Une agate rouge sang de Frédérick Maurès

  • Titre : Une agate rouge sang
  • Auteur : Frédérick Maurès
  • Éditeur : ELP Editeur
  • Catégories : drame, tranche de vie

Je remercie chaleureusement Frédérick Maurès de m’avoir proposé son roman Une agate rouge sang via la plateforme SimPlement.pro en échange d’une chronique honnête.

Mathieu vit dans une petite ville de campagne nommée Saint-Grappin. Professeur de métier, il passe son temps libre à s’occuper du jardin de Madame Marie-Louise qu’il connait depuis sa plus tendre enfance. Dès les premières pages de l’histoire, c’est à son enterrement qu’il se rend. Profondément touché par sa disparition, il se rend souvent sur sa tombe pour lui parler. Soudain appelé par le notaire de la défunte, il ne se doute pas qu’il connaissait si mal cette vieille dame qu’il aime tant. L’appartement de Paris qu’elle lui lègue et dans lequel elle n’a plus remis les pieds depuis fin 1943, va ouvrir la porte de bien des secrets.

Rapidement, je me suis sentie happée par l’ambiance et l’histoire de cet ouvrage entre mystère et quête de soi. L’auteur alterne le présent et le passé en évitant la chronologie croissante des flashbacks. En mélangeant les dates, il tente de dévoiler progressivement son intrigue tout en brouillant les pistes. Toutefois, j’ai assez vite saisi les liens entre les personnages avec un peu d’attention. Cela ne m’en a pas pour autant gâcher le plaisir. Au contraire. Le thème principal du récit et la profondeur des personnages alliés à la beauté de la plume m’ont juste agrippée au point de ne plus vouloir lâcher le livre.

La première impression que j’ai eue de Mathieu fut dérangeante. Cet homme qui détaille d’un œil critique ses voisins assistant à l’enterrement, semble avoir une obsession pour Marie-Louise qui va au-delà de la simple admiration d’une personne douce et juste qui l’a soutenu pendant toute sa vie. Au fil des pages, ce sentiment d’inconfort s’est estompé au fur et à mesure que la personnalité et l’histoire de Marie-Louise s’est révélée. Cette femme est tout bonnement extraordinaire derrière son apparente simplicité, même si son âme n’est pas si pure, si blanche ou si droite que l’on pourrait le croire de prime abord. Elle possède une noirceur et une détermination sans faille pour atteindre son but. Vu les circonstances, certains diront qu’elle a amplement raison, d’autres qu’elle ne vaut pas mieux que les Ténèbres qu’elle poursuit. Je vous laisse juger.

A travers son roman, l’écrivain a décidé de mettre à l’honneur trois femmes de l’ombre bien que l’une d’entre elles est plus mise en avant. Il parle de celles qui pendant la guerre se sont battues pour la résistance, celles dont les livres d’histoire ont longtemps évincé les exploits, celles qui ne sont pas inscrites sur les monuments aux morts. Ces héroïnes qui sont restées discrètes après la libération et qui ont eu la dignité de rester modestes malgré ce qu’elles ont vécu et ce qu’elles ont fait de bien comme de mal. Mathieu va avoir un nouveau regard sur les personnes qu’ils pensaient connaitre par cœur, je me suis rappelée moi-même que beaucoup de mes anciens contemporains ont une histoire importante à partager. Ce ne sont pas simplement les petits vieux qui aiment papoter ensemble autour d’un verre de bière sur la terrasse d’un café.

« Il existe parfois autour de nous des personnes que nous côtoyons presque tous les jours, qui font partie du décor, que nous croyons connaître ou que nous supposons être plutôt comme ci ou plutôt comme ça… mais au final, lorsque l’occasion nous en est donnée, souvent trop tard, nous réalisons que ces personnes étaient totalement différentes de ce que nous avions imaginé ou qu’elles possédaient des qualités exemplaires qui nous avaient échappé. Parce qu’elles étaient discrètes et modestes, qu’elles avaient banni toute vantardise intempestive de leur comportement, privilégiant le « faire » ou le « savoir faire » au « faire savoir ». J’ai toujours eu un faible pour ce type d’individu, qui agit dans l’ombre sans rien attendre en retour, simplement pour la satisfaction d’avoir bien agi ou d’avoir fait le bien autour de soi. »

Frédérick Maurès possède un style singulier. Son verbe est soutenu, métaphorique, parfois poétique, parfois teinté d’une noirceur voire de cynisme : « la dernière marche, tout en haut, crissera d’une manière particulière, comme un oisillon qu’on assassine en l’étouffant lentement.» Ayant choisi la première personne du singulier, il adapte sa plume à l’âge de son narrateur. Ainsi, Mathieu emploi un phrasé et un vocabulaire enfantin et simple dans les passages qui relatent son enfance. Son écriture fait que même si je m’attendais à certaines révélations, celles-ci n’ont pas eu moins d’impact lors de leur lecture.

En bref, Une agate rouge sang est un roman possédant une grande force par la place centrale qu’occupent les femmes et par la plume originale qui m’a immédiatement immergée dans l’histoire dès les premières lignes. C’est une très belle découverte. 

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