La chambre des merveilles de Julien Sandrel

  • Titre : La chambre des merveilles
  • Auteur : Julien Sandrel
  • Éditeur : Le livre de Poche
  • Catégorie : feel-good

Avec son explosion de couleur et son titre accrocheur, je ne pouvais passer à côté de ce roman qui aborde la réalisation des rêves, de ceux qu’on aime et des siens.

Thelma est la femme d’affaires parfaite. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Elle travaille d’arrache-pied depuis quinze ans dans une grande entreprise de cosmétique qui va pourtant à l’encontre des idées que lui a inculquées sa mère Odette. Son job passe avant tout, si bien qu’elle présente un exposé devant le big boss alors que son fils vient de se faire renverser par un camion. Tout se déroule comme d’habitude. Tout, jusqu’à ce que le désintérêt du président lui saute à la figure avec dégoût. Elle comprend que sa place se trouve près de celui qu’elle aime plus que tout. Dénichant le carnet des rêves de Louis, elle décide de réaliser chaque point.

L’histoire de Thelma et Louis s’articule autour de trois sections dont les chapitres sont distribués entre les points de vue de la mère et du fils plongé dans le coma. Il m’a fallu du temps pour entrer dans le récit pour plusieurs raisons. L’accident est relaté par Thelma d’après l’événement déclencheur. Du coup, on se retrouve avec une maman qui se flagelle dès les premières lignes. L’ambiance est lourde, là où elle devrait être décrite comme un début de samedi normal.

Louis prend la parole dans le second chapitre dans lequel il se présente et découvre sa situation. Au départ, le style se prête bien à ce préadolescent de 12 ans. Cependant, l’auteur décide de rendre son phrasé galvaudé et éloigné de son âge. Il se justifie en le qualifiant d’intello. Toutefois, je n’ai pas été convaincue par cette explication qu’il lance au lecteur en dialogue direct, car les autres chapitres centrés sur Louis délaissent ce style pour une narration plus proche d’un jeune de notre époque. De ce fait, j’ai juste l’impression qu’il a mis de côté la cohérence au profit de l’ambiance douloureuse qui fait suite à l’accident dans laquelle il souhaitait insuffler une certaine poésie pour toucher le lecteur adulte. Pour ma part, ça n’a pas fonctionné. Je trouve le « Louis suivant » plus naturel et plus authentique que celui qu’on rencontre dans cette première partie.

Dans l’ensemble, j’ai vraiment accroché à l’histoire au moment où Thelma lâche son entreprise et reprend sa vie en main. Auparavant, le récit paraissait trop lisse. L’écrivain y plonge d’ailleurs une multitude de problématiques (sexisme, femme-objet, égalité homme-femme) pour rendre la société et ses collègues détestables. Il utilise aussi le terme de pervers narcissique pour décrire juste un gros connard qui ne s’en dissimule même pas. En résumé, j’ai eu l’impression qu’il citait des questions importantes actuelles pour être dans l’air du temps. De plus, ces problématiques servent plus à fournir les finances pour accomplir certaines missions qu’autre chose.

Une fois le réveil de la maman et la découverte du carnet des merveilles qui rassemblent tout ce que Louis veut faire avant de mourir, le rythme s’emballe et le récit m’a happé. En réalisant, les souhaits de son fils, Thelma va retrouver son goût pour la vie, la vraie. Celle qui va lui donner des ailes et l’amour, celle qui nous fait sourire jour après jour. Elle va renouer avec sa propre mère, Odette qui est un tourbillon d’énergie et d’espérance. Cette dernière s’impose dans la vie de sa fille pour la secouer et lui éviter de finir alcoolique sur son canapé.

Odette est sans doute le personnage que j’ai le plus apprécié. Décrite comme une baba cool, elle fait juste partie de ses femmes qui se battent pour nos droits et élèvent leurs filles pour qu’elles restent fortes face à la société patriarcale. Malgré ses différends avec Thelma, elle n’hésite pas à donner de sa personne quitte à se prendre des revers. Elle est un véritable moteur de l’histoire.

On découvre Louis à travers sa propre narration et son cahier des rêves. C’est un gamin de notre époque qui adore les Pokémons, le foot, le Japon et les trucs cool, et qui vivait les premières palpitations de l’amour avec la mystérieuse Isa dont le prénom est écrit dans son carnet.

Si on met de côté le début larmoyant et galvaudé, la plume de Julien Sandrel reste simple et dynamique. Elle véhicule bien mieux la positivité et la joie que la douleur pour ma part. Le rythme du livre est soutenu, ce qui correspond très bien à l’urgence de la situation. Louis n’a qu’un mois pour se réveiller et Thelma doit accomplir toutes ses merveilles dans ce laps de temps qui l’amènent du Japon à la Bulgarie en passant par les loges des MTV music awards. Si le panel de paysage est vaste, l’auteur a néanmoins évité de prendre les éléments les plus connus de ces pays. Ce travail de recherche, bien que vite exploité, est très appréciable.

En bref, La chambre des merveilles est une lecture facile et enivrante une fois les premiers chapitres passés. Ce feel-good est parfait quand on vit des périodes plus sombres de notre vie et qu’on a besoin d’un coup de boost. Si le traitement de certains thèmes m’a dérangé, j’ai néanmoins apprécié les figures de femmes fortes qu’Odette et Thelma représentent.

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