Le trésor du Pink Lady (De rouage et de sang, #2) d’A.D. Martel

  • Titre : Le trésor du Pink Lady (De rouages et de sang, #2)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

Je suis fière d’avoir lu peu de mois après sa sortie le second et dernier tome De rouages et de sang. J’ai la sale habitude de commencer des séries en mettant un temps dingue à poursuivre celles qui comptent déjà plusieurs livres parus. J’aimerai beaucoup arrêter de m’éparpiller. Le Pumpkin Autumn Challenge m’a bien aidée en 2022 avec sa sous-catégorie Deux citrouilles en valent mieux qu’une du menu Automne douceur de vivre. Celle-ci demandait de lire soit une duologie soit d’en lire un livre. Vu que j’avais lu Les disparus d’Arkantras au début de l’année, j’ai profité pour le placer la suite dans ma PAL du PAC.

Le roman reprend là où l’histoire s’est terminée dans le premier opus. Comme d’habitude, je vous déconseille de lire cet avis si vous n’avez pas lu le précédent tome.

Rowena, M. Gratouille et Œil de Pirates ont réussi à s’échapper sur un navire pour quitter la milice d’Arkantras. Mais leur répit est bref, car il sont encerclé par leurs aéronefs. Les chances de fuir une seconde fois semblent minces quand des pirates surgissent ! Le trio, rejoint par Eugène, se retrouve ainsi sur le Pink Lady pour le pire comme le meilleur. Côtoyer cet équipage particulier pourrait bien s’avérer salutaire et ouvrir leur horizon de bien des manières.

Le trésor du Pink Lady nous fait entrer dans le monde de la piraterie où l’avidité règne. Sauf que les apparences sont parfois trompeuses. Butcher est autoritaire et fière. Elle dirige ses hommes d’une main de velours dans un gant de fer comme le prouvent à maintes reprises le respect et la crainte de Seth et de Carl. Nos deux compères ont un côté bêta, surtout quand ils veulent montrer leur méchanceté alors que ce sont des cœurs tendres. C’est ce qui sauve dans un premier temps Rowena au moment de l’abordage du vaisseau. Car oui, le but des pirates n’était pas de secourir les pauvres d’Arkantras, mais de piller le bateau et d’emprisonner les passagers. Ému par la présence de cette adolescente, Seth l’enferme dans une cabine à part. L’aplomb et la détermination de notre héroïne la pousseront à affronter l’impitoyable Capitaine Butcher en lui proposant son aide pour réparer le Pink Lady grâce à ses talents de mécanicienne. Cela lui donnera également du temps pour retrouver Gratt et Œil-de-Pirate.

En intégrant l’équipage du navire, Rowena va faire montre de courage pour défendre les gens qu’elle aime, même à son amie défunte. Habituée aux rues d’Arkantras, elle conquiert rapidement le cœur des deux matelots et du cuisinier. Hercule est un géant aux difficultés d’élocution. Sa bonté est vraiment touchante et possède la force de faire flancher Butcher lorsqu’elle dépasse les bornes.

À côté de ces êtres ambivalents qui revêtent, pour la plupart, une attitude de méchant pirate pour la forme, nos amis évoluent. Rowena va découvrir la puissance des liens familiaux, ceux qui ne découlent pas du sang. Eugène va faire un bon gigantesque en avant. Au départ, il a une soif de justice et souhaite à tout prix réaliser le vœu de Beatrice : aider les plus pauvres. Il commence avec Rowena. Toutefois, il se rend compte que la gamine est bien plus mature que lui. Il finit par comprendre qu’elle est comme un poisson dans l’eau. Elle a appris à survivre alors que lui s’y noie. L’éducation du journaliste et la réalité de ses sentiments se heurtent. Cependant, il entrevoit, puis acquiert les principes de vie qui lui apporteront le bonheur : profiter du moment présent, savoir apprécier les petites joies, s’affranchir du regard d’autrui, vivre comme on l’entend sans craindre ce que les autres diront. Eugène est sans doute le personnage qui évolue le plus. Rowena affirme une personnalité déjà exposée dans le premier tome, tandis que lui change de niveau. Quant à Œil-de-Pirate, il ose enfin se confronter à son passé. Il accepte ses faiblesses et sa lâcheté pour agir dans le bon sens grâce à son amour pour Rowena et à la franchise de Butcher qui se bat de toutes ses forces pour protéger ses trésors !

Un trésor bien énigmatique au départ qui se révèle original quand on le découvre. C’est une richesse à préserver, une richesse qui apporte de l’espoir sous les nuages qui dissimulent la beauté des étoiles.

Les aventures de Rowena sont relatées avec une plume dynamique et fluide. Les scènes sont dépeintes avec une efficacité redoutable pour sculpter les ambiances et jouer avec nos émotions. Il y a un épisode en particulier qui m’a fait craindre le pire. Je me résonnai au moment de lire les phrases menant vers la résolution : « C’est un jeunesse, elle ne peut PAS faire ça ».

En bref, Le trésor du Pink Lady est une aventure mêlant piraterie et tendresse avec brio. En prenant de l’altitude, nos héros découvrent l’immensité de la planète et du cœur humain. L’espoir d’une vie meilleure flotte comme étendard et rassemble ces êtres si différents en une famille unie qui veulent protéger leur monde. Une histoire pleine de rebondissements dans laquelle la cruauté est sabordée par l’amour et l’union.

