La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1) de Mariann Helens

  • Titre : La porte des Rois démons (La compteuse d’âmes, #1)
  • Autrice : Mariann Helens
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégorie : fantasy

La porte des Rois démons est un roman de fantasy de Mariann Helens. J’ai lu cette autoédition dans le cadre du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire. La série La Compteuse d’âmes devrait dénombrer quatre livres.

Lorsque la nuit plonge sur le patelin d’Ibma, elle apporte les Creux. Des êtres sans âme qui mordent les humains pour agrandir leur troupe. Mesha se laisse surprendre et prend la fuite à la suite d’un combat rudement mené. Le lendemain, elle retourne dans le village pour subtiliser vivres, biens et têtes décapitées. Les premiers pour survivre, les dernières pour les rapporter à Galore afin que le mage puisse les examiner. Les Creux ont une origine mystérieuse. Depuis des siècles, leurs attaques se calquent sur un même schéma. Sauf que cette nuit change la donne. Plus nombreux, ses monstres désincarnés et aveugles semblent voir Mesha alors qu’aucune peur ni trace de sang frais ne la recouvrent. En chemin vers Ardeville, la mercenaire fait la rencontre d’Ascelin Brocardier. L’un des survivants de l’attaque d’Ibma, qui garde bien des secrets sur sa véritable identité.

L’univers de La Compteuse d’âmes se calque beaucoup sur notre Moyen-âge et la Renaissance en ce qui concerne la situation géopolitique. Nous sommes à une époque durant laquelle la religion patriercane a remplacé les anciennes croyances qu’elle enterre à coup de prosélytisme, de tortures et de bûchers. Vous noterez l’utilisation de la racine identique au mot patriarcat sur lequel l’autrice a basé cette religion. En effet, celle-ci est profondément misogyne. Les prêtres peuvent pratiquer la magie, mais quand une femme l’emploie, on l’accuse de sorcellerie et de servantes des démons. Vous voyez le topo. Les puissances magiques reposent sur un système bien pensé sur lequel je ne vais pas m’attarder. Je vous laisse le découvrir lors de votre lecture.

Lors des allocutions des moines, les citoyens et citoyennes sont séparés. Les hommes entendent en premier les paroles saintes, viennent ensuite celles offertes aux femmes. La romancière met donc en exergue l’obscurantisme à travers son livre en le renforçant et en le dénonçant grâce aux échanges de Mesha et d’Ascelin qui représentent la tolérance et l’ouverture d’esprit.

Les Anciens Dieux pourraient bien être à l’origine du mal qui va bientôt se déverser sur le monde des humains. Le récit de La porte des Rois démons fait office de préambule qui dépeint le contexte imaginé par Mariann Helens. Elle décrit son univers et sa mythologie passée et présente de long en large, ce qui donne quelques longueurs à ce premier roman. En effet, l’élaboration du suspense n’est pas maîtrisée, car beaucoup de nœuds d’intrigue et révélations sont prévisibles pour les lecteurs aguerris de fantasy. L’enjeu majeur apparait au début et ne subit son évolution qu’à la toute fin. Entre les deux, le récit se déroule en combats et discussions pour expliquer l’univers. L’absence de sous-trame, d’histoires parallèles (propre au tome un, j’entends) au fil conducteur global de la trilogie m’a dérangée, car je préfère les séries plus fournies en rebondissements. De plus, le manque de suspense a fortifié cette impression de faiblesse. L’écrivaine distille bien quelques mystères au cours de son récit, mais j’en ai vite compris l’issue. Par exemple, le secret de Mesha m’est apparu dès les premières pages lorsqu’elle est dans la taverne à écouter les deux paysans.

Malgré cela, j’ai apprécié ma lecture pour diverses raisons :

Mesha et Ascelin sont des personnages hauts en couleur. La mercenaire n’a rien d’une héroïne d’épique fantasy. Elle fuit dès qu’elle peut le village d’Ibma au lieu de tout faire pour le sauver. Elle a une vision de la vie qui oscille entre réalisme et pessimisme. Du coup, elle évalue les situations et les stratégies en n’omettant jamais les conséquences désastreuses qui pourraient en découler si elle défaillait. Néanmoins, elle ne renonce jamais à poursuivre son but et elle hésite peu à recourir à des méthodes brutales.

Ascelin est l’archétype du bourgeois gentilhomme bien élevé dont la vie a basculé. Il est doux, attentif et fait preuve d’une curiosité immense. Son intérêt et son sens de l’honneur ouvrent peu à peu le cœur de sa compagne de route avec laquelle il va se lier d’amitié en dépit de son passé. De prime abord, il pourrait paraître trop lisse, mais plus on pénètre dans son intimité et dans son âme plus on y voit une sorte de… fanatique d’un autre genre.

La plume de l’autrice est fluide et agréable à lire. Elle maîtrise la technicité des combats et de la verve médiévale. Le vocabulaire est précis sur l’armement et la façon de donner les coups. Cela démontre une grande recherche de sa part. Certains passages possèdent un peu trop de répétitions à mon goût. Certaines descriptions m’ont parue superflues, car elles n’ont pas d’impact dans l’histoire. Par exemple, celle des fortifications et des ponts étroits d’Ardeville dont elle appuie la puissance défensive longuement. Je m’attendais à une scène qui s’y déroulerait par la suite sans avoir à répéter l’aspect insaisissable de la place en brisant l’action au vu du soin que l’autrice prend à l’ancrer en nous. Cependant, on n’y retourne plus.

En bref, La porte des Rois démons, est un premier tome qui jette les bases d’une histoire qui aura sans doute plus d’éclat dans le second opus. En dépit de son classicisme, de sa linéarité et du manque de suspense, j’ai adoré la cristallisation de la misogynie du christianisme à travers le nom et les principes de la religion patriercane, ainsi que les personnages attachants et nuancés que sont Mesha et Ascelin.

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Une fin d’année givrée de Virginie T.

