Je vais choper mon boss (#2) d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#2)
  • Autrice : AD Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

Après avoir dévoré le premier tome des aventures sentimentales d’Alexis, j’ai sauté rapidement sur le second livre qui clôt avec surprise, humour et brio cette romance.

Comme d’habitude, je vous conseille de vous plonger dans cet avis lorsque vous aurez lu le précédent tome. Ce serait malheureux de vous gâcher les éléments croquants de cette délicieuse comédie.

Alexis se réveille dans l’appartement de David Langlois avec une gueule de bois carabinée. Comment est-il arrivé chez lui ? Et pourquoi est-il tout nu sur son canapé alors qu’un gamin, Henry, mange son bol de céréales en compagnie de sa licorne ? Notre garde du corps n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’il rencontre Lise, une adolescente malmenée par sa mère, et qu’il retrouve Nadège, la voisine de palier de son collègue !

La fin de la première partie nous avait laissés avec une tonne de questions : comment Alexis va-t-il réintégrer son poste après son erreur à New York ? S.J. pardonnera-t-il son comportement envers Andrew ? Risque-t-il de se faire émasculer par Christine ? En parallèle des interrogations personnellement liée au petit cœur d’Alexis, la menace pesant sur le boss d’Électronic Dreams ressurgit sous la forme de la berline noire qui rôde dans le quartier de David.

Déboussolé et perdu, Alexis accepte la proposition du premier de la classe et reste loger chez lui malgré l’exigüité des lieux. En remerciement, il s’investit dans la cuisine et endosse le rôle de garde du corps à son insu. Entrer dans l’intimité de David va bousculer les idées préconçues qu’Alexis portait dans le premier tome. A.D. Martel déconstruit avec habilité les apparences. Elle montre ce que la chemise à carreaux parfaitement repassée de David dissimule.

Nous vivons dans une société de tabous et de faux-semblants. Les humains revêtent des masques pour cacher leurs sentiments et leur authenticité. Ils font de leur mieux en dépit des émotions négatives et de la dure réalité qu’ils subissent. Ils affichent un sourire dans les moments où ils aimeraient pleurer toutes les larmes de leur corps.

David entre dans cette catégorie d’homme qui donne le meilleur de soi-même malgré les difficultés qui pèsent sur ses épaules. Son extrême gentillesse résulte de ses efforts et des épreuves du passé. Il est prévenant et possède une qualité que peut de personnes ont : l’altruisme. Quand il offre son toit, qu’il tend la main, il ne demande rien en retour. Il est prévenant sans être invasif, ce qui déroute un Alexis aux nombreux secrets. Pourtant, David n’est pas aussi pur que les premières interactions le laissent entendre. La lumière ne peut vivre sans obscurité. Progressivement le masque de bonté se fissure. Cela commence par le cynisme pour dissimuler les blessures, juste avant d’éclater pour laisser déborder la noirceur. Une ombre triste qui m’a juste donné l’envie de surgir dans le roman pour réconforter notre pauvre David.

Dans le premier tome de Je vais choper mon boss, David m’avait déjà tapé dans l’œil alors qu’il s’agissait d’un personnage secondaire (voire tertiaire ?). Je ne sais pas si c’est l’atypisme de ce genre de personnage dans la comédie romantique qui m’a touchée où si les compétences en écriture de l’autrice ont un tel niveau d’expertise dans la manipulation qu’elle a réussi à tisser, l’air de rien, son filet pour que David capture mon cœur. Vous l’aurez compris, plus je lisais et entrais, comme Alexis, dans le monde de son collègue, plus j’adorais ce protagoniste.

Les nouveaux personnages ne sont pas en reste dans cette aventure. La mignonne attitude d’Henry m’a fait sourire à plusieurs reprises. Ce petit bonhomme muet en raison de ce qu’il a vécu et possède, comme son père, une vraie force (surtout avec sa copine Licorne). Sans mot, il arrive à véhiculer ses sentiments avec puissance.

Lise est un vrai ouragan. De primes abords, on pourrait croire qu’il s’agit juste d’une adolescente rebelle qui a de mauvaises relations avec une mère tout aussi perdue que sa fille. Cependant, les apparences sont tout aussi trompeuses pour elle que pour David. Derrière le mur d’enceinte qu’elle a construit, se cache un oiseau blessé par la vie. Ses querelles avec Alexis, en plus d’être divertissantes, témoignent de l’insécurité que la présence de l’homme engendre chez elle. Elle considère David comme un père et la venue d’un autre chaton éclopé de la vie dans la famille l’effraie au plus haut point.

Enfin, nous retrouvons l’adorable grand-mère du chapitre un : Nadège. On apprend pourquoi elle ne pouvait plus venir au café. Elle secoue et soutient Alexis à plusieurs reprises au cours de cette nouvelle aventure. On découvre une mamie pleine d’énergie qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand il s’agit de fermer le bec aux préjugés sur les personnes âgées.

À travers ces relations qui se font, se défont et se reconstruisent, A.D. Martel nous parle de liens familiaux, de la force de ceux qui ne découlent pas du sang. Elle nous parle de solidarité, de rédemption. Alexis va comprendre ses erreurs ou plutôt, celles-ci vont lui exploser en pleine face avec une telle puissance qu’il lui faudra du temps pour les digérer. Toutefois, il se donnera à fond pour réparer les dégâts qu’il a causés. Il s’investira dans la protection de David et Henry, et même de Lise qui subit des horreurs dans le milieu scolaire.

Et S.J. Park dans tout ça me direz vous ? Il est toujours bien présent dans ce roman et on découvre une autre facette de l’homme. Derrière l’impassibilité de son visage, se dissimule un chat qui aime jouer avec les souris. Et la souris dans ce tome, c’est Alexis bien sûr. Cependant, il ne le malmène pas au point de le faire pleurer, je vous rassure. Il y a une même une volonté de lui faire comprendre les choses tout en se vengeant un peu quand même des émotions que les actes de son garde du corps lui font ressentir.

Je pourrais sans doute encore écrire pas mal de choses sur la deuxième partie de Je vais choper mon boss. La chronique parait plus de deux semaines après ma lecture passionnée qui m’a valu des heures de sommeil en moins. Mon cerveau rencontrait des difficultés pour ordonner les mots et formuler mon opinion sur cette histoire bouleversante, renversante et riche en humanité. Elle m’a émue par la force de ses personnages. Ceux-ci sont construits avec réalisme et authenticité. La manière de les découvrir à travers leurs interactions, leurs silences et leurs actes est juste : wouah (une interjection vaut parfois mieux que des mots pour exprimer son ressenti). Les thèmes de la solidarité et de la solidité des liens hors sang sous-tendent l’ensemble du récit qui a insufflé un malstrom d’émotions allant du rire à la colère en passant par la tristesse et l’amour. Bref, cette duologie entre dans mes lectures favorites.

