Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1) d’A.D. Martel

  • Titre : Les disparus d’Arkantras (De rouage et de sang, #1)
  • Autrice : A.D. Martel
  • Éditeur : Scrinéo
  • Catégories : jeunesse, steampunk

À peine arrivé à la maison, le premier tome de la série De rouage et de sang, n’a pas eu le temps de rejoindre ma PAL. Ayant adoré Les larmes de Saël, je n’ai pu résister à M. Gratouille, non je rigole (enfin presque).

Dans les quartiers pauvres d’Arkantras, la rumeur court. Un monstre se cacherait dans les profondeurs de la ville et se repaîtrait de chair fraiche. Rowena n’y croit pas trop, jusqu’au jour où son meilleur client, Œil-de-Pirate, disparaît de son antre où il se calfeutrait. En parallèle, le journaliste paumé Eugène Bassompière est mis sur le coup de ses étranges disparitions. Ses deux âmes que tout oppose vont découvrir la vérité sanglante et terrifiante.

Les engrenages des Disparus d’Arkantras se meuvent avec lenteur. L’autrice prend son temps pour poser les fondations de l’histoire et la présentation des nombreux personnages avant d’enclencher la vitesse supérieure avec des révélations prévisibles pour les lecteurs aguerris (sauf une que je n’ai pas du tout vu venir). Je rappelle qu’il s’agit d’un livre jeunesse et que je ne suis pas le public cible. Malgré le rythme en deux temps, je ne me suis pas ennuyée lors de la première moitié du roman, car l’écrivaine a la manière de croquer, puis de dessiner en profondeur les traits de ses personnages et de son univers.

Basée sur les villes européennes du XIXe siècle, Arkantras se divise en deux strates sociales : les nantis et les pauvres. Les premiers vivent dans des maisons luxueuses et des espaces pures, tandis que les démunis survivent au milieu des vapeurs toxiques des usines et des bâtisses insalubres. Leurs rues sont surveillées par les policiers le jour et la nuit par des sentinelles qui punissent ceux qui osent braver le couvre-feu.

Née au cœur des ordures, Rowena possède plus d’un tour de manivelle dans son sac. Débrouillarde et courageuse, cette orpheline a appris à voler dès son plus jeune âge pour le compte de son horrible famille d’accueil. Délivrée de leur joug, elle se dirige vers un marché plus lucratif grâce à sa passion pour la mécanique et aux connaissances qu’elle a acquises dans le domaine. Accompagnée de son fidèle M. Gratouille, elle se fait appeler Capitaine par les enfants. J’adore son répondant mesuré. Sa fierté ne l’aveugle pas, ce qui en fait une marchande hors pair pour ses 13 ans, ou du moins, assez pour rester en vie et acheter de quoi manger. Malgré sa force, elle demeure une enfant dont les histoires de monstre ébranlent la confiance et la réalité.

M. Gratouille est (vous l’aurez deviné) un matou particulier. Malmené dès ses premiers jours sur terre par les déchets chimiques des usines, il possède une patte mécanique et de super lunettes d’aviateurs qui pallient ses problèmes de vue. Il entretient un lien singulier et puissant avec Rowena. Ils se comprennent, se soutiennent même si le chat se conduit parfois de façon étrange.

À deux, ils vont se lancer à la recherche d’Œil-de-Pirate, ce vieux bougon d’inventeur qui bricole des automates aussi mignons que dangereux. En dépit de son caractère aigre, il a un cœur en or, surtout envers les animaux qu’il répare.

Leur chemin va croiser à plusieurs reprises celui d’Eugène. Répudié par la haute société après la parution d’un article dénonciateur, ce journaliste démotivé se voit obliger par L’Oratoire des secrets d’enquêter sur les disparitions dans les bas-quartiers. Peu téméraire, mais pétri d’idéaux de justice, il s’investit progressivement dans cette affaire auquel il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord dédaigneux des démunis, ses préjugés vont tomber un à un. Il se rend compte que leur humanité s’avère bien plus pure sous la crasse que les nantis polis à coup de savon parfumé.

