Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

  • Titre : Changer l’eau des fleurs
  • Autrice : Valérie Perrin
  • Éditeur : Le livre de Poche
  • Catégorie : Tranche de vie

Le métier du personnage principal est l’élément qui m’a poussé à acheter Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. Il faut dire que la profession de garde-cimetière est loin d’être la fonction la plus glamour ou tout simplement la plus utilisée dans le monde fictionnel. Même le fossoyeur doit la détrôner, je pense.

Violette Toussaint côtoie la vie du cimetière de Brancion-en-Chalon au quotidien. C’est un lieu où les secrets des défunts sont dévoilés. A croire que la mort délie les langues ou que le comportement des gens les trompe plus facilement face à celle-ci. Si la garde-cimetière connait la vie de ses voisins vivants ou enterrés, elle leur dissimule la sienne sous son manteau sombre. Personne ne sait le passé qui l’a amenée entre ces tombes. Elle va nous le raconter au fil des pages en alternance avec sa rencontre avec un inspecteur de police qui doit respecter les dernières volontés de sa mère qu’il pensait connaitre.

Le plus souvent, le cimetière est associé à une vision sombre ou triste. Dans ce roman, l’autrice le met en avant comme un endroit de vie à part entière dans celle d’une ville. Non seulement par les professionnels qui y exercèrent (fossoyeurs, prêtre, garde-cimetière, entrepreneurs des pompes funèbres) mais aussi par ceux qui restent et qui se répandent sur les tombes des gens qu’ils ont aimés ou détestés. En parallèle, Violette nous raconte sa propre vie et son passé qui est une succession de drames et de bonheurs. Tous ces événements l’ont fait converger vers ce petit bout de terre et peut-être vers un avenir meilleur.  

La majorité des extraits de vie possède un dénominateur commun : l’adultère. Comme si c’était l’acte le plus présent et incontournable dans les relations humaines. Il y est décliné sous plusieurs facettes par les personnages qui le subissent ou s’y adonnent ou qui y sont confrontés.

Changer l’eau des fleurs possèdent une pléthore de protagonistes qui sont soit traités avec profondeur soit esquissés. Violette est calme, à l’écoute et franche. Pourtant, si elle est totalement intégrée à cet univers particulier et aux humains qui parcourent son cimetière, elle a élevé une barrière. Elle garde pour elle son passé et ce qui l’a amenée à faire ce boulot. Par respect et par protection, elle s’habille de manière sobre devant les défunts et leurs visiteurs. Mais sous son manteau terne, elle dissimule les couleurs de la vie, des robes rouges ou à fleurs. Si la pièce où elle accueille les gens confère une atmosphère sereine et confortable, sa chambre est pimpante. Elle aime cet endroit et connait par cœur les noms, les dates de naissance et de mort, et l’emplacement de ses voisins comme elle les appelle.

Elle est entourée par des hommes qui ont tous un caractère spécial et des particularités comportementales distinctes comme celui qui chante tout le temps du Elvis ou celui qui est une catastrophe ambulante. Les acteurs secondaires m’ont laissée de marbre. Sans doute parce que la partie de l’histoire la plus intéressante est celle de Violette et que ces âmes sont plus pour elle des personnes qui gravitent autour d’elle sans avoir un impact fort sur sa vie.

Si le livre est principalement de la tranche de vie, de la reconstruction de soi après le tragique, il touche également au mystère avec une petite enquête menée par son mari Philippe, sans pour autant être structuré comme un vrai polar. Ce passage est un vrai page turner alors que juste avant le drame en question, auquel je m’attendais, le roman tirait un peu en longueur tout comme la fin.