L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le conte des Sept Chants, #4) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le Conte des Sept Chants, #4)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir une fois de plus fait confiance pour lire et chroniquer le tome final de sa saga au double titre. D’abord éditée sous Le Conte des Sept Chants, puis rebaptisé La Dernière Guerre des Dieux suite à une volonté de se rapprocher du type d’histoire, le quatrième opus clôture 14 ans d’écriture, d’élaboration du monde et de personnages. En regardant en arrière, on peut comprendre pourquoi ce récit épique a pris autant de temps tant il est riche et diversifié tout en restant cohérent.

Si vous n’avez pas lu les précédents livres, je vous déconseille de lire ma chronique, car certains éléments seront divulgâchés. Vous êtes prévenus.

Après la lecture d’un résumé bienvenu, nous reprenons l’histoire à l’endroit où elle s’est arrêtée au troisième tome. Edoran, accompagné de ses nouveaux acolytes (Bohr et Xano), retourne sur Gahavia par le portail ouvert par Mork Örn. Ils ont pour mission de sécuriser les lieux pour aménager le quartier général de la sorcière Xinthia Laska. Jouer le rôle du démon Bahran lui coûte de plus en plus cher, endommage profondément son âme. Toutefois, il se doit de s’y coller jusqu’au bout. Surtout quand Saraë débarque pour récupérer le dernier chant.

En parallèle, les autres porteurs du chant se dirigent vers l’Arcoa Calya pour opérer le rituel auprès d’Hermanus tandis que les troupes de l’armée coalisée continuent à défendre le pays des Elfes et à repousser l’ennemi malgré de nombreuses pertes.

Les premiers chapitres défilent et remettent en mémoire les pions sur l’échiquier de cet affrontement final. On retrouve ainsi les différents personnages clés du roman, ce qui permet d’éviter un sentiment de confusion. On sait qui est où, et son but. Les principales scènes sont : le camp de Xinthia, la bataille des Gahaviens et le palais des Elfes. Je viens de les énumérer par ordre de tension dramatique, celle que j’ai ressentie personnellement.

La réunion entre Edoran et Saraë est pour moi celle qui est la plus intense et la mieux travaillée. La reine se laisse capturer pour donner une chance à ses amis Olbur et Thésis de quitter le camp des Evinshorkiens avec le dernier chant. Autant vous dire que j’ai détesté ce moment pour deux raisons. D’un, car pour moi, Saraë renonçait après avoir vu Edoran/Bahran et de deux…. Je ne vous l’exprimerais que de cette manière : on sait pourquoi Olbur était nommé l’Inattendu par l’Unique. En tête à tête avec la sorcière, les deux amants vont combattre leur propre démon. Le métamorphe résiste à l’envie de prendre sa bien-aimée dans ses bras et celle-ci lutte contre la tentation d’user de son pouvoir pour dégommer son ennemie, ce qui la plongerait dans les Ténèbres.  

Pendant ce temps, la bataille fait rage et les nombreuses pertes dans l’armée alliée essoufflent l’espoir. Cependant, les chefs ne fléchissent pas. Contrairement à d’autres romans de fantasy qui décrivent des scènes de combats où épées et haches virevoltent à souhait, Cécile Ama Courtois a choisi de prôner l’intelligence et la bravoure. Les stratégies ingénieuses qu’elle place dans la bouche des êtres considérés comme les plus fragiles prouvent que l’ensemble des peuples de Gahavia sont utiles au combat malgré les apparences. Même les nains surpassent leur fameux amour-propre pour la victoire.

Abordons enfin le rituel de l’Harmonie. Celui-ci m’a un peu déboussolé, car il se déroule sans encombre et assez vite (avant la moitié du roman). Je me suis retrouvée dans le même sentiment que les Evinshorkiens qui y avaient survécu. Que s’est-il passé ? Et que va-t-il advenir ?

La reconstruction. C’est comme cela que l’on peut nommer la deuxième partie de l’histoire qui m’a donné l’impression de lire un long épilogue. Trop long. Si la formule de « prologue » avait bien fonctionné pour le premier tome de la saga, je n’y adhère pas cette fois-ci. L’effet « découverte » n’existe plus et même si j’aime les personnages, je suis le genre de lectrice qui a besoin d’enjeux et de revirements pour avancer. Or, ceux qui sont proposés tel le renoncement de Saraë n’en constituent pas de vrais. Et par vrais, j’entends ceux pour lesquels on doute, on retient notre souffle, on se questionne sur la réussite à le dépasser, à y arriver et à atteindre l’objectif. Je me suis retrouvée à m’accrocher à certains éléments parlant de noirceur avec l’espoir de voir un revirement brutal, comme ceux que l’autrice nous a fait vivre précédemment, mais je me suis vite rendue compte que ça n’arriverait pas, parce qu’elle avait choisi la paix, la puissance de l’Harmonie et l’ouverture d’esprit. C’est sa décision et je la respecte, même si elle ne me convient pas décrite dans autant de pages qui contiennent aussi un bon nombre de récapitulatifs des moments forts de la série. J’avoue que si, cette histoire n’était pas narrée par la plume de Cécile que j’adore, j’aurais sans doute refermé le livre bien avant le point final.

Avec cette écriture fluide et dynamique qui dépeint en profondeur l’âme de ses personnages, elle nous parle de résilience, de rédemption, de transcendance de la différence et du passé. L’Harmonie ayant épargné des membres de la Horde de Mork Örn, les Gahaviens doivent apprendre à connaître ses êtres, à aller au-delà des apparences et à comprendre que la tyrannie emprisonne mentalement certains citoyens et les obligent à exécuter des tâches abjectes par crainte ou par éducation : ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent accéder à des droits et aux valeurs qui dorment au fond de leur cœur. Ils y aspirent sans réellement sans réaliser qu’ils peuvent vivre autrement.

Au bout du récit principal, le tome nous offre des histoires que je nommerai presque des spin-off sous forme de nouvelles. Elles mettent en scène des personnages secondaires : notamment Malcolm et Viane. Je m’attendais à les revoir, mais bien plus tôt que cela. J’ai aimé ces retrouvailles et rencontrer la petite Vaël qui annonce une nouvelle ère.

