L’épée de providence (Le Sorceleur, #2)

  • Titre : L’épée de providence (Le Sorceleur, #2)
  • Auteur : Andrzej Sapkowski
  • Éditeur : Bragelonne
  • Catégorie : fantasy
Ceci est un second tome, il y a donc des spoilers sur le précédent.

Ma lecture du deuxième tome du Sorceleur remonte à l’année passée, juste avant le commencement de l’affaire Marsan. Autant vous dire que malgré les baisses de régime que j’ai connu en 2021 concernant la rédaction des chroniques, cette histoire m’a refroidie. Je n’avais pas le cœur de mettre en avant une publication de la maison d’édition qui se murait dans le silence et ne semblait pas agir du tout à son encontre. C’est pourquoi j’ai réservé mon avis pour plus tard. J’ai hésité vu que les raisons du départ restent floues et ne montre pas la réelle position de la ME. Toutefois, je ne peux pas punir les auteur.rices pour les crimes de quelqu’un d’autre.  

L’épée de providence se fonde, comme pour son prédécesseur, sur un recueil de courts textes, mais cette fois, sans chapitre portant un titre unique qui marquerait, le présent du récit ou le fil conducteur. Toutefois, une ligne rouge existe bien, désignée par le titre même du livre. Elle relate la rencontre de Geralt de Riv et la petite Ciri qu’il avait demandé en récompense du sauvetage lors du banquet de Calanthe de Cintra. Cette gamine possède un côté princesse hautaine. Déterminée, elle s’est enfuie jusqu’à la forêt des dryades pour échapper au mariage. C’est là que son chemin croise celui de Geralt. 

Autour de ce cœur principal, les autres textes nous présentent de nouveaux personnages et contrées. Mon ressenti global pour cet opus est plutôt mitigé et ressemble à la forme d’une vague : une montée en douceur qui prend de l’ampleur avant de s’échouer sur la plage sur laquelle elle glisse trop longtemps pour rejoindre la mer. Sans m’arrêter sur chacun d’entre eux, je vais dresser un rapide portrait des épisodes que je retiens : 

Les limites du possible présente des protagonistes stéréotypés tel le preux chevalier qui désire occire les dragons. Je n’ai pas apprécié les Zerricanes, qui tout en étant des guerrières, véhiculent des clichés en plus de subir du sexisme. Elles ont le droit de prendre les armes, seulement si elles sourient et sont gentilles avec les hommes, sinon elles doivent rester au foyer. Le pire, c’est qu’aucune ne proteste. Toutefois, j’ai trouvé l’histoire divertissante grâce à ses scènes de combats et intéressante par le thème abordé : la dominance des espèces. La prospérité de l’humain et la défense des animaux (les gros lézards cracheurs de feu inclus) font débat parmi les protagonistes. Ce discours amène une conclusion au trait écologique. 

Le Feu éternel est une magnifique ode à la difficulté de l’intégration. Aux efforts immenses que les « étrangers », les créatures, ici un doppelgänger, font pour obtenir une place sans rejet constant. Le retournement de situation finale m’a touché. 

Une once d’abnégation met en avant la sensibilité de Geralt, alors que les mutants (comme déjà évoqué dans le premier tome) n’ont pas de sentiments. 

En bref, j’ai apprécié ma lecture de L’épée de providence. Si ce second tome commence sur une histoire sympathique et typique des contes de chevalerie, il se démarque néanmoins par ses thèmes abordant la protection des animaux et l’importance de l’intégration des étrangers. Dommage que la fin du bouquin m’ait paru aussi longue et dramatique pour rassembler Ciri et Geralt.

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The Girl in Tower (The Winternight, # 2) de Katherine Arden

  • Titre: The Girl in Tower (The Winternight, # 2)
  • Autrice : Katherine Arden
  • Éditeur : Del Rey Books
  • Catégorie : Fantasy

À l’approche de la nouvelle année, j’ai mis le cap sur les plaines enneigées d’une Russie médiévale imaginaire comme je l’avais fait à la même période un an auparavant avec le premier tome de la trilogie The Winternight par Katherine Arden.

