à une poupée vaudou qui s’enfuit de chez sa tortionnaire, ce qui confère à l’histoire un caractère particulier qui oscille entre obscurité et lumière.

L’écume des âmes de Julien Maero

  • Titre : L’écume des âmes
  • Auteur : Julien Maero
  • Éditeur : Éditions Maïa
  • Catégories : nouvelles, fantastique, science-fiction

L’écume des âmes est le premier recueil de nouvelles que j’ai lu cette année. Je remercie chaleureusement Julien Maero de m’avoir proposé son œuvre en échange d’un retour honnête et de mon œil critique. J’espère être à la hauteur de tes attentes.

L’âme fait partie des sujets qui me passionnent. Cette entité est si présente et impalpable à la fois qu’elle ne peut qu’intriguer. Lorsque l’auteur explique ses intentions dans son prologue, ma curiosité a été encore plus piquée. L’ouvrage met en scène des récits fantastique et de science-fiction qui exposent des problématiques sociétales en quelques mots : la défense des animaux, le féminisme, l’écologie, la puberté ou l’anthropocentrisme pour n’en citer que quelques-unes. Un recueil riche en histoire et en réflexion dont les personnages (sauf un, mais je soupçonne une volonté derrière cet aspect, voir plus bas pour mon explication) sont nuancés et profonds.

Voici un petit tour d’horizon de chaque nouvelle.

Au cœur du mystère relate une transplantation du cœur qui influence son receveur jusqu’au plus profond de son être. Chrysalis est une adolescente déterminée à écraser les garçons pendant une course lorsqu’une crise cardiaque l’amène aux portes de la mort. Seules les recherches du professeur Müller peuvent déjouer cette situation désespérée malgré leurs côtés obscurs. Ce texte oscille entre action prenante et raccourci pour conduire l’histoire à son point final. Ces passages plus descriptifs et résumés coupent l’ambiance et le rythme de la narration alors que Julien Maero arrive à construire une atmosphère palpitante en peu de mots. La nouvelle aurait mérité d’être développée en novella ou en roman.

Olé nous entraine dans le monde la corrida. Rodriguez se laisse convaincre par son ami d’assister à cette tradition où la mise à mort d’un être vivant est acclamée par une foule en délire. Si le déroulement parait au premier abord banal, cette histoire s’avère percutante grâce au savant dosage pour révéler la réalité qu’elle dépeint. Le choix des mots est parfois plus important qu’on ne le croit.

La nouvelle Entre les lignes présente le protagoniste superficiel que j’ai évoqué plus haut. Ici, la plume de l’écrivain est simpliste et répétitive. Il décrit le réveil de Sébastien dans un monde étrange. Ce rêve où il évolue pose un décor intéressant, mais le tout semble faible, comme un premier texte. D’ailleurs, ce fut mon hypothèse jusqu’à la lecture des dernières lignes dont je n’exposerai pas le contenu pour éviter de spoiler. L’identité réelle de ce personnage et la raison de ce qu’il vit m’ont fait revoir ma position, si bien que je me demande si l’auteur n’aurait pas ingénieusement adapté son écriture exprès.

Un horizon peut en cacher un autre nous fait voyager vers Vénus où une déformation inexplicable a été repérée par les Terriens. Yohann s’y rend pour analyser le problème. Ce qu’il va y découvrir va changer sa vision de l’univers pour un temps. Ce texte fait appel à des définitions d’astrophysiques très bien expliquées, si bien qu’il reste accessible aux néophytes du genre. Il me rappelle un peu le cycle des dieux de Bernard Werber. Cependant, Julien Maero opte pour une opinion philosophique plutôt qu’une aventure. J’ai aimé l’humour avec lequel il argumente et défend ses idées.

 —  La fin du monde ?

— Quel nombrilisme…Juste la fin de ton univers. 

Oups. Et si notre monde résultait du zèle d’un jeune dieu fraichement diplômé en création terrestre ? Zeus suit les instructions de son pack « Comment créer votre planète et ses habitants » avec euphorie et assiduité. Mais comme pour tout tutoriel réalisé pour la première fois, il y a toujours quelque chose qui coince. Oups est un récit léger et comique qui parait tellement probable quand nous connaissons le monde dans lequel on vit.

Le nivellement par l’eau joue sur les mots avec perfection pour décrire ce qui se passe dans les abysses ténébreux. L’aventureuse Léa relève le défi de Jean et part explorer l’épave d’un navire dans le triangle des Bermudes. Les créatures qui l’enlèvent, dévoilent un enjeu écologique intégré d’une manière brillante dans notre modernité. Si le début était simplement divertissement, la révélation finale m’a beaucoup plu.

Troie fois rien reprend l’idée de la machine à remonter dans le temps créée par Ferdinand, qui est considéré comme un illuminé par ses compères. Passionné d’histoire, il souhaite vivre l’un des moments légendaires les plus mémorables de la civilisation humaine : la Guerre de Troie qui a amorcé la déchéance de la Grèce. Non, je ne me m’emmêle pas les pinceaux. L’auteur inverse les rôles des gagnants et des perdants comme postulat de départ. Dans le monde de Ferdinand, les Troyens ont vaincu les Grecs et leur peuple a profondément imprégné la société moderne, jusqu’à son voyage. Si l’idée de changer le cours de l’histoire et l’impact actuel du passé en quelques lignes est intéressante, on se doute aisément de la suite logique de cette nouvelle. C’est une lecture agréable, mais sans surprise.

