Une nuit dans le passé de ma mère de Dimitri Doye

  • Titre : Une nuit dans le passé de ma mère
  • Auteur : Dimitri Doye
  • Éditeur : Autoédition
  • Catégorie : drame, mystère

Les livres qui racontent la vie de gens comme vous et moi avec leurs bonheurs et leurs malheurs est un genre qui passe ou casse. Le style d’écriture et la manière de faire passer les sentiments des personnages ainsi que les thèmes abordés sont très importants pour que je m’y arrête et que j’apprécie leur histoire. J’ai accepté de chroniquer Une nuit dans le passé de ma mère de Dimitri Doye parce que l’idée sous-jacente de son roman a titillé ma curiosité : L’importance que doit avoir le passé dans la vie actuelle et son impact sur le futur. Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir confié, via SimPlement.pro, son premier bébé qui semble, d’après la postface, avoir mis des décennies de gestation. 

Mélissa stationne sa voiture dans une rue d’un petit village belge. Elle fixe la maison qui lui a fait parcourir trois heures de route pour trouver des réponses. Il y a quatre mois, sa mère a mis fin à ses jours en laissant une lettre incompréhensible. En faisant des recherches pour comprendre son acte et faire son deuil, sa fille découvre une photo qui l’a amenée ici. Vers un homme du passé qui détient les réponses. La première étape, le convaincre de lui dévoiler une histoire manifestement douloureuse, n’est pas si facile que ça. Une fois la porte des secrets ouverte, on ne peut plus la refermer peu importe ce que l’on y découvre.

Dimitri Doye nous entraîne dans un récit de rédemption, de délivrance et de construction d’identité. En revenant vingt ans en arrière, Sébastien va affronter les cauchemars qui le hantent depuis la tragédie qui a touché sa dernière année d’humanités (1995-1996). Mélissa va apprendre ce que sa mère lui a toujours caché et sa manière de voir la vie et autrui va évoluer.

Si le départ du livre semble un peu long, j’ai très vite été happée par le récit et la narration éloquente de l’auteur au point d’avoir du mal à le lâcher. Pourtant, les évènements qui sont racontés ne sont pas extraordinaires, juste dramatiques lorsqu’ils arrivent dans notre vie. Ce sont des faits divers, traités généralement sommairement dans les journaux, que les personnes extérieures lisent, compatissent et oublient trois minutes après avoir laissé l’article sur la table ou éteint la télé. Le roman aurait pu être court. L’instant résumé en cinq minutes et Mélissa repartie en un rien de temps. Le choix de Sébastien de décrire en profondeur l’année scolaire au lieu de synthétiser les élèves à un seul événement tragique de leur vie est une sorte d’hommage et un pied de nez aux journaux qui les déshumanisent presque comme si ce n’étaient que des rats écrasés sur la route.

Le point de vue choisi par Dimitri Doye est universel. Cela permet d’alterner les ressentis des protagonistes et de voir à travers les yeux d’un adulte ayant vécu une expérience traumatisante qui le poursuit depuis vingt ans, et une adolescente de 18 ans qui tout en ayant été confrontée à un drame, possède encore l’énergie de la jeunesse. Peu à peu, Mélissa se remet en question et cesse de juger l’épave qu’elle a devant elle et qui revit avec douleur et bravoure un épisode désagréable pour qu’elle en apprenne plus sur sa mère et son acte.

Ce roman est bourré de philosophies de vie diverses. Il apprend à briser les apparences, à se positionner dans les chaussures d’autrui, à trouver la force de vivre avec un lourd passé et surtout la culpabilité et la responsabilité qui s’en suivent. Qui ne s’est jamais demandé à un moment donné de sa vie comment ça se serait passé si…. ? Un passage m’a profondément touchée par sa véracité :

« Certaines personnes disent que nous avons la vie que nous méritons.

Avant de juger la vie des autres, ces personnes estiment-elles avoir la vie qu’elles méritent ?

Certes, nous récoltons généralement ce que nous avons semé, comme le dit si bien le dicton.

Cependant il arrive bien souvent que nous ne récoltions pas à sa juste valeur ce que nous avons semé ou ce que nous espérions récolter lors des semailles.

