Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Etolien le Manchot (Le Cycle de Barcil, #2)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Etolien le Manchot est la seconde nouvelle du projet Le Cycle de Barcil de Jean-Marc Dopffer. L’ensemble des dix histoires concentrées sur un personnage, peuvent se lire indépendamment les unes des autres. Un roman clôturera la série. Je vous invite à consulter son site (http://dopffer.fr/) pour en savoir plus. Je remercie l’auteur de m’avoir proposé de chroniquer l’une de ses pépites via le site SimPlement.pro.

Alors que les vapeurs du sommeil se dissipent, Etolien se remémore sa nuit d’alcool et de sexe passée dans les bras de Sylvana, l’épouse d’un soldat parti en guerre, qu’il quitte au petit matin. Il rejoint la Guilde des Assassins dirigée par Horak où des révélations et des sacrifices l’attendent de pied ferme.

Ce second volet du monde de Barcil nous entraîne à la capitale de Tigyl, Val d’Aquelys, ou plutôt dans ses bas-fonds où la vermine, l’alcool et le sang encrassent chaque recoin et où des complots sont fomentés à l’ombre de la couronne.  

Etolien est un géant de l’ouest ayant connu de nombreux combats. Il désire se tourner vers une activité plus perfide. Après avoir fait ses preuves, il entre au service de Horak, le chef des assassins, un être efficace et cupide qui se faufile plus vite que les ombres vers la jugulaire de ses victimes. Ensemble, ils se lancent dans une besogne à la récompense dorée et clinquante conséquente. Un gros pactole contre l’accomplissement d’une mission de haute importance vu que la cible fait partie de l’éminent Ordre de Pugy.

Si la dague d’Etolien est aussi acérée que son regard, son cœur bat d’un certain héroïsme envers les pauvres, les femmes et les orphelins qui le fait hésiter entre l’envie de suivre Horak et celle de secourir les esclaves. Un peu comme une sorte de Robin des Bois. Il supporte difficilement que leurs missions génèrent des dommages collatéraux, surtout quand ceux-ci possèdent le visage d’une femme.

Cette intrigue est enveloppée d’une plume exquise qui utilise des mots choisis avec précision pour décrire l’atmosphère malsaine et sombre. En peu de lignes, j’ai été plongée dans les venelles de la capitale et les tavernes crasseuses. Le style visuel et efficace arrive à faire monter la tension et le suspense.

En bref, Etolien le Manchot délivre une histoire simple mais captivante grâce à la virtuosité de l’écriture de Jean-Marc Dopffer qui manie les mots avec poétisme et pose les ambiances en un clin d’œil.

DRAGONS et autres bestioles d’Alizée Villemin

  • Titre : DRAGONS et autres bestioles
  • Auteur : Alizée Villemin
  • Éditeur : autoédition
  • Catégories : nouvelles, fantasy, comédie

Après avoir dévoré l’aventure catastrophique des fils du Corbeau, c’est avec plaisir que je me suis délectée du nouveau recueil de nouvelles d’Alizée Villemin. Un énorme merci à l’autrice de m’avoir confié son livre en échange d’une chronique honnête via la plateforme SimPlement.pro

Cet ouvrage présente neuf récits hilarants ou charmants qui inversent et jouent avec les codes de la fantasy. Vous ne verrez plus les créatures fantastiques de la même manière entre un dragon végétarien qui va délivrer une princesse pour de la mousse au chocolat (meilleure raison au monde pour faire ce job ingrat), des licornes pas si merveilleuses que ça avec leur caractère de cochon, ou encore une fée gothique qui sympathise avec un dragon des glaces.

L’autrice ne s’amuse pas seulement à inverser les qualités et les défauts de ces fabuleux personnages, elle ose introduire des thématiques actuelles dans le genre de la fantasy. Ainsi, les dragons ne sont pas seulement friands de légumes, ils veulent du bio et du commerce équitable. 2020 l’a également inspirée pour un mage au nom qu’on voudrait oublier et qui ne se dandine pas comme un jeune homme en dansant malgré son âge avancé. La magie ne semble pas être assez puissante pour éliminer l’arthrose et les rhumatismes de ce vieux sorcier.  

Deux nouvelles tranchent un peu avec le reste des récits. Il s’agit de La Voie de fay et de Corignis Surprise ! La première par la bataille identitaire de deux êtres qui vont se rencontrer et s’accepter tel qu’ils sont. Ils désirent vivre en étant eux-mêmes sans être jugés par leurs pairs. La seconde par la beauté de la fin et le genre qui délaisse le fantasy médiéval pour un Paris steampunk où les Dragons-cyborgs ont envahi le paysage.

J’ai énuméré pas mal de détails de ce recueil. Et pourtant, je ne vous ai décrit qu’une pincée de la richesse de ce livre dont la plume légère, visuelle, dynamique et fluide nous entraîne dans un moment de pur plaisir et de musculation des zygomatiques.

« Tout l’air de l’Himalaya circulait entre ses deux oreilles, sans rencontrer le moindre obstacle neuronal. »

En bref, DRAGONS et autres bestioles du même acabit pour vous donner le titre complet, est un recueil à glisser de son fauteuil à cause d’une crise de fou rire. En plus de présenter une nouvelle vision sur les créatures fantastiques, il véhicule des idées contemporaines avec humour et brio.

Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Riguel le Téméraire (Le cycle de Barcil, #5)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories :nouvelle, fantasy

Le cycle de Barcil est une série de dix nouvelles écrites et autoéditées par Jean-Marc Dopffer. Chaque histoire met en scène un personnage qui aura un rôle important dans un roman clôturant la saga. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir une fois de plus permis de plonger dans son univers. Si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à visiter son site où une carte de Barcil vous attend.

Riguel est issu d’un clan des hommes du nord. Svalbardien dans l’âme, il prend la dague de ses ancêtres pour passer l’Epreuve des Guerriers et avoir droit de porter une épée au côté des combattants. Rapporter la tête d’un ours est un rite ancestral de passage à l’âge adulte qui doit se faire en solitaire dans le Désert Blanc. Cette terre enneigée et hostile qui met le cœur des hommes à nu. Il partait pour atteindre son objectif, il va faire une rencontre bouleversante.  

Cette aventure nous dévoile le pays nordique et les adversaires que les Tigyliens affrontent au Pont Frontière lors de la seconde aventure du cycle de Barcil (Gienah, la Mercenaire). Contrairement à ses précédents récits, ce chapitre est plus lent à démarrer. La narration prend le temps de l’introspection en présentant le passé de Riguel et sa nature sensible sous la couche de muscles et l’aspect brute. Elle est le reflet de la méditation que le voyage dans ce paysage blanc engendre. Par la suite, l’action reprend le dessus en prenant un tournant des plus surprenants.

La mythologie autour du dieu des Glaces, Svanhyel, est légèrement mise en avant. Le rideau est partiellement levé sur la nature du mur au bout de l’océan et la légendaire Astragan. Progressivement, l’écrivain dessine son univers à travers les intrigues et les yeux de ses personnages.

Il s’inspire des visions antiques des Grecs et des Romains sur les hommes du nord pour dépeindre le barbare Riguel, qui, s’il peut être téméraire, possède quelques fois, une certaine prudence et intelligence. Il est à l’écoute et prompt à apprendre des autres. Sous les traits durs, Jean-Marc Dopffer gomme la violence bêtement véhiculée de siècle en siècle pour dévoiler un être bien plus sensible qu’il n’y parait, et une civilisation qui lutte contre l’inhospitalité de la glace pour survivre. Riguel aime profondément sa tribu et il est mû par le désir de venger son père. La seule raison qui peut faire vaciller sa détermination, est l’action des dieux. Il est croyant au point de les craindre.

Dans ce tome, le cadre de fantasy médiéval est pour la première fois ébranlé par un monde différent. Je vous laisse découvrir lequel. Si cette nouvelle montre les prémisses de l’incidence d’une telle rencontre, je suis curieuse de connaître ce que celle-ci va engendrer par la suite.  

La plume de l’auteur est toujours aussi délicieuse à lire. Poétique et visuelle, elle esquisse la blancheur de la banquise et la monstruosité des Rahus avec réalisme. Elle rend palpable ce monde qui balance entre hostilité et plénitude.

En bref, Riguel le Téméraire déploie une histoire légèrement différente des précédentes par sa structure et son début méditatif. Elle marque un tournant dans la ligne temporelle de Barcil qui commençait déjà à vaciller dans les récits antérieurs. J’ai hâte de lire la suite.

Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Orglin la Primitive (Le Cycle de Barcil, #1)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Après Gienah et Yencil, je viens de me plonger dans le passé d’Orglin qui m’avait posé question dans la nouvelle présentant le dieu de la guerre. Un grand merci à Jean-Marc Dopffer de m’avoir encore une fois donné l’opportunité d’approfondir son monde avec le premier récit du Cycle de Barcil (via SimPlement.pro). Pour rappel, l’auteur a le projet d’écrire dix récits mettant en scène des personnages qui seront réunis dans un ultime roman. N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site pour en apprendre plus.

La guerre des Elfes et des Hommes n’a laissé qu’horreur et tristesse par les innombrables corps massacrés à coup de flèches et d’épées. Syph et Himir en prennent pleinement conscience à la fin de la guerre. Alors qu’ils sont ennemis à la base, ils errent ensemble vers un lieu reculé et loin de la stupidité des espèces. De leur union naîtra Orglin qui est au cœur d’une prophétie édictée par Yencil qui lui enlèvera tout en lui donnant une nouvelle vie.

Cette histoire se centre sur la manière dont Orglin est devenue une baigne, une Danseuse du Ciel au service du dieu de la guerre. Elle commence sur les chapeaux de roue puisque la demi-elfe est poursuivie par les meurtriers de ses parents. Dès les premiers mots, la nouvelle m’a happée.

Orglin agit comme une sauvageonne aux yeux des hommes. Elle ne parle pas leur langue et elle ne connait du monde que ses parents et la nature qui l’entoure.  De ce fait, une pureté émane d’elle. Elle est dotée d’un caractère innocent et curieux tout en étant capable de se défendre. Un peu comme un jeune animal sauvage.

Encore une fois, le format de la nouvelle s’est fait ressentir. Une fois qu’Orglin est une baigne, l’auteur fait un bon dans le temps. Si bien qu’on voit une danseuse du ciel fière et impliquée dans sa tâche sans transition entre celle qui ne connaissait rien et l’être surdoué qui se trouve devant nous. Du coup, j’ai eu un peu de mal à m’attacher à elle. J’aurais aimé savoir ce qui l’a poussée à être aussi déterminée à remplir son rôle auprès de ce dieu dont elle ne connaissant rien, même pas l’existence avant sa rencontre.

