L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le conte des Sept Chants, #4) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le Conte des Sept Chants, #4)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir une fois de plus fait confiance pour lire et chroniquer le tome final de sa saga au double titre. D’abord éditée sous Le Conte des Sept Chants, puis rebaptisé La Dernière Guerre des Dieux suite à une volonté de se rapprocher du type d’histoire, le quatrième opus clôture 14 ans d’écriture, d’élaboration du monde et de personnages. En regardant en arrière, on peut comprendre pourquoi ce récit épique a pris autant de temps tant il est riche et diversifié tout en restant cohérent.

Si vous n’avez pas lu les précédents livres, je vous déconseille de lire ma chronique, car certains éléments seront divulgâchés. Vous êtes prévenus.

Après la lecture d’un résumé bienvenu, nous reprenons l’histoire à l’endroit où elle s’est arrêtée au troisième tome. Edoran, accompagné de ses nouveaux acolytes (Bohr et Xano), retourne sur Gahavia par le portail ouvert par Mork Örn. Ils ont pour mission de sécuriser les lieux pour aménager le quartier général de la sorcière Xinthia Laska. Jouer le rôle du démon Bahran lui coûte de plus en plus cher, endommage profondément son âme. Toutefois, il se doit de s’y coller jusqu’au bout. Surtout quand Saraë débarque pour récupérer le dernier chant.

En parallèle, les autres porteurs du chant se dirigent vers l’Arcoa Calya pour opérer le rituel auprès d’Hermanus tandis que les troupes de l’armée coalisée continuent à défendre le pays des Elfes et à repousser l’ennemi malgré de nombreuses pertes.

Les premiers chapitres défilent et remettent en mémoire les pions sur l’échiquier de cet affrontement final. On retrouve ainsi les différents personnages clés du roman, ce qui permet d’éviter un sentiment de confusion. On sait qui est où, et son but. Les principales scènes sont : le camp de Xinthia, la bataille des Gahaviens et le palais des Elfes. Je viens de les énumérer par ordre de tension dramatique, celle que j’ai ressentie personnellement.

La réunion entre Edoran et Saraë est pour moi celle qui est la plus intense et la mieux travaillée. La reine se laisse capturer pour donner une chance à ses amis Olbur et Thésis de quitter le camp des Evinshorkiens avec le dernier chant. Autant vous dire que j’ai détesté ce moment pour deux raisons. D’un, car pour moi, Saraë renonçait après avoir vu Edoran/Bahran et de deux…. Je ne vous l’exprimerais que de cette manière : on sait pourquoi Olbur était nommé l’Inattendu par l’Unique. En tête à tête avec la sorcière, les deux amants vont combattre leur propre démon. Le métamorphe résiste à l’envie de prendre sa bien-aimée dans ses bras et celle-ci lutte contre la tentation d’user de son pouvoir pour dégommer son ennemie, ce qui la plongerait dans les Ténèbres.  

Pendant ce temps, la bataille fait rage et les nombreuses pertes dans l’armée alliée essoufflent l’espoir. Cependant, les chefs ne fléchissent pas. Contrairement à d’autres romans de fantasy qui décrivent des scènes de combats où épées et haches virevoltent à souhait, Cécile Ama Courtois a choisi de prôner l’intelligence et la bravoure. Les stratégies ingénieuses qu’elle place dans la bouche des êtres considérés comme les plus fragiles prouvent que l’ensemble des peuples de Gahavia sont utiles au combat malgré les apparences. Même les nains surpassent leur fameux amour-propre pour la victoire.

Abordons enfin le rituel de l’Harmonie. Celui-ci m’a un peu déboussolé, car il se déroule sans encombre et assez vite (avant la moitié du roman). Je me suis retrouvée dans le même sentiment que les Evinshorkiens qui y avaient survécu. Que s’est-il passé ? Et que va-t-il advenir ?