Après ce que nous avons vécu, j’ai longuement réfléchi à ce qui s’est produit ainsi qu’aux conséquences sur chacun d’entre nous ; en toute franchise, je ne pense pas que nous ayons fait d’excellentes moissons.

Bien au contraire !

Nous ne méritions pas cette récolte !

Je veux dire par là que nous n’avions rien semé qui justifie cette récolte.

J’ai compris par la suite que la vie était aussi injuste que dans ces livres dont je me délectais ; une personne sans histoire, ne demandant rien à la vie et qui se retrouve malgré elle au cœur d’une intrigue. »

La plume de l’écrivain est agréable et descriptive. Il portraiture les pensées de ses personnages sans filtre et les nargue à l’aide de la petite voix de la raison. Celle qui ne cesse de nous juger, de nous critiquer et de nous houspiller. Bien que la trame soit dramatique, l’humour est présent par petites touches sous la forme du cynisme. Par moment, quelques clichés font leur apparition comme le seul fait de posséder une moto permet de facilement embrasser une fille ou la drague poétique à deux balles de Sébastien ado. Ces phrases me font soupirer mais d’un autre côté, elles collent avec ce que des adolescents âgés de 17 ans peuvent penser après avoir été éduqué par les séries et les films de l’époque. De plus, Sébastien est tellement peu sûr de lui qu’il ne peut se raccrocher qu’à ce qu’il a lu.

L’intrigue est développée de manière intéressante et captivante. La mise en bouche du retour dans le passé narrée par Sébastien me rappelle la façon de construire un roman. C’est un peu comme une mise en abyme du métier d’auteur. Le déroulement du mystère est méticuleusement déployé. Bien que certains indices et un peu de recoupement personnel permettent de savoir des points de l’histoire avant leur divulgation, Un nuit dans le passé de ma mère n’en perd pas pour autant sa saveur. D’ailleurs, j’avoue avoir versé une petite larme à la fin.

Enfin, une certaine nostalgie m’a envahi durant certains épisodes en raison de ma nationalité, de ma personnalité et d’un évènement qui s’est produit également lors de ma dernière année à l’école. Si je ne vais pas m’attarder sur les deux dernières causes, je vais au moins explicité la première. Lire les explications de Sébastien sur la rhéto m’a projetée en arrière et m’a rappelé de bons souvenirs. Comme quoi, les auteurs belges devraient mettre plus en avant les particularités de notre pays non seulement parce que ça fait partie de leur identité mais aussi parce qu’ils peuvent toucher plus facilement leurs compatriotes.

En bref, Une nuit dans le passé de ma mère est un premier roman autoédité magistral. Plus qu’une histoire relatant un drame arrivé à des gens ordinaires, c’est une véritable plongée philosophique sur la vie, le passé et son poids sur l’avenir.

L’école du futur du Collectif #1

  • Titre : L’école du futur
  • Auteur : Collectif #1
  • Éditeur : Marathon Editions
  • Catégories : science-fiction, nouvelles

Je tiens à remercier chaleureusement Marathon Editions pour m’avoir fait parvenir une copie de L’école du futur contre un avis honnête via la plateforme SimPlement.pro. 

Ce recueil de nouvelles est né à l’initiative de l’éditrice Florence et de la blogueuse Virginie de Beltane de (lit en) secret qui mettent l’enseignement scolaire au premier plan dans l’apprentissage de la vie. Elles ont organisé un concours sur le thème de l’école du futur pour laisser les auteurs envisager ou rêver l’éducation de l’avenir. Leur dévouement va même plus loin étant donné que l’argent récolté à l’achat de cet ouvrage sera reversé aux Apprentis d’Auteuil. Cette fondation est créée en 1866 par des catholiques. Elle se consacre d’abord à l’éducation des orphelins et des plus démunis pour leur donner une chance de trouver un travail. Aujourd’hui, elle se concentre sur les jeunes en difficulté (principalement des ados) afin de les épauler et de les aider à s’insérer dans la société grâce notamment à des formations.