Valérie Perrin a un style « liste ». A plusieurs reprises, elle utilise l’énumération. D’ailleurs, c’est comme ça qu’elle débute son roman. En listant les qualificatifs des voisins de Violette. Elle use aussi de la répétition de mot ou de bout de phrase par moment ce qui m’a un peu ennuyée car ça alourdit un peu la narration. La musique et la poésie sont des éléments importants dans son écriture. Elle décrit ses personnages en faisant référence à des chanteurs (surtout Français). Une connaissance commune avec l’autrice pour bien les visualiser est donc nécessaire. Les chapitres sont intitulés à l’aide de chansons ou de poèmes. L’ensemble de sa plume est légère et teintée d’humour. Elle arrive à dépeindre la tristesse des situations avec force. Elle émet aussi quelques évidences telles :  

 « Un joli nom, ça n’empêche personne d’être un salaud. » 

En bref, Changer l’eau des fleurs met en scène plusieurs vies qui tournent autour de Violette Toussaint et la sienne. C’est l’histoire de personnes qui font des choix pour avancer dans la vie malgré le poids du passé. Un roman qui aurait été encore meilleur sans les quelques longueurs qui le parsèment.  

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The Bear and the Nightingale (Winternight, #1) by Katherine Arden

  • Title: The Bear and the Nightingale (Winternight, #1)
  • Novelist: Katherine Arden
  • Publisher: Del Rey book
  • Category: Fantasy

The Bear and the Nightingale opens a door on the medieval Russian folklore. In a little village, Dunya tells her country’s legends by the fireside. These stories nourishes little Vasilisa who will have to arm herself to protect the ones she loves while staying herself.   

The novel has two parts. The first part unveils the context of the storyline: Vasya’s family, her father’s remarriage, the horrible relationship with her mother-in-law (as Cinderella) and the milieu where she is growing. That is a big introduction setting the universe and the pawns on the chessboard. We plunge into the 15th Century in Russia where Christianity stands alongside paganism that is still alive thanks to stories by the fireside and Vasya’s eyes who takes care of household spirits. The second part of the book presents the breaking of the balance. The newcomer priest and the mother-in-law, who is terrified by fantastic creatures, diverted peasants from daily behaviors that allowed the invisible ones to protect their homes. The shield fell at the worst moment: the awakening of the Bear is bringing a terrible winter.

This book is as a fairytale in which magic lives in the Russian snowy forest. The story isn’t original. It’s about the birth of a witch who protects the old traditions and who has a behavior opposite to what a girl should do. However, I like it because of the folklore and the authenticity of the tsar’s kingdom. Especially the Russian words that are explained in a glossary. I rarely read books related to Russia and its history. The author’s skill who makes alive this era, its environment, it’s beliefs and it’s atmosphere, convinced me. As her style that is poetic and full of imagery.

The character of Vasilisa is eye-catching and puzzling. She is the kind of little innocent girl who is able to tell you truths frankly and without animosity. It is making people wary. Above all the priest who doesn’t like her. When she is talking with the spirits, her sentences are naive sometime. It gives a certain style. She disturbs people because of her intelligent observations and her tomboy nature. She prefers running in the wood, riding a horse and keeping her freedom than sewing and cooking all day.

In short, The Bear and The Nightingale is a wonderful dive in snowy Russian lands where the folklore is still alive thanks to a child who is shaking the conventions up to stay free and to be herself.

The Bear and the Nightingale (Winternight, #1) de Katherine Arden

  • Titre : The Bear and the Nightingale (Winternight,, #1)
  • Autrice : Katherine Arden
  • Éditeur : Del Rey book
  • Catégorie : Fantasy

The Bear and the Nightingale ouvre une porte sur le folklore de la Russie médiévale. Dans un hameau, Dunya raconte au coin du feu les légendes du pays. Celles-ci nourrissent la petite Vasilisa qui devra s’armer de courage pour protéger les êtres qu’elle chérit tout en restant elle-même.