  • Titre : Une fin d’année givrée 
  • Autrice : Virginie T.
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : comédie romantique, Noël

Toute première chronique de mon nouveau partenariat avec Les Plumes de l’imaginaire. Vous ne connaissez pas ? Il s’agit d’un groupe sur Facebook qui rassemble plusieurs autrices qui prennent la parole chacune à leur tour (une par jour). Elles présentent leurs livres bien entendu, mais elles poursuivent aussi l’objectif de créer des liens et des discussions autour de divers sujets proches des thématiques issus de leurs romans et de leurs sources d’inspirations. N’hésitez pas à faire un tour sur la page et même à vous y inscrire. Le groupe a fêté ses un an il y a quelques mois, et ça m’a fait l’effet d’une bombe, car j’avais l’impression que nos relations dataient depuis bien plus longtemps que cela. 

Une fin d’année givrée de Virgnie T. est une comédie romantique de Noël autoéditée qui ne m’a pas laissée de glace. Si vous me suivez depuis mes débuts, vous savez que ce genre ne fait pas partie de mes préférés. Je trouve, en effet, peu de romance en adéquation avec ma personnalité. Toutefois, cela ne m’empêche pas de tenter l’aventure en sortant de ma zone de confort. En cette période sombre (je parle de la météo) et de la fatigue accumulée avec mon job, le besoin de légèreté martelait mon âme. Ce livre tombait donc à pic. 

Lilas se prélasse sur un transat au bord de la piscine d’un hôtel à Tahiti sans se rendre compte de ce qui l’attend à son retour. Voyagiste de métier, elle parcourt le globe et les destinations ensoleillées aux frais de son entreprise pour tester et dénicher de nouvelles formules de vacances à destination d’une clientèle aisée. Elle adore son job au point de prier qu’une mission l’envoie loin des remontrances de sa mère et de sa sœur pendant la période des fêtes. Son vœu sera exaucé. Le problème ? Elle part pour le Québec. Pire, elle séjourne à l’Hôtel de Glace qui, comme son nom l’indique, surgit de la neige chaque année sous les mains des sculpteurs de glace. Elle qui déteste le froid, n’est pas à la fin de ses surprises lorsqu’elle est accueillie par un Yéti qu’elle va devoir se coltiner comme guide. Sous sa barbe d’ours mal léché, il se pourrait bien que Nathan réussisse à briser ses principes professionnels. 

Ce enemy to lover version Noël reste assez basique dans sa structure. Sa force repose sur la plume humoristique et cynique de l’autrice ainsi que sur le mordant du personnage principal qui m’a conquis rapidement. 

Lilas est une fille d’origine modeste qui a dû adapter ses valeurs à celles de sa clientèle. De prime abord, elle paraît hautaine. Pourtant, on remarque vite qu’il s’agit plutôt de professionnalisme. Elle se met dans la peau de ceux qu’elle doit appâter avec ses circuits découvertes. Son job, c’est toute sa vie, si bien que seule une plante verte l’attend chez elle. Enfin, pas tout à fait, car vu la durée d’abandon, elle en change à chaque retour. Malgré le sentiment de solitude qui l’étreint de temps en temps, elle n’incarne cependant pas la pauvre petite princesse qui désire à tout prix son prince charmant, elle représente la femme moderne. 

À 35 ans, Lilas est indépendante et carriériste en plus d’avoir la langue pendue. Son caractère et ses choix de vie l’empêchent d’avoir de bonnes relations avec sa mère qui porte la femme au foyer sur le sommet de la gloire, ainsi que sa cadette qui pond aussi vite qu’une poule. Le célibat commence à lui peser, car elle n’a pas beaucoup d’amis. Néanmoins, elle ne veut pas pour autant fonder une famille juste pour rentrer dans le moule de la perfection selon sa maman. 

À travers ce personnage, Virgine T. expose les problématiques sociétales liées à la condition de la femme. Les échecs sentimentaux de Lilas reposent sur la différence de salaire et son indépendance. Dans le premier cas, elle gagne plus que ses fréquentations, dans le second, elle privilégie son boulot qui lui impose de longues périodes d’absences. La question de la charge mentale des célibataires et des femmes qui ont envie de concilier travail et relation est donc au cœur de ce roman. Le sujet est bien traité sauf pour la fin qui, en plus d’être expéditive, m’a paru trop unilatérale. 

Attention spoiler à vos risques et périls : 

L’absence de concession de la part de Nathan me dérange. Lilas quitte son travail pour le rejoindre au Canada. Bien qu’elle retrouve facilement un job identique, elle est la seule à tout plaquer pour lui. De son côté, il n’a rien abandonné de sa vie précédente pour qu’ils soient ensemble et la liberté qu’il lui laisse s’apparente à un os sans viande à mâcher. Je sais que je chipote, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un vestige de la femme qui change sa vie pour l’homme qui lui, garde la sienne intacte. Surtout que je n’ai pas ressenti de réel bouleversement dans l’amour que Lilas porte au Québec et à sa neige. Elle a adoré les activités qu’elle y a découvertes, mais je n’ai pas senti que la glace était brisée avec ce pays où on se les gèle. Nathan semble être l’unique raison qui la pousse à rompre avec sa vie d’avant.

Fin du spoiler. 

Nathan est d’un naturel sportif et sociable. Seulement, il peut aussi revêtir un aspect bourru. Il a tendance à trop vite juger les gens et recourt à la mauvaise foi devant ses amis pour ne pas perdre sa fierté de mâle. Cependant, il possède cette belle qualité nommée remise en question qui brise ses défauts au moment où il aperçoit les autres (et donc Lilas) sous une facette différente. Ce trait va lui permettre de blanchir la vision que Lilas a de lui suite à leur première rencontre. Son ouverture d’esprit va également la séduire ainsi que leur point commun : vouloir être aimé pour ce que l’on est. 

La plume de l’autrice est fluide et dynamique. Par moment, les phrases sont un peu bancales, mais je ne saurai dire si ce sont des maladresses ou si ça fait partie du personnage vu que la narration est à la première personne du singulier et alterne les points de vue des deux protagonistes principaux. Rien ne semble superficiel. L’écrivaine va droit au but et esquisse la richesse nuancée des portraits en peu de paragraphes sans listing ennuyeux. 

