Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2) de Christelle Dabos

  • Titre : Les disparus du Clairdelune (La passe-miroir, #2)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Catégories : Jeunesse, Fantasy

Gardez vos petites mains de liseurs/liseuses hors de portée de cet article si vous ne voulez pas être spoilé(e)s car j’aborde des éléments qui se sont produits dans le premier opus. 

Ma chronique du tome deux de La passe-miroir est basée sur une relecture. Ce livre est divisé en deux parties : La conteuse et La liseuse. Des interludes nommés Bribe dévoilent un morceau du passé des Esprits de famille.

Ophélie fait son entrée officielle à la cour. Déterminée à garder un minimum d’indépendance, elle obtient malgré elle le titre de vice-conteuse et doit distraire Farouk en lui racontant des histoires chaque soir ce qui lui attire les foudres du gratin de la Citacielle et l’exaspération de Thorn qui voit d’un mauvais œil l’intérêt que le seigneur lui porte. Toutefois, le pire l’attend encore. Elle reçoit une lettre de menace émanant de Dieu qu’elle ne peut pas lire. De mystérieuses disparitions au Clairdelune, lieu pourtant réputé pour sa haute sécurité, vont ébranler sa vie.

Ce second bouquin enrichit le portrait des arches et l’intrigue principale. Les notions évoquées dans le précédent, sont détaillées tels l’histoire des clans et des déchus, la Mère Hildegarde et le fonctionnement de ses sabliers. Inlassablement, l’autrice joue avec nous en montrant que son imagination n’a pas de limite. On croit connaitre un décor par cœur qu’elle ajoute des touches supplémentaires ci et là. Elle nous entraîne en dehors des murs de la Citacielle, à la confluence de l’océan du Pôle et de l’abîme qui fait office de frontière depuis la Déchirure.

Des projecteurs illuminent des pans du mystère. Ainsi, on en apprend plus sur le monde et l’effondrement qui le guette. A travers le thème de la censure et de la manipulation d’information, les véritables raisons qui ont poussé les Doyennes à se débarrasser d’Ophélie avec ce mariage, apparaissent au grand jour. Plus les énigmes sont résolues, plus de nouvelles interrogations surgissent, faisant tourner inlassablement les pages.

A côté de ces sujets, le féminisme brille par plusieurs personnages secondaires comme Cunégonde, la sœur du ministre des Elégances, qui regrette que les femmes n’aient pas voix au chapitre et que leurs capacités soient considérées comme inférieures à celles de leurs homologues masculins.

« Melchior a toujours eu droit aux feux de la rampe quand on me condamne, moi, à rester une artiste de l’ombre. Et savez-vous pourquoi, ma colombe ? Parce que ces messieurs pensent qu’eux seuls sont capables de faire tourner la machine, ici-haut […] Pourquoi devrions-nous être rivales pour de ridicules histoires de clans ? Nous sommes des femmes avant tout. Des femmes à l’esprit d’entreprises, qui plus est ! »

De nombreux nouveaux acteurs font leur apparition : les Valkyries, l’arche-trotteur Lazarus, la Rapporteuse, etc.  Ils sont dépeints avec soin et profondeur au même titre que les protagonistes principaux qui gagnent en épaisseur et en nuance. Thorn est bien plus attentionné qu’il n’y parait. Cet homme à l’allure d’ours polaire est terriblement gauche dans les relations humaines. Pourtant, il fait tout son possible pour ne pas se faire détester par Ophélie même si ses manières sont maladroites et incomprises par la famille de cette dernière. Quant à notre passe-miroir, le cours des événements lui provoque une crise identitaire qu’elle doit surmonter en osant se regarder en face. Ce petit bout de femme fait preuve d’un grand courage et d’une force insoupçonnée de son entourage.

En bref, Les disparus du Clairdelune ajoute des pièces au puzzle mystérieux de ce monde éclaté. Un passé que certaines personnes préféreraient voir rester enfoui. L’imagination de Christelle Dabos est infatigable et déroutante. Elle construit son intrigue en équilibrant révélations et nouvelles énigmes avec une plume de maitre.  