La reconstruction. C’est comme cela que l’on peut nommer la deuxième partie de l’histoire qui m’a donné l’impression de lire un long épilogue. Trop long. Si la formule de « prologue » avait bien fonctionné pour le premier tome de la saga, je n’y adhère pas cette fois-ci. L’effet « découverte » n’existe plus et même si j’aime les personnages, je suis le genre de lectrice qui a besoin d’enjeux et de revirements pour avancer. Or, ceux qui sont proposés tel le renoncement de Saraë n’en constituent pas de vrais. Et par vrais, j’entends ceux pour lesquels on doute, on retient notre souffle, on se questionne sur la réussite à le dépasser, à y arriver et à atteindre l’objectif. Je me suis retrouvée à m’accrocher à certains éléments parlant de noirceur avec l’espoir de voir un revirement brutal, comme ceux que l’autrice nous a fait vivre précédemment, mais je me suis vite rendue compte que ça n’arriverait pas, parce qu’elle avait choisi la paix, la puissance de l’Harmonie et l’ouverture d’esprit. C’est sa décision et je la respecte, même si elle ne me convient pas décrite dans autant de pages qui contiennent aussi un bon nombre de récapitulatifs des moments forts de la série. J’avoue que si, cette histoire n’était pas narrée par la plume de Cécile que j’adore, j’aurais sans doute refermé le livre bien avant le point final.

Avec cette écriture fluide et dynamique qui dépeint en profondeur l’âme de ses personnages, elle nous parle de résilience, de rédemption, de transcendance de la différence et du passé. L’Harmonie ayant épargné des membres de la Horde de Mork Örn, les Gahaviens doivent apprendre à connaître ses êtres, à aller au-delà des apparences et à comprendre que la tyrannie emprisonne mentalement certains citoyens et les obligent à exécuter des tâches abjectes par crainte ou par éducation : ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent accéder à des droits et aux valeurs qui dorment au fond de leur cœur. Ils y aspirent sans réellement sans réaliser qu’ils peuvent vivre autrement.

Au bout du récit principal, le tome nous offre des histoires que je nommerai presque des spin-off sous forme de nouvelles. Elles mettent en scène des personnages secondaires : notamment Malcolm et Viane. Je m’attendais à les revoir, mais bien plus tôt que cela. J’ai aimé ces retrouvailles et rencontrer la petite Vaël qui annonce une nouvelle ère.

En bref, L’Harmonie clôture trop vite une série déroutante et riche en émotions. Une sage qui commence tel un faisceau de lumière mangé par les noirceurs les plus abyssales pour ressurgir avec plus d’éclat. L’univers construit par Cécile Ama Courtois mériterait d’être approfondi à la manière de J.R.R. Tolkien, grâce à de nouvelles histoires qui nous permettraient d’arpenter ce monde et peut-être les autres de l’Ambar Neldëa que l’on n’a pas encore pu découvrir.   

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Le duel (Le Conte des Sept Chants / La Dernière Guerre des Dieux, #3)

  • Titre : Le Duel (le Conte des Sept Chants, La Dernière Guerre des Dieux, #3)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

L’imagination et la création amènent parfois à modifier ses plans originels. Celles de Cécile Ama Courtois sont tellement immenses que sa série Le conte des Sept Chants, rebaptisée La Dernière Guerre des Dieux, qui devait être une trilogie au départ, est devenue une quadrilogie. Le Duel reprend là où La Quête, s’est arrêtée.

Contrairement à d’habitude, je ne vais pas résumer l’histoire, car cela m’amènerait à des divulgations. Sachez simplement que ce troisième opus se divise en trois parties que l’autrice alterne pour maintenir le suspense. Ainsi, nous retrouvons finalement le seigneur félide, Elgard, dont la mission consistait à rassemble une armée pour attaquer les forces de Mörk Örn qui encerclent l’Arcoa Calya. La continuité de la recherche des porteurs des Sept Chants par la reine Saraë et ses compagnons. Enfin, le combat d’Edoran contre le démon possesseur de corps.

La structure du livre évolue dans ce tome avec l’apparition de résumés au début et insérés au sein des pages ainsi qu’un calendrier elfique. Rafraichir la mémoire des lecteurs et lectrices sur les précédents bouquins après une longue attente entre deux sorties est un atout. Toutefois, je préfère lorsqu’ils sont soit cantonnés avant l’histoire soit délayés dans la narration. Alors que j’étais plongée dans le récit, j’ai ressenti l’apparition soudaine de résumés en plein milieu, comme une coupure qui me sortait de l’intrigue.