En bref, j’ai passé un très bon moment avec Une fin d’année givrée malgré la façon de réunir nos deux guimauves à la fin. L’humour et les duels verbaux de Lilas et Nathan sont un véritable régal. Ils m’ont permis de déconnecter tout en appréciant les valeurs féministes défendues dans ce roman. 

Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1) de Jupiter Phaeton et R.B. Devaux

  • Titre : Cocotte, enlèvement et sortilèges (Le bureau des ennuis magiques, #1)
  • Autrices : Jupiter Phaeton, R.B. Devaux
  • Éditeur : autoéditions
  • Catégories : fantastique, comédie

En septembre, j’ai été conquise par le pitch de Cocotte, enlèvement et sortilèges des autrices Jupiter Phaeton et R.B. Devaux qui promettait des barres de rire à n’en plus finir. À peine arrivé dans ma boîte à lettres début novembre, j’ai rongé mon frein pour ne pas déposer la brique que je lisais pour sauter dessus tellement j’avais besoin d’un livre léger et divertissant sans pour autant lire du feel-good enrobé de niaiserie dégoulinante de sucrerie. Le premier tome du Bureau des ennuis magiques fut un vrai délice d’humour, de cynisme et de magie.

La Nouvelle-Orléans abrite des sorciers depuis la nuit des temps. De nos jours, le bureau de protection des humains se bat pour préserver l’ignorance dans laquelle vivent les hommes et les femmes démunis de pouvoir. Enfin, se battre est un grand mot, car les missions s’apparentent plus à une douce promenade le long des bayous qu’une chasse aux sorcier.cières tumultueuse. C’est pourquoi Ayamé rumine à longueur de journée. Elle se prend continuellement le bec avec Summer qui a une foi inébranlable dans le système jusqu’au jour où son frère et coéquipier, Spring, disparaît.

L’univers du premier tome reste basique avec le principe des magiques vivants cachés en parallèle de la société humaine, et la rupture de cet équilibre, notamment par notre duo d’enquêtrices maladroites. Si l’intrigue repose sur un mystère, elle ne se déroule pas selon un polar bien ficelé. Les indices sont découverts les uns après les autres sans dissimulation au préalable des pièces du puzzle. Le fantastique est accompagné majoritairement de l’humour et de l’action qui rythment le récit tel un concert de tambour effréné durant lequel les pauses sont rares. On a donc peu de temps pour reprendre notre souffle. Par moment, la dominance de la comédie balaye trop vite les émotions négatives.

Par exemple, Summer subit un épisode traumatisant qui change, en colère volcanique, son aptitude à temporiser et à juger les événements à l’aide du filtre licorne. Or, cette colère est éclipsée par la venue d’un nouveau personnage. En un clin d’œil, la fureur passe en mode latente alors qu’il s’agit d’une émotion forte et difficile à gérer. Si l’on omet ce genre d’invraisemblance, la magie du cynisme opère avec aisance.

Summer est l’incarnation de Barbie. Les cheveux blonds et un physique à tomber, elle ressemble à un ange qui veut être amie avec tout le monde, même Bruce, son familier infâme qui la griffe à chaque fois qu’elle souhaite le caresser. Elle est capable de voir la pureté en chaque personne dont celle d’Ayamé. Son pouvoir est détraqué et lui joue de mauvais tours au cours du récit. Si elle apparait comme un Bisounours, elle peut toutefois se transformer en dragon si on insulte son frère ou ses amis.

Sa coéquipière, Ayamé, est son opposé. Colérique, critique et toujours à la recherche de baston, la sorcière ne fond qu’en présence de Spring qu’elle rêve d’épouser. Quand il est dans les parages, elle devient mièvre et aguicheuse. Je dois avouer que j’ai eu du mal à l’apprécier à la lecture de ses deux premiers chapitres. À la base, je préfère les personnages mordants et cyniques comme elle. Cependant, le manque de respiration et son lancer de fléchettes empoisonnées incessant m’ont un peu exaspéré, ce qui a changé par la suite lorsque son caractère s’est paré de nuances et que l’on découvre son passé.

Dans cette aventure, un autre homme les accompagne. Il s’agit de Snow. Beau parleur, charmeur et imbu de lui-même, il endosse le rôle de frotte-manche du Bureau. On décèle  rapidement son imposture. Pleurnicheur et lâche, il se révèle être un gros lourd sur qui l’on ne peut pas compter. C’est une vraie tête à claques et je suis contente que Summer ouvre les yeux sur cet homme devant lequel elle tombait en pâmoison, même si la première cause de rejet concernait la défense de son frère. En effet, Snow critique Spring, ce qui l’a met en rage.

Spring est un personnage que je n’ai pas du tout apprécié d’un point de vue du caractère. C’est typiquement le genre de gars qui joue les protecteurs tout en ayant des préjugés ou des gestes inexpliqués et inassumés, surtout envers Ayamé qui, malgré sa personnalité imbuvable et son passé, fait beaucoup d’effort pour continuer à marcher dans la lumière. C’est d’ailleurs elle qui sera le plus grand soutien de Summer.

Enfin, je ne peux clore cette galerie de portraits sans parler du plus important membre de l’équipe : Cocotte ! Cette poule magique qui pète et chie des arcs-en-ciel possède un caractère franc et fort. Elle est une guerrière mémorable et un être touchant dans ses interactions avec Ayamé et Summer.

À travers ses descriptions, vous aurez sans doute compris que les thèmes tournent autour de l’amour et de l’amitié. Les apparences sont parfois trompeuses, si bien qu’il ne faut jamais s’y fier sans avoir gratté la couche de glaçage. Le gâteau peut être pourri à l’intérieur ! Une punchline de Summer m’a beaucoup plu à propos de la liberté de la femme et de la manière dont les hommes peuvent les considérer juste parce qu’ils ont bombé le torse une fois.

