Le Crépuscule Violet (La Chronique des Joyaux, #1) de Mélanie Dufresne

  • Titre : Le Crépuscule Violet (La Chronique des Joyaux, #1)
  • Autrice : Mélanie Dufresne
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : romance fantasy

Nouvelle lecture de mon partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire. Pour rappel, il s’agit d’un groupe sur Facebook rassemblant des autrices autoéditées ou hybrides francophones ainsi que leur lecteur.rices. C’est un lieu d’échanges et de convivialité où vous serez les bienvenues.

Dans le nord, Sabaya est la précieuse du château violet. Elle attend avec impatience le retour de Lord Baygund avec le potentiel maître d’armes. Cette femme dont la vie fut insufflée par le joyau fondateur du royaume doit se lier avec un combattant et stratège capable de guider ses troupes afin de défendre les remparts et les habitants. Pendant l’absence du seigneur, une caravane demande l’hospitalité. Le mercenaire, Jonas, l’accompagne. Sa rencontre avec Sabaya va bouleverser l’ordre des choses et leurs cœurs.

Je suis restée perplexe durant la première moitié de ce roman en raison du manque de clarté de sa direction, ou plutôt à cause du genre dans lequel l’a catégorisé l’autrice. Placé sur l’étagère de la fantasy épique, je m’attendais à des batailles, des complots, de l’aventure, du frisson. C’est pourquoi, je ne cessais de me demandais où l’intrigue allait mener ? Je me suis sentie perdue avant de comprendre la chose suivante : ce récit est de la romance plongée dans un univers de fantasy. L’amour entre Sabaya et Jonas est le centre du livre et surpasse l’aspect épique.

En effet, la majeure partie du bouquin se passe entre les murs du château et juxtapose des saynètes entre les habitants et les mercenaires, mais surtout entre Jonas et Sabaya. Ce qui a trait au genre de la fantasy épique est soit évoqué, soit sert à faire évoluer la romance (et non l’inverse). Par exemple, les deux attaques de gargouilles contribuent juste à rapprocher ses deux âmes, puis à révéler Jonas auprès des soldats, et donc à renforcer sa valeur aux yeux de Sabaya, tout en déclenchant son tourment personnel. Concernant l’aspect des complots qui est un trope important dans ce genre, je l’ai vécu plus comme un élément anecdotique se déroulant en marge du développement de leur amour. Je sais que leur relation est fondamentale pour la bataille finale et l’émergence du nouveau maître d’armes. C’est un ingrédient de la recette élaborée par l’écrivaine dans son univers, mais cette romance a pris trop d’importance sur les codes du genre de la fantasy épique de mon point de vue. Du coup, mes attentes n’ont pas été comblées et, même une fois, cet aspect intégré, j’ai eu du mal à adhérer complètement au concept.

Le manque de substance de l’intrigue et de nuance des personnages y est pour beaucoup. Le roman met fait penser à un squelette construit correctement, mais dont les os seraient à peine recouverts de chair et de peau, si bien qu’on devine aisément les ficelles scénaristiques de ce récit linéaire et sans surprises. Il aurait gagné à être approfondi, car si l’humain prend le pas sur l’équipe, j’ai trouvé que les personnages manquaient de densité et de dualité, surtout concernant les deux protagonistes.

Sabaya est chaleureuse, protectrice et adore les bonbons au grand dam de la cuisinière. Façonnée par la pierre précieuse, elle a déjà vécu des centaines d’années, pourtant elle possède encore une sorte de naïveté dérangeante propre aux adolescentes. Elle ne possède pas de zones d’ombres, si ce n’est le questionnement sur l’incompatibilité de ses sentiments et de son devoir. Je peux comprendre que cette pureté soit induite par le joyau vu qu’elle n’y est pas seulement reliée, il lui a donné naissance, une sorte d’incarnation sur terre. Toutefois, il aurait été intéressant que l’autrice exploite l’humanité que sa prêtresse a acquise au fil du temps à côtoyer son peuple. C’est vraiment dommage qu’elle n’ait pas creusé à fond les implications des troubles qu’elle ressent et n’ait pas profité des impacts que ceux-ci auraient pu engendrer lors de la bataille finale, par exemple.

Jonas est en quête d’un moyen pour sauver son père qui croupit injustement dans les geôles d’un traitre dans les royaumes du sud. Il est l’archétype du preux chevalier. Malgré ses désirs personnels, il se dévoue à la protection du château violet dès la première attaque de gargouilles. Gentil, il prête main-forte aussitôt qu’il le peut dans les occupations des habitants. Tout comme Sabaya, il ne possède pas vraiment de noirceur. La vengeance constitue seulement un enjeu dans leur relation plutôt qu’un moyen d’engendrer un comportement problématique qui contrebalancerait sa pureté. 