L’ultime imposteur est similaire au premier texte de ce recueil dans le sens où il alterne action et résumé pour faire avancer le récit. Les scènes importantes sont jouées, puis le rythme est ralenti par une description intercalée entre elles. C’est pourquoi j’ai eu des difficultés à accrocher. Charles est un enfant pauvre qui vole la console de ses rêves à son camarade de classe Lionel. Sauf que sa tentative tourne mal et qu’il découvre son pouvoir : transférer son âme dans un autre corps. Il en profite grandement avant de changer de vie inlassablement jusqu’à…je n’en dirais pas plus, mais la fin possède une morale et un retour de karma appréciable.

Kevin ne sait ni se taire ni écouter les autres. Encore moins sa professeure qui tente de le calmer lors d’une excursion au centre spatial. L’adolescent fausse compagnie à son groupe et trouve La chambre sourde. Un lieu qui lui apprend simultanément le silence, le bruit et la folie. Ce récit très court est simple et efficace.

Ca ne tient qu’à un fil nous envoi dans la société du futur en 3013 où les humains ont quittés une terre polluée pour habiter dans d’autres galaxies et où le système de caste entre les riches et les pauvres s’est exacerbé. On suit Ilex qui vit avec son robot qui illustre la pérennité de la femme-objet vu que Pamela assouvit le moindre de ses désirs sans poser de question. Bref, une société loin d’être beaucoup plus évoluée que la nôtre. L’intérêt de ce texte se trouve dans le retournement de situation auquel je ne m’attendais pas du tout.

Sans faire de vague nous attire dans la cage de la sirène Adella. La plume dévoile progressivement son quotidien de captive, ses identités et les raisons de son emprisonnement. Le revirement final manque un peu d’originalité. Toutefois, le récit reste addictif grâce au style de l’auteur qui déplie le papier cadeau méthodiquement et en douceur.

La nouvelle suivante est divisée en trois parties. Amnésiques raconte un passage de la vie de trois personnages issus de trois époques , reliés entre eux par la réincarnation de l’âme et la convergence de l’histoire malheureuse vers un happy ending. Une sorte de dessein divin, en gros. En quelques mots, le premier texte porte sur une trop large période d’existence. Du coup, je n’ai pas ressenti l’évolution des relations entre les protagonistes. Notre héros semblait subitement proche du comte qu’il servait pendant la croisade. Je me doute que les combats ont renforcé le lien entre ses deux inconnus, mais je ne l’ai pas vécu. C’est encore une fois le problème dû au format court. La seconde partie parle de Fortune qui souffre d’un handicap au cou depuis sa naissance. Elle va consulter un hypnotiseur pour soulager sa douleur. Enfin, l’histoire se clôture en 2824. Gecko prend part à une mission de la plus haute importance pour l’humanité. Je sens que cette histoire en trois voix m’aurait plus emballée si elle n’avait pas été rédigée en nouvelle, mais en roman. Je n’ai pas accroché, mais je comprends que l’auteur souhaitait mettre l’accent sur la morale de l’ange.

Enfin, La vingt-cinquième heure est sans aucun doute le récit qui m’a le plus touchée. Julien rêve de lui-même. Face à son double, sa conscience, il se confronte à ses incertitudes pour libérer sa créativité. En effet, l’écriture est une affaire bien difficile. L’ennemi numéro un du romancier est généralement lui-même plus que les autres : perfectionnisme, syndrome de l’imposteur …le doute se trouve plus souvent à chaque coin de page que l’on ne croit. Il faut apprendre à s’affronter pour avancer et construire ses histoires.

En bref, l’écume des âmes est un recueil riche en protagonistes et en thèmes. En peu de mots, Julien Maero est capable de nous plonger dans ses aventures tantôt fantastiques tantôt futuristes bien que certaines d’entre elles mériteraient d’être traitées en roman. Ses titres sont choisis avec soin et humour pour sublimer le sens caché de ces histoires profondes. Autant avouer que je vais jeter un œil sur son roman.  

P-S : Joyeux Noël (anthologie)

  • Titre : P-S : Joyeux Noël
  • Autrices : Georgia Caldera, Cécile Chomin, Amélie C Astier, Mary Matthews, Fanny André, Angéline Michel, Fanny Gayral
  • Éditeur : J’ai lu
  • Catégorie : nouvelles

Avec l’arrivée du mois de décembre, j’ai toujours envie d’hiberner. De rester au chaud sous le plaid avec mon chat et de lire de bons bouquins. Cet hiver, mon esprit a eu besoin de lâcher prise en m’immergeant dans des histoires cocooning et chaleureuses. Ainsi, je me suis tournée vers l’anthologie P-S : Joyeux Noël écrite par sept autrices qui nous offrent six récits. Voici mon top trois :

De l’autre côté du miroir : mission, talons, flocons de Cécile Chomin

Par le passé, j’avais déjà lu une comédie romantique de Noël de cette écrivaine. Je n’avais pas accroché, car son humour et sa plume n’avaient pas réussi à estomper les clichés du genre. Dans le monde des livres, une mauvaise expérience ne constitue pas une règle générale. Après tout, on peut rester de marbre devant une histoire de son auteur préféré. Ainsi, j’ai commencé la nouvelle de Cécile Chomin, l’esprit serein et sans préjugé ou presque… j’avoue que le mot talon dans le titre me faisait un peu peur, car il fait référence à la mode dont je ne valorise pas les carcans qu’elle impose. Crainte idiote, parce que j’ai adoré ce récit touchant qui aborde un sujet important : l’amour de soi.  

L’essentiel se trouve au fond de nous, quand on finit par accepter le fait que l’on est quelqu’un de bien. 

