Éliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot

  • Titre : Éliott et la bibliothèque fabuleuse
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Rageot
  • Catégories : jeunesse, fantastique

Après mon coup de cœur pour Rouge, c’est naturellement que je me suis penchée sur la bibliographie de Pascaline Nolot dont la plume m’avait envoutée. Mon choix s’est arrêté sur Éliott et la bibliothèque fabuleuse, un livre jeunesse promettant magie et dépassement de soi. Encore une fois, je n’ai pas été déçue par ma lecture.

Poursuivi par les sbires de l’infâme Charlie, Éliott se réfugie dans l’antre de la bibliothèque pour leur échapper. Fatigué par ce rituel postscolaire, il s’endort jusqu’à l’heure de fermeture. À son réveil, il surprend la vie secrète de l’endroit et l’existence de La Brigade des Rats de Bibliothèque, une société qui règle des problèmes propres au monde littéraire. L’affaire est portée devant le tribunal de l’organisation et l’enfant doit accomplir trois missions pour expier son crime. Lors de la première tâche, il rencontre L’indispensable guide de survie du souffre-douleur qui lui glisse à chaque fois entre les mains comme un savon mouillé. Or, il désire l’attraper et le lire à tout prix !

Dès l’ouverture du roman, l’autrice dessine le contexte de départ et les personnages avec brio. Elle introduit la magie en quelques pages avec naturel. La fluidité et le dynamise de sa plume colorée m’a de suite happée dans cette mise en bouche décrivant le quotidien horrible d’Éliott qu’elle contrebalance par des épisodes rocambolesques à croquer comme du chocolat. Dans Rouge, elle m’avait déjà épatée par son adaptation aux langages des villageois rustiques et anciens. Ici, elle use du champ lexical du monde littéraire pour métamorphoser ou employer des expressions qui respirent l’amour de la langue française et des livres. D’ailleurs, si l’univers emprunte le chemin des agents secrets, il n’y a aucune arme farfelue (mise à part peut-être les crayons-lasers), juste des bouquins qui nous sauvent en nous permettant de nous évader le temps d’une lecture et de nous prendre pour des héros.

Éliott est ravi de pouvoir vivre de folles aventures comme son héros favori, Georges Padenom. Ce petit garçon adore lire et désire échapper à la méchanceté de Charlie. Bien que la fuite constitue sa meilleure méthode, il n’est pas dénué de courage et n’hésite pas à sauter dans l’extraordinaire auprès de Caleb, bibliothécaire-rockeur le jour et directeur de la BRB le nuit, ainsi que l’intraitable Maaaow (M. Chat pour ceux qui sont incapables de prononcer son prénom correctement).

Inflexible sur le règlement, ce matou (directeur adjoint de la BRB) intente un procès à Éliott pour l’évincer en vain malgré l’avocat fantôme amnésique dont il l’affuble. Peu à peu, l’enfant découvrira les raisons de sa haine des humains. Derrière son côté impitoyable se cache un cœur droit qui déteste l’injustice.

Le thème principal du roman se centre sur le harcèlement scolaire qui touche les enfants, même à un jeune âge. Éliott n’a que dix ans ! L’écrivaine aborde la notion de honte que ressentent, non pas les bourreaux, mais les victimes. Une triste réalité. Ce sentiment qu’aucune victime de violence ne devrait subir ! Le comportement inadéquat des adultes est également évoqué : les œillères que les professeurs et les parents posent d’eux-mêmes, car les brimades et leurs conséquences doivent rester dissimulées sous prétexte que ça ternit la réputation de l’école pour les premiers et qu’il est impossible que la vie de sa progéniture soit aussi pourrie dans la vision des seconds. On imagine toujours que ça n’arrive qu’aux autres.

Vous l’aurez deviné, j’ai adoré ce livre. Si je devais vraiment lui trouver une faiblesse, ce serait l’absence de raisons derrière le comportement de Charlie. Globalement, on n’apprend pas grand-chose d’elle. Pourquoi est-elle si méchante ? Mystère. Ce choix reste compréhensible, car l’autrice a préféré se focaliser sur le pouvoir d’Éliott et de ses victimes qui se croient faibles alors qu’iels possèdent pourtant un courage, une force et une confiance insoupçonnés. Le pouvoir d’user des mots, de délier la parole pour retourner la situation en sa faveur. De faire soi-même le premier pas vers la liberté de vivre sans maltraitance. D’agir de telle façon que les autres, les spectateurs finissent par s’unir pour arrêter la machine de la violence qu’ils détestent aussi.

je ne suis pas magique : seuls les mots le sont…

En bref, Éliott et la bibliothèque fabuleuse est une pépite. Basé sur un thème tabou et malheureusement trop répandu, ce roman jeunesse fantastique désamorce cette bombe avec intelligence et brio. Il est à mettre dans beaucoup de petites mains pour montrer que l’espoir existe. Pas seulement dans l’imagination, mais aussi enfoui dans les tréfonds de nos cœurs.

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Filles de Rouille de Gwendolyn Kiste

  • Titre : Filles de Rouille
  • Autrice : Gwendolyn Kiste
  • Éditeur : Éditions du Chat noir
  • Catégories : conte social, fantastique, horreur

Filles de Rouille intrigue par son titre et ensorcèle par sa couverture réalisée par Marcela Bolivar. L’illustration m’évoque un bûcher. Les fumées du haut fourneau et la ferraille consument les deux filles qui s’enlacent, car elles se comprennent mutuellement et se réconfortent face à l’expérience qu’elles vivent jusqu’au plus profond de leurs os. La couverture symbolise la destruction de l’avenir des jeunes filles des quartiers industriels que les pères et les mères étouffent dans un rôle.

La tour de l’usine métallurgique domine les rues de Cleveland où se déroule le récit. Ce roi expulsant les émanations toxiques sur ses larbins est sur le déclin. L’histoire du roman s’ouvre en 2008* sur le retour de Phoebe dans sa ville natale après vingt-huit ans pour aider sa mère à vider la maison de son enfance, car celle-ci va être démolie par une entreprise. Portant le poids du drame qui s’est joué l’été de son diplôme, elle rencontre Quinn, une fille sans futur, qui fait resurgir des souvenirs douloureux.

1980. Une vie nouvelle s’offrait à Phoebe qui allait enfin pouvoir étudier la biologie à l’université et, par-dessus tout, quitter ce maudit quartier qu’elle déteste. Elle espérait en profiter avec sa cousine et meilleure amie, Jacqueline, jusqu’à l’apparition d’une étrange maladie qui détériore les corps de Lisa, Helena, Violet, Dawn et la seule âme avec qui elle partage tout : Jacqueline.

Filles de Rouille est classé successivement sur la quatrième de couverture par la ME en Horreur, Mutation et Conte social. Personnellement, j’aurais inversé ces genres, car la partie horrifique (au-delà du fait que je sois insensible ou psychopathe, je vous laisse choisir) m’a paru quasiment sous-jacente. Certains épisodes de terreur, comme la vision de la chair découvrant les os rouillés et la maison hantée, apparaissent bien, mais leur fréquence reste faible. De plus, la narration se place du point de vue de Phoebe qui veut aider les filles, contre les hommes du gouvernement, les voyeurs malsains et les autochtones. Du coup, « ce qui fait peur » découle plutôt des comportements des habitants vis-à-vis des malades, ce qui relève plus d’un aspect social pour moi, au vu de la portée féministe du roman.

