Sans nouvelles (anthologie)

  • Titre : Sans nouvelles
  • Auteur.rices : Alexys Méan, Christelle Colpaert Soufflet, Geoffrey Claustriaux, Graham Masterton, Hélène Duc, Marine Stengel
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégories : nouvelles, horreur

Sans nouvelles est une anthologie centrée sur le thème de la disparition dans le genre de l’horreur. Je l’ai eu en cadeau lors d’une précommande ce printemps. L’éditrice et autrice, Émilie Ansciaux, a par moment, des coups de folie en créant des packs ou des promotions avantageux. 

Le recueil regroupe six textes aux plumes diverses qui empruntent majoritairement au fantastique où légendes, fantômes et monstres se côtoient. Seul Enquête en sang trouble d’Hélène Duc reste dans la réalité sordide en explorant une part de l’humanité qui sévit sans une once de remord. 

Petit tour de mon top trois : 

La boîte de Marine Stengel. 

L’autrice fait partie des Plumes de l’imaginaire qui dort encore dans ma liseuse. C’est avec ce court texte que je découvre son écriture et son univers. La nouvelle est prenante dès le départ. Phoebe se réveille dans un caisson. Vous imaginez l’horreur ? Est-elle enterrée vivante? Enfermée par un fou furieux ? La vérité est bien pire que ça ! L’écrivaine donne des détails de la situation avec parcimonie. Un peu comme si nous étions Phoebe elle-même. Nous appréhendons le contexte, le décor, la douleur, pas à pas, telle une lampe torche qui éclaire des pans de la grotte avant que notre esprit ne reforme les morceaux du puzzle. En ouvrant cette boîte de Pandore, la romancière nous montre l’horreur humaine dans toute son ignominie. Celle qui n’agit pas dans l’ombre, qui est soutenue par les plus grands sous le couvert de valeur et de solidarité. En 2022, ce récit a une résonance encore plus profonde et significative. L’expression la réalité rejoint la science-fiction sonne terriblement vraie. 

Au cœur de l’horizon de Geoffrey Claustriaux

Fred (14 ans) garde sa cousine Fanny (8 ans) quand ils sont enlevés et emmenés sur un paquebot. Pourquoi ? Où vont-ils? Que va-t-il leur arriver ? Les réponses à ces questions sont aussi ingénieuses qu’effrayantes. L’auteur a judicieusement employé une triste problématique sociétale pour nous transporter dans l’horreur, car la mésaventure que vivent les cousins est le résultat d’un excès, du paroxysme, d’une obsession insatiable que cette réalité engendre. Mes propos restent flous, je le sais. Ils vous ennuient peut-être, vous pensez sans doute que ce n’est que du charabia et je m’en excuse. Je ne peux pas révéler le sujet sur lequel repose cette intrigue parce que ça gâcherait son effet. Je l’ai tellement adoré que j’ai peur de dire le mot de trop. 

Sous les draps de Graham Masterton

Après La maison aux cent murmures, il s’agit de mon second contact avec le romancier qui est aussi le parrain de cette anthologie. Martin est un enfant à l’imagination abondante. Chaque nuit, il s’invente une nouvelle vie. Cette fois, il endosse le rôle d’un spéléologue à la recherche d’un gamin égaré. Sa plongée dans les profondeurs du lit l’emmène dans des mondes parallèles où le mal rôde. Au départ, cette nouvelle ressemble franchement à un récit jeunesse par son côté innocent et aventureux. Toutefois, il glisse vers une prose plus philosophique. Si les monstres sont répugnants et dangereux, le texte nous entraîne dans un univers onirique proche du cauchemar. C’est une sensation d’étrangeté qui m’a suivie plutôt que l’angoisse, même si la fin renoue avec l’horreur avec brio. Le dernier paragraphe est d’ailleurs bien mené. 

En bref, Sans nouvelles est une anthologie intéressante lorsque l’on désire découvrir le genre de l’horreur. Certaines nouvelles restent classiques quand d’autres nous emmènent dans des récits plus originaux et atypiques où les créatures de l’ombre revêtent parfois une peau humaine. 

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La maison aux cent murmures

  • Titre : La maison aux cent murmures
  • Auteur : Graham Masterton
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : horreur

La maison aux cent murmures est un roman d’horreur fantastique qui se déroule en Angleterre. Très vite, il m’a fait penser au film Les autres avec Nicole Kidman en raison des fameux murmures et de la coexistence entre des humains et des présences invisibles. Le parallèle s’arrête à mesure que l’on entre dans les explications touchant à l’histoire et au folklore.

Herbet Russel n’aurait jamais dû revenir. Il savait, pourtant, qu’il devait éviter Allhallows Hall les nuits de pleine lune. Livres de compte en main, il est assassiné d’un coup sur la tête. Ses enfants, Rob, Grâce et Martin, se rejoignent dans le manoir familial pour entendre les mentions testamentaires. Croyant pouvoir se débarrasser de la demeure rapidement, ils apprennent qu’elle est remise à un fiduciaire pendant treize ans, soit jusqu’à la majorité de Timmy le gamin de cinq ans de Rob et Vicky. Atterrés, les parents ne sont pas au bout de leur peine, car Timmy disparait mystérieusement. Les recherches dans la maison, dans le village de Sampford Spiney et les landes ne donnent rien. Les Chuchoteurs d’Allhallows Hall semblent savoir ce qu’il se passe. Toutefois, le mal qui dort les terrifie bien trop pour les aider. Quel démon rôde derrière les lambris de la maison ? Et pourquoi les premiers propriétaires ont-ils érigé un vitrail en l’honneur d’Old Dewer, le diable aux chiens ?