Mélie aima sa jumelle. Pourtant, elle ne peut s’empêcher d’entrer en conflit avec Élie, car elle la jalouse pour sa perfection. Sa sœur est l’emblème de la féminité décrite par la société. Alors que Mélie porte des pantalons et des moon boots, Élie est toujours classe avec ses vêtements hors de prix et son maquillage idéal. Envier l’image que l’on perçoit de l’autre est un vilain défaut. Leur grand-mère l’a bien compris. Même morte, elle s’incruste dans leur vie et leur lance via une lettre rédigée sur du papier rose un challenge : les jumelles doivent échanger leur place, vêtements, habitudes et téléphones inclus, et vivre dans les chaussures de sa sœur sans que les autres s’en aperçoivent.

Le style de la nouvelle écrite du point de vue de Mélie est fluide, dynamique et drôle. Ce duel sororal aux punchlines excellentes, porte un très beau message émouvant sur le bonheur et l’acceptation de soi.

Le cercle des Pères Noël disparus de Georgia Caldera

Après une conversation avec son ex, Armance réalise que sa vie est fade. Face aux autres, elle rentre dans le moule et réagit selon leur volonté. Elle n’ose pas être elle-même. Et, c’est encore pire devant sa famille. Lorsqu’elle tombe sur le groupe du Cercle des Pères Noël disparus sur Facebook, elle décide de les rejoindre. Sa rencontre avec Lilas va bouleverser son quotidien.

Si les premières pages du texte me faisaient redouter une simple réconciliation romantique, la suite a vite balayé cette impression à mon grand contentement. L’objectif du cercle est adorable et j’adhère à leurs idées : combattre le Noël consumériste et capitaliste. Mais ce que j’ai encore plus apprécié, ce sont les discussions entre Armance et Lilas qui vont leur permettre de se surpasser.

Deux nouvelles se partagent la troisième place du podium. Je n’ai pas pu les départager et la courbe de mon sentiment d’appréciation a été similaire, mais inversée. Je les décris dans l’ordre d’apparition dans l’anthologie. Je vous explique :

Sapins blancs et moutons noirs de Fanny Gayral

Clara a décidé de briser la coutume ancestrale du réveillon de Noël en famille. Elle a remporté une semaine au ski grâce à un concours et elle compte bien en profiter. Sauf qu’il n’est pas facile de se relaxer lorsque sa famille lui fait passer cet acte comme une haute trahison et la harcèle au téléphone. Tiraillée entre son envie de liberté et sa culpabilité, elle tente tant bien que mal de s’amuser et se refuse à tomber amoureuse du moniteur de ski dont la timidité lui rappelle trop les hommes de sa parenté.

Ce texte intrigue dès le début, car les éléments qui constituent la trame sont révélés progressivement. Cependant, on plonge très vite dans une histoire plutôt banale où Clara découvre les autres gagnants du concours et les propriétaires du chalet où ils logent. Grâce au style simple et fluide, le récit se laisse lire. Je m’attendais à une romance typique et sans grande surprise, jusqu’à ce que l’autrice fasse plutôt appel à un personnage secondaire pour activer la réflexion psychologique de Clara autour du mouton noir, au lieu de mettre en scène uniquement le futur couple. Ainsi, j’ai vraiment aimé la fin même si ça reste prévisible.

Qui veut remplacer le Père Noël ? d’Angeline Michel

Noëlie déteste Noël. C’est pourquoi elle a ouvert son échoppe sur le sable blanc des Îles Grenadines. Pourtant, elle s’envole à l’approche de cette fête pour la Finlande afin d’aider sa mère lors de l’opération de son père. Comme elle aurait dû s’y attendre, ce dernier lui demande de reprendre les rênes de l’entreprise familiale : la fabrique à jouets du Père Noël. Malgré ses réticences, elle accepte et redécouvre d’un nouvel œil ce monde.

La plume légère et empreinte d’humour m’a séduite dès les premières lignes. Toutefois, cette comédie devient au fil des pages une carte postale de la Laponie où tout est beau et blanc, si pure que le Père Noël ne présente aucun défaut et qu’on finit par avoir un étalage de bonnes actions et de perfection, si bien que l’histoire a commencé par me lasser. Elle a un fort côté film de Noël pour ceux et celles qui adorent le genre.

En bref, P-S : Joyeux Noël est une anthologie permettant de lâcher prise et de se détendre sous le pilou lors d’une soirée d’hiver. Certains textes sont dans la lignée des productions sur le thème et d’autres se sont révélées bien plus surprenantes et émouvantes que je ne pensais.  

Nouvelles Ères (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Ères
  • Auteurs : Aimé Leclercq, Catherine Barcelonne, Corentin Macé, Fabrice Schurmans, Geoffrey Claustriaux, Gillian Brousse, L.A. Braun, Margot Turbil, Meggy Gosselin, Sylwen Norden, Victor Fleury, Wilfried Renaut
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : science-fiction, nouvelles

Nouvelles Ères est la dernière anthologie publiée par la maison belge Livr’S Editions que je remercie chaleureusement pour l’envoi de ce service presse, à la couverture magnifique, via la plateforme SimPlement.pro.

Le fil conducteur de ce recueil induit un monde en rupture avec le nôtre. Souvent après un effondrement, un changement brusque voire une apocalypse ou une situation qui fait terriblement penser à 2020 : une pandémie mortelle. Bref, des événements donnant envie de se confiner dans un bunker et d’en sortir seulement lorsque la tempête s’est calmée.

Si le genre principal est la science-fiction, il nous livre des sous-genres variés allant des récits classiques sur les progrès de la science, les androïdes, la dystopie et l’uchronie en les mélangeant, pour certains, avec des enquêtes policières ou des ambiances rappelant les légendes populaires.

