The Dead House de Dawn Kurtagich

  • Titre : The Dead House
  • Autrice : Dawn Kurtagich
  • Éditeur : Éditions du Chat Noir
  • Catégorie : Horreur

Au cours de mon exploration du genre de l’horreur, j’ai sorti de ma pal, The Dead House de Dawn Kurtagich dont le résumé m’avait intrigué. Le livre en lui-même est un petit bijou éditorial. Les Éditions du Chat noir ont apporté un grand soin à l’élaboration de la version papier pour immerger le lecteur dans ce récit obscur.  

Depuis la mort de ses parents, Carly Johnson est internée à l’Hôpital psychiatrique pour mineurs de Claydon. Elle y est soignée pour un trouble de l’identité. Carly est la Fille de la Lumière. Lorsque la nuit survient, la bascule se produit et sa personnalité est remplacée par Kaitlyn, la Fille de la Fuit, la Fille de Nulle Part. L’institut leur permet de vivre une scolarité normale au Lycée Elmbridge avec lequel il a un accord. La thérapie se déroule sans trop d’accrocs, jusqu’au jour où l’irréparable se produit : Carly disparaît. Que va devenir Kaitlyn ?

Je ne possède pas une grande connaissance dans les livres d’horreur. Pourtant, j’ai l’impression que la structure de ce roman est atypique dans ce genre. Il est articulé en rapport d’enquête rassemblant les témoignages et les preuves qui permettent de reconstituer l’incident Johnson. Vingt ans après l’incendie du Lycée Elmbridge qui a couté la vie à trois adolescents, la découverte du journal de Kaitlyn Johnson dans le grenier de l’école dévoile un nouveau pan de cette tragédie. On retrace les événements qui ont précédé le drame à l’aide de ces écrits, des vidéos de son amie Naida, des enregistrements des thérapies avec la Doctoresse Lansing et les mails échangés avec Ari Hait.

Dawn Kurtagich revisite le trope de la maison hantée avec originalité. Si j’ai d’abord cru qu’elle prenait l’école comme le lieu maudit, on se rend compte que la notion se rapporte à une autre maison : celle du corps et de l’esprit. The Dead House se matérialise dans Carly/Kaitlyn qui est dominée par l’angoisse. Crainte qui apparaît sous la forme d’une demeure sombre au sommet d’une falaise escarpée. À travers ce récit, nous entrons dans l’intimité la plus profonde de l’âme humaine, dans ses abysses labyrinthiques. En introduisant la notion de magie, la romancière gomme les frontières entre la raison et l’imaginaire, entre la réalité et le cauchemar, si bien qu’un sentiment de confusion s’insinue dans l’esprit du lecteur. J’adore les récits fantastiques, j’ai envie de croire en le mala pratiqué par Naida, en l’étrangeté qui se produit dans la cave et le grenier, en cette inversion des âmes dans le corps de la fille Johnson. Pourtant, le texte me fait douter par les éléments, des indices, des propos éparpillés dans le rapport : est-ce que tout ça est réellement arrivé ? N’est-ce pas simplement le fait d’une hystérie collective ? Une alliance d’êtres fragiles et dérangés qui a mal tourné ?

La réponse ne sera jamais donnée par Dawn Kurtagich. Elle laisse cette interrogation en suspens telles les enquêtes obscures dont les conclusions restent à jamais la somme de suppositions.

J’ai été happée par la plume de l’autrice, sa manière de tricoter l’intrigue. L’histoire en soi, n’est pas foncièrement originale, mais son écriture a ce pouvoir d’emprisonner les lecteur.rices.

La construction de Kaitlyn m’a subjuguée. Fière et forte, elle incarne l’adolescente rebelle par essence, d’autant plus qu’elle est privée du jour, de la vie normale, de la possibilité de se faire des amis solaires. Cette vie nocturne devrait la rendre jalouse de Carly. Toutefois, elle en est dépendante et lui porte un respect à elle et « son corps ». Au moment de la disparition de cette sœur diurne, Kaitlyn vacille, son état mental sombre peu à peu dans la crainte, la folie. Elle pouvait survivre à la solitude avec Carly. Sans elle, la solitude l’écorche vive au point de s’ouvrir à Naida et Ari Hait.

Naida est du genre survoltée. Passionnée par le journalisme, elle se lance dans des reportages vidéo pour son cours de sociologie. Ses enregistrements sont repris dans le rapport d’enquêtes. Naida n’est pas une simple adolescente pleine d’énergie. Elle pratique aussi le Mala, magie écossaise (inventée par Dawn Kurtagich) qui est un héritage familial. Lorsque Carly disparaît, elle reconnait les signes d’un sorcier obscur et enquête pour la retrouver.

Ari Hait est le nouveau. Élève taciturne et solitaire, il se promène la nuit dans l’école et sa chapelle où il rencontre Kaitlyn d’une façon incongrue. Très vite, il se rapproche l’un de l’autre. Cette relation sort la Fille de Nulle Part de sa solitude nocturne, mais pas assez pour éviter sa descente aux enfers.

En bref, The Dead House est un roman addictif qui exploite de manière fantastique le syndrome du trouble de l’identité (TDI). J’ai adoré la structure originale sous forme de rapport d’enquête qui joue sur la multiplicité des points de vue pour aborder l’incident Johnson. La rupture mentale de Kaitlyn est menée d’une main de maître. 

Le requiem d’un soupir de Tiffany Schneuwly

  • Titre : Le requiem d’un soupir
  • Autrice : Tiffany Schneuwly
  • Éditeur : Livr’s Editions
  • Catégorie : young adult

Le requiem d’un soupir fait partie des genres que je lis le moins. Pourtant, la couverture toute douce réalisée par l’autrice elle-même et la thématique principale m’ont donné envie de me le procurer.

