Le dernier vœu (Le Sorceleur, #1) d’Andrzej Sapkowski

  • Titre : Le dernier vœu (Le Sorceleur, #1)
  • Auteur : Andrzej Sapkowski
  • Éditeur : Bragelonne
  • Catégories : fantasy médiévale, nouvelles

Ma rencontre avec Le Sorceleur d’Andrzej Sapkowski s’est déroulée dans les rayons de la libraire lorsque mes yeux tombèrent sur la nouvelle édition de Bragelonne. Il ne faut pas toujours une grande complexité ou une grande originalité pour attirer le public vers son produit. Les couvertures de cette série sont simples avec le fond imitant le parchemin pâle tirant sur le gris et un blason peint dont les contours, brossés grossièrement, sont entourés de tâches qui, pour le premier tome, rappellent par sa couleur carmin, le sang répandu par le glaive du sorceleur. Le titre, lui-même imprimé en lettres dorées, suscite la curiosité par la fusion évidente des mots sorcier et ensorceleur.

Un sorceleur est une sorte de héros vagabond qui va de royaume en comté et de ville en hameau pour tuer les monstres en échange d’un salaire. Afin d’accomplir leur tâche, il s’aide de deux éléments : les armes et la magie des signes. Geralt de Riv booste ses capacités, sa défense ou agit sur ses attaquants en usant du second. Mis à part quelques noms de signes qui apparaissent ça et là dans les chapitres, cette magie reste encore bien secrète. L’auteur n’en dévoile pas plus et reste sporadique quant à son utilisation. Les nombreuses scènes de combats exploitent plus le côté lutte à coup d’épée.

Le dernier vœu est un ensemble de nouvelles qui s’articulent autour d’un fil conducteur appelé La voix de la raison qui aide à présenter et à dévoiler peu à peu l’univers et le passé du Sorceleur où se mêlent bagarres de rue, intrigues de château et querelles de races. Cette structure me rappelle énormément les séries TV où l’histoire principale est révélée morceau par morceau avant ou après le chapitre exposé dans l’épisode. Elle est inhabituelle pour un recueil de nouvelles mais pas dérangeante. 

Les histoires sont d’une grande variété par les endroits où se situe l’action : ville, forêt, champ, montagne, … Toutefois, aucun des lieux n’est développé. Une myriade de noms de royaume, de comté et de ville sont mentionnés mais aucun ne fait réellement l’objet d’une description complète ou d’un élément original. Ils pourraient se trouver n’importe où dans l’hémisphère nord de la terre. C’est un monde médiéval de type occidental sans grande prétention et typique de la fantasy.

Le seul élément qui peut nous aider à situer le roman géographiquement autre que l’origine du romancier, est la mythologie et le bestiaire slave. Des noms inconnus dans nos contrées sont cités à plusieurs reprises si bien qu’il est dommage qu’Andrzej Sapkowski n’en décrive que deux trois. J’espère que les futurs livres mettront plus en exergue ces animaux fantastiques et légendaires.

L’écrivain exploite également certains contes tels Blanche-Neige ou la Belle et la Bête en les adaptant à son univers sombre et en les réinterprétant.

Le personnage principal se dévoile peu à peu au fil des pages : son passé, son présent et même son futur probable. Geralt de Riv respecte son propre code d’honneur de sorceleur. Sa vision du monde s’est forgée au fil de ses expériences en combattant les monstres et en côtoyant les humains qui ne sont pas toujours d’une grande bonté d’âme si bien que l’on se demande qui possède le plus d’humanité.

Ce questionnement sur la différence, les catégories du bien et du mal, les mutations, sur le monde en général, apporte un petit côté philosophique à l’œuvre. Par moment, des passages sont criants de vérité.

« Les gens, dit Geralt en détournant la tête, aiment bien inventer des monstres et des monstruosités. Ça leur donne l’impression d’être moins monstrueux eux-mêmes. Quand ils boivent comme des trous, qu’ils escroquent les gens, les volent, qu’ils cognent leurs femmes à coup de rênes, laissent crever de faim la vieille grand-mère, qu’ils assènent un coup de hache à un renard pris dans un panneau ou criblent de flèches la dernière licorne qui subsiste sur terre, ils aiment se dire que la Moire qui entre dans les chaumières au point du jour est plus monstrueuse qu’eux. Alors ils se sentent le cœur plus léger. Et ils ont moins de mal à vivre. »

Dans la première moitié du volume, j’ai eu l’impression que les personnages secondaires des différentes nouvelles se ressemblaient tous dans leur manière d’être et de parler (ex : un type bavard et cynique). Ensuite, certains protagonistes ont enfin relevé le niveau comme Calanthe de Cintra dont j’ai beaucoup aimé sa personnalité de régente même si à la fin de l’histoire elle retourne un peu trop vite sa veste pour aller dans le happy end. La voix de la raison et les derniers récits ont l’air de présenter les compagnons récurrents de notre Sorceleur comme Nenneke, Yennefer et Jaskier. Comme une sorte de mise en bouche pour la suite.

L’écriture de l’auteur m’a semblé bien inégale. Dans les premiers chapitres, le style est parfois bien simple et répétitif. Dans Le Sorceleur qui sert d’introduction réelle à l’univers, je me suis retenue de compter le nombre de fois que le mot strige était cité. Mais par moment, chaque phrase le possédait. Par la suite, la plume s’est améliorée et diversifiée notamment dans les dialogues dont le verbe des protagonistes semblaient être le seul à avoir été l’objet d’une vraie attention. Dans Le bout du monde, les discours font même intervenir un vieux patois (ici du vieux français pour la traduction) parlé par les autochtones et la langue elfique. L’humour employé allège l’emphase des paroles qui rappellent par moment les poètes ou les jeux scéniques qui utilisent beaucoup de grands et beaux mots pour décrire et relater les faits.

Enfin, l’un des éléments qui m’a le plus plu est l’ère dans laquelle évolue Geralt de Riv. Il s’agit d’une période où l’on sent arriver une rupture, la fin probable de la vocation de sorceleur car notre héros a dû mal à trouver des personnes prêtes à payer pour éradiquer des monstres gênants et qui semble disparaitre de la lumière du monde. Les êtres fantastiques comme les nains et les elfes, laissent à contrecœur la place aux hommes dont l’hégémonie approche à grands pas. Je me demande quel axe l’écrivain choisira dans le futur.

En bref, Le dernier vœu est un recueil de nouvelles à la structure intéressante qui pose les bases de l’histoire du Sorceleur. Ce tome est plutôt inégal au niveau de sa qualité et l’univers n’est pas original. Il se laisse simplement lire à petits doses.  

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