Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz

  • Titre : Le Père Noël ne devrait pas faire ça
  • Auteur : Aldo Axel Da Cruz
  • Éditeur : Autoédition (Librinova)
  • Catégorie : philosophie

Lorsque Librinova m’a proposé de lire, Le Père Noël ne devrait pas faire ça d’Aldo Axel Da Cruz, j’ai été de suite intriguée par l’aspect social et humain que le résumé décrivait. Ainsi, je m’attendais à une fresque psychologique où la noirceur et les non-dits s’exposeraient sur le devant de la scène. Ma première impression s’est révélée fausse. Je remercie Librinova de m’avoir envoyé ce roman en échange d’une chronique sincère.

La pieuse et déterminée Osirace accueille sa famille pour le réveillon de Noël. Contrairement aux autres années, elle redoute cet événement à cause d’un rêve prémonitoire. Le jour j, le Père Noël débarque à la plus grande joie des enfants et à l’angoisse de leur aïeule. Car sous ses airs de gentil bienfaiteur, cet illustre personnage se transforme en trouble-fête en jetant sur la table une tentation : de l’or contre l’assassinat d’une personne. Les convives ont quatre heures pour se décider. Qui de l’argent ou des liens familiaux aura le dessus ?

Le livre se présente sous la forme d’un roman. Cependant, sa structure ressemble plus à une pièce de théâtre. Surtout dans la seconde partie. Le début pose l’angoisse d’Osirace. Ensuite, le démon entre en scène en expliquant au Père Noël qu’il a ramassé dans la rue, l’expérience qu’il souhaite mener. Celui-ci désire soumettre les humains à la tentation et sonder leur âme afin de voir s’ils sont tous méchants. Enfin, l’argumentaire philosophique entre les protagonistes entre en scène.

Je parle d’argumentaire, car il s’agit bien d’un exposer de différentes philosophies. L’histoire nous plonge dans un salon digne des Lumières où Kant et bien d’autres penseurs des siècles suivants s’affrontent. L’auteur fait appel à de nombreuses citations et références qui demandent pour la plupart, un certain niveau de compréhension. Il invoque aussi bien Confucius, Nietzsche que Goldman ou les Bogdanov. La religion est également représentée par la pieuse hôtesse comme par son fils curé.

La manière dont ce débat philosophique questionne l’importance de l’argent et de la vie, me rappelle le théâtre ou une classe de philosophie, car chaque protagoniste donne son avis à tour de rôle comme si un projecteur le mettait en lumière. Il argumente d’une traite, les interventions sont très rares. Ces chapitres se clôturent d’ailleurs par un silence marquant la fin de l’acte.

Majoritairement, le discours est constitué de citations et de pensées que les personnages ont puisées dans leurs lectures. Seuls quelques un exposent leurs propres vécus. C’est pourquoi, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est plutôt à mettre dans la catégorie philosophie que sociétale. Plusieurs sujets sont traités : l’irresponsabilité de l’homme, le pouvoir de l’argent, le libre arbitre, la foi, la liberté, l’esprit de famille, etc. D’ailleurs, ce dit Père Noël est plutôt absent. Il pose le décor, reste spectateur du débat qui brise une famille qui se croyait unie.

Les personnages sont lisses. Porteurs des paroles proférées par d’autres, ils n’ont pas de profondeur. Je suis seulement capable de me souvenir d’eux par leur profession, telles des étiquettes posées à côté de leur nom pour les distinguer. Du coup, je n’ai pas ressenti d’émotion lors de leur querelle ou du dénouement dont je me doutais. L’un des exemples le plus frappant qui montre qu’ils ne servent que le discours et non l’histoire, repose sur Noëlla qui est atteinte d’un handicap dont on ne sait rien, et qui ne semble, à aucun moment, différente de ses frères et sœurs, si ce n’est sa méchanceté et son égoïsme qui éclate en premier.

La plume de l’écrivain est très simple si on omet deux-trois formules plus alambiquées qu’il utilise ou les citations qu’il retranscrit. À de nombreuses reprises, il répète la description, le titre des acteurs et même quelques citations. Le déploiement des arguments, surtout celui entre le démon et le Père Noël, m’a paru long.

En bref, Le Père Noël ne devrait pas faire ça est une mine philosophique pour ceux qui adorent se plonger dans les questionnements de la vie, de la tentation et du combat du bien contre le mal. J’ai commencé à accrocher aux livres lorsque je l’ai considéré sous cet aspect d’exposé ou d’essai, et plus comme un roman avec une intrigue bien ficelée.

Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel

  • Titre : Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël
  • Autrice : Lucie Castel
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : Comédie romantique

C’est avec un plaisir inhabituel que je me suis plongée dans Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël de Lucie Castel, alors qu’Halloween et la Toussaint n’étaient pas encore passées. Une lecture peu commune, car les comédies romantiques centrées sur cette fête respirent un peu trop les stéréotypes et les coutumes, à mon goût. Bien entendu, ce roman n’échappe pas à cette règle, surtout que ceux du mariage y sont joints. Pourtant, il a réussi à m’attirer dans ses guirlandes lumineuses dès la lecture de son résumé incroyable. 

Quoi de plus magique que de se marier le jour du réveillon de Noël ? Scarlett allait enfin avoir le mariage parfait dont elle avait toujours rêvé. Malheureusement, c’était sans compter la loi de Murphy. La mort de son wedding planner, étouffé par le strass d’un string de strip-teaseuse, est le premier domino qui enclenche l’enchainement des calamités. Notre héroïne doit sauver le plus beau jour de sa vie en une semaine, top chrono, tout en gérant sa famille et celle de son futur époux, car ce dernier est aux abonnés absents.

Ce roman est une véritable séance de sport pour les zygomatiques. Les situations que vit Scarlett, sont rocambolesques. Le prologue annonce directement la couleur par la mise en scène originale de la demande en mariage de William, qui n’aurait peut-être pas sauté le pas, sans l’intervention théâtrale de cette fameuse vache en travers de la route.

L’humour ne se base pas uniquement sur de l’invraisemblance. Il fait partie intégrante de l’amour entre Scarlett et William. Française d’un côté et Anglais, de l’autre, une guerre de piques (et de fourches) entre ses deux nationalités opposées par des siècles de batailles, alimente les conversations dans lesquelles aucun des deux camps ne souhaitent mettre de côté sa fierté.  

Les personnages sont diversifiés et construits avec nuance bien que leur noyau repose sur des clichés. Par exemple, nous avons Lena, l’aristocrate britannique coincée, qui ne sait pas comment montrer son amour, Thomas, l’homosexuel frivole, qui aimerait qu’on lui fasse plus confiance, ou encore Rosa, la maman encombrante, qui passe son temps à cuisiner mais qui est toujours là pour soutenir sa fille dans les pires moments. Deux protagonistes sortent du lot. Mélie, la sœur de Scarlett, qui semble sur une autre planète depuis son accident. Elle est si directe et honnête qu’elle en est déstabilisante pour le commun des mortels. C’est grâce à elle que j’ai ressenti de l’émotion lors du mariage. Lizzie, la grand-mère de William, est complètement timbrée avec ses recettes qui mettent du piquant et des couleurs dans les esprits.

L’écriture est acérée, sarcastique et cynique comme je l’aime pour ce type de comédie. Cela n’empêche pas le sérieux de pointer le bout de son nez dans certaines scènes qui abordent des sujets révoltants comme l’homophobie. Le sexisme et le patriarcat sont également de la partie. Enfin, certaines répliques amènent de la profondeur à l’histoire. J’ai adoré celle sur la robe de mariée :

Une robe ne fait qu’habiller l’âme pour qu’elle ne prenne pas froid, elle ne la définit pas. 

En bref, Comment j’ai failli ne pas me marier à Noël est une bouffée de rire dans un écrin de célébration de fin d’année. Une comédie romantique comme je les apprécie car, elle présente des sujets profonds et importants en dépit des stéréotypes liés au genre. J’ai passé un excellent moment entre ses pages. Et, en cette période, ça fait un bien fou.

P.S. : Ce livre est la suite de Pas si simple. Toutefois, il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour se plonger dedans.  

La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Quête (Le Conte des Sept Chants, #2)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, romance

Je remercie du fond du cœur Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son dernier roman en échange d’une chronique sincère, et d’avoir été aussi patiente et clémente face au temps que j’ai pris pour l’écrire.

Étant donné que j’aborde des éléments cruciaux du précédent tome, je vous invite à passer votre chemin sur cet article si vous ne l’avez pas lu. A moins que vous aimiez la torture à coup de spoilers.

