Sur l’écorchure de tes mots de Pascaline Nolot

  • Titre : Sur l’écorchure de tes mots
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Éditions du Chat noir
  • Catégorie : young adult

Après l’excellent Rouge et même si je lis moins de young adult ou la magie est absente, je n’ai pas hésité à me procurer Sur l’écorchure de tes mots sur le site des Éditions du Chat noir au moment de soldes.

Il y a six ans, un drame déchire la famille Castel. Défigurée à vie, Emma vit recluse avec sa mère. Son traumatisme l’empêche de sortir. Le regard des autres sur sa face monstrueuse la paralyse. Pourtant, elle ose se rendre à l’enterrement de celui qui l’a sauvée lors de l’accident. Le destin la pousse à revoir son frère, Sid. Une rencontre fugace, sans mots, qui marque un nouveau départ pour eux.

Dès les premières lignes, le mal-être d’Emma m’a serré le cœur. En quelques minutes, le contexte est brossé avec brio. On a envie de connaître ce qu’il s’est passé et comment elle va évoluer après avoir croisé son frère. Cette histoire de seconde chance est rondement menée. L’autrice dépeint des comportements qui paraissent de prime abord, ordinaires, mais qui cachent des problèmes plus profonds qui sont à la source de la rupture familiale. Je n’ai pas envie de divulguer le thème qui se dissimule derrière eux, car je préfère que vous viviez cette révélation étonnante comme je l’ai vécue. Je pense que ne pas s’y attendre permet également de mieux sensibiliser au sujet les lecteur.rices. Après que ceux-ci se soient attachés aux personnages.

Rompre avec le passé n’est pas chose aisée, surtout quand celui-ci est marqué sur son visage au fer rouge. Cependant, Emma en a marre de la situation. Elle en a marre d’espérer un changement de la part de Sid qui la fuit depuis l’accident. De ce fait, elle décide de couper définitivement les ponts par une lettre d’adieu dont il ne tient pas compte. Loin de les éloigner, cela va les rapprocher, grâce aussi par l’intermédiaire d’un ange : Maïsane.

Il s’agit de la meilleure amie d’Emma, qui va surprendre Sid dans une position douteuse. Cette fille est lumineuse, positive et ne se fie pas aux apparences. Au début, j’avais un peu peur que son rôle se limite à une amourette avec Sid qui servirait à un rapprochement avec sa sœur. Si elle est bien une intermédiaire, mes appréhensions ont vite été levées par ses mots percutants qui filent tel un flèche, droit au cœur. Son honnêteté et sa franchise en font presque un être irréel, surtout qu’elle semble dépourvue de défauts. Cette absence de noirceur m’a, toutefois, fait un bien fou. Probablement en raison de la négativité qui émane d’Emma et de Sid.

Emma s’enfonce dans sa grotte dont les murs sont tapissés de livres. Déjà petite, elle les dévorait par bibliothèque entière. Elle adorait en particulier le théâtre dont elle déclamait les proses. Elle espérait fouler les planches en récitant ses actes préférés. Un rêve partit en fumée en même temps que son visage. La jeune femme n’en a pas délaissé l’amour de la littérature pour autant. Elle a un blog Les mots écorchés, sur lequel elle partage les extraits qui entrent en résonance avec ses émotions, et ses propres écrits. Ce site est sa fenêtre ouverte sur le monde, son échappatoire qui lui donne l’impression de vivre en dépit des haters et des pervers. Les références bibliographiques parsèment le roman de manière judicieuse.

Il est amusant de noter que les mots écorchés sont aussi l’apanage de Sid. Lui, ne s’épanche pas sur le Net. Il n’a d’ailleurs aucun compte sur les réseaux sociaux qu’il fuit pour rester libre. Une belle illusion, car la réalité est tout autre. Le garçon peine à exprimer ses véritables sentiments. Dès qu’il souhaite partager une émotion sincère, celle-ci se bloque dans sa gorge, se distord et sort par sa bouche avec dédain ou rigolade. L’esbroufe lui confère un côté rebelle et l’attitude d’un adolescent immature et impertinent qui se fout de l’école et du monde du travail. Pourtant, il souffre de cette situation. De son incapacité à s’exprimer, à soulager les épaules de son père qu’il voit se courber sous les menaces patronales qui l’obligent à appliquer des décisions qui vont à l’encontre de ses valeurs. Il souffre de sa faiblesse face à la catastrophe, alors qu’il n’avait que 11 ans à l’époque !