En bref, L’Harmonie clôture trop vite une série déroutante et riche en émotions. Une sage qui commence tel un faisceau de lumière mangé par les noirceurs les plus abyssales pour ressurgir avec plus d’éclat. L’univers construit par Cécile Ama Courtois mériterait d’être approfondi à la manière de J.R.R. Tolkien, grâce à de nouvelles histoires qui nous permettraient d’arpenter ce monde et peut-être les autres de l’Ambar Neldëa que l’on n’a pas encore pu découvrir.   

Je vais choper mon boss d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

J’ai réussi à sortir de ma panne de lecture. L’envie revenant, j’ai décidé de me lancer dans le service presse qu’A.D. Martel m’a gentiment proposé début juillet. D’un, car c’est une histoire légère et de deux, parce que l’extrait du premier tome de cette série ( Je vais tuer mon boss) m’avait interpellé par sa belgitude, c’est-à-dire : la localisation à Bruxelles et l’humour. Je précise que Je vais choper mon boss n’est pas une réelle suite, mais plus un spin-off qui peut se lire indépendamment. Étant donné qu’il s’agit de romance, il n’y a pas de grands spoils vu qu’on sait que les protagonistes meurent tous à la fin ! C’est le principe même d’une Happy Ending. Bon, j’arrête de dire des âneries à cause de la chaleur, place à Je vais choper mon boss :

Depuis toujours, Alexis Janssens et sa sœur, Christine, s’entendent comme chien et chat. Ils se défient, se disputent, se réconcilient en boucle sur une piste de marathon pour prouver qui est le meilleur. Alors quand celui-ci décide de postuler au job de garde du corps du nouveau PDG d’Electronic Dreams (Sung-Jae Park), c’est en partie pour lui prouver sa force. En partie, car il a complètement craqué sur le Coréen. Après un entretien pour le moins…atypique, il le prendra pour cible. Arrivera-t-il à l’entraîner dans son lit ? Saura-t-il le protéger comme il se doit lorsqu’une situation dangereuse se profile, surtout quand les soupçons portent sur des êtres chers ?

L’autrice nous plonge dans une histoire riche en rires et en détournements. Elle joue sur des clichés et des comportements stéréotypés pour, tout à coup, renverser la situation en l’intégrant dans le contexte, le fil conducteur du chapitre. Ainsi, mes émotions ressemblaient à un yoyo : je souriais là où une seconde auparavant je levai les yeux au ciel. Très vite, je me suis retrouvée incapable de lâcher le roman tant il me faisait du bien.

Élaborer des personnages nuancés, profonds et humains n’est pas une tâche facile dans l’écriture d’un récit. C’est eux qui touchent l’âme des lecteurs et qui les emmènent dans une valse de sentiments et d’aventures qui les marquent, et ce, même si l’histoire porte l’étiquette du déjà-vu. Étant à mon troisième roman d’A.D. Martel cette année, et la première dans une comédie romantique, je salue et j’admire son habileté à créer de tels protagonistes.

Dans Je vais choper mon boss, on découvre un Alexis à la fois cynique et justicier dès les premières pages. Il sauve une mamie indécise de l’impatience d’un gars en costard, pressé d’avoir son café. Plus on avance, plus cette belle image s’effrite . Sous la couche du héros, ancien militaire de carrière, il est imbu de lui-même. Il connaît ses charmes et en joue auprès de la gent féminine pour arriver à ses fins (sans dépasser les limites de la bienséance, bien sûr), il a un côté m’as-tu-vu ? L’apparence et l’image qu’il montre aux autres sont importantes pour lui. Il adore attirer le regard sur son corps, sa beauté, sa force. De plus, le machiavélisme coule dans ses veines. Quand il n’apprécie pas quelqu’un, il recourt à la menace et au harcèlement. Le pauvre David Langlois en fait les frais tout au long du récit alors que c’est un ange sensible qui le défend au lieu de le dénoncer, car la sécurité du patron et de l’entreprise lui tient à cœur.

Si Alexis est détaillé tel un kaléidoscope, Sung-Jae Park est, quant à lui, plus opaque. Il revêt le costume habituel du Big Boss asiatique dont les émotions restent personnelles. Ils dévoilent quelques expressions seulement devant ses amis et un peu plus en face d’Alexis. Cependant, il n’est pas moins douloureux de lire ses interactions à travers le regard de son garde du corps préféré. On ressent le poids que la succession à la tête d’Electronic Dreams, pèse sur ses épaules. Il incarne l’homme qui doit rester droit dans ses bottes, qui ne s’ouvre pas facilement, d’autant plus que chaque parole, chaque attitude, et même, sa vraie identité peuvent avoir des retombées négatives sur des centaines d’employés.

La plume d’A.D. Martel est efficace et témoigne de sa belgitude. L’humour est de la pure dérision de notre pays. Tout est passé sous ce filtre, des immeubles vitrés, aux comportements jusqu’à l’hygiène des tables de pique-nique. Les coups bas entre les personnages (Alexis VS Christine et Alexis VS Bruce) sont juste exquis.

En bref, Je vais choper mon boss est une comédie romantique aux délicieux accents d’humour belge. À travers une histoire drôle et pleine d’émotions, elle secoue les clichés et les préjugés grâce à des personnages authentiques qui ébranlent de manière intelligente et subtile les visions. Même notre protagoniste n’en ressortira pas indemne. Vivement la suite !

Le codex de Paris (Paris des limbes, #1) de C.C. Mahon

  • Titre : Le Code de Paris (Paris des limbes, #1)
  • Autrice : C.C. Mahon
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : fantastique

Quatrième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire, Le codex de Paris est le premier tome de la série Paris des limbes dont l’intrigue prend place, je vous le donne dans le mille, la capitale française.

Germain Dupré possède un cabinet d’enquêteur dans la cave d’un bâtiment haussmannien et un secret que seul le gang de Mathieu connait : c’est un vampire. Lorsque Nadine Leroy lui demande de retrouver son mari qui s’est enfui avec un précieux codex, il ne s’attendait pas à renouer avec son passé, le moment où sa vie a basculé ni aux alliances qu’il se trouve contraint de signer.

L’autrice nous plonge illico presto dans l’ambiance des venelles sombres de Paris dès les premières lignes. Truand et désinvolture se mêlent grâce au choix précis des noms de rues, la façon de parler de notre vampire ou les termes dépeignant la mise en scène. Cette atmosphère laisse ensuite place à la rencontre légère et drôle entre Germain et sa copropriétaire, Romane. Le récit alterne entre ces deux mondes et m’a rappelé au début les histoires de détectives privés des années 1950, les cigarettes et le côté macho en moins. Comparaison qui s’arrête assez vite dans le déroulement.