Au départ, le récit ressemble à de nombreuses histoires d’horreur basées sur la maison hantée. L’ensemble des ingrédients y sont : un meurtre violent, une disparition soudaine et mystérieuse, des murmures angoissants, des monstres sous les lits, un chien qui sent le danger et ne veut pas entrer dans un manoir obscur…le tout dans une atmosphère des campagnes anglaises où le brouillard et le mauvais temps confèrent une ambiance sombre et anxiogène. Le roman devient intéressant dans la seconde moitié, lorsque les explications commencent à étayer ce que cachent les murs d’Allhallows Hall.

L’univers de Graham Masterton est construit sur le folklore local et des éléments historiques. Les légendes émaillent le texte allant du chasseur maudit, à la dame blanche en passant par les Piskies. Ainsi, nous plongeons dans les méfaits d’Old Dewer, le diable des landes qui emportent les enfants perdus et non baptisés. D’abord incrédules, Rob, Vicky et les autres se tournent vers l’historien amateur John Kipling, la charmeuse Ada Grey et le glaneur Francis Coade pour retrouver Timmy. Ces trois allient leurs connaissances et leurs savoirs-faires pour contrer l’entité malfaisante de la maison. J’ai adoré découvrir les lois de la sorcellerie et du druidisme élaboré par l’auteur. La magie et les éléments historiques (dont je vais taire la nature) sont les points forts de ce roman.

Les personnages principaux (j’entends par-là les enfants Russel) se sont révélés insipides. Dans les premiers chapitres, ils sont décrits de façon sommaire avec des caractéristiques détestables qui ne sont même pas exploitées par la suite. Par exemple, Rob lâche des propos sexistes à la limite de l’homophobie, mais on ne revient pas du tout sur ça par après. Martin est le stéréotype de l’employé de la City et sa femme Katharine celui de la petite bourgeoise et épouse parfaite. Ce côté caricatural se retrouve également dans les méchants chuchoteurs. Ada et Francis sauvent le panier des personnages des oubliettes, même si à un moment donné, j’ai été un peu exaspérée par le caractère prolixe de Francis. Son érudition et sa passion sont indubitables. Toutefois, on finit par sentir que l’étalage de ses connaissances sert à faire avancer l’histoire. On voit les ficelles scénaristiques en somme.

Outre l’esquisse dérangeante des personnages, une scène en particulier m’a rebutée, car elle n’apporte rien au récit. Ce passage se situant assez loin dans le roman, vous pouvez sauter ce paragraphe si vous le souhaitez. Il s’agit du viol d’un personnage féminin, qui sert uniquement de gadget terrifiant pour faire monter la tension du lecteur. Je ne peux le percevoir autrement parce qu’il n’impacte aucunement le déroulement de l’histoire et l’évolution psychologique de la victime. Je ne lis pas beaucoup de textes d’horreur, mais j’ai souvent l’impression que le viol est une solution de facilité qui devrait être bannie si elle ne sert pas à la construction et à la cohérence du roman.

Le thème principal de La maison aux cent murmures est la disparition d’un enfant et la manière de gérer les émotions qui y sont liées. Comment peut-on survivre à ça ? Et si l’enfant n’est pas retrouvé, comment peut-on renoncer ? Les réponses à ces questions découlent des actions de Rob et Vicky qui sont déterminés à rester sur place malgré l’angoisse que la maison intensifie. Ils n’hésitent pas à explorer les chemins surnaturels, à utiliser tous les moyens pour retrouver Timmy. Le second sujet concerne la notion du temps et de ses impacts. Je ne vais pas m’éterniser sur la question pour éviter d’en divulguer trop. C’est une part importante de l’intrigue.

Cette histoire de disparition, de magie noire et de maison hantée est servie par une plume fluide et simple. Les descriptions de l’auteur remplissent leur job pour brosser l’aspect angoissant et maussade d’Allhallows Hall et de ses environs, comme on peut s’y attendre de ce type de livre. Dans les passages violents, il n’use d’aucun filtre. Il ne surdose pas la couche d’hémoglobine et d’os qui craquent pour le plaisir. Ces scènes sont, crues, courtes et efficaces.

En bref, La maison aux cent murmures fut une lecture en demi-teinte. Débutant comme tout classique du genre du manoir hanté, le roman s’en détache par l’univers fantastique dans lequel il nous plonge progressivement. J’ai adoré l’exploitation des légendes locales et de la mythologie celtique qui sauve le récit à mes yeux. Dommage que les personnages principaux manquaient autant de substances et tiraient sur la caricature pour certains.

The Dead House de Dawn Kurtagich

  • Titre : The Dead House
  • Autrice : Dawn Kurtagich
  • Éditeur : Éditions du Chat Noir
  • Catégorie : Horreur

Au cours de mon exploration du genre de l’horreur, j’ai sorti de ma pal, The Dead House de Dawn Kurtagich dont le résumé m’avait intrigué. Le livre en lui-même est un petit bijou éditorial. Les Éditions du Chat noir ont apporté un grand soin à l’élaboration de la version papier pour immerger le lecteur dans ce récit obscur.  

Depuis la mort de ses parents, Carly Johnson est internée à l’Hôpital psychiatrique pour mineurs de Claydon. Elle y est soignée pour un trouble de l’identité. Carly est la Fille de la Lumière. Lorsque la nuit survient, la bascule se produit et sa personnalité est remplacée par Kaitlyn, la Fille de la Fuit, la Fille de Nulle Part. L’institut leur permet de vivre une scolarité normale au Lycée Elmbridge avec lequel il a un accord. La thérapie se déroule sans trop d’accrocs, jusqu’au jour où l’irréparable se produit : Carly disparaît. Que va devenir Kaitlyn ?