Je vous invite à lire The Bear and the Nightingale avant cette chronique, car j’évoque des éléments cruciaux de son histoire.

The Girl in The Tower nous ouvre les portes de Moscou, de son château et de ses manigances nobiliaires. Nous retrouvons la sœur de Vasilisa, Olga qui a endossé son rôle de princesse de Serpukhov avec brio. Elle s’occupe de ses enfants et accompagne la Grande Princesse lorsqu’une suivante, Darinka évoque sa rencontre avec le fantôme de la tour.

Parallèlement, Sasha, ayant pris le nom de frère Aleksandr, revient de mission après avoir sauvé le prêtre Konstantin de la mort. Il apporte de mauvaises nouvelles sur des pillages et des kidnappings de jeunes filles dans les campagnes.

Enfin, Vasya qui a fui son village suite au trépas de son père et aux accusations de sorcellerie décide de revêtir le manteau du voyageur au côté de Solovey au grand dam du seigneur des neiges Morozko. Elle s’élance dans la forêt et croise les horreurs des bandits. Elle se met en quête de sauver les malheureuses captives. Son acte de bravoure la propulse à la cour de Moscou où elle va devoir dissimuler son identité et ne pas baisser sa garde en goutant aux privilèges masculins.

Après la campagne où une lutte entre les esprits païens et la religion se déroulait, ce deuxième opus nous dévoile la vie citadine et princière de la cour Muscovite où les nobles rivalisent pour s’attirer les bontés du grand Dmitrii et où les manigances politiques et stratégiques vont bon train. À côté de cette peinture moyenâgeuse où les femmes doivent vivre cloîtrées entre quatre murs, on en apprend plus sur le mystère du collier de Vasya et sur son lien avec Morozko grâce à un développement de l’intrigue où la dame de la tour reste pourtant peu présente tout au long du récit.

L’enjeu du livre se situe sur le plan politique qui place une tension suivant l’axe des bandits et celui du système féodal. Le tout est enrobé de batailles et de fête religieuse qui remplace une célébration païenne. Vasya évolue entre émerveillement, insouciance et méfiance surtout vis-à-vis du seigneur Kasyan qui s’intéresse à elle depuis leur première rencontre pour d’obscures raisons.

Les thèmes du premier tome sont toujours utilisés dans ce second livre avec une vision de la place de la femme dans la société qui se resserre autour de la gorge de notre héroïne dans cette ville où les hommes règnent en maitre et où les exploits d’une femme sont mal vus, peu importe leur courage. L’une des idées sous-jacentes que j’ai appréciées concerne l’effort :

«I carve things of wood because things made by effort are more real than things made by wishing»

Je sculpte des choses en bois parce que les choses fabriquées par l’effort sont plus réelles que celles réalisées par souhait.

Des personnages peu présents dans le premier livre ressurgissent avec Olga qui déplore l’attitude de sa sœur, mais ne peut lui en vouloir bien longtemps en raison de son amour pour elle. Leur frère Sasha considère d’un mauvais œil le travestissement de Vasya, toutefois, il protège son secret dès le début de peur de la voir souffrir si son identité était découverte. Les nouveaux acteurs, quant à eux, sont moulés dans le pur esprit moyenâgeux. Dmitrii, le Grand Prince, gère sa cour du mieux qu’il peut. Il fanfaronne avec témérité devant ses hommes et n’hésite pas à courber la tête face au représentant de son propre suzerain. Kasyan est le chef d’une petite tribu aux intentions cachées. Il se présente au prince de Moscou pour aider son peuple. Une aura de mystère l’entoure jusqu’au bout. 

La plume de Katherine Arden est toujours aussi agréable à lire. Elle tisse son histoire avec une simplicité déconcertante en mêlant réalité et magie avec brio et aucun défaut. On ne peut que croire à ces paysages enneigés où les démons et les fées survivent en parallèle des humains et de leur religion. Chaque élément de son récit s’imbrique à la perfection pour dévoiler une histoire générationnelle qui risque bien de perdurer au-delà de Vasya.