Au détour des ruelles et des avenues, A.D. Martel tirent le portrait d’autres figures qui ont un impact plus ou moins faible sur le récit. Je ne vais ni les décrire ni les lister. Sachez juste qu’ils sont tous palpables et utiles au déroulement. Parmi ceux dont j’ai dressé le profil, j’apprécie particulièrement qu’elle se tourne vers des personnages vraisemblables, prudents. Si Eugène revêt le masque du journaliste avide de vérités (ou du moins avant le scandale), il n’endosse pas la cape du superhéros invincible et téméraire. Son vécu l’ayant profondément marqué, il doit se réapproprier sa ligne de conduite, son leitmotiv et son courage pour affronter ses démons et redevenir lui-même.

Rowena, quant à elle, rappelle les personnages des écrivains du XIXe siècle : futés et débrouillards des ruelles pauvres. La romancière s’en détache en rajoutant une couche féministe vu qu’elle brise le genre des métiers. Toutefois, notre adolescente subit les remarques de certains hommes en dépit de son talent. Comme Eugène, Rowena ne se jette pas la tête la première à la poursuite du monstre. Elle tremble, hésite et doit attiser les flammes de sa bravoure pour avancer.

Les disparus d’Arkantras dépeint ce monde inspiré du XIXe siècle à travers les filtres contemporains : les effets de la pollution, la dénonciation du gaspillage, la surconsommation émaillent le parcours du lecteur. Le thème le plus important aborde les limites que certains osent franchir pour des raisons terribles et pourtant encore si courantes. Ces raisons qu’on nous balance pour justifier la restriction des libertés et la manipulation.

En bref, le premier tome de Rouage et de Sang s’est révélé être une lecture divertissante durant la première moitié du bouquin, puis addictive dans la seconde. Les rebondissements s’y enchainent pour nous dévoiler l’horreur humaine. Le tout, porté par des personnages nuancés et réalistes, est saupoudré de problématiques de notre ère.  

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Le requiem d’un soupir de Tiffany Schneuwly

  • Titre : Le requiem d’un soupir
  • Autrice : Tiffany Schneuwly
  • Éditeur : Livr’s Editions
  • Catégorie : young adult

Le requiem d’un soupir fait partie des genres que je lis le moins. Pourtant, la couverture toute douce réalisée par l’autrice elle-même et la thématique principale m’ont donné envie de me le procurer.

Le roman débute sur un chapitre-choc durant lequel Mercedes subit une crise d’asthme d’une ampleur effrayante. Cette jeune femme de 19 ans supporte les affres de cette maladie depuis quelques années alors qu’elle ne désire qu’une chose : vivre sa vie à fond.

Malgré le sujet sensible de cette histoire, je n’ai pas vraiment accroché même si je suis allée au bout de ma lecture. Les raisons en sont multiples. En prenant comme point de départ, le décès de Mercedes (elle apparaît sous forme fantomatique dès le premier chapitre) le déroulement du récit revête l’aspect d’un flashback démarrant environ à la rentrée scolaire jusqu’au moment fatidique qui se produit durant un épisode important dans son existence. Des souvenirs de son enfance refont surface, mais ils sont englobés dans ces moments. Cette structure m’a fait penser au défilement du passé du défunt lorsque la faucheuse s’empare de son âme.

Sauf qu’ici, la narratrice choisit ce qu’elle souhaite retracer. Du coup, le récit est rythmé par des instants de vie (joués) et des épisodes racontés pour faire les liens entre les scènes ou introduire celles qui suivent. Les deuxièmes étant plus nombreux que les premiers, ce qui a empêché mon immersion. Parmi les fous rires entre copines et les doux mots entre amoureux, quelques passages ont quand même réussi à caresser mon cœur. Mais dans l’ensemble, je suis demeurée détachée de Mercedes. D’autant plus que plusieurs points paraissaient trop lisses et parfaits. En gros, si on exclut les crises et les disputes avec la maman surprotectrice, le reste relève plus de la lecture doudou. Certains personnages ne sont pas nuancés.

Mercedes est l’ado typique qui se rebelle contre et contrôle de sa mère sur sa vie. Elle veut profiter malgré le degré de danger de sa maladie. Parfois, elle a même un comportement cruel envers sa maman. Introvertie, elle ne s’ouvre qu’à ses amies et à son amoureux, car elle a peur d’être un poids pour tous.

Les fameuses copines d’enfance sont confinées à un rôle assez stéréotypé. D’un côté, on a la studieuse qui ne fait jamais rien de travers. De l’autre, la rebelle qui change de petit ami tous les trois jours et pour laquelle on finit par s’inquiéter sur des sujets qui ne peuvent tomber que sur elle.