Alors que nous allons finir la deuxième décennie du XXIe siècle, le système scolaire subit des changements, parfois lents, car il doit s’adapter à l’avancée technologique et réinventer la manière d’appréhender le monde. Ainsi, cet ouvrage tombe à pique. Il englobe les visions de quinze écrivains chevronnés ou débutants qui partagent leur vision sur le thème. Chaque nouvelle ayant une voix différente, les plumes et les approches varient si bien qu’au moins une histoire devrait plaire à chacun. Le style d’écriture touche à la jeunesse, à l’adolescent et à l’adulte. La façon d’aborder le récit est narratif, descriptif, actif, doux, horrifique, aventureux, paisible, violent, sentimental, etc. Donc, il y a le choix.

Un côté moralisateur accompagne souvent l’intrigue. Surtout par rapport à l’importance des innovations technologiques du futur comme les intelligences artificielles, les robots ou les androïdes et celles qui sont déjà bien présentes dans la vie des enfants (tablettes, réseaux sociaux, etc.). Mais au fond, c’est moins une simple critique de l’ancien contre le nouveau système que la crainte de voir une déshumanisation, une dépendance et une désocialisation réelle.

Vu que L’école du futur est le premier recueil de nouvelles à plusieurs voix que je chronique et vu sa diversité et sa richesse, j’ai réfléchi à la meilleur approche pour vous le présenter. Je vais détailler mon top 3 des histoires afin de vous donnez l’eau à la bouche sans tout vous dévoilez.

Neurotoxicité du bouquinage d’Ange Beuque

Cette nouvelle ouvre le bal avec un système dictatorial où les livres papiers sont proscrits car ce sont des armes de destruction. Littéralement car il parait qu’ils peuvent nous exploser à la figure à moins que ce soit l’ouverture d’esprit et le développement de l’esprit critique qu’ils peuvent engendrer qui font peur ? Quoi qu’il en soit, Monsieur Alek est terrorisé lorsqu’il voit son élève Aylin déposer un bouquin fait de papier et d’encre sur son pupitre. Très vite, il met en place la procédure de sécurisation pour s’en débarrasser. Cependant, l’œil de l’inspection de l’enseignement se pose sur sa classe et sa manière d’enseigner qui prend quelques libertés par rapport au programme établi….Je vous laisse lire la suite et la fin surprenante qui laisse à réfléchir.  

Isaac de David Ruiz Martin

Isaac Aisner est un petit garçon de 12 ans qui a perdu la mémoire suite à un accident. Il intègre une nouvelle école en plein milieu d’année. Se faire des amis n’est pas aisé quand les groupes et les clans sont déjà faits. Mais c’est encore plus difficile lorsque l’on est spécial. Cette nouvelle est intéressante par son approche. Au lieu de s’intéresser à l’éduction des matières, elle se concentre sur le vivre ensemble. Comment faire face lorsque l’on est différent ? Comment aller au-delà de la peur que les autres ressentent ? Comment se développer et prendre confiance en ce que l’on est ? Ce conte philosophique m’a profondément émue malgré sa ressemblance avec un célèbre film de Steven Spielberg. Mais chut ! je ne vous en dis pas plus. A vous de découvrir de quoi je parle et surtout de le vivre à travers cette écriture fluide qui vous entraine dans ce mystère.

La vie bascule de Zoé Faverais Roy

Bienvenue au collège du futur où les cours se passent la tête dans les nuages. L’école, un bâtiment en verre, est suspendue au ciel. Plus d’odeur de papier, de cri strident quand la craie dérape sur le tableau noir…Tout est technologique au point que le professeur est devenu un tas de ferraille qui peut parfois avoir quelques dératés. Encore heureux que les élèves sont des as de l’électronique et savent réparer des unités centrales de la taille d’un pouce. Notre narrateur, un gars de 17 ans, est en train de suivre les cours de Vieux Boulon lorsqu’une tempête monstrueuse approche…Avec un langage d’adolescent (je précise que c’est compréhensible et qu’il n’y a pas de langage sms. Juste quelques mots de leur patois), Zoé Faverais Roy nous entraine dans un récit descriptif et narratif captivant avec une fin inattendue.

