La Rose de ronces et de fer de Marine Stengel

  • Titre : La Rose de ronces et de fer
  • Autrice : Marine Stengel
  • Éditeur : auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Le Rose de ronces et de fer est l’une des réécritures de contes de Marine Stengel. Je remercie chaleureusement l’autrice de m’avoir confié son roman dans le cadre du partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire. J’ai profité du Pumpkin Autumn Challenge et de son menu Automne de l’Étrange pour le sortir.

Enfermée dans les cachots de Kaarlade depuis ses trois ans, Jane a appris à survivre. Cette prison n’est pas normale. Empêchant ses hôtes de côtoyer la lumière du soleil, le maître des lieux les pousse aux combats. De temps en temps, des nobles viennent les moissonner pour le pire. Jane a établi des règles pour éviter d’être sélectionnée. Elle a toujours réussi à échapper à ce destin, jusqu’à l’arrivée de Rauzan. L’homme l’a choisi et il ne veut qu’elle. Il va façonner sa Rose pour assouvir son plan. Contrer la Reine Aleza, source des maux qui touchent le royaume.

Le roman est divisé en deux parties. La première pose les bases avec l’arrivée de Jane au château, son entrainement et ses premiers crimes. On passe les années rapidement et l’autrice esquisse un rapprochement entre Rauzan et sa Rose. La mise en place est un peu longue, mais elle permet de comprendre l’univers, les règles et les menaces qui pèsent sur le royaume. La seconde partie enclenche la mission contre la reine qui invite ses sujets à un bal dans le but de trouver des épouses à ses fils : Lucius et Erik.

Le cadre de l’histoire jongle entre décor médiéval propre aux contes de Disney et éléments issus de notre monde tel l’électricité et la médecine. Ici, nulle plante ou décoction préparée par des sorcières. Les docteurs maîtrisent le bistouri. Ils utilisent un équipement avancé sur Jane pour modifier son apparence et son corps. Le but ? Lui conférer une beauté fatale (c’est le cas de le dire vu son nouveau « métier » d’assassin) et une peau inaltérable. Malgré les coups, aucun hématome ou égratignure ne la marque.

Employer la chirurgie esthétique sur une femme pour qu’elle rentre dans les canons de beauté de la société aurait pu me faire grincer les dents. Heureusement, Marine Stengel contrebalance ce fait par la réaction de Jane.

« Je sais qu’il veut m’entendre dire merci, ou bien, que je suis belle. Mais cette fille, ce n’est pas moi. Il m’a enlevé mon identité, changé le corps que j’avais entraîné et qui m’appartenait. Il a modifié la couleur de mes yeux, de mes cheveux… Rauzan a complètement effacé Jane. »

Jane va devoir se réapproprier sa vie. À Kaarlade, elle connaissait les règles et avait réussi à devenir quelqu’un, même si elle n’était pas libre. Elle se tenait à carreau malgré son amour propre et la fierté formée par ses victoires successives. Avec ce nouveau visage, elle va devoir se reconstruire et trouver sa place, soit en fuyant, soit en adhérant au plan de Rauzan. C’est bien entendu la deuxième option qui sera choisie. En voulant sauver les citoyens maudits, Jane va endosser une nouvelle identité. Levana signe le début de sa véritable naissance.

Sous les traits de la cousine de Rauzan, Levana va découvrir la cour et ses secrets. De créature emprisonnée, elle va, enfin, pouvoir décider de son destin grâce à sa force. J’ai adoré ce personnage tout en mesure. Elle s’adapte aux situations avec facilité grâce à son expérience dans les cachots et au château.

D’un abord froid et distant, Rauzan est l’archétype du manipulateur qui dissimule un cœur tendre. Derrière ses répliques sarcastiques, on se rend vite compte qu’il n’est pas aussi démoniaque que le conçoit Jane au début. Même s’il reste dominateur et agit comme un propriétaire envers elle. Au fil des pages, on comprend qu’il a une soif de justice. Il déteste voir les citoyens s’endormir et dépérir sous la magie de la reine. C’est sa peine et son empathie qui vont convaincre Jane de le suivre, et ce même s’il cache la deuxième raison qui le pousse à combattre la souveraine.  

N’étant déjà pas une grande fan de romance, j’ai d’autant plus de difficultés à apprécier celles qui utilisent le syndrome de Stockholm pour réunir intimement les protagonistes. Surtout que dans La Rose de ronces et de fer le rapprochement entre eux m’a paru peu naturel, contrairement à l’amitié naissante entre Levana et Lucius. Pourtant, ce dernier est le reflet de Rauzan.

Lucius est le premier fils royal. Digne, il a une attitude froide envers les sujets. Il se drape dans le protocole pour parler avec les autres. Cependant, il a droiture des rois justes qui vivent pour servir leur peuple. Il est proche de Rauzan.

Le cadet, Erik est tout le contraire. Il se pavane auprès des donzelles et tente de séduire Levana. Nonchalant, il cache du mépris sous son sourire étincelant. C’est un enfant gâté. Sa méchanceté est héritée de sa mère.

Aleza est la reine au cœur de glace que l’on s’imaginait pour ce récit. Sèche à l’intérieur, elle affiche une image de bienséance devant les nobles. Malgré son passé et les révélations qui en découlent, j’ai eu du mal l’apprécié en tant que personnage. Elle n’est plus que le Mal incarné dans le présent. Ses nombreuses absences, une fois que Levana et Rauzan arrivent au palais, ne m’aident pas à la considéré comme l’antagoniste principal et marquant de l’histoire. Erik en fait un bien meilleur.

En bref, j’ai adoré le world-building de La Rose de ronces et de fer, qui insère des éléments de la science-fiction dans ce conte à la sauce moderne, ainsi que sa protagoniste principale. Le développement rend le récit addictif. Toutefois, la romance et le manque de substance de l’antagoniste égratignent de ses épines le tableau merveilleux.   

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L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le conte des Sept Chants, #4) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : L’Harmonie (La Dernière Guerre des Dieux, Le Conte des Sept Chants, #4)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir une fois de plus fait confiance pour lire et chroniquer le tome final de sa saga au double titre. D’abord éditée sous Le Conte des Sept Chants, puis rebaptisé La Dernière Guerre des Dieux suite à une volonté de se rapprocher du type d’histoire, le quatrième opus clôture 14 ans d’écriture, d’élaboration du monde et de personnages. En regardant en arrière, on peut comprendre pourquoi ce récit épique a pris autant de temps tant il est riche et diversifié tout en restant cohérent.

Si vous n’avez pas lu les précédents livres, je vous déconseille de lire ma chronique, car certains éléments seront divulgâchés. Vous êtes prévenus.