Enfin, on a Arnaud, le copain de Mercedes qui est trop parfait, trop beau, trop gentil, toujours prévenant, mature… bref il n’a pas de zones d’ombre. Le seul défaut que j’ai réussi à lui trouver, et encore c’est subtil, il est dominateur au lit. Il est possible que ce choix s’inscrive dans la volonté de Mercedes à retracer uniquement les bonheurs de cette année passée avec lui, mais je n’ai pas apprécié cette perfection.  

L’asthme permet d’évoquer des thématiques liées à l’adolescence. Au départ, l’autrice nous dépeint la relation qu’entretient Mercedes avec sa maladie, mais aussi les autres. Elle présente le détachement que certains posent comme un masque, car ils ne savent pas comment gérer la difficulté, voire l’angoisse, que les crises peuvent engendrer. La gestion de ce type de pathologie n’est pas aisée pour tous, surtout pour d’autres adolescents qui préfèrent ignorer la situation par pudeur et par crainte. C’est pour cela que Mercedes ne veut pas reste en retrait et ne sympathise pas.

Ainsi, la question de l’interaction et de l’intégration des ados parmi leurs semblables est abordée d’une certaine manière. La maladie symbolise aussi le rapport des adolescents à leur corps. On sait tous qu’il s’agit d’une période difficile, car il change et on prend conscience du regard des autres, surtout quand on est une fille. Mercedes ne contrôle pas ses poumons alors qu’elle souhaite vivre normalement. Elle étouffe dans sa propre chair qu’elle tente d’appréhender.

En bref, Le requiem d’un soupir est une lecture distrayante qui apporte peu de surprises, en dépit du sujet principal. Le manque de nuance et le rythme répétitif du roman (basé sur Une inspiration [vie]… une expiration [crise]… un soupir [rétablissement]) appartiennent au point qui m’ont empêché de plonger dans ce drame qui paradoxalement s’apparente durant la majeure partie du livre à de la guimauve réconfortante.   

Filles de Rouille de Gwendolyn Kiste

  • Titre : Filles de Rouille
  • Autrice : Gwendolyn Kiste
  • Éditeur : Éditions du Chat noir
  • Catégories : conte social, fantastique, horreur

Filles de Rouille intrigue par son titre et ensorcèle par sa couverture réalisée par Marcela Bolivar. L’illustration m’évoque un bûcher. Les fumées du haut fourneau et la ferraille consument les deux filles qui s’enlacent, car elles se comprennent mutuellement et se réconfortent face à l’expérience qu’elles vivent jusqu’au plus profond de leurs os. La couverture symbolise la destruction de l’avenir des jeunes filles des quartiers industriels que les pères et les mères étouffent dans un rôle.

La tour de l’usine métallurgique domine les rues de Cleveland où se déroule le récit. Ce roi expulsant les émanations toxiques sur ses larbins est sur le déclin. L’histoire du roman s’ouvre en 2008* sur le retour de Phoebe dans sa ville natale après vingt-huit ans pour aider sa mère à vider la maison de son enfance, car celle-ci va être démolie par une entreprise. Portant le poids du drame qui s’est joué l’été de son diplôme, elle rencontre Quinn, une fille sans futur, qui fait resurgir des souvenirs douloureux.

1980. Une vie nouvelle s’offrait à Phoebe qui allait enfin pouvoir étudier la biologie à l’université et, par-dessus tout, quitter ce maudit quartier qu’elle déteste. Elle espérait en profiter avec sa cousine et meilleure amie, Jacqueline, jusqu’à l’apparition d’une étrange maladie qui détériore les corps de Lisa, Helena, Violet, Dawn et la seule âme avec qui elle partage tout : Jacqueline.

Filles de Rouille est classé successivement sur la quatrième de couverture par la ME en Horreur, Mutation et Conte social. Personnellement, j’aurais inversé ces genres, car la partie horrifique (au-delà du fait que je sois insensible ou psychopathe, je vous laisse choisir) m’a paru quasiment sous-jacente. Certains épisodes de terreur, comme la vision de la chair découvrant les os rouillés et la maison hantée, apparaissent bien, mais leur fréquence reste faible. De plus, la narration se place du point de vue de Phoebe qui veut aider les filles, contre les hommes du gouvernement, les voyeurs malsains et les autochtones. Du coup, « ce qui fait peur » découle plutôt des comportements des habitants vis-à-vis des malades, ce qui relève plus d’un aspect social pour moi, au vu de la portée féministe du roman.