Je ne possède pas une grande connaissance dans les livres d’horreur. Pourtant, j’ai l’impression que la structure de ce roman est atypique dans ce genre. Il est articulé en rapport d’enquête rassemblant les témoignages et les preuves qui permettent de reconstituer l’incident Johnson. Vingt ans après l’incendie du Lycée Elmbridge qui a couté la vie à trois adolescents, la découverte du journal de Kaitlyn Johnson dans le grenier de l’école dévoile un nouveau pan de cette tragédie. On retrace les événements qui ont précédé le drame à l’aide de ces écrits, des vidéos de son amie Naida, des enregistrements des thérapies avec la Doctoresse Lansing et les mails échangés avec Ari Hait.

Dawn Kurtagich revisite le trope de la maison hantée avec originalité. Si j’ai d’abord cru qu’elle prenait l’école comme le lieu maudit, on se rend compte que la notion se rapporte à une autre maison : celle du corps et de l’esprit. The Dead House se matérialise dans Carly/Kaitlyn qui est dominée par l’angoisse. Crainte qui apparaît sous la forme d’une demeure sombre au sommet d’une falaise escarpée. À travers ce récit, nous entrons dans l’intimité la plus profonde de l’âme humaine, dans ses abysses labyrinthiques. En introduisant la notion de magie, la romancière gomme les frontières entre la raison et l’imaginaire, entre la réalité et le cauchemar, si bien qu’un sentiment de confusion s’insinue dans l’esprit du lecteur. J’adore les récits fantastiques, j’ai envie de croire en le mala pratiqué par Naida, en l’étrangeté qui se produit dans la cave et le grenier, en cette inversion des âmes dans le corps de la fille Johnson. Pourtant, le texte me fait douter par les éléments, des indices, des propos éparpillés dans le rapport : est-ce que tout ça est réellement arrivé ? N’est-ce pas simplement le fait d’une hystérie collective ? Une alliance d’êtres fragiles et dérangés qui a mal tourné ?

La réponse ne sera jamais donnée par Dawn Kurtagich. Elle laisse cette interrogation en suspens telles les enquêtes obscures dont les conclusions restent à jamais la somme de suppositions.

J’ai été happée par la plume de l’autrice, sa manière de tricoter l’intrigue. L’histoire en soi, n’est pas foncièrement originale, mais son écriture a ce pouvoir d’emprisonner les lecteur.rices.

La construction de Kaitlyn m’a subjuguée. Fière et forte, elle incarne l’adolescente rebelle par essence, d’autant plus qu’elle est privée du jour, de la vie normale, de la possibilité de se faire des amis solaires. Cette vie nocturne devrait la rendre jalouse de Carly. Toutefois, elle en est dépendante et lui porte un respect à elle et « son corps ». Au moment de la disparition de cette sœur diurne, Kaitlyn vacille, son état mental sombre peu à peu dans la crainte, la folie. Elle pouvait survivre à la solitude avec Carly. Sans elle, la solitude l’écorche vive au point de s’ouvrir à Naida et Ari Hait.

Naida est du genre survoltée. Passionnée par le journalisme, elle se lance dans des reportages vidéo pour son cours de sociologie. Ses enregistrements sont repris dans le rapport d’enquêtes. Naida n’est pas une simple adolescente pleine d’énergie. Elle pratique aussi le Mala, magie écossaise (inventée par Dawn Kurtagich) qui est un héritage familial. Lorsque Carly disparaît, elle reconnait les signes d’un sorcier obscur et enquête pour la retrouver.

Ari Hait est le nouveau. Élève taciturne et solitaire, il se promène la nuit dans l’école et sa chapelle où il rencontre Kaitlyn d’une façon incongrue. Très vite, il se rapproche l’un de l’autre. Cette relation sort la Fille de Nulle Part de sa solitude nocturne, mais pas assez pour éviter sa descente aux enfers.

En bref, The Dead House est un roman addictif qui exploite de manière fantastique le syndrome du trouble de l’identité (TDI). J’ai adoré la structure originale sous forme de rapport d’enquête qui joue sur la multiplicité des points de vue pour aborder l’incident Johnson. La rupture mentale de Kaitlyn est menée d’une main de maître. 

Filles de Rouille de Gwendolyn Kiste

  • Titre : Filles de Rouille
  • Autrice : Gwendolyn Kiste
  • Éditeur : Éditions du Chat noir
  • Catégories : conte social, fantastique, horreur

Filles de Rouille intrigue par son titre et ensorcèle par sa couverture réalisée par Marcela Bolivar. L’illustration m’évoque un bûcher. Les fumées du haut fourneau et la ferraille consument les deux filles qui s’enlacent, car elles se comprennent mutuellement et se réconfortent face à l’expérience qu’elles vivent jusqu’au plus profond de leurs os. La couverture symbolise la destruction de l’avenir des jeunes filles des quartiers industriels que les pères et les mères étouffent dans un rôle.

La tour de l’usine métallurgique domine les rues de Cleveland où se déroule le récit. Ce roi expulsant les émanations toxiques sur ses larbins est sur le déclin. L’histoire du roman s’ouvre en 2008* sur le retour de Phoebe dans sa ville natale après vingt-huit ans pour aider sa mère à vider la maison de son enfance, car celle-ci va être démolie par une entreprise. Portant le poids du drame qui s’est joué l’été de son diplôme, elle rencontre Quinn, une fille sans futur, qui fait resurgir des souvenirs douloureux.

1980. Une vie nouvelle s’offrait à Phoebe qui allait enfin pouvoir étudier la biologie à l’université et, par-dessus tout, quitter ce maudit quartier qu’elle déteste. Elle espérait en profiter avec sa cousine et meilleure amie, Jacqueline, jusqu’à l’apparition d’une étrange maladie qui détériore les corps de Lisa, Helena, Violet, Dawn et la seule âme avec qui elle partage tout : Jacqueline.