La métamorphose s’inscrit dans le body horror. Toutefois, les transformations ne m’ont nullement dégoutée ou effrayée (et là, je suis sûre que votre avis va pencher vers l’option psychopathe). Au contraire, les descriptions me donnaient l’impression d’être devant des œuvres belles et surtout symboliques qui renient l’étiquette de monstre. Cette « maladie » qui suinte l’eau croupie, modifie les ongles en verre et les os en métal rouillé, incarne à la fois la déchéance et la liberté.

La déchéance, c’est celle des filles des années 1980, qui ne peuvent exprimer, ni espérer, ni devenir, ni gérer leur vie de par leur statut de femme. Leur entourage les oblige à rester immobiles dans le moule conçu par la société. Destinée à y rouiller, à perdre leur humanité par l’abandon des rêves et de la joie.

Lisa subit les violences de son père alcoolique que personne n’ose ni affronter ni arrêter malgré les soupçons. Violet voulait étudier la photographie dans une école d’art, souhait piétiner par ses parents. Jacqueline jouit peu de liberté, car sa mère possessive surveille ses faits et gestes, en plus de détester Phoebe. Helena est la fille modèle du pasteur du quartier. Enfin, Dawn est la mère enfant. Elle a osé tomber enceinte avant son diplôme, il faut donc la remettre sur le droit chemin en décidant pour elle et son bébé.

Cinq filles, cinq portraits ancrés dans un contexte de crise sociale dû à la fermeture de l’usine. Ces images semblent lointaines, pourtant elles existent encore de nos jours. Leurs destins scellés par l’autorité parentale et le patriarcat qui régissent le rôle des femmes engendrent la déchéance de leurs corps qui reflète la dépression psychologique causée par leur quotidien. Cependant, elles ne se laissent pas abattre, car elles ne sont pas seules à subir la cruauté ordinaire. Elles se comprennent et se soutiennent tandis que les êtres aimants s’en détournent (sauf Phoebe). Grâce à leur différence exprimée par leurs mutations, elles trouvent la force de s’échapper. Où ? On ne sait pas trop, elles disparaissent tout en étant toujours là, notamment dans le cœur de Phoebe. L’unique chose qui est certaine : c’était leur propre choix ! Les Filles de Rouille ont transformé ce qui était perçu de prime abord comme un calvaire, une faiblesse, une horreur, pour se départir de ce monde crevé et malsain.

L’origine de ce mal, l’abnégation de la liberté féminine, Phoebe y échappe depuis des années. Elle est celle que l’on doit éviter de fréquenter. La fille à la mauvaise réputation : elle boit, sort avec des mecs, s’oppose aux bonnes mœurs et surtout, répond aux adultes ! Simple théorie de ma part : la narratrice n’est pas touchée par la maladie, car elle ne s’est jamais laissé enfermer dans un moule sur lequel on taperait des coups de marteau pour lisser les bosses imparfaites. D’ailleurs, elle est la première à vouloir aider, sauver les cinq filles, en commençant par Lisa. Ses tentatives vont empirer l’histoire. 

Cyniquement, la marginale se retrouve figée dans le passé. Il faudra attendre vingt-huit ans, sa rencontre avec Quinn et la fille de Dawn pour atteindre la rédemption. 

Si vous êtes arrivé.es jusqu’à ces lignes vous aurez compris l’intelligence et la richesse que je vois dans ce livre. Je dois vous avouer que ce roman ne m’a pas transporté en dépit de l’ensemble des aspects décrits plus haut. Je m’attendais à recevoir une claque après avoir lu des chroniques et grâce à son manteau féministe. L’alchimie n’a pas opéré.

J’ai trouvé le récit long, je m’attendais au fil des chapitres à connaître une montée en puissance, notamment par la révélation imminente du lourd secret de Phoebe, qui n’a pas eu l’effet escompté. Je ne me suis attachée à aucun personnage. Même pas à la narratrice qui endosse, pourtant dans sa jeunesse, mes caractéristiques préférées. Elle est marginale, déterminée, critique de la société humaine et altruiste jusqu’à un certain point. Sa manière de penser revêt une couleur pessimiste, même dans les épisodes du passé (sans doute parce que c’est la quarantenaire qui raconte l’histoire). Phoebe ne prend pas vraiment les armes (langages) pour défendre la cause féminine et les filles, sauf occasionnellement. J’ai, plutôt, eu l’impression de me retrouver devant une adolescente en pleine crise de rébellion qu’une personne qui se bat pour la liberté des femmes.

Je tiens à préciser que ce n’est pas incohérent. Phoebe vient d’atteindre l’âge adulte et les origines de la maladie, comme le traitement, sont incompréhensibles et insolvables même pour le gouvernement et les experts médicaux. Alors comment une jeune diplômée pourrait-elle combattre cette mutation ? Ce roman a beau être un conte, il s’intègre plus dans la réalité que l’on ne pourrait le penser.

Les cinq filles de rouille manquent de profondeur, de consistance. On n’a pas beaucoup de choses à se mettre sous la dent avant la transformation et on les côtoie peu après. Au fond, cela reste tout aussi logique que les réactions de Phoebe, car elles sont les marionnettes de leurs parents et de la société comme expliqué plus haut : leurs vraies personnalités sont étouffées.

La fin m’a parue un peu trop simple. Certains problèmes qui surgissent dans le présent sont réglés en une prière malgré les inconnues restantes. Cette facilité m’a surprise.

Enfin, la plume de Gwendolyn Kiste fait partie des causes de mon stoïcisme, mon impassibilité à la lecture du roman. Là encore, je m’attendais à autre chose, car j’avais lu l’extrait de Plumes et ciguë publié sur les réseaux sociaux des Éditions du chat noir. Ces quelques mots m’avaient émue, bouleversée. Ainsi, mes espérances s’avéraient trop élevées pour la découverte d’une nouvelle autrice dans ma bibliothèque. Pour en revenir au style de l’écrivaine, celui-ci est simple et reflète la dureté du contexte. Le pinceau du fatalisme et du pessimiste dépeint la réalité de Denton Street où rien ne va jusqu’au mobilier et à la vaisselle, si bien que tout paraît lourd à longueur de paragraphes. Certaines phrases sont magnifiquement tournées, car l’autrice emploie le champ lexical du milieu industriel pour décrire les émotions.

En bref, Filles de Rouille représente une fresque sociale d’un quartier en perdition dont les familles moroses se retrouvent démunies face à une maladie surnaturelle. Par les mutations, cette histoire dénonce les méfaits du patriarcat sur les femmes, issues du milieu ouvrier, qui se découvre une nouvelle force malgré les entraves. Cette œuvre symbolique mérite d’être lue, même si elle ne figure pas parmi mes meilleures lectures du genre.

*Dans le roman, il est noté 2018, ce qui est manifestement une coquille : Phoebe a 18 ans en 1980 et au premier chapitre, elle en a 46. Je vous laisse faire le calcul. 😉

Le codex de Paris (Paris des limbes, #1) de C.C. Mahon

  • Titre : Le Code de Paris (Paris des limbes, #1)
  • Autrice : C.C. Mahon
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : fantastique

Quatrième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire, Le codex de Paris est le premier tome de la série Paris des limbes dont l’intrigue prend place, je vous le donne dans le mille, la capitale française.

