De vase et d'écailles (Les fils du Corbeau : prologue) d'Alizée Villemin

  • Titre : De vase et d’écailles (Les fils du Cordeau : Prologue)
  • Autrice : Alizée Villemin
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : fantasy, comédie

Attirée par la mention comique de cette petite fantasy, je me suis laissé tenter par le prologue nommé De vase et d’écailles qui introduit les personnages et l’histoire du roman Corbeaux dans la brume d’Alizée Villemin. Je remercie chaleureusement l’autrice de m’avoir permis de déguster cette croustillante nouvelle.

Ezio et Fendyr sont embourbés dans des marécages nauséabonds et labyrinthiques pour trouver un trésor perdu. En route, ils tombent sur une nagi, une femme-serpent, qui va étrangement leur donner un coup de main malgré sa réputation de vipère*, en les menant dans l’ancien temple sacré où ils vont faire de drôles de rencontres.

Si le pitch de départ est terriblement basique, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Ez et Fen sont comme les deux côtés d’une médaille. Le premier est optimiste, le second pessimiste. Les deux ont le chic pour s’attirer des problèmes qu’ils cherchent d’une certaine manière vu qu’ils se lancent dans une aventure folle mais qu’ils n’arrivent ni à éviter ni à anticiper à cause de leur manie d’avoir le besoin de l’ouvrir sans cesse. Ces charmants personnages me font penser à ceux d’anciens dessins animés comme Scooby Doo. Ils ont un côté avare et méchant tout en étant terriblement profonds et adorables. Vous me comprendrez en découvrant la surprenante raison qui pousse ces frères dignes des meilleurs antihéros, à macérer dans un marais dangereux pour un mystérieux trésor.  

Les protagonistes secondaires sont tout autant attrayant. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour Ash dont l’histoire est poignante tout en ne dramatisant pas l’atmosphère burlesque de la nouvelle. Elle est le contrepied des frères et permet d’équilibrer la balance de l’humour.  

La plume d’Alizée Villemin est un délice. Elle crée magnifiquement l’ambiance tout en y insérant l’aspect comique sans que les deux ne génèrent une incohérence. Les dialogues sont juste cocasses à souhait voire absurdes. C’est ce qui fait indéniablement le charme des acteurs et qui m’a fait passer un excellent moment de détente. Si le vocabulaire reste accessible à tous dans la majorité du livre, il y a tout à coup quelques noms biologiques qui tranchent avec la bêtise sans pour autant paraître incongrus au vu de la situation.

En bref, De vase et d’écailles est une mise en bouche délicieuse qui met en scène des personnages attachants malgré leurs défauts et leur côté sombre. C’est une bonne petite nouvelle qui permet de respirer entre deux livres plus intenses ou complexes. Une vraie bouffée d’air frais et de rire.

   * Désolée pour ce jeu de mot qui ne vole pas bien haut, je n’ai pas pu m’en empêcher.

Animae Symphonia de Nicolas Bonin

  • Titre : Animae Symphonia
  • Auteur : Nicolas Bonin
  • Éditeur : Stories by Fyctia
  • Catégorie : fantastique

Lorsque Nicolas Bonin m’a proposé de vivre une balade musicale dans une école en compagnie d’animaux fantastiques, j’ai été intéressée immédiatement par le concept. Animae Symphonia a vu le jour grâce au concours Anima du site Fyctia en 2019. Il a atteint l’étape de la finale. Je remercie chaleureusement l’auteur pour sa confiance en me confiant ce service presse via SimPlement.pro contre une chronique honnête.