Dans un premier temps, l’utilisation du calendrier elfique m’a perturbée en raison de son absence dans les tomes antérieurs. Cependant, j’ai vite apprécié son insertion. En effet, Le Duel présente des chapitres plus courts que ses prédécesseurs. Du coup, les titres datés et situés permettent d’accélérer le rythme de l’histoire et de connaître directement où on se trouve sur la carte et avec qui. La progression en devient tangible alors que, si je prends l’exemple de La Délégation, le manque de repère chronologique gommait le temps, ce qui seyait parfaitement à l’ambiance du tome qui servait d’introduction sous la forme d’une balade où l’on découvre les peuples et leurs richesses.

Le tempo endiablé du troisième livre ne constitue pas le seul élément que j’ai adoré. Cécile Ama Courtois a porté son art du sentimentalisme au sommet de sa plume. J’ai très vite été happée par des épisodes concis, mais emplis d’une émotion qui touche le cœur en quelques mots. Tout au long de l’histoire, elle joue avec le lecteur en usant de revirements qui lèvent le voile sur le monde obscur. On découvre le visage des ennemis. Bahran, le démon avide de liberté. La maléfique sorcière du tome 2 qui révèle ses faiblesses et deux acolytes improbables qui formeront une alliance inattendue.

Ces nouveaux protagonistes étayent l’univers d’une palette diversifiée où les Ténèbres se colorent de nuances intéressantes, à côté des anciens personnages que j’ai retrouvés avec plaisir. Surtout Thorak et Olbur pour leurs joutes verbales qui me font toujours autant rire lors de la quête qui se poursuit avec l’arrivée des porteurs des autres chants. Mission mouvementée par l’évolution de Zya et les combats intérieurs de Saraë qui ne craint plus rien. Même pas l’Unique.

À propos des thématiques, l’autrice aborde toujours celles qui lui tiennent à cœur, dont le pouvoir de l’amour à travers les nouveaux protagonistes qui vont voir leur espoir grandir grâce à ce sentiment qui redessine le monde. Le dépassement de soi possède aussi une place importante et côtoie de près les limites de ce qui est acceptable. Limites que je pourrais résumer par : Est-ce que tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins ? L’ombre n’est jamais loin de la lumière, elle l’entoure et peut la teinter, même partiellement.

En bref, Le Duel est sans aucun doute le meilleur opus de la saga Le Conte des Sept Chants/La Dernière Guerre des Dieux jusqu’à présent. Dans ce tome, Cécile met en lumière l’ombre et dépeint des personnages réalistes avec une large palette de gris. Une course effrénée entre les mondes où la frontière entre le Bien et le Mal s’estompe.    

La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, romance

Je remercie du fond du cœur Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son dernier roman en échange d’une chronique sincère, et d’avoir été aussi patiente et clémente face au temps que j’ai pris pour l’écrire.

Étant donné que j’aborde des éléments cruciaux du précédent tome, je vous invite à passer votre chemin sur cet article si vous ne l’avez pas lu. A moins que vous aimiez la torture à coup de spoilers.

Saraë, la haute-reine des elfes se vide de son énergie vitale pour tisser le bouclier d’amour qui protège son peuple. Les trois prêtresses se relayent à son chevet pour l’aider, quitte à en mourir. La situation semble perdue lorsque le grand mage Hermanus fait irruption dans la chambre et l’empêche de sombrer dans l’au-delà. Porteur du chant do, il rapporte à sa majesté la prophétie des sept chants et la quête pour les retrouver et sauver Gahavia. Pour ce faire, trois héros doivent être rassemblés : le Protecteur, la Double et l’Inattendu. Impatiente de retrouver Edoran parti en guerre contre les forces de Mork Örn, Saraë, devenue oracle lors de sa guérison, se montre dure en affaire. Elle donnera les noms des trois en échange de sa participation à la recherche des porteurs des chants.

Bien qu’on entre rapidement dans le vif du sujet, j’ai ressenti des longueurs dans la première partie du bouquin en raison des rappels et des explications supplémentaires sur l’univers qui arrivent presque d’un bloc. Certains passages m’ont semblé répétitifs par leur proximité comme le périple d’Hermanus qui est largement évoqué puis détaillé en profondeur quelques chapitres plus loin.