Catherine Barcelone avec 389 s’inspire même du conte de Pinocchio en mettant en scène le scientifique qui crée avec le désir d’être père, grâce à une fable philosophique où l’action disparait au profit du questionnement : qu’est-ce qui différencie un être humain d’une intelligence artificielle? Meggy Gosselin quant à elle, s’amuse à inverser les codes en conférant à ses androïdes le pouvoir de façonner des êtres biologiques dans SOFIA. Ce qui me rappelle un peu l’énigme de l’œuf et de la poule.

Cette anthologie n’est pas seulement un foisonnement de styles s’associant à la science-fiction. Elle brasse de nombreuses thématiques liées purement au genre et à des sujets sociétaux actuels. Ainsi nous avons les plus fréquentes telles l’égo de l’homme se prenant pour Dieu avec sa science et ses expérimentations biologiques produisant des mutations, l’écologie et l’empreinte négative de l’humain sur l’écosystème et son aptitude à répéter sans cesse les mêmes erreurs.

Deux nouvelles portent sur des interrogations plus marginales comme la question des émotions et de leur complexité qui rend difficile leur mimétisme. Comment faire en sorte qu’une IA comprenne l’humain, ressente des émotions sans que celle-ci n’imite les comportements fâcheux et leurs conséquences comme la destruction faisant suite à la colère ? Ou encore la sauvegarde de la mémoire cognitive et émotionnelle des êtres vivants. Comment laisser une trace de celle-ci sans qu’elle ne soit déformée par le temps et sans qu’elle n’ait la forme d’un vestige matériel devant être interprété par un archéologue ?

Concernant l’aspect sociétal, les textes abordent des matières aussi larges que l’image de la femme dans le monde, les limites de la liberté individuelle, le respect de la vie privée, la surconsommation, le racisme et la suprématie des blancs, l’expansionnisme, les dangers de la dépendance à la technologie, le rejet de la différence et les haters.

Le Revers du silence de Fabrice Schurmans peint le portrait d’une ville du futur qui rappelle des pays contemporains. Ceux qui brillent par leurs aspects conviviaux, propres, huppés mais qui sont construits sur des bidons-villes vivant dans leur ombre. Là où on cache la misère et la violence. D’autres récits projettent des manières de vivre alternatives : l’entraide, la mutualisation et le respect de la nature.  

De nombreux auteurs signifient des écritures bien différentes. Il y en a pour tous les goûts. Certains utilisent le journal de bord en jonglant entre la passion enflammée du scientifique et la neutralité froide du robot, d’autres sont plus descriptifs, moralisateurs, humoristiques voire violents durant quelques passages. Sylwen Norden avec La Machine à capter le chant des sirènes, apporte quant à lui une touche contemplative avec son lyrisme et son poétisme qui tranchent avec ce que l’on peut lire habituellement.

Afin de vous donner envie de la lire, voici les trois nouvelles que j’ai préférées :

  • Entre les mains de dieux étranges de Victor Fleury

Cette intrigue surprenante nous plonge dans l’Antiquité grecque. Mopsos et ses troupes sont à la poursuite des hommes du satrape Bessos qui ont volé le trésor de leur seigneur. Il perd ses compagnons d’armes les uns après les autres après avoir attaqué un village troglodyte persan. Du moins, c’est ce qu’il pensait mais les « dieux » en ont décidé autrement.

Je n’en dirai pas plus sur son déroulement car je ne veux pas briser la magie de cette découverte. J’ai peur qu’en évoquant l’originalité qui se dévoile au fil de la lecture, elle n’ait pas autant d’impact. En effet, le choix de l’auteur est en totale rupture avec les autres textes de cette anthologie. Pas seulement parce qu’il utilise l’histoire comme scène principale. L’idée se cachant derrière le décor est très intéressante. Là encore, je crains de trop en dévoiler.

La plume de Victor Fleury est captivante. Dès les premières lignes, j’ai été happée auprès de Mopsos bien que l’époque soit loin d’être l’une de mes favorites. Elle est si fluide et dynamique que je me suis laissé emporter comme sur un cours d’eau. Afin de coller à l’ère, il inclut le vocabulaire grec approprié ce qui donne vraiment l’impression de lire au début une épopée historique plutôt que de la science-fiction.

  • Mort à crédit d’Aimé Leclercq

Gilbert Hathaway est un blogueur qui dénonce la mauvaise gouvernance des USA à coups d’argumentation férocement étoffée. Sa vie bascule lorsqu’il se rend compte que son Assistance Intelligente vocale prône des idées racistes. Est-il vraiment possible qu’un bot distille des propos pareils à l’encontre de son ami ou quelqu’un de plus puissant est-il derrière tout ça ? Du fond de sa cachette, Gil écrit son témoignage en espérant qu’Elle ne le retrouvera pas.

La narration à la première personne du singulier peint un personnage principal au langage populaire. Si je n’ai pas beaucoup accroché au style et à Gil, j’ai fort apprécié l’idée de base qui me fait réfléchir sur la situation d’aujourd’hui et l’arme que la technologie peut devenir entre de mauvaises mains. Si nos smartphones, ordinateurs et autres objets connectés ne prennent pas la parole pour s’imposer à nous, la diffusion ciblée des informations et les fake news sur nos écrans s’y rapprochent. A quel point ce que nous y lisons est-il manipulé par les algorithmes derrière lequel se cachent des humains ?