Publicité

Revival (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Revival (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories : science-fiction, young adult

Revival est un service presse lu dans le cadre du partenariat avec les Plumes de l’imaginaire. Je remercie chaleureusement A.D. Martel pour sa confiance.

Arya reçoit pour son douzième anniversaire le célèbre jeu à réalité virtuelle, Revival, au grand dam de son aînée, Julie. Malgré les problèmes financiers que son achat par son inconscient de père, engendre, cette dernière n’a pas cœur à supprimer le sourire radieux de sa sœur. Pourtant, elle aurait dû agir. Lors de la présentation officielle par le concepteur du jeu, Slanders Storm, un bug empêche les déconnexions. Enlever la nanodiode de la tempe entraîne la mort du joueur. Julie est prête à tout pour ramener Arya, même à s’allier à Samuel pour entrer dans Revival

L’univers de Revival est plutôt ordinaire. Le décor met en scène une jungle regorgeant de créatures dangereuses et de villes qui permettent aux joueurs de se reposer. Deux races existent dans le jeu : les humains et les Meijbek. Peu d’informations sont données sur ces deux peuples et même sur le monde que l’on découvre au fur et à mesure de l’avancée de Julie (qui aura pour pseudo Jill). Le world-building s’apparente, ainsi, à tout jeu existant avec, en paysage, un mix entre fantasy (par la magie des Meijbek, les armures, les commerces ambulants, les caravanes, etc.) et militaire contemporain (avec des armes à feu et des pantalons treillis).

Le récit se concentre vraiment sur la recherche d’Arya et le développement de Julie en tant que personnage. Noob (débutante en langage de gameur) et pas du tout intéressée par les jeux, elle commet pas mal d’impairs qui ne vont pas lui faciliter la vie virtuelle. Commençons par décrire le personnage IRL. Julie est une adolescente de 16 ans qui vit dans les H.L.M.  Elle passe son temps à se rendre invisible dans la rue pour échapper aux harcèlements continus, en se cachant sous la capuche de son sweat gris. À l’école, elle ne fréquente personne et se concentre sur ses études pour quitter cette vie de misère. Son job lui permet à peine d’économiser pour viser l’université. Depuis le départ de sa mère, elle a pris les rênes du foyer en endossant les corvées et l’éducation de sa sœur. C’est cette responsabilité exacerbée pour une ado qui la pousse à risquer sa vie pour sauver sa sœur. Dans le jeu, elle va devoir briser ses habitudes. Elle en est même obligée, car elle fait l’erreur de revêtir la peau d’une Meijbek à fortes poitrines, ce qui attire indéniablement et malheureusement, les regards des autres.

A.D. Martel profite de cette apparence pour dénoncer les comportements outrageants des joueurs. En évoquant déjà le harcèlement de rue dans la vraie vie, elle met en évidence le sexisme des hommes vis-à-vis des joueuses qui ont, pourtant, autant d’atouts et de talents qu’eux aux manettes. Elles ne devraient pas être réduites à des prostituées ou à des rôles mineurs, ni subir les propos dégradants auxquels elles font face quotidiennement et qui pousse, trop d’entre elles, à revêtir un avatar masculin. Encore heureux, l’autrice inclut une joueuse qui excelle grâce au personnage de Nikita. Il est juste dommage qu’elle doive emprunter un comportement cruel et belliqueux pour être badass. En gros, elle écrase lesinvisibilisée hommes pour se faire respecter, ce qui est cohérent avec la réalité et les représentations de femmes fortes depuis quelques décennies. Je me demande comment elle va évoluer dans le second tome.

« —  Les travers des hommes se reflètent aussi bien dans la vie réelle que virtuelle… Et souvent, c’est encore pire dans la virtuelle… »

Revenons à Julie/Jill. Affublée d’un physique hyper sexualisé, elle est de plus de niveau 1 alors que les autres joueurs ont pu accumuler de l’expérience. Ainsi, elle va devoir suivre les conseils avisés de Samuel et trouver des alliés pour accomplir sa tâche sans mourir. Sa route croisera à plusieurs reprises, celle de Shadowhunter, un mystérieux personnage, aux préjugés sexistes, dont on peut se douter de la réelle identité. Il lui propose un pacte et l’aide à évoluer, car il est touché par sa franchise et sa cause, mais est-ce la seule raison ? On le saura peut-être dans la suite de l’histoire. Sera-t-il un allié ou un ennemi au final ? Le doute plane lorsque Julie découvre l’une de ses facettes.

Samuel est un ami d’enfance de Julie qu’elle a perdu de vue lorsque sa famille a déménagé suite au succès professionnel de son père. Il entretient l’allure rebelle de l’adolescence et une distance avec ses parents. Leur cohabitation est difficile d’autant plus, qu’il a un complexe d’infériorité vis-à-vis de son petit frère qui semble tout réussir dans la vie. Il n’est pas seulement un geek confirmé, il est talentueux dans le domaine du codage informatique et ne s’intéresse pas uniquement à Revival pour une question de divertissement si bien qu’il ne recule devant rien pour assouvir ses penchants scientifiques. Même pas à torcher les fesses de Julie. Oui, vous avez bien entendu ou plutôt lu ! C’est l’un des aspects que j’apprécie chez A.D. Martel. Elle aurait pu recourir à un subterfuge de science-fiction telle une capsule dans laquelle le corps humain obtiendrait les éléments essentiels à sa survie ou elle aurait pu taire cette partie. Non, elle ne renonce pas à inclure cette réalité dans le roman : comment maintenir en vie et en bonne santé Julie le temps de sa plongée dans le jeu alors que le monde ressemble au nôtre ? Si cette question est exclue par les concepteurs de Revival (des hommes bien évidemment), elle pense même à la gestion des menstruations. Ce caprice de la nature qui est invisibilisé dans la littérature de l’imaginaire ou à peine mentionnée, alors qu’elle fait partie intégrante des femmes.  