J’ai été quelque peu interloquée par les relations entre les personnages. L’autrice a fait un travail remarquable en amont pour tisser les liens entre les protagonistes. C’est indéniable. Malheureusement, elle les synthétise en quelques lignes descriptives, et fait de nombreux raccourcis sur des moments-clés que j’aurais aimé vivre avec eux. Je prendrai l’exemple de Thésis et Edoran qui forment un duo de choc sans qu’on vive la naissance de cette symbiose dans le combat. La seule véritable relation qui est traitée avec minutie, est celle entre Edoran et Saraë. Si je devais exprimer le style de ce bouquin à coup de fusain, je représenterais une balance qui ne cesse d’osciller entre fantasy et romance sans savoir quel genre choisir en priorité.

Ce résultat provient du pari que l’écrivaine s’est lancée en intégrant au noyau principal de nouveaux protagonistes plutôt que de repêcher ceux de La Délégation. Qui dit du sang frais, signifie bâtir, en repartant de zéro, de nouveaux liens en parallèle de la multitude d’événements qui doivent être relatés dans le roman pour faire avancer l’histoire.

Les épisodes de la seconde partie deviennent de plus en plus intenses et exploitent à merveille la notion de dimensions introduites avant le début de l’aventure dans le premier tome du Conte des Sept Chants. La quête qui avait des allures classiques, prend un tournant inattendu.

Parmi les nouveaux arrivants, le mage Hermanus fait figure de grand sage malgré ses nombreux préjugés envers la reine, qui tomberont les uns après les autres face à sa ténacité, son intelligence et, surtout, son aptitude à apprendre de ses erreurs rapidement. Le nain Olbur est plutôt standard : grognon et jovial. L’aelder Thesis est, quant à elle, brave et droite. Elle prend les responsabilités à bras le corps.  

Le Bestiaire inventé par Cécile Ama Courtois est l’un de mes petits plaisirs de lecture même si seules les hordes du Seigneur Noir en font partie. Elle fait preuve d’une grande imagination pour nous dépeindre ses monstres que l’on ne voudrait pas rencontrer même dans une avenue illuminée de soleil.  

Gageons que le chant des Sept pourra les exterminer grâce à l’harmonie qui apaise les ires, fait vibrer les cœurs et transcendent les langues et les peuples. C’est le pouvoir de la musique sur lequel l’histoire de La Quête est élaborée. Un art important chez la romancière au point qu’elle partage avec nous ses compositions lyriques pour accompagner le voyage des compagnons.

Sa plume est toujours aussi captivante. Elle allie le style poétique et médiéval avec brio. Le tout parsemé ça et là d’humour et teinté de noirceur pour nous faire trembler. Son écriture décrit des scènes de batailles avec détail et dynamisme.

En bref, La Quête est un second roman qui nous fait réellement entrer dans le vif du sujet. S’il m’a semblé déséquilibré au début par les raccourcis des relations entre certains personnages, la seconde partie avec le développement de l’histoire autour des sept chants ainsi que la manière de les retrouver, m’a conquise. Je me demande quel sera la tonalité du concert dans le troisième livre ?

La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son nouveau roman autoédité en échange d’une chronique honnête. C’est le troisième univers de la romancière que je découvre. Si mon avis est mitigé, il m’a tout de même donné l’envie de lire la suite.

Gahavia est une terre située dans l’Ambar Neldëa. En des temps reculés, les mondes communiquaient entre eux via des passerelles. Gahavia étant prospère, elle fut envahie par les armée de Mörk Örn et connut les heures les plus sombres de son histoire : les Eres noires. L’Unique intervint pour bannir le prince des ténèbres en l’envoyant dans un monde parallèle via les terres de Morlaune qui gardent des séquelles de sa noirceur et qui emprisonnent les êtres mauvais encore aujourd’hui. Mille ans plus tard, les peuples de Gahavia font leur possible pour maintenir la paix. Les Elfes dominent les autres races en étant le pilier de cette tranquillité. Tous les dix ans, une délégation de chaque royaume converge vers la capitale elfique pour renforcer les liens lors d’une assemblée. Le livre de la paix est transmis de clan en clan afin qu’il soit protégé et qu’il unisse les pays.  

Edoran fait partie des métamorphes et est le prince des loups-garous. Son père le nomme pour rapporter le livre sacré lors du nouveau conseil. Accompagné de son écuyer Boris et de l’hallebardier du roi, il quitte la Lycantie pour rejoindre les autres membres de la délégation des métamorphes. Sylphes, Félides, Aelders, Vipérines, Fées et Lycans vont ainsi chevaucher ensemble pour rallier l’Arcoa Calya. Au cours de leur périple, ils vont expérimenter les joies de l’aventure, de la découverte mais aussi des dangers plus sournois.