  • La dernière ville sur Terre de L.A. Braun

New Dublin est le dernier paradis sur terre. Celui où l’humain peut se développer en bonne santé et en sécurité. Le seul bémol : il n’est pas libre de s’y épanouir. Son bonheur est dicté par une intelligence artificielle qui lui offre les meilleurs choix. Si on ne respecte pas l’une des options ? Pas de punition. La Machine endort votre responsabilité. Dans ce monde, la culpabilité et la réflexion sur les conséquences de ses actes n’existent plus. Chaque aspect du quotidien est régi par ses propositions. Et la majorité des citadins la suivent sans se poser de questions.  

Dans cette vie parfaite, Siobhán a un mari chômeur qui passe ses journées dans la réalité virtuelle et une fille qu’elle voit seulement dans son lit. Bien qu’elle travaille pour Neurocorp et la Machine, elle désire autre chose.

Jack a été élevé au Machinat, cet orphelinat pour enfants délaissés par leurs parents par « choix ». Après avoir découvert une information capitale à la bibliothèque de l’humanité, il aspire coûte que coûte à sortir de New Dublin et à se soustraire à la vigilance de la Machine. Neurocorp avait fait une promesse en la construisant : elle ne deviendrait pas comme les IA des films, elle ne penserait pas et n’agirait pas par elle-même. Mais est-ce bien vrai quand la sécurité des citoyens est en jeu ?

Ce récit est à mettre en parallèle avec la multitude d’applications de coaching (sport, nutriscore, etc) qui sont censées nous aider à améliorer notre quotidien et notre santé, et du contrecoup qu’elles peuvent générer. Le sentiment d’ennui malgré le confort. L’envie de vivre autre chose. De sortir de la routine. De prendre des risques. D’oser. Si la rencontre et la fuite de Sio et de Jack restent assez classiques, j’ai beaucoup apprécié les sujets abordés par la romancière dont l’écriture efficace m’a plongée au cœur de New Dublin.

En bref, Nouvelles Ères est une anthologie riche qui présente le monde de demain bâti sur des éléments d’aujourd’hui . Si certains thèmes sont récurrents dans le domaine de la science-fiction, les auteurs ont réussi à les explorer de manière originale si bien que chacun devrait trouver chaussure à son pied. Pour ma part, j’y ai fait de belles rencontres et je vais me pencher sur les ouvrages de ceux qui ont retenu mon attention.

Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Etolien le Manchot est la seconde nouvelle du projet Le Cycle de Barcil de Jean-Marc Dopffer. L’ensemble des dix histoires concentrées sur un personnage, peuvent se lire indépendamment les unes des autres. Un roman clôturera la série. Je vous invite à consulter son site (http://dopffer.fr/) pour en savoir plus. Je remercie l’auteur de m’avoir proposé de chroniquer l’une de ses pépites via le site SimPlement.pro.

Alors que les vapeurs du sommeil se dissipent, Etolien se remémore sa nuit d’alcool et de sexe passée dans les bras de Sylvana, l’épouse d’un soldat parti en guerre, qu’il quitte au petit matin. Il rejoint la Guilde des Assassins dirigée par Horak où des révélations et des sacrifices l’attendent de pied ferme.

Ce second volet du monde de Barcil nous entraîne à la capitale de Tigyl, Val d’Aquelys, ou plutôt dans ses bas-fonds où la vermine, l’alcool et le sang encrassent chaque recoin et où des complots sont fomentés à l’ombre de la couronne.  

Etolien est un géant de l’ouest ayant connu de nombreux combats. Il désire se tourner vers une activité plus perfide. Après avoir fait ses preuves, il entre au service de Horak, le chef des assassins, un être efficace et cupide qui se faufile plus vite que les ombres vers la jugulaire de ses victimes. Ensemble, ils se lancent dans une besogne à la récompense dorée et clinquante conséquente. Un gros pactole contre l’accomplissement d’une mission de haute importance vu que la cible fait partie de l’éminent Ordre de Pugy.

Si la dague d’Etolien est aussi acérée que son regard, son cœur bat d’un certain héroïsme envers les pauvres, les femmes et les orphelins qui le fait hésiter entre l’envie de suivre Horak et celle de secourir les esclaves. Un peu comme une sorte de Robin des Bois. Il supporte difficilement que leurs missions génèrent des dommages collatéraux, surtout quand ceux-ci possèdent le visage d’une femme.

Cette intrigue est enveloppée d’une plume exquise qui utilise des mots choisis avec précision pour décrire l’atmosphère malsaine et sombre. En peu de lignes, j’ai été plongée dans les venelles de la capitale et les tavernes crasseuses. Le style visuel et efficace arrive à faire monter la tension et le suspense.

En bref, Etolien le Manchot délivre une histoire simple mais captivante grâce à la virtuosité de l’écriture de Jean-Marc Dopffer qui manie les mots avec poétisme et pose les ambiances en un clin d’œil.

Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories :nouvelle, fantasy

Le cycle de Barcil est une série de dix nouvelles écrites et autoéditées par Jean-Marc Dopffer. Chaque histoire met en scène un personnage qui aura un rôle important dans un roman clôturant la saga. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir une fois de plus permis de plonger dans son univers. Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à visiter son site où une carte de Barcil vous attend.

Riguel est issu d’un clan des hommes du nord. Svalbardien dans l’âme, il prend la dague de ses ancêtres pour passer l’Epreuve des Guerriers et avoir droit de porter une épée au côté des combattants. Rapporter la tête d’un ours est un rite ancestral de passage à l’âge adulte qui doit se faire en solitaire dans le Désert Blanc. Cette terre enneigée et hostile qui met le cœur des hommes à nu. Il partait pour atteindre son objectif, il va faire une rencontre bouleversante.  