En bref, The Girl in The Tower m’a conquise autant que le premier tome de la trilogie avec ses rebondissements et son héroïne qui déploie un courage et une volonté à toute épreuve pour prouver sa valeur et sa place dans ce monde qui la renie à cause de son sexe. L’autrice joue la carte de la stratégie et de la politique au lieu des religions païennes et orthodoxes pour nous offrir un récit fantastique palpitant que je n’ai pas pu lâcher.

La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, romance

Je remercie du fond du cœur Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son dernier roman en échange d’une chronique sincère, et d’avoir été aussi patiente et clémente face au temps que j’ai pris pour l’écrire.

Étant donné que j’aborde des éléments cruciaux du précédent tome, je vous invite à passer votre chemin sur cet article si vous ne l’avez pas lu. A moins que vous aimiez la torture à coup de spoilers.

Saraë, la haute-reine des elfes se vide de son énergie vitale pour tisser le bouclier d’amour qui protège son peuple. Les trois prêtresses se relayent à son chevet pour l’aider, quitte à en mourir. La situation semble perdue lorsque le grand mage Hermanus fait irruption dans la chambre et l’empêche de sombrer dans l’au-delà. Porteur du chant do, il rapporte à sa majesté la prophétie des sept chants et la quête pour les retrouver et sauver Gahavia. Pour ce faire, trois héros doivent être rassemblés : le Protecteur, la Double et l’Inattendu. Impatiente de retrouver Edoran parti en guerre contre les forces de Mork Örn, Saraë, devenue oracle lors de sa guérison, se montre dure en affaire. Elle donnera les noms des trois en échange de sa participation à la recherche des porteurs des chants.

Bien qu’on entre rapidement dans le vif du sujet, j’ai ressenti des longueurs dans la première partie du bouquin en raison des rappels et des explications supplémentaires sur l’univers qui arrivent presque d’un bloc. Certains passages m’ont semblé répétitifs par leur proximité comme le périple d’Hermanus qui est largement évoqué puis détaillé en profondeur quelques chapitres plus loin.

J’ai été quelque peu interloquée par les relations entre les personnages. L’autrice a fait un travail remarquable en amont pour tisser les liens entre les protagonistes. C’est indéniable. Malheureusement, elle les synthétise en quelques lignes descriptives, et fait de nombreux raccourcis sur des moments-clés que j’aurais aimé vivre avec eux. Je prendrai l’exemple de Thésis et Edoran qui forment un duo de choc sans qu’on vive la naissance de cette symbiose dans le combat. La seule véritable relation qui est traitée avec minutie, est celle entre Edoran et Saraë. Si je devais exprimer le style de ce bouquin à coup de fusain, je représenterais une balance qui ne cesse d’osciller entre fantasy et romance sans savoir quel genre choisir en priorité.

Ce résultat provient du pari que l’écrivaine s’est lancée en intégrant au noyau principal de nouveaux protagonistes plutôt que de repêcher ceux de La Délégation. Qui dit du sang frais, signifie bâtir, en repartant de zéro, de nouveaux liens en parallèle de la multitude d’événements qui doivent être relatés dans le roman pour faire avancer l’histoire.

Les épisodes de la seconde partie deviennent de plus en plus intenses et exploitent à merveille la notion de dimensions introduites avant le début de l’aventure dans le premier tome du Conte des Sept Chants. La quête qui avait des allures classiques, prend un tournant inattendu.

Parmi les nouveaux arrivants, le mage Hermanus fait figure de grand sage malgré ses nombreux préjugés envers la reine, qui tomberont les uns après les autres face à sa ténacité, son intelligence et, surtout, son aptitude à apprendre de ses erreurs rapidement. Le nain Olbur est plutôt standard : grognon et jovial. L’aelder Thesis est, quant à elle, brave et droite. Elle prend les responsabilités à bras le corps.  