Germain Dupré possède un cabinet d’enquêteur dans la cave d’un bâtiment haussmannien et un secret que seul le gang de Mathieu connait : c’est un vampire. Lorsque Nadine Leroy lui demande de retrouver son mari qui s’est enfui avec un précieux codex, il ne s’attendait pas à renouer avec son passé, le moment où sa vie a basculé ni aux alliances qu’il se trouve contraint de signer.

L’autrice nous plonge illico presto dans l’ambiance des venelles sombres de Paris dès les premières lignes. Truand et désinvolture se mêlent grâce au choix précis des noms de rues, la façon de parler de notre vampire ou les termes dépeignant la mise en scène. Cette atmosphère laisse ensuite place à la rencontre légère et drôle entre Germain et sa copropriétaire, Romane. Le récit alterne entre ces deux mondes et m’a rappelé au début les histoires de détectives privés des années 1950, les cigarettes et le côté macho en moins. Comparaison qui s’arrête assez vite dans le déroulement.

En effet, si notre vampire se lance dans une enquête classique qui consiste à interroger l’associer du disparu, celle-ci avance par la suite grâce à la magie plutôt qu’à découverte d’indices, à la déduction et au flair du limier. Ensuite, les attaques-surprises prennent la relèvent pour aider le développement de l’histoire. Ainsi, Le codex de Paris n’est pas à considérer comme un polar surnaturel bien ficelé, mais bien un récit fantastique saupoudré de polar. Par ailleurs, l’objectif de Germain dévie rapidement de la cible de sa cliente, lorsqu’il apprend la nature du grimoire.

Le roman présente une belle dentition (désolée pour le jeu de mots de bas étage) de personnages principaux comme secondaires. Son assurance, Germain Dupré la doit aux siècles qu’il a traversés depuis sa métamorphose. La sagesse acquise au fil de ses (més)aventures lui permet de se fondre parmi les humains et d’éviter d’être démasqué. Cependant, la confiance en ses capacités lui a tout de même joué un tour et précipité dans les crocs du magnat de la drogue, Mathieu, dont il souhaite se libérer, tout comme il a réussi à bannir ses penchants de vampire grâce à l’avancée médicale. Oui, notre détective déteste plonger ses canines à la source pour épancher sa soif de sang et tuer les humains en raison de….Bon je ne vais pas trop en dire non plus.

De prime abord, Romane incarne l’étudiante joyeuse qui garde le courage d’avancer malgré la perte de ses parents. Yogiste et fervente protectrice des animaux, elle horripile et attendri Germain à la fois par son caractère rayonnant et sa solidarité. Néanmoins, tout soleil possède son ombre et celle de la jeune femme va se révéler plutôt inattendue dans ses conséquences. Son secret sera bien utile à notre vampire. Les actions de Romane vont prouver sa détermination et ses paroles justes dans ce monde qui induit un comportement paradoxal aux humains.

— Vous vous êtes associée à cette abomination en connaissance de cause ? s’exclama le frisé. Qu’êtes-vous ?

— Ouverte d’esprit, fit Romane.

Zagan est un démon superhéros. Bon OK pas totalement : il désire empêcher l’arrivée de l’apocalypse surtout pour préserver les Enfers. Le sauvetage de l’humanité n’est donc qu’une cause collatérale de la mission qu’il veut accomplir à tout prix. Pourtant, il reste honnête pour un démon. Je l’apprécie beaucoup, voir plus que Germain qui, en dépit des centaines d’années passées sur terre, garde une certaine naïveté envers les gens issus de la caste qu’il a fréquentés dans sa jeunesse.

Dans les personnages secondaires, je vais uniquement en évoquer deux. Sofia, la médium, car elle a une répartie incroyable. Je l’ai tout bonnement adorée et sa réserve, voire sa méfiance par rapport aux démons, ne m’a pas du tout rebutée. Chaton ! Ce matou qui s’échappe du sac de Romane et trouve refuge dans le bureau de Germain apparait peu et n’a pas un énorme impact dans cette histoire, mais…c’est un chat et je suis faible devant eux.

La plume de la romancière est fluide et colorée, comme déjà citée ci-dessus. Parfois, elle utilise trop de répétitions, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture. Son humour est un véritable délice avec des répliques et des punchlines à tomber. De plus, elle va au fond des choses dans son récit, en transformant Germain en guide touristique de Paris, mais aussi en incluant un point qui m’est cher de par ma formation. En abordant le début de l’enquête sur le vol d’une antiquité, elle met l’accent sur l’importance de la conservation des objets d’art c’est-à-dire la régulation des conditions hydrothermiques du milieu afin que l’œuvre traverse le temps en ralentissant sa détérioration un maximum. Cela peut vous paraitre bête. Toutefois, c’est un élément qui m’a touchée, car trop de personnes pensent que la manière de manipuler ou de ranger un témoin du passé est sans importance.

En bref, Le codex de Paris fut une lecture divertissante. Si je m’attendais au départ à une enquête relevant plus de la recherche d’indices qui nous emmènerait dans les tréfonds de la magie, je n’ai, pourtant, pas été déçue du voyage grâce aux personnages nuancés qui amènent des visions justes et réelles de notre existence qui ne repose pas toujours sur la belle logique que notre société nous dépeint. La ligne entre le bien et le mal est plus floue que l’on ne le pense, et les choix sont souvent bien plus difficiles que cette simple question manichéenne.   

L’obscur de Frédéric Livyns

  • Titre : L’obscur
  • Auteur : Frédéric Livyns
  • Éditeur : Séma Édition
  • Catégorie : horreur

Avec sa belle couverture dans les tons bleus, L’obscur m’a envoutée afin que je délie les nœuds de ma bourse lors de la Foire du Livre de Bruxelles en 2020. Deux ans plus tard, je le sors enfin de ma PAL et découvre un ouvrage de cette maison d’édition belge.  

À Francheville, de sanglants événements se déroulent. Des meurtres terrifiants teintés de mystères s’étalent sur plusieurs décennies. C’est surtout dans une certaine maison que l’innommable se produit et que deux enfants disparaissent de la surface du sol. En 2011, Virginie ne s’attendait pas à vivre le pire alors que ses parents avaient déménagé pour engendrer un nouveau départ dans leur couple. La fresque paradisiaque du salon lui donne froid dans le dos, mais ce n’est rien comparé à l’ombre qui rôde. Avec l’aide de son amie Sylvie et de l’inspecteur Vernan, elle se lance à la poursuite de son identité pour sauver sa famille.

L’obscur commence par une série de morts dont le massacre du démon de Francheville sur lequel le policier enquête sans succès probant, ainsi que des décès atypiques aux alentours de la demeure pour donner le ton de l’histoire. Ensuite, l’héroïne entre en scène et voit le comportement de ses parents changer d’une étrange manière. En somme, l’intrigue reste assez basique pour le genre exploitant les maisons hantées. Une fois le décor planté, on accompagne Virginie dans ses recherches.

Dans un premier temps, je n’ai pas accroché au récit en raison de la succession des meurtres et de la plume simple de l’auteur. Il s’agit ici plus de mes goûts. En effet, je ne suis pas sensible au sang et aux os qui craquent inexplicablement. L’horreur de boucher, comme je l’appelle, n’induit pas la peur chez moi. De plus, au fur et à mesure que les indices tombaient, l’intrigue devenait de plus en plus prévisible. Cependant, dès que l’enquête de Virginie a débuté réellement, j’ai apprécié le déroulé qui a réussi à me happer jusqu’aux révélations et à la fin classique de ce genre romanesque.