Filles de Rouille est classé successivement sur la quatrième de couverture par la ME en Horreur, Mutation et Conte social. Personnellement, j’aurais inversé ces genres, car la partie horrifique (au-delà du fait que je sois insensible ou psychopathe, je vous laisse choisir) m’a paru quasiment sous-jacente. Certains épisodes de terreur, comme la vision de la chair découvrant les os rouillés et la maison hantée, apparaissent bien, mais leur fréquence reste faible. De plus, la narration se place du point de vue de Phoebe qui veut aider les filles, contre les hommes du gouvernement, les voyeurs malsains et les autochtones. Du coup, « ce qui fait peur » découle plutôt des comportements des habitants vis-à-vis des malades, ce qui relève plus d’un aspect social pour moi, au vu de la portée féministe du roman.

La métamorphose s’inscrit dans le body horror. Toutefois, les transformations ne m’ont nullement dégoutée ou effrayée (et là, je suis sûre que votre avis va pencher vers l’option psychopathe). Au contraire, les descriptions me donnaient l’impression d’être devant des œuvres belles et surtout symboliques qui renient l’étiquette de monstre. Cette « maladie » qui suinte l’eau croupie, modifie les ongles en verre et les os en métal rouillé, incarne à la fois la déchéance et la liberté.

La déchéance, c’est celle des filles des années 1980, qui ne peuvent exprimer, ni espérer, ni devenir, ni gérer leur vie de par leur statut de femme. Leur entourage les oblige à rester immobiles dans le moule conçu par la société. Destinée à y rouiller, à perdre leur humanité par l’abandon des rêves et de la joie.

Lisa subit les violences de son père alcoolique que personne n’ose ni affronter ni arrêter malgré les soupçons. Violet voulait étudier la photographie dans une école d’art, souhait piétiner par ses parents. Jacqueline jouit peu de liberté, car sa mère possessive surveille ses faits et gestes, en plus de détester Phoebe. Helena est la fille modèle du pasteur du quartier. Enfin, Dawn est la mère enfant. Elle a osé tomber enceinte avant son diplôme, il faut donc la remettre sur le droit chemin en décidant pour elle et son bébé.

Cinq filles, cinq portraits ancrés dans un contexte de crise sociale dû à la fermeture de l’usine. Ces images semblent lointaines, pourtant elles existent encore de nos jours. Leurs destins scellés par l’autorité parentale et le patriarcat qui régissent le rôle des femmes engendrent la déchéance de leurs corps qui reflète la dépression psychologique causée par leur quotidien. Cependant, elles ne se laissent pas abattre, car elles ne sont pas seules à subir la cruauté ordinaire. Elles se comprennent et se soutiennent tandis que les êtres aimants s’en détournent (sauf Phoebe). Grâce à leur différence exprimée par leurs mutations, elles trouvent la force de s’échapper. Où ? On ne sait pas trop, elles disparaissent tout en étant toujours là, notamment dans le cœur de Phoebe. L’unique chose qui est certaine : c’était leur propre choix ! Les Filles de Rouille ont transformé ce qui était perçu de prime abord comme un calvaire, une faiblesse, une horreur, pour se départir de ce monde crevé et malsain.

L’origine de ce mal, l’abnégation de la liberté féminine, Phoebe y échappe depuis des années. Elle est celle que l’on doit éviter de fréquenter. La fille à la mauvaise réputation : elle boit, sort avec des mecs, s’oppose aux bonnes mœurs et surtout, répond aux adultes ! Simple théorie de ma part : la narratrice n’est pas touchée par la maladie, car elle ne s’est jamais laissé enfermer dans un moule sur lequel on taperait des coups de marteau pour lisser les bosses imparfaites. D’ailleurs, elle est la première à vouloir aider, sauver les cinq filles, en commençant par Lisa. Ses tentatives vont empirer l’histoire. 

Cyniquement, la marginale se retrouve figée dans le passé. Il faudra attendre vingt-huit ans, sa rencontre avec Quinn et la fille de Dawn pour atteindre la rédemption. 

Si vous êtes arrivé.es jusqu’à ces lignes vous aurez compris l’intelligence et la richesse que je vois dans ce livre. Je dois vous avouer que ce roman ne m’a pas transporté en dépit de l’ensemble des aspects décrits plus haut. Je m’attendais à recevoir une claque après avoir lu des chroniques et grâce à son manteau féministe. L’alchimie n’a pas opéré.

J’ai trouvé le récit long, je m’attendais au fil des chapitres à connaître une montée en puissance, notamment par la révélation imminente du lourd secret de Phoebe, qui n’a pas eu l’effet escompté. Je ne me suis attachée à aucun personnage. Même pas à la narratrice qui endosse, pourtant dans sa jeunesse, mes caractéristiques préférées. Elle est marginale, déterminée, critique de la société humaine et altruiste jusqu’à un certain point. Sa manière de penser revêt une couleur pessimiste, même dans les épisodes du passé (sans doute parce que c’est la quarantenaire qui raconte l’histoire). Phoebe ne prend pas vraiment les armes (langages) pour défendre la cause féminine et les filles, sauf occasionnellement. J’ai, plutôt, eu l’impression de me retrouver devant une adolescente en pleine crise de rébellion qu’une personne qui se bat pour la liberté des femmes.

Je tiens à préciser que ce n’est pas incohérent. Phoebe vient d’atteindre l’âge adulte et les origines de la maladie, comme le traitement, sont incompréhensibles et insolvables même pour le gouvernement et les experts médicaux. Alors comment une jeune diplômée pourrait-elle combattre cette mutation ? Ce roman a beau être un conte, il s’intègre plus dans la réalité que l’on ne pourrait le penser.