Après la lecture d’un résumé bienvenu, nous reprenons l’histoire à l’endroit où elle s’est arrêtée au troisième tome. Edoran, accompagné de ses nouveaux acolytes (Bohr et Xano), retourne sur Gahavia par le portail ouvert par Mork Örn. Ils ont pour mission de sécuriser les lieux pour aménager le quartier général de la sorcière Xinthia Laska. Jouer le rôle du démon Bahran lui coûte de plus en plus cher, endommage profondément son âme. Toutefois, il se doit de s’y coller jusqu’au bout. Surtout quand Saraë débarque pour récupérer le dernier chant.

En parallèle, les autres porteurs du chant se dirigent vers l’Arcoa Calya pour opérer le rituel auprès d’Hermanus tandis que les troupes de l’armée coalisée continuent à défendre le pays des Elfes et à repousser l’ennemi malgré de nombreuses pertes.

Les premiers chapitres défilent et remettent en mémoire les pions sur l’échiquier de cet affrontement final. On retrouve ainsi les différents personnages clés du roman, ce qui permet d’éviter un sentiment de confusion. On sait qui est où, et son but. Les principales scènes sont : le camp de Xinthia, la bataille des Gahaviens et le palais des Elfes. Je viens de les énumérer par ordre de tension dramatique, celle que j’ai ressentie personnellement.

La réunion entre Edoran et Saraë est pour moi celle qui est la plus intense et la mieux travaillée. La reine se laisse capturer pour donner une chance à ses amis Olbur et Thésis de quitter le camp des Evinshorkiens avec le dernier chant. Autant vous dire que j’ai détesté ce moment pour deux raisons. D’un, car pour moi, Saraë renonçait après avoir vu Edoran/Bahran et de deux…. Je ne vous l’exprimerais que de cette manière : on sait pourquoi Olbur était nommé l’Inattendu par l’Unique. En tête à tête avec la sorcière, les deux amants vont combattre leur propre démon. Le métamorphe résiste à l’envie de prendre sa bien-aimée dans ses bras et celle-ci lutte contre la tentation d’user de son pouvoir pour dégommer son ennemie, ce qui la plongerait dans les Ténèbres.  

Pendant ce temps, la bataille fait rage et les nombreuses pertes dans l’armée alliée essoufflent l’espoir. Cependant, les chefs ne fléchissent pas. Contrairement à d’autres romans de fantasy qui décrivent des scènes de combats où épées et haches virevoltent à souhait, Cécile Ama Courtois a choisi de prôner l’intelligence et la bravoure. Les stratégies ingénieuses qu’elle place dans la bouche des êtres considérés comme les plus fragiles prouvent que l’ensemble des peuples de Gahavia sont utiles au combat malgré les apparences. Même les nains surpassent leur fameux amour-propre pour la victoire.

Abordons enfin le rituel de l’Harmonie. Celui-ci m’a un peu déboussolé, car il se déroule sans encombre et assez vite (avant la moitié du roman). Je me suis retrouvée dans le même sentiment que les Evinshorkiens qui y avaient survécu. Que s’est-il passé ? Et que va-t-il advenir ?

La reconstruction. C’est comme cela que l’on peut nommer la deuxième partie de l’histoire qui m’a donné l’impression de lire un long épilogue. Trop long. Si la formule de « prologue » avait bien fonctionné pour le premier tome de la saga, je n’y adhère pas cette fois-ci. L’effet « découverte » n’existe plus et même si j’aime les personnages, je suis le genre de lectrice qui a besoin d’enjeux et de revirements pour avancer. Or, ceux qui sont proposés tel le renoncement de Saraë n’en constituent pas de vrais. Et par vrais, j’entends ceux pour lesquels on doute, on retient notre souffle, on se questionne sur la réussite à le dépasser, à y arriver et à atteindre l’objectif. Je me suis retrouvée à m’accrocher à certains éléments parlant de noirceur avec l’espoir de voir un revirement brutal, comme ceux que l’autrice nous a fait vivre précédemment, mais je me suis vite rendue compte que ça n’arriverait pas, parce qu’elle avait choisi la paix, la puissance de l’Harmonie et l’ouverture d’esprit. C’est sa décision et je la respecte, même si elle ne me convient pas décrite dans autant de pages qui contiennent aussi un bon nombre de récapitulatifs des moments forts de la série. J’avoue que si, cette histoire n’était pas narrée par la plume de Cécile que j’adore, j’aurais sans doute refermé le livre bien avant le point final.

Avec cette écriture fluide et dynamique qui dépeint en profondeur l’âme de ses personnages, elle nous parle de résilience, de rédemption, de transcendance de la différence et du passé. L’Harmonie ayant épargné des membres de la Horde de Mork Örn, les Gahaviens doivent apprendre à connaître ses êtres, à aller au-delà des apparences et à comprendre que la tyrannie emprisonne mentalement certains citoyens et les obligent à exécuter des tâches abjectes par crainte ou par éducation : ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent accéder à des droits et aux valeurs qui dorment au fond de leur cœur. Ils y aspirent sans réellement sans réaliser qu’ils peuvent vivre autrement.

Au bout du récit principal, le tome nous offre des histoires que je nommerai presque des spin-off sous forme de nouvelles. Elles mettent en scène des personnages secondaires : notamment Malcolm et Viane. Je m’attendais à les revoir, mais bien plus tôt que cela. J’ai aimé ces retrouvailles et rencontrer la petite Vaël qui annonce une nouvelle ère.

En bref, L’Harmonie clôture trop vite une série déroutante et riche en émotions. Une sage qui commence tel un faisceau de lumière mangé par les noirceurs les plus abyssales pour ressurgir avec plus d’éclat. L’univers construit par Cécile Ama Courtois mériterait d’être approfondi à la manière de J.R.R. Tolkien, grâce à de nouvelles histoires qui nous permettraient d’arpenter ce monde et peut-être les autres de l’Ambar Neldëa que l’on n’a pas encore pu découvrir.   

Le cœur de foudre (Les contes de Verania, #1) de T.J. Klune

  • Titre : Le cœur de foudre (Les contes de Verania, #1)
  • Auteur : T.J. Klune
  • Éditeur : MxM Bookmark
  • Catégories : comédie romantique, fantasy

Le mois de juin a été synonyme de période creuse. Je manquais de concentration lors de mes lectures. Le besoin de lire des histoires légères s’est donc refait sentir. Après avoir relu des mangas chouchou, je me suis forcée à retourner ves ma grande PAL qui ne déborde pas de lectures permettant à mes neurones de se reposer. Après tout, j’aime décortiquer les pièces de puzzle que l’auteur.rice me propose. Je me suis alors rappelé Le cœur de foudre que j’avais acheté lors de la campagne de 2021 de L’Op All Star.