En effet, si notre vampire se lance dans une enquête classique qui consiste à interroger l’associer du disparu, celle-ci avance par la suite grâce à la magie plutôt qu’à découverte d’indices, à la déduction et au flair du limier. Ensuite, les attaques-surprises prennent la relèvent pour aider le développement de l’histoire. Ainsi, Le codex de Paris n’est pas à considérer comme un polar surnaturel bien ficelé, mais bien un récit fantastique saupoudré de polar. Par ailleurs, l’objectif de Germain dévie rapidement de la cible de sa cliente, lorsqu’il apprend la nature du grimoire.

Le roman présente une belle dentition (désolée pour le jeu de mots de bas étage) de personnages principaux comme secondaires. Son assurance, Germain Dupré la doit aux siècles qu’il a traversés depuis sa métamorphose. La sagesse acquise au fil de ses (més)aventures lui permet de se fondre parmi les humains et d’éviter d’être démasqué. Cependant, la confiance en ses capacités lui a tout de même joué un tour et précipité dans les crocs du magnat de la drogue, Mathieu, dont il souhaite se libérer, tout comme il a réussi à bannir ses penchants de vampire grâce à l’avancée médicale. Oui, notre détective déteste plonger ses canines à la source pour épancher sa soif de sang et tuer les humains en raison de….Bon je ne vais pas trop en dire non plus.

De prime abord, Romane incarne l’étudiante joyeuse qui garde le courage d’avancer malgré la perte de ses parents. Yogiste et fervente protectrice des animaux, elle horripile et attendri Germain à la fois par son caractère rayonnant et sa solidarité. Néanmoins, tout soleil possède son ombre et celle de la jeune femme va se révéler plutôt inattendue dans ses conséquences. Son secret sera bien utile à notre vampire. Les actions de Romane vont prouver sa détermination et ses paroles justes dans ce monde qui induit un comportement paradoxal aux humains.

— Vous vous êtes associée à cette abomination en connaissance de cause ? s’exclama le frisé. Qu’êtes-vous ?

— Ouverte d’esprit, fit Romane.

Zagan est un démon superhéros. Bon OK pas totalement : il désire empêcher l’arrivée de l’apocalypse surtout pour préserver les Enfers. Le sauvetage de l’humanité n’est donc qu’une cause collatérale de la mission qu’il veut accomplir à tout prix. Pourtant, il reste honnête pour un démon. Je l’apprécie beaucoup, voir plus que Germain qui, en dépit des centaines d’années passées sur terre, garde une certaine naïveté envers les gens issus de la caste qu’il a fréquentés dans sa jeunesse.

Dans les personnages secondaires, je vais uniquement en évoquer deux. Sofia, la médium, car elle a une répartie incroyable. Je l’ai tout bonnement adorée et sa réserve, voire sa méfiance par rapport aux démons, ne m’a pas du tout rebutée. Chaton ! Ce matou qui s’échappe du sac de Romane et trouve refuge dans le bureau de Germain apparait peu et n’a pas un énorme impact dans cette histoire, mais…c’est un chat et je suis faible devant eux.

La plume de la romancière est fluide et colorée, comme déjà citée ci-dessus. Parfois, elle utilise trop de répétitions, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture. Son humour est un véritable délice avec des répliques et des punchlines à tomber. De plus, elle va au fond des choses dans son récit, en transformant Germain en guide touristique de Paris, mais aussi en incluant un point qui m’est cher de par ma formation. En abordant le début de l’enquête sur le vol d’une antiquité, elle met l’accent sur l’importance de la conservation des objets d’art c’est-à-dire la régulation des conditions hydrothermiques du milieu afin que l’œuvre traverse le temps en ralentissant sa détérioration un maximum. Cela peut vous paraitre bête. Toutefois, c’est un élément qui m’a touchée, car trop de personnes pensent que la manière de manipuler ou de ranger un témoin du passé est sans importance.

En bref, Le codex de Paris fut une lecture divertissante. Si je m’attendais au départ à une enquête relevant plus de la recherche d’indices qui nous emmènerait dans les tréfonds de la magie, je n’ai, pourtant, pas été déçue du voyage grâce aux personnages nuancés qui amènent des visions justes et réelles de notre existence qui ne repose pas toujours sur la belle logique que notre société nous dépeint. La ligne entre le bien et le mal est plus floue que l’on ne le pense, et les choix sont souvent bien plus difficiles que cette simple question manichéenne.   

La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1) de Mariann Helens

  • Titre : La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1)
  • Autrice : Mariann Helens
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégorie : fantasy

La porte des Rois démons est un roman de fantasy de Mariann Helens. J’ai lu cette autoédition dans le cadre du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. La série La Compteuse d’âmes devrait dénombrer quatre livres.

Lorsque la nuit plonge sur le patelin d’Ibma, elle apporte les Creux. Des êtres sans âme qui mordent les humains pour agrandir leur troupe. Mesha se laisse surprendre et prend la fuite à la suite d’un combat rudement mené. Le lendemain, elle retourne dans le village pour subtiliser vivres, biens et têtes décapitées. Les premiers pour survivre, les dernières pour les rapporter à Galore afin que le mage puisse les examiner. Les Creux ont une origine mystérieuse. Depuis des siècles, leurs attaques se calquent sur un même schéma. Sauf que cette nuit change la donne. Plus nombreux, ses monstres désincarnés et aveugles semblent voir Mesha alors qu’aucune peur ni trace de sang frais ne la recouvrent. En chemin vers Ardeville, la mercenaire fait la rencontre d’Ascelin Brocardier. L’un des survivants de l’attaque d’Ibma, qui garde bien des secrets sur sa véritable identité.

L’univers de La Compteuse d’âmes se calque beaucoup sur notre Moyen-âge et la Renaissance en ce qui concerne la situation géopolitique. Nous sommes à une époque durant laquelle la religion patriercane a remplacé les anciennes croyances qu’elle enterre à coup de prosélytisme, de tortures et de bûchers. Vous noterez l’utilisation de la racine identique au mot patriarcat sur lequel l’autrice a basé cette religion. En effet, celle-ci est profondément misogyne. Les prêtres peuvent pratiquer la magie, mais quand une femme l’emploie, on l’accuse de sorcellerie et de servantes des démons. Vous voyez le topo. Les puissances magiques reposent sur un système bien pensé sur lequel je ne vais pas m’attarder. Je vous laisse le découvrir lors de votre lecture.