En bref, Sur l’écorchure de tes mots est un livre d’espoir, de rédemption et d’amour qui prouve que rien n’est définitif. Un mot, un regard, une main tendue peut libérer la parole, la rendre droite, douce et guérisseuse. Emma et Sid trouvent tous deux le chemin de bonheur qu’ils vont parcourir ensemble pour balayer à jamais la honte qui pèse sur leur cœur.

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Filles du vent de Mathilde Faure

  • Titre : Filles du vent
  • Autrice : Mathilde Faure
  • Éditeur : Charleston Édition
  • Catégorie : young adult

Jusqu’à présent, mes lectures des Éditions Charleston s’étaient soldées soit par l’indifférence soit par un échec. Filles du vent, acquis lors de l’Op All Star 2021 est le premier roman que j’apprécie vraiment. Ce n’est pas un coup de cœur à proprement parler, mais je me suis laissé transporter par l’histoire de ces adolescentes placées. Je l’ai lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne rayonnant, le don des Merriwick.

Lina, Assa et Céline sont trois adolescentes placées dans un foyer à Argenteuil. Elles sont toutes différentes. Pourtant, une chose les lie : l’invisibilité dans laquelle elle grandisse. Un jour, Lina embarque ces colocataires dans une fugue pour libérer leur voix, celle des filles placées que l’on ignore jusque dans les manifestations féministes. Elles vont parcourir la France en placardant leurs revendications sur les murs.

« …la violence, c’est le silence. »

Le livre passe tour à tour la plume aux trois femmes. Cette narration à multiples points de vue nous permet d’entrer dans l’intimité, l’histoire, le mal être de personnes en partie représentatives de la situation des foyers. Ces jeunes qui sont retirées du milieu familial pour diverses raisons, trop souvent sordides, et qui doivent survivre dans cette société marginalisante. Une société qui les exclut par leur statut, qui leur appose une étiquette et qui veut soi-disant de les aider. Je vais tenter de dresser le portrait des protagonistes au mieux.

Lina est le point de départ de cette fugue-mission. Elle souffre de ne pas trouver sa place dans le monde. Elle est perdue et porte un masque pour se protéger. Elle s’habille en jogging pour repousser les hommes dont elle adopte la violence langagière et comportementale. Elle ne supporte plus cette situation. Lorsqu’elle entend parler de la manifestation Nous Toutes, celle-ci résonne en elle. Son cœur vibre à cet appel. Pourtant, elle ne se sent pas représentée par cette assemblée de femmes quand elle s’y rend en douce. Où sont les adolescentes comme elle ? Celles qui ont subi la violence des hommes ? Celles qu’on a placées sous surveillance des éducateurs ? Celles qu’on accompagne avant de les lâcher dans la nature une fois la majorité atteinte ? Cette césure supplémentaire, avec des sœurs de combats, la bouleverse et fait grandir en elle le désir de trouver sa voie, sa place dans ce monde. Mais comment peut-elle y arriver alors qu’elle se sent incapable d’exprimer son ressenti ?

La musique (surtout le rap) est une source de liberté. Les paroles font écho en elle. Elle se sent pousser des ailes. Lina s’interroge de plus en plus et veut en apprendre plus sur les figures féministes, dont Gisèle Halimi dont les actes l’impressionnent et l’inspirent. Pour assouvir sa soif secrète de lecture, elle s’infiltre chez Assa.

Assa est une adolescente effacée. Studieuse et calme, elle tranche avec le profil belliqueux et rebelle des autres pensionnaires. Elle ressemble à un lac dont la surface tranquille dissimule le bouillonnement de la vie. Elle s’est fixé un but  et compte bien y arriver. Toutefois, elle rentre trop dans le moule de la société et n’ose pas exprimer ses revendications maintenant ! Elle est capable d’élaborer des exposés sur les mouvements féministes, mais elle ne montre pas la hargne et la volonté de défendre ses sœurs contrairement à ce qui l’a amenée dans ce foyer. L’obstination de Lina va lui ouvrir les yeux. L’action, c’est maintenant et pas dans un hypothétique demain ! Assa symbolise l’histoire. Ses connaissances vont aider ses compagnes d’aventure à comprendre ce qu’elles ressentent. Et celles-ci vont lui permettre de vivre au présent.

Céline est sans doute la plus paumée du groupe. Elle croit être libre alors qu’elle est manipulée par Malik qui la prostitue. Elle se laisse embarquer par Lina et Assa sans savoir au départ ce qu’elles ont en tête, et c’est ce qui va la sauver. Elle réalise l’horreur du monde dans lequel Malik l’a enchaînée. Elle comprend que son corps et sa volonté ne lui appartenaient plus. Ce voyage va lui redonner les ailes que les hommes lui avaient volées.

