A l’encre rouge de Marie Colot

  • Titre : A l’encre rouge
  • Autrice : Marie Colot
  • Éditeur : Alice Éditions
  • Catégories : jeunesse, mystère

J’ai découvert A l’encre rouge lors de la première édition de la chasse aux livres à la Citadelle de Namur en 2018. S’il faisait partie de mes cibles, après avoir lu au préalable la liste et les résumés des pépites à trouver, ce n’est pas celui-là qui est tombé dans mes filets. Je me le suis procuré par la suite. Car c’est aussi ça le plaisir de cet évènement : découvrir des écrivains wallons qui n’ont que peu de place dans les rayons des librairies.

Marie Colot a écrit ce court roman jeunesse grâce à La bataille des livres. Il ne s’agit pas d’un concours mais d’une initiative, d’abord Suisse puis internationale, qui a pour objectif de promouvoir la lecture auprès des 8-12 ans. Les écoles sont invitées à proposer des activités liées à la lecture ou l’écriture et à faire des échanges culturels. Pour A l’encre rouge, l’autrice a travaillé avec des classes belges, suisses et sénégalaises pour co-construire cette histoire à suspense mettant en scène un garçon de 11 ans. Elle explique sa démarche et comment elle a fusionné les idées des élèves européens et africains en un seul récit à la fin du livre.

Elias Legrand vit avec sa grand-mère à la mer du Nord pendant que son père navigue sur les flots. Il rentre de l’école, content d’avoir enfin une semaine de congé. Enfin, ça c’est ce qu’il espérait. Estomaqué, il trouve une lettre de menace dans sa chambre. Si seulement, il n’avait pas assouvi sa curiosité en poussant la porte de la villa abandonnée à la recherche de son chien et en prenant le vieux journal ouvert sur une table, ce mot ne serait pas là. Le fameux carnet en question relate les mémoires de Fulbert, un marin ayant vécu en 1971, et il détient les clés d’un sombre secret qui va chambouler Elias.

Ce roman est articulé en trois parties qui sont alternées comme si on avait trois mains qui racontent l’histoire. Le narrateur principal est Elias, la seconde voix est le mystérieux auteur des lettres anonymes qui s’exprime en listes et la troisième dévoile des morceaux du journal de bord. Cette structure est efficace pour construire le suspense et dévoiler petit à petit les dessous de l’intrigue dont la fin est prévisible (du moins pour l’adulte que je suis).  

Les personnages sont plutôt simples et réalistes. Elias est un petit garçon qui ronchonne intérieurement mais qui est gentil et timide dans le fond. Il aime un peu trop le chocolat. Il affronte cette aventure malgré ses peurs avec une certaine perspicacité. Enfin, il le fait aussi surtout pour épater la belle Sam Rupte qui habite à quelques rues de là et qui l’accompagne pour résoudre l’affaire. Sa curiosité et sa détermination le pousse vers la vérité que Fulbert voulait cacher. Ce marin irascible et endetté qui ne cesse de ressasser et fomenter sa vengeance, et qui utilise toutes les injures marines possibles et inimaginables (un peu à la Capitaine Haddock) pour désigner son matelot ou ceux restés sur le plancher des vaches.

L’atmosphère de la côte belge imprègne le roman : les nuages, la pluie, l’odeur de l’iode, le chant des mouettes, etc. L’autrice a réussi à rendre vie à ce paysage dans ses lignes. L’art local fait également son apparition par l’intermédiaire d’une peinture de Constant Permeke.

La plume de Marie Colot est légère et elle tourne les phrases avec humour si bien que notre petit râleur n’est jamais exaspérant et les situations qu’il rencontre parfois m’ont arraché un sourire par leur nature candide et innocente. Elle adapte facilement le ton au caractère du personnage à qui elle donne la parole.

En bref, A l’encre rouge met en scène une enquête palpitante qui relie le passé et le présent dans une belle histoire teintée de comédie avec un protagoniste principal touchant.