La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1) de Cécile Ama Courtois

  • Titre : La Délégation (Le conte des Sept Chants, #1)
  • Autrice : Cécile Ama Courtois
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : fantasy

Je remercie chaleureusement Cécile Ama Courtois de m’avoir confié son nouveau roman autoédité en échange d’une chronique honnête. C’est le troisième univers de la romancière que je découvre. Si mon avis est mitigé, il m’a tout de même donné l’envie de lire la suite.

Gahavia est une terre située dans l’Ambar Neldëa. En des temps reculés, les mondes communiquaient entre eux via des passerelles. Gahavia étant prospère, elle fut envahie par les armée de Mörk Örn et connut les heures les plus sombres de son histoire : les Eres noires. L’Unique intervint pour bannir le prince des ténèbres en l’envoyant dans un monde parallèle via les terres de Morlaune qui gardent des séquelles de sa noirceur et qui emprisonnent les êtres mauvais encore aujourd’hui. Mille ans plus tard, les peuples de Gahavia font leur possible pour maintenir la paix. Les Elfes dominent les autres races en étant le pilier de cette tranquillité. Tous les dix ans, une délégation de chaque royaume converge vers la capitale elfique pour renforcer les liens lors d’une assemblée. Le livre de la paix est transmis de clan en clan afin qu’il soit protégé et qu’il unisse les pays.  

Edoran fait partie des métamorphes et est le prince des loups-garous. Son père le nomme pour rapporter le livre sacré lors du nouveau conseil. Accompagné de son écuyer Boris et de l’hallebardier du roi, il quitte la Lycantie pour rejoindre les autres membres de la délégation des métamorphes. Sylphes, Félides, Aelders, Vipérines, Fées et Lycans vont ainsi chevaucher ensemble pour rallier l’Arcoa Calya. Au cours de leur périple, ils vont expérimenter les joies de l’aventure, de la découverte mais aussi des dangers plus sournois.

La Délégation me fait penser à un gros prologue. Le conte des Sept Chants est sans doute l’univers le plus riche, détaillé et complexe de Cécile Ama Courtois. Ne serait-ce qu’au niveau des clans. Si trois catégories peuvent être dégagées (créature mythique, humain et métamorphe), chaque peuple possède des caractéristiques distinctes et bien documentées. Notamment grâce à l’intervention de l’Étude des peuples de Gahavia par Ruphas Tenderbach.

Le premier tiers du livre se concentre sur la découverte de Métamorphia comme si Edoran et ses compagnons étaient des explorateurs qui observent et apprennent à connaitre les mœurs et les coutumes des autochtones. J’ai presque eu l’impression de lire une balade avec peu de perturbations si ce n’est les frictions entre clans. Par ailleurs, le fameux livre de la paix passe au second plan. Maintes fois, je me suis demandé si quelqu’un allait le dérober ou tenter de le faire en provoquant un esclandre proche de l’incident diplomatique. Mais non. Cette partie est calme et est vraiment basée sur le développement de l’univers. Si les peuples sont tous intéressants, j’ai une petite préférence pour les Sylphes. Ces êtres issus des arbres et qui démontrent l’amour de l’autrice pour les plantes et la nature. Elle m’a confié qu’elle croyait que les arbres avaient une âme et je l’ai ressenti dans ces petits personnages qui sont empreints de sagesse et dont l’apparence est nuancée selon la variété de bois de laquelle ils sont nés. Les Aelders, hommes-oiseaux, m’ont également plu par leur aspect qui mélange les traits humains et aviens.

La seconde partie qui coïncide avec le départ de Faerie est plus palpitante. Surtout avec l’arrivée d’un personnage drôle et cleptomane qui possède un certain charme malgré ses jérémiades. Le rythme s’accélère et l’aventure typique de la fantasy débute réellement. Enfin, les scènes se déroulant au palais des elfes est le moment phare où l’ombre se déploie et le pire surgit.

Pendant tout le tome, j’ai cherché le lien avec le titre de la saga : Le conte des Sept Chants. Le seul élément qui s’y rapporte est le dernier petit chapitre qui fait finalement intervenir le sujet, qui lance le second opus et qui me donne envie de lire la suite.

Ce sont les raisons pour lesquelles, je nomme La Délégation un prologue. L’ensemble décrit l’univers et amène le véritable enjeu à la toute fin.