Vu qu’il s’agit de ma première lecture des deux autrices, je suis incapable de déceler laquelle se cache derrière les voix des héroïnes bien que le style est distinct. On les reconnait facilement. D’un côté, on a la douceur et la droiture de Summer. De l’autre, la langue acérée et crue d’Ayamé. Les sarcasmes et l’humour piquant m’ont musclé les zygomatiques. Elles ont toutes deux de belles réparties.

En bref, si vous cherchez un livre sans prise de tête pour passer un excellent moment au cœur de la magie, des familiers et métamorphes saupoudrer à coup de louche d’action, Cocotte, enlèvement et sortilège vous ravira. Ce cocktail explosif d’héroïnes badass et malchanceuses nous entraîne dans les rues de La Nouvelle-Orléans en semant la pagaille pour notre plus grand plaisir.

Le duel (Le Conte des Sept Chants / La Dernière Guerre des Dieux, #3)

  • Titre : Le Duel (le Conte des Sept Chants, La Dernière Guerre des Dieux, #3)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

L’imagination et la création amènent parfois à modifier ses plans originels. Celles de Cécile Ama Courtois sont tellement immenses que sa série Le conte des Sept Chants, rebaptisée La Dernière Guerre des Dieux, qui devait être une trilogie au départ, est devenue une quadrilogie. Le Duel reprend là où La Quête, s’est arrêtée.

Contrairement à d’habitude, je ne vais pas résumer l’histoire, car cela m’amènerait à des divulgations. Sachez simplement que ce troisième opus se divise en trois parties que l’autrice alterne pour maintenir le suspense. Ainsi, nous retrouvons finalement le seigneur félide, Elgard, dont la mission consistait à rassemble une armée pour attaquer les forces de Mörk Örn qui encerclent l’Arcoa Calya. La continuité de la recherche des porteurs des Sept Chants par la reine Saraë et ses compagnons. Enfin, le combat d’Edoran contre le démon possesseur de corps.

La structure du livre évolue dans ce tome avec l’apparition de résumés au début et insérés au sein des pages ainsi qu’un calendrier elfique. Rafraichir la mémoire des lecteurs et lectrices sur les précédents bouquins après une longue attente entre deux sorties est un atout. Toutefois, je préfère lorsqu’ils sont soit cantonnés avant l’histoire soit délayés dans la narration. Alors que j’étais plongée dans le récit, j’ai ressenti l’apparition soudaine de résumés en plein milieu, comme une coupure qui me sortait de l’intrigue.

Dans un premier temps, l’utilisation du calendrier elfique m’a perturbée en raison de son absence dans les tomes antérieurs. Cependant, j’ai vite apprécié son insertion. En effet, Le Duel présente des chapitres plus courts que ses prédécesseurs. Du coup, les titres datés et situés permettent d’accélérer le rythme de l’histoire et de connaître directement où on se trouve sur la carte et avec qui. La progression en devient tangible alors que, si je prends l’exemple de La Délégation, le manque de repère chronologique gommait le temps, ce qui seyait parfaitement à l’ambiance du tome qui servait d’introduction sous la forme d’une balade où l’on découvre les peuples et leurs richesses.

Le tempo endiablé du troisième livre ne constitue pas le seul élément que j’ai adoré. Cécile Ama Courtois a porté son art du sentimentalisme au sommet de sa plume. J’ai très vite été happée par des épisodes concis, mais emplis d’une émotion qui touche le cœur en quelques mots. Tout au long de l’histoire, elle joue avec le lecteur en usant de revirements qui lèvent le voile sur le monde obscur. On découvre le visage des ennemis. Bahran, le démon avide de liberté. La maléfique sorcière du tome 2 qui révèle ses faiblesses et deux acolytes improbables qui formeront une alliance inattendue.

Ces nouveaux protagonistes étayent l’univers d’une palette diversifiée où les Ténèbres se colorent de nuances intéressantes, à côté des anciens personnages que j’ai retrouvés avec plaisir. Surtout Thorak et Olbur pour leurs joutes verbales qui me font toujours autant rire lors de la quête qui se poursuit avec l’arrivée des porteurs des autres chants. Mission mouvementée par l’évolution de Zya et les combats intérieurs de Saraë qui ne craint plus rien. Même pas l’Unique.

À propos des thématiques, l’autrice aborde toujours celles qui lui tiennent à cœur, dont le pouvoir de l’amour à travers les nouveaux protagonistes qui vont voir leur espoir grandir grâce à ce sentiment qui redessine le monde. Le dépassement de soi possède aussi une place importante et côtoie de près les limites de ce qui est acceptable. Limites que je pourrais résumer par : Est-ce que tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins ? L’ombre n’est jamais loin de la lumière, elle l’entoure et peut la teinter, même partiellement.

En bref, Le Duel est sans aucun doute le meilleur opus de la saga Le Conte des Sept Chants/La Dernière Guerre des Dieux jusqu’à présent. Dans ce tome, Cécile met en lumière l’ombre et dépeint des personnages réalistes avec une large palette de gris. Une course effrénée entre les mondes où la frontière entre le Bien et le Mal s’estompe.    

L’Ordre d’Ellis de Victoria May

  • Titre : L’Ordre d’Ellis
  • Autrice : Victoria May  
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : fantastique

Le résumé, le soin et la qualité du premier roman de Victoria May constituent les trois éléments qui ont accroché mon attention. L’alliance entre la couverture illustrée par Tiphs dont j’apprécie beaucoup les ambiances, et la mélodie du mot Ellis serait sortie du lot au milieu d’un salon à coup sûr.

L’Ordre d’Ellis est une organisation secrète dont les membres dotés d’un pouvoir sauvent des vies pendant des catastrophes naturelles. Josh vit parmi eux depuis sa plus tendre enfance. Possédant un don de persuasion, il participe aux missions jusqu’à devenir responsable. Il prend sous son aile trois nouvelles recrues qui lui réservent bien des surprises. Au côté de Camille, Ava et Alec, il va perdre ses repères et voir d’un autre œil la société qu’il croyait connaître sur le bout des doigts.