En peu de mots, l’écrivain arrive à partager des concepts importants. Le premier concerne la fatalité. Tout être possède un rôle dans le cycle du destin. Vivre en dehors du monde et de la société ne suffit pas à le fuir. Le deuxième expose l’incapacité des hommes à voir plus loin que le bout de leur nez. Ils osent penser qu’ils comprennent les desseins divins quand ils n’arrivent à dépasser leur milieu contextuel qu’après bien des événements. Enfin, j’aimerais citer les mots plein de bon sens de Jean-Marc Dopffer et qui s’appliquent encore à cette ère que nous vivons.

« La paix n’envoie personne chargé d’acier.».

Une phrase loin d’être anodine quand on sait qu’encore aujourd’hui les dirigeants politiques disent vouloir apporter la paix dans tel ou tel pays en envoyant des armées.  

En bref, Orglin la Primitive met en scène un personnage qui pourrait encore être approfondi. Toutefois, l’histoire qui est mise en relief et en mouvement par la magnifique plume de l’auteur, est plaisante et attrayante. C’est une bonne mise en bouche pour la suite.   

De vase et d'écailles (Les fils du Corbeau : prologue) d'Alizée Villemin

  • Titre : De vase et d’écailles (Les fils du Cordeau : Prologue)
  • Autrice : Alizée Villemin
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : fantasy, comédie

Attirée par la mention comique de cette petite fantasy, je me suis laissé tenter par le prologue nommé De vase et d’écailles qui introduit les personnages et l’histoire du roman Corbeaux dans la brume d’Alizée Villemin. Je remercie chaleureusement l’autrice de m’avoir permis de déguster cette croustillante nouvelle.

Ezio et Fendyr sont embourbés dans des marécages nauséabonds et labyrinthiques pour trouver un trésor perdu. En route, ils tombent sur une nagi, une femme-serpent, qui va étrangement leur donner un coup de main malgré sa réputation de vipère*, en les menant dans l’ancien temple sacré où ils vont faire de drôles de rencontres.

Si le pitch de départ est terriblement basique, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Ez et Fen sont comme les deux côtés d’une médaille. Le premier est optimiste, le second pessimiste. Les deux ont le chic pour s’attirer des problèmes qu’ils cherchent d’une certaine manière vu qu’ils se lancent dans une aventure folle mais qu’ils n’arrivent ni à éviter ni à anticiper à cause de leur manie d’avoir le besoin de l’ouvrir sans cesse. Ces charmants personnages me font penser à ceux d’anciens dessins animés comme Scooby Doo. Ils ont un côté avare et méchant tout en étant terriblement profonds et adorables. Vous me comprendrez en découvrant la surprenante raison qui pousse ces frères dignes des meilleurs antihéros, à macérer dans un marais dangereux pour un mystérieux trésor.  

Les protagonistes secondaires sont tout autant attrayant. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour Ash dont l’histoire est poignante tout en ne dramatisant pas l’atmosphère burlesque de la nouvelle. Elle est le contrepied des frères et permet d’équilibrer la balance de l’humour.  

La plume d’Alizée Villemin est un délice. Elle crée magnifiquement l’ambiance tout en y insérant l’aspect comique sans que les deux ne génèrent une incohérence. Les dialogues sont juste cocasses à souhait voire absurdes. C’est ce qui fait indéniablement le charme des acteurs et qui m’a fait passer un excellent moment de détente. Si le vocabulaire reste accessible à tous dans la majorité du livre, il y a tout à coup quelques noms biologiques qui tranchent avec la bêtise sans pour autant paraître incongrus au vu de la situation.

En bref, De vase et d’écailles est une mise en bouche délicieuse qui met en scène des personnages attachants malgré leurs défauts et leur côté sombre. C’est une bonne petite nouvelle qui permet de respirer entre deux livres plus intenses ou complexes. Une vraie bouffée d’air frais et de rire.

   * Désolée pour ce jeu de mot qui ne vole pas bien haut, je n’ai pas pu m’en empêcher.

Le café des écorchés de Frédérique Mosimann

  • Titre : Le café des écorchés
  • Autrice : Frédérique Mosimann
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : tranche de vie, drame

Quand Frédérique Mosimann m’a proposé de chroniquer son livre Le café des écorchés, le titre m’a de suite interpelée. Je remercie chaleureusement la romancière de m’avoir confié ce service presse via SimPlement.pro en échange d’un avis honnête.

L’action se situe à Bordeaux. Pénélope, les épaules voutées, se dirige vers un rendez-vous important la boule au ventre. En chemin, elle tombe sur la devanture d’un petit café dont l’ambiance confortable et rassurante filtre à travers la porte. Attirée comme aimant, elle y entre et sa vie va prendre un nouveau tournant. Elle y trouve deux pairs d’oreille attentives et deux cœurs que la vie a également malmenés.

Cette histoire est une sorte de coup de poing. Elle livre à travers Eugénie, Pénélope et Guillaume des témoignages poignants relatifs à certains problèmes de société actuels. On y retrouve le burn-out, le viol, le manipulateur narcissique, la dureté du monde du travail et la violence conjugale. A travers leurs récits, les personnages parlent sans filtre de leur vécu.