Leur prise de parole dans l’espace public va délier les langues d’autres adolescentes placées. Leurs actions vont montrer qu’elles peuvent être entendues, devenir visibles, être écoutées et faire partie des mouvements féministes, et ce, sans violence. J’ai particulièrement aimé l’action finale !

« Être courageux, c’est sortir du rang, résister à un ordre que l’on trouve injuste. Le courage, c’est assumer sa différence. C’est refuser d’être invisible. »

Vous l’aurez compris, ce roman regroupe de thèmes qui me sont cher et qui sont exposés avec une sensibilité crue. L’autrice évite les filtres pour parler des comportements exécrables des hommes, dont le viol sur mineur, la violence conjugale et le féminicide. Filles du vent pourrait être considéré comme un recueil sur le féminisme vu qu’il inclut des bribes de l’histoire du féminisme à travers des portraits de femmes tout en parlant des actions récentes comme le #metoo.

En bref, Filles du vent s’est révélé une lecture importante qui lève le voile sur une partie de la population féminine invisibilisée. En donnant la parole à Lina, Assa et Céline, Mahtilde Faure bouscule nos idées et nous prodigue l’élan pour changer les choses. L’action de ces trois adolescentes, sans être entièrement représentatifs des situations des ados placées, est galvanisant par sa sincérité et son authenticité.

Revival (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Revival (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories : science-fiction, young adult

Revival est un service presse lu dans le cadre du partenariat avec les Plumes de l’imaginaire. Je remercie chaleureusement A.D. Martel pour sa confiance.

Arya reçoit pour son douzième anniversaire le célèbre jeu à réalité virtuelle, Revival, au grand dam de son aînée, Julie. Malgré les problèmes financiers que son achat par son inconscient de père, engendre, cette dernière n’a pas cœur à supprimer le sourire radieux de sa sœur. Pourtant, elle aurait dû agir. Lors de la présentation officielle par le concepteur du jeu, Slanders Storm, un bug empêche les déconnexions. Enlever la nanodiode de la tempe entraîne la mort du joueur. Julie est prête à tout pour ramener Arya, même à s’allier à Samuel pour entrer dans Revival

L’univers de Revival est plutôt ordinaire. Le décor met en scène une jungle regorgeant de créatures dangereuses et de villes qui permettent aux joueurs de se reposer. Deux races existent dans le jeu : les humains et les Meijbek. Peu d’informations sont données sur ces deux peuples et même sur le monde que l’on découvre au fur et à mesure de l’avancée de Julie (qui aura pour pseudo Jill). Le world-building s’apparente, ainsi, à tout jeu existant avec, en paysage, un mix entre fantasy (par la magie des Meijbek, les armures, les commerces ambulants, les caravanes, etc.) et militaire contemporain (avec des armes à feu et des pantalons treillis).

Le récit se concentre vraiment sur la recherche d’Arya et le développement de Julie en tant que personnage. Noob (débutante en langage de gameur) et pas du tout intéressée par les jeux, elle commet pas mal d’impairs qui ne vont pas lui faciliter la vie virtuelle. Commençons par décrire le personnage IRL. Julie est une adolescente de 16 ans qui vit dans les H.L.M.  Elle passe son temps à se rendre invisible dans la rue pour échapper aux harcèlements continus, en se cachant sous la capuche de son sweat gris. À l’école, elle ne fréquente personne et se concentre sur ses études pour quitter cette vie de misère. Son job lui permet à peine d’économiser pour viser l’université. Depuis le départ de sa mère, elle a pris les rênes du foyer en endossant les corvées et l’éducation de sa sœur. C’est cette responsabilité exacerbée pour une ado qui la pousse à risquer sa vie pour sauver sa sœur. Dans le jeu, elle va devoir briser ses habitudes. Elle en est même obligée, car elle fait l’erreur de revêtir la peau d’une Meijbek à fortes poitrines, ce qui attire indéniablement et malheureusement, les regards des autres.