Dans l’ensemble, les personnages sont plutôt bien élaborés. Virginie reste une jeune adulte de dix-huit ans sans trait loufoque ou original. Elle adore sa famille et est courageuse. L’inspecteur est le policier qui ne démord pas de résoudre l’affaire et de tuer le méchant. J’ai aimé Sylvie pour son côté culotté. Elle n’a pas froid aux yeux. Par contre, j’ai eu un peu de mal avec le petit frère de l’héroïne qui m’a paru trop enfantin dans son comportement au début de l’histoire pour un adolescent de quatorze ans. Je lui en aurais donné pas plus de 12 perso. Je comprends totalement ses réactions infantiles quand l’ombre apparait, mais pas avant. 

En bref, L’obscur fut une lecture sympathique pour me plonger dans le genre horrifique et relevé les tropes de la maison hantée. Je ne cache pas de l’avoir extrait de ma pal dans un cadre analytique. Toutefois, ma casquette d’étudiante ne justifie pas mon insensibilité à la terreur que ce type d’histoire est censé procurer. Le roman de mon compatriote est bien ficelé et sa plume a fini par m’emporter malgré sa simplicité et son traitement classique. Je le recommande pour ceux qui aimeraient aborder le genre.

Mortal Song de Megan Crewe

  • Titre : Mortal Song
  • Autrice : Megan Crewe
  • Éditeur : Éditions du chat noir
  • Catégorie : fantastique

Une couverture aux couleurs douces. Le rose des fleurs de cerisiers entourant une montagne représentant le mont Fuji. Une illustration qui n’a pu que m’attirer l’œil lors de la Foire du Livre de Bruxelles en 2020.

À l’aube de son dix-septième anniversaire, le monde de Sora bascule. Une armée de fantômes à la solde du démon Omori envahit le mont Fuji sur lequel elle habite depuis sa plus tendre enfance. À l’aide de son protecteur Takeo, elle s’enfuit vers la vallée de Rin la Sage afin de délivrer la montagne et ses parents. L’adolescente apprend que sa vie entière est un mensonge. Elle n’est qu’une simple humaine échangée avec la vraie princesse. Sora et Takeo partent à sa recherche pour accomplir la prophétie.

L’histoire nous plonge dans l’univers des divinités japonaises nommées Kami, situé dans un temps contemporain du nôtre. L’autrice élabore des règles autour de leurs pouvoirs conférés par le ki. Une source d’énergie puissante qui peut toutefois se tarir sous les coups des armes blanches et à feux. Ainsi, aucun dieu n’est immortel ou imbattable. Ils s’avèrent juste plus résistants que les humains et possèdent des ressources pour contrer les fantômes et les démons.

Confrontée à la réalité, Sora va devoir apprendre à vivre avec ses faiblesses de mortelle, car elle absorbait le ki du mont Fuji, qu’elle quittait rarement, et de son amie Midori, une libellule. Il s’agit du cœur de ce récit : accepter ce que l’on est, connaître ses propres limites et, surtout, transformer ses défauts en force. La vérité sur la condition de sa naissance fut un choc pour l’adolescente au point qu’elle la nie jusqu’à sa rencontre avec Chiyo, la princesse de la montagne, dont l’énergie brille tellement qu’elle attire naturellement les gens autour d’elle. Sora se bat avec ses nouveaux sentiments. La peine ressentie par l’abandon de ses parents biologiques ainsi que la peur du rejet de ceux qu’on aime et de l’avenir.

Au cours de leurs péripéties, elle se connecte à son corps, apprivoise son cœur volatile et découvre un nouveau pouvoir : celui des émotions. Les divinités ne ressentent pas autant que les humains. Ils se définissent par un sentiment général auquel ils sont réduits. Ainsi, Takeo est loyal tandis que Chiyo possède une positivité inébranlable. Ils dévient rarement de leur caractéristique et cet aspect me les a rendus inintéressants. Je n’ai accroché ni à l’un ni à l’autre en raison de cette immuabilité. En plus, ils sont traités comme des personnages tertiaires. On n’apprend rien d’eux. Cependant, ce choix reste cohérent vu que l’héroïne reste Sora qui est également la narratrice interne du roman, et le récit se base sur les sentiments humains.

L’amour, l’émotion la plus forte parmi les mortels, se retrouve d’ailleurs au cœur de l’histoire et en devient même un pouvoir plus puissant que le ki. Un moteur de haine, comme de lucidité et de courage. En cela, Megan Crewe a réussi à élaborer un roman solide et bien ficelé sur les raisons de l’action des fantômes et les conséquences de leurs actes.

Parmi les nombreux personnages, j’ai beaucoup aimé Keiji. Cet adolescent marginal qui adore le surnaturel et se jette dans l’aventure, excité de découvrir enfin ce qu’il étudie depuis longtemps. Dès les premières interactions avec Sora et les autres, il se révèle complexe et nuancé. Un vrai humain en somme ! Haru, le petit ami de Chiyo, m’a également plus dans la seconde partie du texte par son ouverture d’esprit. Ultra-protecteur et guerrier dans l’âme (il est au club de kendo), il représentait le mâle prêt à en découdre dès qu’on s’approche un peu trop de sa dulcinée, comme si elle ne savait pas se défendre toute seule. Quand elle se révèle bien plus forte, son amour ne fluctue pas et ses paroles montrent une maturité rassurante qui fait plaisir à voir pour ce type de protagoniste masculin que l’on pense au départ dominateur. 

Le roman est porté par une plume simple. Fluide et rythmée dans les scènes de combat, elle ne m’a pourtant pas immergée à chaque fois dans le récit en dépit de la narration à la première personne du singulier. Je me suis demandé si seule l’écriture en était la raison, car Sora devient en partie, spectatrice du sauvetage du mont Fuji. Par moment, elle prend du recul quand elle ne sent plus à sa place, comme si elle enfilait le costume du personnage secondaire, avant de se ressaisir en s’impliquant. C’est peut-être cela qui m’a fait décrocher à certains instants, mais je pense que la manière de développer le récit, de voguer entre action et introspection, et la nature des kami, plus des faiblesses de vocabulaire, ont également joué. 

En bref, Mortal Song est une histoire sympathique mettant en scène une héroïne qui se relève d’une crise identitaire en se confrontant à ses émotions pour en faire une force. Il nous plonge dans le folklore nippon entre tradition et modernité. Si cette lecture ne m’a pas emballée, notamment au niveau des personnages divins et de la plume, j’ai tout de même apprécié l’orchestration et l’arrangement des thèmes : le dépassement de soi, trouver sa propre voie et le pouvoir de l’amour en tant que source de bien et de mal. 

L’âme perdue (Le Livre des Âmes, #3) de Sylvie Ginestet

  • Titre : L’âme perdue (Le Livre des Âmes, #3)
  • Autrice : Sylvie Ginestet
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégorie : fantastique

Avec l’approche d’Halloween, j’ai eu envie de me plonger à nouveau dans l’univers de Sylvie Ginestet avec le troisième tome du Livre des Âmes. La dernière page s’est tournée en me laissant un goût doux-amer sur le cœur.  

John est un employé modèle sans histoire. Pourtant, sa vie bascule en même temps que la rambarde du toit de l’immeuble de son boulot. Sur le chemin de la lumière, il se fait happer par une force dans les limbes où il fera la rencontre de la mystérieuse et incroyable Sophie qui refuse de quitter cette terre mortifère sans avoir accompli une tâche qui lui tient à cœur. La Mort part à sa rescousse, mais il trouvera sur son chemin les sbires de Victus.

