Éliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot

  • Titre : Éliott et la bibliothèque fabuleuse
  • Autrice : Pascaline Nolot
  • Éditeur : Rageot
  • Catégories : jeunesse, fantastique

Après mon coup de cœur pour Rouge, c’est naturellement que je me suis penchée sur la bibliographie de Pascaline Nolot dont la plume m’avait envoutée. Mon choix s’est arrêté sur Éliott et la bibliothèque fabuleuse, un livre jeunesse promettant magie et dépassement de soi. Encore une fois, je n’ai pas été déçue par ma lecture.

Poursuivi par les sbires de l’infâme Charlie, Éliott se réfugie dans l’antre de la bibliothèque pour leur échapper. Fatigué par ce rituel postscolaire, il s’endort jusqu’à l’heure de fermeture. À son réveil, il surprend la vie secrète de l’endroit et l’existence de La Brigade des Rats de Bibliothèque, une société qui règle des problèmes propres au monde littéraire. L’affaire est portée devant le tribunal de l’organisation et l’enfant doit accomplir trois missions pour expier son crime. Lors de la première tâche, il rencontre L’indispensable guide de survie du souffre-douleur qui lui glisse à chaque fois entre les mains comme un savon mouillé. Or, il désire l’attraper et le lire à tout prix !

Dès l’ouverture du roman, l’autrice dessine le contexte de départ et les personnages avec brio. Elle introduit la magie en quelques pages avec naturel. La fluidité et le dynamise de sa plume colorée m’a de suite happée dans cette mise en bouche décrivant le quotidien horrible d’Éliott qu’elle contrebalance par des épisodes rocambolesques à croquer comme du chocolat. Dans Rouge, elle m’avait déjà épatée par son adaptation aux langages des villageois rustiques et anciens. Ici, elle use du champ lexical du monde littéraire pour métamorphoser ou employer des expressions qui respirent l’amour de la langue française et des livres. D’ailleurs, si l’univers emprunte le chemin des agents secrets, il n’y a aucune arme farfelue (mise à part peut-être les crayons-lasers), juste des bouquins qui nous sauvent en nous permettant de nous évader le temps d’une lecture et de nous prendre pour des héros.

Éliott est ravi de pouvoir vivre de folles aventures comme son héros favori, Georges Padenom. Ce petit garçon adore lire et désire échapper à la méchanceté de Charlie. Bien que la fuite constitue sa meilleure méthode, il n’est pas dénué de courage et n’hésite pas à sauter dans l’extraordinaire auprès de Caleb, bibliothécaire-rockeur le jour et directeur de la BRB le nuit, ainsi que l’intraitable Maaaow (M. Chat pour ceux qui sont incapables de prononcer son prénom correctement).

Inflexible sur le règlement, ce matou (directeur adjoint de la BRB) intente un procès à Éliott pour l’évincer en vain malgré l’avocat fantôme amnésique dont il l’affuble. Peu à peu, l’enfant découvrira les raisons de sa haine des humains. Derrière son côté impitoyable se cache un cœur droit qui déteste l’injustice.

Le thème principal du roman se centre sur le harcèlement scolaire qui touche les enfants, même à un jeune âge. Éliott n’a que dix ans ! L’écrivaine aborde la notion de honte que ressentent, non pas les bourreaux, mais les victimes. Une triste réalité. Ce sentiment qu’aucune victime de violence ne devrait subir ! Le comportement inadéquat des adultes est également évoqué : les œillères que les professeurs et les parents posent d’eux-mêmes, car les brimades et leurs conséquences doivent rester dissimulées sous prétexte que ça ternit la réputation de l’école pour les premiers et qu’il est impossible que la vie de sa progéniture soit aussi pourrie dans la vision des seconds. On imagine toujours que ça n’arrive qu’aux autres.

Vous l’aurez deviné, j’ai adoré ce livre. Si je devais vraiment lui trouver une faiblesse, ce serait l’absence de raisons derrière le comportement de Charlie. Globalement, on n’apprend pas grand-chose d’elle. Pourquoi est-elle si méchante ? Mystère. Ce choix reste compréhensible, car l’autrice a préféré se focaliser sur le pouvoir d’Éliott et de ses victimes qui se croient faibles alors qu’iels possèdent pourtant un courage, une force et une confiance insoupçonnés. Le pouvoir d’user des mots, de délier la parole pour retourner la situation en sa faveur. De faire soi-même le premier pas vers la liberté de vivre sans maltraitance. D’agir de telle façon que les autres, les spectateurs finissent par s’unir pour arrêter la machine de la violence qu’ils détestent aussi.

je ne suis pas magique : seuls les mots le sont…

En bref, Éliott et la bibliothèque fabuleuse est une pépite. Basé sur un thème tabou et malheureusement trop répandu, ce roman jeunesse fantastique désamorce cette bombe avec intelligence et brio. Il est à mettre dans beaucoup de petites mains pour montrer que l’espoir existe. Pas seulement dans l’imagination, mais aussi enfoui dans les tréfonds de nos cœurs.

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2 commentaires sur “Éliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot

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