Le Bestiaire inventé par Cécile Ama Courtois est l’un de mes petits plaisirs de lecture même si seules les hordes du Seigneur Noir en font partie. Elle fait preuve d’une grande imagination pour nous dépeindre ses monstres que l’on ne voudrait pas rencontrer même dans une avenue illuminée de soleil.  

Gageons que le chant des Sept pourra les exterminer grâce à l’harmonie qui apaise les ires, fait vibrer les cœurs et transcendent les langues et les peuples. C’est le pouvoir de la musique sur lequel l’histoire de La Quête est élaborée. Un art important chez la romancière au point qu’elle partage avec nous ses compositions lyriques pour accompagner le voyage des compagnons.

Sa plume est toujours aussi captivante. Elle allie le style poétique et médiéval avec brio. Le tout parsemé ça et là d’humour et teinté de noirceur pour nous faire trembler. Son écriture décrit des scènes de batailles avec détail et dynamisme.

En bref, La Quête est un second roman qui nous fait réellement entrer dans le vif du sujet. S’il m’a semblé déséquilibré au début par les raccourcis des relations entre certains personnages, la seconde partie avec le développement de l’histoire autour des sept chants ainsi que la manière de les retrouver, m’a conquise. Je me demande quel sera la tonalité du concert dans le troisième livre ?

Les larmes de Sitaël (Legendion, #3)

  • Titre : Les larmes de Sitaël (Legendion, #3)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Les mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Attention, ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les deux précédents tomes. J’évoque des éléments qui pourraient vous gâcher l’excitation de la découverte. Je vous rappelle que même si vous changez d’Echo/de page, vous vous en souviendrez.  

C’est avec un immense plaisir que je chronique le troisième opus des aventures d’Eloran et Lerena, confié par son auteur via SimPlement.pro. Un grand merci de me faire une nouvelle fois confiance.

Après la catastrophe de Saint-Reheal, la flotte royale retourne vers Escasam. Le petit groupe s’allie pour défendre le secret d’Eloran et éviter que sa véritable nature soit révélée au roi. Les choses se compliquent lorsque ce dernier entreprend des audiences pour comprendre ce qui s’est passé dans le camp des Naurs et à la cité maritime. Parallèlement, un événement marquant ce produit. Les anges fuient la sphère céleste pour se réfugier parmi les mortels. La Reine Ecarlate brise leur hiérarchie palier par palier vers un but qui reste encore un mystère. L’approche d’Ocaria est imminente tout comme le danger les guettant.

Ce roman alterne des épisodes du passé et du présent. Le voile sur l’amitié entre Erathostène et Sinaï Hallebardier se lève à mesure que le souverain récupère ses souvenirs. La haine que ce premier voue aux Forces Interdites s’effrite. Ce qui laisse ses hommes abasourdis par ses états d’âme. Le sauvetage des anges est orchestré par Ohen un peu partout sur terre. L’ensemble de ces événements me donne l’impression que l’action principale se dérouler en dehors du navire.

La traversée est plutôt calme la majeure partie du bouquin. Comme un moment de repos malgré les questions du roi dont les interrogatoires sont pacifiques, et les visions d’Evelène. Eloran ose aborder le sujet de sa mort ce qui soude l’équipe.

Suite au pion que l’ennemi avait avancé sur le plateau de jeu à la fin du deuxième livre, j’étais dans l’attente de voir les malheurs qu’il allait engendrer. J’ai trouvé le délai un peu long bien que beaucoup de choses se passent et de nombreuses histoires sont narrées sur des personnages secondaires comme Olakma et Mamias. Même la nature de Mésange-Lugubre est expliquée en même temps que la conception philosophique de l’âme, de l’esprit et du corps dans l’Echodria. L’intérêt se situe vraiment en dehors du bateau et dans le passé pendant les deux tiers de l’intrigue.

L’auteur continue à exploiter les mêmes thèmes que dans les précédents romans. Alors qu’il mettait en évidence l’horreur des Echos où on peut revivre plusieurs fois la même douleur, il tire parti de toutes les facettes de son univers en abordant le côté positif d’avoir une âme répartie entre différents corps pendant une durée limitée. Ainsi, Eloran peut profiter du temps qu’il lui reste pour se concentrer sur l’accomplissement de son existence en profitant à fond de ceux qu’il aime ou tout faire pour trouver un moyen d’échapper à son sort.