Lors des allocutions des moines, les citoyens et citoyennes sont séparés. Les hommes entendent en premier les paroles saintes, viennent ensuite celles offertes aux femmes. La romancière met donc en exergue l’obscurantisme à travers son livre en le renforçant et en le dénonçant grâce aux échanges de Mesha et d’Ascelin qui représentent la tolérance et l’ouverture d’esprit.

Les Anciens Dieux pourraient bien être à l’origine du mal qui va bientôt se déverser sur le monde des humains. Le récit de La porte des Rois démons fait office de préambule qui dépeint le contexte imaginé par Mariann Helens. Elle décrit son univers et sa mythologie passée et présente de long en large, ce qui donne quelques longueurs à ce premier roman. En effet, l’élaboration du suspense n’est pas maîtrisée, car beaucoup de nœuds d’intrigue et révélations sont prévisibles pour les lecteurs aguerris de fantasy. L’enjeu majeur apparait au début et ne subit son évolution qu’à la toute fin. Entre les deux, le récit se déroule en combats et discussions pour expliquer l’univers. L’absence de sous-trame, d’histoires parallèles (propre au tome un, j’entends) au fil conducteur global de la trilogie m’a dérangée, car je préfère les séries plus fournies en rebondissements. De plus, le manque de suspense a fortifié cette impression de faiblesse. L’écrivaine distille bien quelques mystères au cours de son récit, mais j’en ai vite compris l’issue. Par exemple, le secret de Mesha m’est apparu dès les premières pages lorsqu’elle est dans la taverne à écouter les deux paysans.

Malgré cela, j’ai apprécié ma lecture pour diverses raisons :

Mesha et Ascelin sont des personnages hauts en couleur. La mercenaire n’a rien d’une héroïne d’épique fantasy. Elle fuit dès qu’elle peut le village d’Ibma au lieu de tout faire pour le sauver. Elle a une vision de la vie qui oscille entre réalisme et pessimisme. Du coup, elle évalue les situations et les stratégies en n’omettant jamais les conséquences désastreuses qui pourraient en découler si elle défaillait. Néanmoins, elle ne renonce jamais à poursuivre son but et elle hésite peu à recourir à des méthodes brutales.

Ascelin est l’archétype du bourgeois gentilhomme bien élevé dont la vie a basculé. Il est doux, attentif et fait preuve d’une curiosité immense. Son intérêt et son sens de l’honneur ouvrent peu à peu le cœur de sa compagne de route avec laquelle il va se lier d’amitié en dépit de son passé. De prime abord, il pourrait paraître trop lisse, mais plus on pénètre dans son intimité et dans son âme plus on y voit une sorte de… fanatique d’un autre genre.

La plume de l’autrice est fluide et agréable à lire. Elle maîtrise la technicité des combats et de la verve médiévale. Le vocabulaire est précis sur l’armement et la façon de donner les coups. Cela démontre une grande recherche de sa part. Certains passages possèdent un peu trop de répétitions à mon goût. Certaines descriptions m’ont parue superflues, car elles n’ont pas d’impact dans l’histoire. Par exemple, celle des fortifications et des ponts étroits d’Ardeville dont elle appuie la puissance défensive longuement. Je m’attendais à une scène qui s’y déroulerait par la suite sans avoir à répéter l’aspect insaisissable de la place en brisant l’action au vu du soin que l’autrice prend à l’ancrer en nous. Cependant, on n’y retourne plus.

En bref, La porte des Rois démons, est un premier tome qui jette les bases d’une histoire qui aura sans doute plus d’éclat dans le second opus. En dépit de son classicisme, de sa linéarité et du manque de suspense, j’ai adoré la cristallisation de la misogynie du christianisme à travers le nom et les principes de la religion patriercane, ainsi que les personnages attachants et nuancés que sont Mesha et Ascelin.

Une fin d’année givrée de Virginie T.

  • Titre : Une fin d’année givrée 
  • Autrice : Virginie T.
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : comédie romantique, Noël

Toute première chronique de mon nouveau partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire. Vous ne connaissez pas ? Il s’agit d’un groupe sur Facebook qui rassemble plusieurs autrices qui prennent la parole chacune à leur tour (une par jour). Elles présentent leurs livres bien entendu, mais elles poursuivent aussi l’objectif de créer des liens et des discussions autour de divers sujets proches des thématiques issus de leurs romans et de leurs sources d’inspirations. N’hésitez pas à faire un tour sur la page et même à vous y inscrire. Le groupe a fêté ses un an il y a quelques mois, et ça m’a fait l’effet d’une bombe, car j’avais l’impression que nos relations dataient depuis bien plus longtemps que cela. 

Une fin d’année givrée de Virgnie T. est une comédie romantique de Noël autoéditée qui ne m’a pas laissée de glace. Si vous me suivez depuis mes débuts, vous savez que ce genre ne fait pas partie de mes préférés. Je trouve, en effet, peu de romance en adéquation avec ma personnalité. Toutefois, cela ne m’empêche pas de tenter l’aventure en sortant de ma zone de confort. En cette période sombre (je parle de la météo) et de la fatigue accumulée avec mon job, le besoin de légèreté martelait mon âme. Ce livre tombait donc à pic. 

Lilas se prélasse sur un transat au bord de la piscine d’un hôtel à Tahiti sans se rendre compte de ce qui l’attend à son retour. Voyagiste de métier, elle parcourt le globe et les destinations ensoleillées aux frais de son entreprise pour tester et dénicher de nouvelles formules de vacances à destination d’une clientèle aisée. Elle adore son job au point de prier qu’une mission l’envoie loin des remontrances de sa mère et de sa sœur pendant la période des fêtes. Son vœu sera exaucé. Le problème ? Elle part pour le Québec. Pire, elle séjourne à l’Hôtel de Glace qui, comme son nom l’indique, surgit de la neige chaque année sous les mains des sculpteurs de glace. Elle qui déteste le froid, n’est pas à la fin de ses surprises lorsqu’elle est accueillie par un Yéti qu’elle va devoir se coltiner comme guide. Sous sa barbe d’ours mal léché, il se pourrait bien que Nathan réussisse à briser ses principes professionnels. 

Ce enemy to lover version Noël reste assez basique dans sa structure. Sa force repose sur la plume humoristique et cynique de l’autrice ainsi que sur le mordant du personnage principal qui m’a conquis rapidement. 