Cette partie sera introduite par la tornade arc-en-ciel nommée Chloé. La best friend de Julie qui débarque pour la sauver du pervers Samuel qui la retient captive ! (Enfin, c’est ce qu’elle croit en déboule sans prévenir.) Cette fille a un sacré tempérament. Elle n’hésite pas à se battre pour son amie, même avec violence. Elle est déterminée et possède un don d’actrice qui cache sans doute une réalité moins reluisante. Je l’ai adorée dès son arrivée dans le roman et j’espère en savoir plus sur elle dans le second opus.

Enfin, parlons d’Arya. Capricieuse benjamine, elle représente une thématique sombre dans le récit : celle du harcèlement scolaire. Si elle est si prompte à entrer dans les jeux vidéo, c’est pour fuir l’obscure réalité qu’elle dissimule à sa sœur dont les épaules sont déjà bien chargées depuis qu’elle gère la maison. On ressent assez vite la solitude de la gamine que Julie néglige par responsabilité.

Comme d’habitude (depuis un an), la plume de la romancière m’a transporté dès les premières lignes. Grâce à une entrée en matière efficace, elle nous plonge dans les enjeux du récit avec une facilité déconcertante. Avec une belle fluidité, elle le parsème de sujets qui lui tiennent à cœur comme l’écologie, la banalisation du viol, l’inversion bourreau/victime. L’univers du jeu vidéo aidant, mon esprit construisait une image teintée d’animation japonaise. Surtout lors de la rencontre entre Samuel et Chloé que j’ai entièrement visualisée sous des traits de manga. Probablement en raison de l’apparence colorée de la jeune femme, mais aussi par la vivacité de l’écriture.

En bref, si Revival ne réinvente pas les histoires décrivant des jeux virtuels et possède un world-building plutôt simple, le style d’A.D. Martel réussit à captiver par une construction de personnages attachants et authentiques qui se font les porte-parole des problématiques sociétales importantes tels le sexisme, le harcèlement de rue, scolaire et le sentiment d’impunité des joueurs derrière les écrans. Le premier tome de cette duologie pose les bases d’une histoire solides dont il me tarde de lire la suite.

Je vais choper mon boss (#2) d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#2)
  • Autrice : AD Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

Après avoir dévoré le premier tome des aventures sentimentales d’Alexis, j’ai sauté rapidement sur le second livre qui clôt avec surprise, humour et brio cette romance.

Comme d’habitude, je vous conseille de vous plonger dans cet avis lorsque vous aurez lu le précédent tome. Ce serait malheureux de vous gâcher les éléments croquants de cette délicieuse comédie.

Alexis se réveille dans l’appartement de David Langlois avec une gueule de bois carabinée. Comment est-il arrivé chez lui ? Et pourquoi est-il tout nu sur son canapé alors qu’un gamin, Henry, mange son bol de céréales en compagnie de sa licorne ? Notre garde du corps n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’il rencontre Lise, une adolescente malmenée par sa mère, et qu’il retrouve Nadège, la voisine de palier de son collègue !

La fin de la première partie nous avait laissés avec une tonne de questions : comment Alexis va-t-il réintégrer son poste après son erreur à New York ? S.J. pardonnera-t-il son comportement envers Andrew ? Risque-t-il de se faire émasculer par Christine ? En parallèle des interrogations personnellement liée au petit cœur d’Alexis, la menace pesant sur le boss d’Électronic Dreams ressurgit sous la forme de la berline noire qui rôde dans le quartier de David.

Déboussolé et perdu, Alexis accepte la proposition du premier de la classe et reste loger chez lui malgré l’exigüité des lieux. En remerciement, il s’investit dans la cuisine et endosse le rôle de garde du corps à son insu. Entrer dans l’intimité de David va bousculer les idées préconçues qu’Alexis portait dans le premier tome. A.D. Martel déconstruit avec habilité les apparences. Elle montre ce que la chemise à carreaux parfaitement repassée de David dissimule.

Nous vivons dans une société de tabous et de faux-semblants. Les humains revêtent des masques pour cacher leurs sentiments et leur authenticité. Ils font de leur mieux en dépit des émotions négatives et de la dure réalité qu’ils subissent. Ils affichent un sourire dans les moments où ils aimeraient pleurer toutes les larmes de leur corps.