Outre le détail de son monde, l’écrivaine apporte un soin particulier à ses personnages. Edoran du haut de ses 20 ans, est encore un gamin qui idolâtre son mentor, Malcolm le hallebardier, au point qu’il pique une colère quand celui-ci partage le lit d’une Vipérine qu’il déteste uniquement à cause des histoires de sa nourrice. Edoran a beau avoir une certaine érudition grâce à ses lectures, c’est la première fois qu’il quitte son royaume et qu’il va réellement être confronté aux étrangers et à leurs mœurs. Il débarque chez ses voisins la tête remplie d’images et de préjugés. Comme quoi, lire des livres ne signifie pas être ouvert d’esprit et tolérant. Il faut également se construire un regard critique notamment en rencontrant autrui. Edoran va évoluer vers cette mentalité petit à petit. Par ses actes et ses paroles, il va devenir le roi qu’il désire être. Quelqu’un qui rallie. D’ailleurs, il réussit à obtenir des différents peuples des laissez-passer à vie sur leurs territoires. Cependant, j’ai trouvé par moment que c’était trop facile pour lui d’avoir l’amitié de certaines espèces telles les fiers centaures. Ces unions vont sans doute servir dans les prochains tomes.

La princesse des haut-elfes, Saraë est considérée par ses pairs comme marginale et laide car elle ne sait pas contenir ses émotions comme le protocole des elfes l’instaure. Ses sentiments ne lui confèrent ni la grâce ni la sérénité de cette espèce qui éblouit les autres. Elle a un côté capricieux et ne désire pas monter sur le trône. Pourtant, elle changera vite d’état d’esprit suite à l’urgence de la situation.

Ces deux êtres vont connaitre un coup de foudre. Je n’ai jamais été convaincue par cette notion d’amour au premier regard et La délégation n’a pas changé ma façon de penser. Je sais que ce lien est nécessaire pour la suite de l’histoire (je n’en dirais pas plus pour vous laisser découvrir comment Cécile Ama Courtois utilise cet amour). Néanmoins, j’aurais préféré avoir quelques chapitres pour développer la relation entre Edoran et Saraë et l’intérêt que leur première rencontre aurait suscité plutôt qu’un amour immédiat.

A côté de la tolérance et de l’ouverture d’esprit vis-à-vis d’autrui, les thèmes abordés par l’autrice apportent une dimension surprenante pour de la fantasy qui met plus souvent en avant le côté viril et combattif des hommes que celui des femmes qui affrontent des difficultés qui leur sont propres. Ainsi, elle portraiture plusieurs femmes fortes et notamment l’image de la mère à travers un système biologique chez les Vipérines qui transpose les dangers de l’accouchement d’une manière originale. Là, où les scénarios ne mettent en avant que la douleur de l’enfantement, la romancière rappelle que porter et mettre au monde un corps étranger (car c’est ce qu’est un bébé) peut avoir de graves conséquences pour la maman. D’où le combat et l’exploit. La liberté sexuelle des femmes est aussi l’un des concepts phares exposés par l’appétit des Félides, des Fées et des Vipérines dont les mœurs sont libertines.

La plume de Cécile Ama Courtois est toujours aussi efficace pour entrainer le lecteur dans son monde. C’est pourquoi malgré l’aspect introductif de ce roman, j’ai passé un bon moment. Le narrateur possède un parlé poétique, lyrique et captivant. L’une des particularités de ce livre est que la narration est fortement présente pendant les deux tiers de l’histoire contrairement aux dialogues qui sont sporadiques. Les descriptions sont nombreuses mais loin d’être ennuyeuses. L’amour de l’écrivaine pour les chevaux qui est une de ses passions, transparait énormément. Ça va du nom de la race à ses caractéristiques et à l’union entre l’équidé et son cavalier qui leur permet de combattre et vaincre les ennemis. Ils ont une place de choix dans le récit.  

En bref, La Délégation est un premier tome qui pose les bases du Conte des Sept Chants tel un long prologue qui place les pions sur l’échiquier. Si ma lecture fut agréable telle une balade paisible emplie de découvertes, l’épilogue m’a mis l’eau à la bouche pour la suite.

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La vie est belle et drôle à la fois de Clarisse Sabard

  • Titre : La vie est belle et drôle à la fois
  • Autrice : Clarisse Sabard
  • Éditeur : Charleston
  • Catégories : romance, comédie

Je suis très pointilleuse dans le choix de mes comédies romantiques. Me faire rire n’est pas aisé mais me parler d’amour en me touchant l’est encore moins. De plus, je ne me laisse pas facilement avoir par les titres de noël, car cette fête est trop commerciale à mon goût. Lorsque j’ai entendu parler de La vie est belle et drôle à la fois de Clarisse Sabard, le pitch de départ m’a interpellé.