La langue de Pénélope se délie un peu trop vite à mon goût au début du roman devant ces inconnus. Au départ, je pensais que l’intrigue se développerait de manière plus classique autour du dialogue entre les acteurs qui permettrait d’aménager progressivement un espace de conversation salvatrice. L’écrivaine a préféré aller au vif du sujet en posant rapidement de longs monologues où Pénélope et Guillaume parlent de leurs expériences avec peu d’interruptions. Cette méthode n’est pas dérangeante quand on comprend son but : sensibiliser le lecteur à ces problématiques et montrer que l’on peut y survivre. Cependant, je pense que cela aurait plus d’impact d’amadouer le lecteur en développant une atmosphère de confiance avant de lui lancer à la figure ces thématiques dérangeantes et bien trop véridiques. 

Elle aborde également l’art comme thérapie pour s’en sortir et ne pas perdre pied. Bien qu’elle ne décrit pas de scène de peinture ni les toiles des personnages, elle met l’accent sur la guérison par l’art. Des poèmes ponctuent chaque témoignage comme un point final montrant qu’ils ont surmonté leur passé en le partageant avec des âmes chaleureuses, à l’écoute et compréhensives.

La narration relatant le vécu des personnages leur donne de la profondeur et une grande humanité. C’est encore une fois, les misères qu’ils ont traversées qui les rendent si palpables. C’est ce qui a permis la création d’un lien entre eux et la lectrice que je suis.

La plume de Frédérique Mosimann est simple et sans fioriture. Elle est parfaite pour exposer ces thèmes et toucher un maximum de lecteurs. Nul besoin de lyrisme, cela diminuerait la puissance de ses propos. A noter qu’elle a ajouté un guide pour dédramatiser le burn-out et pour aider ceux qui sont touchés de près ou de loin par cette maladie.

En bref, Le café des écorchés est un récit-témoignage qui délivre sans emballage clinquant ou reluisant des problématiques contemporaines qui sont importantes pour Frédérique Mosimann d’autant plus que ce livre puise dans sa propre vie. Délaissant le côté romancé, celle-ci privilégie la dénonciation de la réalité dans laquelle bon nombre d’êtres vivent ou survivent.

Yencil le Stratège (Le Cycle de Barcil, #4) de Jean-Marc Dopffer

  • Titre : Yencil le Stratège (Le Cycle de Barcil, # 4)
  • Auteur : Jean-Marc Dopffer
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégories : fantasy, nouvelle

Je remercie chaleureusement Jean-Marc Dopffer de m’avoir confié une nouvelle fois son service presse via SimPlement.pro. Yencil le Stratège est l’une des nouvelles qui fait partie du Cycle de Barcil. Pour rappel, ce projet englobe 10 nouvelles qui peuvent se lire indépendamment les unes des autres, et un roman final qui regroupera les figures rencontrées dans les courtes histoires. J’aimerais signaler qu’il est préférable de lire Gienah la Mercenaire que j’ai chroniquée l’année passée, avant de vous lancer dans celle-ci. En effet, des événements et le dénouement sont résumés dans Yencil le Stratège, ce qui pourrait diminuer votre plaisir lors de la lecture de la précédente nouvelle.

La paix entre les nains et les elfes vacille. Dans l’ombre, un être agit dans ce sens et Yencil doit à tout prix l’en empêcher. Pour cela, il dépêche auprès du messager et espion Ikor, l’une de ses baignes, Orglin, afin de l’aider à combattre les obstacles qui se dressent sur son passage et à le garder en vie. Le nain a une mission importante à remplir.

Ce quatrième récit nous plonge dans la magnificence du royaume souterrain d’Oukta creusé et sculpté par les mains des nains, et la cité suspendue des elfes dans la forêt de Pevek. Un contraste propre à ces créatures magiques qui sont reliées par un sens artistique fort. Le point majeur de cette nouvelle se situe pourtant dans l’autre monde : celui des dieux. La mythologie, la création de Barcil et le fonctionnement de la terre divine y sont exposés. J’ai adoré l’humanité des divinités qui ne possèdent pas un physique parfait et musclé à jalouser ou à admirer. Ils ont des caractéristiques de mortel tout en dégageant la puissance des dieux.

Yencil, sous son large chapeau et son regard sévère, est un paradoxe. Il est le dieu de la guerre et il est le protecteur de l’Equilibre de Barcil. Alors que ce type de divinité est souvent prompte à engendrer le sang et l’esprit belliqueux, lui doit faire en sorte de maintenir la paix tout en permettant aux êtres d’évacuer leur soif de vengeance. Comment peut-on concilier ces deux facettes opposées me direz-vous ? Je vous laisse découvrir l’idée de l’auteur pour réaliser cette prouesse qui fait de Yencil un personnage très intéressant. Au vu de son qualificatif, le Stratège, j’aurai voulu qu’il y ait encore plus d’intervention de sa part dans le monde d’en dessous. J’ai apprécié ce que j’ai lu, mais j’ai un goût de trop peu.

Les protagonistes de cette histoire sont intéressants sauf Orglin qui semble trop esquissée et trop serviable. Elle exécute les ordres sans broncher. Cependant, j’ai remarqué qu’elle est l’actrice principale de la première nouvelle du cycle de Barcil. Sa personnalité y est sans doute plus développée. Le format court ne permettant pas d’approfondir tous les aspects ou les intervenants, il est possible que ce soit la raison qui a engendré le manque de relief de ce personnage dans Yencil le Stratège.