La métamorphose s’inscrit dans le body horror. Toutefois, les transformations ne m’ont nullement dégoutée ou effrayée (et là, je suis sûre que votre avis va pencher vers l’option psychopathe). Au contraire, les descriptions me donnaient l’impression d’être devant des œuvres belles et surtout symboliques qui renient l’étiquette de monstre. Cette « maladie » qui suinte l’eau croupie, modifie les ongles en verre et les os en métal rouillé, incarne à la fois la déchéance et la liberté.

La déchéance, c’est celle des filles des années 1980, qui ne peuvent exprimer, ni espérer, ni devenir, ni gérer leur vie de par leur statut de femme. Leur entourage les oblige à rester immobiles dans le moule conçu par la société. Destinée à y rouiller, à perdre leur humanité par l’abandon des rêves et de la joie.

Lisa subit les violences de son père alcoolique que personne n’ose ni affronter ni arrêter malgré les soupçons. Violet voulait étudier la photographie dans une école d’art, souhait piétiner par ses parents. Jacqueline jouit peu de liberté, car sa mère possessive surveille ses faits et gestes, en plus de détester Phoebe. Helena est la fille modèle du pasteur du quartier. Enfin, Dawn est la mère enfant. Elle a osé tomber enceinte avant son diplôme, il faut donc la remettre sur le droit chemin en décidant pour elle et son bébé.

Cinq filles, cinq portraits ancrés dans un contexte de crise sociale dû à la fermeture de l’usine. Ces images semblent lointaines, pourtant elles existent encore de nos jours. Leurs destins scellés par l’autorité parentale et le patriarcat qui régissent le rôle des femmes engendrent la déchéance de leurs corps qui reflète la dépression psychologique causée par leur quotidien. Cependant, elles ne se laissent pas abattre, car elles ne sont pas seules à subir la cruauté ordinaire. Elles se comprennent et se soutiennent tandis que les êtres aimants s’en détournent (sauf Phoebe). Grâce à leur différence exprimée par leurs mutations, elles trouvent la force de s’échapper. Où ? On ne sait pas trop, elles disparaissent tout en étant toujours là, notamment dans le cœur de Phoebe. L’unique chose qui est certaine : c’était leur propre choix ! Les Filles de Rouille ont transformé ce qui était perçu de prime abord comme un calvaire, une faiblesse, une horreur, pour se départir de ce monde crevé et malsain.

L’origine de ce mal, l’abnégation de la liberté féminine, Phoebe y échappe depuis des années. Elle est celle que l’on doit éviter de fréquenter. La fille à la mauvaise réputation : elle boit, sort avec des mecs, s’oppose aux bonnes mœurs et surtout, répond aux adultes ! Simple théorie de ma part : la narratrice n’est pas touchée par la maladie, car elle ne s’est jamais laissé enfermer dans un moule sur lequel on taperait des coups de marteau pour lisser les bosses imparfaites. D’ailleurs, elle est la première à vouloir aider, sauver les cinq filles, en commençant par Lisa. Ses tentatives vont empirer l’histoire. 

Cyniquement, la marginale se retrouve figée dans le passé. Il faudra attendre vingt-huit ans, sa rencontre avec Quinn et la fille de Dawn pour atteindre la rédemption. 

Si vous êtes arrivé.es jusqu’à ces lignes vous aurez compris l’intelligence et la richesse que je vois dans ce livre. Je dois vous avouer que ce roman ne m’a pas transporté en dépit de l’ensemble des aspects décrits plus haut. Je m’attendais à recevoir une claque après avoir lu des chroniques et grâce à son manteau féministe. L’alchimie n’a pas opéré.

J’ai trouvé le récit long, je m’attendais au fil des chapitres à connaître une montée en puissance, notamment par la révélation imminente du lourd secret de Phoebe, qui n’a pas eu l’effet escompté. Je ne me suis attachée à aucun personnage. Même pas à la narratrice qui endosse, pourtant dans sa jeunesse, mes caractéristiques préférées. Elle est marginale, déterminée, critique de la société humaine et altruiste jusqu’à un certain point. Sa manière de penser revêt une couleur pessimiste, même dans les épisodes du passé (sans doute parce que c’est la quarantenaire qui raconte l’histoire). Phoebe ne prend pas vraiment les armes (langages) pour défendre la cause féminine et les filles, sauf occasionnellement. J’ai, plutôt, eu l’impression de me retrouver devant une adolescente en pleine crise de rébellion qu’une personne qui se bat pour la liberté des femmes.