Les cinq filles de rouille manquent de profondeur, de consistance. On n’a pas beaucoup de choses à se mettre sous la dent avant la transformation et on les côtoie peu après. Au fond, cela reste tout aussi logique que les réactions de Phoebe, car elles sont les marionnettes de leurs parents et de la société comme expliqué plus haut : leurs vraies personnalités sont étouffées.

La fin m’a parue un peu trop simple. Certains problèmes qui surgissent dans le présent sont réglés en une prière malgré les inconnues restantes. Cette facilité m’a surprise.

Enfin, la plume de Gwendolyn Kiste fait partie des causes de mon stoïcisme, mon impassibilité à la lecture du roman. Là encore, je m’attendais à autre chose, car j’avais lu l’extrait de Plumes et ciguë publié sur les réseaux sociaux des Éditions du chat noir. Ces quelques mots m’avaient émue, bouleversée. Ainsi, mes espérances s’avéraient trop élevées pour la découverte d’une nouvelle autrice dans ma bibliothèque. Pour en revenir au style de l’écrivaine, celui-ci est simple et reflète la dureté du contexte. Le pinceau du fatalisme et du pessimiste dépeint la réalité de Denton Street où rien ne va jusqu’au mobilier et à la vaisselle, si bien que tout paraît lourd à longueur de paragraphes. Certaines phrases sont magnifiquement tournées, car l’autrice emploie le champ lexical du milieu industriel pour décrire les émotions.

En bref, Filles de Rouille représente une fresque sociale d’un quartier en perdition dont les familles moroses se retrouvent démunies face à une maladie surnaturelle. Par les mutations, cette histoire dénonce les méfaits du patriarcat sur les femmes, issues du milieu ouvrier, qui se découvre une nouvelle force malgré les entraves. Cette œuvre symbolique mérite d’être lue, même si elle ne figure pas parmi mes meilleures lectures du genre.

*Dans le roman, il est noté 2018, ce qui est manifestement une coquille : Phoebe a 18 ans en 1980 et au premier chapitre, elle en a 46. Je vous laisse faire le calcul. 😉

L’obscur de Frédéric Livyns

  • Titre : L’obscur
  • Auteur : Frédéric Livyns
  • Éditeur : Séma Édition
  • Catégorie : horreur

Avec sa belle couverture dans les tons bleus, L’obscur m’a envoutée afin que je délie les nœuds de ma bourse lors de la Foire du Livre de Bruxelles en 2020. Deux ans plus tard, je le sors enfin de ma PAL et découvre un ouvrage de cette maison d’édition belge.  

À Francheville, de sanglants événements se déroulent. Des meurtres terrifiants teintés de mystères s’étalent sur plusieurs décennies. C’est surtout dans une certaine maison que l’innommable se produit et que deux enfants disparaissent de la surface du sol. En 2011, Virginie ne s’attendait pas à vivre le pire alors que ses parents avaient déménagé pour engendrer un nouveau départ dans leur couple. La fresque paradisiaque du salon lui donne froid dans le dos, mais ce n’est rien comparé à l’ombre qui rôde. Avec l’aide de son amie Sylvie et de l’inspecteur Vernan, elle se lance à la poursuite de son identité pour sauver sa famille.

L’obscur commence par une série de morts dont le massacre du démon de Francheville sur lequel le policier enquête sans succès probant, ainsi que des décès atypiques aux alentours de la demeure pour donner le ton de l’histoire. Ensuite, l’héroïne entre en scène et voit le comportement de ses parents changer d’une étrange manière. En somme, l’intrigue reste assez basique pour le genre exploitant les maisons hantées. Une fois le décor planté, on accompagne Virginie dans ses recherches.

Dans un premier temps, je n’ai pas accroché au récit en raison de la succession des meurtres et de la plume simple de l’auteur. Il s’agit ici plus de mes goûts. En effet, je ne suis pas sensible au sang et aux os qui craquent inexplicablement. L’horreur de boucher, comme je l’appelle, n’induit pas la peur chez moi. De plus, au fur et à mesure que les indices tombaient, l’intrigue devenait de plus en plus prévisible. Cependant, dès que l’enquête de Virginie a débuté réellement, j’ai apprécié le déroulé qui a réussi à me happer jusqu’aux révélations et à la fin classique de ce genre romanesque.

Dans l’ensemble, les personnages sont plutôt bien élaborés. Virginie reste une jeune adulte de dix-huit ans sans trait loufoque ou original. Elle adore sa famille et est courageuse. L’inspecteur est le policier qui ne démord pas de résoudre l’affaire et de tuer le méchant. J’ai aimé Sylvie pour son côté culotté. Elle n’a pas froid aux yeux. Par contre, j’ai eu un peu de mal avec le petit frère de l’héroïne qui m’a paru trop enfantin dans son comportement au début de l’histoire pour un adolescent de quatorze ans. Je lui en aurais donné pas plus de 12 perso. Je comprends totalement ses réactions infantiles quand l’ombre apparait, mais pas avant. 

En bref, L’obscur fut une lecture sympathique pour me plonger dans le genre horrifique et relevé les tropes de la maison hantée. Je ne cache pas de l’avoir extrait de ma pal dans un cadre analytique. Toutefois, ma casquette d’étudiante ne justifie pas mon insensibilité à la terreur que ce type d’histoire est censé procurer. Le roman de mon compatriote est bien ficelé et sa plume a fini par m’emporter malgré sa simplicité et son traitement classique. Je le recommande pour ceux qui aimeraient aborder le genre.