A.D. Martel profite de cette apparence pour dénoncer les comportements outrageants des joueurs. En évoquant déjà le harcèlement de rue dans la vraie vie, elle met en évidence le sexisme des hommes vis-à-vis des joueuses qui ont, pourtant, autant d’atouts et de talents qu’eux aux manettes. Elles ne devraient pas être réduites à des prostituées ou à des rôles mineurs, ni subir les propos dégradants auxquels elles font face quotidiennement et qui pousse, trop d’entre elles, à revêtir un avatar masculin. Encore heureux, l’autrice inclut une joueuse qui excelle grâce au personnage de Nikita. Il est juste dommage qu’elle doive emprunter un comportement cruel et belliqueux pour être badass. En gros, elle écrase lesinvisibilisée hommes pour se faire respecter, ce qui est cohérent avec la réalité et les représentations de femmes fortes depuis quelques décennies. Je me demande comment elle va évoluer dans le second tome.

« —  Les travers des hommes se reflètent aussi bien dans la vie réelle que virtuelle… Et souvent, c’est encore pire dans la virtuelle… »

Revenons à Julie/Jill. Affublée d’un physique hyper sexualisé, elle est de plus de niveau 1 alors que les autres joueurs ont pu accumuler de l’expérience. Ainsi, elle va devoir suivre les conseils avisés de Samuel et trouver des alliés pour accomplir sa tâche sans mourir. Sa route croisera à plusieurs reprises, celle de Shadowhunter, un mystérieux personnage, aux préjugés sexistes, dont on peut se douter de la réelle identité. Il lui propose un pacte et l’aide à évoluer, car il est touché par sa franchise et sa cause, mais est-ce la seule raison ? On le saura peut-être dans la suite de l’histoire. Sera-t-il un allié ou un ennemi au final ? Le doute plane lorsque Julie découvre l’une de ses facettes.

Samuel est un ami d’enfance de Julie qu’elle a perdu de vue lorsque sa famille a déménagé suite au succès professionnel de son père. Il entretient l’allure rebelle de l’adolescence et une distance avec ses parents. Leur cohabitation est difficile d’autant plus, qu’il a un complexe d’infériorité vis-à-vis de son petit frère qui semble tout réussir dans la vie. Il n’est pas seulement un geek confirmé, il est talentueux dans le domaine du codage informatique et ne s’intéresse pas uniquement à Revival pour une question de divertissement si bien qu’il ne recule devant rien pour assouvir ses penchants scientifiques. Même pas à torcher les fesses de Julie. Oui, vous avez bien entendu ou plutôt lu ! C’est l’un des aspects que j’apprécie chez A.D. Martel. Elle aurait pu recourir à un subterfuge de science-fiction telle une capsule dans laquelle le corps humain obtiendrait les éléments essentiels à sa survie ou elle aurait pu taire cette partie. Non, elle ne renonce pas à inclure cette réalité dans le roman : comment maintenir en vie et en bonne santé Julie le temps de sa plongée dans le jeu alors que le monde ressemble au nôtre ? Si cette question est exclue par les concepteurs de Revival (des hommes bien évidemment), elle pense même à la gestion des menstruations. Ce caprice de la nature qui est invisibilisé dans la littérature de l’imaginaire ou à peine mentionnée, alors qu’elle fait partie intégrante des femmes.  

Cette partie sera introduite par la tornade arc-en-ciel nommée Chloé. La best friend de Julie qui débarque pour la sauver du pervers Samuel qui la retient captive ! (Enfin, c’est ce qu’elle croit en déboule sans prévenir.) Cette fille a un sacré tempérament. Elle n’hésite pas à se battre pour son amie, même avec violence. Elle est déterminée et possède un don d’actrice qui cache sans doute une réalité moins reluisante. Je l’ai adorée dès son arrivée dans le roman et j’espère en savoir plus sur elle dans le second opus.

Enfin, parlons d’Arya. Capricieuse benjamine, elle représente une thématique sombre dans le récit : celle du harcèlement scolaire. Si elle est si prompte à entrer dans les jeux vidéo, c’est pour fuir l’obscure réalité qu’elle dissimule à sa sœur dont les épaules sont déjà bien chargées depuis qu’elle gère la maison. On ressent assez vite la solitude de la gamine que Julie néglige par responsabilité.

Comme d’habitude (depuis un an), la plume de la romancière m’a transporté dès les premières lignes. Grâce à une entrée en matière efficace, elle nous plonge dans les enjeux du récit avec une facilité déconcertante. Avec une belle fluidité, elle le parsème de sujets qui lui tiennent à cœur comme l’écologie, la banalisation du viol, l’inversion bourreau/victime. L’univers du jeu vidéo aidant, mon esprit construisait une image teintée d’animation japonaise. Surtout lors de la rencontre entre Samuel et Chloé que j’ai entièrement visualisée sous des traits de manga. Probablement en raison de l’apparence colorée de la jeune femme, mais aussi par la vivacité de l’écriture.