David entre dans cette catégorie d’homme qui donne le meilleur de soi-même malgré les difficultés qui pèsent sur ses épaules. Son extrême gentillesse résulte de ses efforts et des épreuves du passé. Il est prévenant et possède une qualité que peut de personnes ont : l’altruisme. Quand il offre son toit, qu’il tend la main, il ne demande rien en retour. Il est prévenant sans être invasif, ce qui déroute un Alexis aux nombreux secrets. Pourtant, David n’est pas aussi pur que les premières interactions le laissent entendre. La lumière ne peut vivre sans obscurité. Progressivement le masque de bonté se fissure. Cela commence par le cynisme pour dissimuler les blessures, juste avant d’éclater pour laisser déborder la noirceur. Une ombre triste qui m’a juste donné l’envie de surgir dans le roman pour réconforter notre pauvre David.

Dans le premier tome de Je vais choper mon boss, David m’avait déjà tapé dans l’œil alors qu’il s’agissait d’un personnage secondaire (voire tertiaire ?). Je ne sais pas si c’est l’atypisme de ce genre de personnage dans la comédie romantique qui m’a touchée où si les compétences en écriture de l’autrice ont un tel niveau d’expertise dans la manipulation qu’elle a réussi à tisser, l’air de rien, son filet pour que David capture mon cœur. Vous l’aurez compris, plus je lisais et entrais, comme Alexis, dans le monde de son collègue, plus j’adorais ce protagoniste.

Les nouveaux personnages ne sont pas en reste dans cette aventure. La mignonne attitude d’Henry m’a fait sourire à plusieurs reprises. Ce petit bonhomme muet en raison de ce qu’il a vécu et possède, comme son père, une vraie force (surtout avec sa copine Licorne). Sans mot, il arrive à véhiculer ses sentiments avec puissance.

Lise est un vrai ouragan. De primes abords, on pourrait croire qu’il s’agit juste d’une adolescente rebelle qui a de mauvaises relations avec une mère tout aussi perdue que sa fille. Cependant, les apparences sont tout aussi trompeuses pour elle que pour David. Derrière le mur d’enceinte qu’elle a construit, se cache un oiseau blessé par la vie. Ses querelles avec Alexis, en plus d’être divertissantes, témoignent de l’insécurité que la présence de l’homme engendre chez elle. Elle considère David comme un père et la venue d’un autre chaton éclopé de la vie dans la famille l’effraie au plus haut point.

Enfin, nous retrouvons l’adorable grand-mère du chapitre un : Nadège. On apprend pourquoi elle ne pouvait plus venir au café. Elle secoue et soutient Alexis à plusieurs reprises au cours de cette nouvelle aventure. On découvre une mamie pleine d’énergie qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand il s’agit de fermer le bec aux préjugés sur les personnes âgées.

À travers ces relations qui se font, se défont et se reconstruisent, A.D. Martel nous parle de liens familiaux, de la force de ceux qui ne découlent pas du sang. Elle nous parle de solidarité, de rédemption. Alexis va comprendre ses erreurs ou plutôt, celles-ci vont lui exploser en pleine face avec une telle puissance qu’il lui faudra du temps pour les digérer. Toutefois, il se donnera à fond pour réparer les dégâts qu’il a causés. Il s’investira dans la protection de David et Henry, et même de Lise qui subit des horreurs dans le milieu scolaire.

Et S.J. Park dans tout ça me direz vous ? Il est toujours bien présent dans ce roman et on découvre une autre facette de l’homme. Derrière l’impassibilité de son visage, se dissimule un chat qui aime jouer avec les souris. Et la souris dans ce tome, c’est Alexis bien sûr. Cependant, il ne le malmène pas au point de le faire pleurer, je vous rassure. Il y a une même une volonté de lui faire comprendre les choses tout en se vengeant un peu quand même des émotions que les actes de son garde du corps lui font ressentir.

Je pourrais sans doute encore écrire pas mal de choses sur la deuxième partie de Je vais choper mon boss. La chronique parait plus de deux semaines après ma lecture passionnée qui m’a valu des heures de sommeil en moins. Mon cerveau rencontrait des difficultés pour ordonner les mots et formuler mon opinion sur cette histoire bouleversante, renversante et riche en humanité. Elle m’a émue par la force de ses personnages. Ceux-ci sont construits avec réalisme et authenticité. La manière de les découvrir à travers leurs interactions, leurs silences et leurs actes est juste : wouah (une interjection vaut parfois mieux que des mots pour exprimer son ressenti). Les thèmes de la solidarité et de la solidité des liens hors sang sous-tendent l’ensemble du récit qui a insufflé un malstrom d’émotions allant du rire à la colère en passant par la tristesse et l’amour. Bref, cette duologie entre dans mes lectures favorites.

Je vais choper mon boss d’A.D. Martel

  • Titre : Je vais choper mon boss (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : comédie romantique

J’ai réussi à sortir de ma panne de lecture. L’envie revenant, j’ai décidé de me lancer dans le service presse qu’A.D. Martel m’a gentiment proposé début juillet. D’un, car c’est une histoire légère et de deux, parce que l’extrait du premier tome de cette série ( Je vais tuer mon boss) m’avait interpellé par sa belgitude, c’est-à-dire : la localisation à Bruxelles et l’humour. Je précise que Je vais choper mon boss n’est pas une réelle suite, mais plus un spin-off qui peut se lire indépendamment. Étant donné qu’il s’agit de romance, il n’y a pas de grands spoils vu qu’on sait que les protagonistes meurent tous à la fin ! C’est le principe même d’une Happy Ending. Bon, j’arrête de dire des âneries à cause de la chaleur, place à Je vais choper mon boss :

Depuis toujours, Alexis Janssens et sa sœur, Christine, s’entendent comme chien et chat. Ils se défient, se disputent, se réconcilient en boucle sur une piste de marathon pour prouver qui est le meilleur. Alors quand celui-ci décide de postuler au job de garde du corps du nouveau PDG d’Electronic Dreams (Sung-Jae Park), c’est en partie pour lui prouver sa force. En partie, car il a complètement craqué sur le Coréen. Après un entretien pour le moins…atypique, il le prendra pour cible. Arrivera-t-il à l’entraîner dans son lit ? Saura-t-il le protéger comme il se doit lorsqu’une situation dangereuse se profile, surtout quand les soupçons portent sur des êtres chers ?