Avec ce nouveau volet, l’autrice nous emmène visiter une partie de l’au-delà. Les limbes sont constitués d’âmes en décomposition qui engendrent une atmosphère horrifique et pestilentielle. Dans ce monde composé de différentes strates, les défunts peuvent subir la souffrance, ou pire devenir la cible du maître des lieux. On découvre également l’emplacement et le but de la Tour sombre.

Je n’ai pas accroché à ce tome qui m’a semblé manquer de profondeur. Parlons d’abord de l’antagoniste. Victus était un soldat qui a combattu durant la bataille de Poitiers. Il domine à présent les limbes et en veut à la Mort. Ces deux lignes résument ce que l’on apprend au cours de ce troisième opus. Pendant ma lecture, diverses questions m’ont traversé l’esprit sans trouver de réponse : pourquoi l’âme de Victus est-elle si pervertie ? Comment a-t-il fait pour s’approprier cette terre hostile ? D’où lui vient cette puissance qui l’a aidé à la conquérir ? Pourquoi la Mort ne peut-elle pas le vaincre ? Ainsi, Victus revêt la cape de méchant, mais le squelette qui la porte ne possède ni chaire, ni muscle ou encore ni peau dont les tatouages et les cicatrices nuanceraient le personnage.

Le deuxième élément qui m’a chiffonnée concerne la Mort et ses faiblesses mentionnées par l’écrivaine. L’histoire se déroule d’une telle manière que celles-ci me paraissent bien dérisoires par rapport à la puissance de la Mort. J’ai ressenti plus son infaillibilité que ses déficiences. Du coup, les combats n’amènent pas de tension ou de suspense. La seule partie du récit qui en dégage tourne autour de la figure de Sophie et de son secret jusqu’à ce que celui-ci soit dévoilé.

L’âme perdue est censé représenter un moment charnière dans la relation entre la Mort et Bethany. La première l’entraine avec elle dans les limbes qui ébranlent sa petite main préférée. La réalité dont elle devient la témoin doit la faire évoluer. Personnellement, je n’ai pas ressenti l’évolution de Bethany, car elle ne traverse pas d’épreuves en tant que telles. Son maître la protège même en l’envoyant sur une autre mission. Ainsi, les changements évoqués par Sylvie Ginestet ne m’ont pas paru palpables.

Enfin, je n’ai pas saisi l’importance de Josh pour la Mort. Certes, il s’agit d’une âme volée par Victus, déviée du chemin vers l’au-delà et le paradis, mais il s’avère que l’impact de son enlèvement décrit au début ne trouve pas de raison valable au fil de la lecture. Je n’ai vraiment pas compris pourquoi la Mort doit absolument retrouver Josh et le sauver. L’évocation de la pureté de son âme ne me satisfait pas comme explication, car à la fin du livre, je n’ai pas eu l’impression qu’il était si différent des autres âmes perdues.

En bref, L’âme perdue est une lecture en demi-teinte. J’ai aimé retrouver La Mort et Bethany ainsi que découvrir le paysage morbide des Limbes, mais je n’ai pas adhéré au développement de l’histoire qui m’a paru trop léger et manquant de nuances en ce qui concerne l’antagoniste. J’espère que le quatrième tome sera meilleur.

Nouvelles Orléans (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Orléans
  • Auteurs : A.D. Martel, Alex NR, Fabrizio Schiavetto, Geoffrey Claustriaux, Gloria F. Garcia, Katia Goriatchkine, L.A. Braun, M. d’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégories : nouvelles, fantastiques

Bien que nous sommes déjà en plein dans la période des illuminations de Noël et des chocolats chauds à gogo (ou des Chaï Lattes selon les préférences ou les envies), je vais aborder ce soir un livre emprunt de magie et de vaudou, qui rappelle plus la lueur horrifique d’une citrouille que la bonhommie d’un barbu en habit rouge. Nouvelles Orléans est une anthologie qui nous emmène dans les rues de La Nouvelle-Orléans, cette ville emprunte de tradition et de modernité, à travers huit récits aux univers nuancés reliés entre eux pas le fil conducteur du folklore local. Les thèmes évoqués sont notamment la maltraitance animale, l’individualisme, la rédemption, la gestion de ses émotions ou encore l’acceptation de la différence.

Voici les trois histoires qui m’ont le plus touchée lors de ma lecture. Les deux premières arrivent à égalité. Je suis incapable de les départager, car elles sont à l’opposé l’une de l’autre tant au niveau de leur couleur que de leur finalité.

Le bonheur repose en Louisiane de Katia Goriatchkine débute par un descriptif de la vie du romancier à succès Ray Jacobs. L’autrice raconte plus qu’elle montre le passé de son protagoniste. Cette technique aurait pu/dû me lasser vite. Pourtant, elle m’a happé dans son récit grâce à la façon dont elle déploie couche par couche la particularité de son personnage principal et les enjeux de sa condition, ce qui en fait un vrai page turner difficile à lâcher.

Ray conquiert les cœurs de ses lecteur.rices alors qu’il ne ressent aucun sentiment depuis sa naissance. Il écrit grâce à sa boîte dans laquelle les passants abandonnent leurs émotions négatives, jusqu’au jour où il goûte pour la première fois à la plus grande des drogues : le bonheur. 

La nouvelle alterne entre Ray et son propre roman qui se déroule à La Nouvelle-Orléans. L’écriture épouse donc le style de l’autrice et celui de son personnage dont la plume évolue en fonction de son état. Ainsi, on découvre les désagréments du premier jet de ce génie absorbeur d’émotions.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui synthétise en quelques pages les bonheurs et les déboires des écrivains.

Les morts ne se mangent pas de M. d’Ombremont commence par quelques lignes de Baudelaire qui donnent le ton de la mélodie psychotique de cette nouvelle. Après le passage de l’ouragan Katrina, Zack reste cloîtré chez lui. Il n’ose plus mettre un pied dehors et ses contacts se limitent à sa voisine qu’il refuse de secourir même lorsqu’elle l’appelle à l’aide. Plus tard, il lui ouvre la porte malgré le sang qui la recouvre et ses explications rocambolesques.

La romancière joue avec l’angoisse et l’obsession de son personnage principal avec brio. Sa plume manipule la peur et la psychologie avec une telle maîtrise qu’elle arrive à métamorphoser l’absurdité de la situation vécue par Zack, en réalité tangible. Elle touche la barrière mentale de la raison, la force et la modèle pour rendre réel l’irréel de la scène.

Ainsi, le récit mêle à la perfection l’horreur et la psychose jusqu’à la fin excellente qui donne des frissons. L’autrice me prouve encore une fois qu’elle manipule la psychologie humaine dans ce qu’elle a de plus obscur avec maîtrise.

La croisée des chemins de L.A. Braun raconte l’histoire d’Emilia Carter qui travaille comme restauratrice d’œuvres d’art au V&B Museum. Un jour, elle reçoit un médaillon de sa tante qui lui demande de revenir en Louisiane pour l’aider à préserver l’art créole. Après l’arrivée du colis, des rêves étranges hantent ses nuits, mais c’est à l’annonce de la mort de sa parente qu’elle entreprend un voyage vers La Nouvelle-Orléans où une rencontre va changer son destin.