Lilas est une fille d’origine modeste qui a dû adapter ses valeurs à celles de sa clientèle. De prime abord, elle paraît hautaine. Pourtant, on remarque vite qu’il s’agit plutôt de professionnalisme. Elle se met dans la peau de ceux qu’elle doit appâter avec ses circuits découvertes. Son job, c’est toute sa vie, si bien que seule une plante verte l’attend chez elle. Enfin, pas tout à fait, car vu la durée d’abandon, elle en change à chaque retour. Malgré le sentiment de solitude qui l’étreint de temps en temps, elle n’incarne cependant pas la pauvre petite princesse qui désire à tout prix son prince charmant, elle représente la femme moderne. 

À 35 ans, Lilas est indépendante et carriériste en plus d’avoir la langue pendue. Son caractère et ses choix de vie l’empêchent d’avoir de bonnes relations avec sa mère qui porte la femme au foyer sur le sommet de la gloire, ainsi que sa cadette qui pond aussi vite qu’une poule. Le célibat commence à lui peser, car elle n’a pas beaucoup d’amis. Néanmoins, elle ne veut pas pour autant fonder une famille juste pour rentrer dans le moule de la perfection selon sa maman. 

À travers ce personnage, Virgine T. expose les problématiques sociétales liées à la condition de la femme. Les échecs sentimentaux de Lilas reposent sur la différence de salaire et son indépendance. Dans le premier cas, elle gagne plus que ses fréquentations, dans le second, elle privilégie son boulot qui lui impose de longues périodes d’absences. La question de la charge mentale des célibataires et des femmes qui ont envie de concilier travail et relation est donc au cœur de ce roman. Le sujet est bien traité sauf pour la fin qui, en plus d’être expéditive, m’a paru trop unilatérale. 

Attention spoiler à vos risques et périls : 

L’absence de concession de la part de Nathan me dérange. Lilas quitte son travail pour le rejoindre au Canada. Bien qu’elle retrouve facilement un job identique, elle est la seule à tout plaquer pour lui. De son côté, il n’a rien abandonné de sa vie précédente pour qu’ils soient ensemble et la liberté qu’il lui laisse s’apparente à un os sans viande à mâcher. Je sais que je chipote, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un vestige de la femme qui change sa vie pour l’homme qui lui, garde la sienne intacte. Surtout que je n’ai pas ressenti de réel bouleversement dans l’amour que Lilas porte au Québec et à sa neige. Elle a adoré les activités qu’elle y a découvertes, mais je n’ai pas senti que la glace était brisée avec ce pays où on se les gèle. Nathan semble être l’unique raison qui la pousse à rompre avec sa vie d’avant.

Fin du spoiler. 

Nathan est d’un naturel sportif et sociable. Seulement, il peut aussi revêtir un aspect bourru. Il a tendance à trop vite juger les gens et recourt à la mauvaise foi devant ses amis pour ne pas perdre sa fierté de mâle. Cependant, il possède cette belle qualité nommée remise en question qui brise ses défauts au moment où il aperçoit les autres (et donc Lilas) sous une facette différente. Ce trait va lui permettre de blanchir la vision que Lilas a de lui suite à leur première rencontre. Son ouverture d’esprit va également la séduire ainsi que leur point commun : vouloir être aimé pour ce que l’on est. 

La plume de l’autrice est fluide et dynamique. Par moment, les phrases sont un peu bancales, mais je ne saurai dire si ce sont des maladresses ou si ça fait partie du personnage vu que la narration est à la première personne du singulier et alterne les points de vue des deux protagonistes principaux. Rien ne semble superficiel. L’écrivaine va droit au but et esquisse la richesse nuancée des portraits en peu de paragraphes sans listing ennuyeux. 

En bref, j’ai passé un très bon moment avec Une fin d’année givrée malgré la façon de réunir nos deux guimauves à la fin. L’humour et les duels verbaux de Lilas et Nathan sont un véritable régal. Ils m’ont permis de déconnecter tout en appréciant les valeurs féministes défendues dans ce roman. 

Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz

  • Titre : Le Père Noël ne devrait pas faire ça
  • Auteur : Aldo Axel Da Cruz
  • Éditeur : Autoédition (Librinova)
  • Catégorie : philosophie

Lorsque Librinova m’a proposé de lire, Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz, j’ai été de suite intriguée par l’aspect social et humain que le résumé décrivait. Ainsi, je m’attendais à une fresque psychologique où la noirceur et les non-dits s’exposeraient sur le devant de la scène. Ma première impression s’est révélée fausse. Je remercie Librinova de m’avoir envoyé ce roman en échange d’une chronique sincère.

La pieuse et déterminée Osirace accueille sa famille pour le réveillon de Noël. Contrairement aux autres années, elle redoute cet événement à cause d’un rêve prémonitoire. Le jour j, le Père Noël débarque à la plus grande joie des enfants et à l’angoisse de leur aïeule. Car sous ses airs de gentil bienfaiteur, cet illustre personnage se transforme en trouble-fête en jetant sur la table une tentation : de l’or contre l’assassinat d’une personne. Les convives ont quatre heures pour se décider. Qui de l’argent ou des liens familiaux aura le dessus ?

Le livre se présente sous la forme d’un roman. Cependant, sa structure ressemble plus à une pièce de théâtre. Surtout dans la seconde partie. Le début pose l’angoisse d’Osirace. Ensuite, le démon entre en scène en expliquant au Père Noël qu’il a ramassé dans la rue, l’expérience qu’il souhaite mener. Celui-ci désire soumettre les humains à la tentation et sonder leur âme afin de voir s’ils sont tous méchants. Enfin, l’argumentaire philosophique entre les protagonistes entre en scène.

Je parle d’argumentaire, car il s’agit bien d’un exposer de différentes philosophies. L’histoire nous plonge dans un salon digne des Lumières où Kant et bien d’autres penseurs des siècles suivants s’affrontent. L’auteur fait appel à de nombreuses citations et références qui demandent pour la plupart, un certain niveau de compréhension. Il invoque aussi bien Confucius, Nietzsche que Goldman ou les Bogdanov. La religion est également représentée par la pieuse hôtesse comme par son fils curé.

La manière dont ce débat philosophique questionne l’importance de l’argent et de la vie, me rappelle le théâtre ou une classe de philosophie, car chaque protagoniste donne son avis à tour de rôle comme si un projecteur le mettait en lumière. Il argumente d’une traite, les interventions sont très rares. Ces chapitres se clôturent d’ailleurs par un silence marquant la fin de l’acte.