La Délégation me fait penser à un gros prologue. Le conte des Sept Chants est sans doute l’univers le plus riche, détaillé et complexe de Cécile Ama Courtois. Ne serait-ce qu’au niveau des clans. Si trois catégories peuvent être dégagées (créature mythique, humain et métamorphe), chaque peuple possède des caractéristiques distinctes et bien documentées. Notamment grâce à l’intervention de l’Étude des peuples de Gahavia par Ruphas Tenderbach.

Le premier tiers du livre se concentre sur la découverte de Métamorphia comme si Edoran et ses compagnons étaient des explorateurs qui observent et apprennent à connaitre les mœurs et les coutumes des autochtones. J’ai presque eu l’impression de lire une balade avec peu de perturbations si ce n’est les frictions entre clans. Par ailleurs, le fameux livre de la paix passe au second plan. Maintes fois, je me suis demandé si quelqu’un allait le dérober ou tenter de le faire en provoquant un esclandre proche de l’incident diplomatique. Mais non. Cette partie est calme et est vraiment basée sur le développement de l’univers. Si les peuples sont tous intéressants, j’ai une petite préférence pour les Sylphes. Ces êtres issus des arbres et qui démontrent l’amour de l’autrice pour les plantes et la nature. Elle m’a confié qu’elle croyait que les arbres avaient une âme et je l’ai ressenti dans ces petits personnages qui sont empreints de sagesse et dont l’apparence est nuancée selon la variété de bois de laquelle ils sont nés. Les Aelders, hommes-oiseaux, m’ont également plu par leur aspect qui mélange les traits humains et aviens.

La seconde partie qui coïncide avec le départ de Faerie est plus palpitante. Surtout avec l’arrivée d’un personnage drôle et cleptomane qui possède un certain charme malgré ses jérémiades. Le rythme s’accélère et l’aventure typique de la fantasy débute réellement. Enfin, les scènes se déroulant au palais des elfes est le moment phare où l’ombre se déploie et le pire surgit.

Pendant tout le tome, j’ai cherché le lien avec le titre de la saga : Le conte des Sept Chants. Le seul élément qui s’y rapporte est le dernier petit chapitre qui fait finalement intervenir le sujet, qui lance le second opus et qui me donne envie de lire la suite.

Ce sont les raisons pour lesquelles, je nomme La Délégation un prologue. L’ensemble décrit l’univers et amène le véritable enjeu à la toute fin.

Outre le détail de son monde, l’écrivaine apporte un soin particulier à ses personnages. Edoran du haut de ses 20 ans, est encore un gamin qui idolâtre son mentor, Malcolm le hallebardier, au point qu’il pique une colère quand celui-ci partage le lit d’une Vipérine qu’il déteste uniquement à cause des histoires de sa nourrice. Edoran a beau avoir une certaine érudition grâce à ses lectures, c’est la première fois qu’il quitte son royaume et qu’il va réellement être confronté aux étrangers et à leurs mœurs. Il débarque chez ses voisins la tête remplie d’images et de préjugés. Comme quoi, lire des livres ne signifie pas être ouvert d’esprit et tolérant. Il faut également se construire un regard critique notamment en rencontrant autrui. Edoran va évoluer vers cette mentalité petit à petit. Par ses actes et ses paroles, il va devenir le roi qu’il désire être. Quelqu’un qui rallie. D’ailleurs, il réussit à obtenir des différents peuples des laissez-passer à vie sur leurs territoires. Cependant, j’ai trouvé par moment que c’était trop facile pour lui d’avoir l’amitié de certaines espèces telles les fiers centaures. Ces unions vont sans doute servir dans les prochains tomes.

La princesse des haut-elfes, Saraë est considérée par ses pairs comme marginale et laide car elle ne sait pas contenir ses émotions comme le protocole des elfes l’instaure. Ses sentiments ne lui confèrent ni la grâce ni la sérénité de cette espèce qui éblouit les autres. Elle a un côté capricieux et ne désire pas monter sur le trône. Pourtant, elle changera vite d’état d’esprit suite à l’urgence de la situation.