La plume de Jean-Marc Dopffer est toujours aussi exquise et poétique. Ses descriptions m’ont encore une fois facilement émergée dans son univers.

En bref, Yencil le Stratège dévoile une partie du monde divin de Barcil en mettant en scène le moment où la balance de l’univers est menacée. Cette nouvelle est tout aussi captivante que la précédente bien qu’elle m’a semblé trop courte. Encore heureux que l’aventure n’est pas finie.

La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son nouveau roman autoédité en échange d’une chronique honnête. C’est le troisième univers de la romancière que je découvre. Si mon avis est mitigé, il m’a tout de même donné l’envie de lire la suite.

Gahavia est une terre située dans l’Ambar Neldëa. En des temps reculés, les mondes communiquaient entre eux via des passerelles. Gahavia étant prospère, elle fut envahie par les armée de Mörk Örn et connut les heures les plus sombres de son histoire : les Eres noires. L’Unique intervint pour bannir le prince des ténèbres en l’envoyant dans un monde parallèle via les terres de Morlaune qui gardent des séquelles de sa noirceur et qui emprisonnent les êtres mauvais encore aujourd’hui. Mille ans plus tard, les peuples de Gahavia font leur possible pour maintenir la paix. Les Elfes dominent les autres races en étant le pilier de cette tranquillité. Tous les dix ans, une délégation de chaque royaume converge vers la capitale elfique pour renforcer les liens lors d’une assemblée. Le livre de la paix est transmis de clan en clan afin qu’il soit protégé et qu’il unisse les pays.  

Edoran fait partie des métamorphes et est le prince des loups-garous. Son père le nomme pour rapporter le livre sacré lors du nouveau conseil. Accompagné de son écuyer Boris et de l’hallebardier du roi, il quitte la Lycantie pour rejoindre les autres membres de la délégation des métamorphes. Sylphes, Félides, Aelders, Vipérines, Fées et Lycans vont ainsi chevaucher ensemble pour rallier l’Arcoa Calya. Au cours de leur périple, ils vont expérimenter les joies de l’aventure, de la découverte mais aussi des dangers plus sournois.

La Délégation me fait penser à un gros prologue. Le conte des Sept Chants est sans doute l’univers le plus riche, détaillé et complexe de Cécile Ama Courtois. Ne serait-ce qu’au niveau des clans. Si trois catégories peuvent être dégagées (créature mythique, humain et métamorphe), chaque peuple possède des caractéristiques distinctes et bien documentées. Notamment grâce à l’intervention de l’Étude des peuples de Gahavia par Ruphas Tenderbach.

Le premier tiers du livre se concentre sur la découverte de Métamorphia comme si Edoran et ses compagnons étaient des explorateurs qui observent et apprennent à connaitre les mœurs et les coutumes des autochtones. J’ai presque eu l’impression de lire une balade avec peu de perturbations si ce n’est les frictions entre clans. Par ailleurs, le fameux livre de la paix passe au second plan. Maintes fois, je me suis demandé si quelqu’un allait le dérober ou tenter de le faire en provoquant un esclandre proche de l’incident diplomatique. Mais non. Cette partie est calme et est vraiment basée sur le développement de l’univers. Si les peuples sont tous intéressants, j’ai une petite préférence pour les Sylphes. Ces êtres issus des arbres et qui démontrent l’amour de l’autrice pour les plantes et la nature. Elle m’a confié qu’elle croyait que les arbres avaient une âme et je l’ai ressenti dans ces petits personnages qui sont empreints de sagesse et dont l’apparence est nuancée selon la variété de bois de laquelle ils sont nés. Les Aelders, hommes-oiseaux, m’ont également plu par leur aspect qui mélange les traits humains et aviens.

La seconde partie qui coïncide avec le départ de Faerie est plus palpitante. Surtout avec l’arrivée d’un personnage drôle et cleptomane qui possède un certain charme malgré ses jérémiades. Le rythme s’accélère et l’aventure typique de la fantasy débute réellement. Enfin, les scènes se déroulant au palais des elfes est le moment phare où l’ombre se déploie et le pire surgit.

Pendant tout le tome, j’ai cherché le lien avec le titre de la saga : Le conte des Sept Chants. Le seul élément qui s’y rapporte est le dernier petit chapitre qui fait finalement intervenir le sujet, qui lance le second opus et qui me donne envie de lire la suite.

Ce sont les raisons pour lesquelles, je nomme La Délégation un prologue. L’ensemble décrit l’univers et amène le véritable enjeu à la toute fin.

Outre le détail de son monde, l’écrivaine apporte un soin particulier à ses personnages. Edoran du haut de ses 20 ans, est encore un gamin qui idolâtre son mentor, Malcolm le hallebardier, au point qu’il pique une colère quand celui-ci partage le lit d’une Vipérine qu’il déteste uniquement à cause des histoires de sa nourrice. Edoran a beau avoir une certaine érudition grâce à ses lectures, c’est la première fois qu’il quitte son royaume et qu’il va réellement être confronté aux étrangers et à leurs mœurs. Il débarque chez ses voisins la tête remplie d’images et de préjugés. Comme quoi, lire des livres ne signifie pas être ouvert d’esprit et tolérant. Il faut également se construire un regard critique notamment en rencontrant autrui. Edoran va évoluer vers cette mentalité petit à petit. Par ses actes et ses paroles, il va devenir le roi qu’il désire être. Quelqu’un qui rallie. D’ailleurs, il réussit à obtenir des différents peuples des laissez-passer à vie sur leurs territoires. Cependant, j’ai trouvé par moment que c’était trop facile pour lui d’avoir l’amitié de certaines espèces telles les fiers centaures. Ces unions vont sans doute servir dans les prochains tomes.