Stéphane Bardos est le fils du concierge du Lycée Saint-Saëns de Montgimel. Il y vit depuis qu’il y est né et le connaît comme sa poche. Féru de musique comme bon nombre d’élèves, il souhaite appartenir à un group de rock alternatif. Alors quand le chanteur des Jörmundgand, Dimitri, le met au défi de montrer ses capacités en guitare, il n’hésite pas et fonce chercher celle qui a été laissée sous les escaliers. A peine l’a-t-il rejointe qu’une panne de courant plonge le couloir dans la pénombre et que les serpents dessinés sur l’étui se mettent à luire. Instrument en main, il rebrousse chemin pour rejoindre les autres, mais c’est une forêt peuplée de créatures légendaires qui l’attend. Anguipèdes, ours, princesse grenouille,…Nuit après nuit, il devra jouer pour eux afin de libérer les humains possédés par les Animae et déjouer les plans de la personne qui a lancé la malédiction.

Animae Symphonia nous immerge dans un univers mi-onirique mi-fantastique baigné par la musique. Celle-ci n’est pas seulement présente dans l’histoire comme hobby préféré des protagonistes, elle inspire le nom des chapitres qui sont intitulés selon le titre d’une chanson et son interprète afin d’en donner le ton et la couleur. Les genres musicaux présents dans l’intrigue présentent une palette variée allant du rock alternatif au classique en passant par la variété française. Je n’ai pas fait l’exercice de vérifier si l’ensemble des chansons existait lors des années 1993-1994 ou si certains titres sont apparus après. Faisons confiance à l’écrivain dont on ressent la passion pour cet art. Son amour se devine par ses descriptions pointues et la manière dont la musique fait vivre l’histoire.

« — Il me faut un fusil !

— Vous avez la basse, explique la grenouille.

— Que vaut une basse contre un fusil ? C’est une blague !

— La musique est une chose sérieuse, Monsieur Bardos. Elle permet de soulever des rochers, de charmer des animaux et même de remonter le temps ! » 

Outre la musique, l’écrivain puise son inspiration dans divers mythes et légendes pour orchestrer son récit. Ainsi, Orphée fait son apparition avec sa lyre et son impatience au retour des enfers. Si le héros à la basse hérite des Grecs, ce sont les légendes françaises qui ont le plus beau rôle. Nicolas Bonin joue sur les traditions pour donner de la consistance et de la pertinence à sa malédiction. Stéphane croisent de célèbres noms tels le cheval Bayard, la fée Mélusine ou encore la bête du Gévaudan. L’utilisation qu’il en fait, la manière dont il intègre les anciennes histoires à sa propre narration est excellente. J’ai adoré qu’il puise dans le folklore local avec les légendes mais également avec l’intégration du gaulois. Je croise souvent dans mes lectures qui tournent autour de codes ou d’anciens artefacts à déchiffrer, l’utilisation du latin, de l’anglais ou des runes. Vous allez me dire que les Gaulois n’écrivaient pas. Vous avez raison. C’est pourquoi la manière dont le romancier arrive à en faire une clé de compréhension est originale. Cela fait du bien de croiser une autre langue que le trio habituel.   

Mon avis sur la densité psychologique des personnages est plutôt mitigé. Mis à part le protagoniste principal, j’ai eu l’impression que la majorité des acteurs n’étaient qu’esquissés. Leurs caractéristiques servent l’histoire et son déroulement au moment adéquat mais je n’ai pas ressenti la même profondeur que pour Stéphane. D’ailleurs, au début j’avais un peu de mal à savoir qui était qui dans le comité des délégués par exemple. Il m’a fallu du temps pour m’y retrouver.    

Stéphane est serviable et gentil. Il a un don pour la musique et est doté d’une grande détermination. Il aime la belle Yseult mais ne sait pas comment aborder cette romance ni saisir sa chance. Le fils du concierge possède un humour que je qualifierais de « au ras des pâquerettes ». Loin de moi l’idée de descendre ses blagues, car d’un, elles me font rire et de deux, je suis capable de faire bien pire dans mes délires avec mes amis. Alors oui, elles ne sont peut-être pas des plus recherchées mais elles font mouche. La princesse grenouille a une fâcheuse tendance à répondre aux questions de façon synthétique et qui soulève plus d’interrogations que de réponses. Ce côté mystérieux et franc alors qu’elle propose son aide à notre héros est juste excellentissime. J’ai adoré ce batracien dès les premiers dialogues.