Ces deux êtres vont connaitre un coup de foudre. Je n’ai jamais été convaincue par cette notion d’amour au premier regard et La délégation n’a pas changé ma façon de penser. Je sais que ce lien est nécessaire pour la suite de l’histoire (je n’en dirais pas plus pour vous laisser découvrir comment Cécile Ama Courtois utilise cet amour). Néanmoins, j’aurais préféré avoir quelques chapitres pour développer la relation entre Edoran et Saraë et l’intérêt que leur première rencontre aurait suscité plutôt qu’un amour immédiat.

A côté de la tolérance et de l’ouverture d’esprit vis-à-vis d’autrui, les thèmes abordés par l’autrice apportent une dimension surprenante pour de la fantasy qui met plus souvent en avant le côté viril et combattif des hommes que celui des femmes qui affrontent des difficultés qui leur sont propres. Ainsi, elle portraiture plusieurs femmes fortes et notamment l’image de la mère à travers un système biologique chez les Vipérines qui transpose les dangers de l’accouchement d’une manière originale. Là, où les scénarios ne mettent en avant que la douleur de l’enfantement, la romancière rappelle que porter et mettre au monde un corps étranger (car c’est ce qu’est un bébé) peut avoir de graves conséquences pour la maman. D’où le combat et l’exploit. La liberté sexuelle des femmes est aussi l’un des concepts phares exposés par l’appétit des Félides, des Fées et des Vipérines dont les mœurs sont libertines.

La plume de Cécile Ama Courtois est toujours aussi efficace pour entrainer le lecteur dans son monde. C’est pourquoi malgré l’aspect introductif de ce roman, j’ai passé un bon moment. Le narrateur possède un parlé poétique, lyrique et captivant. L’une des particularités de ce livre est que la narration est fortement présente pendant les deux tiers de l’histoire contrairement aux dialogues qui sont sporadiques. Les descriptions sont nombreuses mais loin d’être ennuyeuses. L’amour de l’écrivaine pour les chevaux qui est une de ses passions, transparait énormément. Ça va du nom de la race à ses caractéristiques et à l’union entre l’équidé et son cavalier qui leur permet de combattre et vaincre les ennemis. Ils ont une place de choix dans le récit.  

En bref, La Délégation est un premier tome qui pose les bases du Conte des Sept Chants tel un long prologue qui place les pions sur l’échiquier. Si ma lecture fut agréable telle une balade paisible emplie de découvertes, l’épilogue m’a mis l’eau à la bouche pour la suite.

Deijan (Nordie, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : Deijan (Nordie, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : L’ivre Book
  • Catégorie : Fantastique médiéval, romance

Attention, si vous n’avez pas lu le premier tome, évitez de lire cette chronique. En effet, je ne peux aborder ce deuxième opus sans évoquer des événements majeurs du premier. Je décline toutes responsabilités en cas de curiosité aiguë qui entraînerait une crise de larmes torrentielles. 😉

Après l’apaisement du tumulte émotionnel qui m’avait envahie lors de la lecture du premier livre, j’ai finalement ouvert les pages du second volume de Nordie de Cécile Ama Courtois avec sérénité. La situation à la fin de l’épisode précédent pouvait suggérer que Guilendria allait se transformer en princesse en détresse. Mais cette pensée est tout de suite à écarter quand on connaît l’autrice.

Si la partie deux de cette duologie porte le nom de Deijan, c’est Guilendria qui reste l’héroïne de l’histoire. L’intrigue reprend là où la romancière s’est arrêtée. Ici, il n’y a pas de bond dans le temps pour lancer la course-poursuite contre les écumeurs. Le premier chapitre s’ouvre sur le château en flamme et la vivacité de Jorel et de Sauge à prendre les choses en main pour sauver Deijan et son personnel de l’incendie. Ensuite, le récit prend un tournant inattendu pour ce genre de roman bien que certains points restent prévisibles. Il se focalise d’une part sur la convalescence du comte et d’autre part sur la bataille de Guilendria pour survivre aux écumeurs et à la réalité qui lui saute aux yeux.

La comtesse de Bucail analyse rapidement la situation et elle se rend vite compte de l’échappatoire qui s’offre aux habitants du château. Elle décide de continuer la lutte psychologique qu’elle a lancée contre Ifhoras mais celle-ci ne la laissera pas indemne et la découverte de sa destinée va lui faire comprendre la naïveté de sa vision du monde et la tâche importante qu’Esca lui a confiée.      