Au royaume de Verania, Sam devient l’apprenti du sorcier royal après avoir transformé des voleurs de fripes en pierre. Accompagné de Gary, la licorne gay décornée et de Tiggy, le semi-géant, il passe son temps à échapper aux griffes des créatures et autres magiciens qui le capturent continuellement. Laissant le cadavre déchiqueté de son dernier ravisseur, il rejoint le château où il fuit le fringant et impeccable chevalier Ryan Foxheart qui est le compagnon du prince. Les choses se compliquent quand un dragon kidnappe ce dernier et qu’il doit faire équipe avec Ryan pour le retrouver.

Le cœur de foudre est une comédie romantique MxM baignée dans un univers fantasy basique dans lequel se côtoient diverses créatures. Les principes qui régissent Verania sont simples et peu explorés vu qu’il se focalise sur l’amour. Toutefois, la matérialisation de la magie par une couleur apparaissant dans le champ de vision de Sam s’avère originale. Je ne me rappelle pas avoir croisé cela auparavant. C’est comme si l’auteur intégrait la notion de magie blanche, rouge, verte, etc. en leur donnant corps. Notre héros qui possède de grandes capacités semble voir uniquement le vert et son pouvoir influence la terre (rappel de la pierre évoquée plus haut). Cependant, rien n’indique que la sorcellerie soit élémentaire. Afin de canaliser sa magie et d’éviter de tourner en mage obscur, le sorcier a besoin d’une pierre angulaire. Pour Sam, cette pierre n’est autre que Ryan. Non seulement son cœur bat chamade à ses côtés, mais il s’apaise et se sent sûr de lui. 

Si j’avais quelques problèmes avec le côté pipelet de Sam au début, je me suis vite régalée par ce sauvetage rocambolesque dont les dialogues n’ont parfois ni queue ni tête. Les échanges tournent majoritairement autour du sexe et de l’absence de vie sexuelle du protagoniste qui a une répartie à mourir de rire. Certains passages m’ont tout de même fait grincer des dents, car j’ai l’impression que l’on reprend les tares sexistes des romances ou d’autres récits comme le fait d’user seulement des insultes à connotation féminine (Garce) à tout va entre “copines”. Je n’exprime que mon ressenti de lectrice qui ne lit pas beaucoup ce genre. Du coup, je ne sais pas dire si T.J. Klune inclut de manière inconsciente ce comportement que l’on dénonce, car seuls les personnages féminins en sont l’objet, ou s’il le fait dans un but humoristique vu qu’il se joue déjà des clichés liés aux licornes et aux preux chevaliers. Je n’ai clairement pas les connaissances pour trancher, je vous laisse seul juge. Je précise que je ne lance pas non plus de débat.

Ce premier tome présente des personnages hauts en couleur. On a Morgan des ombres, le maître de Sam qui revêt un masque d’autorité qui s’adoucit au comportement de son élève qu’il connaît par cœur. Gary la licorne diva qui est de bon conseil malgré son égocentrisme. Il suffit d’un compliment grandiloquent pour qu’il change d’avis tel une girouette portée par le vent. Si à première vue, Tiggy est le stéréotype du demi-géant pas très malin, on se rend compte qu’il est bien plus délicat et perspicace que l’on puisse le croire. Il doit juste apprendre certains aspects, certaines nuances de la vie comme un enfant intelligent. Enfin, on a le dragon nymphomane.

Notre héros est bavard, sensible et il possède un grand cœur. Il brandit l’humour comme bouclier lorsqu’il se sent mal ou souhaite dissimuler ses vraies pensées. Il doit son surnom d’Indomptable, car personne n’arrive à lui mettre le grappin dessus. La relation avec Ryan se développe en quiproquo. En bon aveugle, Sam ne se rend pas compte des gros indices comme des montagnes que le comportement de sa pierre angulaire lui lance. Le chevalier est possessif, même s’il est officiellement lié avec Justin par serment et honneur. Il s’insinue dans la vie de l’apprenti sorcier de façon flagrante, créant des moments mignons et tendres qui finissent souvent en scène bien poilante.

Le style de TJ Klune est dynamique, aux couleurs de l’arc-en-ciel et simple tel un spectacle rempli de paillettes et de clownerie qui permet de passer un bon moment si on n’est pas prude. Il dénonce des comportements abjects, comme l’absence de consentement (on ne lèche pas la main d’une personne pour le séduire, par exemple).

En bref, j’ai lu Le cœur de foudre au bon moment. Étant dans une période difficile, cette lecture sans prise de tête, plongée dans un univers de fantasy et de punchlines déjantées, m’a fait l’effet d’un feel-good. Si jamais vous avez des lectures similaires teintées de magie, n’hésitez pas à me les partager. 

L’épée de providence (Le Sorceleur, #2)

  • Titre : L’épée de providence (Le Sorceleur, #2)
  • Auteur : Andrzej Sapkowski
  • Éditeur : Bragelonne
  • Catégorie : fantasy
Ceci est un second tome, il y a donc des spoilers sur le précédent.

Ma lecture du deuxième tome du Sorceleur remonte à l’année passée, juste avant le commencement de l’affaire Marsan. Autant vous dire que malgré les baisses de régime que j’ai connu en 2021 concernant la rédaction des chroniques, cette histoire m’a refroidie. Je n’avais pas le cœur de mettre en avant une publication de la maison d’édition qui se murait dans le silence et ne semblait pas agir du tout à son encontre. C’est pourquoi j’ai réservé mon avis pour plus tard. J’ai hésité vu que les raisons du départ restent floues et ne montre pas la réelle position de la ME. Toutefois, je ne peux pas punir les auteur.rices pour les crimes de quelqu’un d’autre.  

L’épée de providence se fonde, comme pour son prédécesseur, sur un recueil de courts textes, mais cette fois, sans chapitre portant un titre unique qui marquerait, le présent du récit ou le fil conducteur. Toutefois, une ligne rouge existe bien, désignée par le titre même du livre. Elle relate la rencontre de Geralt de Riv et la petite Ciri qu’il avait demandé en récompense du sauvetage lors du banquet de Calanthe de Cintra. Cette gamine possède un côté princesse hautaine. Déterminée, elle s’est enfuie jusqu’à la forêt des dryades pour échapper au mariage. C’est là que son chemin croise celui de Geralt. 