Le roman débute sur un chapitre-choc durant lequel Mercedes subit une crise d’asthme d’une ampleur effrayante. Cette jeune femme de 19 ans supporte les affres de cette maladie depuis quelques années alors qu’elle ne désire qu’une chose : vivre sa vie à fond.

Malgré le sujet sensible de cette histoire, je n’ai pas vraiment accroché même si je suis allée au bout de ma lecture. Les raisons en sont multiples. En prenant comme point de départ, le décès de Mercedes (elle apparaît sous forme fantomatique dès le premier chapitre) le déroulement du récit revête l’aspect d’un flashback démarrant environ à la rentrée scolaire jusqu’au moment fatidique qui se produit durant un épisode important dans son existence. Des souvenirs de son enfance refont surface, mais ils sont englobés dans ces moments. Cette structure m’a fait penser au défilement du passé du défunt lorsque la faucheuse s’empare de son âme.

Sauf qu’ici, la narratrice choisit ce qu’elle souhaite retracer. Du coup, le récit est rythmé par des instants de vie (joués) et des épisodes racontés pour faire les liens entre les scènes ou introduire celles qui suivent. Les deuxièmes étant plus nombreux que les premiers, ce qui a empêché mon immersion. Parmi les fous rires entre copines et les doux mots entre amoureux, quelques passages ont quand même réussi à caresser mon cœur. Mais dans l’ensemble, je suis demeurée détachée de Mercedes. D’autant plus que plusieurs points paraissaient trop lisses et parfaits. En gros, si on exclut les crises et les disputes avec la maman surprotectrice, le reste relève plus de la lecture doudou. Certains personnages ne sont pas nuancés.

Mercedes est l’ado typique qui se rebelle contre et contrôle de sa mère sur sa vie. Elle veut profiter malgré le degré de danger de sa maladie. Parfois, elle a même un comportement cruel envers sa maman. Introvertie, elle ne s’ouvre qu’à ses amies et à son amoureux, car elle a peur d’être un poids pour tous.

Les fameuses copines d’enfance sont confinées à un rôle assez stéréotypé. D’un côté, on a la studieuse qui ne fait jamais rien de travers. De l’autre, la rebelle qui change de petit ami tous les trois jours et pour laquelle on finit par s’inquiéter sur des sujets qui ne peuvent tomber que sur elle.

Enfin, on a Arnaud, le copain de Mercedes qui est trop parfait, trop beau, trop gentil, toujours prévenant, mature… bref il n’a pas de zones d’ombre. Le seul défaut que j’ai réussi à lui trouver, et encore c’est subtil, il est dominateur au lit. Il est possible que ce choix s’inscrive dans la volonté de Mercedes à retracer uniquement les bonheurs de cette année passée avec lui, mais je n’ai pas apprécié cette perfection.  

L’asthme permet d’évoquer des thématiques liées à l’adolescence. Au départ, l’autrice nous dépeint la relation qu’entretient Mercedes avec sa maladie, mais aussi les autres. Elle présente le détachement que certains posent comme un masque, car ils ne savent pas comment gérer la difficulté, voire l’angoisse, que les crises peuvent engendrer. La gestion de ce type de pathologie n’est pas aisée pour tous, surtout pour d’autres adolescents qui préfèrent ignorer la situation par pudeur et par crainte. C’est pour cela que Mercedes ne veut pas reste en retrait et ne sympathise pas.

Ainsi, la question de l’interaction et de l’intégration des ados parmi leurs semblables est abordée d’une certaine manière. La maladie symbolise aussi le rapport des adolescents à leur corps. On sait tous qu’il s’agit d’une période difficile, car il change et on prend conscience du regard des autres, surtout quand on est une fille. Mercedes ne contrôle pas ses poumons alors qu’elle souhaite vivre normalement. Elle étouffe dans sa propre chair qu’elle tente d’appréhender.

En bref, Le requiem d’un soupir est une lecture distrayante qui apporte peu de surprises, en dépit du sujet principal. Le manque de nuance et le rythme répétitif du roman (basé sur Une inspiration [vie]… une expiration [crise]… un soupir [rétablissement]) appartiennent au point qui m’ont empêché de plonger dans ce drame qui paradoxalement s’apparente durant la majeure partie du livre à de la guimauve réconfortante.   

Le Der des ders de ses amis de Brian B. Merrant

  • Titre : Le Der des ders de ses amis
  • Auteur : Brian B. Merrant
  • Éditeur : auto-édition
  • Catégories : nouvelle, historique, drame

Le Der des ders de ses amis est une nouvelle que j’ai reçue dans la box L’amour sous toutes ses formes d’Escape with a book. La romance ne faisant pas partie de mes genres de prédilection, j’aurais pu passer mon chemin quand cette box est sortie. Toutefois, la description promettait autre chose que de l’amour entre deux personnes, elle incluait aussi l’amitié. Je ne regrette pas du tout de l’avoir achetée, car la lecture de cette nouvelle épistolaire m’a bouleversée. J’espère qu’à travers cette chronique, j’arriverai à vous transmettre la beauté et la puissance de ce texte.

Joseph est orphelin. Quand la guerre éclate, il est envoyé au front pour aider la France à repousser l’ennemi. Solitaire, il laisse derrière lui son chat Louis, avec lequel il correspondra par l’intermédiaire de l’intendante, Mademoiselle Delancey.

Cette courte histoire dépeint à travers les échanges entre ses deux amis, l’horreur et l’incompréhension de la Première Guerre mondiale en la confrontant au doux quotidien d’un félin qui attend plein d’espoir le retour de l’être le plus important pour lui. Des messages de tolérance et de paix traversent leur histoire en filigrane à côté la peur de mourir et l’angoisse de ne pas recevoir la lettre suivante. Louis dénonce par sa sagesse animale la stupidité des hommes et réconforte l’âme blessée de Joseph qui voit disparaître les orphelins qui l’accompagnaient depuis le début.