Saraë, la haute-reine des elfes se vide de son énergie vitale pour tisser le bouclier d’amour qui protège son peuple. Les trois prêtresses se relayent à son chevet pour l’aider, quitte à en mourir. La situation semble perdue lorsque le grand mage Hermanus fait irruption dans la chambre et l’empêche de sombrer dans l’au-delà. Porteur du chant do, il rapporte à sa majesté la prophétie des sept chants et la quête pour les retrouver et sauver Gahavia. Pour ce faire, trois héros doivent être rassemblés : le Protecteur, la Double et l’Inattendu. Impatiente de retrouver Edoran parti en guerre contre les forces de Mork Örn, Saraë, devenue oracle lors de sa guérison, se montre dure en affaire. Elle donnera les noms des trois en échange de sa participation à la recherche des porteurs des chants.

Bien qu’on entre rapidement dans le vif du sujet, j’ai ressenti des longueurs dans la première partie du bouquin en raison des rappels et des explications supplémentaires sur l’univers qui arrivent presque d’un bloc. Certains passages m’ont semblé répétitifs par leur proximité comme le périple d’Hermanus qui est largement évoqué puis détaillé en profondeur quelques chapitres plus loin.

J’ai été quelque peu interloquée par les relations entre les personnages. L’autrice a fait un travail remarquable en amont pour tisser les liens entre les protagonistes. C’est indéniable. Malheureusement, elle les synthétise en quelques lignes descriptives, et fait de nombreux raccourcis sur des moments-clés que j’aurais aimé vivre avec eux. Je prendrai l’exemple de Thésis et Edoran qui forment un duo de choc sans qu’on vive la naissance de cette symbiose dans le combat. La seule véritable relation qui est traitée avec minutie, est celle entre Edoran et Saraë. Si je devais exprimer le style de ce bouquin à coup de fusain, je représenterais une balance qui ne cesse d’osciller entre fantasy et romance sans savoir quel genre choisir en priorité.

Ce résultat provient du pari que l’écrivaine s’est lancée en intégrant au noyau principal de nouveaux protagonistes plutôt que de repêcher ceux de La Délégation. Qui dit du sang frais, signifie bâtir, en repartant de zéro, de nouveaux liens en parallèle de la multitude d’événements qui doivent être relatés dans le roman pour faire avancer l’histoire.

Les épisodes de la seconde partie deviennent de plus en plus intenses et exploitent à merveille la notion de dimensions introduites avant le début de l’aventure dans le premier tome du Conte des Sept Chants. La quête qui avait des allures classiques, prend un tournant inattendu.

Parmi les nouveaux arrivants, le mage Hermanus fait figure de grand sage malgré ses nombreux préjugés envers la reine, qui tomberont les uns après les autres face à sa ténacité, son intelligence et, surtout, son aptitude à apprendre de ses erreurs rapidement. Le nain Olbur est plutôt standard : grognon et jovial. L’aelder Thesis est, quant à elle, brave et droite. Elle prend les responsabilités à bras le corps.  

Le Bestiaire inventé par Cécile Ama Courtois est l’un de mes petits plaisirs de lecture même si seules les hordes du Seigneur Noir en font partie. Elle fait preuve d’une grande imagination pour nous dépeindre ses monstres que l’on ne voudrait pas rencontrer même dans une avenue illuminée de soleil.  

Gageons que le chant des Sept pourra les exterminer grâce à l’harmonie qui apaise les ires, fait vibrer les cœurs et transcendent les langues et les peuples. C’est le pouvoir de la musique sur lequel l’histoire de La Quête est élaborée. Un art important chez la romancière au point qu’elle partage avec nous ses compositions lyriques pour accompagner le voyage des compagnons.

Sa plume est toujours aussi captivante. Elle allie le style poétique et médiéval avec brio. Le tout parsemé ça et là d’humour et teinté de noirceur pour nous faire trembler. Son écriture décrit des scènes de batailles avec détail et dynamisme.

En bref, La Quête est un second roman qui nous fait réellement entrer dans le vif du sujet. S’il m’a semblé déséquilibré au début par les raccourcis des relations entre certains personnages, la seconde partie avec le développement de l’histoire autour des sept chants ainsi que la manière de les retrouver, m’a conquise. Je me demande quel sera la tonalité du concert dans le troisième livre ?

Saturne de Julien Laoche

  • Titre : Saturne
  • Auteur : Julien Laoche
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : science-fiction

Je remercie l’auteur chaleureusement de m’avoir confié sa novella Saturne via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Obtenir ce livre fut une longue aventure grâce aux services postaux. Loin d’être une expérience désagréable, les échanges que j’ai eus avec Julien Laoche m’ont laissé une belle dédicace. Encore merci !