Nouvelles Orléans (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Orléans
  • Auteurs : A.D. Martel, Alex NR, Fabrizio Schiavetto, Geoffrey Claustriaux, Gloria F. Garcia, Katia Goriatchkine, L.A. Braun, M. d’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégories : nouvelles, fantastiques

Bien que nous sommes déjà en plein dans la période des illuminations de Noël et des chocolats chauds à gogo (ou des Chaï Lattes selon les préférences ou les envies), je vais aborder ce soir un livre emprunt de magie et de vaudou, qui rappelle plus la lueur horrifique d’une citrouille que la bonhommie d’un barbu en habit rouge. Nouvelles Orléans est une anthologie qui nous emmène dans les rues de La Nouvelle-Orléans, cette ville emprunte de tradition et de modernité, à travers huit récits aux univers nuancés reliés entre eux pas le fil conducteur du folklore local. Les thèmes évoqués sont notamment la maltraitance animale, l’individualisme, la rédemption, la gestion de ses émotions ou encore l’acceptation de la différence.

Voici les trois histoires qui m’ont le plus touchée lors de ma lecture. Les deux premières arrivent à égalité. Je suis incapable de les départager, car elles sont à l’opposé l’une de l’autre tant au niveau de leur couleur que de leur finalité.

Le bonheur repose en Louisiane de Katia Goriatchkine débute par un descriptif de la vie du romancier à succès Ray Jacobs. L’autrice raconte plus qu’elle montre le passé de son protagoniste. Cette technique aurait pu/dû me lasser vite. Pourtant, elle m’a happé dans son récit grâce à la façon dont elle déploie couche par couche la particularité de son personnage principal et les enjeux de sa condition, ce qui en fait un vrai page turner difficile à lâcher.

Ray conquiert les cœurs de ses lecteur.rices alors qu’il ne ressent aucun sentiment depuis sa naissance. Il écrit grâce à sa boîte dans laquelle les passants abandonnent leurs émotions négatives, jusqu’au jour où il goûte pour la première fois à la plus grande des drogues : le bonheur. 

La nouvelle alterne entre Ray et son propre roman qui se déroule à La Nouvelle-Orléans. L’écriture épouse donc le style de l’autrice et celui de son personnage dont la plume évolue en fonction de son état. Ainsi, on découvre les désagréments du premier jet de ce génie absorbeur d’émotions.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui synthétise en quelques pages les bonheurs et les déboires des écrivains.

Les morts ne se mangent pas de M. d’Ombremont commence par quelques lignes de Baudelaire qui donnent le ton de la mélodie psychotique de cette nouvelle. Après le passage de l’ouragan Katrina, Zack reste cloîtré chez lui. Il n’ose plus mettre un pied dehors et ses contacts se limitent à sa voisine qu’il refuse de secourir même lorsqu’elle l’appelle à l’aide. Plus tard, il lui ouvre la porte malgré le sang qui la recouvre et ses explications rocambolesques.

La romancière joue avec l’angoisse et l’obsession de son personnage principal avec brio. Sa plume manipule la peur et la psychologie avec une telle maîtrise qu’elle arrive à métamorphoser l’absurdité de la situation vécue par Zack, en réalité tangible. Elle touche la barrière mentale de la raison, la force et la modèle pour rendre réel l’irréel de la scène.

Ainsi, le récit mêle à la perfection l’horreur et la psychose jusqu’à la fin excellente qui donne des frissons. L’autrice me prouve encore une fois qu’elle manipule la psychologie humaine dans ce qu’elle a de plus obscur avec maîtrise.

La croisée des chemins de L.A. Braun raconte l’histoire d’Emilia Carter qui travaille comme restauratrice d’œuvres d’art au V&B Museum. Un jour, elle reçoit un médaillon de sa tante qui lui demande de revenir en Louisiane pour l’aider à préserver l’art créole. Après l’arrivée du colis, des rêves étranges hantent ses nuits, mais c’est à l’annonce de la mort de sa parente qu’elle entreprend un voyage vers La Nouvelle-Orléans où une rencontre va changer son destin.

Le récit dépeint par une plume agréable est bien mené et ficelé. J’ai adoré le caractère d’Émilia. Elle est asociale et elle l’assume jusqu’au bout ! Elle n’aime pas parler aux gens, dévoiler sa vie et se mêler à ses collègues. Malgré l’insistance de certains, elle n’entre pas dans le moule et elle n’hésite pas à le montrer et à le dire. Émilia souhaite rester authentique peu importe les avis des autres et ce type de personnage m’a fait un bien fou, surtout dans cette société qui nous demande de faire bonne figure la majeure partie du temps.

Cette fois-ci, je vais déroger à ma règle des trois pour évoquer en quelques mots, Sans nom d’A.D. Martel en raison de l’originalité du point de vue qu’elle a choisi : elle donne la parole à une poupée vaudou qui s’enfuit de chez sa tortionnaire, ce qui confère à l’histoire un caractère particulier qui oscille entre obscurité et lumière.

La collision des mondes de Sam Cornell

  • Titre : La collision des mondes
  • Auteur : Sam Cornell
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : Fantastique, Mystère, Historique

La magnifique couverture de La collision des mondes de Sam Cornell a de suite attiré mon attention sur la page Facebook de Livr’S Editions lors de sa sortie en août de l’année passée. Le dessin n’est pas seulement mystérieux, il me rappelle beaucoup le trait que l’on peut retrouver pour certaines BDs. Après avoir lu le résumé, je me suis laissé tenter.

Le roman est divisé en quatre parties plus un prologue. Je vais seulement résumer les deux premières et distiller les dernières dans mon article pour éviter d’en dire trop sur le déroulement de l’histoire.

L’inspecteur Edouardo Calvez reçoit une note anonyme qui remet en cause ses déductions sur l’affaire Galantier. Un cas vite catégorisé en suicide. Intrigué, il se rend sur les lieux du crime pour rouvrir l’enquête. Celle-ci l’emmènera dans une affaire bien plus sombre possédant des racines profondes.