Cette aventure nous dévoile le pays nordique et les adversaires que les Tigyliens affrontent au Pont Frontière lors de la seconde aventure du cycle de Barcil (Gienah, la Mercenaire). Contrairement à ses précédents récits, ce chapitre est plus lent à démarrer. La narration prend le temps de l’introspection en présentant le passé de Riguel et sa nature sensible sous la couche de muscles et l’aspect brute. Elle est le reflet de la méditation que le voyage dans ce paysage blanc engendre. Par la suite, l’action reprend le dessus en prenant un tournant des plus surprenants.

La mythologie autour du dieu des Glaces, Svanhyel, est légèrement mise en avant. Le rideau est partiellement levé sur la nature du mur au bout de l’océan et la légendaire Astragan. Progressivement, l’écrivain dessine son univers à travers les intrigues et les yeux de ses personnages.

Il s’inspire des visions antiques des Grecs et des Romains sur les hommes du nord pour dépeindre le barbare Riguel, qui, s’il peut être téméraire, possède quelques fois, une certaine prudence et intelligence. Il est à l’écoute et prompt à apprendre des autres. Sous les traits durs, Jean-Marc Dopffer gomme la violence bêtement véhiculée de siècle en siècle pour dévoiler un être bien plus sensible qu’il n’y parait, et une civilisation qui lutte contre l’inhospitalité de la glace pour survivre. Riguel aime profondément sa tribu et il est mû par le désir de venger son père. La seule raison qui peut faire vaciller sa détermination, est l’action des dieux. Il est croyant au point de les craindre.

Dans ce tome, le cadre de fantasy médiéval est pour la première fois ébranlé par un monde différent. Je vous laisse découvrir lequel. Si cette nouvelle montre les prémisses de l’incidence d’une telle rencontre, je suis curieuse de connaître ce que celle-ci va engendrer par la suite.  

La plume de l’auteur est toujours aussi délicieuse à lire. Poétique et visuelle, elle esquisse la blancheur de la banquise et la monstruosité des Rahus avec réalisme. Elle rend palpable ce monde qui balance entre hostilité et plénitude.

En bref, Riguel le Téméraire déploie une histoire légèrement différente des précédentes par sa structure et son début méditatif. Elle marque un tournant dans la ligne temporelle de Barcil qui commençait déjà à vaciller dans les récits antérieurs. J’ai hâte de lire la suite.

Yencil le Stratège (Le Cycle de Barcil, #4) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Yencil le Stratège (Le Cycle de Barcil, # 4)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Je remercie chaleureusement Jean-Marc Dopffer de m’avoir confié une nouvelle fois son service presse via SimPlement.pro. Yencil le Stratège est l’une des nouvelles qui fait partie du Cycle de Barcil. Pour rappel, ce projet englobe 10 nouvelles qui peuvent se lire indépendamment les unes des autres, et un roman final qui regroupera les figures rencontrées dans les courtes histoires. J’aimerais signaler qu’il est préférable de lire Gienah la Mercenaire que j’ai chroniquée l’année passée, avant de vous lancer dans celle-ci. En effet, des événements et le dénouement sont résumés dans Yencil le Stratège, ce qui pourrait diminuer votre plaisir lors de la lecture de la précédente nouvelle.

La paix entre les nains et les elfes vacille. Dans l’ombre, un être agit dans ce sens et Yencil doit à tout prix l’en empêcher. Pour cela, il dépêche auprès du messager et espion Ikor, l’une de ses baignes, Orglin, afin de l’aider à combattre les obstacles qui se dressent sur son passage et à le garder en vie. Le nain a une mission importante à remplir.

Ce quatrième récit nous plonge dans la magnificence du royaume souterrain d’Oukta creusé et sculpté par les mains des nains, et la cité suspendue des elfes dans la forêt de Pevek. Un contraste propre à ces créatures magiques qui sont reliées par un sens artistique fort. Le point majeur de cette nouvelle se situe pourtant dans l’autre monde : celui des dieux. La mythologie, la création de Barcil et le fonctionnement de la terre divine y sont exposés. J’ai adoré l’humanité des divinités qui ne possèdent pas un physique parfait et musclé à jalouser ou à admirer. Ils ont des caractéristiques de mortel tout en dégageant la puissance des dieux.

Yencil, sous son large chapeau et son regard sévère, est un paradoxe. Il est le dieu de la guerre et il est le protecteur de l’Equilibre de Barcil. Alors que ce type de divinité est souvent prompte à engendrer le sang et l’esprit belliqueux, lui doit faire en sorte de maintenir la paix tout en permettant aux êtres d’évacuer leur soif de vengeance. Comment peut-on concilier ces deux facettes opposées me direz-vous ? Je vous laisse découvrir l’idée de l’auteur pour réaliser cette prouesse qui fait de Yencil un personnage très intéressant. Au vu de son qualificatif, le Stratège, j’aurai voulu qu’il y ait encore plus d’intervention de sa part dans le monde d’en dessous. J’ai apprécié ce que j’ai lu, mais j’ai un goût de trop peu.

Les protagonistes de cette histoire sont intéressants sauf Orglin qui semble trop esquissée et trop serviable. Elle exécute les ordres sans broncher. Cependant, j’ai remarqué qu’elle est l’actrice principale de la première nouvelle du cycle de Barcil. Sa personnalité y est sans doute plus développée. Le format court ne permettant pas d’approfondir tous les aspects ou les intervenants, il est possible que ce soit la raison qui a engendré le manque de relief de ce personnage dans Yencil le Stratège.

La plume de Jean-Marc Dopffer est toujours aussi exquise et poétique. Ses descriptions m’ont encore une fois facilement émergée dans son univers.

