Le trésor du Pink Lady (De rouage et de sang, #2) d’A.D. Martel

  • Titre : Le trésor du Pink Lady (De rouages et de sang, #2)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

Je suis fière d’avoir lu peu de mois après sa sortie le second et dernier tome De rouages et de sang. J’ai la sale habitude de commencer des séries en mettant un temps dingue à poursuivre celles qui comptent déjà plusieurs livres parus. J’aimerai beaucoup arrêter de m’éparpiller. Le Pumpkin Autumn Challenge m’a bien aidée en 2022 avec sa sous-catégorie Deux citrouilles en valent mieux qu’une du menu Automne douceur de vivre. Celle-ci demandait de lire soit une duologie soit d’en lire un livre. Vu que j’avais lu Les disparus d’Arkantras au début de l’année, j’ai profité pour le placer la suite dans ma PAL du PAC.

Le roman reprend là où l’histoire s’est terminée dans le premier opus. Comme d’habitude, je vous déconseille de lire cet avis si vous n’avez pas lu le précédent tome.

Rowena, M. Gratouille et Œil de Pirates ont réussi à s’échapper sur un navire pour quitter la milice d’Arkantras. Mais leur répit est bref, car il sont encerclé par leurs aéronefs. Les chances de fuir une seconde fois semblent minces quand des pirates surgissent ! Le trio, rejoint par Eugène, se retrouve ainsi sur le Pink Lady pour le pire comme le meilleur. Côtoyer cet équipage particulier pourrait bien s’avérer salutaire et ouvrir leur horizon de bien des manières.

Le trésor du Pink Lady nous fait entrer dans le monde de la piraterie où l’avidité règne. Sauf que les apparences sont parfois trompeuses. Butcher est autoritaire et fière. Elle dirige ses hommes d’une main de velours dans un gant de fer comme le prouvent à maintes reprises le respect et la crainte de Seth et de Carl. Nos deux compères ont un côté bêta, surtout quand ils veulent montrer leur méchanceté alors que ce sont des cœurs tendres. C’est ce qui sauve dans un premier temps Rowena au moment de l’abordage du vaisseau. Car oui, le but des pirates n’était pas de secourir les pauvres d’Arkantras, mais de piller le bateau et d’emprisonner les passagers. Ému par la présence de cette adolescente, Seth l’enferme dans une cabine à part. L’aplomb et la détermination de notre héroïne la pousseront à affronter l’impitoyable Capitaine Butcher en lui proposant son aide pour réparer le Pink Lady grâce à ses talents de mécanicienne. Cela lui donnera également du temps pour retrouver Gratt et Œil-de-Pirate.

En intégrant l’équipage du navire, Rowena va faire montre de courage pour défendre les gens qu’elle aime, même à son amie défunte. Habituée aux rues d’Arkantras, elle conquiert rapidement le cœur des deux matelots et du cuisinier. Hercule est un géant aux difficultés d’élocution. Sa bonté est vraiment touchante et possède la force de faire flancher Butcher lorsqu’elle dépasse les bornes.

À côté de ces êtres ambivalents qui revêtent, pour la plupart, une attitude de méchant pirate pour la forme, nos amis évoluent. Rowena va découvrir la puissance des liens familiaux, ceux qui ne découlent pas du sang. Eugène va faire un bon gigantesque en avant. Au départ, il a une soif de justice et souhaite à tout prix réaliser le vœu de Beatrice : aider les plus pauvres. Il commence avec Rowena. Toutefois, il se rend compte que la gamine est bien plus mature que lui. Il finit par comprendre qu’elle est comme un poisson dans l’eau. Elle a appris à survivre alors que lui s’y noie. L’éducation du journaliste et la réalité de ses sentiments se heurtent. Cependant, il entrevoit, puis acquiert les principes de vie qui lui apporteront le bonheur : profiter du moment présent, savoir apprécier les petites joies, s’affranchir du regard d’autrui, vivre comme on l’entend sans craindre ce que les autres diront. Eugène est sans doute le personnage qui évolue le plus. Rowena affirme une personnalité déjà exposée dans le premier tome, tandis que lui change de niveau. Quant à Œil-de-Pirate, il ose enfin se confronter à son passé. Il accepte ses faiblesses et sa lâcheté pour agir dans le bon sens grâce à son amour pour Rowena et à la franchise de Butcher qui se bat de toutes ses forces pour protéger ses trésors !

Un trésor bien énigmatique au départ qui se révèle original quand on le découvre. C’est une richesse à préserver, une richesse qui apporte de l’espoir sous les nuages qui dissimulent la beauté des étoiles.