Je tiens à préciser que ce n’est pas incohérent. Phoebe vient d’atteindre l’âge adulte et les origines de la maladie, comme le traitement, sont incompréhensibles et insolvables même pour le gouvernement et les experts médicaux. Alors comment une jeune diplômée pourrait-elle combattre cette mutation ? Ce roman a beau être un conte, il s’intègre plus dans la réalité que l’on ne pourrait le penser.

Les cinq filles de rouille manquent de profondeur, de consistance. On n’a pas beaucoup de choses à se mettre sous la dent avant la transformation et on les côtoie peu après. Au fond, cela reste tout aussi logique que les réactions de Phoebe, car elles sont les marionnettes de leurs parents et de la société comme expliqué plus haut : leurs vraies personnalités sont étouffées.

La fin m’a parue un peu trop simple. Certains problèmes qui surgissent dans le présent sont réglés en une prière malgré les inconnues restantes. Cette facilité m’a surprise.

Enfin, la plume de Gwendolyn Kiste fait partie des causes de mon stoïcisme, mon impassibilité à la lecture du roman. Là encore, je m’attendais à autre chose, car j’avais lu l’extrait de Plumes et ciguë publié sur les réseaux sociaux des Éditions du chat noir. Ces quelques mots m’avaient émue, bouleversée. Ainsi, mes espérances s’avéraient trop élevées pour la découverte d’une nouvelle autrice dans ma bibliothèque. Pour en revenir au style de l’écrivaine, celui-ci est simple et reflète la dureté du contexte. Le pinceau du fatalisme et du pessimiste dépeint la réalité de Denton Street où rien ne va jusqu’au mobilier et à la vaisselle, si bien que tout paraît lourd à longueur de paragraphes. Certaines phrases sont magnifiquement tournées, car l’autrice emploie le champ lexical du milieu industriel pour décrire les émotions.

En bref, Filles de Rouille représente une fresque sociale d’un quartier en perdition dont les familles moroses se retrouvent démunies face à une maladie surnaturelle. Par les mutations, cette histoire dénonce les méfaits du patriarcat sur les femmes, issues du milieu ouvrier, qui se découvre une nouvelle force malgré les entraves. Cette œuvre symbolique mérite d’être lue, même si elle ne figure pas parmi mes meilleures lectures du genre.

*Dans le roman, il est noté 2018, ce qui est manifestement une coquille : Phoebe a 18 ans en 1980 et au premier chapitre, elle en a 46. Je vous laisse faire le calcul. 😉

Le codex de Paris (Paris des limbes, #1) de C.C. Mahon

  • Titre : Le Code de Paris (Paris des limbes, #1)
  • Autrice : C.C. Mahon
  • Éditeur : autoédition
  • Catégorie : fantastique

Quatrième lecture du partenariat avec Les plumes de l’imaginaire, Le codex de Paris est le premier tome de la série Paris des limbes dont l’intrigue prend place, je vous le donne dans le mille, la capitale française.

Germain Dupré possède un cabinet d’enquêteur dans la cave d’un bâtiment haussmannien et un secret que seul le gang de Mathieu connait : c’est un vampire. Lorsque Nadine Leroy lui demande de retrouver son mari qui s’est enfui avec un précieux codex, il ne s’attendait pas à renouer avec son passé, le moment où sa vie a basculé ni aux alliances qu’il se trouve contraint de signer.

L’autrice nous plonge illico presto dans l’ambiance des venelles sombres de Paris dès les premières lignes. Truand et désinvolture se mêlent grâce au choix précis des noms de rues, la façon de parler de notre vampire ou les termes dépeignant la mise en scène. Cette atmosphère laisse ensuite place à la rencontre légère et drôle entre Germain et sa copropriétaire, Romane. Le récit alterne entre ces deux mondes et m’a rappelé au début les histoires de détectives privés des années 1950, les cigarettes et le côté macho en moins. Comparaison qui s’arrête assez vite dans le déroulement.