La structure du roman repose sur deux parties non identifiables explicitement. Il s’agit surtout de mon ressenti durant ma lecture. La première concerne le placement des pions sur l’échiquier. L’autrice nous plonge dans le contexte dès le début en mettant en scène une mission. Puis, le rythme ralentit avec la gestion du nouveau groupe de Josh, qui commence par une période de team building dans une tribu amérindienne dans la forêt de Wenatchee et qui se prolonge par leur intégration à l’Ordre dans le manoir de Coldwood. 

Si cette moitié paraît longue, elle est néanmoins nécessaire. En effet, l’évolution de l’intrigue et l’action des personnages reposent sur leurs liens et leurs interactions. Or, au début, les quatre compères ne se connaissent pas du tout. Il faut donc construire leurs relations de A à Z. De plus, la romancière a osé choisir l’exercice du point de vue multiple, on voit le déroulement du récit tour à tour à travers les yeux de Josh, Ava, Camille et Alec. Un choix qui n’est pas facile à mettre en place lors d’une première écriture, mais qu’elle a réussi avec brio. À aucun moment, je n’ai ressenti d’incohérence entre les changements ou les reprises de visions ou d’éléments superflus. Au contraire, les protagonistes sont tellement étoffés que je peinerai à désigner un.e seul.e héro.ine. Ils forment tous les rouages essentiels de l’histoire. 

Pour en faire un rapide portrait, Josh est le type proche de la perfection : il doute de ses qualités de responsable malgré qu’il prenne sa fonction très à cœur. Oui, je sais, j’ai écrit perfection et doute côte à côte. Parce que pour moi, sa capacité à se remettre en question est une compétence essentielle pour les managers, et pas seulement quand on débute.  C’est ainsi que l’on peut faire évoluer son équipe dans le temps. 

Alec est le bad boy de la bande qui utilise l’Ordre pour assouvir son propre objectif. Narquois et imbuvable, il s’adoucira en comprenant que l’important ne se trouve pas forcément là où il le cherchait. 

Le mystère s’incarne en la personne d’Ava, cette danseuse issue d’une famille aisée qui s’en est détournée pour réaliser son rêve et vivre selon ses désirs. D’un naturel calme, elle panique face à la latence de son pouvoir décrit comme puissant, mais inactif. Elle manque cruellement de confiance en elle.

Enfin, Camille est déterminée et combative. Loin d’avoir la langue dans sa poche, elle se querelle souvent avec Alec. Elle soutient énormément Ava dans ses moments de doute. Cependant, elle s‘ouvre très peu. Il faudra du temps et un peu détresse avant qu’elle ne dévoile ses secrets à son équipe. Elle représente la confiance que l’on a du mal à donner aux autres. 

La seconde partie du roman enchaîne les révélations et les rebondissements. Les mystères distillés auparavant sont exposés selon un tempo qui monte en un crescendo addictif. Ainsi, la lenteur de la première moitié est largement compensée et compréhensible à la lecture de la suite. J’ai beaucoup aimé l’intégration historique qui nous fait voyager de New York à la côte ouest.

Si L’Ordre d’Ellis entre dans la catégorie du fantastique, la nature des dons et leurs réalités tangibles (sauf pour l’un ou l’autres personnages), contribue à l’originalité de ce roman. En effet, vous n’aurez pas de mutants à la X-men qui crache du feu ou se transforme en eau. Le pouvoir est plutôt intrinsèque à la nature humaine et repose sur des caractéristiques issues du corps. Un peu comme un gène qui se développe dans l’ADN pour faire évoluer l’espèce. Ainsi, nous avons la persuasion ou l’ouïe fine qui décèle le mensonge, par exemple. Ces êtres possédant un haut potentiel sont recrutés par l’Ordre pour aider l’humanité lors de catastrophes naturelles. Au cours d’un entraînement, le don est apprivoisé et amélioré, rendu plus fort. En gros, ce pouvoir est similaire au talent. Si une personne a des affinités avec la musique, elle deviendra un.e virtuose que si il ou elle le travaille. C’est cet aspect du récit qui m’a le plus plu, car il contribue à faire prendre conscience que l’on peut réussir à faire ce que l’on aime avec de l’effort. Rien n’arrive d’un claquement doigt et rien n’est facile pour personne. Seuls l’entraînement et la persévérance sont importants. En gros, il faut forger pour devenir forgeron. 

La plume de Victoria May est simple et fluide. Elle sied parfaitement à la littérature adolescente. Elle recourt plus à la narration qu’aux dialogues si bien que le bouquin tourne à l’introspection et l’observation des personnages qui tiennent le micro. 

En bref, L’Ordre d’Ellis est un premier roman qui possède des bases solides. Si la première partie peut sembler longue, la deuxième rattrape amplement le coup grâce à sa cadence et à la bonne distillation des révélations et de la montée en suspense. Les thèmes de l’amitié et de la ténacité pour accomplir ses objectifs sont au cœur de ce récit qui donne envie de se relever malgré les véritables intentions de ceux en qui l’on croyait.  

Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz

  • Titre : Le Père Noël ne devrait pas faire ça
  • Auteur : Aldo Axel Da Cruz
  • Éditeur : Autoédition (Librinova)
  • Catégorie : philosophie

Lorsque Librinova m’a proposé de lire, Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz, j’ai été de suite intriguée par l’aspect social et humain que le résumé décrivait. Ainsi, je m’attendais à une fresque psychologique où la noirceur et les non-dits s’exposeraient sur le devant de la scène. Ma première impression s’est révélée fausse. Je remercie Librinova de m’avoir envoyé ce roman en échange d’une chronique sincère.