Le roman est divisé en deux parties. La première dévoile le cadre de l’intrigue en parlant de la famille de Vasya, du remariage de son père, de la relation exécrable avec sa belle-mère (qui rappelle Cendrillon) et de l’environnement dans lequel elle grandit. C’est une grande introduction qui place les éléments de l’univers et les pions sur l’échiquier. On plonge dans la Russie du XVe siècle où croyances chrétienne et païenne se côtoient. La deuxième ne vivant plus qu’à travers les récits oraux et les yeux de Vasya qui prend soin des esprits de la maison et des étables. La seconde partie du livre présente la rupture de l’équilibre lorsque le christianisme par le zèle de la belle-mère qui a une peur bleue des créatures fantastiques, et du nouveau prêtre qui fut envoyé dans ce village perdu, détourne les paysans des gestes quotidiens qui permettaient aux invisibles d’assurer leur rôle de gardien. Une baisse de bouclier qui tombe très mal alors que le réveil de l’ours provoque un terrible hiver.

Ce tome ressemble à un conte où la magie prend vie au cœur même des forêts enneigées russes. Si l’histoire de la naissance d’une sorcière qui protège les anciennes coutumes et qui abordent un comportement en contradiction avec les bonnes manières et le destin d’une fille, n’est pas originale, le récit a tout de même réussi à me captiver grâce au folklore et à l’authenticité de ce royaume des tsars, notamment par l’utilisation de termes russes repris dans un glossaire. Je ne suis pas habituée aux livres qui mettent en scène ce pays ou son histoire. C’est l’habilité de l’autrice à faire vivre cette époque, son environnement, ses croyances, son atmosphère qui m’a convaincue tout comme sa plume poétique et imagée.

Le personnage de Vasilisa est accrocheur et déroutant. C’est le genre de petite fille innocente qui est capable d’émettre des vérités avec une telle franchise et sans animosité que les gens se méfient d’elle. Surtout le prêtre qui ne l’aime pas beaucoup. Quand elle parle avec les esprits, ses paroles portent parfois la naïveté de l’enfant qu’elle est et ça donne un certain cachet. Elle ne dérange pas seulement par ses observations mais également par son côté garçon manqué. Elle préfère courir dans la forêt, monter à cheval et garder sa liberté que de passer ses journées à coudre et à cuisiner.

En bref, The Bear and The Nightingale est une merveilleuse plongée dans les contrées enneigées russes où le folklore continue à survivre grâce aux efforts d’une gamine qui bouscule les conventions pour garder sa liberté et son identité.

La collision des mondes de Sam Cornell

  • Titre : La collision des mondes
  • Auteur : Sam Cornell
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégories : Fantastique, Mystère, Historique

La magnifique couverture de La collision des mondes de Sam Cornell a de suite attiré mon attention sur la page Facebook de Livr’S Editions lors de sa sortie en août de l’année passée. Le dessin n’est pas seulement mystérieux, il me rappelle beaucoup le trait que l’on peut retrouver pour certaines BDs. Après avoir lu le résumé, je me suis laissé tenter.

Le roman est divisé en quatre parties plus un prologue. Je vais seulement résumer les deux premières et distiller les dernières dans mon article pour éviter d’en dire trop sur le déroulement de l’histoire.

L’inspecteur Edouardo Calvez reçoit une note anonyme qui remet en cause ses déductions sur l’affaire Galantier. Un cas vite catégorisé en suicide. Intrigué, il se rend sur les lieux du crime pour rouvrir l’enquête. Celle-ci l’emmènera dans une affaire bien plus sombre possédant des racines profondes.

Jeanne Colinet frappe à la porte du monastère et demande l’aide de Frère Guillaume. Elle est convaincue que son père, l’ancien maire, n’est pas décédé d’une simple crise cardiaque. En cherchant quelques informations, l’ecclésiastique va découvrir les secrets de son mentor et ses certitudes et convictions ne vont pas seulement être ébranlées mais franchement secouées.

La collision des mondes est un polar fantastique tirant sur la science-fiction qui est prenant dès les premières lignes. Toutefois, le déroulement souffre de longueurs en raison de l’étalage de l’histoire (qui nous entraîne des premières croisades au début du 20e siècle) et de la biographie de la famille d’un des personnages. L’auteur a fait un travail remarquable dans ses recherches afin de ficeler la partie fantastique sur son intrigue historique. La réinterprétation est intéressante mais la répétition des faits m’a un peu ennuyée. Certains passages ne m’ont pas semblé apporter quelques choses d’essentiel pour l’intrigue principale.  