Le récit dépeint par une plume agréable est bien mené et ficelé. J’ai adoré le caractère d’Émilia. Elle est asociale et elle l’assume jusqu’au bout ! Elle n’aime pas parler aux gens, dévoiler sa vie et se mêler à ses collègues. Malgré l’insistance de certains, elle n’entre pas dans le moule et elle n’hésite pas à le montrer et à le dire. Émilia souhaite rester authentique peu importe les avis des autres et ce type de personnage m’a fait un bien fou, surtout dans cette société qui nous demande de faire bonne figure la majeure partie du temps.

Cette fois-ci, je vais déroger à ma règle des trois pour évoquer en quelques mots, Sans nom d’A.D. Martel en raison de l’originalité du point de vue qu’elle a choisi : elle donne la parole à une poupée vaudou qui s’enfuit de chez sa tortionnaire, ce qui confère à l’histoire un caractère particulier qui oscille entre obscurité et lumière.

Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1) de Jupiter Phaeton et R.B. Devaux

  • Titre : Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1)
  • Autrices : Jupiter Phaeton, R.B. Devaux
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégories : fantastique, comédie

En septembre, j’ai été conquise par le pitch de Cocotte, enlèvement et sortilèges des autrices Jupiter Phaeton et R.B. Devaux qui promettait des barres de rire à n’en plus finir. À peine arrivé dans ma boîte à lettres début novembre, j’ai rongé mon frein pour ne pas déposer la brique que je lisais pour sauter dessus tellement j’avais besoin d’un livre léger et divertissant sans pour autant lire du feel-good enrobé de niaiserie dégoulinante de sucrerie. Le premier tome du Bureau des ennuis magiques fut un vrai délice d’humour, de cynisme et de magie.

La Nouvelle-Orléans abrite des sorciers depuis la nuit des temps. De nos jours, le bureau de protection des humains se bat pour préserver l’ignorance dans laquelle vivent les hommes et les femmes démunis de pouvoir. Enfin, se battre est un grand mot, car les missions s’apparentent plus à une douce promenade le long des bayous qu’une chasse aux sorcier.cières tumultueuse. C’est pourquoi Ayamé rumine à longueur de journée. Elle se prend continuellement le bec avec Summer qui a une foi inébranlable dans le système jusqu’au jour où son frère et coéquipier, Spring, disparaît.

L’univers du premier tome reste basique avec le principe des magiques vivants cachés en parallèle de la société humaine, et la rupture de cet équilibre, notamment par notre duo d’enquêtrices maladroites. Si l’intrigue repose sur un mystère, elle ne se déroule pas selon un polar bien ficelé. Les indices sont découverts les uns après les autres sans dissimulation au préalable des pièces du puzzle. Le fantastique est accompagné majoritairement de l’humour et de l’action qui rythment le récit tel un concert de tambour effréné durant lequel les pauses sont rares. On a donc peu de temps pour reprendre notre souffle. Par moment, la dominance de la comédie balaye trop vite les émotions négatives.

Par exemple, Summer subit un épisode traumatisant qui change, en colère volcanique, son aptitude à temporiser et à juger les événements à l’aide du filtre licorne. Or, cette colère est éclipsée par la venue d’un nouveau personnage. En un clin d’œil, la fureur passe en mode latente alors qu’il s’agit d’une émotion forte et difficile à gérer. Si l’on omet ce genre d’invraisemblance, la magie du cynisme opère avec aisance.

Summer est l’incarnation de Barbie. Les cheveux blonds et un physique à tomber, elle ressemble à un ange qui veut être amie avec tout le monde, même Bruce, son familier infâme qui la griffe à chaque fois qu’elle souhaite le caresser. Elle est capable de voir la pureté en chaque personne dont celle d’Ayamé. Son pouvoir est détraqué et lui joue de mauvais tours au cours du récit. Si elle apparait comme un Bisounours, elle peut toutefois se transformer en dragon si on insulte son frère ou ses amis.

Sa coéquipière, Ayamé, est son opposé. Colérique, critique et toujours à la recherche de baston, la sorcière ne fond qu’en présence de Spring qu’elle rêve d’épouser. Quand il est dans les parages, elle devient mièvre et aguicheuse. Je dois avouer que j’ai eu du mal à l’apprécier à la lecture de ses deux premiers chapitres. À la base, je préfère les personnages mordants et cyniques comme elle. Cependant, le manque de respiration et son lancer de fléchettes empoisonnées incessant m’ont un peu exaspéré, ce qui a changé par la suite lorsque son caractère s’est paré de nuances et que l’on découvre son passé.

Dans cette aventure, un autre homme les accompagne. Il s’agit de Snow. Beau parleur, charmeur et imbu de lui-même, il endosse le rôle de frotte-manche du Bureau. On décèle  rapidement son imposture. Pleurnicheur et lâche, il se révèle être un gros lourd sur qui l’on ne peut pas compter. C’est une vraie tête à claques et je suis contente que Summer ouvre les yeux sur cet homme devant lequel elle tombait en pâmoison, même si la première cause de rejet concernait la défense de son frère. En effet, Snow critique Spring, ce qui l’a met en rage.

Spring est un personnage que je n’ai pas du tout apprécié d’un point de vue du caractère. C’est typiquement le genre de gars qui joue les protecteurs tout en ayant des préjugés ou des gestes inexpliqués et inassumés, surtout envers Ayamé qui, malgré sa personnalité imbuvable et son passé, fait beaucoup d’effort pour continuer à marcher dans la lumière. C’est d’ailleurs elle qui sera le plus grand soutien de Summer.

Enfin, je ne peux clore cette galerie de portraits sans parler du plus important membre de l’équipe : Cocotte ! Cette poule magique qui pète et chie des arcs-en-ciel possède un caractère franc et fort. Elle est une guerrière mémorable et un être touchant dans ses interactions avec Ayamé et Summer.

À travers ses descriptions, vous aurez sans doute compris que les thèmes tournent autour de l’amour et de l’amitié. Les apparences sont parfois trompeuses, si bien qu’il ne faut jamais s’y fier sans avoir gratté la couche de glaçage. Le gâteau peut être pourri à l’intérieur ! Une punchline de Summer m’a beaucoup plu à propos de la liberté de la femme et de la manière dont les hommes peuvent les considérer juste parce qu’ils ont bombé le torse une fois.

Vu qu’il s’agit de ma première lecture des deux autrices, je suis incapable de déceler laquelle se cache derrière les voix des héroïnes bien que le style est distinct. On les reconnait facilement. D’un côté, on a la douceur et la droiture de Summer. De l’autre, la langue acérée et crue d’Ayamé. Les sarcasmes et l’humour piquant m’ont musclé les zygomatiques. Elles ont toutes deux de belles réparties.

En bref, si vous cherchez un livre sans prise de tête pour passer un excellent moment au cœur de la magie, des familiers et métamorphes saupoudrer à coup de louche d’action, Cocotte, enlèvement et sortilège vous ravira. Ce cocktail explosif d’héroïnes badass et malchanceuses nous entraîne dans les rues de La Nouvelle-Orléans en semant la pagaille pour notre plus grand plaisir.

L’Ordre d’Ellis de Victoria May

  • Titre : L’Ordre d’Ellis
  • Autrice : Victoria May  
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : fantastique

Le résumé, le soin et la qualité du premier roman de Victoria May constituent les trois éléments qui ont accroché mon attention. L’alliance entre la couverture illustrée par Tiphs dont j’apprécie beaucoup les ambiances, et la mélodie du mot Ellis serait sortie du lot au milieu d’un salon à coup sûr.