La pieuse et déterminée Osirace accueille sa famille pour le réveillon de Noël. Contrairement aux autres années, elle redoute cet événement à cause d’un rêve prémonitoire. Le jour j, le Père Noël débarque à la plus grande joie des enfants et à l’angoisse de leur aïeule. Car sous ses airs de gentil bienfaiteur, cet illustre personnage se transforme en trouble-fête en jetant sur la table une tentation : de l’or contre l’assassinat d’une personne. Les convives ont quatre heures pour se décider. Qui de l’argent ou des liens familiaux aura le dessus ?

Le livre se présente sous la forme d’un roman. Cependant, sa structure ressemble plus à une pièce de théâtre. Surtout dans la seconde partie. Le début pose l’angoisse d’Osirace. Ensuite, le démon entre en scène en expliquant au Père Noël qu’il a ramassé dans la rue, l’expérience qu’il souhaite mener. Celui-ci désire soumettre les humains à la tentation et sonder leur âme afin de voir s’ils sont tous méchants. Enfin, l’argumentaire philosophique entre les protagonistes entre en scène.

Je parle d’argumentaire, car il s’agit bien d’un exposer de différentes philosophies. L’histoire nous plonge dans un salon digne des Lumières où Kant et bien d’autres penseurs des siècles suivants s’affrontent. L’auteur fait appel à de nombreuses citations et références qui demandent pour la plupart, un certain niveau de compréhension. Il invoque aussi bien Confucius, Nietzsche que Goldman ou les Bogdanov. La religion est également représentée par la pieuse hôtesse comme par son fils curé.

La manière dont ce débat philosophique questionne l’importance de l’argent et de la vie, me rappelle le théâtre ou une classe de philosophie, car chaque protagoniste donne son avis à tour de rôle comme si un projecteur le mettait en lumière. Il argumente d’une traite, les interventions sont très rares. Ces chapitres se clôturent d’ailleurs par un silence marquant la fin de l’acte.

Majoritairement, le discours est constitué de citations et de pensées que les personnages ont puisées dans leurs lectures. Seuls quelques un exposent leurs propres vécus. C’est pourquoi, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est plutôt à mettre dans la catégorie philosophie que sociétale. Plusieurs sujets sont traités : l’irresponsabilité de l’homme, le pouvoir de l’argent, le libre arbitre, la foi, la liberté, l’esprit de famille, etc. D’ailleurs, ce dit Père Noël est plutôt absent. Il pose le décor, reste spectateur du débat qui brise une famille qui se croyait unie.

Les personnages sont lisses. Porteurs des paroles proférées par d’autres, ils n’ont pas de profondeur. Je suis seulement capable de me souvenir d’eux par leur profession, telles des étiquettes posées à côté de leur nom pour les distinguer. Du coup, je n’ai pas ressenti d’émotion lors de leur querelle ou du dénouement dont je me doutais. L’un des exemples le plus frappant qui montre qu’ils ne servent que le discours et non l’histoire, repose sur Noëlla qui est atteinte d’un handicap dont on ne sait rien, et qui ne semble, à aucun moment, différente de ses frères et sœurs, si ce n’est sa méchanceté et son égoïsme qui éclate en premier.

La plume de l’écrivain est très simple si on omet deux-trois formules plus alambiquées qu’il utilise ou les citations qu’il retranscrit. À de nombreuses reprises, il répète la description, le titre des acteurs et même quelques citations. Le déploiement des arguments, surtout celui entre le démon et le Père Noël, m’a paru long.

En bref, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est une mine philosophique pour ceux qui adorent se plonger dans les questionnements de la vie, de la tentation et du combat du bien contre le mal. J’ai commencé à accrocher aux livres lorsque je l’ai considéré sous cet aspect d’exposé ou d’essai, et plus comme un roman avec une intrigue bien ficelée.

Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel

  • Titre : Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël
  • Autrice : Lucie Castel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : Comédie romantique

C’est avec un plaisir inhabituel que je me suis plongée dans Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel, alors qu’Halloween et la Toussaint n’étaient pas encore passées. Une lecture peu commune, car les comédies romantiques centrées sur cette fête respirent un peu trop les stéréotypes et les coutumes, à mon goût. Bien entendu, ce roman n’échappe pas à cette règle, surtout que ceux du mariage y sont joints. Pourtant, il a réussi à m’attirer dans ses guirlandes lumineuses dès la lecture de son résumé incroyable. 

Quoi de plus magique que de se marier le jour du réveillon de Noël ? Scarlett allait enfin avoir le mariage parfait dont elle avait toujours rêvé. Malheureusement, c’était sans compter la loi de Murphy. La mort de son wedding planner, étouffé par le strass d’un string de strip-teaseuse, est le premier domino qui enclenche l’enchainement des calamités. Notre héroïne doit sauver le plus beau jour de sa vie en une semaine, top chrono, tout en gérant sa famille et celle de son futur époux, car ce dernier est aux abonnés absents.

Ce roman est une véritable séance de sport pour les zygomatiques. Les situations que vit Scarlett, sont rocambolesques. Le prologue annonce directement la couleur par la mise en scène originale de la demande en mariage de William, qui n’aurait peut-être pas sauté le pas, sans l’intervention théâtrale de cette fameuse vache en travers de la route.

L’humour ne se base pas uniquement sur de l’invraisemblance. Il fait partie intégrante de l’amour entre Scarlett et William. Française d’un côté et Anglais, de l’autre, une guerre de piques (et de fourches) entre ses deux nationalités opposées par des siècles de batailles, alimente les conversations dans lesquelles aucun des deux camps ne souhaitent mettre de côté sa fierté.  

Les personnages sont diversifiés et construits avec nuance bien que leur noyau repose sur des clichés. Par exemple, nous avons Lena, l’aristocrate britannique coincée, qui ne sait pas comment montrer son amour, Thomas, l’homosexuel frivole, qui aimerait qu’on lui fasse plus confiance, ou encore Rosa, la maman encombrante, qui passe son temps à cuisiner mais qui est toujours là pour soutenir sa fille dans les pires moments. Deux protagonistes sortent du lot. Mélie, la sœur de Scarlett, qui semble sur une autre planète depuis son accident. Elle est si directe et honnête qu’elle en est déstabilisante pour le commun des mortels. C’est grâce à elle que j’ai ressenti de l’émotion lors du mariage. Lizzie, la grand-mère de William, est complètement timbrée avec ses recettes qui mettent du piquant et des couleurs dans les esprits.