Les aventures de Rowena sont relatées avec une plume dynamique et fluide. Les scènes sont dépeintes avec une efficacité redoutable pour sculpter les ambiances et jouer avec nos émotions. Il y a un épisode en particulier qui m’a fait craindre le pire. Je me résonnai au moment de lire les phrases menant vers la résolution : « C’est un jeunesse, elle ne peut PAS faire ça ».

En bref, Le trésor du Pink Lady est une aventure mêlant piraterie et tendresse avec brio. En prenant de l’altitude, nos héros découvrent l’immensité de la planète et du cœur humain. L’espoir d’une vie meilleure flotte comme étendard et rassemble ces êtres si différents en une famille unie qui veulent protéger leur monde. Une histoire pleine de rebondissements dans laquelle la cruauté est sabordée par l’amour et l’union.

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Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

À peine arrivé à la maison, le premier tome de la série De rouage et de sang, n’a pas eu le temps de rejoindre ma PAL. Ayant adoré Les larmes de Saël, je n’ai pu résister à M. Gratouille, non je rigole (enfin presque).

Dans les quartiers pauvres d’Arkantras, la rumeur court. Un monstre se cacherait dans les profondeurs de la ville et se repaîtrait de chair fraiche. Rowena n’y croit pas trop, jusqu’au jour où son meilleur client, Œil-de-Pirate, disparaît de son antre où il se calfeutrait. En parallèle, le journaliste paumé Eugène Bassompière est mis sur le coup de ses étranges disparitions. Ses deux âmes que tout oppose vont découvrir la vérité sanglante et terrifiante.

Les engrenages des Disparus d’Arkantras se meuvent avec lenteur. L’autrice prend son temps pour poser les fondations de l’histoire et la présentation des nombreux personnages avant d’enclencher la vitesse supérieure avec des révélations prévisibles pour les lecteurs aguerris (sauf une que je n’ai pas du tout vu venir). Je rappelle qu’il s’agit d’un livre jeunesse et que je ne suis pas le public cible. Malgré le rythme en deux temps, je ne me suis pas ennuyée lors de la première moitié du roman, car l’écrivaine a la manière de croquer, puis de dessiner en profondeur les traits de ses personnages et de son univers.

Basée sur les villes européennes du XIXe siècle, Arkantras se divise en deux strates sociales : les nantis et les pauvres. Les premiers vivent dans des maisons luxueuses et des espaces pures, tandis que les démunis survivent au milieu des vapeurs toxiques des usines et des bâtisses insalubres. Leurs rues sont surveillées par les policiers le jour et la nuit par des sentinelles qui punissent ceux qui osent braver le couvre-feu.

Née au cœur des ordures, Rowena possède plus d’un tour de manivelle dans son sac. Débrouillarde et courageuse, cette orpheline a appris à voler dès son plus jeune âge pour le compte de son horrible famille d’accueil. Délivrée de leur joug, elle se dirige vers un marché plus lucratif grâce à sa passion pour la mécanique et aux connaissances qu’elle a acquises dans le domaine. Accompagnée de son fidèle M. Gratouille, elle se fait appeler Capitaine par les enfants. J’adore son répondant mesuré. Sa fierté ne l’aveugle pas, ce qui en fait une marchande hors pair pour ses 13 ans, ou du moins, assez pour rester en vie et acheter de quoi manger. Malgré sa force, elle demeure une enfant dont les histoires de monstre ébranlent la confiance et la réalité.

M. Gratouille est (vous l’aurez deviné) un matou particulier. Malmené dès ses premiers jours sur terre par les déchets chimiques des usines, il possède une patte mécanique et de super lunettes d’aviateurs qui pallient ses problèmes de vue. Il entretient un lien singulier et puissant avec Rowena. Ils se comprennent, se soutiennent même si le chat se conduit parfois de façon étrange.

À deux, ils vont se lancer à la recherche d’Œil-de-Pirate, ce vieux bougon d’inventeur qui bricole des automates aussi mignons que dangereux. En dépit de son caractère aigre, il a un cœur en or, surtout envers les animaux qu’il répare.

Leur chemin va croiser à plusieurs reprises celui d’Eugène. Répudié par la haute société après la parution d’un article dénonciateur, ce journaliste démotivé se voit obliger par L’Oratoire des secrets d’enquêter sur les disparitions dans les bas-quartiers. Peu téméraire, mais pétri d’idéaux de justice, il s’investit progressivement dans cette affaire auquel il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord dédaigneux des démunis, ses préjugés vont tomber un à un. Il se rend compte que leur humanité s’avère bien plus pure sous la crasse que les nantis polis à coup de savon parfumé.