Autour de ce cœur principal, les autres textes nous présentent de nouveaux personnages et contrées. Mon ressenti global pour cet opus est plutôt mitigé et ressemble à la forme d’une vague : une montée en douceur qui prend de l’ampleur avant de s’échouer sur la plage sur laquelle elle glisse trop longtemps pour rejoindre la mer. Sans m’arrêter sur chacun d’entre eux, je vais dresser un rapide portrait des épisodes que je retiens : 

Les limites du possible présente des protagonistes stéréotypés tel le preux chevalier qui désire occire les dragons. Je n’ai pas apprécié les Zerricanes, qui tout en étant des guerrières, véhiculent des clichés en plus de subir du sexisme. Elles ont le droit de prendre les armes, seulement si elles sourient et sont gentilles avec les hommes, sinon elles doivent rester au foyer. Le pire, c’est qu’aucune ne proteste. Toutefois, j’ai trouvé l’histoire divertissante grâce à ses scènes de combats et intéressante par le thème abordé : la dominance des espèces. La prospérité de l’humain et la défense des animaux (les gros lézards cracheurs de feu inclus) font débat parmi les protagonistes. Ce discours amène une conclusion au trait écologique. 

Le Feu éternel est une magnifique ode à la difficulté de l’intégration. Aux efforts immenses que les « étrangers », les créatures, ici un doppelgänger, font pour obtenir une place sans rejet constant. Le retournement de situation finale m’a touché. 

Une once d’abnégation met en avant la sensibilité de Geralt, alors que les mutants (comme déjà évoqué dans le premier tome) n’ont pas de sentiments. 

En bref, j’ai apprécié ma lecture de L’épée de providence. Si ce second tome commence sur une histoire sympathique et typique des contes de chevalerie, il se démarque néanmoins par ses thèmes abordant la protection des animaux et l’importance de l’intégration des étrangers. Dommage que la fin du bouquin m’ait paru aussi longue et dramatique pour rassembler Ciri et Geralt.

Les larmes de Saël (#1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les larmes de Saël (#1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : post-apocalypse

Les Larmes de Saël est ma troisième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. Pour rappel, il s’agit d’un groupe sur Facebook rassemblant des autrices autoéditées ou hybrides qui s’allient pour promouvoir leurs romans et échanger avec les lecteur.rices. N’hésitez pas à nous rejoindre. Ce roman fait partie d’une saga en trois tomes. Toutefois, il peut se lire comme one-shot. En effet, l’écrivaine n’avait pas prévu d’en faire une série et malgré la fin, il se déguste très bien en solo.

Arcana réside dans la ville prospère de Ceylan protégée du monde extérieur par un bouclier. L’air, les températures, les énergies sont mesurés au millimètre près pour en faire un havre de paix où les habitants puissent vivre sans crainte. À l’approche de l’âge adulte, elle ne sait toujours pas ce qu’elle souhaite pour l’avenir. Ce choix lui est enlevé par trois faits : son père qui veut la marier, l’explosion qui endommage le cœur de Ceylan et le jugement des terroristes devant la population. Mues par ses envies de liberté, elle s’engage à épouser avec Ashkan selon les lois à l’étonnement de toute la citée. Leur union à peine célébrée, ils sont expulsés à Saël. Arcana va devoir apprendre à survivre dans ce Nouveau Monde aussi austère que galvanisant.

A.D. Martel propose un univers mêlant le post-apocalyptique et la fantasy orientale. On comprend qu’une catastrophe et des guerres ont propulsé la terre à l’époque où se déroule le récit. Mis à part Ceylan et Saël, on ne sait rien des contrées alentour. Et pour cause, les citoyens de la première ville demeurent à l’intérieur d’une bulle de protection contrôlée dans sa globalité et possédant une technologie avancée. Les connaissances d’Arcana découlent uniquement de ses professeurs et du gouvernement. C’est pourquoi, elle va débord découvrir Saël à travers ses préjugés qui vont tomber au fur et à mesure qu’elle appréhende le territoire et son fonctionnement empreint d’orientalisme rustique avec son soleil de plomb et le clanisme, mais aussi la signification à la fois terrible et belle des larmes de Saël.

Vous l’aurez compris, les deux nations sont l’opposée l’une de l’autre. La prospérité de Ceylan est contrebalancée par un système politique profondément patriarcal, qui régule le quotidien et la vie de ses citoyens par des mesures strictes telles la loi de l’enfant unique et la gestion des cultures raisonnées. Toutefois, la cité exploite la denrée la plus précieuse avec excès : l’eau. Leur technologie repose entièrement sur elle. Chacun possède un bracelet, une sorte de montre connectée, qui permet de contacter ses proches, prendre des notes ou activer les passerelles entre la basse et la haute ville. Il s’agit d’un outil de dépendance dont Arcana arrivera à se priver sans trop de mal.

Saël, quant à elle, a une politique presque matriarcale. Je dis presque, car les hommes ont un pouvoir décisionnaire conféré par leur statut spécial et involontaire. Le peuple vit en tribus sous la tutelle d’une assemblée d’anciennes. La vie ou plutôt survie est archaïque, la technologie n’existe pas et l’eau est précieuse.

Arcana se retrouve donc confrontée à un changement radical suite à sa décision d’épouser Ashkan et sa naïveté ainsi que son égo démesuré. Cette prétentieuse fille de conseiller possède une haute estime d’elle-même et un caractère fort. Je crois n’avoir jamais rencontré un pareil personnage au cours de mes lectures. Durant le premier chapitre, je ne l’appréciais pas du tout. Dès le deuxième, je l’ai adoré, adoptée. Pourtant, elle revêt toujours son côté princesse aux penchants superficiels et capricieux, mais sa soif de liberté et son courage pour se dresser face à l’adversité (son père représentant l’autorité parental et gouvernemental pour son statut), puis les politiciens, m’ont tout de suite subjugués. Aucune incohérence ne se glisse dans son personnage. Son caractère fort se révèle nuancé et logique, bien qu’elle pèche aussi par orgueil. D’ailleurs, la confiance en ses capacités va en prendre un coup quand elle se rendra compte qu’on la manipule. Malgré cela, elle ne baissera jamais les bras. Elle évoluera au fil de ses contacts avec sa nouvelle famille dont les relations sont tendues au début et des habitants de Saël. Les erreurs parcourent son chemin d’apprentissage et d’intégration. Erreurs qu’elle n’avouera pas toujours à haute voix, mais qu’elle prendra à cœur de réparer. Un comportement bien plus efficace qu’une faute confessée, d’autant plus qu’il reste cohérent avec sa personnalité et lui confère une part d’ombre réaliste.

Les autres protagonistes sont tout aussi profonds et nuancés, surtout les féminins que j’adore. Commençons par les masculins : Ashkan est ténébreux est intriguant. Toutefois, son côté bougon et ses problèmes de communication m’ont un peu refroidie. Son petit frère, Zachary est l’exact opposé grâce à sa douceur, sa compréhension et cette timidité adorable. Donya est la matriarche du clan. Sa langue ferme et sévère convient aux vieilles femmes qui doivent porter l’honneur et le respect des leurs, en dépit des années et de la méchanceté qu’elles ont vécues. Enfin, nous avons le troisième membre de la famille, la mutique et espiègle, Mina, qui se révèle touchante derrière la solitude qu’elle subit en raison de sa différence.