Pour information, je vous laisse une liste des autres nouvelles afin que les titres titillent votre curiosité :  

  • Une nouvelle à l’ancienne de Philippe Aurèle Leroux
  • Dans la chaleur de l’étable d’Abel Meiers
  • La clef du bonheur d’Esthel Cozzi
  • Un drôle de Fénix de Philippe Caza
  • Mon père, ce héros de Marguerite Aloze
  • L’appel de Céline P Bantam
  • Perdus dans le futur d’Elsa Malkoun
  • L’évasion d’Emilie Chevallier Moreux
  • Erreur de téléchargement de Laurent Contie
  • Hors de la bulle de Sienna Pratt
  • Quelques touches de couleur de Mathilde Bernardin
  • La pépinière de Florence Metge

En bref, L’école du futur est un recueil riche en approches et en visions sur le monde éducatif. Mettant en dialogue le passé et l’avenir, les avantages et les défauts des nouveautés et des idées, c’est avant tout une ode à l’apprentissage de l’enfant dans la société et le monde dans lequel ils vont grandir et évoluer.

Les figures de l’ombre de Margot Lee Shetterly

  • Titre : Les figures de l’ombre
  • Auteur : Margot Lee Shetterly
  • Éditeur : Harper Collins France
  • Catégorie : Documentaire

Voici une chronique un peu différente de ce que je propose habituellement. Je préviens tout de suite qu’elle comporte des idées fortes et personnelles parce que ce livre aborde des causes qui me touchent, telles le féminisme et le racisme. Il s’agit uniquement de mon avis. Toutefois, n’hésiter pas à venir partager votre opinion en commentaire.

Au départ, je n’avais pas prévu de lire Les figures de l’ombre. Je comptais juste regarder le film. Quand je suis tombée sur ce bouquin en parcourant les rayonnages de la boutique de seconde main Ramd’Âm, je me suis dit : « pourquoi pas ? ». Au passage si vous ne connaissez pas ce magasin namurois, je vous invite à aller y faire un tour. Il n’est pas bien grand mais l’atmosphère et la déco vous happeront dans un autre monde. A chaque fois que j’y passe, j’ai l’impression de voyager dans un trou spatio-temporel car je ne vois pas le temps passer.

Revenons à nos moutons. Les figures de l’ombre expose l’histoire des femmes, principalement d’origine afro-américaine, qui ont participé à l’aventure spatiale des USA. Irrités de s’être fait battre deux fois de suite par les Russes en pleine guerre froide avec les lancements de Spoutnik (1947) et du premier homme dans l’espace (Youri Gagarine, 1961), les Américains vont dépenser des liards dans le développement de la NASA pour rattraper leur retard. C’est avec audace que le président Kennedy dira « We choose to go to the Moon » dans son discours de 1962. C’est malheureux que l’homme qui prononça ces mots, ne pu voir de ses propres yeux la réalisation de cet exploit alors qu’il a galvanisé ses citoyens.

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong pose les pieds sur la lune lors de la mission Apollo 11. L’annonce du cinquantenaire de cet évènement m’a donné envie d’ouvrir Les figures de l’ombre et de me plonger dans une partie de l’aventure spatiale des Etats-Unis ou plutôt des femmes qui ont apporté leur brique à l’édifice.

L’autrice commence son histoire avec la seconde guerre mondiale, point de départ de l’émancipation des femmes qui doivent faire tourner l’économie en l’absence des hommes, et du développement fulgurant de la NACA (Comité consultatif national pour l’aéronautique) qui améliore les capacités des avions pour guerroyer et qui deviendra la NASA lors de guerre froide. Margot Lee Shetterly insère la biographie d’une poignée de femmes noires qui ont été engagées comme calculatrice humaine.

Ce documentaire prometteur de part son sujet m’a déçue sur plusieurs points. En effet, le travail de recherche est indéniable par la bibliographie bien référencée et les nombreuses notes de bas de page. Mais la synthèse et le produit final sont brouillons (manque de clarté et beaucoup de coq à l’âne), et l’objet principal est noyé par d’autres thématiques qui sont certes indispensables pour la compréhension mais qui ont pris plus d’ampleur que le propos ciblé.

L’écrivaine me conforte dans cette opinion en exposant dans son épilogue que le film est basé sur un document d’une cinquantaine de pages et non sur l’ouvrage de 350 pages que j’ai eu entre les mains. Mis bout à bout, c’est ce que doit faire à une dizaine de pages près, la quantité de données sur les mathématiciennes de la NASA.  