Au détour des ruelles et des avenues, A.D. Martel tirent le portrait d’autres figures qui ont un impact plus ou moins faible sur le récit. Je ne vais ni les décrire ni les lister. Sachez juste qu’ils sont tous palpables et utiles au déroulement. Parmi ceux dont j’ai dressé le profil, j’apprécie particulièrement qu’elle se tourne vers des personnages vraisemblables, prudents. Si Eugène revêt le masque du journaliste avide de vérités (ou du moins avant le scandale), il n’endosse pas la cape du superhéros invincible et téméraire. Son vécu l’ayant profondément marqué, il doit se réapproprier sa ligne de conduite, son leitmotiv et son courage pour affronter ses démons et redevenir lui-même.

Rowena, quant à elle, rappelle les personnages des écrivains du XIXe siècle : futés et débrouillards des ruelles pauvres. La romancière s’en détache en rajoutant une couche féministe vu qu’elle brise le genre des métiers. Toutefois, notre adolescente subit les remarques de certains hommes en dépit de son talent. Comme Eugène, Rowena ne se jette pas la tête la première à la poursuite du monstre. Elle tremble, hésite et doit attiser les flammes de sa bravoure pour avancer.

Les disparus d’Arkantras dépeint ce monde inspiré du XIXe siècle à travers les filtres contemporains : les effets de la pollution, la dénonciation du gaspillage, la surconsommation émaillent le parcours du lecteur. Le thème le plus important aborde les limites que certains osent franchir pour des raisons terribles et pourtant encore si courantes. Ces raisons qu’on nous balance pour justifier la restriction des libertés et la manipulation.

En bref, le premier tome de Rouage et de Sang s’est révélé être une lecture divertissante durant la première moitié du bouquin, puis addictive dans la seconde. Les rebondissements s’y enchainent pour nous dévoiler l’horreur humaine. Le tout, porté par des personnages nuancés et réalistes, est saupoudré de problématiques de notre ère.  

The Invisible Library (#1) by Genevieve Cogman

  • Title : The Invisible Library (#1)
  • Novelist : Genevieve Cogman
  • Publisher : Pan MacMillan
  • Categories : Steampunk, Fantasy, Mystery

A cover that imitates the leather, a title that mentions a mysterious library, a summary talking about a book-based treasure hunt…You needn’t a bigger hook to catch me.

The invisible Library is a shelter of thieves! That place is out of space and time and is keeping many books from alternative worlds. However, it’s not just any works. Only the unique and specific to the world books can join the labyrinthine bookshelves. The librarians collect them because of :

  1. The senior librarians’ research.
  2. Their effect on the language
  3.  Their power to strengthen the link between the Library and the alternative world

Irene wanders the alternative universes for this secrete society. Sometime she puts her life in danger to get and to keep the precious pamphlets. Her intelligence and the language (a non-magic power that works on object when you respect their essence) help her to fulfil the missions. She is perceptive. She analyses the situations from every angles. She has her own librarian code of honour. She dares to use every tools or persons even the undesirable ones if it/he helps her to find the book.

During her new task, she must head an apprentice, Kai. Behind his good boy and newbie image, he is slightly mysterious. You can rely on him. He has a gift to get used to the situation. It is an important quality to melt into the worlds to find the target without drawing the attention. 

Our book thieves cross over the gate that brings them in a 19th century London where Steampunk stands alongside fantastic beasts. Werewolves, vampires, faes are common. The aim of the mission is to collect an edition of the Grimms’ Fairy Tales. There are two problems. Firstly, this world is infected by the Chaos. Secondly, Belphegor stole the book and his owner was murdered.

Irène and Kai put on Sherlock Holmes’s hat and they make their own enquiries in avoiding their enemies and their metallic bugs. During their adventure, they meet colourful characters:  Bradamant the rival and Irene’s former mentor, and Peregrine Vale, the famous detective.

Genevieve Cogman built a fascinating and complex universe where the literary genres and references melted. One of the strong points of the novel is the working of the language and its constraints. The action blends with the investigation using fight and strategy. The boredom is absent. However, some episodes are similar and leave a déjà-vu feeling. Faes, dragons, magic and other beasts match with science and technology of the 19th century perfectly. I like that the novelist mentions small countries even if the main plot is taking place in London.

There is only an extract that made me gnashing my teeth because it leads to the idea that smile can distinguish women and men. « His lips curved in a smile that was somehow more a man’s than a woman’s. » I could have understood it if that sentence was said by a native of this alternative world. Its etiquette might cause a different behavior according to your sex. However, Irene is from another world, she experienced a lot of universe and society. Therefore, it’s illogical that she has such kind of idea.