L’autrice nous plonge dans une histoire riche en rires et en détournements. Elle joue sur des clichés et des comportements stéréotypés pour, tout à coup, renverser la situation en l’intégrant dans le contexte, le fil conducteur du chapitre. Ainsi, mes émotions ressemblaient à un yoyo : je souriais là où une seconde auparavant je levai les yeux au ciel. Très vite, je me suis retrouvée incapable de lâcher le roman tant il me faisait du bien.

Élaborer des personnages nuancés, profonds et humains n’est pas une tâche facile dans l’écriture d’un récit. C’est eux qui touchent l’âme des lecteurs et qui les emmènent dans une valse de sentiments et d’aventures qui les marquent, et ce, même si l’histoire porte l’étiquette du déjà-vu. Étant à mon troisième roman d’A.D. Martel cette année, et la première dans une comédie romantique, je salue et j’admire son habileté à créer de tels protagonistes.

Dans Je vais choper mon boss, on découvre un Alexis à la fois cynique et justicier dès les premières pages. Il sauve une mamie indécise de l’impatience d’un gars en costard, pressé d’avoir son café. Plus on avance, plus cette belle image s’effrite . Sous la couche du héros, ancien militaire de carrière, il est imbu de lui-même. Il connaît ses charmes et en joue auprès de la gent féminine pour arriver à ses fins (sans dépasser les limites de la bienséance, bien sûr), il a un côté m’as-tu-vu ? L’apparence et l’image qu’il montre aux autres sont importantes pour lui. Il adore attirer le regard sur son corps, sa beauté, sa force. De plus, le machiavélisme coule dans ses veines. Quand il n’apprécie pas quelqu’un, il recourt à la menace et au harcèlement. Le pauvre David Langlois en fait les frais tout au long du récit alors que c’est un ange sensible qui le défend au lieu de le dénoncer, car la sécurité du patron et de l’entreprise lui tient à cœur.

Si Alexis est détaillé tel un kaléidoscope, Sung-Jae Park est, quant à lui, plus opaque. Il revêt le costume habituel du Big Boss asiatique dont les émotions restent personnelles. Ils dévoilent quelques expressions seulement devant ses amis et un peu plus en face d’Alexis. Cependant, il n’est pas moins douloureux de lire ses interactions à travers le regard de son garde du corps préféré. On ressent le poids que la succession à la tête d’Electronic Dreams, pèse sur ses épaules. Il incarne l’homme qui doit rester droit dans ses bottes, qui ne s’ouvre pas facilement, d’autant plus que chaque parole, chaque attitude, et même, sa vraie identité peuvent avoir des retombées négatives sur des centaines d’employés.

La plume d’A.D. Martel est efficace et témoigne de sa belgitude. L’humour est de la pure dérision de notre pays. Tout est passé sous ce filtre, des immeubles vitrés, aux comportements jusqu’à l’hygiène des tables de pique-nique. Les coups bas entre les personnages (Alexis VS Christine et Alexis VS Bruce) sont juste exquis.

En bref, Je vais choper mon boss est une comédie romantique aux délicieux accents d’humour belge. À travers une histoire drôle et pleine d’émotions, elle secoue les clichés et les préjugés grâce à des personnages authentiques qui ébranlent de manière intelligente et subtile les visions. Même notre protagoniste n’en ressortira pas indemne. Vivement la suite !

Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

À peine arrivé à la maison, le premier tome de la série De rouage et de sang, n’a pas eu le temps de rejoindre ma PAL. Ayant adoré Les larmes de Saël, je n’ai pu résister à M. Gratouille, non je rigole (enfin presque).

Dans les quartiers pauvres d’Arkantras, la rumeur court. Un monstre se cacherait dans les profondeurs de la ville et se repaîtrait de chair fraiche. Rowena n’y croit pas trop, jusqu’au jour où son meilleur client, Œil-de-Pirate, disparaît de son antre où il se calfeutrait. En parallèle, le journaliste paumé Eugène Bassompière est mis sur le coup de ses étranges disparitions. Ses deux âmes que tout oppose vont découvrir la vérité sanglante et terrifiante.

Les engrenages des Disparus d’Arkantras se meuvent avec lenteur. L’autrice prend son temps pour poser les fondations de l’histoire et la présentation des nombreux personnages avant d’enclencher la vitesse supérieure avec des révélations prévisibles pour les lecteurs aguerris (sauf une que je n’ai pas du tout vu venir). Je rappelle qu’il s’agit d’un livre jeunesse et que je ne suis pas le public cible. Malgré le rythme en deux temps, je ne me suis pas ennuyée lors de la première moitié du roman, car l’écrivaine a la manière de croquer, puis de dessiner en profondeur les traits de ses personnages et de son univers.