« Ce conflit est dirigé par des enfants qui jouent à la guerre et envoient des enfants devenus adultes bien trop vite périr à leur place. C’est le pays qui implore que ses fils le défendent, avant de pleurer leur sacrifice. »

On comprend au fil des pages où l’histoire va aboutir en partie, mais même en le sachant, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en lisant le destin de Joseph et Louis. Ce lien fort qui les unissait, un amour entre humain et chat alors que les hommes s’entredéchiraient pendant quatre ans pour des idioties de territoire, passant à côté du principal : vivre en paix et ensemble. Vous allez dire que j’exagère et c’est vrai que j’écris rarement du sentimentalisme exacerbé dans mes chroniques. Pourtant, me croirez-vous si je vous avoue qu’en rédigeant cet article des mois après ma lecture (au printemps), les larmes dévalent mes joues et m’empêchent de discerner l’écran ? C’est dire si ce texte m’a touchée. Je ne sais pas si la présence du chat parmi les personnages joue un rôle important sur mon état émotionnel. Sans doute, vu mon amour pour ses petites bêtes qui m’accompagnent depuis ma naissance et dont mon cœur se pince à la mémoire de ceux qui sont partis. Cependant, je crois également que la plume de Brian B. Merrant et la vision de cette période qu’il met en scène sans filtre sur les pensées et les réflexions de Joseph, de Mademoiselle Delancey et de Louis, y sont pour quelque chose.

En bref, si j’ai choisi de lire Le Der des ders de ses amis en raison de la présence du chat, je ne m’attendais pas à lire un texte aussi puissant et émotionnel qui ébranlerait mon cœur à ce point. C’est une lecture qui devrait figurer dans les écoles, non seulement pour découvrir les affres et les horreurs de la guerre, mais également pour apprendre plus facilement la tolérance, la profondeur de l’amitié et l’importance de la paix.

Bratva – Larme Bleue de M. D’Ombremont

  • Titre : Bratva – Larme bleue
  • Autrice : M. D’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégorie : drame

Bratva est ma première lecture issue de mes achats à la Foire du Livre de Bruxelles 2020. Ce livre est à des années-lumière de ma zone de confort. Pourtant l’autrice et blogueuse avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots, a réussi à me convaincre par ses quelques mots empreints de vérité qu’elle a inscrits dans la dédicace : « Au fond, les pires horreurs sont humaines. » Quand des atrocités sont commises, les gens utilisent souvent le mot « inhumain ». Pourtant, seul cet être est capable de torturer physiquement comme psychologiquement l’un de ses semblables ou des animaux (sauf peut-être les chats à qui on a appris à jouer avec la nourriture).

Rayna est surnommée la vourdalak  de la famille Aslanov. Elle sait qu’elle est différente, qu’elle est un monstre et elle l’assume entièrement. Depuis qu’elle a été prise sous l’aile de cette mafia russe, elle sculpte la mort dans les corps terrifiés. Pour elle, tuer est un art. Elle vit et jouit pour le meurtre bien fait jusqu’à sa rencontre avec Eleyna, la fille de son boss qu’elle sauve des griffes des Matven et qui lui demande une requête incongrue : elle souhaite être initiée à son monde. Un lien qui va ébranler Rayna au plus profond de son art et de son âme.

Ce roman est à part. Plongé dans l’univers de la pègre russe, celui-ci ne sert que de décor à une histoire bien plus psychologique, sombre et humaine. Ce qui le rend difficilement classable dans un genre littéraire classique. Si je devais choisir une boîte, je pencherais plus pour un style emprunté au théâtre : la tragédie. Sans l’emphase accompagnant ce type de récit. Il touche également à la romance érotique homosexuelle par la relation entre Eleyna et Rayna. Toutefois, il ne peut clairement pas être figé dans cette option même si leur relation est au centre de l’histoire. C’est elle qui modifie la perception de la tueuse et ébranle son train-train quotidien.

Le bouquin est divisé en courts chapitres à la fin desquels un changement de point de vue s’opère par la courte intervention d’un stalkeur se révélant vite être Vassily observant sa bête. La possessivité est au cœur de Bratva créant une sorte de triangle amoureux malsain caché dans l’ombre et dont Rayna ne se doutera qu’à la dernière minute. Elle est comme un poison s’insinuant dans la vie des protagonistes en leur infligeant les pires horreurs. C’est d’ailleurs, la révélation finale liée à ce comportement qui m’a bouleversé après une lecture qui se voulait plus distrayante qu’autre chose. J’aimerais ne pas trop spoiler sur ce point. Sachez juste qu’il aborde un thème que je dénonce en tant que femme. 

La narration est basée sur le point de vue de Rayna. Cette psychopathe parle comme les gens normaux. Elle n’a pas de forte opinion si ce n’est sur les voyeurs assistant à ses spectacles mortuaires à la Divine Comédie et sur l’art de tuer. Si elle ressent facilement la peur de ses victimes, la psychologie humaine et ses relations ne sont pas son fort. Outre, tuer artistiquement, elle adore se droguer pour l’aider à visualiser ses futures œuvres. Suite à un trip avec Eleyna, elle va être troublée car elle s’est laissée aller à utiliser une méthode si peu conforme à ses habitudes qu’elle va se faire tatouer une larme bleue, au couleur de la chevelure de son amante, pour ce crime au lieu d’une rouge comme elle le fait pour chacun des êtres dont elle a pris soin.

