L’Apocalypse selon Sandra de Céline Saint-Charle

  • Titre : L’Apocalypse selon Sandra
  • Autrice : Céline Saint-Charle
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégorie : post-apocalypse

Les zombies n’ont jamais fait partie de mes créatures préférées qu’ils soient classiques ou modernisés comme ce fut le cas dans les nombreux films des dernières décennies qui les ont mis à toutes les sauces. Néanmoins, le roman de Céline Saint-Charle a réussi à attirer mon œil grâce aux chroniques (dont celle d’OmbreBones) qui le présentaient comme atypique dans sa finalité.

Sandra vit et travaille dans le ranch familial. Adorant sa fratrie, elle renonce à une virée shopping pour aider son frère Tom qui essaye sa dernière invention pour acheminer le purin et l’urine des bovidés sur les champs afin de les fertiliser. L’opération s’avère être un succès quand le Shérif Perkins surgit dans son 4×4 avec l’intention d’emmener l’un des employés qui aurait sauvagement assassiné son épouse d’après les propos d’un témoin. C’est là que tout dérape. Recouverte de déjections animales, Sandra se retrouve menottée à Perkins métamorphosé en zombie. Un long périple à travers le Texas au milieu d’une horde de morts-vivants l’attend.

Si la mise en place du contexte initial reste classique avec l’attaque de macchabées affamés de chair humaine, le récit prend progressivement la tangente pour devenir un road trip des plus conventionnels à condition d’omettre la nature cannibale des compagnons de route de Sandra. D’abord, mue par un instinct de survie engendré par la peur de finir dévorée, la jeune femme appréhende leurs comportements. Peu à peu les préjugés issus de l’imagination humaine laissent place à une réalité déconcertante puis presque enivrante.

Ce changement d’opinion s’opère en parallèle de la propre déchéance du personnage principal qui traverse des étapes de régression vers un état de besoins primaires qui transgressent les bonnes manières et qui la met d’une certaine façon au même niveau que les zombies. Sandra incarne alors le survivalisme par l’adaptation et l’intégration avec une vision à long terme tandis que d’autres humains ne vivent plus qu’au jour le jour consommant les denrées et produits seconds comme l’essence sans se préoccuper du après.

Au cours de ses pérégrinations, elle remarque avec horreur les vestiges de la bêtise de ses semblables sur les lieux désertés avant d’y être confrontée en temps réel. Dans ce monde d’apocalypse, certains déchaînent leurs vices et reproduisent l’avilissement, l’esclavage sexuel sur les femmes et encore pire selon leur degré de santé mentale ou de psychopathie.

Les zombies se révèlent quant à eux plus solidaires. Quand Sandra se rend compte du rôle qu’elle peut jouer dans la naissance de cette nouvelle ère, cette civilisation destinée à prendre le relai sur terre, elle s’y implique à fond comme une bergère guidant son troupeau et incarne la justice de l’Apocalypse (d’où le clin d’œil biblique du titre).

Le roman oscille entre frissons, répliques cyniques et douceur. La plume de Céline Saint-Charle est fluide, dynamique et immersive. Elle arrive à construire des ambiances mixtes où l’horreur et l’humour se côtoient avant de fondre vers une normalité dérangeante étant donné que mon cerveau s’amusait à me rappeler l’aspect anthropophage des zombies et le fait qu’à tout moment les choses peuvent basculer en raison du processus d’apprentissage. Notre héroïne reste humaine après tout.

En bref, L’Apocalypse selon Sandra est une utopie, ou plutôt un road trip qui s’en rapproche. Le roman apporte une vision drastiquement différente des bouquins post-apocalyptiques même s’il en reprend certains éléments comme la déchéance d’une partie de la population qui n’arrive pas à évoluer malgré sa destitution du sommet de la chaine alimentaire et qui recourt à la domination. L’épouvante sanglante propre à toute histoire de zombie disparait en quelques chapitres au profit d’un récit touchant abordant la tolérance et la solidarité.

Publicité