A travers le personnage de Lerena, il continue de combattre le poids des traditions qui emprisonnent les femmes dans un rôle d’épouse même sur le trône. A croire qu’elles ne peuvent prendre des décisions pour le bien-être du royaume sans homme.

« Le monde partait en vrille et son sort n’allait pas se jouer au pied de l’autel d’une église. »

La plume de Rémi Bomont est toujours aussi dynamique et captivante même quand les dialogues possèdent une emphase théâtrale ou un ton issu de chansons de geste. C’est avec une bonne surprise qu’il utilise l’écriture inclusive pour parler des anges. Iels n’ont pas de sexe après tout.

En bref, Les larmes de Sitaël ressemble à un intermède posant les bases de la suite de la série du Legendion.  Des éclaircissements sont apportés sur le passé commun de certains protagonistes. Ohen continue à avancer ses pions depuis l’ombre du monde et la Reine Ecarlate fait une brève apparition en arrière-plan. Toutefois, la confrontation entre ces diverses forces reste sommaire. J’attends tout de même la manche suivante avec impatience.    

DRAGONS et autres bestioles d’Alizée Villemin

  • Titre : DRAGONS et autres bestioles
  • Auteur : Alizée Villemin
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : nouvelles, fantasy, comédie

Après avoir dévoré l’aventure catastrophique des fils du Corbeau, c’est avec plaisir que je me suis délectée du nouveau recueil de nouvelles d’Alizée Villemin. Un énorme merci à l’autrice de m’avoir confié son livre en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro

Cet ouvrage présente neuf récits hilarants ou charmants qui inversent et jouent avec les codes de la fantasy. Vous ne verrez plus les créatures fantastiques de la même manière entre un dragon végétarien qui va délivrer une princesse pour de la mousse au chocolat (meilleure raison au monde pour faire ce job ingrat), des licornes pas si merveilleuses que ça avec leur caractère de cochon, ou encore une fée gothique qui sympathise avec un dragon des glaces.

L’autrice ne s’amuse pas seulement à inverser les qualités et les défauts de ces fabuleux personnages, elle ose introduire des thématiques actuelles dans le genre de la fantasy. Ainsi, les dragons ne sont pas seulement friands de légumes, ils veulent du bio et du commerce équitable. 2020 l’a également inspirée pour un mage au nom qu’on voudrait oublier et qui ne se dandine pas comme un jeune homme en dansant malgré son âge avancé. La magie ne semble pas être assez puissante pour éliminer l’arthrose et les rhumatismes de ce vieux sorcier.  

Deux nouvelles tranchent un peu avec le reste des récits. Il s’agit de La Voie de fay et de Corignis Surprise ! La première par la bataille identitaire de deux êtres qui vont se rencontrer et s’accepter tel qu’ils sont. Ils désirent vivre en étant eux-mêmes sans être jugés par leurs pairs. La seconde par la beauté de la fin et le genre qui délaisse le fantasy médiéval pour un Paris steampunk où les Dragons-cyborgs ont envahi le paysage.

J’ai énuméré pas mal de détails de ce recueil. Et pourtant, je ne vous ai décrit qu’une pincée de la richesse de ce livre dont la plume légère, visuelle, dynamique et fluide nous entraîne dans un moment de pur plaisir et de musculation des zygomatiques.

« Tout l’air de l’Himalaya circulait entre ses deux oreilles, sans rencontrer le moindre obstacle neuronal. »

En bref, DRAGONS et autres bestioles du même acabit pour vous donner le titre complet, est un recueil à glisser de son fauteuil à cause d’une crise de fou rire. En plus de présenter une nouvelle vision sur les créatures fantastiques, il véhicule des idées contemporaines avec humour et brio.

Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories :nouvelle, fantasy

Le cycle de Barcil est une série de dix nouvelles écrites et autoéditées par Jean-Marc Dopffer. Chaque histoire met en scène un personnage qui aura un rôle important dans un roman clôturant la saga. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir une fois de plus permis de plonger dans son univers. Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à visiter son site où une carte de Barcil vous attend.

Riguel est issu d’un clan des hommes du nord. Svalbardien dans l’âme, il prend la dague de ses ancêtres pour passer l’Epreuve des Guerriers et avoir droit de porter une épée au côté des combattants. Rapporter la tête d’un ours est un rite ancestral de passage à l’âge adulte qui doit se faire en solitaire dans le Désert Blanc. Cette terre enneigée et hostile qui met le cœur des hommes à nu. Il partait pour atteindre son objectif, il va faire une rencontre bouleversante.  

Cette aventure nous dévoile le pays nordique et les adversaires que les Tigyliens affrontent au Pont Frontière lors de la seconde aventure du cycle de Barcil (Gienah, la Mercenaire). Contrairement à ses précédents récits, ce chapitre est plus lent à démarrer. La narration prend le temps de l’introspection en présentant le passé de Riguel et sa nature sensible sous la couche de muscles et l’aspect brute. Elle est le reflet de la méditation que le voyage dans ce paysage blanc engendre. Par la suite, l’action reprend le dessus en prenant un tournant des plus surprenants.

La mythologie autour du dieu des Glaces, Svanhyel, est légèrement mise en avant. Le rideau est partiellement levé sur la nature du mur au bout de l’océan et la légendaire Astragan. Progressivement, l’écrivain dessine son univers à travers les intrigues et les yeux de ses personnages.

Il s’inspire des visions antiques des Grecs et des Romains sur les hommes du nord pour dépeindre le barbare Riguel, qui, s’il peut être téméraire, possède quelques fois, une certaine prudence et intelligence. Il est à l’écoute et prompt à apprendre des autres. Sous les traits durs, Jean-Marc Dopffer gomme la violence bêtement véhiculée de siècle en siècle pour dévoiler un être bien plus sensible qu’il n’y parait, et une civilisation qui lutte contre l’inhospitalité de la glace pour survivre. Riguel aime profondément sa tribu et il est mû par le désir de venger son père. La seule raison qui peut faire vaciller sa détermination, est l’action des dieux. Il est croyant au point de les craindre.

Dans ce tome, le cadre de fantasy médiéval est pour la première fois ébranlé par un monde différent. Je vous laisse découvrir lequel. Si cette nouvelle montre les prémisses de l’incidence d’une telle rencontre, je suis curieuse de connaître ce que celle-ci va engendrer par la suite.  

La plume de l’auteur est toujours aussi délicieuse à lire. Poétique et visuelle, elle esquisse la blancheur de la banquise et la monstruosité des Rahus avec réalisme. Elle rend palpable ce monde qui balance entre hostilité et plénitude.

En bref, Riguel le Téméraire déploie une histoire légèrement différente des précédentes par sa structure et son début méditatif. Elle marque un tournant dans la ligne temporelle de Barcil qui commençait déjà à vaciller dans les récits antérieurs. J’ai hâte de lire la suite.

The Bear and the Nightingale (Winternight, #1) by Katherine Arden

  • Title: The Bear and the Nightingale (Winternight, #1)
  • Novelist: Katherine Arden
  • Publisher: Del Rey book
  • Category: Fantasy

The Bear and the Nightingale opens a door on the medieval Russian folklore. In a little village, Dunya tells her country’s legends by the fireside. These stories nourishes little Vasilisa who will have to arm herself to protect the ones she loves while staying herself.   

The novel has two parts. The first part unveils the context of the storyline: Vasya’s family, her father’s remarriage, the horrible relationship with her mother-in-law (as Cinderella) and the milieu where she is growing. That is a big introduction setting the universe and the pawns on the chessboard. We plunge into the 15th Century in Russia where Christianity stands alongside paganism that is still alive thanks to stories by the fireside and Vasya’s eyes who takes care of household spirits. The second part of the book presents the breaking of the balance. The newcomer priest and the mother-in-law, who is terrified by fantastic creatures, diverted peasants from daily behaviors that allowed the invisible ones to protect their homes. The shield fell at the worst moment: the awakening of the Bear is bringing a terrible winter.