Eleyna est difficilement cernable. Elle a l’air d’être la fille d’un chef de mafia un peu paumée qui demande de l’aide pour se défendre après son agression. Ses arrière-pensées restent secrètes jusqu’au bout. Elle semble instable car elle est à la fois capable de paniquer devant la violence des actes et de poignarder follement un homme par la suite.

La relation entre ses deux âmes est racontée à l’aide d’une plume simple et fluide similaire à l’esprit de la narratrice. La noirceur écrase dans les coins la faible lumière de ce monde où la pureté n’a pas sa place. La romancière n’hésite pas à décrire les scènes avec toute la violence et l’horreur dont l’humain est capable. Le sexe n’y est pas seulement sensuel mais est aussi teinté d’un aspect licencieux. Il porte bien sa notion de réservé à un public averti.

En bref, Bratva- Larme bleue est un roman déconcertant par son histoire oscillant entre plusieurs genres dont les traits principaux sont absorbés par la noirceur de l’atmosphère. Si je lisais cette œuvre sortant de mes préférences d’un œil curieux mais sans excitation particulière au début, ce que cachaient les intentions d’Eleyna m’a profondément touchée et révoltée. Une lecture dont on ne sort pas intacte.

Permis de Mourir de Delphine Dumouchel

  • Titre : Permis de Mourir
  • Autrice : Delphine Dumouchel
  • Éditeur : Livr’S Èditions
  • Catégories : drame, young adult

À l’annonce de la sortie de Permis de Mourir, j’ai tout de suite été attirée par ce livre au titre dérangeant ainsi que par sa magnifique couverture qui résume parfaitement l’histoire. Si j’avais hésité ne serait-ce qu’une seconde à l’ajouter à ma liste de souhait, l’accroche aurait suffit à me convaincre :

Certains visent le permis de conduire.

Moi, je rêve qu’on me délivre mon permis de mourir.

Je remercie chaleureusement Livr’S Éditions de m’avoir confié cette pépite en échange d’un avis honnête via SimPlement.pro.

Clémentine était une adolescente comme les autres jusqu’à cette fameuse nuit. Il n’aura fallu que d’une seule bêtise pour bouleverser sa vie à jamais. Il y a un an, elle allait enfin connaître le grand amour. Il y a douze mois, c’est le coma qui l’a prise dans ses bras.

Ce court texte est composé de quatre parties : un prologue et trois gros chapitres. Le prologue intitulé, Je passe ma journée au lit, joue avec le lecteur avec brio. Je me suis totalement laissé avoir par l’autrice qui gomme les perceptions en commençant la journée du personnage principal de façon totalement habituelle. La suite raconte l’accident et le quotidien de cette jeune fille qui est normale. C’est là que réside la force de ce roman.

En effet, elle n’a ni pouvoir magique, ni maladie, ni différence. Le récit présente une adolescente quelconque dont la vie a basculé à cause de l’alcool et de la témérité qu’il engendre. Elle a des difficultés à se lever le matin, elle ronchonne devant l’autorité et elle adore trainer avec ses amis. Une fois plongée dans le sommeil, elle reste humaine. Étant la narratrice, elle décrit le monde qu’elle perçoit uniquement par l’ouïe et l’odorat. Elle devine plus qu’elle ne voit. Elle ressent plus qu’elle n’agit. Son corps est devenu une cage qui l’empêche de consoler, de crier, d’aimer. Une prison que Clémentine a construit elle-même. Elle aimerait se réveiller mais elle a peur. Que va-t-elle découvrir ? Qui est-elle devenue ? Ses amis ont-ils changé ?

C’est si simple de rêver plutôt que d’exister en vrai.
Tellement plus facile que d’affronter les changements.

Si cette novella possède une certaine banalité, la plume de Delphine Dumouchel la rend captivante. Elle se lit d’une traite et pas seulement en raison de sa longueur. Son écriture est fluide et dynamique. Elle copie le flux de la pensée en délaissant l’incohérence que cette dernière peut revêtir. Il n’y a pas de place pour l’ennui. Les éléments s’enchainent avec un bon rythme, oscillant entre émotion et légèreté.

En bref, Permis de Mourir est une histoire poignante mettant en scène, à travers Clémentine, les dégâts de l’alcool sur une jeunesse se croyant invincible et qui paie le prix de son inconscience. Le tout est présenté selon un point de vue original qui, je l’espère, touchera le public cible.

Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

  • Titre : Changer l’eau des fleurs
  • Autrice : Valérie Perrin
  • Éditeur : Le livre de Poche
  • Catégorie : Tranche de vie

Le métier du personnage principal est l’élément qui m’a poussé à acheter Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. Il faut dire que la profession de garde-cimetière est loin d’être la fonction la plus glamour ou tout simplement la plus utilisée dans le monde fictionnel. Même le fossoyeur doit la détrôner, je pense.

Violette Toussaint côtoie la vie du cimetière de Brancion-en-Chalon au quotidien. C’est un lieu où les secrets des défunts sont dévoilés. A croire que la mort délie les langues ou que le comportement des gens les trompe plus facilement face à celle-ci. Si la garde-cimetière connait la vie de ses voisins vivants ou enterrés, elle leur dissimule la sienne sous son manteau sombre. Personne ne sait le passé qui l’a amenée entre ces tombes. Elle va nous le raconter au fil des pages en alternance avec sa rencontre avec un inspecteur de police qui doit respecter les dernières volontés de sa mère qu’il pensait connaitre.