En bref, Yencil le Stratège dévoile une partie du monde divin de Barcil en mettant en scène le moment où la balance de l’univers est menacée. Cette nouvelle est tout aussi captivante que la précédente bien qu’elle m’a semblé trop courte. Encore heureux que l’aventure n’est pas finie.

Le dernier vœu (Le Sorceleur, #1) d’Andrzej Sapkowski

  • Titre : Le dernier vœu (Le Sorceleur, #1)
  • Auteur : Andrzej Sapkowski
  • Éditeur : Bragelonne
  • Catégories : fantasy médiévale, nouvelles

Ma rencontre avec Le Sorceleur d’Andrzej Sapkowski s’est déroulée dans les rayons de la libraire lorsque mes yeux tombèrent sur la nouvelle édition de Bragelonne. Il ne faut pas toujours une grande complexité ou une grande originalité pour attirer le public vers son produit. Les couvertures de cette série sont simples avec le fond imitant le parchemin pâle tirant sur le gris et un blason peint dont les contours, brossés grossièrement, sont entourés de tâches qui, pour le premier tome, rappellent par sa couleur carmin, le sang répandu par le glaive du sorceleur. Le titre, lui-même imprimé en lettres dorées, suscite la curiosité par la fusion évidente des mots sorcier et ensorceleur.

Un sorceleur est une sorte de héros vagabond qui va de royaume en comté et de ville en hameau pour tuer les monstres en échange d’un salaire. Afin d’accomplir leur tâche, il s’aide de deux éléments : les armes et la magie des signes. Geralt de Riv booste ses capacités, sa défense ou agit sur ses attaquants en usant du second. Mis à part quelques noms de signes qui apparaissent ça et là dans les chapitres, cette magie reste encore bien secrète. L’auteur n’en dévoile pas plus et reste sporadique quant à son utilisation. Les nombreuses scènes de combats exploitent plus le côté lutte à coup d’épée.

Le dernier vœu est un ensemble de nouvelles qui s’articulent autour d’un fil conducteur appelé La voix de la raison qui aide à présenter et à dévoiler peu à peu l’univers et le passé du Sorceleur où se mêlent bagarres de rue, intrigues de château et querelles de races. Cette structure me rappelle énormément les séries TV où l’histoire principale est révélée morceau par morceau avant ou après le chapitre exposé dans l’épisode. Elle est inhabituelle pour un recueil de nouvelles mais pas dérangeante. 

Les histoires sont d’une grande variété par les endroits où se situe l’action : ville, forêt, champ, montagne, … Toutefois, aucun des lieux n’est développé. Une myriade de noms de royaume, de comté et de ville sont mentionnés mais aucun ne fait réellement l’objet d’une description complète ou d’un élément original. Ils pourraient se trouver n’importe où dans l’hémisphère nord de la terre. C’est un monde médiéval de type occidental sans grande prétention et typique de la fantasy.

Le seul élément qui peut nous aider à situer le roman géographiquement autre que l’origine du romancier, est la mythologie et le bestiaire slave. Des noms inconnus dans nos contrées sont cités à plusieurs reprises si bien qu’il est dommage qu’Andrzej Sapkowski n’en décrive que deux trois. J’espère que les futurs livres mettront plus en exergue ces animaux fantastiques et légendaires.

L’écrivain exploite également certains contes tels Blanche-Neige ou la Belle et la Bête en les adaptant à son univers sombre et en les réinterprétant.

Le personnage principal se dévoile peu à peu au fil des pages : son passé, son présent et même son futur probable. Geralt de Riv respecte son propre code d’honneur de sorceleur. Sa vision du monde s’est forgée au fil de ses expériences en combattant les monstres et en côtoyant les humains qui ne sont pas toujours d’une grande bonté d’âme si bien que l’on se demande qui possède le plus d’humanité.

Ce questionnement sur la différence, les catégories du bien et du mal, les mutations, sur le monde en général, apporte un petit côté philosophique à l’œuvre. Par moment, des passages sont criants de vérité.

« Les gens, dit Geralt en détournant la tête, aiment bien inventer des monstres et des monstruosités. Ça leur donne l’impression d’être moins monstrueux eux-mêmes. Quand ils boivent comme des trous, qu’ils escroquent les gens, les volent, qu’ils cognent leurs femmes à coup de rênes, laissent crever de faim la vieille grand-mère, qu’ils assènent un coup de hache à un renard pris dans un panneau ou criblent de flèches la dernière licorne qui subsiste sur terre, ils aiment se dire que la Moire qui entre dans les chaumières au point du jour est plus monstrueuse qu’eux. Alors ils se sentent le cœur plus léger. Et ils ont moins de mal à vivre. »

Dans la première moitié du volume, j’ai eu l’impression que les personnages secondaires des différentes nouvelles se ressemblaient tous dans leur manière d’être et de parler (ex : un type bavard et cynique). Ensuite, certains protagonistes ont enfin relevé le niveau comme Calanthe de Cintra dont j’ai beaucoup aimé sa personnalité de régente même si à la fin de l’histoire elle retourne un peu trop vite sa veste pour aller dans le happy end. La voix de la raison et les derniers récits ont l’air de présenter les compagnons récurrents de notre Sorceleur comme Nenneke, Yennefer et Jaskier. Comme une sorte de mise en bouche pour la suite.