Majoritairement, le discours est constitué de citations et de pensées que les personnages ont puisées dans leurs lectures. Seuls quelques un exposent leurs propres vécus. C’est pourquoi, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est plutôt à mettre dans la catégorie philosophie que sociétale. Plusieurs sujets sont traités : l’irresponsabilité de l’homme, le pouvoir de l’argent, le libre arbitre, la foi, la liberté, l’esprit de famille, etc. D’ailleurs, ce dit Père Noël est plutôt absent. Il pose le décor, reste spectateur du débat qui brise une famille qui se croyait unie.

Les personnages sont lisses. Porteurs des paroles proférées par d’autres, ils n’ont pas de profondeur. Je suis seulement capable de me souvenir d’eux par leur profession, telles des étiquettes posées à côté de leur nom pour les distinguer. Du coup, je n’ai pas ressenti d’émotion lors de leur querelle ou du dénouement dont je me doutais. L’un des exemples le plus frappant qui montre qu’ils ne servent que le discours et non l’histoire, repose sur Noëlla qui est atteinte d’un handicap dont on ne sait rien, et qui ne semble, à aucun moment, différente de ses frères et sœurs, si ce n’est sa méchanceté et son égoïsme qui éclate en premier.

La plume de l’écrivain est très simple si on omet deux-trois formules plus alambiquées qu’il utilise ou les citations qu’il retranscrit. À de nombreuses reprises, il répète la description, le titre des acteurs et même quelques citations. Le déploiement des arguments, surtout celui entre le démon et le Père Noël, m’a paru long.

En bref, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est une mine philosophique pour ceux qui adorent se plonger dans les questionnements de la vie, de la tentation et du combat du bien contre le mal. J’ai commencé à accrocher aux livres lorsque je l’ai considéré sous cet aspect d’exposé ou d’essai, et plus comme un roman avec une intrigue bien ficelée.

Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel

  • Titre : Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël
  • Autrice : Lucie Castel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : Comédie romantique

C’est avec un plaisir inhabituel que je me suis plongée dans Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel, alors qu’Halloween et la Toussaint n’étaient pas encore passées. Une lecture peu commune, car les comédies romantiques centrées sur cette fête respirent un peu trop les stéréotypes et les coutumes, à mon goût. Bien entendu, ce roman n’échappe pas à cette règle, surtout que ceux du mariage y sont joints. Pourtant, il a réussi à m’attirer dans ses guirlandes lumineuses dès la lecture de son résumé incroyable. 

Quoi de plus magique que de se marier le jour du réveillon de Noël ? Scarlett allait enfin avoir le mariage parfait dont elle avait toujours rêvé. Malheureusement, c’était sans compter la loi de Murphy. La mort de son wedding planner, étouffé par le strass d’un string de strip-teaseuse, est le premier domino qui enclenche l’enchainement des calamités. Notre héroïne doit sauver le plus beau jour de sa vie en une semaine, top chrono, tout en gérant sa famille et celle de son futur époux, car ce dernier est aux abonnés absents.

Ce roman est une véritable séance de sport pour les zygomatiques. Les situations que vit Scarlett, sont rocambolesques. Le prologue annonce directement la couleur par la mise en scène originale de la demande en mariage de William, qui n’aurait peut-être pas sauté le pas, sans l’intervention théâtrale de cette fameuse vache en travers de la route.

L’humour ne se base pas uniquement sur de l’invraisemblance. Il fait partie intégrante de l’amour entre Scarlett et William. Française d’un côté et Anglais, de l’autre, une guerre de piques (et de fourches) entre ses deux nationalités opposées par des siècles de batailles, alimente les conversations dans lesquelles aucun des deux camps ne souhaitent mettre de côté sa fierté.  

Les personnages sont diversifiés et construits avec nuance bien que leur noyau repose sur des clichés. Par exemple, nous avons Lena, l’aristocrate britannique coincée, qui ne sait pas comment montrer son amour, Thomas, l’homosexuel frivole, qui aimerait qu’on lui fasse plus confiance, ou encore Rosa, la maman encombrante, qui passe son temps à cuisiner mais qui est toujours là pour soutenir sa fille dans les pires moments. Deux protagonistes sortent du lot. Mélie, la sœur de Scarlett, qui semble sur une autre planète depuis son accident. Elle est si directe et honnête qu’elle en est déstabilisante pour le commun des mortels. C’est grâce à elle que j’ai ressenti de l’émotion lors du mariage. Lizzie, la grand-mère de William, est complètement timbrée avec ses recettes qui mettent du piquant et des couleurs dans les esprits.

L’écriture est acérée, sarcastique et cynique comme je l’aime pour ce type de comédie. Cela n’empêche pas le sérieux de pointer le bout de son nez dans certaines scènes qui abordent des sujets révoltants comme l’homophobie. Le sexisme et le patriarcat sont également de la partie. Enfin, certaines répliques amènent de la profondeur à l’histoire. J’ai adoré celle sur la robe de mariée :

Une robe ne fait qu’habiller l’âme pour qu’elle ne prenne pas froid, elle ne la définit pas. 

En bref, Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël est une bouffée de rire dans un écrin de célébration de fin d’année. Une comédie romantique comme je les apprécie car, elle présente des sujets profonds et importants en dépit des stéréotypes liés au genre. J’ai passé un excellent moment entre ses pages. Et, en cette période, ça fait un bien fou.

P.S. : Ce livre est la suite de Pas si simple. Toutefois, il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour se plonger dedans.  

La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, romance

Je remercie du fond du cœur Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son dernier roman en échange d’une chronique sincère, et d’avoir été aussi patiente et clémente face au temps que j’ai pris pour l’écrire.

Étant donné que j’aborde des éléments cruciaux du précédent tome, je vous invite à passer votre chemin sur cet article si vous ne l’avez pas lu. A moins que vous aimiez la torture à coup de spoilers.

Saraë, la haute-reine des elfes se vide de son énergie vitale pour tisser le bouclier d’amour qui protège son peuple. Les trois prêtresses se relayent à son chevet pour l’aider, quitte à en mourir. La situation semble perdue lorsque le grand mage Hermanus fait irruption dans la chambre et l’empêche de sombrer dans l’au-delà. Porteur du chant do, il rapporte à sa majesté la prophétie des sept chants et la quête pour les retrouver et sauver Gahavia. Pour ce faire, trois héros doivent être rassemblés : le Protecteur, la Double et l’Inattendu. Impatiente de retrouver Edoran parti en guerre contre les forces de Mork Örn, Saraë, devenue oracle lors de sa guérison, se montre dure en affaire. Elle donnera les noms des trois en échange de sa participation à la recherche des porteurs des chants.