La plume de Nicolas Bonin délivre la symphonie des Animae avec un bon rythme. Les phrases courtes donnent un côté léger agrémenté de passages comiques. Le début m’a fait penser à l’atmosphère du bon vieux film Jumanji des années 90s. Quelle nostalgie ! Une petite pointe de romance est également présente par le poétisme métaphorique des pensées que Stéphane a pour Yseult. Toutefois, cela ne tombe jamais dans la mièvrerie des sérénades au luth. L’auteur définit et utilise du jargon musical. Cela peut paraitre très technique aux néophytes mais je crois que les explications restent accessibles à ceux qui n’ont jamais touché au solfège. Il va même plus loin dans la théorie en remontant dans le temps et en parlant de la gamme de Pythagore. J’ai beau être musicienne, je n’en avais jamais entendu parler. J’ai repéré quelques coquilles dans la deuxième partie du livre. L’auteur va y remédier.  

En bref, Animae Symphonia est une aventure rock’n’roll et trépidante où la détermination d’un jeune homme et son amour pour la guitare va contrer les plans machiavéliques des ombres de la forêt légendaire. C’est un roman ado que je recommande grandement pour les fans de rock et de magie.       

Ghost in Love de Marc Levy

  • Titre : Ghost in Love
  • Auteur : Marc Levy
  • Éditeur : Robert Laffont/Versilio
  • Catégories : comédie, fantastique, romance

Lorsque j’ai vu pour la première fois Ghost in Love en miniature sur Internet, j’ai d’abord cru que c’était l’édition anglaise d’un précédent livre de Marc Levy. Non en raison du titre (je n’avais pas vu le sous-titre en français en plus) mais pour sa merveilleuse couverture. Si j’apprécie l’auteur, aucune des illustrations que ce soit des éditions originales ou des nouvelles, ne m’ont jamais marquée. D’où mon erreur quand j’ai aperçu la magnifique Ghost in Love.

Ce roman raconte l’histoire rocambolesque de Thomas qui s’envole vers l’autre côté de l’Atlantique pour exaucer le vœu de son père, ou devrais-je dire sa dernière volonté secrète ? En effet, Raymond est décédé il y a 5 ans en emportant avec lui une partie de sa vie cachée. Il demande à Thomas de parcourir des milliers de kilomètres pour mélanger ses cendres à celles de la femme qu’il a profondément aimée, qui vient de mourir et qui n’est pas la mère de Thomas.

Entre faire entrer illégalement les cendres d’un défunt aux USA et infiltrer l’enterrement d’une inconnue, les protagonistes vont traverser et engendrer des situations absurdes et cocasses. Dans cette intrigue, l’écrivain renoue avec les ingrédients magiques qui avaient fait de son premier livre Et si c’était vrai une aventure trépidante, hilarante et touchante. Fantôme, amour, humour s’entremêlent pour offrir un gâteau savoureux sans avoir autant d’impact que son premier best-seller dont il fait ressurgir Lauren et Arthur.

Bien entendu, Marc Levy ne parle pas uniquement d’amour fantomatique. Thomas se fait limite harcelé par son père et sa mère car sa vie de pianiste professionnel et son caractère ne favorise pas une vie de couple ou de famille. De plus, il n’en a pas vraiment envie. Ce portrait de la vieille génération engluée dans l’image d’une vie réussie et accomplie grâce à la naissance de petits-enfants et qui pressent leur progéniture à se caser et procréer, est réaliste. Bien que les femmes en font plus souvent l’objet que les hommes. Autant vous dire que j’ai ressenti de la compassion envers Thomas dans ces moments. 

La famille et les enfants est un thème cher à l’auteur. En dédiant sa comédie fantastique à son père et en lançant dans le prologue : « Dis, Papa, c’est quoi être un père ? », le sujet ne pouvait pas être évité. Si l’intrigue ne finit pas par un happy end à la sauce conte de fées (ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants), les balbutiements d’une romance vont apparaitre pour le pianiste et ne va pas empiéter sur l’objectif principal de l’histoire.