L’écriture est acérée, sarcastique et cynique comme je l’aime pour ce type de comédie. Cela n’empêche pas le sérieux de pointer le bout de son nez dans certaines scènes qui abordent des sujets révoltants comme l’homophobie. Le sexisme et le patriarcat sont également de la partie. Enfin, certaines répliques amènent de la profondeur à l’histoire. J’ai adoré celle sur la robe de mariée :

Une robe ne fait qu’habiller l’âme pour qu’elle ne prenne pas froid, elle ne la définit pas. 

En bref, Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël est une bouffée de rire dans un écrin de célébration de fin d’année. Une comédie romantique comme je les apprécie car, elle présente des sujets profonds et importants en dépit des stéréotypes liés au genre. J’ai passé un excellent moment entre ses pages. Et, en cette période, ça fait un bien fou.

P.S. : Ce livre est la suite de Pas si simple. Toutefois, il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour se plonger dedans.  

La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, romance

Je remercie du fond du cœur Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son dernier roman en échange d’une chronique sincère, et d’avoir été aussi patiente et clémente face au temps que j’ai pris pour l’écrire.

Étant donné que j’aborde des éléments cruciaux du précédent tome, je vous invite à passer votre chemin sur cet article si vous ne l’avez pas lu. A moins que vous aimiez la torture à coup de spoilers.

Saraë, la haute-reine des elfes se vide de son énergie vitale pour tisser le bouclier d’amour qui protège son peuple. Les trois prêtresses se relayent à son chevet pour l’aider, quitte à en mourir. La situation semble perdue lorsque le grand mage Hermanus fait irruption dans la chambre et l’empêche de sombrer dans l’au-delà. Porteur du chant do, il rapporte à sa majesté la prophétie des sept chants et la quête pour les retrouver et sauver Gahavia. Pour ce faire, trois héros doivent être rassemblés : le Protecteur, la Double et l’Inattendu. Impatiente de retrouver Edoran parti en guerre contre les forces de Mork Örn, Saraë, devenue oracle lors de sa guérison, se montre dure en affaire. Elle donnera les noms des trois en échange de sa participation à la recherche des porteurs des chants.

Bien qu’on entre rapidement dans le vif du sujet, j’ai ressenti des longueurs dans la première partie du bouquin en raison des rappels et des explications supplémentaires sur l’univers qui arrivent presque d’un bloc. Certains passages m’ont semblé répétitifs par leur proximité comme le périple d’Hermanus qui est largement évoqué puis détaillé en profondeur quelques chapitres plus loin.

J’ai été quelque peu interloquée par les relations entre les personnages. L’autrice a fait un travail remarquable en amont pour tisser les liens entre les protagonistes. C’est indéniable. Malheureusement, elle les synthétise en quelques lignes descriptives, et fait de nombreux raccourcis sur des moments-clés que j’aurais aimé vivre avec eux. Je prendrai l’exemple de Thésis et Edoran qui forment un duo de choc sans qu’on vive la naissance de cette symbiose dans le combat. La seule véritable relation qui est traitée avec minutie, est celle entre Edoran et Saraë. Si je devais exprimer le style de ce bouquin à coup de fusain, je représenterais une balance qui ne cesse d’osciller entre fantasy et romance sans savoir quel genre choisir en priorité.

Ce résultat provient du pari que l’écrivaine s’est lancée en intégrant au noyau principal de nouveaux protagonistes plutôt que de repêcher ceux de La Délégation. Qui dit du sang frais, signifie bâtir, en repartant de zéro, de nouveaux liens en parallèle de la multitude d’événements qui doivent être relatés dans le roman pour faire avancer l’histoire.

Les épisodes de la seconde partie deviennent de plus en plus intenses et exploitent à merveille la notion de dimensions introduites avant le début de l’aventure dans le premier tome du Conte des Sept Chants. La quête qui avait des allures classiques, prend un tournant inattendu.

Parmi les nouveaux arrivants, le mage Hermanus fait figure de grand sage malgré ses nombreux préjugés envers la reine, qui tomberont les uns après les autres face à sa ténacité, son intelligence et, surtout, son aptitude à apprendre de ses erreurs rapidement. Le nain Olbur est plutôt standard : grognon et jovial. L’aelder Thesis est, quant à elle, brave et droite. Elle prend les responsabilités à bras le corps.  

Le Bestiaire inventé par Cécile Ama Courtois est l’un de mes petits plaisirs de lecture même si seules les hordes du Seigneur Noir en font partie. Elle fait preuve d’une grande imagination pour nous dépeindre ses monstres que l’on ne voudrait pas rencontrer même dans une avenue illuminée de soleil.  

Gageons que le chant des Sept pourra les exterminer grâce à l’harmonie qui apaise les ires, fait vibrer les cœurs et transcendent les langues et les peuples. C’est le pouvoir de la musique sur lequel l’histoire de La Quête est élaborée. Un art important chez la romancière au point qu’elle partage avec nous ses compositions lyriques pour accompagner le voyage des compagnons.

Sa plume est toujours aussi captivante. Elle allie le style poétique et médiéval avec brio. Le tout parsemé ça et là d’humour et teinté de noirceur pour nous faire trembler. Son écriture décrit des scènes de batailles avec détail et dynamisme.

En bref, La Quête est un second roman qui nous fait réellement entrer dans le vif du sujet. S’il m’a semblé déséquilibré au début par les raccourcis des relations entre certains personnages, la seconde partie avec le développement de l’histoire autour des sept chants ainsi que la manière de les retrouver, m’a conquise. Je me demande quel sera la tonalité du concert dans le troisième livre ?