En bref, si Revival ne réinvente pas les histoires décrivant des jeux virtuels et possède un world-building plutôt simple, le style d’A.D. Martel réussit à captiver par une construction de personnages attachants et authentiques qui se font les porte-parole des problématiques sociétales importantes tels le sexisme, le harcèlement de rue, scolaire et le sentiment d’impunité des joueurs derrière les écrans. Le premier tome de cette duologie pose les bases d’une histoire solides dont il me tarde de lire la suite.

Tout ira bien d’Elena Tenace

  • Titre : Tout ira bien
  • Auteur : Elena Tenace
  • Éditeur : Liv’S Éditions
  • Catégories : young adult, fantastique  

La thématique et la beauté déchirante de la couverture (confection d’Alexandra Gille) de Tout ira bien m’ont de suite attirées lorsque Livr’S Éditions l’a proposé en précommande.

Le harcèlement scolaire apparaît quelques fois dans mes lectures (par exemple : Éliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot). Toutefois, je lis peu de romans centrés exclusivement sur ce fléau. Ce n’est pas un désintérêt de ma part, c’est juste que je n’ai pas forcément envie de côtoyer cette réalité terrifiante dans les livres. Le harcèlement dans le milieu scolaire (et même professionnel) est bien trop présent et répandu dans notre société.

Je sais, cependant, que ce type de récit est nécessaire (voire essentiel), car il peut être une révélation, une bouée de secours, un moyen pour les victimes de comprendre qu’elles ne sont pas en tort. Elles n’ont rien fait de mal et qu’elles ont le droit de demander de l’aide. De la même manière, il peut contribuer à faire bouger les témoins (les professeurs comme les proches, souvent démunis face à ce crime). D’ailleurs, cher.ère.s enseignant.es, vous pouvez contacter Livr’S Éditions pour vous procurer un dossier pédagogique sur le sujet.

J’ai lu Tout ira bien dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge.

Emma se réveille dans une chambre d’hôpital. Elle a oublié les raisons qui l’y ont amenée. Très vite, elle se rend compte qu’elle est devenue un spectre dont le corps est plongé dans le coma. Chaque fois, qu’elle touche une personne ou un objet qu’elle a connu, elle voit des morceaux de son passé. Lors de sa quête de la vérité, elle rencontre Pablo, l’esprit d’un rhétoricien décédé qui va la guidez et égayer son entre-deux monde grâce à son cynisme et sa douceur.

L’enquête retrace la vie d’Emma en choisissant son arrivée à l’Institut Saint-Joseph comme point de départ. C’est le mot idéal, car il s’agit d’une nouvelle école, pour une nouvelle vie. Toutefois, elle rencontre des difficultés à s’intégrer à cause de sa timidité. Seule Fanny, sa meilleure amie, tentera de la protéger des agressions orales, psychologiques et physiques qu’elle subit.

Nous suivons principalement le point de vue d’Emma entrecoupé par la narration de sa mère qui nous envoi un coup de poing dans la figure tant celle-ci se sent désarmée par la situation de sa fille, qu’elle souhaite aider du plus profond de son cœur. Elle culpabilise à mort. Elle cherche les mots, l’absence de mots, les actes manqués qui ont conduit à cette tragédie. Qu’a-t-elle fait de travers pour en arriver là ? Elle représente les victimes collatérales du harcèlement qui n’ont pourtant rien à se reprocher, surtout s’iels ont été à l’écoute. C’est déchirant, bouleversant de voir l’impuissance des proches qui gardent toujours cette note d’espoir qui leur susurre à l’oreille : Tout ira bien.

Ce roman ne nous expose pas seulement les événements horribles, il nous montre la force de cette élève brimée. Elle poursuit sa quête malgré le fait qu’elle vive une seconde fois cette violence. Il représente également les œillères immenses que des profs et l’école portent pour se dédouaner de leur immobilisme, en évitant d’évoquer celle dont la chaise est vide dans la classe. Il faut dire que cela fait tache pour l’image de l’institution et qu’il vaut mieux enterrer ça le plus vite possible tout en laissant les coupables vivres en toute liberté. Cette réalité révoltante est tellement véridique.

De nombreux harceleurs restent victorieux et insouciants. Ils ne sont ni blâmés ni emprisonnés. À peine punis. C’est toujours la victime qui paie et il est temps que cela cesse.

Bien que cette part d’ombre, cette réalité crue est présente dans Tout ira bien, le récit se veut positif. Il lance, non pas un appel, mais une main tendue vers les trop nombreuses Emma de par le monde.