Comme toujours, l’écriture du romancier est fluide et les traits d’humour sont croustillants. Bien que les personnages restent assez sobres, naturels et semblables à ses protagonistes passés, je me suis délectée de ce bouquin bien plus qu’Une fille comme elle que j’avais lu au printemps.

En bref, si Ghost in Love n’égale pas Et si c’était vrai, c’est un plaisir de lire à nouveau un Marc Levy mêlant fantastique, fantôme et humour dans une histoire pleine des situations cocasses autour de l’enterrement et de la mort.

Une fille comme elle de Marc Levy

  • Titre : Une fille comme elle
  • Auteur : Marc Levy
  • Éditeur : Pocket
  • Catégorie : Comédie, Romance

Marc Levy et moi c’est une grande et longue histoire. Je mentirai si je disais que je n’avais pas lu tous ses romans (sauf le tout nouveau sorti en 2019) et si je ne gardais pas une petite place dans ma mémoire pour ses sorties annuelles, avec toujours cet espoir que la nouveauté sera aussi passionnante et pleine d’émotion que mon premier amour : Et si c’était vrai. Cette fois-ci, c’est raté.

Loin d’être déplaisante, Une fille comme elle est tout simplement une comédie romantique typée grand public. Elle est facile à lire, peu profonde, malgré les grandes idées sous-jacentes, et terriblement prévisible.   

Deepak travaille depuis des années comme liftier au numéro 12 de la 5eme Avenue et il est fier de son poste. Discret, il monte et descend les locataires de ce petit immeuble en pierre de taille et compte les kilomètres parcourus pour atteindre l’équivalent de trois mille fois la hauteur du Nanda Devi. Deux éléments vont venir perturber son quotidien réglé comme une horloge suisse. Le premier est l’arrivée de son neveu Sanji tout droit venu d’Inde pour développer son entreprise auprès d’investisseurs américains. Le deuxième est l’accident de son collègue de nuit qui est cloué pendant plusieurs mois au lit et qui met en péril le futur professionnel de Deepak. Embrigadé malgré lui dans cette affaire, Sanji accepte de jouer les remplaçants surtout que ça lui permet de se rapprocher de l’atypique et charmante Chloé.

Une fois le décor planté, les protagonistes se révèlent au fil des pages. Leur histoire et les épreuves par lesquelles ils sont passés sont loin d’être faciles. Surtout concernant Chloé dont la vie actuelle commence avec le tristement célèbre « 14h50 » à Boston. Pourtant, j’ai trouvé leurs caractères et leurs manières d’être fortement similaires et légers. Petit fait étonnant, j’ai souvent oublié l’invalidité de Chloé sauf quand l’auteur en fait mention lors de différents passages. Je ne sais pas si c’est le pari de Marc Lévy de la rendre « normale » aux yeux d’autrui et de mettre en avant principalement sa force mentale et sa détermination ou si c’est juste dû à ma nature de voir plus la personnalité des gens que leur handicap ou ce petit élément qui les met au ban de la société. La normalité n’est pas un concept auquel j’adhère. C’est une conception du monde qui est décidée par l’être humain pour faire entrer les gens dans un moule. Nous avons tous nos petites particularités et c’est ce qui forme notre richesse.  

Revenons à nos moutons après ce minuscule intermède philosophique pour parler des points que j’ai le plus appréciés au cours de cette lecture. Le développement de l’intrigue au sein de certains personnages secondaires est bien plus intéressant que la trame principale. Je n’en dirais pas plus pour éviter de spoiler mais un épisode m’a fait sourire. Enfin, le cadre et la dualité ancien-nouveau, humanité-robotique sont plaisants. Je parle évidemment de l’antique ascenseur dont on s’imagine très bien les grilles et le levier actionné par le liftier en costume.

En bref, loin d’être le meilleur récit de Marc Lévy, Une fille comme elle a le mérite de divertir tout en évoquant des concepts importants. Une bonne comédie romantique new-yorkaise sans prétention et sans surprise.