La princesse des haut-elfes, Saraë est considérée par ses pairs comme marginale et laide car elle ne sait pas contenir ses émotions comme le protocole des elfes l’instaure. Ses sentiments ne lui confèrent ni la grâce ni la sérénité de cette espèce qui éblouit les autres. Elle a un côté capricieux et ne désire pas monter sur le trône. Pourtant, elle changera vite d’état d’esprit suite à l’urgence de la situation.

Ces deux êtres vont connaitre un coup de foudre. Je n’ai jamais été convaincue par cette notion d’amour au premier regard et La délégation n’a pas changé ma façon de penser. Je sais que ce lien est nécessaire pour la suite de l’histoire (je n’en dirais pas plus pour vous laisser découvrir comment Cécile Ama Courtois utilise cet amour). Néanmoins, j’aurais préféré avoir quelques chapitres pour développer la relation entre Edoran et Saraë et l’intérêt que leur première rencontre aurait suscité plutôt qu’un amour immédiat.

A côté de la tolérance et de l’ouverture d’esprit vis-à-vis d’autrui, les thèmes abordés par l’autrice apportent une dimension surprenante pour de la fantasy qui met plus souvent en avant le côté viril et combattif des hommes que celui des femmes qui affrontent des difficultés qui leur sont propres. Ainsi, elle portraiture plusieurs femmes fortes et notamment l’image de la mère à travers un système biologique chez les Vipérines qui transpose les dangers de l’accouchement d’une manière originale. Là, où les scénarios ne mettent en avant que la douleur de l’enfantement, la romancière rappelle que porter et mettre au monde un corps étranger (car c’est ce qu’est un bébé) peut avoir de graves conséquences pour la maman. D’où le combat et l’exploit. La liberté sexuelle des femmes est aussi l’un des concepts phares exposés par l’appétit des Félides, des Fées et des Vipérines dont les mœurs sont libertines.

La plume de Cécile Ama Courtois est toujours aussi efficace pour entrainer le lecteur dans son monde. C’est pourquoi malgré l’aspect introductif de ce roman, j’ai passé un bon moment. Le narrateur possède un parlé poétique, lyrique et captivant. L’une des particularités de ce livre est que la narration est fortement présente pendant les deux tiers de l’histoire contrairement aux dialogues qui sont sporadiques. Les descriptions sont nombreuses mais loin d’être ennuyeuses. L’amour de l’écrivaine pour les chevaux qui est une de ses passions, transparait énormément. Ça va du nom de la race à ses caractéristiques et à l’union entre l’équidé et son cavalier qui leur permet de combattre et vaincre les ennemis. Ils ont une place de choix dans le récit.  

En bref, La Délégation est un premier tome qui pose les bases du Conte des Sept Chants tel un long prologue qui place les pions sur l’échiquier. Si ma lecture fut agréable telle une balade paisible emplie de découvertes, l’épilogue m’a mis l’eau à la bouche pour la suite.

Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1) d’Yvan Premier

  • Titre : Genesis (Angela et le chiffre des anges, #1)
  • Auteur : Yvan Premier
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : jeunesse, fantastique, mystère

Quand j’ai reçu la proposition de chroniquer le premier tome des aventures d’Angela qui promettait la rencontre entre Harry Potter et le Da Vinci Code, ma curiosité a été piquée. Un monde empli d’énigmes et de magie ? Comment résister longtemps? Je remercie chaleureusement Yvan Premier de m’avoir confié son livre en échange d’une critique honnête via SimPlement.pro. A noter qu’une partie de l’argent récolté à l’achat du livre est reversée à Break Poverty pour les enfants.

Hollygrove est un orphelinat situé à Los Angeles qui accueille ceux qui ont perdu leur famille, ceux qui ont été abandonnés et ceux dont les parents ne peuvent pas s’occuper d’eux en raison de problèmes divers. Il s’agit aussi de la maison d’Angela dont la mère et le père, anciens professeurs d’Hollygrove, sont décédés dans un accident de voiture un an auparavant. Malgré sa tristesse, elle vit avec le sourire aux lèvres en compagnie de son meilleur ami Gabriel et de son chat Azraël qui ronronne pour la réconforter. Le premier jour d’école, un nouveau venu, Luc, rejoint l’orphelinat. De prime abord hautain, notre héroïne ne l’apprécie pas beaucoup. Pourtant, elle va devoir compter sur son aide lorsqu’un matin elle reçoit une lettre énigmatique de ses parents. Une incroyable aventure et de nombreuses surprises attendent nos trois camarades.

Genesis nous emmène dans une histoire basée sur la mythologie des anges. Le roman est structuré en longs chapitres qui commencent par un extrait de la genèse du monde terrestre et céleste inventée par l’auteur qui la révèle à la manière biblique. Des sous-chapitres la suivent et sont centrés uniquement sur les orphelins que l’on suit durant une année scolaire.