Au cours de sa captivité, elle rencontre des personnages surprenant et surtout des femmes courageuses qui ont réussi à rester vraies malgré les épreuves qu’elles ont endurées. Je pense principalement à Kharyne, la sorcière aux chats qui m’a immédiatement plu.

Parallèlement, Deijan tente de prendre son mal en patience pour guérir et rassembler les troupes pour débusquer les écumeurs et récupérer son épouse. L’incendie signe d’une certaine manière la fin de ce qu’il est devenu après sa prise de fonction à la tête du comté. Toutefois, personne ne change du jour au lendemain même suite à un événement tragique. Dans le précédent volume, j’ai eu envie de le frapper et dans cet ouvrage, j’ai encore été prise par ce désir mais pas pour les mêmes raisons. En gros, on peut dire que Deijan est une tête à claque !

Le comte du Bucail revête la notion de chevalier et de seigneur avec l’ensemble des stéréotypes que l’on attribue habituellement à ce titre. Grâce à Guilendria, il ouvre peu à peu les yeux sur les gens qui l’entourent et la culpabilité le saisit à la gorge à de nombreuses reprises. Néanmoins, Deijan est orgueilleux et c’est sa dignité typiquement masculine qui le fait avancer aux risques d’aggraver sa situation et de faire souffrir autrui. Il est loin d’être aussi posé et intuitif que sa femme. Son évolution est lente et il me fait l’effet d’un enfant naïf qui ne peut comprendre les choses que si on lui explique et qu’on l’aide à ouvrir les yeux. Pour ma part, je pense qu’il a encore beaucoup à apprendre avant d’être pardonné pour son comportement et sa stupidité.  

Dans ce deuxième tome, le royaume de Nordie se dévoile un peu plus. Avec ses conflits, son histoire et la nature des prêtresses d’Esca qui peut être considérée comme la partie magique de ce roman fantastique médiéval sur fond de romance. Cependant, je conçois leurs pouvoirs moins comme une puissance surnaturelle que comme l’expression d’une sensibilité accrue au monde et aux êtres qui les côtoient ainsi qu’à une grande expérience dans l’art médicinal.

En bref, la seconde partie de Nordie laisse de côté la romance pour mettre en avant une histoire faisait place aux valeurs humanistes et à la révélation de soi. Elle est moins riche en émotion mais reste plaisante à lire.

Guilendria (Nordie, #1) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : Guilendria (Nordie, #1)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : L’ivre Book
  • Catégories : Romance, Erotique

Au départ, j’avais jeté mon dévolu sur le recueil de nouvelles Mère-Fée pour poursuivre mon aventure dans l’univers de Cécile Ama Courtois. L’avenir étant rempli d’incertitudes et de surprises, j’ai reçu gratuitement le premier tome de Nordie suite à une promotion pour la journée internationale des droits de la femme. Cette combinaison lors d’un événement qui devrait durer tous les jours de l’année, ne pouvait que m’intriguer.

L’histoire de ce premier opus se déroule dans un monde médiéval imaginé par l’autrice qui puise dans les us et coutumes de notre passé. Si le royaume de Nordie prie la divinité féminine Esca, les mâles ont toujours le rôle de chef de famille et les femmes sont confinées au foyer. Toutefois, on peut compter sur Cécile Ama Courtois pour remédier à cette vision avec éclat.

Guilendria d’Éteule est fiancée depuis son enfance à Deijan de Bucail. De nature discrète, voire transparente, elle nourrit au fil des années l’image du prince charmant et de la vie conjugale idéale. Malgré son érudition et sa connaissance des plantes médicinales, elle n’a aucune ambition sinon de finir dans les bras de celui dont elle rêve.

Aux premiers abords, Deijan semble être l’homme parfait. Second fils du comte de Bucail, il parcourt les terres de sa majesté pour mettre fin aux rapines des écumeurs. Il est reconnaissant envers le travail de ses subalternes, amoureux de sa patrie et libertin. Son indépendance prend fin avec la mort prématurée de son frère ainé car il se doit de revêtir le titre de comte. Mais il a en horreur les devoirs qui sont liés à ses nouvelles fonctions dont celui de donner naissance à un héritier pour la pérennité de la lignée. C’est pourquoi son union avec Guilendria tourne rapidement au cauchemar pour cette dernière. L’attaque surprise des écumeurs va venir pimenter ce drame et révéler la force et la détermination de notre petite poupée de porcelaine au cœur brisé.

