Les dieux déchus (Les cénacles du Don, #1) de Régis Moreau

  • Titre : Les dieux déchus (Les cénacles du Don, #1)
  • Auteur : Régis Moreau
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégories : fantastique, thriller, action

Je remercie chaleureusement Régis Moreau de m’avoir proposé le premier tome des Cénacles du Don sous-titré, Les dieux déchus, en échange d’un avis honnête. C’est un service presse obtenu via la plateforme SimPlement.pro.

Pierre a le besoin vital de s’aventurer dans les lieux bondés ou peuplés, comme le métro parisien, pour toucher les gens. Il profite d’un brusque freinage ou d’un tournant un peu trop courbé pour poser sa main sur le bras d’un voisin. Pourtant, il n’est ni atteint d’une rare maladie psychologique ni un pervers. Au contraire, il est la source de la chance et il doit en distribuer autour de lui. Un soir, il se précipite vers Jessie qui a oublié son parapluie dans le bus. Il la conseille d’éviter de manger italien. Perplexe, la jeune femme rejoint sa meilleure amie qui l’invite dans un restaurant italien tellement apprécié que les tables sont vite remplies. Se rappelant l’avertissement de l’homme, elle la convainc d’aller ailleurs. A peine éloignées, une explosion de gaz souffle le bâtiment. Marquée par les évènements, Jessie fait tout pour retrouver le vieux médium car elle ne veut plus vivre son triste quotidien. Elle veut changer sa vie peu importe le prix. Sauf qu’il ne faut jamais souhaiter cela à la légère et accepter de succéder aveuglément au donneur de fortune.

Le monde développé par Régis Moreau est bien construit et l’auteur se sert à merveille de l’histoire de la chrétienté pour inclure avec logique et pertinence les personnes possédant un don et qui étaient considérées comme des dieux autrefois. La classification des magies, l’histoire, la création des cénacles et leurs modes de fonctionnement sont décrits avec justesse et réalisme. J’ai particulièrement bien aimé les effets du pouvoir sur le corps de son possesseur en incluant les légendes et le folklore français pour justifier la laideur ou la difformité des êtres tels les bossus ou les sorcières.  

L’écrivain ne s’arrête pas à insérer la magie dans le monde réel. Il apporte également une réflexion philosophique et conceptuelle sur la chance en se questionnant sur ce qu’elle peut apporter à certains et prendre à d’autres. Sur l’impact qu’elle a sur le chanceux et autrui. Sur sa durée et les conséquences. La chance qui opère aujourd’hui n’est-elle pas le premier pas vers le malheur de demain ? Comme trouver un boulot après trois ans de refus (lucky) mais réaliser deux ans plus tard que son patron est un manipulateur qui va vous plonger dans la dépression (bad luck).

Cette dualité reflétée par les deux côtés de la médaille, se retrouve tout au long des Dieux déchus. Notamment au niveau des personnages qui ne sont ni tout blancs ni tout noirs. Jessie est une femme que l’on peut facilement cataloguer sous l’étiquette : métro-boulot-dodo. Sa rencontre avec Pierre va l’entraîner sur un chemin qui va révéler sa part d’ombre et la noirceur qui peut tacher un cœur à haute teneur en pureté après avoir subi de nombreuses épreuves rudes physiquement et psychologiquement. Impossible de rester de marbre face aux protagonistes de cet opus. Je pense par exemple aux membres du cénacle qui « accueillent » Jessie et que j’ai détesté à cause de leur perfidie. Ils sont horriblement bien vivants sous la plume de l’écrivain.

Le style de Régis Moreau sied parfaitement à l’atmosphère et à l’ensemble du livre (quelques coquilles sont présentes). Son portrait de la société dépeint une réalité dure et juste. Il n’hésite pas à user de descriptions crues et suintantes de vérité pour planter le décor. Je pense notamment à la scène du métro qui ouvre le premier chapitre et qui m’a de suite plongée dans son univers. J’aime le regard critique qu’il pose sur le monde actuel. Par ailleurs, je tiens à saluer le féminisme qui sous-tend certaines pensées de Jessie face aux situations qu’elle vit. En particulier, face au machisme de Dick qui est l’archétype du musclé qui a intégré uniquement le principe de virilité véhiculée par la société et qui n’a aucun respect pour les femmes au point de frôler la misogynie.

La vulgarité est fortement présente dans les dialogues de la deuxième partie du bouquin. Au point que des injures sont utilisées à la pelle. Le monde dans lequel Jessie va évoluer est loin d’être tendre : fusillade, course-poursuite et bagarre mêlant poings et magie. L’auteur a le souci du détail pour décrire les scènes de combat au point d’en être même technique.

En bref, Les Dieux déchus nous plonge dans la sphère obscure de la société actuelle en mélangeant avec équilibre la magie et l’action. Régis Moreau nous propose une réflexion profonde sur la chance et ses effets sans verser dans la philosophie compliquée et nous fait réaliser que la porte ouverte par la bonne fortune peut mener à un sombre chemin.

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