Tout au long du récit, Angy, Gaby et Luc vont devoir résoudre des énigmes. En cela, le bouquin a un côté ludique et pédagogique car le romancier utilise les professeurs pour expliquer de manière claire et exemplifiée les jeux de mots tels les anagrammes ou les palindromes, et la cryptologie qui vont leur servir plus tard. De plus, chaque mystère est accompagné de son illustration. Ainsi, le lecteur peut réfléchir et tenter de résoudre le puzzle avec les enfants. Outre ces définitions, Yvan Premier intègre une partie de l’histoire de Los Angeles et une anecdote sur une actrice célèbre (je vous laisse découvrir son nom pendant votre lecture). J’apprécie beaucoup lorsque les écrivains se basent sur des éléments historiques ou issus de la réalité pour construire une histoire magique et fantastique. Cela permet d’apprendre des choses intéressantes différemment en facilitant leur mémorisation, surtout quand une émotion est associée à l’épisode en question. Enfin, l’auteur a recours à l’anglais qu’il traduit au fur et à mesure.

La musique a une place prépondérante dans le roman. Pour citer Hélène Ségara dans Vivo per lei : « Quand notre cœur se fait trop lourd. Elle est la seule à pouvoir nous porter secours ». Elle a ce pouvoir d’apaiser, d’encourager, d’accompagner nos sentiments. Elle entre en résonance avec notre âme par sa mélodie. Ici, ce sont les paroles qui soulagent et qui guident nos trois comparses. Si bien qu’Angela et Luc ont l’impression que leurs proches disparus leur envoient des messages depuis l’au-delà pour affronter les épreuves. Étant musicienne, cette implication de la musique me parle énormément même si certains lignes peuvent paraître assez banales. Les noms des interprètes et les titres des chansons sont cités à chaque fois. Toutefois, la plupart sont modifiés, tout en étant reconnaissables, pour un souci de copyright. Le romancier est tellement pointilleux et respectueux des droits d’auteur qu’il reprend les références à la fin du livre. Il a été jusqu’à créer carrément une playlist disponible sur Spotify.

Si l’univers est bien édifié et ficelé, il n’est pas sans rappeler la trame des livres d’Harry Potter (auxquels l’écrivain fait un clin d’œil dans son récit) par différents aspects comme sa durée (un an scolaire), des épisodes similaires (Halloween) ainsi que la situation de l’héroïne (orpheline). A plusieurs reprises, j’ai ressenti l’influence du plus célèbre des sorciers de ce début de siècle. Je tiens bien à souligner que mes propos ne signifient aucunement qu’il s’agit d’une copie. Que les choses soient claires, mon sentiment est de la nostalgie qui fait fleurir un sourire sur mes lèvres en me rappelant l’impact de cette histoire avec laquelle j’ai grandi. Si certains éléments de base sont analogues, le monde d’Angela et le chiffres des anges développe une histoire distincte et originale avec ses propres révélations et rebondissements. Si ce livre peut offrir à des enfants le même engouement et la même fébrilité que j’ai connus à l’époque, j’en serai ravie. Car c’est une expérience qui marque pour la vie.  

Les personnages principaux sont touchants. Angela a un fort caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds, Gabriel a une imagination débordante et ses réactions enfantines m’ont fait sourire, et Luc est intelligent et sensible. Tous les trois sont débrouillards et possèdent un esprit de réflexion complémentaire. A noter que leur intelligence ne semble pas démesurée pour leur âge. La résolution des énigmes ne se fait pas en un claquement doigt. Elle prend souvent plusieurs jours, semaines, voire mois. Par moment, la réponse leur vient grâce à une source extérieure. Le seul élément relatif aux personnalités qui m’a fait froncer les sourcils concerne leur langage. Certaines expressions qu’ils utilisent me semblent étonnantes dans la bouche d’un enfant car c’est le genre de phrases types plutôt prononcées par des adultes envers des gamins qu’entre enfants.

Quelques passages m’ont paru invraisemblables. Lors de l’incendie, les orphelins repeignent la chambre d’où est parti le foyer quelques jours après l’incident. Ayant connu un tel événement, je peux affirmer que le délai est bien trop court. Surtout quand celui-ci est si intense que les pompiers ont dû mal à entrer dans le bâtiment. La fumée est une réelle crasse qui s’incruste et dont l’odeur persiste même après le nettoyage par des professionnels. Donc repeindre après à peine deux jours est bien trop rapide. Il faut plus de temps pour aérer. Ensuite, j’ai trouvé que les enfants avaient une trop grande facilité pour obtenir des informations de la part du policier et du chef des pompiers. Même si les affaires les concernent, je doute qu’ils se confieraient sans retenue à des gamins de 10 ans. A moins, qu’il y ait un soupçon de magie derrière pour délier leur langue ? En toute honnêteté, je sais que je suis fortement tatillonne en soulevant ces détails car le public cible ne s’en rendra pas compte mais je tenais à les évoquer car ils ont interpelé l’adulte que je suis au cours de ma lecture. 

Malgré ces points, l’histoire m’a beaucoup plu, notamment grâce à l’aisance avec laquelle Yvan Premier fait monter le suspense et dévoile la réalité à laquelle le trio va être confronté. Sa plume est fluide et il arrive à faire ressortir la vision innocente des enfants. Par exemple, par les réponses extravagantes qu’ils donnent aux cours et qui dénotent bien de leur imagination qui n’a pas encore été bridée et de leur esprit qui n’a pas encore été formaté. Seule l’introduction du Livre des anges du père d’Angy déploie des réflexions qui me semblent compliquées à comprendre pour les jeunes lecteurs. 