Jeanne Colinet frappe à la porte du monastère et demande l’aide de Frère Guillaume. Elle est convaincue que son père, l’ancien maire, n’est pas décédé d’une simple crise cardiaque. En cherchant quelques informations, l’ecclésiastique va découvrir les secrets de son mentor et ses certitudes et convictions ne vont pas seulement être ébranlées mais franchement secouées.

La collision des mondes est un polar fantastique tirant sur la science-fiction qui est prenant dès les premières lignes. Toutefois, le déroulement souffre de longueurs en raison de l’étalage de l’histoire (qui nous entraîne des premières croisades au début du 20e siècle) et de la biographie de la famille d’un des personnages. L’auteur a fait un travail remarquable dans ses recherches afin de ficeler la partie fantastique sur son intrigue historique. La réinterprétation est intéressante mais la répétition des faits m’a un peu ennuyée. Certains passages ne m’ont pas semblé apporter quelques choses d’essentiel pour l’intrigue principale.  

En plus d’être une enquête et une plongée dans l’histoire, l’auteur aborde diverses thématiques si bien que le polar fantastique se mêle à l’histoire, la science, la philosophie, l’astronomie, l’astrologie, l’ethnologie, la physique et les mathématiques. En somme, un grand pot-pourri montrant une richesse d’esprit et du monde. C’est l’un des points forts de ce roman qui tresse les diverses facettes de l’humanité et de l’univers en montrant les liens malgré les différends. S’il expose la dualité entre religion et science, j’ai apprécié que Sam Cornell ne tombe pas dans une vision manichéiste en mettant aussi en avant les défauts de la seconde.

« la science, comme la foi, possède ses dogmes qu’il est tout aussi difficile de bousculer. Et lorsqu’ils vacillent, c’est pour mieux retrouver leur place initiale. Ils ne se brisent que rarement et aux prix d’insurmontables efforts. […] Lorsque les croyances astronomiques se confondent en certitude, la science ne vaut guère mieux que la foi. »

D’ailleurs, il se préoccupe de défendre l’esprit critique qui consiste à ne pas retenir une seule version des faits mais à consulter autant les vainqueurs que les vaincus, les deux visions des belligérants.

Les personnages sont traités avec profondeur et nuance. L’inspecteur Calvez est fier de son palmarès et sûr de lui. Pourtant, il est capable de se remettre en question. Il déteste perdre le contrôle des choses et il est méticuleux. C’est pourquoi cette missive l’ennuie fortement et le pousse à rouvrir l’enquête. Son esprit aiguisé va lui permettre de remonter le fil de l’affaire et d’accepter l’incroyable découverte et ce qu’elle engendre d’horrible dans le dernier épisode.

L’histoire se plaçant au début du 20e siècle, l’écrivain a tenu compte de l’émancipation de la femme en la personne de Jeanne Colinet. Cette femme a un certain aplomb et un caractère bien trempé. Elle est déterminée, optimiste et mesurée. Si elle prend quelques initiatives et montre son courage, elle reste néanmoins en retrait pendant une bonne partie de l’investigation de frère Guillaume. Bien que cela me fasse trépigner, il faut avouer que ces situations conviennent à l’époque où une femme n’est pas encore totalement libre de ses mouvements et ne peut pas accéder à l’ensemble des endroits réservés aux hommes. Jeanne synthétise en quelque sorte l’ancien et le nouveau comportement des femmes. Elle tend vers l’indépendance sans avoir encore totalement coupé le cordon qui l’a retient.   

Frère Guillaume est intéressant par son évolution face aux événements qui vont malmener ses acquis. Pieux et prêchant la bonne parole, il va être confronté à la noirceur des hommes et à ses propres limites entre ses croyances et la réalité. Il symbolise les interrogations : jusqu’où un humain peut-il aller pour survivre ? A quel point les situations peuvent-elles engendrer des actes en totale opposition avec ses convictions ?

La plume de l’auteur est efficace. Le style évolue en fonction du personnage qui a la main sur l’histoire. Ainsi, le début possède l’écriture du scientifique ou du détective en ce qu’il est descriptif et sans fioriture inutile. En quelques mots, le décor est planté. Quelques lignes métaphoriques viennent l’agrémenter ci et là en donnant une ambiance mystérieuse. La troisième partie est plus romanesque voire tragique alors qu’un des personnages monopolise la parole dans un monologue appuyé par les courtes interventions de son interlocuteur. Enfin, la fin installe une atmosphère plus lugubre. Les thèmes abordés par l’auteur l’entraînent à utiliser du jargon philosophique (issu du siècle des Lumières) et quelques notions scientifiques.

En bref, La Collision des mondes souffre des faiblesses d’un premier roman. Toutefois, Sam Cornell possède une écriture qui m’a plongée dans ce sacré pavé et son univers riche à la croisée des genres. Un auteur prometteur que je vais suivre de près.

Sept morts à vivre de Southeast Jones

  • Titre : Sept morts à vivre
  • Auteur : Southeast Jones
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : nouvelles, science-fiction

Sept morts à vivre est mon premier service presse offert en toute confiance sans plateforme intermédiaire. Je remercie chaleureusement mon compatriote Southeast Jones de m’avoir donné la possibilité de découvrir son univers en échange d’un avis honnête.

Ce recueil est un voyage au cœur du système solaire de la mort. Celui-ci compte sept planètes aux couleurs et aux paysages différents. Seule une atmosphère de réincarnation, de renaissance, d’éternité ou je devrais dire de transcendance de la mort est commune à la plupart des nouvelles. C’est ce tableau qui me vient à l’esprit en essayant de décrire ce livre.

