Révélations (James Holt, #1) d’Aline Godefroid

  • Titre : Révélations (James Holt, #1)
  • Autrice : Aline Godefroid
  • Éditeur : Livr’S Éditions
  • Catégories : jeunesse, science-fiction

L’annonce d’une jeune autrice de la part d’une maison d’édition que j’apprécie beaucoup ne pouvait que titiller ma curiosité. Écrire une saga à 13 ans au point que celle-ci soit publiée ! Le rêve de toute personne qui désire devenir auteur.rice. À la lecture du résumé promettant orphelin, surnaturel et course-poursuite dans la capitale belge, je ne pouvais qu’assouvir mon appétit de découverte.

À 12 ans, James Holt n’a connu que l’orphelinat Saint-Victor qu’il déteste au plus haut point. Surtout sa directrice Madame Reybard qui l’enguirlande, ses amis et lui, à la moindre respiration. De plus, il soupçonne que sa haine est tellement forte qu’elle le dénigre auprès de chaque parent adoptif potentiel. James vit donc une vie normale d’adolescent en crise contre les adultes, jusqu’au jour où des événements étranges se produisent dans l’établissement. La crainte et son envie de rébellion le poussent à accepter la proposition de son pote William. Une nuit, ils fuguent ensemble vers la liberté. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient, car l’aventure va les entraîner d’une folle course-poursuite vers les mains de la destinée de James. 

Le roman commence par un prologue relatant l’explosion du vaisseau La Martas due un monstre conférant tout de suite sa couleur au récit. Ensuite, celui-ci se déploie sous la forme de courts chapitres centrés sur le quotidien de James et ses camarades jusqu’aux fameuses révélations promises dans le titre, ainsi que le rebondissement final qui prépare le terrain du second tome.

L’univers de James Holt est bien ficelé, même s’il ne comporte pas beaucoup de surprises scénaristiques. J’utilise ce mot issu du cinéma, car l’image globale que j’ai du texte ressemble à un film d’action dans lequel les respirations sont peu nombreuses. Le début m’a paru de prime abord scolaire. L’autrice y dépeint en quelques chapitres la pléthore de personnages et brosse la situation initiale en quelques coups de descriptions. Dès le départ, on remarque que les dialogues sont maîtrisés, mais j’ai ressenti un manque d’ambiance pour être réellement prise dans l’histoire. Cependant, cette impression disparaît quand la fugue, et donc l’action, arrive. Aline Godefroid déploie une plume fluide qui joue avec le rythme et les mots pour construire des scènes mêlant tensions et acrobaties avec brio. On voit qu’elle a passé des heures à travailler cet aspect jusqu’à faire sien ce genre.

Par contre, il s’agit aussi de sa faiblesse, si je puis le dire ainsi. Au moment où la course-poursuite démarre, on s’arrête peu, voire pas du tout pendant presque une centaine de pages, créant un manque de respiration pour le lecteur et un rythme identique sans fluctuation, un peu comme le Boléro de Ravel ou la musique de Game of Thrones qui répètent inlassablement les mêmes notes. Le peu de changement n’apporte pas assez de relief à mon goût et empêche l’évolution des personnages auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher.

Pendant le passage de la fuite, James est confronté à plusieurs révélations que je ne vais pas lister ici pour ne pas en dire trop. L’une d’elles est sans doute la plus déstabilisante pour lui étant donné qu’il s’agit de la véritable identité de son meilleur ami. Quand celui que vous connaissez depuis toujours vous avoue une telle chose, il me semble que tout adolescent se poserait des questions ou douterait en partie de la bonne foi de cet allié qui vous a menti. Pareil pour ces nouvelles capacités qui se déclenchent de façon aléatoire et dont il ne semble pas craindre une seule fois la puissance. James n’a pas le temps de cogiter. Et, c’est comme ça pour à peu près tout ce qui se produit. Il accepte tout sans rechigner, un peu trop pour un adolescent en pleine rébellion selon moi.

On passe ainsi de la situation A au point B sans ressentir son évolution ou la vivre. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux autres protagonistes non plus, particulièrement en raison de l’incohérence entre la description initiale racontée par la romancière et les lignes de dialogues et d’action qu’elle leur prête. Je pense notamment à Sophie qui est censée être timide au point de parler très peu, mais qui s’ouvre sans difficulté. Je sais qu’elle le fait devant ses amies et que ça peut se justifier, mais ses quelques apparitions ne m’ont jamais montré ces caractéristiques-là. Je pense que le contexte du départ aurait peut-être dû être développé un peu plus, le temps d’ancrer les acteurs plutôt que de les esquisser en quelques mots.

Un autre élément qui m’a dérangée est le côté unidimensionnel des personnages de l’histoire. Ils ont peu de nuances, voir pas du tout. Les méchants sont simplement mauvais et certains relèvent du cliché, comme la cruelle régente de l’orphelinat. Il y a bien un protagoniste qui m’a plu avant de m’ennuyer par sa continuelle folie. Il s’agit de Roxane. Déterminée à atteindre son but, elle n’hésite pas à martyriser et à jouer avec James et William comme un chat le ferait avec une souris. Au départ, j’aimais beaucoup son côté badass et son cynisme, mais le manque de nuance a fini par me lasser. Même son background ne m’a pas convaincu, tout comme celui de William qui n’a pas réussi à m’émouvoir. De nombreux personnages sont également très forts, ce qui empêche une identification qui, pour moi, est primordiale dans un roman jeunesse.

L’autrice y aborde des thèmes étonnamment matures. À travers les extra-terrestres, elle dépeint un reflet de notre société. Ceux-ci se croient évolués contrairement à notre espèce qui ose utiliser encore ses cordes vocales pour communiquer. Pourtant, leur civilisation repose sur un système de caste. Les Mylosiens en bas de l’échelle, sont bien entendu des renégats, des déchets que les « bons » aliens gardent par pure bonté. Étrangement, ils dégagent plus d’animosité et de barbarie primitive que les humains malgré leur technologie avancée.

Elle parle également de la gestion de la crise de l’adolescence qui est au cœur même de son récit. Les changements ressentis dans son corps symbolisés par la naissance du pouvoir de James, la recherche de sa propre identité (surtout quand on ne sait pas d’où on vient, mais aussi une fois que l’on connait ses racines) et la gestion des émotions fortes qui bouillonnent et font sauter le couvercle de la casserole avant de manière impromptue.  

Révélations possède ainsi une richesse insoupçonnée, portée par une plume solide, mais inégale. Aline Godefroid captive par son habilité à dompter l’action et le genre dans lequel elle écrit. Elle mélange les tropes de la science-fiction et s’amuse à y distiller des éléments des mythologies grecques et égyptiennes pour construire son univers.

En bref, le premier tome de James Holt est un livre jeunesse plein de promesses malgré les faiblesses qui y transparaissent. Au cours du récit, l’autrice démontre son travail acharné pour appréhender cette discipline ingrate qu’est l’écriture d’un roman. Si le dosage entre révélations et actions ainsi que le manque de substance des personnages ne sont pas encore maîtrisés, la qualité de sa plume reste indéniable et j’ai hâte de voir si ses efforts porteront ses fruits dans le second opus.

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