L’autrice aborde de nombreux thèmes et les consolide grâce à son savoir d’historienne. Elle emploie la fameuse gloire des vainqueurs qui embellissent leur victoire en dissimulant leurs exactions et leurs horribles stratégies. Dans le roman, chaque détail a son importance, même ceux qui semblent les plus anodins comme les sculptures du ministère de Ceylan. L’endormissement de la population sous couvert de bien-être, l’assouvissement des femmes, mais aussi des hommes. Elle opère un inversement plus qu’intéressant, je vous laisse découvrir de quoi je parle, car je n’ai pas envie de spoiler.

En bref, A.D. Martel m’a conquise avec ce premier tome qui a grignoté mes heures de sommeil. Les larmes de Saël nous plonge dans un univers oscillant entre science-fiction et fantasy orientale teinté des couleurs de l’importance de l’intégration dans une nation étrangère, l’ouverture d’esprit, le féminisme et le respect.

Rouge de Pascaline Nolot

  • Titre : Rouge
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Gulf Stream
  • Catégories : fantasy, relecture de conte

Rouge est le premier livre qui a capté mon attention lors de la Foire du Livre de Bruxelles de 2020 avec sa couverture sombre, mystérieuse et couleur sang. Les quelques mots échangés avec l’autrice m’ont convaincue de céder à la tentation. 

Malombre ne souhaite qu’une seule chose : se débarrasser de Rouge en même temps que la malédiction qui pèse sur ses habitants. Treize ans auparavant, l’union malsaine de sa mère avec le Diable a attiré l’œil de la sorcière des bois surnommée Grand-Mère. Le village doit envoyer toutes les filles au moment où elles subissent leur première règle. Attendant les menstrues de l’impure avec impatience, les villageois.es espèrent annuler la malédiction grâce à son sacrifice.

Cette réécriture du conte du Petit Chaperon rouge reprend en les remodelant l’ensemble des aspects de la sorcière d’autrefois (celles qu’on menait au bûcher) dans un récit dépeignant l’horreur dans ce qu’elle a de plus humaine. Le contexte est planté au sein d’un petit village isolé entre montagne inhospitalière et bois maudits où la population se raccroche à la parole divine et craint ce qu’elle ne comprend pas. Les villageois.es rejettent la pauvre enfant, car la progéniture féminine d’une folle impie ne peut qu’être mauvaise également, surtout avec cette preuve étalée sur sa face depuis sa naissance, n’est-ce pas ? Cette malheureuse tache de vin qu’elle arbore sur la moitié de son visage et cette boursoufflure à l’arcade sourcilière sont indéniablement les conséquences de sa filiation avec Satan. La peur et la laideur justifient ainsi, à leurs yeux, leurs actes et paroles abjectes à l’encontre de Rouge.

Après les cinquante premières pages qui dessinent l’environnement si réel et authentique de notre passé, une déferlante d’émotions m’a enchainée au roman jusqu’au plus profond de la nuit. Tour à tour, j’ai ressenti la solidarité, le dégoût, l’espoir, la peur, la tristesse, la haine. J’ai eu envie de refermer le livre pour effacer l’horreur des hommes, pour stopper ces êtres dont le seul pouvoir consiste à se voiler la face pour fuir leurs propres responsabilités, qui s’érigent en victime, pire en sauveur, alors qu’ils sont coupables et bourreaux.

Pascaline Nolot retrace les comportements les plus d’atroces. Elle brosse une réalité horrible, puis nous entraine de plus en plus dans les abysses obscurs des cœurs et des esprits tortueux dans un récit aux thèmes forts. Orpheline de mère, Rouge est également rejetée par son père. Malgré ses mots odieux (il n’ose pas la toucher de peur de voir sa peau rougir et être maudit), elle recherche le lien d’amour que seuls des parents offrent à leur enfant. Elle désire être reconnue.

La puberté comme synonyme de perte de l’innocence se retrouve au cœur du roman également. Elle marque le départ des filles vers l’antre de la sorcière, mais aussi l’apparition des loups pour les accompagner vers leur destin, au figuré comme au propre, car le danger ne revêt pas toujours une fourrure grise. Rouge va l’apprendre à ses dépens. Encore heureux, les brimades qu’elle subit depuis sa naissance l’ont rendue moins naïve que les autres gamin.es.  

L’autrice aborde l’indépendance des femmes. Celles qui vivent en marge de la société tout en étant décriées par la populace, car elles dérangent par leurs connaissances. D’ailleurs, Malombre n’éduque pas ses filles. Seuls les garçons accèdent à l’école du Père François qui aimerait enseigner à leur camarade afin de « les préserver du vice », mais qui n’ose pas en raison du sentiment de domination qu’elles ressentiraient. À comprendre qu’elle se prendrait pour l’égal des hommes.

Ce roman riche aborde l’importance de la beauté à travers le personnage de Rouge et Liénor qui incarne respectivement la laideur du malin et la grâce angélique. Les deux enfants sont amis en dépit des récriminations de la mère du second qui craint de perdre le dernier membre de sa famille. Le garçon se retrouve ainsi tiraillé entre son amitié pour Rouge et l’amour pour sa maman. Un autre personnage subit les affres de cette notion de beauté, mais je n’en dirais pas plus pour ne pas tout dévoiler.

Enfin, je vais clôturer cette section par le cercle vicieux autoalimenté par l’homme lui-même. L’anxiété inhibe le bon sens qui disparait lorsque vous côtoyez toujours les mêmes personnes qui vont dans le même sens que vous. Malombre connaît peu de sang neuf depuis l’apparition de la malédiction, de ce fait, les conversations ne sont pas alimentées par de nouvelles visions du monde qui permettent de voir autrement. Les villageois nourrissent donc eux-mêmes les pires craintes à chaque affliction, sans prendre en compte que la sorcière n’y est pas forcément pour quelque chose. Le diable s’incarne aussi parmi les hommes qui deviennent acteurs de leur propre malheur.

Je vais déroger à mon habitude de dépeindre les personnages et leurs caractéristiques, car je l’ai déjà fait en filigrane dans la description des thèmes et que je souhaite avant tout mettre l’accent sur eux. En effet, les protagonistes sont intrinsèquement liés à eux, ils agissent en parfaite adéquation pour en faire un récit fort et extrêmement bien ficelé.