Le tome 1 de Nordie est une explosion d’émotions. Je suis passée tour à tour de l’engouement à la colère, de la haine à l’amour, du malaise au confort, du dégoût au désir. J’ai eu envie d’apparaître dans certaines scènes pour secouer les protagonistes ou pour les encourager. Et à la fin de ce maelstrom, je me suis dit en reprenant mon souffle : « c’est bien la première fois, que je vis autant en si peu de pages ». 

Les choix de la romancière facilitent le vécu de ces sentiments et la compréhension des psychologies pourtant complexes de nos deux héros. En effet, les chapitres sont répartis entre Deijan et Guilendria. La narration est à la première personne du singulier ce qui permet d’intégrer plus aisément les deux points de vue et ce qui explique l’aiguille folle de la balance sentimentale qui ne cesse de pointer un côté et son opposé dans un cours intervalle.   

J’aimerais également saluer l’écriture de l’autrice qui adapte son style à l’univers qu’elle dépeint. Dans Nordie, elle emploi un langage proche de la romance courtoise moyenâgeuse sans en emprunter sa lourdeur et en parsemant le récit de réflexions comiques. Ses recherches documentaires préalables à la rédaction se ressentent à travers sa plume et son vocabulaire d’époque. Et, il faut mentionner l’adaptation de certaines expressions telles : « Je me méfiais généralement de ces délations sous cape » qui ont retenues mon attention.

En bref, Guilendria est une romance qui ressemble à une montagne russe émotionnelle avec une héroïne qui déploie ses ressources aux moments opportuns. C’est un roman qui doit se lire dans son entièreté pour en comprendre l’originalité et le côté féministe. 

Ève aux sables dormant de Cécile Ama Courtois

  • Titre : Ève aux sables dormant
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : L’ivre Book
  • Catégorie : romance, fantasy

« Tu as ouvert les yeux […] et je suis né dans ton regard. »

Les yeux d’améthyste de la couverture ont croisé les miens et j’ai été transportée dans cette histoire ! C’est avec un talent bien en dessous de la plume poétique de Cécile Ama Courtois que je paraphrase cette citation d’Ève aux sables dormant pour commencer cette chronique.

En 2018, je me suis rendue à l’Orée des Légendes. Il s’agit d’un festival consacré à la fantaisie et aux légendes qui se déroule un an sur deux à Monthermé dans le département des Ardennes. En déambulant dans les allées, la couverture du livre a attiré mon regard et les premières lignes ont achevé de me séduire et de délier les cordes de ma bourse.

Aux cours de nos échanges, l’autrice m’a avouée que son rêve d’enfant était de devenir égyptologue mais qu’elle n’a pas pu le réaliser. Ève aux sables dormant synthétise sa passion pour l’archéologie du pays des pharaons et la fantaisie. Guillaume est un étudiant qui participe à des fouilles archéologiques en Égypte. En remontant le temps au fil des strates, il tombe sur un squelette qui va lui procurer des rêves mystérieux, bouleverser les connaissances sur le passé, changer le monde actuel ainsi que sa propre vie. 

Le début m’a paru un peu rapide. J’aurais aimé que la romancière approfondisse la lutte entre l’esprit cartésien de Guillaume et ses sensations issues de ses rêves. Le protagoniste se laisse un peu trop vite convaincre à mon goût par le caractère surnaturel. Toutefois, je comprends bien qu’il soit mû par son obsession de découvrir quelque chose d’exceptionnelle.

Si le commencement est exposé trop vite, le déroulement de l’histoire efface promptement ce sentiment. J’ai été happée au fil de ma lecture par l’engouement de l’écrivaine et par son écriture qui marie la simplicité et la poésie.

Ève aux sables dormant est une belle découverte qui m’a fait passer un agréable moment malgré les quelques « défauts ». Je le mets entre guillemets car il s’agit moins d’imperfections que de lacunes issues de mes envies. En effet, ma lecture m’a tellement plu que j’aurai aimé avoir plus de matière à me mettre sous la dent : un empêcheur de tourner en rond qui corserait l’histoire ou tout simplement le développement de certains événements qui se déroulent à la fin.

En bref, Cécile Ama Courtois nous offre dans cette romance un univers riche où réalité et fantastique se rencontrent pour exploser en une palette d’émotions et d’émerveillements tel un feu d’artifice.