Léna déteste noël. Pourtant, elle se laisse embobiner par le mail de sa mère qui souhaite annoncer de vive voix une nouvelle importante aux alentours de cette fête. Une fois arrivée dans sa maison et sa ville natales qu’elle n’est pas sa surprise de découvrir un mot de sa maman les plantant, elle, son frère et sa nièce pour réaliser son rêve. Loin de déguerpir, Léna reste et va pratiquer les traditions de noël à côté de Tom et de Violette. Elle redécouvre Vallenot et renoue avec de vielles connaissances comme Clément.

Si le postulat de départ m’avait attirée, j’ai fini par être déçue par cette intrigue bien trop prévisible et sans originalité. Je n’ai pas adhéré au rythme du livre qui dévoile le fil tellement lentement que les épisodes m’ont semblé anodins et sans réelle incidence sur le changement d’esprit du personnage principal.  L’équilibre des révélations m’a paru mal géré. Je sais que ce n’est pas un thriller mais la vérité sur le passé enfoui qui a engendré la haine de cette fête méritait d’être mieux distillée. Les moments-clés m’ont semblé arriver pour la plupart comme un cheveu dans la soupe. Ils ne sont pas amenés subtilement. Ce n’est seulement qu’à la fin que j’ai commencé à vraiment accrocher.

La plume est plutôt passe-partout. Les tournures de phrases sont simples, légères avec une pointe d’humour. Malheureusement, la mayonnaise n’a pas pris car c’est prévisible et j’ai l’impression d’avoir trop souvent lu ce genre de phrases comiques. A côté de ce style générique, la romancière fait tout de même appel de temps à autres à des termes issus du monde psychologique.

Les personnages ne m’ont pas spécialement marquée. Léna est une entrepreneuse sûre d’elle et qui est cash ce qui l’a rend par moment un peu méchante. Elle est bosseuse et fortement critique. Toutefois, elle a un côté superficiel digne des magazines féminins. Tom est le frère et le père qui aime sa famille mais qui ne sait pas gérer toutes les crises. Il a d’ailleurs parfois du mal avec sa fille Violette qui est gentille et qui cultive son côté rebelle d’adolescente. Le seul acteur qui a retenu mon attention est leur grand-mère: Jacotte. Elle est un mélange entre la mamie gâteau et un certain atypisme par sa façon de penser et sa manière jeune d’agir.

En bref, La vie est belle et drôle à la fois est une comédie romantique qui partait d’une idée alléchante mais qui s’est retrouvé bien fade une fois entamée. Une histoire qui passe le temps et qui ne restera pas dans ma mémoire.

Les Feus Reheans (Legendion, #2) de Rémi Bomont

  • Titre : Les Feus Reheans (Legendion, #2)
  • Auteur : Rémi Bomont
  • Éditeur : Des mots qui trottent
  • Catégorie : fantasy

Comme d’habitude, je mets mon petit avertissement. Si vous n’avez pas lu le premier tome du Legendion, je vous déconseille de lire cette chronique. Je ne peux aborder le second livre sans dévoiler des moments capitaux du précédent. Évitez d’autant plus si vous êtes un habitant de l’Echodria car je vous rappelle que vous pourriez revivre plusieurs fois ce terrible instant où la fin d’une palpitante aventure est spoilée.

Suite au dernier chapitre laissant en suspens l’histoire sur une note de tension, Rémi Bomont a eu la gentillesse de mettre fin à la torture causée par cette maladie qu’on nomme l’impatience. Je le remercie du fond du cœur de m’avoir fait encore une fois confiance via SimPlement.pro pour parler du second tome du Legendion : Les Feus Reheans

Le récit démarre sur le passé d’Eres et met enfin en avant le fameux soulèvement d’Héléo qui a fait basculer bien des vies dont celle d’Eloran, tout en introduisant l’action de la Reine écarlate. L’auteur apporte d’autres éclaircissements comme la formation du cercle de Seheiah, la nature des Lycans, les royaumes du sud et le passé de l’Echodria. Le voile se lève également sur l’armée de Ô, son but et son dirigeant Ohen, bien que celui-ci reste encore bien mystérieux. J’ai adoré sa rencontre avec le roi et les révélations qu’y en découlent. La patience avec laquelle l’ennemi déploient ses pions est un point majeur du livre qui ébranle une population vivant dans une paix illusoire et peu préparée à ce qui arrive.

Avec l’enchainement des événements et les divulgations passées et présentes, j’ai été happée par ce roman qui est meilleur que le premier. D’ailleurs, j’ai détesté que mon corps et mon esprit défailllent cette semaine là, m’empêchant de le lire d’une traite.