En l’an 2015, Raph flâne près de la mer à Concarneau lorsqu’il percute un homme aux vêtements démodés. Sur le lieu de leur rencontre, il découvre un étrange objet qui l’intrigue par son contenu. De nombreuses vidéos sur des faits historiques éloignés comme proches y sont répertoriées. Ce sont des documentaires en haute définition. Mais le plus extraordinaire reste le listing d’événements futurs dont des actes terroristes et une pandémie mondiale. Quand Pierre récupère son holophone, il est dépité de constater que sa perte à modifier le cours du temps. Ses ennuis empirent quand un hacker le fait chanter en l’empêchant de retourner à son époque.

Ce court texte est divisé en deux parties : la réflexion de Raph et le combat de Pierre. Je n’ai pas accroché à ce premier morceau qui explore divers moments de l’histoire de France du XXe siècle dont les attaques terroristes de Charlie Hebdo. Le personnage de Raph et la narration linéaire qui décrit surtout les actions, y sont sans doute pour beaucoup car dès l’intervention de Pierre, j’ai été happée dans le récit. Le touriste de l’avenir m’a semblé plus vivant et réel.

Le concept de base m’a énormément plu. Julien Laoche utilise le Test de Alan Turing inventé en 1950 pour construire une intrigue haletante avec une fin émouvante où la frontière entre machine et humain s’estompe. La véritable nature du présent de Raph et celle de Saturne sont inattendues et d’autant plus intéressantes qu’elles s’éloignent du voyage temporel classique.

Le style d’écriture est simple. Les phrases sont courtes et la narration est fluide. Le romancier utilise des notions issues de l’informatique. Il fait même référence à des vestiges du passé qui peuvent dérouter lorsque l’on ne connait pas tous les systèmes d’exploitation des ordinateurs depuis leur avènement dans les maisons des particuliers.

L’auteur nous offre un bonus à la fin de son livre avec La solution mettant en scène le Docteur Joliot et son assistant Turing qui reçoivent enfin les conclusions de Jean Zay une intelligence artificielle à propos de la réduction des gaz à effet de serre. Le rapport de la machine m’a fait éclater de rire tant il est d’actualité et que je m’attendais à une autre idée.

En bref, Saturne est une novella en demi-teinte avec un début un peu fade mais une seconde partie qui vaut réellement la peine d’être lue que ce soit pour son style entrainant, le concept exploité par l’auteur ou la tournure des événements et les révélations.   

Anno Domini 1304 de Laufeust

  • Titre : Anno Domini 1304
  • Auteur : Laufeust
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : thriller, historique

Je remercie chaleureusement Laufeust de m’avoir confié via la plateforme SimPlement.pro, son premier roman autoédité qui nous plonge dans le Moyen-Âge sous le règne de Philippe le Bel.

Automne 1304. Loup d’Essac se rend à Château-Porcien pour résoudre le meurtre cruel du capitaine de la garde d’Eudes du Castel. Mutilé et écorché vivant, l’homme est retrouvé une cuillère en argent plantée dans le cœur. Ustensile rare pour l’époque en raison de la préciosité du matériau et de son décor finement ouvragé. Avec l’aide de sa précieuse partenaire, Sybille, l’envoyé royal mène l’enquête en supportant tant bien que mal les affronts odieux et répétés du criminel et la colère démente du seigneur des lieux.

L’écrivain dépeint avec authenticité cette période de l’histoire. Il ne plante pas seulement le décor d’une cité médiévale agglutinée autour du château seigneurial et englobée par la forêt dangereusement remplie de loups. Il base son intrigue et construit ses personnages sur ses fondements. Il exploite la violence brute considérée comme normale dans certains cas par la population, ainsi que les craintes et les superstitions autour de la sorcellerie et le diable.  

Une ère où les femmes comme Sybille la bretteuse et Sylvaine la rebouteuse dérangent car elles ne rentrent pas dans le moule dicté par la gente masculine. La première accompagne Loup d’Essac tout en restant dans son ombre pour ne pas attirer les foudres de ce monde étroit d’esprit. La seconde est tour à tour aimée pour ses remèdes et rejetée pour ses connaissances en médecine qui est une discipline réservée aux mâles.