En bref, Genesis est une belle découverte dans le monde de la littérature jeunesse. Le premier tome d’Angela et le chiffres des anges mêle brillamment magie angélique, énigme et amitié. J’ai hâte de me plonger dans la suite de cette série après cette fin qui cache sans doute encore bien des mystères. 

Les dieux déchus (Les cénacles du Don, #1) de Régis Moreau

  • Titre : Les dieux déchus (Les cénacles du Don, #1)
  • Auteur : Régis Moreau
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : fantastique, thriller, action

Je remercie chaleureusement Régis Moreau de m’avoir proposé le premier tome des Cénacles du Don sous-titré, Les dieux déchus, en échange d’un avis honnête. C’est un service presse obtenu via la plateforme SimPlement.pro.

Pierre a le besoin vital de s’aventurer dans les lieux bondés ou peuplés, comme le métro parisien, pour toucher les gens. Il profite d’un brusque freinage ou d’un tournant un peu trop courbé pour poser sa main sur le bras d’un voisin. Pourtant, il n’est ni atteint d’une rare maladie psychologique ni un pervers. Au contraire, il est la source de la chance et il doit en distribuer autour de lui. Un soir, il se précipite vers Jessie qui a oublié son parapluie dans le bus. Il la conseille d’éviter de manger italien. Perplexe, la jeune femme rejoint sa meilleure amie qui l’invite dans un restaurant italien tellement apprécié que les tables sont vite remplies. Se rappelant l’avertissement de l’homme, elle la convainc d’aller ailleurs. A peine éloignées, une explosion de gaz souffle le bâtiment. Marquée par les évènements, Jessie fait tout pour retrouver le vieux médium car elle ne veut plus vivre son triste quotidien. Elle veut changer sa vie peu importe le prix. Sauf qu’il ne faut jamais souhaiter cela à la légère et accepter de succéder aveuglément au donneur de fortune.

Le monde développé par Régis Moreau est bien construit et l’auteur se sert à merveille de l’histoire de la chrétienté pour inclure avec logique et pertinence les personnes possédant un don et qui étaient considérées comme des dieux autrefois. La classification des magies, l’histoire, la création des cénacles et leurs modes de fonctionnement sont décrits avec justesse et réalisme. J’ai particulièrement bien aimé les effets du pouvoir sur le corps de son possesseur en incluant les légendes et le folklore français pour justifier la laideur ou la difformité des êtres tels les bossus ou les sorcières.  

L’écrivain ne s’arrête pas à insérer la magie dans le monde réel. Il apporte également une réflexion philosophique et conceptuelle sur la chance en se questionnant sur ce qu’elle peut apporter à certains et prendre à d’autres. Sur l’impact qu’elle a sur le chanceux et autrui. Sur sa durée et les conséquences. La chance qui opère aujourd’hui n’est-elle pas le premier pas vers le malheur de demain ? Comme trouver un boulot après trois ans de refus (lucky) mais réaliser deux ans plus tard que son patron est un manipulateur qui va vous plonger dans la dépression (bad luck).

Cette dualité reflétée par les deux côtés de la médaille, se retrouve tout au long des Dieux déchus. Notamment au niveau des personnages qui ne sont ni tout blancs ni tout noirs. Jessie est une femme que l’on peut facilement cataloguer sous l’étiquette : métro-boulot-dodo. Sa rencontre avec Pierre va l’entraîner sur un chemin qui va révéler sa part d’ombre et la noirceur qui peut tacher un cœur à haute teneur en pureté après avoir subi de nombreuses épreuves rudes physiquement et psychologiquement. Impossible de rester de marbre face aux protagonistes de cet opus. Je pense par exemple aux membres du cénacle qui « accueillent » Jessie et que j’ai détesté à cause de leur perfidie. Ils sont horriblement bien vivants sous la plume de l’écrivain.

Le style de Régis Moreau sied parfaitement à l’atmosphère et à l’ensemble du livre (quelques coquilles sont présentes). Son portrait de la société dépeint une réalité dure et juste. Il n’hésite pas à user de descriptions crues et suintantes de vérité pour planter le décor. Je pense notamment à la scène du métro qui ouvre le premier chapitre et qui m’a de suite plongée dans son univers. J’aime le regard critique qu’il pose sur le monde actuel. Par ailleurs, je tiens à saluer le féminisme qui sous-tend certaines pensées de Jessie face aux situations qu’elle vit. En particulier, face au machisme de Dick qui est l’archétype du musclé qui a intégré uniquement le principe de virilité véhiculée par la société et qui n’a aucun respect pour les femmes au point de frôler la misogynie.

La vulgarité est fortement présente dans les dialogues de la deuxième partie du bouquin. Au point que des injures sont utilisées à la pelle. Le monde dans lequel Jessie va évoluer est loin d’être tendre : fusillade, course-poursuite et bagarre mêlant poings et magie. L’auteur a le souci du détail pour décrire les scènes de combat au point d’en être même technique.

En bref, Les Dieux déchus nous plonge dans la sphère obscure de la société actuelle en mélangeant avec équilibre la magie et l’action. Régis Moreau nous propose une réflexion profonde sur la chance et ses effets sans verser dans la philosophie compliquée et nous fait réaliser que la porte ouverte par la bonne fortune peut mener à un sombre chemin.