En effet, si notre vampire se lance dans une enquête classique qui consiste à interroger l’associer du disparu, celle-ci avance par la suite grâce à la magie plutôt qu’à découverte d’indices, à la déduction et au flair du limier. Ensuite, les attaques-surprises prennent la relèvent pour aider le développement de l’histoire. Ainsi, Le codex de Paris n’est pas à considérer comme un polar surnaturel bien ficelé, mais bien un récit fantastique saupoudré de polar. Par ailleurs, l’objectif de Germain dévie rapidement de la cible de sa cliente, lorsqu’il apprend la nature du grimoire.

Le roman présente une belle dentition (désolée pour le jeu de mots de bas étage) de personnages principaux comme secondaires. Son assurance, Germain Dupré la doit aux siècles qu’il a traversés depuis sa métamorphose. La sagesse acquise au fil de ses (més)aventures lui permet de se fondre parmi les humains et d’éviter d’être démasqué. Cependant, la confiance en ses capacités lui a tout de même joué un tour et précipité dans les crocs du magnat de la drogue, Mathieu, dont il souhaite se libérer, tout comme il a réussi à bannir ses penchants de vampire grâce à l’avancée médicale. Oui, notre détective déteste plonger ses canines à la source pour épancher sa soif de sang et tuer les humains en raison de….Bon je ne vais pas trop en dire non plus.

De prime abord, Romane incarne l’étudiante joyeuse qui garde le courage d’avancer malgré la perte de ses parents. Yogiste et fervente protectrice des animaux, elle horripile et attendri Germain à la fois par son caractère rayonnant et sa solidarité. Néanmoins, tout soleil possède son ombre et celle de la jeune femme va se révéler plutôt inattendue dans ses conséquences. Son secret sera bien utile à notre vampire. Les actions de Romane vont prouver sa détermination et ses paroles justes dans ce monde qui induit un comportement paradoxal aux humains.

— Vous vous êtes associée à cette abomination en connaissance de cause ? s’exclama le frisé. Qu’êtes-vous ?

— Ouverte d’esprit, fit Romane.

Zagan est un démon superhéros. Bon OK pas totalement : il désire empêcher l’arrivée de l’apocalypse surtout pour préserver les Enfers. Le sauvetage de l’humanité n’est donc qu’une cause collatérale de la mission qu’il veut accomplir à tout prix. Pourtant, il reste honnête pour un démon. Je l’apprécie beaucoup, voir plus que Germain qui, en dépit des centaines d’années passées sur terre, garde une certaine naïveté envers les gens issus de la caste qu’il a fréquentés dans sa jeunesse.

Dans les personnages secondaires, je vais uniquement en évoquer deux. Sofia, la médium, car elle a une répartie incroyable. Je l’ai tout bonnement adorée et sa réserve, voire sa méfiance par rapport aux démons, ne m’a pas du tout rebutée. Chaton ! Ce matou qui s’échappe du sac de Romane et trouve refuge dans le bureau de Germain apparait peu et n’a pas un énorme impact dans cette histoire, mais…c’est un chat et je suis faible devant eux.

La plume de la romancière est fluide et colorée, comme déjà citée ci-dessus. Parfois, elle utilise trop de répétitions, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture. Son humour est un véritable délice avec des répliques et des punchlines à tomber. De plus, elle va au fond des choses dans son récit, en transformant Germain en guide touristique de Paris, mais aussi en incluant un point qui m’est cher de par ma formation. En abordant le début de l’enquête sur le vol d’une antiquité, elle met l’accent sur l’importance de la conservation des objets d’art c’est-à-dire la régulation des conditions hydrothermiques du milieu afin que l’œuvre traverse le temps en ralentissant sa détérioration un maximum. Cela peut vous paraitre bête. Toutefois, c’est un élément qui m’a touchée, car trop de personnes pensent que la manière de manipuler ou de ranger un témoin du passé est sans importance.

En bref, Le codex de Paris fut une lecture divertissante. Si je m’attendais au départ à une enquête relevant plus de la recherche d’indices qui nous emmènerait dans les tréfonds de la magie, je n’ai, pourtant, pas été déçue du voyage grâce aux personnages nuancés qui amènent des visions justes et réelles de notre existence qui ne repose pas toujours sur la belle logique que notre société nous dépeint. La ligne entre le bien et le mal est plus floue que l’on ne le pense, et les choix sont souvent bien plus difficiles que cette simple question manichéenne.