Le plus souvent, le cimetière est associé à une vision sombre ou triste. Dans ce roman, l’autrice le met en avant comme un endroit de vie à part entière dans celle d’une ville. Non seulement par les professionnels qui y exercèrent (fossoyeurs, prêtre, garde-cimetière, entrepreneurs des pompes funèbres) mais aussi par ceux qui restent et qui se répandent sur les tombes des gens qu’ils ont aimés ou détestés. En parallèle, Violette nous raconte sa propre vie et son passé qui est une succession de drames et de bonheurs. Tous ces événements l’ont fait converger vers ce petit bout de terre et peut-être vers un avenir meilleur.  

La majorité des extraits de vie possède un dénominateur commun : l’adultère. Comme si c’était l’acte le plus présent et incontournable dans les relations humaines. Il y est décliné sous plusieurs facettes par les personnages qui le subissent ou s’y adonnent ou qui y sont confrontés.

Changer l’eau des fleurs possèdent une pléthore de protagonistes qui sont soit traités avec profondeur soit esquissés. Violette est calme, à l’écoute et franche. Pourtant, si elle est totalement intégrée à cet univers particulier et aux humains qui parcourent son cimetière, elle a élevé une barrière. Elle garde pour elle son passé et ce qui l’a amenée à faire ce boulot. Par respect et par protection, elle s’habille de manière sobre devant les défunts et leurs visiteurs. Mais sous son manteau terne, elle dissimule les couleurs de la vie, des robes rouges ou à fleurs. Si la pièce où elle accueille les gens confère une atmosphère sereine et confortable, sa chambre est pimpante. Elle aime cet endroit et connait par cœur les noms, les dates de naissance et de mort, et l’emplacement de ses voisins comme elle les appelle.

Elle est entourée par des hommes qui ont tous un caractère spécial et des particularités comportementales distinctes comme celui qui chante tout le temps du Elvis ou celui qui est une catastrophe ambulante. Les acteurs secondaires m’ont laissée de marbre. Sans doute parce que la partie de l’histoire la plus intéressante est celle de Violette et que ces âmes sont plus pour elle des personnes qui gravitent autour d’elle sans avoir un impact fort sur sa vie.

Si le livre est principalement de la tranche de vie, de la reconstruction de soi après le tragique, il touche également au mystère avec une petite enquête menée par son mari Philippe, sans pour autant être structuré comme un vrai polar. Ce passage est un vrai page turner alors que juste avant le drame en question, auquel je m’attendais, le roman tirait un peu en longueur tout comme la fin.

Valérie Perrin a un style « liste ». A plusieurs reprises, elle utilise l’énumération. D’ailleurs, c’est comme ça qu’elle débute son roman. En listant les qualificatifs des voisins de Violette. Elle use aussi de la répétition de mot ou de bout de phrase par moment ce qui m’a un peu ennuyée car ça alourdit un peu la narration. La musique et la poésie sont des éléments importants dans son écriture. Elle décrit ses personnages en faisant référence à des chanteurs (surtout Français). Une connaissance commune avec l’autrice pour bien les visualiser est donc nécessaire. Les chapitres sont intitulés à l’aide de chansons ou de poèmes. L’ensemble de sa plume est légère et teintée d’humour. Elle arrive à dépeindre la tristesse des situations avec force. Elle émet aussi quelques évidences telles :  

 « Un joli nom, ça n’empêche personne d’être un salaud. » 

En bref, Changer l’eau des fleurs met en scène plusieurs vies qui tournent autour de Violette Toussaint et la sienne. C’est l’histoire de personnes qui font des choix pour avancer dans la vie malgré le poids du passé. Un roman qui aurait été encore meilleur sans les quelques longueurs qui le parsèment.  

Une agate rouge sang de Frédérick Maurès

  • Titre : Une agate rouge sang
  • Auteur : Frédérick Maurès
  • Éditeur : ELP Editeur
  • Catégories : drame, tranche de vie

Je remercie chaleureusement Frédérick Maurès de m’avoir proposé son roman Une agate rouge sang via la plateforme SimPlement.pro en échange d’une chronique honnête.

Mathieu vit dans une petite ville de campagne nommée Saint-Grappin. Professeur de métier, il passe son temps libre à s’occuper du jardin de Madame Marie-Louise qu’il connait depuis sa plus tendre enfance. Dès les premières pages de l’histoire, c’est à son enterrement qu’il se rend. Profondément touché par sa disparition, il se rend souvent sur sa tombe pour lui parler. Soudain appelé par le notaire de la défunte, il ne se doute pas qu’il connaissait si mal cette vieille dame qu’il aime tant. L’appartement de Paris qu’elle lui lègue et dans lequel elle n’a plus remis les pieds depuis fin 1943, va ouvrir la porte de bien des secrets.

Rapidement, je me suis sentie happée par l’ambiance et l’histoire de cet ouvrage entre mystère et quête de soi. L’auteur alterne le présent et le passé en évitant la chronologie croissante des flashbacks. En mélangeant les dates, il tente de dévoiler progressivement son intrigue tout en brouillant les pistes. Toutefois, j’ai assez vite saisi les liens entre les personnages avec un peu d’attention. Cela ne m’en a pas pour autant gâcher le plaisir. Au contraire. Le thème principal du récit et la profondeur des personnages alliés à la beauté de la plume m’ont juste agrippée au point de ne plus vouloir lâcher le livre.

La première impression que j’ai eue de Mathieu fut dérangeante. Cet homme qui détaille d’un œil critique ses voisins assistant à l’enterrement, semble avoir une obsession pour Marie-Louise qui va au-delà de la simple admiration d’une personne douce et juste qui l’a soutenu pendant toute sa vie. Au fil des pages, ce sentiment d’inconfort s’est estompé au fur et à mesure que la personnalité et l’histoire de Marie-Louise s’est révélée. Cette femme est tout bonnement extraordinaire derrière son apparente simplicité, même si son âme n’est pas si pure, si blanche ou si droite que l’on pourrait le croire de prime abord. Elle possède une noirceur et une détermination sans faille pour atteindre son but. Vu les circonstances, certains diront qu’elle a amplement raison, d’autres qu’elle ne vaut pas mieux que les Ténèbres qu’elle poursuit. Je vous laisse juger.