Pascaline Nolot déploie une narration de conteuse à la plume poétique et ténébreuse. Son écriture est à la fois simple et élaborée par le choix des termes qui démontrent un vocabulaire riche et une verve qui correspond à l’esprit de l’époque, notamment par l’utilisation des sobriquets. Elle emploie des mots justes, accrocheurs et terribles dans les sombres révélations qui éclatent au cours des pages alternant présent et passé.

En bref, Rouge est une œuvre magistrale s’inspirant du Petit Chaperon rouge pour dépeindre la triste réalité de notre passé de femmes. Une réalité qui persiste de nos jours par le jugement sur le physique et la violence ordinaire que nous subissons encore, si bien que je ne qualifierais pas ce roman de conte de fées horrifique, mais presque de récit historique saupoudré de fantasy, car la magie revêtait un manteau véridique et tangible à l’époque de Malombre.  

The Winter of The Witch (The Winternight, #3) de Katherine Arden

  • Titre : The Winter of the Witch (The Winternight, #3)
  • Autrice : Katherine Arden
  • Éditeur : Del Rey Book
  • Catégorie : fantasy

Avec l’approche de la fin de l’année, j’ai sorti de ma pal le troisième tome de la trilogie The Winternight avec un mélange d’excitation et de crainte propre à la clôture d’une saga que l’on aime. Cette envie de vouloir connaître la suite de l’histoire mêlée au désir que ça ne s’arrête jamais tant elle nous plaît.

Comme toujours, si vous n’avez pas lu les précédents tomes, je décline toute responsabilité concernant les divulgations.

The Winter of the Witch débute sur les vestiges de l’incendie qui a ravagé une partie de Moscou et de son palais. Dimitri, le prince, désire d’abattre les Tatars qu’il tient pour responsables, bien que l’origine du carnage soit Vasya. Malgré son statut de sorcière et le dégoût qu’il lui porte toujours après sa « tromperie », il souhaite l’acheter : son aide pour dénicher l’ennemi en échange d’un époux. Cependant, il n’aura même pas le temps de lui proposer son marché. Comme dans toute catastrophe, on cherche un coupable pour canaliser la colère du peuple et Konstantin l’a bien compris. Grâce à son éloquence, il dirige leur ire vers la femme qu’il déteste le plus au monde, la sorcière Vasya.

Le troisième opus est divisé en cinq parties qui se concentrent sur des épisodes précis qui clôturent un pan d’histoire avant de commencer l’autre en détenant à chaque fois un élément qui sera important pour la bataille finale. Je ne vais pas les détailler pour éviter de dévoiler tous les retournements de situation. Je vais plutôt me focaliser sur le rythme du roman. Les premiers chapitres m’ont paru courts par rapport à ce que j’avais pu lire lors des précédents livres, par la suite ils reprennent une envergure conventionnelle pour la saga. La cadence de départ s’avère donc élevée, comme si l’autrice plaçait vite ses derniers pions sur l’échiquier, ce qui convoie l’urgence de la situation.

La structure de sa narration, son habilité à construire l’ambiance et les scènes avec une économie de mots, cette capacité à aller droit au but constituent quelques raisons pour lesquelles j’adore l’écriture de Katherine Arden. The Winter of the Witch contient beaucoup d’événements. Même si on est au dernier tome, on découvre encore une partie du monde qu’elle a élaboré avec le royaume inaccessible à ceux qui n’ont pas l’œil. Cette richesse est maîtrisée sans que ça paraisse être de trop. Rien ne semble inutile et tout reste lié à aux précédents tomes, comme si on voyait enfin la ramure de l’arbre après avoir scruté ses racines.

Le troisième volet met en valeur l’importance de la famille avec l’évolution de Sasha que j’ai fortement appréciée. Je ne m’attendais pas à ce qu’il aille jusque là. Un deuxième personnage qui m’a marqué malgré le peu de temps qu’elle apparait est Olya qui démontre que les femmes de cette lignée portent en elles une grande force, comme son sang-froid dans une situation horrifique l’a prouvé.

La romancière lie les filaments de sa narration pour unifier les peuples qui composent la Russie en prônant le droit de vivre sous le même drapeau sans persécution, au-delà des croyances et des apparences. Une alliance pour vaincre le mal, en utilisant également des êtres peu recommandables, afin d’arriver à cette paix qui demande des sacrifices. Elle parle aussi de la difficulté de rester droit dans ses bottes par rapport à ses principes. De résister à la soif de pouvoir qui draine le bon sens en rendant les gens fous de puissance, magique ou non. En gros, la folie des grandeurs que même Vasya va devoir combattre.

En bref, The Winter of the Witch clôture une saga magnifique qui porte des messages forts et teintés de réalisme avec une héroïne qui doit vaincre sa propre noirceur et les préjugés pour obtenir enfin la reconnaissance de sa valeur pour ce qu’elle est et non ce qu’elle devrait être. C’est une trilogie que je relirai avec plaisir dans le futur.

Les chaînes du silence de Céline Chevet

  • Titre : Les chaînes du silence
  • Autrice : Céline Chevet
  • Éditeur : Éditions du chat noir
  • Catégorie : fantasy

Après la découverte de La fille qui tressait les nuages, je n’ai pas pu résister au second roman de Céline Chevet publié aux Éditions du chat noir, malgré le thème principal ou, plutôt devrais-je dire, la créature dont il traite. Je n’ai jamais été très versée dans les vampires d’une manière générale. La mythologie qui les entourent, le visuel et surtout l’approche de plus en plus sexualisée de ces humanoïdes suceurs de sang, n’ont pas réussi m’amadouer avec le temps. Pourtant, la couverture à l’ambiance mystérieuse et le résumé des Chaînes du silence ont titillé ma curiosité.

Nathanaël va mourir d’une grave maladie. Il y a six ans, sa vie a basculé lors d’une nuit ou des vampires échappaient à la colère de ses semblables. Sa rencontre avec Kael bouleverse ses certitudes et sa vision du monde. Il raconte son histoire, leur histoire dans un journal intime qui tombe entre les mains d’un Vampire qui est à la recherche de Kael, car celui-ci détient un savoir qui lui permettrait de retrouver sa sœur en dépit des lois.

On suit deux histoires en parallèle. Celle issue du journal de Nathanaël et du Vampire. Dans un premier temps, on ne voit pas tout de suite le lien entre les deux récits, jusqu’au moment où l’autrice les entrelace avec patiente et maîtrise. Peu à peu, on comprend les enjeux de la quête du Vampire qui prend sous son aile une fillette comme nourriture de réserve au cas où la fatigue s’emparerait de lui. Un acte qui changera sa vision sur la vie, les relations entre les espèces et le monde.