This book is as a fairytale in which magic lives in the Russian snowy forest. The story isn’t original. It’s about the birth of a witch who protects the old traditions and who has a behavior opposite to what a girl should do. However, I like it because of the folklore and the authenticity of the tsar’s kingdom. Especially the Russian words that are explained in a glossary. I rarely read books related to Russia and its history. The author’s skill who makes alive this era, its environment, it’s beliefs and it’s atmosphere, convinced me. As her style that is poetic and full of imagery.

The character of Vasilisa is eye-catching and puzzling. She is the kind of little innocent girl who is able to tell you truths frankly and without animosity. It is making people wary. Above all the priest who doesn’t like her. When she is talking with the spirits, her sentences are naive sometime. It gives a certain style. She disturbs people because of her intelligent observations and her tomboy nature. She prefers running in the wood, riding a horse and keeping her freedom than sewing and cooking all day.

In short, The Bear and The Nightingale is a wonderful dive in snowy Russian lands where the folklore is still alive thanks to a child who is shaking the conventions up to stay free and to be herself.

Le dernier vœu (Le Sorceleur, #1) d’Andrzej Sapkowski

  • Titre : Le dernier vœu (Le Sorceleur, #1)
  • Auteur : Andrzej Sapkowski
  • Éditeur : Bragelonne
  • Catégories : fantasy médiévale, nouvelles

Ma rencontre avec Le Sorceleur d’Andrzej Sapkowski s’est déroulée dans les rayons de la libraire lorsque mes yeux tombèrent sur la nouvelle édition de Bragelonne. Il ne faut pas toujours une grande complexité ou une grande originalité pour attirer le public vers son produit. Les couvertures de cette série sont simples avec le fond imitant le parchemin pâle tirant sur le gris et un blason peint dont les contours, brossés grossièrement, sont entourés de tâches qui, pour le premier tome, rappellent par sa couleur carmin, le sang répandu par le glaive du sorceleur. Le titre, lui-même imprimé en lettres dorées, suscite la curiosité par la fusion évidente des mots sorcier et ensorceleur.

Un sorceleur est une sorte de héros vagabond qui va de royaume en comté et de ville en hameau pour tuer les monstres en échange d’un salaire. Afin d’accomplir leur tâche, il s’aide de deux éléments : les armes et la magie des signes. Geralt de Riv booste ses capacités, sa défense ou agit sur ses attaquants en usant du second. Mis à part quelques noms de signes qui apparaissent ça et là dans les chapitres, cette magie reste encore bien secrète. L’auteur n’en dévoile pas plus et reste sporadique quant à son utilisation. Les nombreuses scènes de combats exploitent plus le côté lutte à coup d’épée.

Le dernier vœu est un ensemble de nouvelles qui s’articulent autour d’un fil conducteur appelé La voix de la raison qui aide à présenter et à dévoiler peu à peu l’univers et le passé du Sorceleur où se mêlent bagarres de rue, intrigues de château et querelles de races. Cette structure me rappelle énormément les séries TV où l’histoire principale est révélée morceau par morceau avant ou après le chapitre exposé dans l’épisode. Elle est inhabituelle pour un recueil de nouvelles mais pas dérangeante. 

Les histoires sont d’une grande variété par les endroits où se situe l’action : ville, forêt, champ, montagne, … Toutefois, aucun des lieux n’est développé. Une myriade de noms de royaume, de comté et de ville sont mentionnés mais aucun ne fait réellement l’objet d’une description complète ou d’un élément original. Ils pourraient se trouver n’importe où dans l’hémisphère nord de la terre. C’est un monde médiéval de type occidental sans grande prétention et typique de la fantasy.