A travers son roman, l’écrivain a décidé de mettre à l’honneur trois femmes de l’ombre bien que l’une d’entre elles est plus mise en avant. Il parle de celles qui pendant la guerre se sont battues pour la résistance, celles dont les livres d’histoire ont longtemps évincé les exploits, celles qui ne sont pas inscrites sur les monuments aux morts. Ces héroïnes qui sont restées discrètes après la libération et qui ont eu la dignité de rester modestes malgré ce qu’elles ont vécu et ce qu’elles ont fait de bien comme de mal. Mathieu va avoir un nouveau regard sur les personnes qu’ils pensaient connaitre par cœur, je me suis rappelée moi-même que beaucoup de mes anciens contemporains ont une histoire importante à partager. Ce ne sont pas simplement les petits vieux qui aiment papoter ensemble autour d’un verre de bière sur la terrasse d’un café.

« Il existe parfois autour de nous des personnes que nous côtoyons presque tous les jours, qui font partie du décor, que nous croyons connaître ou que nous supposons être plutôt comme ci ou plutôt comme ça… mais au final, lorsque l’occasion nous en est donnée, souvent trop tard, nous réalisons que ces personnes étaient totalement différentes de ce que nous avions imaginé ou qu’elles possédaient des qualités exemplaires qui nous avaient échappé. Parce qu’elles étaient discrètes et modestes, qu’elles avaient banni toute vantardise intempestive de leur comportement, privilégiant le « faire » ou le « savoir faire » au « faire savoir ». J’ai toujours eu un faible pour ce type d’individu, qui agit dans l’ombre sans rien attendre en retour, simplement pour la satisfaction d’avoir bien agi ou d’avoir fait le bien autour de soi. »

Frédérick Maurès possède un style singulier. Son verbe est soutenu, métaphorique, parfois poétique, parfois teinté d’une noirceur voire de cynisme : « la dernière marche, tout en haut, crissera d’une manière particulière, comme un oisillon qu’on assassine en l’étouffant lentement.» Ayant choisi la première personne du singulier, il adapte sa plume à l’âge de son narrateur. Ainsi, Mathieu emploi un phrasé et un vocabulaire enfantin et simple dans les passages qui relatent son enfance. Son écriture fait que même si je m’attendais à certaines révélations, celles-ci n’ont pas eu moins d’impact lors de leur lecture.

En bref, Une agate rouge sang est un roman possédant une grande force par la place centrale qu’occupent les femmes et par la plume originale qui m’a immédiatement immergée dans l’histoire dès les premières lignes. C’est une très belle découverte. 

Le café des écorchés de Frédérique Mosimann

  • Titre : Le café des écorchés
  • Autrice : Frédérique Mosimann
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : tranche de vie, drame

Quand Frédérique Mosimann m’a proposé de chroniquer son livre Le café des écorchés, le titre m’a de suite interpelée. Je remercie chaleureusement la romancière de m’avoir confié ce service presse via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête.

L’action se situe à Bordeaux. Pénélope, les épaules voutées, se dirige vers un rendez-vous important la boule au ventre. En chemin, elle tombe sur la devanture d’un petit café dont l’ambiance confortable et rassurante filtre à travers la porte. Attirée comme aimant, elle y entre et sa vie va prendre un nouveau tournant. Elle y trouve deux pairs d’oreille attentives et deux cœurs que la vie a également malmenés.

Cette histoire est une sorte de coup de poing. Elle livre à travers Eugénie, Pénélope et Guillaume des témoignages poignants relatifs à certains problèmes de société actuels. On y retrouve le burn-out, le viol, le manipulateur narcissique, la dureté du monde du travail et la violence conjugale. A travers leurs récits, les personnages parlent sans filtre de leur vécu.

La langue de Pénélope se délie un peu trop vite à mon goût au début du roman devant ces inconnus. Au départ, je pensais que l’intrigue se développerait de manière plus classique autour du dialogue entre les acteurs qui permettrait d’aménager progressivement un espace de conversation salvatrice. L’écrivaine a préféré aller au vif du sujet en posant rapidement de longs monologues où Pénélope et Guillaume parlent de leurs expériences avec peu d’interruptions. Cette méthode n’est pas dérangeante quand on comprend son but : sensibiliser le lecteur à ces problématiques et montrer que l’on peut y survivre. Cependant, je pense que cela aurait plus d’impact d’amadouer le lecteur en développant une atmosphère de confiance avant de lui lancer à la figure ces thématiques dérangeantes et bien trop véridiques. 

Elle aborde également l’art comme thérapie pour s’en sortir et ne pas perdre pied. Bien qu’elle ne décrit pas de scène de peinture ni les toiles des personnages, elle met l’accent sur la guérison par l’art. Des poèmes ponctuent chaque témoignage comme un point final montrant qu’ils ont surmonté leur passé en le partageant avec des âmes chaleureuses, à l’écoute et compréhensives.

La narration relatant le vécu des personnages leur donne de la profondeur et une grande humanité. C’est encore une fois, les misères qu’ils ont traversées qui les rendent si palpables. C’est ce qui a permis la création d’un lien entre eux et la lectrice que je suis.

La plume de Frédérique Mosimann est simple et sans fioriture. Elle est parfaite pour exposer ces thèmes et toucher un maximum de lecteurs. Nul besoin de lyrisme, cela diminuerait la puissance de ses propos. A noter qu’elle a ajouté un guide pour dédramatiser le burn-out et pour aider ceux qui sont touchés de près ou de loin par cette maladie.

