La Malédiction d’Ange Beuque

  • Titre : La Malédiction
  • Auteur : Ange Beuque
  • Éditeur : Readiktion
  • Catégories : aventure, mystère, fantastique

Suite à la parution de ma chronique sur L’école du futur, j’ai eu l’agréable surprise d’être contactée par l’un des auteurs qui m’a proposé de découvrir son roman interactif via l’application Readiktion. Ayant adoré la nouvelle d’Ange Beuque, j’ai sauté sur l’occasion, bien que lire sur un écran de smartphone, tablette ou ordinateur n’est pas de tout repos pour mes yeux déjà trop fixés sur la fenêtre illuminée au bureau. Je remercie chaleureusement l’auteur pour m’avoir offert son ouvrage en échange d’une chronique honnête.

C’est en attendant le début de l’enregistrement d’une émission radiophonique humoristique belge (1h d’attente pour avoir des places au premier rang mais ça en valait la peine) que j’ai enfin dégainé mon portable pour passer le temps en commençant La Malédiction.

Le premier chapitre s’ouvre sur le laïus d’un héros de roman à la retraite qui prend la fonction d’errant (il peut voyager d’un livre à l’autre et y rester durant 30 paragraphes) afin de sauver le monde livresque. Une malédiction frappe les protagonistes principaux des histoires. Au 21eme chapitre, ils meurent automatiquement et la narration est alors suspendue. Qui a lancé ce mauvais sort ? Comment l’arrêter ? Notre héros a 21 épisodes pour répondre à ces questions et sauver l’humanité fictionnelle.

L’aventure de La Malédiction fut une expérience délicieuse et enrichissante. L’écrivain joue habilement avec le monde livresque. Je connais de nombreux films et livres mettant en scène des personnes qui sont happées dans un roman ou un jeu vidéo. Toutefois, Ange Beuque se démarque de ceux-ci qui se concentrent généralement sur l’intégration de l’étranger dans l’intrigue en tant que héros principal. Si notre errant doit protéger l’univers fictionnel en entier, ici, l’originalité repose sur l’utilisation en long et en large de ce qui forme intrinsèquement et extérieurement un bouquin. Tout y passe. De l’histoire aux données externes comme l’ISBN, les statuts, les mentions légales, les notes de bas de page, le sommaire, mais aussi la structure, les genres, les fonctions et le poids de l’auteur, de l’éditeur et du lecteur, etc…Il exploite en profondeur les aspects qui font et qui englobent les livres si bien que des réalités et des impressions qui font souvent débats, sont mises en avant.

Si un certain sérieux transparait dans les lignes, l’enrobage est loin d’être pompeux. La plume de l’écrivain est un vrai régal pour les amoureux de la langue française et des figures de style. Les tournures et les jeux de mots ajoutent une touche humoristique et cynique voire satirique à la situation dramatique du héros qui doit sauver ses fesses et celles de la fiction. Ange Beuque est incontestablement un magicien des mots. Il distille un vocabulaire soutenu en usant de jeux de mots ou en détournant les expressions. Certains dialogues n’ont parfois ni queue ni tête. Ils sont excentriques voire absurdes tout en étant terriblement drôle. J’ai simplement adoré le côté rocambolesque et cocasse du passage de l’assureuse par exemple.

Si les techniques d’écriture sont multiples, les genres le sont tout autant : polar, western, science-fiction, fantasy, contes revisités,…et également les classiques qui sont présents sous forme de référence, de clin d’œil ou en épisode entier.

En plus, d’être un marionnettiste jouant avec sa création, l’auteur s’amuse aussi avec son lecteur. Le principe de l’application Readiktion repose sur le choix de ce dernier mais celui-ci est-il réellement le maître de la partie ? Qui manipule vraiment qui ? Qui est le maître du jeu ? Le lecteur ? L’auteur ? Ou bien les deux se font-il berner par l’intrigue elle-même et les protagonistes ? Après tout, on évoque souvent la vie fictionnelle qui évolue d’elle-même sous les doigts ou le stylo de celui qui la couche sur le papier (ou sur l’écran). Bien entendu, cette question n’a pas de réponse ou du moins, elle ne possède pas une unique vérité selon moi car la fiction est une terre riche et mystérieuse que l’homme n’a pas fini d’explorer et qui n’a de limite que l’imagination humaine.

Si la liberté d’action du lecteur est en partie illusoire, Ange Beuque n’hésite pas à l’utiliser dans son histoire. Nous voilà interpelé ou fustigé par notre errant nommant notre pseudonyme qui reste malheureusement masculin quand on est une fille. Cela relève de l’aspect technique de l’écriture textuelle qui n’est pas régie par un code informatique qui changerait le il en elle selon le profil du joueur. Sincèrement, ce n’est qu’un détail bien compréhensible et qui n’a que peu de poids sur ma balance du plaisir qui a jugé cette expérience merveilleuse et pleine de surprises.

Toujours intriguée par le fonctionnement des choses et ce qui se passe en coulisse, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la structure arborescente du roman interactif. Ainsi, j’ai exploré plusieurs scénarios-choix. Primo, parce que ma première aventure s’est terminée en 12 épisodes. Oui c’est possible et je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le coup de théâtre. Secundo, car j’aime tellement la plume de l’auteur et son côté manipulateur que mon appétit n’était pas satisfait après le premier round. J’étais insatiable. A ce jour, il me reste 3 chapitres sur les 56 disponibles à trouver pour compléter le jeu…euh le livre. J’ai vraiment été happée par cet univers que l’on peut explorer encore et encore sans se lasser et en changeant ses choix. Ce qui me plait beaucoup car, par moment, je suis indécise devant les possibilités qui ont l’air toutes plus savoureuses les unes que les autres. L’exploration en profondeur des divers scénarios m’a permis d’assouvir ma curiosité et d’appréhender un minimum ce labyrinthe livresque.

Enfin, abordons le point personnages.  Notre héros est un détective de formation et d’expérience. Fort de son palmarès, il a pris la grosse tête. Il est hautain, vaniteux, imbu de lui-même et arrogant. Il vise avant tout le résultat peu importe les dommages collatéraux. Toutefois, son caractère va évoluer au fil des paragraphes au contact de son adorable partenaire. Sid s’incruste aux côtés de notre errant comme assistant. Il a un cœur en or et est loin d’être aussi bête que le jugement de son patron le laisse penser. Sa gentillesse le pousse à aider autrui et il possède une certaine capacité d’observation qui va les sortir de l’impasse plus d’une fois et faire avancer l’enquête.  Il a ce pouvoir de susciter au lecteur l’envie d’en savoir plus sur ceux qui secondent le héros de l’histoire.

En bref, La Malédiction est une épopée mêlant enquête et aventure mais qui possède une richesse dépassant ces seules catégories. Ce roman interactif est bien plus qu’une simple expérience ou qu’un livre-jeu. C’est une véritable plongée dans l’esprit extravagant et humoristique de son auteur qui joue avec sa création et son lecteur comme si nous étions attablés autour d’un échiquier.  

Pour vous plongez sans plus attendre dedans, c’est par ici : https://www.readiktion.com/la-malediction/

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