Les autres protagonistes sont en concordance avec la réalité et le contexte du Moyen-Âge. L’auteur leur tire un portrait sans filtre. Seul l’envoyé royal semble en partie en avance sur son temps. Notamment par l’équité avec laquelle il traite sa partenaire. Toutefois, il possède une certaine fierté due à son rang de noble et à son titre, ce qui lui fait prendre des risques en raison de sa rivalité avec Eudes du Castel.

La plume de Laufeust me fait penser aux romanciers du XIXe siècle. Elle est très descriptive et empreinte de poétisme. Les métaphores rendent vivant le décor grâce à un style visuel et dynamique. Il a le don pour construire les ambiances angoissantes et les scènes morbides. La violence des crimes est inouïe tellement elle est barbare, sauvage et terriblement primitive. Surtout quand la torture entre en jeu pour assouvir les plaisirs bestiaux et lubriques des hommes. Âmes sensibles abstenez-vous.

Outre l’efficacité des atmosphères, le rythme et l’intensité de l’intrigue sont dans l’ensemble bien menés. Néanmoins, quelques formules alourdissent la narration et l’histoire souffre de longueurs par moment. Pour un souci de réalisme, l’auteur use de vocabulaire historique expliqué en note de bas de page. Les nobles ont le verbe soutenu et les gueux un registre familier qui se rapproche parfois du patois.

En bref, Anno Domini 1304 est un thriller médiéval sinistre qui met en scène la noirceur humaine dans ce qu’elle a de plus bestiale et horrifique. L’écrivain nous immerge aisément dans les abysses les plus ténébreuses de cette période en maniant les mots avec dextérité.

La mystérieuse maison de poupées de Miss A. Purple

  • Titre : La mystérieuse maison de poupées
  • Autrice : Miss A. Purple
  • Éditeur : Librinova
  • Catégorie : Policier

Je remercie chaleureusement Librinova de m’avoir confié en service presse et en échange d’un avis honnête La mystérieuse maison de poupées de Miss A. Purple. Un policier français, situé en Bretagne pour être précise, qui m’a intrigué par son résumé.

Evana Young est sur le point de partir au boulot lorsqu’elle trouve une énorme caisse posée devant chez elle. Curieuse, elle l’ouvre malgré les risques liés à son métier de policière. A sa grande surprise, elle renferme une maison de poupées digne des plus grands miniaturistes. Chaque détail est réalisé avec soin et réalisme. Une mélodie précède l’ouverture d’une pièce où la jeune femme trouve des poupées mises en scène. Ce colis se transforme en message lorsqu’elle comprend qu’il lui indique des crimes. Le compte à rebours pour débusquer le tueur avant qu’il n’exécute ses prochaines victimes est enclenché.

Mon avis sur cette histoire est mitigé. Elle possède du potentiel surtout par son idée de départ, la maison de poupées qui dévoile progressivement les meurtres, et un personnage principal fort. Toutefois, avoir une bonne idée ne suffit pas à faire un bon roman. Ici, on ressent qu’il s’agit d’une première écriture par la forme, le style, la cohérence, les dialogues et le manque de nuance des personnages secondaires. A plusieurs reprises, j’ai ressenti un déséquilibre dans le traitement de ces différents aspects.

Evana Young est une femme charismatique qui dirige son équipe avec un esprit ouvert. Depuis sa plus tendre enfance, elle préfère jouer à la police et au voleur plutôt qu’à la Barbie. Pourtant, la maison de poupées l’attire inexorablement. Son instinct l’a pousse inconsciemment à s’y intéresser dès qu’elle pose les yeux dessus. Ayant un sens aigu de la justice, elle est émotive et déteste ne pas aller au bout des affaires, ce qui lui vaut quelques réprimandes de la part de ses chefs.

Si les autres acteurs possèdent des visages distincts, ils se confondent très vite les uns avec les autres. L’autrice dépeint une société et un cadre de travail trop parfait. Si on omet les meurtres bien entendu. Tout le monde est trop poli, trop conciliant. J’ai trouvé l’attitude des policiers presque bon enfant sur l’enquête du premier homicide. Lorsqu’une dispute éclate, elle est résolue en cinq minutes par la combinaison : excuse, explications et pardon. Peu de personnes agissent de cette manière dans la vie réelle. C’est trop idéal pour être vrai et réaliste même si je suis pour la communication non-violente. Mise à part les passages avec Noah, j’ai souvent eu l’impression que la plupart des personnages parlaient de manière similaire, avec des tournures identiques, la même intonation quels que soient leur origine, leur âge ou leur éducation.