En bref, Tout ira bien est un court texte percutant, à la fois doux et puissant. Il traite du harcèlement scolaire en nous faisant vivre et analyser le passé d’Emma de manière intelligente. Sortez les mouchoirs si vous le lisez, mais surtout sortez les mains de vos poches pour aider ceux qui en ont besoin. Une oreille attentive et sans jugement peut sauver des vies innocentes.

The Dead House de Dawn Kurtagich

  • Titre : The Dead House
  • Autrice : Dawn Kurtagich
  • Éditeur : Éditions du Chat Noir
  • Catégorie : Horreur

Au cours de mon exploration du genre de l’horreur, j’ai sorti de ma pal, The Dead House de Dawn Kurtagich dont le résumé m’avait intrigué. Le livre en lui-même est un petit bijou éditorial. Les Éditions du Chat noir ont apporté un grand soin à l’élaboration de la version papier pour immerger le lecteur dans ce récit obscur.  

Depuis la mort de ses parents, Carly Johnson est internée à l’Hôpital psychiatrique pour mineurs de Claydon. Elle y est soignée pour un trouble de l’identité. Carly est la Fille de la Lumière. Lorsque la nuit survient, la bascule se produit et sa personnalité est remplacée par Kaitlyn, la Fille de la Fuit, la Fille de Nulle Part. L’institut leur permet de vivre une scolarité normale au Lycée Elmbridge avec lequel il a un accord. La thérapie se déroule sans trop d’accrocs, jusqu’au jour où l’irréparable se produit : Carly disparaît. Que va devenir Kaitlyn ?

Je ne possède pas une grande connaissance dans les livres d’horreur. Pourtant, j’ai l’impression que la structure de ce roman est atypique dans ce genre. Il est articulé en rapport d’enquête rassemblant les témoignages et les preuves qui permettent de reconstituer l’incident Johnson. Vingt ans après l’incendie du Lycée Elmbridge qui a couté la vie à trois adolescents, la découverte du journal de Kaitlyn Johnson dans le grenier de l’école dévoile un nouveau pan de cette tragédie. On retrace les événements qui ont précédé le drame à l’aide de ces écrits, des vidéos de son amie Naida, des enregistrements des thérapies avec la Doctoresse Lansing et les mails échangés avec Ari Hait.

Dawn Kurtagich revisite le trope de la maison hantée avec originalité. Si j’ai d’abord cru qu’elle prenait l’école comme le lieu maudit, on se rend compte que la notion se rapporte à une autre maison : celle du corps et de l’esprit. The Dead House se matérialise dans Carly/Kaitlyn qui est dominée par l’angoisse. Crainte qui apparaît sous la forme d’une demeure sombre au sommet d’une falaise escarpée. À travers ce récit, nous entrons dans l’intimité la plus profonde de l’âme humaine, dans ses abysses labyrinthiques. En introduisant la notion de magie, la romancière gomme les frontières entre la raison et l’imaginaire, entre la réalité et le cauchemar, si bien qu’un sentiment de confusion s’insinue dans l’esprit du lecteur. J’adore les récits fantastiques, j’ai envie de croire en le mala pratiqué par Naida, en l’étrangeté qui se produit dans la cave et le grenier, en cette inversion des âmes dans le corps de la fille Johnson. Pourtant, le texte me fait douter par les éléments, des indices, des propos éparpillés dans le rapport : est-ce que tout ça est réellement arrivé ? N’est-ce pas simplement le fait d’une hystérie collective ? Une alliance d’êtres fragiles et dérangés qui a mal tourné ?

La réponse ne sera jamais donnée par Dawn Kurtagich. Elle laisse cette interrogation en suspens telles les enquêtes obscures dont les conclusions restent à jamais la somme de suppositions.

J’ai été happée par la plume de l’autrice, sa manière de tricoter l’intrigue. L’histoire en soi, n’est pas foncièrement originale, mais son écriture a ce pouvoir d’emprisonner les lecteur.rices.

La construction de Kaitlyn m’a subjuguée. Fière et forte, elle incarne l’adolescente rebelle par essence, d’autant plus qu’elle est privée du jour, de la vie normale, de la possibilité de se faire des amis solaires. Cette vie nocturne devrait la rendre jalouse de Carly. Toutefois, elle en est dépendante et lui porte un respect à elle et « son corps ». Au moment de la disparition de cette sœur diurne, Kaitlyn vacille, son état mental sombre peu à peu dans la crainte, la folie. Elle pouvait survivre à la solitude avec Carly. Sans elle, la solitude l’écorche vive au point de s’ouvrir à Naida et Ari Hait.