L’Ordre d’Ellis est une organisation secrète dont les membres dotés d’un pouvoir sauvent des vies pendant des catastrophes naturelles. Josh vit parmi eux depuis sa plus tendre enfance. Possédant un don de persuasion, il participe aux missions jusqu’à devenir responsable. Il prend sous son aile trois nouvelles recrues qui lui réservent bien des surprises. Au côté de Camille, Ava et Alec, il va perdre ses repères et voir d’un autre œil la société qu’il croyait connaître sur le bout des doigts.

La structure du roman repose sur deux parties non identifiables explicitement. Il s’agit surtout de mon ressenti durant ma lecture. La première concerne le placement des pions sur l’échiquier. L’autrice nous plonge dans le contexte dès le début en mettant en scène une mission. Puis, le rythme ralentit avec la gestion du nouveau groupe de Josh, qui commence par une période de team building dans une tribu amérindienne dans la forêt de Wenatchee et qui se prolonge par leur intégration à l’Ordre dans le manoir de Coldwood. 

Si cette moitié paraît longue, elle est néanmoins nécessaire. En effet, l’évolution de l’intrigue et l’action des personnages reposent sur leurs liens et leurs interactions. Or, au début, les quatre compères ne se connaissent pas du tout. Il faut donc construire leurs relations de A à Z. De plus, la romancière a osé choisir l’exercice du point de vue multiple, on voit le déroulement du récit tour à tour à travers les yeux de Josh, Ava, Camille et Alec. Un choix qui n’est pas facile à mettre en place lors d’une première écriture, mais qu’elle a réussi avec brio. À aucun moment, je n’ai ressenti d’incohérence entre les changements ou les reprises de visions ou d’éléments superflus. Au contraire, les protagonistes sont tellement étoffés que je peinerai à désigner un.e seul.e héro.ine. Ils forment tous les rouages essentiels de l’histoire. 

Pour en faire un rapide portrait, Josh est le type proche de la perfection : il doute de ses qualités de responsable malgré qu’il prenne sa fonction très à cœur. Oui, je sais, j’ai écrit perfection et doute côte à côte. Parce que pour moi, sa capacité à se remettre en question est une compétence essentielle pour les managers, et pas seulement quand on débute.  C’est ainsi que l’on peut faire évoluer son équipe dans le temps. 

Alec est le bad boy de la bande qui utilise l’Ordre pour assouvir son propre objectif. Narquois et imbuvable, il s’adoucira en comprenant que l’important ne se trouve pas forcément là où il le cherchait. 

Le mystère s’incarne en la personne d’Ava, cette danseuse issue d’une famille aisée qui s’en est détournée pour réaliser son rêve et vivre selon ses désirs. D’un naturel calme, elle panique face à la latence de son pouvoir décrit comme puissant, mais inactif. Elle manque cruellement de confiance en elle.

Enfin, Camille est déterminée et combative. Loin d’avoir la langue dans sa poche, elle se querelle souvent avec Alec. Elle soutient énormément Ava dans ses moments de doute. Cependant, elle s‘ouvre très peu. Il faudra du temps et un peu détresse avant qu’elle ne dévoile ses secrets à son équipe. Elle représente la confiance que l’on a du mal à donner aux autres. 

La seconde partie du roman enchaîne les révélations et les rebondissements. Les mystères distillés auparavant sont exposés selon un tempo qui monte en un crescendo addictif. Ainsi, la lenteur de la première moitié est largement compensée et compréhensible à la lecture de la suite. J’ai beaucoup aimé l’intégration historique qui nous fait voyager de New York à la côte ouest.

Si L’Ordre d’Ellis entre dans la catégorie du fantastique, la nature des dons et leurs réalités tangibles (sauf pour l’un ou l’autres personnages), contribue à l’originalité de ce roman. En effet, vous n’aurez pas de mutants à la X-men qui crache du feu ou se transforme en eau. Le pouvoir est plutôt intrinsèque à la nature humaine et repose sur des caractéristiques issues du corps. Un peu comme un gène qui se développe dans l’ADN pour faire évoluer l’espèce. Ainsi, nous avons la persuasion ou l’ouïe fine qui décèle le mensonge, par exemple. Ces êtres possédant un haut potentiel sont recrutés par l’Ordre pour aider l’humanité lors de catastrophes naturelles. Au cours d’un entraînement, le don est apprivoisé et amélioré, rendu plus fort. En gros, ce pouvoir est similaire au talent. Si une personne a des affinités avec la musique, elle deviendra un.e virtuose que si il ou elle le travaille. C’est cet aspect du récit qui m’a le plus plu, car il contribue à faire prendre conscience que l’on peut réussir à faire ce que l’on aime avec de l’effort. Rien n’arrive d’un claquement doigt et rien n’est facile pour personne. Seuls l’entraînement et la persévérance sont importants. En gros, il faut forger pour devenir forgeron. 

La plume de Victoria May est simple et fluide. Elle sied parfaitement à la littérature adolescente. Elle recourt plus à la narration qu’aux dialogues si bien que le bouquin tourne à l’introspection et l’observation des personnages qui tiennent le micro. 

En bref, L’Ordre d’Ellis est un premier roman qui possède des bases solides. Si la première partie peut sembler longue, la deuxième rattrape amplement le coup grâce à sa cadence et à la bonne distillation des révélations et de la montée en suspense. Les thèmes de l’amitié et de la ténacité pour accomplir ses objectifs sont au cœur de ce récit qui donne envie de se relever malgré les véritables intentions de ceux en qui l’on croyait.  

L’écume des âmes de Julien Maero

  • Titre : L’écume des âmes
  • Auteur : Julien Maero
  • Éditeur : Éditions Maïa
  • Catégories : nouvelles, fantastique, science-fiction

L’écume des âmes est le premier recueil de nouvelles que j’ai lu cette année. Je remercie chaleureusement Julien Maero de m’avoir proposé son œuvre en échange d’un retour honnête et de mon œil critique. J’espère être à la hauteur de tes attentes.

L’âme fait partie des sujets qui me passionnent. Cette entité est si présente et impalpable à la fois qu’elle ne peut qu’intriguer. Lorsque l’auteur explique ses intentions dans son prologue, ma curiosité a été encore plus piquée. L’ouvrage met en scène des récits fantastique et de science-fiction qui exposent des problématiques sociétales en quelques mots : la défense des animaux, le féminisme, l’écologie, la puberté ou l’anthropocentrisme pour n’en citer que quelques-unes. Un recueil riche en histoire et en réflexion dont les personnages (sauf un, mais je soupçonne une volonté derrière cet aspect, voir plus bas pour mon explication) sont nuancés et profonds.

Voici un petit tour d’horizon de chaque nouvelle.

Au cœur du mystère relate une transplantation du cœur qui influence son receveur jusqu’au plus profond de son être. Chrysalis est une adolescente déterminée à écraser les garçons pendant une course lorsqu’une crise cardiaque l’amène aux portes de la mort. Seules les recherches du professeur Müller peuvent déjouer cette situation désespérée malgré leurs côtés obscurs. Ce texte oscille entre action prenante et raccourci pour conduire l’histoire à son point final. Ces passages plus descriptifs et résumés coupent l’ambiance et le rythme de la narration alors que Julien Maero arrive à construire une atmosphère palpitante en peu de mots. La nouvelle aurait mérité d’être développée en novella ou en roman.