Basée sur les villes européennes du XIXe siècle, Arkantras se divise en deux strates sociales : les nantis et les pauvres. Les premiers vivent dans des maisons luxueuses et des espaces pures, tandis que les démunis survivent au milieu des vapeurs toxiques des usines et des bâtisses insalubres. Leurs rues sont surveillées par les policiers le jour et la nuit par des sentinelles qui punissent ceux qui osent braver le couvre-feu.

Née au cœur des ordures, Rowena possède plus d’un tour de manivelle dans son sac. Débrouillarde et courageuse, cette orpheline a appris à voler dès son plus jeune âge pour le compte de son horrible famille d’accueil. Délivrée de leur joug, elle se dirige vers un marché plus lucratif grâce à sa passion pour la mécanique et aux connaissances qu’elle a acquises dans le domaine. Accompagnée de son fidèle M. Gratouille, elle se fait appeler Capitaine par les enfants. J’adore son répondant mesuré. Sa fierté ne l’aveugle pas, ce qui en fait une marchande hors pair pour ses 13 ans, ou du moins, assez pour rester en vie et acheter de quoi manger. Malgré sa force, elle demeure une enfant dont les histoires de monstre ébranlent la confiance et la réalité.

M. Gratouille est (vous l’aurez deviné) un matou particulier. Malmené dès ses premiers jours sur terre par les déchets chimiques des usines, il possède une patte mécanique et de super lunettes d’aviateurs qui pallient ses problèmes de vue. Il entretient un lien singulier et puissant avec Rowena. Ils se comprennent, se soutiennent même si le chat se conduit parfois de façon étrange.

À deux, ils vont se lancer à la recherche d’Œil-de-Pirate, ce vieux bougon d’inventeur qui bricole des automates aussi mignons que dangereux. En dépit de son caractère aigre, il a un cœur en or, surtout envers les animaux qu’il répare.

Leur chemin va croiser à plusieurs reprises celui d’Eugène. Répudié par la haute société après la parution d’un article dénonciateur, ce journaliste démotivé se voit obliger par L’Oratoire des secrets d’enquêter sur les disparitions dans les bas-quartiers. Peu téméraire, mais pétri d’idéaux de justice, il s’investit progressivement dans cette affaire auquel il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord dédaigneux des démunis, ses préjugés vont tomber un à un. Il se rend compte que leur humanité s’avère bien plus pure sous la crasse que les nantis polis à coup de savon parfumé.

Au détour des ruelles et des avenues, A.D. Martel tirent le portrait d’autres figures qui ont un impact plus ou moins faible sur le récit. Je ne vais ni les décrire ni les lister. Sachez juste qu’ils sont tous palpables et utiles au déroulement. Parmi ceux dont j’ai dressé le profil, j’apprécie particulièrement qu’elle se tourne vers des personnages vraisemblables, prudents. Si Eugène revêt le masque du journaliste avide de vérités (ou du moins avant le scandale), il n’endosse pas la cape du superhéros invincible et téméraire. Son vécu l’ayant profondément marqué, il doit se réapproprier sa ligne de conduite, son leitmotiv et son courage pour affronter ses démons et redevenir lui-même.

Rowena, quant à elle, rappelle les personnages des écrivains du XIXe siècle : futés et débrouillards des ruelles pauvres. La romancière s’en détache en rajoutant une couche féministe vu qu’elle brise le genre des métiers. Toutefois, notre adolescente subit les remarques de certains hommes en dépit de son talent. Comme Eugène, Rowena ne se jette pas la tête la première à la poursuite du monstre. Elle tremble, hésite et doit attiser les flammes de sa bravoure pour avancer.

Les disparus d’Arkantras dépeint ce monde inspiré du XIXe siècle à travers les filtres contemporains : les effets de la pollution, la dénonciation du gaspillage, la surconsommation émaillent le parcours du lecteur. Le thème le plus important aborde les limites que certains osent franchir pour des raisons terribles et pourtant encore si courantes. Ces raisons qu’on nous balance pour justifier la restriction des libertés et la manipulation.

En bref, le premier tome de Rouage et de Sang s’est révélé être une lecture divertissante durant la première moitié du bouquin, puis addictive dans la seconde. Les rebondissements s’y enchainent pour nous dévoiler l’horreur humaine. Le tout, porté par des personnages nuancés et réalistes, est saupoudré de problématiques de notre ère.  

Les larmes de Saël (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les larmes de Saël (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : post-apocalypse

Les Larmes de Saël est ma troisième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. Pour rappel, il s’agit d’un groupe sur Facebook rassemblant des autrices autoéditées ou hybrides qui s’allient pour promouvoir leurs romans et échanger avec les lecteur.rices. N’hésitez pas à nous rejoindre. Ce roman fait partie d’une saga en trois tomes. Toutefois, il peut se lire comme one-shot. En effet, l’écrivaine n’avait pas prévu d’en faire une série et malgré la fin, il se déguste très bien en solo.