Les chaînes du silence possède un rythme majoritairement lent et la plupart du temps contemplatif. Il repose principalement sur les propos du narrateur. Les dialogues sont peu présents et pour cause, puisqu’il reflète l’univers créé par Céline Chevet dont les choix stylistiques sont cohérents en plus d’exhaler une certaine poésie quand elle décrit l’art vampirique. On ressent l’élaboration réfléchie et profonde qu’elle a opérée avant la rédaction, engendrant une originalité qui est loin de me déplaire.

J’ai vécu ma lecture comme une découverte sociologique de la civilisation des vampires, car ceux-ci diffèrent drastiquement des codes habituels. Ils sont divisés en clan dans la nature (à l’ombre des bois) en parallèle des humains qui les craignent tout en commerçant parfois avec eux. Leur langage repose sur la sensation, une sorte de lien télépathique qui transmet leurs idées, car utiliser leurs cordes vocales s’apparente à un acte de bassesse, trop humain, trop dégoûtant et rabaissant. Ainsi, ils communiquent grâce au ressenti qui ressemble à des sons de clochette. Une autre particularité est l’absence de nom. Aucun vampire n’est nommé, parce que donner un nom l’enferme dans une cage, une boite, restreint sa liberté, son essence même. Alors, quand Nathanaël appelle celui qui devient son maître Kael, cet acte entraîne une évolution mal vue parmi les créatures de la nuit.

Ce lien bouleverse la vision de l’un et de l’autre qui apprennent à se connaître chacun à sa manière. L’empathie naît et engendre de nouveaux horizons qui toucheront également le Vampire et la fillette. La différence et la connaissance de l’inconnu permettent de comprendre le monde et d’évoluer vers un avenir plus positif, c’est l’une des morales que l’on pourrait tirer de cette histoire.

L’univers de Céline Chevet repose sur un entre-deux. Un moment proche de la rupture quand un monde disparait au profit d’un autre. Les racines de l’écologie s’étendent dans ce récit. Les humains vivent dans une inspiration du XVIIe ou XVIIIe. Cette période où le travail manuel et la sueur humaine cohabitent avec la croissance de l’industrie métallurgique qui grignote de plus en plus de ressources naturelles, impliquant le recul de la forêt. Le lieu de vie des vampires et des Bêtes se trouvent ainsi menacés par l’expansion humaine.

Les Bêtes sont des créatures ancestrales mi-animales, mi-végétaux qui confèrent une esthétique digne des plus grands films d’animation japonaise au Chaînes du silence. L’ambiance générale qui sent dégage met rappelle énormément ces films (notamment Princesse Mononoke des studios Ghibli), leur côté contemplatif de la nature et magique ainsi que les nœuds d’intrigues inattendus. Si le roman se veut un miroir de la société européenne, l’impact des œuvres nippones se ressent dans son atmosphère globale et artistique en en faisant une histoire marginale et inclassable.

En bref, Les Chaînes du silence est un livre qui ne laisse pas indifférent. Par sa singularité, il ne plaira pas à tout le monde. Cependant, il possède une originalité indéniable quand on omet les choix narratifs cohérents, mais qui s’éloignent drastiquement de la mode actuelle. Il offre une vision nouvelle sur les vampires à travers les filtres de la cohabitation, de l’empathie et de l’écologie.

La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1) de Mariann Helens

  • Titre : La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1)
  • Autrice : Mariann Helens
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégorie : fantasy

La porte des Rois démons est un roman de fantasy de Mariann Helens. J’ai lu cette autoédition dans le cadre du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. La série La Compteuse d’âmes devrait dénombrer quatre livres.

Lorsque la nuit plonge sur le patelin d’Ibma, elle apporte les Creux. Des êtres sans âme qui mordent les humains pour agrandir leur troupe. Mesha se laisse surprendre et prend la fuite à la suite d’un combat rudement mené. Le lendemain, elle retourne dans le village pour subtiliser vivres, biens et têtes décapitées. Les premiers pour survivre, les dernières pour les rapporter à Galore afin que le mage puisse les examiner. Les Creux ont une origine mystérieuse. Depuis des siècles, leurs attaques se calquent sur un même schéma. Sauf que cette nuit change la donne. Plus nombreux, ses monstres désincarnés et aveugles semblent voir Mesha alors qu’aucune peur ni trace de sang frais ne la recouvrent. En chemin vers Ardeville, la mercenaire fait la rencontre d’Ascelin Brocardier. L’un des survivants de l’attaque d’Ibma, qui garde bien des secrets sur sa véritable identité.

L’univers de La Compteuse d’âmes se calque beaucoup sur notre Moyen-âge et la Renaissance en ce qui concerne la situation géopolitique. Nous sommes à une époque durant laquelle la religion patriercane a remplacé les anciennes croyances qu’elle enterre à coup de prosélytisme, de tortures et de bûchers. Vous noterez l’utilisation de la racine identique au mot patriarcat sur lequel l’autrice a basé cette religion. En effet, celle-ci est profondément misogyne. Les prêtres peuvent pratiquer la magie, mais quand une femme l’emploie, on l’accuse de sorcellerie et de servantes des démons. Vous voyez le topo. Les puissances magiques reposent sur un système bien pensé sur lequel je ne vais pas m’attarder. Je vous laisse le découvrir lors de votre lecture.

Lors des allocutions des moines, les citoyens et citoyennes sont séparés. Les hommes entendent en premier les paroles saintes, viennent ensuite celles offertes aux femmes. La romancière met donc en exergue l’obscurantisme à travers son livre en le renforçant et en le dénonçant grâce aux échanges de Mesha et d’Ascelin qui représentent la tolérance et l’ouverture d’esprit.

Les Anciens Dieux pourraient bien être à l’origine du mal qui va bientôt se déverser sur le monde des humains. Le récit de La porte des Rois démons fait office de préambule qui dépeint le contexte imaginé par Mariann Helens. Elle décrit son univers et sa mythologie passée et présente de long en large, ce qui donne quelques longueurs à ce premier roman. En effet, l’élaboration du suspense n’est pas maîtrisée, car beaucoup de nœuds d’intrigue et révélations sont prévisibles pour les lecteurs aguerris de fantasy. L’enjeu majeur apparait au début et ne subit son évolution qu’à la toute fin. Entre les deux, le récit se déroule en combats et discussions pour expliquer l’univers. L’absence de sous-trame, d’histoires parallèles (propre au tome un, j’entends) au fil conducteur global de la trilogie m’a dérangée, car je préfère les séries plus fournies en rebondissements. De plus, le manque de suspense a fortifié cette impression de faiblesse. L’écrivaine distille bien quelques mystères au cours de son récit, mais j’en ai vite compris l’issue. Par exemple, le secret de Mesha m’est apparu dès les premières pages lorsqu’elle est dans la taverne à écouter les deux paysans.