À côté de ses deux âmes, l’autrice nous esquisse une multitude de personnages à la pelle. Encore une fois, je saisis leur utilité : ils sont là pour donner envie à Jonas de s’investir et de rester en cette demeure. Malheureusement, la sauce n’a pas pris. Comme expliqué plus haut, Mélanie Dufresne place l’humain avant l’épique. Seulement, les épisodes entre le mercenaire et les citoyens s’avèrent trop brefs et peu nombreux (vu qu’elle se focalise sur les deux tourtereaux). Je n’ai pas ressenti la formation des liens. J’ai été d’autant plus surprise qu’au moment de la concrétisation de l’union, Jonas ne mentionne pas le forgeron dans ses relations marquantes, alors qu’il s’agit du premier avec qui il a réellement vécu quelque chose, bien qu’on voit le « duel » plus du point de vue de la précieuse que de Jonas.

À côté de ces évocations de relation, le développement de Ksara m’a rendu perplexe. Contrairement aux autres personnages secondaires, l’autrice s’attarde sur elle et ses capacités qui doivent rester un secret. Vu ce traitement privilégié, je m’attendais à tout moment qu’elle ait un impact dans le récit. Cependant, une fois cette intrigue secondaire amorcée, la porte demeure ouverte sans qu’elle intervienne par la suite.

Je me dois d’aborder Maelora dans la mesure où il s’agit du potentiel maître d’arme choisie par le Seigneur Baygund. Cette chevaleresse en provenance du château bleu est droite dans ses bottes. La discipline et le respect ne font pas seulement partie de son vocabulaire, ces concepts l’incarnent. Ses hommes suivent ses ordres sans que son sexe entre en jeu. Ils connaissent sa valeur de guerrière. Fière de pouvoir accéder à un rôle si important, elle met de côté son amertume lorsqu’elle se retrouve évincée. Ici encore, aucune noirceur ne vient ombrager la droiture du personnage. Aucun acte ne montre son désarroi ou sa colère.

En dépit des faiblesses évoquées (et qui relèvent de mes goûts personnels, je le précise) et une fois la romance intégrée, cette lecture s’est révélée distrayante. Elle se laisse lire. J’ai apprécié l’univers reposant sur la notion des joyaux et de la puissance qui augmente grâce à la prospérité du royaume ainsi que l’apparition d’une créature fantastique inhabituelle. Les Symargs sont des chiens ailés issus de toutes races. L’inversion des codes sur le Nord et le Sud m’a également plu, le premier s’avérant bien plus ouvert d’esprit que le second.

En bref, Le crépuscule violet est une romance sympathique sur fond de fantasy. Toutefois, elle manque de nuances, de profondeurs et d’équilibres sur bien des points (personnages, univers, développements des relations) pour satisfaire mes goûts personnels, d’autant plus que je m’attendais à de l’épique, comme mentionné sur le site de l’autrice auquel je m’étais fiée. Je ne poursuivrais donc pas la série, même si on change de lieux et de protagonistes. 

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DRAGONS et autres bestioles d’Alizée Villemin

  • Titre : DRAGONS et autres bestioles
  • Auteur : Alizée Villemin
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : nouvelles, fantasy, comédie

Après avoir dévoré l’aventure catastrophique des fils du Corbeau, c’est avec plaisir que je me suis délectée du nouveau recueil de nouvelles d’Alizée Villemin. Un énorme merci à l’autrice de m’avoir confié son livre en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro

Cet ouvrage présente neuf récits hilarants ou charmants qui inversent et jouent avec les codes de la fantasy. Vous ne verrez plus les créatures fantastiques de la même manière entre un dragon végétarien qui va délivrer une princesse pour de la mousse au chocolat (meilleure raison au monde pour faire ce job ingrat), des licornes pas si merveilleuses que ça avec leur caractère de cochon, ou encore une fée gothique qui sympathise avec un dragon des glaces.

L’autrice ne s’amuse pas seulement à inverser les qualités et les défauts de ces fabuleux personnages, elle ose introduire des thématiques actuelles dans le genre de la fantasy. Ainsi, les dragons ne sont pas seulement friands de légumes, ils veulent du bio et du commerce équitable. 2020 l’a également inspirée pour un mage au nom qu’on voudrait oublier et qui ne se dandine pas comme un jeune homme en dansant malgré son âge avancé. La magie ne semble pas être assez puissante pour éliminer l’arthrose et les rhumatismes de ce vieux sorcier.  

Deux nouvelles tranchent un peu avec le reste des récits. Il s’agit de La Voie de fay et de Corignis Surprise ! La première par la bataille identitaire de deux êtres qui vont se rencontrer et s’accepter tel qu’ils sont. Ils désirent vivre en étant eux-mêmes sans être jugés par leurs pairs. La seconde par la beauté de la fin et le genre qui délaisse le fantasy médiéval pour un Paris steampunk où les Dragons-cyborgs ont envahi le paysage.

J’ai énuméré pas mal de détails de ce recueil. Et pourtant, je ne vous ai décrit qu’une pincée de la richesse de ce livre dont la plume légère, visuelle, dynamique et fluide nous entraîne dans un moment de pur plaisir et de musculation des zygomatiques.

« Tout l’air de l’Himalaya circulait entre ses deux oreilles, sans rencontrer le moindre obstacle neuronal. »

En bref, DRAGONS et autres bestioles du même acabit pour vous donner le titre complet, est un recueil à glisser de son fauteuil à cause d’une crise de fou rire. En plus de présenter une nouvelle vision sur les créatures fantastiques, il véhicule des idées contemporaines avec humour et brio.