Naida est du genre survoltée. Passionnée par le journalisme, elle se lance dans des reportages vidéo pour son cours de sociologie. Ses enregistrements sont repris dans le rapport d’enquêtes. Naida n’est pas une simple adolescente pleine d’énergie. Elle pratique aussi le Mala, magie écossaise (inventée par Dawn Kurtagich) qui est un héritage familial. Lorsque Carly disparaît, elle reconnait les signes d’un sorcier obscur et enquête pour la retrouver.

Ari Hait est le nouveau. Élève taciturne et solitaire, il se promène la nuit dans l’école et sa chapelle où il rencontre Kaitlyn d’une façon incongrue. Très vite, il se rapproche l’un de l’autre. Cette relation sort la Fille de Nulle Part de sa solitude nocturne, mais pas assez pour éviter sa descente aux enfers.

En bref, The Dead House est un roman addictif qui exploite de manière fantastique le syndrome du trouble de l’identité (TDI). J’ai adoré la structure originale sous forme de rapport d’enquête qui joue sur la multiplicité des points de vue pour aborder l’incident Johnson. La rupture mentale de Kaitlyn est menée d’une main de maître. 

Le requiem d’un soupir de Tiffany Schneuwly

  • Titre : Le requiem d’un soupir
  • Autrice : Tiffany Schneuwly
  • Éditeur : Livr’s Editions
  • Catégorie : young adult

Le requiem d’un soupir fait partie des genres que je lis le moins. Pourtant, la couverture toute douce réalisée par l’autrice elle-même et la thématique principale m’ont donné envie de me le procurer.

Le roman débute sur un chapitre-choc durant lequel Mercedes subit une crise d’asthme d’une ampleur effrayante. Cette jeune femme de 19 ans supporte les affres de cette maladie depuis quelques années alors qu’elle ne désire qu’une chose : vivre sa vie à fond.

Malgré le sujet sensible de cette histoire, je n’ai pas vraiment accroché même si je suis allée au bout de ma lecture. Les raisons en sont multiples. En prenant comme point de départ, le décès de Mercedes (elle apparaît sous forme fantomatique dès le premier chapitre) le déroulement du récit revête l’aspect d’un flashback démarrant environ à la rentrée scolaire jusqu’au moment fatidique qui se produit durant un épisode important dans son existence. Des souvenirs de son enfance refont surface, mais ils sont englobés dans ces moments. Cette structure m’a fait penser au défilement du passé du défunt lorsque la faucheuse s’empare de son âme.

Sauf qu’ici, la narratrice choisit ce qu’elle souhaite retracer. Du coup, le récit est rythmé par des instants de vie (joués) et des épisodes racontés pour faire les liens entre les scènes ou introduire celles qui suivent. Les deuxièmes étant plus nombreux que les premiers, ce qui a empêché mon immersion. Parmi les fous rires entre copines et les doux mots entre amoureux, quelques passages ont quand même réussi à caresser mon cœur. Mais dans l’ensemble, je suis demeurée détachée de Mercedes. D’autant plus que plusieurs points paraissaient trop lisses et parfaits. En gros, si on exclut les crises et les disputes avec la maman surprotectrice, le reste relève plus de la lecture doudou. Certains personnages ne sont pas nuancés.

Mercedes est l’ado typique qui se rebelle contre et contrôle de sa mère sur sa vie. Elle veut profiter malgré le degré de danger de sa maladie. Parfois, elle a même un comportement cruel envers sa maman. Introvertie, elle ne s’ouvre qu’à ses amies et à son amoureux, car elle a peur d’être un poids pour tous.

Les fameuses copines d’enfance sont confinées à un rôle assez stéréotypé. D’un côté, on a la studieuse qui ne fait jamais rien de travers. De l’autre, la rebelle qui change de petit ami tous les trois jours et pour laquelle on finit par s’inquiéter sur des sujets qui ne peuvent tomber que sur elle.

Enfin, on a Arnaud, le copain de Mercedes qui est trop parfait, trop beau, trop gentil, toujours prévenant, mature… bref il n’a pas de zones d’ombre. Le seul défaut que j’ai réussi à lui trouver, et encore c’est subtil, il est dominateur au lit. Il est possible que ce choix s’inscrive dans la volonté de Mercedes à retracer uniquement les bonheurs de cette année passée avec lui, mais je n’ai pas apprécié cette perfection.  