En bref, Le café des écorchés est un récit-témoignage qui délivre sans emballage clinquant ou reluisant des problématiques contemporaines qui sont importantes pour Frédérique Mosimann d’autant plus que ce livre puise dans sa propre vie. Délaissant le côté romancé, celle-ci privilégie la dénonciation de la réalité dans laquelle bon nombre d’êtres vivent ou survivent.

Les moustaches de la sagesse de Sheila Jeffries

  • Titre : Les moustaches de la sagesse
  • Sous-titre : Conte du chat Salomon qui tomba des étoiles
  • Autrice : Sheila Jeffries
  • Éditeur : Pocket
  • Catégories : drame, conte

Les moustaches de la sagesse a attiré mon regard quand je parcourais les rayonnages d’une boutique de livres de seconde main. Un roman mettant en scène un chat qui provient des étoiles ? Il ne s’agit pas de science-fiction avec un extraterrestre enveloppé dans un corps de félin mais d’une sorte d’ange pour améliorer la vie et apporter du bonheur à sa famille d’accueil. Cette histoire est inspirée de la rencontre entre Sheila Jeffries et un chaton une nuit d’orage et de ce qu’il lui a amené ainsi qu’à son mari et aux gens qui les entouraient comme elle l’explique à la fin du volume.

Auparavant, Salomon était le chat d’Ellen lorsqu’elle était enfant. Celle-ci connait bien des tracas dans sa vie d’adulte. Sa mère demande au chat-esprit de retourner sur terre pour l’aider. Amoureux de son ancienne humaine et plein de bonne volonté, Salomon accepte avec joie et le voilà propulsé dans le corps d’un chaton tuxedo (noir aux pattes blanches). Il part à la recherche de sa précédente propriétaire à bord d’un camion et avec l’aide de son ange gardien. Une fois sur place, il se rend compte de deux choses : le mari d’Ellen est horrible avec elle et il n’est pas le premier chat de la maison. Il va devoir amadouer Jessica la terrible.

Aux premiers abords, l’intrigue parait se diriger vers une petite comédie tachetée d’épreuves noires. En réalité, Les moustaches de la sagesse est bien plus triste et dramatique. On est loin de l’histoire gentillette où le chat héros va apporter du bonheur à coup de pirouettes et d’actes de bravoure inimaginables pour un félin comme tant de films et de livres peuvent le mettre en scène. Ici, Salomon a seulement un rôle réaliste de chat guérisseur. Il ronronne quand tout va mal et apaise par ses ondes sonores. Il fait rire par ses cabrioles avec Jessica comme le font les chats réels. Il n’a donc qu’un rôle de soutien et non de moteur de l’histoire, en plus d’être le narrateur du roman.

La psychologie des personnages et les événements manquent de profondeur. L’autrice explique ce qui se passe ainsi que la raison principale qui se cache derrière les faits, mais le passé de ses protagonistes est quasi inexistant. Du coup, je ne me suis attachée à aucun d’entre eux. A la fin, j’ai eu une petite montée de larmes mais elles ont été causées plus par mon propre vécu avec l’un de mes anciens chats.

Cette absence de travail des acteurs est dommage par rapport à la gravité des drames qui se jouent. C’est comme avoir un traitement superficiel d’un fait bien trop courant et récurrent dans notre monde. En effet, Ellen fait partie de l’une de ses nombreuses femmes, épouses et jeunes mères qui n’osent pas quitter un mari colérique, violent, alcoolique et irresponsable. A cause de la société, de la manière dont on montre les femmes, elle ne pense avoir ni la force ni le pouvoir d’assumer seule l’éducation de son fils John et sa propre vie. Avec cette base, j’ai eu des craintes quant à la fin heureuse que la romancière pourraient offrir. Finalement, la direction choisie est plus convenable que je l’ai supposé même si un élément ne me plait pas totalement. Je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler.

La plume de Sheila Jeffries est plutôt simple et se laisse lire. A l’origine, elle a écrit beaucoup de livres pour enfants et cela se ressent dans la narration et son style. Je crois que ce roman peut donc être abordable pour les jeunes malgré la situation familiale d’Ellen.

En bref, Les moustaches de la sagesse est un petit conte plus sombre que ne le laisse penser le résumé. La légèreté et le manque de profondeur ne rend pas l’histoire assez concrète et touchante pour les adultes mais elle pourrait du coup aider à sensibiliser les jeunes sur la violence faite aux femmes en ouvrant le débat avec eux après la lecture.

Une nuit dans le passé de ma mère de Dimitri Doye

  • Titre : Une nuit dans le passé de ma mère
  • Auteur : Dimitri Doye
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : drame, mystère

Les livres qui racontent la vie de gens comme vous et moi avec leurs bonheurs et leurs malheurs est un genre qui passe ou casse. Le style d’écriture et la manière de faire passer les sentiments des personnages ainsi que les thèmes abordés sont très importants pour que je m’y arrête et que j’apprécie leur histoire. J’ai accepté de chroniquer Une nuit dans le passé de ma mère de Dimitri Doye parce que l’idée sous-jacente de son roman a titillé ma curiosité : L’importance que doit avoir le passé dans la vie actuelle et son impact sur le futur. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir confié, via SimPlement.pro, son premier bébé qui semble, d’après la postface, avoir mis des décennies de gestation. 