Olé nous entraine dans le monde la corrida. Rodriguez se laisse convaincre par son ami d’assister à cette tradition où la mise à mort d’un être vivant est acclamée par une foule en délire. Si le déroulement parait au premier abord banal, cette histoire s’avère percutante grâce au savant dosage pour révéler la réalité qu’elle dépeint. Le choix des mots est parfois plus important qu’on ne le croit.

La nouvelle Entre les lignes présente le protagoniste superficiel que j’ai évoqué plus haut. Ici, la plume de l’écrivain est simpliste et répétitive. Il décrit le réveil de Sébastien dans un monde étrange. Ce rêve où il évolue pose un décor intéressant, mais le tout semble faible, comme un premier texte. D’ailleurs, ce fut mon hypothèse jusqu’à la lecture des dernières lignes dont je n’exposerai pas le contenu pour éviter de spoiler. L’identité réelle de ce personnage et la raison de ce qu’il vit m’ont fait revoir ma position, si bien que je me demande si l’auteur n’aurait pas ingénieusement adapté son écriture exprès.

Un horizon peut en cacher un autre nous fait voyager vers Vénus où une déformation inexplicable a été repérée par les Terriens. Yohann s’y rend pour analyser le problème. Ce qu’il va y découvrir va changer sa vision de l’univers pour un temps. Ce texte fait appel à des définitions d’astrophysiques très bien expliquées, si bien qu’il reste accessible aux néophytes du genre. Il me rappelle un peu le cycle des dieux de Bernard Werber. Cependant, Julien Maero opte pour une opinion philosophique plutôt qu’une aventure. J’ai aimé l’humour avec lequel il argumente et défend ses idées.

 —  La fin du monde ?

— Quel nombrilisme…Juste la fin de ton univers. 

Oups. Et si notre monde résultait du zèle d’un jeune dieu fraichement diplômé en création terrestre ? Zeus suit les instructions de son pack « Comment créer votre planète et ses habitants » avec euphorie et assiduité. Mais comme pour tout tutoriel réalisé pour la première fois, il y a toujours quelque chose qui coince. Oups est un récit léger et comique qui parait tellement probable quand nous connaissons le monde dans lequel on vit.

Le nivellement par l’eau joue sur les mots avec perfection pour décrire ce qui se passe dans les abysses ténébreux. L’aventureuse Léa relève le défi de Jean et part explorer l’épave d’un navire dans le triangle des Bermudes. Les créatures qui l’enlèvent, dévoilent un enjeu écologique intégré d’une manière brillante dans notre modernité. Si le début était simplement divertissement, la révélation finale m’a beaucoup plu.

Troie fois rien reprend l’idée de la machine à remonter dans le temps créée par Ferdinand, qui est considéré comme un illuminé par ses compères. Passionné d’histoire, il souhaite vivre l’un des moments légendaires les plus mémorables de la civilisation humaine : la Guerre de Troie qui a amorcé la déchéance de la Grèce. Non, je ne me m’emmêle pas les pinceaux. L’auteur inverse les rôles des gagnants et des perdants comme postulat de départ. Dans le monde de Ferdinand, les Troyens ont vaincu les Grecs et leur peuple a profondément imprégné la société moderne, jusqu’à son voyage. Si l’idée de changer le cours de l’histoire et l’impact actuel du passé en quelques lignes est intéressante, on se doute aisément de la suite logique de cette nouvelle. C’est une lecture agréable, mais sans surprise.

L’ultime imposteur est similaire au premier texte de ce recueil dans le sens où il alterne action et résumé pour faire avancer le récit. Les scènes importantes sont jouées, puis le rythme est ralenti par une description intercalée entre elles. C’est pourquoi j’ai eu des difficultés à accrocher. Charles est un enfant pauvre qui vole la console de ses rêves à son camarade de classe Lionel. Sauf que sa tentative tourne mal et qu’il découvre son pouvoir : transférer son âme dans un autre corps. Il en profite grandement avant de changer de vie inlassablement jusqu’à…je n’en dirais pas plus, mais la fin possède une morale et un retour de karma appréciable.

Kevin ne sait ni se taire ni écouter les autres. Encore moins sa professeure qui tente de le calmer lors d’une excursion au centre spatial. L’adolescent fausse compagnie à son groupe et trouve La chambre sourde. Un lieu qui lui apprend simultanément le silence, le bruit et la folie. Ce récit très court est simple et efficace.

Ca ne tient qu’à un fil nous envoi dans la société du futur en 3013 où les humains ont quittés une terre polluée pour habiter dans d’autres galaxies et où le système de caste entre les riches et les pauvres s’est exacerbé. On suit Ilex qui vit avec son robot qui illustre la pérennité de la femme-objet vu que Pamela assouvit le moindre de ses désirs sans poser de question. Bref, une société loin d’être beaucoup plus évoluée que la nôtre. L’intérêt de ce texte se trouve dans le retournement de situation auquel je ne m’attendais pas du tout.

Sans faire de vague nous attire dans la cage de la sirène Adella. La plume dévoile progressivement son quotidien de captive, ses identités et les raisons de son emprisonnement. Le revirement final manque un peu d’originalité. Toutefois, le récit reste addictif grâce au style de l’auteur qui déplie le papier cadeau méthodiquement et en douceur.

La nouvelle suivante est divisée en trois parties. Amnésiques raconte un passage de la vie de trois personnages issus de trois époques , reliés entre eux par la réincarnation de l’âme et la convergence de l’histoire malheureuse vers un happy ending. Une sorte de dessein divin, en gros. En quelques mots, le premier texte porte sur une trop large période d’existence. Du coup, je n’ai pas ressenti l’évolution des relations entre les protagonistes. Notre héros semblait subitement proche du comte qu’il servait pendant la croisade. Je me doute que les combats ont renforcé le lien entre ses deux inconnus, mais je ne l’ai pas vécu. C’est encore une fois le problème dû au format court. La seconde partie parle de Fortune qui souffre d’un handicap au cou depuis sa naissance. Elle va consulter un hypnotiseur pour soulager sa douleur. Enfin, l’histoire se clôture en 2824. Gecko prend part à une mission de la plus haute importance pour l’humanité. Je sens que cette histoire en trois voix m’aurait plus emballée si elle n’avait pas été rédigée en nouvelle, mais en roman. Je n’ai pas accroché, mais je comprends que l’auteur souhaitait mettre l’accent sur la morale de l’ange.

Enfin, La vingt-cinquième heure est sans aucun doute le récit qui m’a le plus touchée. Julien rêve de lui-même. Face à son double, sa conscience, il se confronte à ses incertitudes pour libérer sa créativité. En effet, l’écriture est une affaire bien difficile. L’ennemi numéro un du romancier est généralement lui-même plus que les autres : perfectionnisme, syndrome de l’imposteur …le doute se trouve plus souvent à chaque coin de page que l’on ne croit. Il faut apprendre à s’affronter pour avancer et construire ses histoires.

En bref, l’écume des âmes est un recueil riche en protagonistes et en thèmes. En peu de mots, Julien Maero est capable de nous plonger dans ses aventures tantôt fantastiques tantôt futuristes bien que certaines d’entre elles mériteraient d’être traitées en roman. Ses titres sont choisis avec soin et humour pour sublimer le sens caché de ces histoires profondes. Autant avouer que je vais jeter un œil sur son roman.