Saturne de Julien Laoche

  • Titre : Saturne
  • Auteur : Julien Laoche
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : science-fiction

Je remercie l’auteur chaleureusement de m’avoir confié sa novella Saturne via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Obtenir ce livre fut une longue aventure grâce aux services postaux. Loin d’être une expérience désagréable, les échanges que j’ai eus avec Julien Laoche m’ont laissé une belle dédicace. Encore merci !

En l’an 2015, Raph flâne près de la mer à Concarneau lorsqu’il percute un homme aux vêtements démodés. Sur le lieu de leur rencontre, il découvre un étrange objet qui l’intrigue par son contenu. De nombreuses vidéos sur des faits historiques éloignés comme proches y sont répertoriées. Ce sont des documentaires en haute définition. Mais le plus extraordinaire reste le listing d’événements futurs dont des actes terroristes et une pandémie mondiale. Quand Pierre récupère son holophone, il est dépité de constater que sa perte à modifier le cours du temps. Ses ennuis empirent quand un hacker le fait chanter en l’empêchant de retourner à son époque.

Ce court texte est divisé en deux parties : la réflexion de Raph et le combat de Pierre. Je n’ai pas accroché à ce premier morceau qui explore divers moments de l’histoire de France du XXe siècle dont les attaques terroristes de Charlie Hebdo. Le personnage de Raph et la narration linéaire qui décrit surtout les actions, y sont sans doute pour beaucoup car dès l’intervention de Pierre, j’ai été happée dans le récit. Le touriste de l’avenir m’a semblé plus vivant et réel.

Le concept de base m’a énormément plu. Julien Laoche utilise le Test de Alan Turing inventé en 1950 pour construire une intrigue haletante avec une fin émouvante où la frontière entre machine et humain s’estompe. La véritable nature du présent de Raph et celle de Saturne sont inattendues et d’autant plus intéressantes qu’elles s’éloignent du voyage temporel classique.

Le style d’écriture est simple. Les phrases sont courtes et la narration est fluide. Le romancier utilise des notions issues de l’informatique. Il fait même référence à des vestiges du passé qui peuvent dérouter lorsque l’on ne connait pas tous les systèmes d’exploitation des ordinateurs depuis leur avènement dans les maisons des particuliers.

L’auteur nous offre un bonus à la fin de son livre avec La solution mettant en scène le Docteur Joliot et son assistant Turing qui reçoivent enfin les conclusions de Jean Zay une intelligence artificielle à propos de la réduction des gaz à effet de serre. Le rapport de la machine m’a fait éclater de rire tant il est d’actualité et que je m’attendais à une autre idée.

En bref, Saturne est une novella en demi-teinte avec un début un peu fade mais une seconde partie qui vaut réellement la peine d’être lue que ce soit pour son style entrainant, le concept exploité par l’auteur ou la tournure des événements et les révélations.   

Anno Domini 1304 de Laufeust

  • Titre : Anno Domini 1304
  • Auteur : Laufeust
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : thriller, historique

Je remercie chaleureusement Laufeust de m’avoir confié via la plateforme SimPlement.pro, son premier roman autoédité qui nous plonge dans le Moyen-Âge sous le règne de Philippe le Bel.

Automne 1304. Loup d’Essac se rend à Château-Porcien pour résoudre le meurtre cruel du capitaine de la garde d’Eudes du Castel. Mutilé et écorché vivant, l’homme est retrouvé une cuillère en argent plantée dans le cœur. Ustensile rare pour l’époque en raison de la préciosité du matériau et de son décor finement ouvragé. Avec l’aide de sa précieuse partenaire, Sybille, l’envoyé royal mène l’enquête en supportant tant bien que mal les affronts odieux et répétés du criminel et la colère démente du seigneur des lieux.

L’écrivain dépeint avec authenticité cette période de l’histoire. Il ne plante pas seulement le décor d’une cité médiévale agglutinée autour du château seigneurial et englobée par la forêt dangereusement remplie de loups. Il base son intrigue et construit ses personnages sur ses fondements. Il exploite la violence brute considérée comme normale dans certains cas par la population, ainsi que les craintes et les superstitions autour de la sorcellerie et le diable.  

Une ère où les femmes comme Sybille la bretteuse et Sylvaine la rebouteuse dérangent car elles ne rentrent pas dans le moule dicté par la gente masculine. La première accompagne Loup d’Essac tout en restant dans son ombre pour ne pas attirer les foudres de ce monde étroit d’esprit. La seconde est tour à tour aimée pour ses remèdes et rejetée pour ses connaissances en médecine qui est une discipline réservée aux mâles.

Les autres protagonistes sont en concordance avec la réalité et le contexte du Moyen-Âge. L’auteur leur tire un portrait sans filtre. Seul l’envoyé royal semble en partie en avance sur son temps. Notamment par l’équité avec laquelle il traite sa partenaire. Toutefois, il possède une certaine fierté due à son rang de noble et à son titre, ce qui lui fait prendre des risques en raison de sa rivalité avec Eudes du Castel.

La plume de Laufeust me fait penser aux romanciers du XIXe siècle. Elle est très descriptive et empreinte de poétisme. Les métaphores rendent vivant le décor grâce à un style visuel et dynamique. Il a le don pour construire les ambiances angoissantes et les scènes morbides. La violence des crimes est inouïe tellement elle est barbare, sauvage et terriblement primitive. Surtout quand la torture entre en jeu pour assouvir les plaisirs bestiaux et lubriques des hommes. Âmes sensibles abstenez-vous.

Outre l’efficacité des atmosphères, le rythme et l’intensité de l’intrigue sont dans l’ensemble bien menés. Néanmoins, quelques formules alourdissent la narration et l’histoire souffre de longueurs par moment. Pour un souci de réalisme, l’auteur use de vocabulaire historique expliqué en note de bas de page. Les nobles ont le verbe soutenu et les gueux un registre familier qui se rapproche parfois du patois.

En bref, Anno Domini 1304 est un thriller médiéval sinistre qui met en scène la noirceur humaine dans ce qu’elle a de plus bestiale et horrifique. L’écrivain nous immerge aisément dans les abysses les plus ténébreuses de cette période en maniant les mots avec dextérité.