L’asthme permet d’évoquer des thématiques liées à l’adolescence. Au départ, l’autrice nous dépeint la relation qu’entretient Mercedes avec sa maladie, mais aussi les autres. Elle présente le détachement que certains posent comme un masque, car ils ne savent pas comment gérer la difficulté, voire l’angoisse, que les crises peuvent engendrer. La gestion de ce type de pathologie n’est pas aisée pour tous, surtout pour d’autres adolescents qui préfèrent ignorer la situation par pudeur et par crainte. C’est pour cela que Mercedes ne veut pas reste en retrait et ne sympathise pas.

Ainsi, la question de l’interaction et de l’intégration des ados parmi leurs semblables est abordée d’une certaine manière. La maladie symbolise aussi le rapport des adolescents à leur corps. On sait tous qu’il s’agit d’une période difficile, car il change et on prend conscience du regard des autres, surtout quand on est une fille. Mercedes ne contrôle pas ses poumons alors qu’elle souhaite vivre normalement. Elle étouffe dans sa propre chair qu’elle tente d’appréhender.

En bref, Le requiem d’un soupir est une lecture distrayante qui apporte peu de surprises, en dépit du sujet principal. Le manque de nuance et le rythme répétitif du roman (basé sur Une inspiration [vie]… une expiration [crise]… un soupir [rétablissement]) appartiennent au point qui m’ont empêché de plonger dans ce drame qui paradoxalement s’apparente durant la majeure partie du livre à de la guimauve réconfortante.   

Permis de Mourir de Delphine Dumouchel

  • Titre : Permis de Mourir
  • Autrice : Delphine Dumouchel
  • Éditeur : Livr’S Èditions
  • Catégories : drame, young adult

À l’annonce de la sortie de Permis de Mourir, j’ai tout de suite été attirée par ce livre au titre dérangeant ainsi que par sa magnifique couverture qui résume parfaitement l’histoire. Si j’avais hésité ne serait-ce qu’une seconde à l’ajouter à ma liste de souhait, l’accroche aurait suffit à me convaincre :

Certains visent le permis de conduire.

Moi, je rêve qu’on me délivre mon permis de mourir.

Je remercie chaleureusement Livr’S Éditions de m’avoir confié cette pépite en échange d’un avis honnête via SimPlement.pro.

Clémentine était une adolescente comme les autres jusqu’à cette fameuse nuit. Il n’aura fallu que d’une seule bêtise pour bouleverser sa vie à jamais. Il y a un an, elle allait enfin connaître le grand amour. Il y a douze mois, c’est le coma qui l’a prise dans ses bras.

Ce court texte est composé de quatre parties : un prologue et trois gros chapitres. Le prologue intitulé, Je passe ma journée au lit, joue avec le lecteur avec brio. Je me suis totalement laissé avoir par l’autrice qui gomme les perceptions en commençant la journée du personnage principal de façon totalement habituelle. La suite raconte l’accident et le quotidien de cette jeune fille qui est normale. C’est là que réside la force de ce roman.

En effet, elle n’a ni pouvoir magique, ni maladie, ni différence. Le récit présente une adolescente quelconque dont la vie a basculé à cause de l’alcool et de la témérité qu’il engendre. Elle a des difficultés à se lever le matin, elle ronchonne devant l’autorité et elle adore trainer avec ses amis. Une fois plongée dans le sommeil, elle reste humaine. Étant la narratrice, elle décrit le monde qu’elle perçoit uniquement par l’ouïe et l’odorat. Elle devine plus qu’elle ne voit. Elle ressent plus qu’elle n’agit. Son corps est devenu une cage qui l’empêche de consoler, de crier, d’aimer. Une prison que Clémentine a construit elle-même. Elle aimerait se réveiller mais elle a peur. Que va-t-elle découvrir ? Qui est-elle devenue ? Ses amis ont-ils changé ?

C’est si simple de rêver plutôt que d’exister en vrai.
Tellement plus facile que d’affronter les changements.

Si cette novella possède une certaine banalité, la plume de Delphine Dumouchel la rend captivante. Elle se lit d’une traite et pas seulement en raison de sa longueur. Son écriture est fluide et dynamique. Elle copie le flux de la pensée en délaissant l’incohérence que cette dernière peut revêtir. Il n’y a pas de place pour l’ennui. Les éléments s’enchainent avec un bon rythme, oscillant entre émotion et légèreté.

En bref, Permis de Mourir est une histoire poignante mettant en scène, à travers Clémentine, les dégâts de l’alcool sur une jeunesse se croyant invincible et qui paie le prix de son inconscience. Le tout est présenté selon un point de vue original qui, je l’espère, touchera le public cible.