I have a mixed view about the end. I wasn’t expected such development. Because of the synopsis and the kind of series, I had thought it was something more classical. I’m both curious and fearful about the next opus.

Briefly, The Invisible Library is a novel that is at the crossroad of genres (mystery, steampunk, fantasy). It has a captivating and complex world.

The Invisible Library (#1) de Genevieve Cogman

  • Titre : The Invisible Library (#1)
  • Autrice : Genevieve Cogman
  • Éditeur : Pan MacMillan
  • Catégories : Fantastique, Steampunk, Policier

Une couverture qui imite le cuir, un titre évoquant une mystérieuse bibliothèque, un résumé qui parle de chasse aux trésors livresques… Il ne faut pas un plus gros hameçon pour m’attraper.

The Invisible Library est un repère de voleurs ! Située hors de l’espace et du temps, cette bibliothèque abrite une myriade de livres issus de mondes parallèles. Mais attention, ce ne sont pas n’importe quels ouvrages. Seuls ceux qui sont uniques et propres à l’univers dont ils sont natifs, rejoignent les étagères labyrinthiques. Les bibliothécaires les récoltent pour trois raisons :

  1. Les recherches des bibliothécaires séniors.
  2. Leurs effets sur le langage
  3.  Renforcer le lien entre la bibliothèque et le monde en question

C’est pour cette organisation secrète qu’Irène parcourt les univers alternatifs, parfois au péril de sa vie, pour récupérer et conserver les précieux bouquins. Pour accomplir sa tâche, elle use d’intelligence et du langage, un pouvoir différent de la magie, qui agit sur les objets à condition de respecter la nature profonde des choses. Irène est perspicace. Elle analyse les situations sous toutes les coutures. Elle fait tout pour ne pas dévier de son code d’honneur de bibliothécaire. Pour retrouver un livre, elle est prête à utiliser les moyens et les personnes peu recommandables sans pour autant verser elle-même dans le crime (sauf le vol bien sûr).

Dans sa nouvelle mission, notre aventurière va devoir chapeauter un apprenti répondant au nom de Kai. Sous ses airs de novice et de gentil garçon, il possède une part de mystère. C’est quelqu’un sur qui ont peu compté et il a un bon sens de l’adaptation. Cette dernière qualité est importante pour se fondre dans la société et dénicher les cibles sans attirer l’attention.

Nos voleurs de livres passent le portail qui les amène dans une capitale anglaise du XIXe siècle où steampunk et créatures fantastiques se côtoient. Loups-garous, vampires, fées et bien d’autres sont monnaies courantes. L’objectif de la mission est de récupérer une édition des contes de Grimm. Ils rencontrent deux problèmes. Premièrement, ce monde est infesté par le Chaos. Deuxièmement, le manuscrit a été dérobé par Belphégor et son propriétaire s’est fait assassiné.

Ainsi, Irène et Kai doivent revêtir l’habit de Sherlock Holmes et mener l’enquête tout en évitant leurs ennemis et leurs insectes de métal. Au cours de leur pérégrination, ils rencontrent des personnages hauts en couleur dont Bradamant, la rivale et ancienne mentor d’Irène et Peregrine Vale, le célèbre détective.

Genevieve Cogman décrit un univers fascinant et complexe où les genres et les références littéraires se croisent. Le fonctionnement du langage et ses contraintes sont l’un des points forts du roman. L’action se mêle à l’enquête en mettant en scène combat et stratégie. Si l’ennui est absent, la redondance de certains épisodes terni légèrement l’excitation par une impression de déjà-vu. Fées, dragons, magie et autres créatures se fondent parfaitement avec la science et la technologie du siècle. Bien que l’intrigue se déroule à Londres, j’apprécie que l’autrice mentionne des petits pays.

Un seul passage m’a fait grincer des dents car il induit l’idée que les hommes et les femmes peuvent être distingués par leur sourire. « Ses lèvres se recourbèrent en un sourire qui était d’une certaine façon plus celui d’un homme que celui d’une femme. » Si cette pensée venait d’une personne issue de cet univers parallèle j’aurai pu comprendre que l’étiquette qui régit ce monde engendre une différence de comportement dans la manière de sourire. Mais ici, il s’agit d’une pensée d’Irène qui a vécu et connu tellement de sociétés qu’il est invraisemblable et peu cohérent qu’elle ait ce type d’opinion.

Je suis mitigée sur la fin. Je ne m’attendais pas à la tournure que les événements ont prise. En raison du résumé et du type de série, je m’attendais à quelque chose de plus classique. Je suis curieuse et craintive à la fois pour la suite.

En bref, The Invisible Library est un roman à la croisée des genres (policier, steampunk et fantastique) mettant en scène un univers attrayant et complexe.