Le rythme est similaire au tome précédent tout en étant plus intense. La première partie est un épisode aux allures de tranquillité baignant dans une tension sous-jacente. La cité, pourtant entourée par l’ennemi, ne subit pas d’attaque frontale. Comme si personne ne se trouvait sur les bateaux qui l’encerclent. Le temps semble en suspens. Mais ce n’est qu’une façade. Des Lycans arrivent à s’introduire dans les murailles discrètement et à accomplir leurs missions. Zahal semble hésiter à aider les Reheans qui vivent des miracles autant inexplicables qu’instables.

Les personnages secondaires ont une place de choix dans cette moitié. Eloran et Lerena sont un peu mis de côté, laissant la scène à leurs amis et familles. Eres était soldat dans les royaumes du sud avant de devenir Haut Commandant. A force de fréquenter les étrangers, il a gagné une grande ouverture d’esprit et une profonde tolérance bien qu’il porte encore en lui la vengeance des meurtres de sa femme et de sa fille. Evelène a combattu son chagrin et ses conséquences à sa manière. Grâce à sa force et à sa volonté, elle s’est relevée et a appris à vivre avec sa cécité. Malgré son handicap, elle sait se rendre utile et est courageuse. Le passé de la joviale et raisonnable Mère Poulhard avec Lerena est révélé. Enfin, on en apprend plus sur Mésange-Lugubre. J’adore les passages où cette petite flamme apparait car sa parole est un mélange de mystère, d’onirisme et de bon sens.

De nouveaux protagonistes ayant l’air de moindre importance de prime abord, font également leur apparition et je me demande s’ils vont avoir un rôle dans la suite. Marco est un petit bonhomme déjà bien brave qui prend soin de la petite Azaëlle qui ne pleure pas devant le danger, et Pafol est un fin observateur.

J’ai apprécié cet intérêt pour les acteurs secondaires car ça me donne l’impression que l’univers créé par l’écrivain forme un tout. Que l’histoire est portée par tous et pas seulement par une poignée de personnes comme c’est le cas dans beaucoup de fantasy. Cela démontre que l’auteur a élaboré son monde en profondeur. Du coup, l’horreur et la douleur comme la joie et la délivrance sont palpables et me touchent plus facilement.

Ayant déjà bien détaillé le duo principal dans ma première chronique, je dirais juste qu’Eloran découvre enfin qui il est et affronte sa part de secret. Lerena la reine naît dans ce tome. Si elle était un embryon de pouvoir dans le premier roman, elle mérite largement sa couronne par les actions qu’elle pose et la responsabilité qu’elle endosse. 

Rémi Bomont met en scène plusieurs femmes fortes et courageuses dans son récit. Vous êtes habitués au fait que je loue cette décision d’évincer les princesses en détresse alors je ne peux qu’applaudir ce romancier qui affirme par la voix d’un de ses personnages que les femmes sont assez solides sur leurs jambes pour ne pas avoir besoin d’être protégées par des hommes.

« –  Je m’étais juré de les protéger…

La lueur revint devant lui [Eloran].

– Qui ? Evelène, Lerena ? Quelle condescendance ! Comment peux-tu les croire si fragiles, alors qu’elles se sont passées de toi toutes ces années ? »

Comme dans le premier tome, quelques réflexions philosophiques sont abordées sporadiquement ou sous-tendent l’histoire tout du long. Ainsi, la notion de vivre l’instant présent et d’évanescence de la vie sont toujours présents. L’idée nouvelle et principale de ce second opus est l’égalité des hommes devant la mort. Peu importe le statut, que l’on soit pauvre ou riche, laid ou beau, tous mourront et connaitront le même sort. L’auteur évoque la différence entre ce que Zahal veut réellement et les paroles de dieu inventées par l’humain pour justifier ses actes. Enfin, la vision de la magie change selon les conséquences de celui qui y a recourt. Elle n’est par nature ni bonne ni mauvaise. Selon son utilisation, elle sera considérée soit comme Force Interdite soit comme miracle.

Rémi Bomont a peaufiné sa plume. Les tournures et les changements de genre sont plus fluides. Si je ressentais auparavant une sorte de césure entre les styles d’écriture, les transitions sont maintenant naturelles et se remarquent à peine. Les descriptions des batailles sont dures et crues.   

Si la fin clôt de manière plus tranquille ce chapitre de l’Echodria et ne donne pas autant envie de séquestrer l’auteur pour qu’il écrive la suite, de nombreux mystères restent encore à élucider. Par exemple, La Reine écarlate fait à peine son apparition et ses desseins sont encore bien gardés tout comme son identité.

En bref, Les Feus Reheans est un second tome exaltant et captivant. Il dévoile des pans entiers de l’univers du Legendion tout en continuant à faire monter le suspense et à préparer les futures batailles contre cette ennemie de l’ombre. Vivement la suite.