Arcana réside dans la ville prospère de Ceylan protégée du monde extérieur par un bouclier. L’air, les températures, les énergies sont mesurés au millimètre près pour en faire un havre de paix où les habitants puissent vivre sans crainte. À l’approche de l’âge adulte, elle ne sait toujours pas ce qu’elle souhaite pour l’avenir. Ce choix lui est enlevé par trois faits : son père qui veut la marier, l’explosion qui endommage le cœur de Ceylan et le jugement des terroristes devant la population. Mues par ses envies de liberté, elle s’engage à épouser avec Ashkan selon les lois à l’étonnement de toute la citée. Leur union à peine célébrée, ils sont expulsés à Saël. Arcana va devoir apprendre à survivre dans ce Nouveau Monde aussi austère que galvanisant.

A.D. Martel propose un univers mêlant le post-apocalyptique et la fantasy orientale. On comprend qu’une catastrophe et des guerres ont propulsé la terre à l’époque où se déroule le récit. Mis à part Ceylan et Saël, on ne sait rien des contrées alentour. Et pour cause, les citoyens de la première ville demeurent à l’intérieur d’une bulle de protection contrôlée dans sa globalité et possédant une technologie avancée. Les connaissances d’Arcana découlent uniquement de ses professeurs et du gouvernement. C’est pourquoi, elle va débord découvrir Saël à travers ses préjugés qui vont tomber au fur et à mesure qu’elle appréhende le territoire et son fonctionnement empreint d’orientalisme rustique avec son soleil de plomb et le clanisme, mais aussi la signification à la fois terrible et belle des larmes de Saël.

Vous l’aurez compris, les deux nations sont l’opposée l’une de l’autre. La prospérité de Ceylan est contrebalancée par un système politique profondément patriarcal, qui régule le quotidien et la vie de ses citoyens par des mesures strictes telles la loi de l’enfant unique et la gestion des cultures raisonnées. Toutefois, la cité exploite la denrée la plus précieuse avec excès : l’eau. Leur technologie repose entièrement sur elle. Chacun possède un bracelet, une sorte de montre connectée, qui permet de contacter ses proches, prendre des notes ou activer les passerelles entre la basse et la haute ville. Il s’agit d’un outil de dépendance dont Arcana arrivera à se priver sans trop de mal.

Saël, quant à elle, a une politique presque matriarcale. Je dis presque, car les hommes ont un pouvoir décisionnaire conféré par leur statut spécial et involontaire. Le peuple vit en tribus sous la tutelle d’une assemblée d’anciennes. La vie ou plutôt survie est archaïque, la technologie n’existe pas et l’eau est précieuse.

Arcana se retrouve donc confrontée à un changement radical suite à sa décision d’épouser Ashkan et sa naïveté ainsi que son égo démesuré. Cette prétentieuse fille de conseiller possède une haute estime d’elle-même et un caractère fort. Je crois n’avoir jamais rencontré un pareil personnage au cours de mes lectures. Durant le premier chapitre, je ne l’appréciais pas du tout. Dès le deuxième, je l’ai adoré, adoptée. Pourtant, elle revêt toujours son côté princesse aux penchants superficiels et capricieux, mais sa soif de liberté et son courage pour se dresser face à l’adversité (son père représentant l’autorité parental et gouvernemental pour son statut), puis les politiciens, m’ont tout de suite subjugués. Aucune incohérence ne se glisse dans son personnage. Son caractère fort se révèle nuancé et logique, bien qu’elle pèche aussi par orgueil. D’ailleurs, la confiance en ses capacités va en prendre un coup quand elle se rendra compte qu’on la manipule. Malgré cela, elle ne baissera jamais les bras. Elle évoluera au fil de ses contacts avec sa nouvelle famille dont les relations sont tendues au début et des habitants de Saël. Les erreurs parcourent son chemin d’apprentissage et d’intégration. Erreurs qu’elle n’avouera pas toujours à haute voix, mais qu’elle prendra à cœur de réparer. Un comportement bien plus efficace qu’une faute confessée, d’autant plus qu’il reste cohérent avec sa personnalité et lui confère une part d’ombre réaliste.

Les autres protagonistes sont tout aussi profonds et nuancés, surtout les féminins que j’adore. Commençons par les masculins : Ashkan est ténébreux est intriguant. Toutefois, son côté bougon et ses problèmes de communication m’ont un peu refroidie. Son petit frère, Zachary est l’exact opposé grâce à sa douceur, sa compréhension et cette timidité adorable. Donya est la matriarche du clan. Sa langue ferme et sévère convient aux vieilles femmes qui doivent porter l’honneur et le respect des leurs, en dépit des années et de la méchanceté qu’elles ont vécues. Enfin, nous avons le troisième membre de la famille, la mutique et espiègle, Mina, qui se révèle touchante derrière la solitude qu’elle subit en raison de sa différence.

L’autrice aborde de nombreux thèmes et les consolide grâce à son savoir d’historienne. Elle emploie la fameuse gloire des vainqueurs qui embellissent leur victoire en dissimulant leurs exactions et leurs horribles stratégies. Dans le roman, chaque détail a son importance, même ceux qui semblent les plus anodins comme les sculptures du ministère de Ceylan. L’endormissement de la population sous couvert de bien-être, l’assouvissement des femmes, mais aussi des hommes. Elle opère un inversement plus qu’intéressant, je vous laisse découvrir de quoi je parle, car je n’ai pas envie de spoiler.