En plus d’être une enquête et une plongée dans l’histoire, l’auteur aborde diverses thématiques si bien que le polar fantastique se mêle à l’histoire, la science, la philosophie, l’astronomie, l’astrologie, l’ethnologie, la physique et les mathématiques. En somme, un grand pot-pourri montrant une richesse d’esprit et du monde. C’est l’un des points forts de ce roman qui tresse les diverses facettes de l’humanité et de l’univers en montrant les liens malgré les différends. S’il expose la dualité entre religion et science, j’ai apprécié que Sam Cornell ne tombe pas dans une vision manichéiste en mettant aussi en avant les défauts de la seconde.

« la science, comme la foi, possède ses dogmes qu’il est tout aussi difficile de bousculer. Et lorsqu’ils vacillent, c’est pour mieux retrouver leur place initiale. Ils ne se brisent que rarement et aux prix d’insurmontables efforts. […] Lorsque les croyances astronomiques se confondent en certitude, la science ne vaut guère mieux que la foi. »

D’ailleurs, il se préoccupe de défendre l’esprit critique qui consiste à ne pas retenir une seule version des faits mais à consulter autant les vainqueurs que les vaincus, les deux visions des belligérants.

Les personnages sont traités avec profondeur et nuance. L’inspecteur Calvez est fier de son palmarès et sûr de lui. Pourtant, il est capable de se remettre en question. Il déteste perdre le contrôle des choses et il est méticuleux. C’est pourquoi cette missive l’ennuie fortement et le pousse à rouvrir l’enquête. Son esprit aiguisé va lui permettre de remonter le fil de l’affaire et d’accepter l’incroyable découverte et ce qu’elle engendre d’horrible dans le dernier épisode.

L’histoire se plaçant au début du 20e siècle, l’écrivain a tenu compte de l’émancipation de la femme en la personne de Jeanne Colinet. Cette femme a un certain aplomb et un caractère bien trempé. Elle est déterminée, optimiste et mesurée. Si elle prend quelques initiatives et montre son courage, elle reste néanmoins en retrait pendant une bonne partie de l’investigation de frère Guillaume. Bien que cela me fasse trépigner, il faut avouer que ces situations conviennent à l’époque où une femme n’est pas encore totalement libre de ses mouvements et ne peut pas accéder à l’ensemble des endroits réservés aux hommes. Jeanne synthétise en quelque sorte l’ancien et le nouveau comportement des femmes. Elle tend vers l’indépendance sans avoir encore totalement coupé le cordon qui l’a retient.   

Frère Guillaume est intéressant par son évolution face aux événements qui vont malmener ses acquis. Pieux et prêchant la bonne parole, il va être confronté à la noirceur des hommes et à ses propres limites entre ses croyances et la réalité. Il symbolise les interrogations : jusqu’où un humain peut-il aller pour survivre ? A quel point les situations peuvent-elles engendrer des actes en totale opposition avec ses convictions ?

La plume de l’auteur est efficace. Le style évolue en fonction du personnage qui a la main sur l’histoire. Ainsi, le début possède l’écriture du scientifique ou du détective en ce qu’il est descriptif et sans fioriture inutile. En quelques mots, le décor est planté. Quelques lignes métaphoriques viennent l’agrémenter ci et là en donnant une ambiance mystérieuse. La troisième partie est plus romanesque voire tragique alors qu’un des personnages monopolise la parole dans un monologue appuyé par les courtes interventions de son interlocuteur. Enfin, la fin installe une atmosphère plus lugubre. Les thèmes abordés par l’auteur l’entraînent à utiliser du jargon philosophique (issu du siècle des Lumières) et quelques notions scientifiques.

En bref, La Collision des mondes souffre des faiblesses d’un premier roman. Toutefois, Sam Cornell possède une écriture qui m’a plongée dans ce sacré pavé et son univers riche à la croisée des genres. Un auteur prometteur que je vais suivre de près.