Mélissa stationne sa voiture dans une rue d’un petit village belge. Elle fixe la maison qui lui a fait parcourir trois heures de route pour trouver des réponses. Il y a quatre mois, sa mère a mis fin à ses jours en laissant une lettre incompréhensible. En faisant des recherches pour comprendre son acte et faire son deuil, sa fille découvre une photo qui l’a amenée ici. Vers un homme du passé qui détient les réponses. La première étape, le convaincre de lui dévoiler une histoire manifestement douloureuse, n’est pas si facile que ça. Une fois la porte des secrets ouverte, on ne peut plus la refermer peu importe ce que l’on y découvre.

Dimitri Doye nous entraîne dans un récit de rédemption, de délivrance et de construction d’identité. En revenant vingt ans en arrière, Sébastien va affronter les cauchemars qui le hantent depuis la tragédie qui a touché sa dernière année d’humanités (1995-1996). Mélissa va apprendre ce que sa mère lui a toujours caché et sa manière de voir la vie et autrui va évoluer.

Si le départ du livre semble un peu long, j’ai très vite été happée par le récit et la narration éloquente de l’auteur au point d’avoir du mal à le lâcher. Pourtant, les évènements qui sont racontés ne sont pas extraordinaires, juste dramatiques lorsqu’ils arrivent dans notre vie. Ce sont des faits divers, traités généralement sommairement dans les journaux, que les personnes extérieures lisent, compatissent et oublient trois minutes après avoir laissé l’article sur la table ou éteint la télé. Le roman aurait pu être court. L’instant résumé en cinq minutes et Mélissa repartie en un rien de temps. Le choix de Sébastien de décrire en profondeur l’année scolaire au lieu de synthétiser les élèves à un seul événement tragique de leur vie est une sorte d’hommage et un pied de nez aux journaux qui les déshumanisent presque comme si ce n’étaient que des rats écrasés sur la route.

Le point de vue choisi par Dimitri Doye est universel. Cela permet d’alterner les ressentis des protagonistes et de voir à travers les yeux d’un adulte ayant vécu une expérience traumatisante qui le poursuit depuis vingt ans, et une adolescente de 18 ans qui tout en ayant été confrontée à un drame, possède encore l’énergie de la jeunesse. Peu à peu, Mélissa se remet en question et cesse de juger l’épave qu’elle a devant elle et qui revit avec douleur et bravoure un épisode désagréable pour qu’elle en apprenne plus sur sa mère et son acte.

Ce roman est bourré de philosophies de vie diverses. Il apprend à briser les apparences, à se positionner dans les chaussures d’autrui, à trouver la force de vivre avec un lourd passé et surtout la culpabilité et la responsabilité qui s’en suivent. Qui ne s’est jamais demandé à un moment donné de sa vie comment ça se serait passé si…. ? Un passage m’a profondément touchée par sa véracité :

« Certaines personnes disent que nous avons la vie que nous méritons.

Avant de juger la vie des autres, ces personnes estiment-elles avoir la vie qu’elles méritent ?

Certes, nous récoltons généralement ce que nous avons semé, comme le dit si bien le dicton.

Cependant il arrive bien souvent que nous ne récoltions pas à sa juste valeur ce que nous avons semé ou ce que nous espérions récolter lors des semailles.

Après ce que nous avons vécu, j’ai longuement réfléchi à ce qui s’est produit ainsi qu’aux conséquences sur chacun d’entre nous ; en toute franchise, je ne pense pas que nous ayons fait d’excellentes moissons.

Bien au contraire !

Nous ne méritions pas cette récolte !

Je veux dire par là que nous n’avions rien semé qui justifie cette récolte.

J’ai compris par la suite que la vie était aussi injuste que dans ces livres dont je me délectais ; une personne sans histoire, ne demandant rien à la vie et qui se retrouve malgré elle au cœur d’une intrigue. »

La plume de l’écrivain est agréable et descriptive. Il portraiture les pensées de ses personnages sans filtre et les nargue à l’aide de la petite voix de la raison. Celle qui ne cesse de nous juger, de nous critiquer et de nous houspiller. Bien que la trame soit dramatique, l’humour est présent par petites touches sous la forme du cynisme. Par moment, quelques clichés font leur apparition comme le seul fait de posséder une moto permet de facilement embrasser une fille ou la drague poétique à deux balles de Sébastien ado. Ces phrases me font soupirer mais d’un autre côté, elles collent avec ce que des adolescents âgés de 17 ans peuvent penser après avoir été éduqué par les séries et les films de l’époque. De plus, Sébastien est tellement peu sûr de lui qu’il ne peut se raccrocher qu’à ce qu’il a lu.

L’intrigue est développée de manière intéressante et captivante. La mise en bouche du retour dans le passé narrée par Sébastien me rappelle la façon de construire un roman. C’est un peu comme une mise en abyme du métier d’auteur. Le déroulement du mystère est méticuleusement déployé. Bien que certains indices et un peu de recoupement personnel permettent de savoir des points de l’histoire avant leur divulgation, Un nuit dans le passé de ma mère n’en perd pas pour autant sa saveur. D’ailleurs, j’avoue avoir versé une petite larme à la fin.

Enfin, une certaine nostalgie m’a envahi durant certains épisodes en raison de ma nationalité, de ma personnalité et d’un évènement qui s’est produit également lors de ma dernière année à l’école. Si je ne vais pas m’attarder sur les deux dernières causes, je vais au moins explicité la première. Lire les explications de Sébastien sur la rhéto m’a projetée en arrière et m’a rappelé de bons souvenirs. Comme quoi, les auteurs belges devraient mettre plus en avant les particularités de notre pays non seulement parce que ça fait partie de leur identité mais aussi parce qu’ils peuvent toucher plus facilement leurs compatriotes.

En bref, Une nuit dans le passé de ma mère est un premier roman autoédité magistral. Plus qu’une histoire relatant un drame arrivé à des gens ordinaires, c’est une véritable plongée philosophique sur la vie, le passé et son poids sur l’avenir.