Malgré cela, j’ai apprécié ma lecture pour diverses raisons :

Mesha et Ascelin sont des personnages hauts en couleur. La mercenaire n’a rien d’une héroïne d’épique fantasy. Elle fuit dès qu’elle peut le village d’Ibma au lieu de tout faire pour le sauver. Elle a une vision de la vie qui oscille entre réalisme et pessimisme. Du coup, elle évalue les situations et les stratégies en n’omettant jamais les conséquences désastreuses qui pourraient en découler si elle défaillait. Néanmoins, elle ne renonce jamais à poursuivre son but et elle hésite peu à recourir à des méthodes brutales.

Ascelin est l’archétype du bourgeois gentilhomme bien élevé dont la vie a basculé. Il est doux, attentif et fait preuve d’une curiosité immense. Son intérêt et son sens de l’honneur ouvrent peu à peu le cœur de sa compagne de route avec laquelle il va se lier d’amitié en dépit de son passé. De prime abord, il pourrait paraître trop lisse, mais plus on pénètre dans son intimité et dans son âme plus on y voit une sorte de… fanatique d’un autre genre.

La plume de l’autrice est fluide et agréable à lire. Elle maîtrise la technicité des combats et de la verve médiévale. Le vocabulaire est précis sur l’armement et la façon de donner les coups. Cela démontre une grande recherche de sa part. Certains passages possèdent un peu trop de répétitions à mon goût. Certaines descriptions m’ont parue superflues, car elles n’ont pas d’impact dans l’histoire. Par exemple, celle des fortifications et des ponts étroits d’Ardeville dont elle appuie la puissance défensive longuement. Je m’attendais à une scène qui s’y déroulerait par la suite sans avoir à répéter l’aspect insaisissable de la place en brisant l’action au vu du soin que l’autrice prend à l’ancrer en nous. Cependant, on n’y retourne plus.

En bref, La porte des Rois démons, est un premier tome qui jette les bases d’une histoire qui aura sans doute plus d’éclat dans le second opus. En dépit de son classicisme, de sa linéarité et du manque de suspense, j’ai adoré la cristallisation de la misogynie du christianisme à travers le nom et les principes de la religion patriercane, ainsi que les personnages attachants et nuancés que sont Mesha et Ascelin.

La loutre et le prince de S.A. William

  • Titre : La loutre et le prince
  • Autrice : S.A. William
  • Éditeur : Livr’S éditions
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Lors de sa sortie au printemps dernier La Loutre et le prince de S.A. William a capté mon attention en raison de l’un des thèmes abordés dans l’histoire en plus de sa couverture magnifique.

Le prince Aonyx célèbre ses 16 ans. Pourtant, il en a gros sur le cœur. Héritier du royaume de Nutria, il désespère de pouvoir accomplir son rôle de monarque. En effet, les Trolls se trouvent aux portes du pays, la guerre approche et il ne peut pas courir sur le champ de bataille afin de sauver son peuple. Il se sent totalement inutile. Sa rencontre improbable avec une loutre va le tirer sa morosité et lui ouvrit de nouveaux chemins.

Ce conte relate un récit empli de douceur qui sent bon l’enfance et les aventures qu’on y vivait. J’ai adoré la façon dont l’autrice place le handicap du prince dans une normalité qui touche tout le monde. En effet, elle ne se focalise pas uniquement sur la manière dont les autres considèrent ou se comportent avec les personnes porteuses d’une infirmité, elle parle de l’image que celle-ci se fait d’elle-même et croit voir dans les yeux des autres.

Aonyx pleure après son rêve, non pas parce qu’on veut le destituer de son statut en raison de ses jambes inertes. Ses parents, ses amis ne lui imposent rien et ne montrent à aucun moment qu’ils souhaitent lui enlever son droit d’accéder à la couronne. Le prince est désespéré, car il croit dur comme fer que le seul moyen de mériter sa place sur le trône est d’emprunter le même chemin que ces ascendants : protéger son peuple en combattant, épée en main.

Or, chacun possède ses propres atouts. Il suffit de les voir, de les comprendre, de les assimiler pour atteindre ses objectifs, mais surtout, accepter sa différence. Changer d’optique permet de regarder le monde autrement, de briser les chaînes qu’on a posées soi-même sur sa volonté, de réaliser de belles choses et de briller par un héroïsme qui ouvre de nouvelles voies. Ce thème est universel, il nous touche tous dans une certaine mesure.

**Attention, un petit spoil ici**

Dans La loutre et le prince, Aonyx n’endosse pas à la fin le rôle du preux chevalier qui coupe la tête du méchant troll. C’est son intelligence, son grand cœur et sa sensibilité qui le rendent héroïque et prouvent que la violence n’est pas la seule option pour gérer les conflits. La diplomatie et l’écoute se révèlent des armes tout aussi puissantes. Une belle leçon de vie et d’harmonie que j’aurai adoré vivre dans mon enfance.

**Fin du spoil**

Cette découverte et cette acceptation de soi se réalisent grâce aux personnes qui l’entourent. Ses parents ne le dorlotent pas, car il doit relever la tête de lui-même pour avancer. En effet, les autres ont beau nous pousser, le changement doit d’abord venir de nous, de notre cœur. Cependant, les écouter et les observer peuvent nous aider à modifier notre point de vue.

Samson, ami d’enfance et valet personnel d’Aonyx, apprend à jongler entre son ancien et son nouveau statut. Il le bouscule de son honnêteté et l’accompagne dans son évolution. La franchise de Blanche et son habileté dans le maniement des armes lui offrent un regard différent sur la manière de franchir les obstacles. Enfin, la loutre va l’aider à déployer ses qualités pour résoudre le conflit avec les trolls.

D’autres sujets sont également abordés dans ce roman, telle la place de la femme dont l’accès à certaines professions serait « bizarre ». Lorsque Samson rencontre Blanche, il possède des a priori. Préjugés dont il ne connaît même pas l’origine. Il côtoie des soldates depuis son enfance. Cependant, il se sent déboussolé quand elle est assignée au poste de garde du corps personnel du prince. L’habilité de la guerrière, son érudition et sa franchise vont le faire changer d’avis.

La plume de S.A. William est agréable et fluide. Dès les premières lignes, elle nous transporte dans cette aventure où l’émotion a une place de choix. Elle distille du vocabulaire biologique sur les loutres par-ci, par-là.

En bref, La loutre et le prince est un conte magnifique qui a étreint mon petit cœur à plusieurs reprises grâce à la justesse des thèmes abordés qui sont universels. À travers un personnage singulier, la romancière arrive à donner l’envie d’accepter ses différences pour se dépasser, aller de l’avant et trouver notre propre voie pour atteindre nos objectifs.