La plume de Miss A. Purple est simple et par moment répétitive. Elle utilise souvent les mêmes termes. Telle sa maison de poupée, elle a une vision détaillée des scènes si bien qu’elle décrit de trop. Chaque emplacement de voiture, la position exacte des maisons dans le quartier, etc. Comme beaucoup de premier roman, les personnages font l’objet d’un cv dès leur introduction dans le récit au lieu de voir leurs informations distillées pour ne pas alourdir la narration.  Un dernier point concernant le style de l’écrivaine est le côté décousu de son bouquin. La succession des actes se passent souvent sans transition. Elle n’amène pas l’ambiance, elle la pose simplement devant le lecteur. Ainsi, je sais ce qu’elle veut faire passer mais je ne l’ai pas ressenti. Ce qui est dommage car certains de ses dialogues possèdent une vraie force pour traduire les sentiments des personnages. Alors que d’autres manquent de nuance.

Ce polar véhicule des questions sociétales importantes telles le courage des personnes à mobilité réduite pour affronter la vie malgré leur handicap, la maltraitance des enfants par leurs propres parents, la violence conjugale et la peur du coming out.

En bref, La mystérieuse maison de poupée est un premier roman déséquilibré. Après avoir lu le résumé et son idée originale, je m’attendais à être happée par l’enquête et la course contre la montre entre Evana et le meurtrier. J’ai plutôt été frustrée par les lacunes d’un premier projet qui a pourtant un vrai potentiel malgré le côté prévisible de la fin.

Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Etolien le Manchot est la seconde nouvelle du projet Le Cycle de Barcil de Jean-Marc Dopffer. L’ensemble des dix histoires concentrées sur un personnage, peuvent se lire indépendamment les unes des autres. Un roman clôturera la série. Je vous invite à consulter son site (http://dopffer.fr/) pour en savoir plus. Je remercie l’auteur de m’avoir proposé de chroniquer l’une de ses pépites via le site SimPlement.pro.

Alors que les vapeurs du sommeil se dissipent, Etolien se remémore sa nuit d’alcool et de sexe passée dans les bras de Sylvana, l’épouse d’un soldat parti en guerre, qu’il quitte au petit matin. Il rejoint la Guilde des Assassins dirigée par Horak où des révélations et des sacrifices l’attendent de pied ferme.

Ce second volet du monde de Barcil nous entraîne à la capitale de Tigyl, Val d’Aquelys, ou plutôt dans ses bas-fonds où la vermine, l’alcool et le sang encrassent chaque recoin et où des complots sont fomentés à l’ombre de la couronne.  

Etolien est un géant de l’ouest ayant connu de nombreux combats. Il désire se tourner vers une activité plus perfide. Après avoir fait ses preuves, il entre au service de Horak, le chef des assassins, un être efficace et cupide qui se faufile plus vite que les ombres vers la jugulaire de ses victimes. Ensemble, ils se lancent dans une besogne à la récompense dorée et clinquante conséquente. Un gros pactole contre l’accomplissement d’une mission de haute importance vu que la cible fait partie de l’éminent Ordre de Pugy.

Si la dague d’Etolien est aussi acérée que son regard, son cœur bat d’un certain héroïsme envers les pauvres, les femmes et les orphelins qui le fait hésiter entre l’envie de suivre Horak et celle de secourir les esclaves. Un peu comme une sorte de Robin des Bois. Il supporte difficilement que leurs missions génèrent des dommages collatéraux, surtout quand ceux-ci possèdent le visage d’une femme.

Cette intrigue est enveloppée d’une plume exquise qui utilise des mots choisis avec précision pour décrire l’atmosphère malsaine et sombre. En peu de lignes, j’ai été plongée dans les venelles de la capitale et les tavernes crasseuses. Le style visuel et efficace arrive à faire monter la tension et le suspense.

En bref, Etolien le Manchot délivre une histoire simple mais captivante grâce à la virtuosité de l’écriture de Jean-Marc Dopffer qui manie les mots avec poétisme et pose les ambiances en un clin d’œil.