Je me suis sentie comme une aventurière posant son vaisseau sur chaque écosystème pour découvrir et étudier l’histoire des autochtones et leurs conceptions de la mort. L’auteur propose une réelle variété d’histoires allant de l’entretien philosophique au rapport scientifique en passant par la confrontation avec l’horreur ou le contact inter-espèce. Le tout arrosé d’une rasade moralisatrice sur la folie humaine.  

L’un des aspects qui m’a le plus scotchée, est la facilité avec laquelle Southeast Jones réussi à passer d’une plume à l’autre. Tour à tour, son écriture est philosophique, simple et contemporaine, ou soutenue voire scientifique, parfois poétique ou comique. Par exemple, dans L’Antre de la bête, il place l’intrigue au XIXe siècle. Le vocabulaire des protagonistes sied à merveille à cette époque. Une pléthore de mots et d’expressions anciens refont surface si bien que j’avoue avoir dû en vérifier quelques uns au dictionnaire. Dans Mon dragon et moi il déploie l’univers à coup d’explications physiques pour le fonctionnement des voyages. Les fans de science-fiction spatiale s’y retrouveront facilement et les néophytes devront restés attentifs pour comprendre le jargon. Toutefois, aucune description ne m’a semblé incompréhensible. Au contraire, l’écrivain explicite avec clarté et précision les théories scientifiques, médicales et philosophiques. Quelques coquilles se cachent dans le texte.

Les nouvelles sont fouillées et travaillées. Elles dévoilent majoritairement des idées originales et des tournures inattendues. Anamnèse reçoit la palme d’or des approches inédites. Si l’histoire pose un cadre de départ banal, l’enchainement des actes m’a surprise tant par le style que la nature de la révélation finale. Un passage parait déstructuré mais on comprend vite qu’il imite à la perfection le fil des pensées et des rêves dont les épisodes ne se suivent pas toujours de façon cohérente. 

Au-delà du thème de la mort et de ses compagnons de route les biens nommés réincarnation et éternité, les notions de maladie et de vieillissement sont récurrentes. Un peu comme si elles étaient le moteur de la mort et de l’idée de vaincre ses états qui génèrent souvent de la souffrance. D’ailleurs, il est amusant de noter que le recueil s’ouvre sur l’invitation à résoudre ce problème.

L’aventure se clôture avec une huitième nouvelle qui se situe à part, telle une exoplanète. En effet, il s’agit plus d’un hommage d’un fils à son père. J’ai trouvé qu’elle différait des autres par sa nature et la sensibilité qui éclot au fil des mots.      

En bref, Septs mort à vivre est une plongée intéressante et exaltante dans la recherche de l’éternité à travers la mort. Ce recueil propose un véritable panel d’histoires plus riches les unes que l’autre sur la question.

Sept Morts à Vivre (Trailer)

Terminus pour l’humanité d’Arnaud Niklaus

  • Titre : Terminus pour l’humanité
  • Auteur : Arnaud Niklaus
  • Éditeur : Mon petit éditeur
  • Catégorie : Nouvelles, Horreur

Octobre est la dernière ligne droite avant l’ouverture de la porte de l’au-delà et la venue des morts parmi les vivants. Je parle bien entendu d’Halloween et de l’ambiance monstrueusement fascinante que cette fête engendre depuis des siècles peu importe le nom qu’elle revête selon l’époque et la civilisation.

C’est pour cette raison que j’ai décidé de réserver la parution de ma chronique sur Terminus pour l’humanité à ce mois. Cela vous donnera peut-être envie de l’ajouter à votre PAL pour cette nuit d’horreur et de frisson. Je remercie Arnaud Niklaus de m’avoir confié son recueil de nouvelles via la plateforme SimPlement.pro en échange d’un avis honnête.

Le volume renferme huit histoires aux sujets et approches variés. J’ai particulièrement apprécié le mélange d’horreur fantastique et humaine. On rencontre aussi bien des monstres issus de l’imaginaire que de la réalité. C’est cette deuxième facette qui m’a le plus touchée car elle correspond à merveille au titre. Ainsi, l’auteur met en scène la mort physique des hommes par des créatures de l’ombre et philosophique par la déshumanisation des personnages eux-mêmes. Je ne vais pas en dire davantage pour ne pas spoiler. J’aimerais juste saluer l’écrivain d’avoir inclus et traité comme la fin de l’humanité l’une des actions perfide, horrible, terrible et malheureusement trop courante dans la réalité. Certains sujets sont durs mais ils ne font pas l’objet de longues descriptions violentes.

Si le recueil se laisse lire, les histoires manquent souvent d’ambiance. Arnaud Niklaus démarre avec des scènes de la vie courante (parfois empruntes d’humour cynique) et apporte sans réelle mise en bouche ou transition les aspects horrifiques. Cette absence de profondeur qui se remarque aussi au niveau du traitement des personnages, est peut-être due à la formule d’histoire courte. En effet, j’ai eu l’impression que plusieurs nouvelles auraient eu plus d’impact en étant développées. Comme dit plus haut, le concept de base est intéressant. C’est dommage que le développement soit si superficiel.

Les personnages ne restent pas en mémoire. Ils sont pour la plupart banals et stéréotypés : la belle-mère qui n’aime pas son gendre, le mari parti avec une plus jeune à gros seins, le sportif hautain, etc. Toutefois, l’auteur réussi à se servir de ces portraits et à les inclure avec cohérence dans la suite de l’histoire et dans l’élément horrifique final. Le défaut se transforme en raison, en cause.

La plume est simple et plutôt basique. L’auteur recourt souvent à la technique de la pensée cynique. Plusieurs coquilles parsèment le recueil.

En bref, Terminus pour l’humanité est un corpus de nouvelles au thème bifacial intéressant mais qui n’arrive pas à déployer une réelle atmosphère d’horreur et immerger le lecteur dans le monde de l’auteur.