L’écriture de l’auteur m’a semblé bien inégale. Dans les premiers chapitres, le style est parfois bien simple et répétitif. Dans Le Sorceleur qui sert d’introduction réelle à l’univers, je me suis retenue de compter le nombre de fois que le mot strige était cité. Mais par moment, chaque phrase le possédait. Par la suite, la plume s’est améliorée et diversifiée notamment dans les dialogues dont le verbe des protagonistes semblaient être le seul à avoir été l’objet d’une vraie attention. Dans Le bout du monde, les discours font même intervenir un vieux patois (ici du vieux français pour la traduction) parlé par les autochtones et la langue elfique. L’humour employé allège l’emphase des paroles qui rappellent par moment les poètes ou les jeux scéniques qui utilisent beaucoup de grands et beaux mots pour décrire et relater les faits.

Enfin, l’un des éléments qui m’a le plus plu est l’ère dans laquelle évolue Geralt de Riv. Il s’agit d’une période où l’on sent arriver une rupture, la fin probable de la vocation de sorceleur car notre héros a dû mal à trouver des personnes prêtes à payer pour éradiquer des monstres gênants et qui semble disparaitre de la lumière du monde. Les êtres fantastiques comme les nains et les elfes, laissent à contrecœur la place aux hommes dont l’hégémonie approche à grands pas. Je me demande quel axe l’écrivain choisira dans le futur.

En bref, Le dernier vœu est un recueil de nouvelles à la structure intéressante qui pose les bases de l’histoire du Sorceleur. Ce tome est plutôt inégal au niveau de sa qualité et l’univers n’est pas original. Il se laisse simplement lire à petits doses.  

Gienah la mercenaire (Le cycle de Barcil, #3) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Gienah la mercenaire (Le cycle de Barcil, #3)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : nouvelle, fantasy

Je remercie chaleureusement Jean-Marc Dopffer de m’avoir proposé de chroniquer Gienah la mercenaire via SimPlement.pro. Cette nouvelle est issue d’un projet consistant à présenter un personnage qui évolue dans le monde de Barcil. Chaque histoire du cycle est indépendante des autres. Vous pouvez donc les lire dans l’ordre que vous voulez en commençant par celle dont le résumé vous attire le plus. Ce principe de petits chapitres ayant la même scène sur laquelle se développer, me fait un peu penser aux Contes & Légendes inachevés de J.R.R. Tolkien dont l’auteur est un admirateur, sauf qu’ici le recueil est introductif. En effet, un roman final rassemblera les protagonistes des nouvelles. Il s’agit d’une manière intéressante d’appréhender son univers et son style. Je vous invite à vous rendre sur le site de Jean-Marc Dopffer pour avoir plus de détails.

Linn et ses compagnons sont tapis dans l’ombre d’un volcan en quête de la cachette du dragon, gardien de rubis. Leur cible est de dérober les joyaux afin d’en sertir deux couronnes jumelles pour sceller l’amitié entre le peuple des montagnes et les elfes. Malheureusement, la mission tourne au cauchemar. Gienah vient d’accoster quand un enfant lui transmet l’appel à l’aide de son ancien ami d’aventure. Elle n’hésite pas une seconde à le rejoindre.

L’histoire se déroule dans trois paysages distincts de Barcil. Le volcan, la frontière du monde et un dernier dont je vais taire la nature pour laisser la surprise. A travers les quelques pages, une richesse de détails est déployée. Les pièces de l’univers jetées par le romancier sont alléchantes. Ses descriptions permettent de dessiner chaque recoin de ce monde et donne envie d’en découvrir davantage.

Un certain soin est apporté aux personnages. J’ai particulièrement apprécié l’aspect original de Linn, le nain albinos qui se veut l’ami des animaux. A côté de cet état d’esprit actuel, une morale écologique fait également son intrusion dans les lignes des dialogues. Ces convictions auraient pu tranchés avec le style du roman qu’est la fantasy médiévale. Toutefois, elles sont insérées avec réalisme par rapport aux situations que traversent nos deux protagonistes.

Gienah est impétueuse et prend à pleine main son destin. Elle est le symbole du libre arbitre car elle ne se repose pas sur les dieux et elle assume la responsabilité de ses actes. Cependant, elle n’est pas laïque. Elles croient en leur existence. C’est juste qu’elle ne compte pas sur eux pendant les crises et ne les pointent pas du doigt en disant que c’est eux qui façonnent les événements sombres de l’avenir. Ce personnage est intéressant mais je trouve qu’elle répète un peu trop souvent les phrases sur les divinités. De ce fait, les dialogues tournent court.

Le style de Jean-Marc Dopffer est un véritable régal, une vraie perle. Sa plume est descriptive et utilise des tournures métaphoriques, imagées et qui ressemblent par moment à de la poésie picturale romantique (dans le sens peinture romantique et non romance). De véritables tableaux sont dépeints. Il a un verbe soutenu et original. Je me sens bien incapable de lui rendre justice avec mes mots donc voici deux petites citations :

« Le soleil traversa la colonne de fumée cendreuse accrochée au cratère. Le vent, doucereux, en inclinait l’expansion. Une à une les étoiles s’allumèrent dans le saphir du ciel. »

« Le roulement des nuages concassait l’océan. Face au galion, le Mur. Gris anthracite, chargé de trombes opaques et veiné d’éclairs, il se dressait presque à la verticale. Des tourbillons buvaient l’océan et se perdaient dans le firmament avec un grondement dantesque, formidable comme la respiration d’un Dieu. Accroché aux ciels comme à une poutre, il battait les airs et les eaux avec une folle impétuosité. »  

En bref, Gienah la mercenaire est une nouvelle de fantasy pleine de charme au monde déjà bien développé qui rappelle Tolkien, et à l’écriture délicieuse digne des plus grandes peintures de l’époque romantique du XIXe siècle. Jean-Marc Dopffer est un écrivain que je vais garder à l’œil.