En bref, A.D. Martel m’a conquise avec ce premier tome qui a grignoté mes heures de sommeil. Les larmes de Saël nous plonge dans un univers oscillant entre science-fiction et fantasy orientale teinté des couleurs de l’importance de l’intégration dans une nation étrangère, l’ouverture d’esprit, le féminisme et le respect.

Nouvelles Orléans (anthologie)

  • Titre : Nouvelles Orléans
  • Auteurs : A.D. Martel, Alex NR, Fabrizio Schiavetto, Geoffrey Claustriaux, Gloria F. Garcia, Katia Goriatchkine, L.A. Braun, M. d’Ombremont
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégories : nouvelles, fantastiques

Bien que nous sommes déjà en plein dans la période des illuminations de Noël et des chocolats chauds à gogo (ou des Chaï Lattes selon les préférences ou les envies), je vais aborder ce soir un livre emprunt de magie et de vaudou, qui rappelle plus la lueur horrifique d’une citrouille que la bonhommie d’un barbu en habit rouge. Nouvelles Orléans est une anthologie qui nous emmène dans les rues de La Nouvelle-Orléans, cette ville emprunte de tradition et de modernité, à travers huit récits aux univers nuancés reliés entre eux pas le fil conducteur du folklore local. Les thèmes évoqués sont notamment la maltraitance animale, l’individualisme, la rédemption, la gestion de ses émotions ou encore l’acceptation de la différence.

Voici les trois histoires qui m’ont le plus touchée lors de ma lecture. Les deux premières arrivent à égalité. Je suis incapable de les départager, car elles sont à l’opposé l’une de l’autre tant au niveau de leur couleur que de leur finalité.

Le bonheur repose en Louisiane de Katia Goriatchkine débute par un descriptif de la vie du romancier à succès Ray Jacobs. L’autrice raconte plus qu’elle montre le passé de son protagoniste. Cette technique aurait pu/dû me lasser vite. Pourtant, elle m’a happé dans son récit grâce à la façon dont elle déploie couche par couche la particularité de son personnage principal et les enjeux de sa condition, ce qui en fait un vrai page turner difficile à lâcher.

Ray conquiert les cœurs de ses lecteur.rices alors qu’il ne ressent aucun sentiment depuis sa naissance. Il écrit grâce à sa boîte dans laquelle les passants abandonnent leurs émotions négatives, jusqu’au jour où il goûte pour la première fois à la plus grande des drogues : le bonheur. 

La nouvelle alterne entre Ray et son propre roman qui se déroule à La Nouvelle-Orléans. L’écriture épouse donc le style de l’autrice et celui de son personnage dont la plume évolue en fonction de son état. Ainsi, on découvre les désagréments du premier jet de ce génie absorbeur d’émotions.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui synthétise en quelques pages les bonheurs et les déboires des écrivains.

Les morts ne se mangent pas de M. d’Ombremont commence par quelques lignes de Baudelaire qui donnent le ton de la mélodie psychotique de cette nouvelle. Après le passage de l’ouragan Katrina, Zack reste cloîtré chez lui. Il n’ose plus mettre un pied dehors et ses contacts se limitent à sa voisine qu’il refuse de secourir même lorsqu’elle l’appelle à l’aide. Plus tard, il lui ouvre la porte malgré le sang qui la recouvre et ses explications rocambolesques.

La romancière joue avec l’angoisse et l’obsession de son personnage principal avec brio. Sa plume manipule la peur et la psychologie avec une telle maîtrise qu’elle arrive à métamorphoser l’absurdité de la situation vécue par Zack, en réalité tangible. Elle touche la barrière mentale de la raison, la force et la modèle pour rendre réel l’irréel de la scène.

Ainsi, le récit mêle à la perfection l’horreur et la psychose jusqu’à la fin excellente qui donne des frissons. L’autrice me prouve encore une fois qu’elle manipule la psychologie humaine dans ce qu’elle a de plus obscur avec maîtrise.

La croisée des chemins de L.A. Braun raconte l’histoire d’Emilia Carter qui travaille comme restauratrice d’œuvres d’art au V&B Museum. Un jour, elle reçoit un médaillon de sa tante qui lui demande de revenir en Louisiane pour l’aider à préserver l’art créole. Après l’arrivée du colis, des rêves étranges hantent ses nuits, mais c’est à l’annonce de la mort de sa parente qu’elle entreprend un voyage vers La Nouvelle-Orléans où une rencontre va changer son destin.

Le récit dépeint par une plume agréable est bien mené et ficelé. J’ai adoré le caractère d’Émilia. Elle est asociale et elle l’assume jusqu’au bout ! Elle n’aime pas parler aux gens, dévoiler sa vie et se mêler à ses collègues. Malgré l’insistance de certains, elle n’entre pas dans le moule et elle n’hésite pas à le montrer et à le dire. Émilia souhaite rester authentique peu importe les avis des autres et ce type de personnage m’a fait un bien fou, surtout dans cette société qui nous demande de faire bonne figure la majeure partie du temps.

Cette fois-ci, je vais déroger à ma règle des trois pour évoquer en quelques mots, Sans nom d’A.D. Martel en raison de l’originalité du point de vue qu’elle a choisi : elle donne la parole à une poupée vaudou qui s’enfuit de chez sa tortionnaire, ce qui confère à l’histoire un caractère particulier qui oscille entre obscurité et lumière.