DRAGONS et autres bestioles d’Alizée Villemin

  • Titre : DRAGONS et autres bestioles
  • Auteur : Alizée Villemin
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : nouvelles, fantasy, comédie

Après avoir dévoré l’aventure catastrophique des fils du Corbeau, c’est avec plaisir que je me suis délectée du nouveau recueil de nouvelles d’Alizée Villemin. Un énorme merci à l’autrice de m’avoir confié son livre en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro

Cet ouvrage présente neuf récits hilarants ou charmants qui inversent et jouent avec les codes de la fantasy. Vous ne verrez plus les créatures fantastiques de la même manière entre un dragon végétarien qui va délivrer une princesse pour de la mousse au chocolat (meilleure raison au monde pour faire ce job ingrat), des licornes pas si merveilleuses que ça avec leur caractère de cochon, ou encore une fée gothique qui sympathise avec un dragon des glaces.

L’autrice ne s’amuse pas seulement à inverser les qualités et les défauts de ces fabuleux personnages, elle ose introduire des thématiques actuelles dans le genre de la fantasy. Ainsi, les dragons ne sont pas seulement friands de légumes, ils veulent du bio et du commerce équitable. 2020 l’a également inspirée pour un mage au nom qu’on voudrait oublier et qui ne se dandine pas comme un jeune homme en dansant malgré son âge avancé. La magie ne semble pas être assez puissante pour éliminer l’arthrose et les rhumatismes de ce vieux sorcier.  

Deux nouvelles tranchent un peu avec le reste des récits. Il s’agit de La Voie de fay et de Corignis Surprise ! La première par la bataille identitaire de deux êtres qui vont se rencontrer et s’accepter tel qu’ils sont. Ils désirent vivre en étant eux-mêmes sans être jugés par leurs pairs. La seconde par la beauté de la fin et le genre qui délaisse le fantasy médiéval pour un Paris steampunk où les Dragons-cyborgs ont envahi le paysage.

J’ai énuméré pas mal de détails de ce recueil. Et pourtant, je ne vous ai décrit qu’une pincée de la richesse de ce livre dont la plume légère, visuelle, dynamique et fluide nous entraîne dans un moment de pur plaisir et de musculation des zygomatiques.

« Tout l’air de l’Himalaya circulait entre ses deux oreilles, sans rencontrer le moindre obstacle neuronal. »

En bref, DRAGONS et autres bestioles du même acabit pour vous donner le titre complet, est un recueil à glisser de son fauteuil à cause d’une crise de fou rire. En plus de présenter une nouvelle vision sur les créatures fantastiques, il véhicule des idées contemporaines avec humour et brio.

Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories :nouvelle, fantasy

Le cycle de Barcil est une série de dix nouvelles écrites et autoéditées par Jean-Marc Dopffer. Chaque histoire met en scène un personnage qui aura un rôle important dans un roman clôturant la saga. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir une fois de plus permis de plonger dans son univers. Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à visiter son site où une carte de Barcil vous attend.

Riguel est issu d’un clan des hommes du nord. Svalbardien dans l’âme, il prend la dague de ses ancêtres pour passer l’Epreuve des Guerriers et avoir droit de porter une épée au côté des combattants. Rapporter la tête d’un ours est un rite ancestral de passage à l’âge adulte qui doit se faire en solitaire dans le Désert Blanc. Cette terre enneigée et hostile qui met le cœur des hommes à nu. Il partait pour atteindre son objectif, il va faire une rencontre bouleversante.  

Cette aventure nous dévoile le pays nordique et les adversaires que les Tigyliens affrontent au Pont Frontière lors de la seconde aventure du cycle de Barcil (Gienah, la Mercenaire). Contrairement à ses précédents récits, ce chapitre est plus lent à démarrer. La narration prend le temps de l’introspection en présentant le passé de Riguel et sa nature sensible sous la couche de muscles et l’aspect brute. Elle est le reflet de la méditation que le voyage dans ce paysage blanc engendre. Par la suite, l’action reprend le dessus en prenant un tournant des plus surprenants.

La mythologie autour du dieu des Glaces, Svanhyel, est légèrement mise en avant. Le rideau est partiellement levé sur la nature du mur au bout de l’océan et la légendaire Astragan. Progressivement, l’écrivain dessine son univers à travers les intrigues et les yeux de ses personnages.

Il s’inspire des visions antiques des Grecs et des Romains sur les hommes du nord pour dépeindre le barbare Riguel, qui, s’il peut être téméraire, possède quelques fois, une certaine prudence et intelligence. Il est à l’écoute et prompt à apprendre des autres. Sous les traits durs, Jean-Marc Dopffer gomme la violence bêtement véhiculée de siècle en siècle pour dévoiler un être bien plus sensible qu’il n’y parait, et une civilisation qui lutte contre l’inhospitalité de la glace pour survivre. Riguel aime profondément sa tribu et il est mû par le désir de venger son père. La seule raison qui peut faire vaciller sa détermination, est l’action des dieux. Il est croyant au point de les craindre.