Bien qu’on entre rapidement dans le vif du sujet, j’ai ressenti des longueurs dans la première partie du bouquin en raison des rappels et des explications supplémentaires sur l’univers qui arrivent presque d’un bloc. Certains passages m’ont semblé répétitifs par leur proximité comme le périple d’Hermanus qui est largement évoqué puis détaillé en profondeur quelques chapitres plus loin.

J’ai été quelque peu interloquée par les relations entre les personnages. L’autrice a fait un travail remarquable en amont pour tisser les liens entre les protagonistes. C’est indéniable. Malheureusement, elle les synthétise en quelques lignes descriptives, et fait de nombreux raccourcis sur des moments-clés que j’aurais aimé vivre avec eux. Je prendrai l’exemple de Thésis et Edoran qui forment un duo de choc sans qu’on vive la naissance de cette symbiose dans le combat. La seule véritable relation qui est traitée avec minutie, est celle entre Edoran et Saraë. Si je devais exprimer le style de ce bouquin à coup de fusain, je représenterais une balance qui ne cesse d’osciller entre fantasy et romance sans savoir quel genre choisir en priorité.

Ce résultat provient du pari que l’écrivaine s’est lancée en intégrant au noyau principal de nouveaux protagonistes plutôt que de repêcher ceux de La Délégation. Qui dit du sang frais, signifie bâtir, en repartant de zéro, de nouveaux liens en parallèle de la multitude d’événements qui doivent être relatés dans le roman pour faire avancer l’histoire.

Les épisodes de la seconde partie deviennent de plus en plus intenses et exploitent à merveille la notion de dimensions introduites avant le début de l’aventure dans le premier tome du Conte des Sept Chants. La quête qui avait des allures classiques, prend un tournant inattendu.

Parmi les nouveaux arrivants, le mage Hermanus fait figure de grand sage malgré ses nombreux préjugés envers la reine, qui tomberont les uns après les autres face à sa ténacité, son intelligence et, surtout, son aptitude à apprendre de ses erreurs rapidement. Le nain Olbur est plutôt standard : grognon et jovial. L’aelder Thesis est, quant à elle, brave et droite. Elle prend les responsabilités à bras le corps.  

Le Bestiaire inventé par Cécile Ama Courtois est l’un de mes petits plaisirs de lecture même si seules les hordes du Seigneur Noir en font partie. Elle fait preuve d’une grande imagination pour nous dépeindre ses monstres que l’on ne voudrait pas rencontrer même dans une avenue illuminée de soleil.  

Gageons que le chant des Sept pourra les exterminer grâce à l’harmonie qui apaise les ires, fait vibrer les cœurs et transcendent les langues et les peuples. C’est le pouvoir de la musique sur lequel l’histoire de La Quête est élaborée. Un art important chez la romancière au point qu’elle partage avec nous ses compositions lyriques pour accompagner le voyage des compagnons.

Sa plume est toujours aussi captivante. Elle allie le style poétique et médiéval avec brio. Le tout parsemé ça et là d’humour et teinté de noirceur pour nous faire trembler. Son écriture décrit des scènes de batailles avec détail et dynamisme.

En bref, La Quête est un second roman qui nous fait réellement entrer dans le vif du sujet. S’il m’a semblé déséquilibré au début par les raccourcis des relations entre certains personnages, la seconde partie avec le développement de l’histoire autour des sept chants ainsi que la manière de les retrouver, m’a conquise. Je me demande quel sera la tonalité du concert dans le troisième livre ?

Saturne de Julien Laoche

  • Titre : Saturne
  • Auteur : Julien Laoche
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : science-fiction

Je remercie l’auteur chaleureusement de m’avoir confié sa novella Saturne via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Obtenir ce livre fut une longue aventure grâce aux services postaux. Loin d’être une expérience désagréable, les échanges que j’ai eus avec Julien Laoche m’ont laissé une belle dédicace. Encore merci !

En l’an 2015, Raph flâne près de la mer à Concarneau lorsqu’il percute un homme aux vêtements démodés. Sur le lieu de leur rencontre, il découvre un étrange objet qui l’intrigue par son contenu. De nombreuses vidéos sur des faits historiques éloignés comme proches y sont répertoriées. Ce sont des documentaires en haute définition. Mais le plus extraordinaire reste le listing d’événements futurs dont des actes terroristes et une pandémie mondiale. Quand Pierre récupère son holophone, il est dépité de constater que sa perte à modifier le cours du temps. Ses ennuis empirent quand un hacker le fait chanter en l’empêchant de retourner à son époque.

Ce court texte est divisé en deux parties : la réflexion de Raph et le combat de Pierre. Je n’ai pas accroché à ce premier morceau qui explore divers moments de l’histoire de France du XXe siècle dont les attaques terroristes de Charlie Hebdo. Le personnage de Raph et la narration linéaire qui décrit surtout les actions, y sont sans doute pour beaucoup car dès l’intervention de Pierre, j’ai été happée dans le récit. Le touriste de l’avenir m’a semblé plus vivant et réel.

Le concept de base m’a énormément plu. Julien Laoche utilise le Test de Alan Turing inventé en 1950 pour construire une intrigue haletante avec une fin émouvante où la frontière entre machine et humain s’estompe. La véritable nature du présent de Raph et celle de Saturne sont inattendues et d’autant plus intéressantes qu’elles s’éloignent du voyage temporel classique.

Le style d’écriture est simple. Les phrases sont courtes et la narration est fluide. Le romancier utilise des notions issues de l’informatique. Il fait même référence à des vestiges du passé qui peuvent dérouter lorsque l’on ne connait pas tous les systèmes d’exploitation des ordinateurs depuis leur avènement dans les maisons des particuliers.

L’auteur nous offre un bonus à la fin de son livre avec La solution mettant en scène le Docteur Joliot et son assistant Turing qui reçoivent enfin les conclusions de Jean Zay une intelligence artificielle à propos de la réduction des gaz à effet de serre. Le rapport de la machine m’a fait éclater de rire tant il est d’actualité et que je m’attendais à une autre idée.

En bref, Saturne est une novella en demi-teinte avec un début un peu fade mais une seconde partie qui vaut réellement la peine d’être lue que ce soit pour son style entrainant, le concept exploité par l’auteur ou la tournure des événements et les révélations.