Le seul élément qui peut nous aider à situer le roman géographiquement autre que l’origine du romancier, est la mythologie et le bestiaire slave. Des noms inconnus dans nos contrées sont cités à plusieurs reprises si bien qu’il est dommage qu’Andrzej Sapkowski n’en décrive que deux trois. J’espère que les futurs livres mettront plus en exergue ces animaux fantastiques et légendaires.

L’écrivain exploite également certains contes tels Blanche-Neige ou la Belle et la Bête en les adaptant à son univers sombre et en les réinterprétant.

Le personnage principal se dévoile peu à peu au fil des pages : son passé, son présent et même son futur probable. Geralt de Riv respecte son propre code d’honneur de sorceleur. Sa vision du monde s’est forgée au fil de ses expériences en combattant les monstres et en côtoyant les humains qui ne sont pas toujours d’une grande bonté d’âme si bien que l’on se demande qui possède le plus d’humanité.

Ce questionnement sur la différence, les catégories du bien et du mal, les mutations, sur le monde en général, apporte un petit côté philosophique à l’œuvre. Par moment, des passages sont criants de vérité.

« Les gens, dit Geralt en détournant la tête, aiment bien inventer des monstres et des monstruosités. Ça leur donne l’impression d’être moins monstrueux eux-mêmes. Quand ils boivent comme des trous, qu’ils escroquent les gens, les volent, qu’ils cognent leurs femmes à coup de rênes, laissent crever de faim la vieille grand-mère, qu’ils assènent un coup de hache à un renard pris dans un panneau ou criblent de flèches la dernière licorne qui subsiste sur terre, ils aiment se dire que la Moire qui entre dans les chaumières au point du jour est plus monstrueuse qu’eux. Alors ils se sentent le cœur plus léger. Et ils ont moins de mal à vivre. »

Dans la première moitié du volume, j’ai eu l’impression que les personnages secondaires des différentes nouvelles se ressemblaient tous dans leur manière d’être et de parler (ex : un type bavard et cynique). Ensuite, certains protagonistes ont enfin relevé le niveau comme Calanthe de Cintra dont j’ai beaucoup aimé sa personnalité de régente même si à la fin de l’histoire elle retourne un peu trop vite sa veste pour aller dans le happy end. La voix de la raison et les derniers récits ont l’air de présenter les compagnons récurrents de notre Sorceleur comme Nenneke, Yennefer et Jaskier. Comme une sorte de mise en bouche pour la suite.

L’écriture de l’auteur m’a semblé bien inégale. Dans les premiers chapitres, le style est parfois bien simple et répétitif. Dans Le Sorceleur qui sert d’introduction réelle à l’univers, je me suis retenue de compter le nombre de fois que le mot strige était cité. Mais par moment, chaque phrase le possédait. Par la suite, la plume s’est améliorée et diversifiée notamment dans les dialogues dont le verbe des protagonistes semblaient être le seul à avoir été l’objet d’une vraie attention. Dans Le bout du monde, les discours font même intervenir un vieux patois (ici du vieux français pour la traduction) parlé par les autochtones et la langue elfique. L’humour employé allège l’emphase des paroles qui rappellent par moment les poètes ou les jeux scéniques qui utilisent beaucoup de grands et beaux mots pour décrire et relater les faits.

Enfin, l’un des éléments qui m’a le plus plu est l’ère dans laquelle évolue Geralt de Riv. Il s’agit d’une période où l’on sent arriver une rupture, la fin probable de la vocation de sorceleur car notre héros a dû mal à trouver des personnes prêtes à payer pour éradiquer des monstres gênants et qui semble disparaitre de la lumière du monde. Les êtres fantastiques comme les nains et les elfes, laissent à contrecœur la place aux hommes dont l’hégémonie approche à grands pas. Je me demande quel axe l’écrivain choisira dans le futur.

En bref, Le dernier vœu est un recueil de nouvelles à la structure intéressante qui pose les bases de l’histoire du Sorceleur. Ce tome est plutôt inégal au niveau de sa qualité et l’univers n’est pas original. Il se laisse simplement lire à petits doses.