Dans ce tome, le cadre de fantasy médiéval est pour la première fois ébranlé par un monde différent. Je vous laisse découvrir lequel. Si cette nouvelle montre les prémisses de l’incidence d’une telle rencontre, je suis curieuse de connaître ce que celle-ci va engendrer par la suite.  

La plume de l’auteur est toujours aussi délicieuse à lire. Poétique et visuelle, elle esquisse la blancheur de la banquise et la monstruosité des Rahus avec réalisme. Elle rend palpable ce monde qui balance entre hostilité et plénitude.

En bref, Riguel le Téméraire déploie une histoire légèrement différente des précédentes par sa structure et son début méditatif. Elle marque un tournant dans la ligne temporelle de Barcil qui commençait déjà à vaciller dans les récits antérieurs. J’ai hâte de lire la suite.

Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Après Gienah et Yencil, je viens de me plonger dans le passé d’Orglin qui m’avait posé question dans la nouvelle présentant le dieu de la guerre. Un grand merci à Jean-Marc Dopffer de m’avoir encore une fois donné l’opportunité d’approfondir son monde avec le premier récit du Cycle de Barcil (via SimPlement.pro). Pour rappel, l’auteur a le projet d’écrire dix récits mettant en scène des personnages qui seront réunis dans un ultime roman. N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site pour en apprendre plus.

La guerre des Elfes et des Hommes n’a laissé qu’horreur et tristesse par les innombrables corps massacrés à coup de flèches et d’épées. Syph et Himir en prennent pleinement conscience à la fin de la guerre. Alors qu’ils sont ennemis à la base, ils errent ensemble vers un lieu reculé et loin de la stupidité des espèces. De leur union naîtra Orglin qui est au cœur d’une prophétie édictée par Yencil qui lui enlèvera tout en lui donnant une nouvelle vie.

Cette histoire se centre sur la manière dont Orglin est devenue une baigne, une Danseuse du Ciel au service du dieu de la guerre. Elle commence sur les chapeaux de roue puisque la demi-elfe est poursuivie par les meurtriers de ses parents. Dès les premiers mots, la nouvelle m’a happée.

Orglin agit comme une sauvageonne aux yeux des hommes. Elle ne parle pas leur langue et elle ne connait du monde que ses parents et la nature qui l’entoure.  De ce fait, une pureté émane d’elle. Elle est dotée d’un caractère innocent et curieux tout en étant capable de se défendre. Un peu comme un jeune animal sauvage.

Encore une fois, le format de la nouvelle s’est fait ressentir. Une fois qu’Orglin est une baigne, l’auteur fait un bon dans le temps. Si bien qu’on voit une danseuse du ciel fière et impliquée dans sa tâche sans transition entre celle qui ne connaissait rien et l’être surdoué qui se trouve devant nous. Du coup, j’ai eu un peu de mal à m’attacher à elle. J’aurais aimé savoir ce qui l’a poussée à être aussi déterminée à remplir son rôle auprès de ce dieu dont elle ne connaissant rien, même pas l’existence avant sa rencontre.

En peu de mots, l’écrivain arrive à partager des concepts importants. Le premier concerne la fatalité. Tout être possède un rôle dans le cycle du destin. Vivre en dehors du monde et de la société ne suffit pas à le fuir. Le deuxième expose l’incapacité des hommes à voir plus loin que le bout de leur nez. Ils osent penser qu’ils comprennent les desseins divins quand ils n’arrivent à dépasser leur milieu contextuel qu’après bien des événements. Enfin, j’aimerais citer les mots plein de bon sens de Jean-Marc Dopffer et qui s’appliquent encore à cette ère que nous vivons.

« La paix n’envoie personne chargé d’acier.».

Une phrase loin d’être anodine quand on sait qu’encore aujourd’hui les dirigeants politiques disent vouloir apporter la paix dans tel ou tel pays en envoyant des armées.  

En bref, Orglin la Primitive met en scène un personnage qui pourrait encore être approfondi. Toutefois, l’histoire qui est mise en relief et en mouvement par la magnifique plume de l’auteur, est plaisante et attrayante. C’est une bonne mise en bouche pour la suite.