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Les fiancés de l’hiver (La passe-miroir, #1) de Christelle Dabos

  • Titre : Les fiancés de l’hiver (La passe-miroir, #1)
  • Autrice : Christelle Dabos
  • Éditeur : Gallimard jeunesse
  • Catégories : jeunesse, fantasy

Cette chronique est réalisée suite à une relecture du premier tome de La passe-miroir. Avec la sortie du dernier volet de cette quadrilogie, j’ai eu envie de la clôturer en relisant les trois précédents livres et de les chroniquer.

Les fiancés de l’hiver nous entraîne dans un monde énigmatique et morcelé. Le prologue introduit l’apparence de cette terre grâce à une mise-en-bouche intrigante. Il est suivi de deux parties nommées Les fiancés et Au Clairdelune.

L’autrice nous plonge dans son univers dès les premiers chapitres. Le début de l’histoire peut paraitre un peu lent par rapport au standard du genre. Cet aspect est tout à fait pardonnable car le monde imaginé par Christelle Dabos est d’une richesse incroyable et l’intrigue m’a fait tourner les pages même en seconde lecture. Dès qu’on pense en avoir fait le tour, elle soulève un pan supplémentaire du rideau qui dissimule la maquette de cette planète déchirée. Elle a l’apparence d’arches flottantes éloignées les unes des autres et dirigées par un esprit de famille immortel spécifique et inspiré de diverses mythologies. Ce volet nous en dévoile deux : Anima et le Pôle.

Ophélie est une animiste capable de lire les objets et de traverser les miroirs. Sa destinée tranquille bascule du jour au lendemain lorsque les doyennes l’obligent à se marier avec un étranger et à quitter sa famille pour se rendre sur une arche qu’elle ne connait que par quelques témoignages de ses ancêtres. Elle qui voulait seulement vivre paisiblement en gérant son musée, suit à contrecœur un fiancé froid et distant. Elle découvre la Citacielle où règne une réalité camouflée par les illusions et les faux-semblants. 

L’un des points majeurs de ce livre jeunesse est son héroïne. Ophélie est une femme moderne. Sous sa personnalité discrète et calme, le feu de l’autonomie et de l’indépendance brûle. Elle est contre son mariage forcé et l’oisiveté à laquelle les clans du Pôle sont habitués. Grâce à sa force intérieure et à son caractère honnête, elle survit au Clairdelune et garde la tête droite. Elle est le symbole du féminisme, de la femme qui se bat pour rester elle-même malgré les personnes qui veulent la fondre dans le moule de l’épouse douce et docile uniquement bonne à ne faire que des enfants. Au fil des rencontres, des amitiés et des inimités, son horizon va s’ouvrir progressivement tout en renforçant ses convictions et son assurance. Elle est celle qui peut passer les miroirs. Elle est de ceux qui sont capable de se voir tels qu’ils sont.

« Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. »

Les autres personnages sont tout aussi exaltants. Aucun ne semble lisse ou sans nuance. Qu’ils soient bons ou détestables, ils ne m’ont pas laissée indifférente. Thorn, le fiancé glacé possède un cœur dont on peut percevoir les battements si on tend l’oreille, Berenilde sa tante est une femme brisée sous son minois sensuel et calculateur, Archibald l’ambassadeur surprotège ses sœurs malgré ses frasques sexuelles. J’aime beaucoup l’accent typé de l’oncle d’Ophélie qui n’est pas sans rappeler le wallon. Joli clin d’œil au pays d’adoption de l’autrice.

La plume de l’écrivaine est imagée et descriptive. Elle dépeint les décors et les ambiances qui nous entrainent dans ce monde incroyable. Par moment, elle est un peu répétitive. Certains mots sont parfois plus soutenus comme les termes scientifiques par exemple.

En bref, Les fiancés de l’hiver marque un tournant dans la littérature jeunesse avec son monde diversifié et bien ficelé, ainsi que son héroïne originale et moderne. Si le début a un rythme lent, la suite est un véritable page turner qui m’a agrippée lors de mes deux lectures avec la même ferveur.