Contextualiser, rendre compréhensible la société dans laquelle ces femmes évoluent est important. Tout le monde (moi incluse), ne connait pas forcément l’histoire des Etats-Unis de façon précise. Cependant, Shetterly dépasse cette simple remise en contexte. Elle fait de nombreuses digressions et reparle plusieurs fois de faits passés et déjà expliqués (exemple : la guerre de Sécession). Si apporter de temps en temps des points sur l’histoire de la ségrégation aide à comprendre l’évolution de la société américaine en parallèle de l’intégration des calculatrices dans leurs équipes, les éléments décrits pendant des pages n’ont pas toujours un rapport direct avec elles. Cela ressemble plus à du remplissage. Par exemple, sur les 90 premières pages, la seule personnalité détaillée est Dorothy Vaugan et ont apprend seulement qu’elle a contribué vaguement à l’amélioration de la soufflerie pour tester les avions en plus de sa biographie. Cela fait peu quand on se rend compte du nombre de digressions sur l’histoire de la division entre blancs et noirs. Le livre continue sur cette lancée avec des descriptions sur la guerre froide et l’apologie des hommes comme John Glenn. 

Il y a peu je discutais avec un vaillante féministe sur un projet relié aux sorcières actuelles. Elle a émit une idée qui se concrétise dans cet ouvrage : il existe une hiérarchie des causes justes. Dès que l’on veut défendre une femme, on va l’associer à une autre valeur. Par exemple, on parlera d’une femme qui s’est fait tabassée en rue parce qu’elle était noire ou on parlera plus du voile qu’elle porte plutôt que de sa nature humaine. Or, quelque soit la couleur de peau, la religion ou l’endroit que l’on habite sur terre, il y a très peu de civilisations qui ne voient pas le sexe féminin comme un être faible dont le travail et les efforts quotidiens (professionnels ou privés) sont valorisables. Chaque cause est importante et aucune ne devrait prendre le pas sur l’autre. Je ne sais pas si le produit final et cette importance de l’histoire de la ségrégation et du racisme est du fait de l’autrice ou de la maison d’édition. C’est juste vraiment dommage de se rendre compte à quel point le sujet principal disparait au profit d’une autre cause traitée dans une pléthore d’ouvrages.

Il est possible que cette synthèse soit venue trop tard. En effet, l’écrivaine dit à plusieurs reprises que les calculatrices noires ont apporté énormément à l’aventure spatiale mais elle ne poursuit pas avec des exemples concrets. Ce qui ressort de cette affirmation est : elles font des calculs et travaillent tellement qu’elles s’abîment les yeux. Je pense que les recherches pour ce livre auraient dû être réalisées il y a plusieurs décennies : lorsque ces mathématiciennes étaient encore en vie. Seule la contribution de Katherine Johnson est palpable et importante. « Dites-moi où vous voulez faire amerrir cet homme, et je vais vous dire à quel endroit du ciel il faut l’envoyer ». C’est aussi la seule personne ayant travaillé à cette époque qui a été interviewée avec une autre employée des ressources humains. Les autres étant des descendants. De ce fait, l’épilogue apporte plus d’éclaircissement sur ce qui se passe dans les années 70s que les 300 pages traitant de la deuxième guerre mondiale à l’alunissage des américains.

J’ai une nette impression que ce bouquin connait un succès plus parce qu’on se trouve à une période propice à ceux qui défendent les grandes valeurs que par sa qualité. En l’achetant, je m’attendais à recevoir une claque. A comprendre l’importance de l’ouvrage de ces femmes dont le travail est passé dans l’ombre car les héros sont avant tout ceux qui sont dans les fusées et non ceux qui sont derrière les écrans, et parce que ce sont des femmes dont la contribution est « négligeable ». En le lisant, il n’a pas eu l’impact escompté.

Pourtant, Dorothy, Mary, Katherine, et toutes les autres sont exemplaires et extraordinaires. Elles se battent pour concrétiser leurs rêves malgré les regards et les obstacles inhérents à leur condition de personne de couleur et de femme. L’ensemble des tâches qu’elles réalisent au cours de leur vie, ne se résument pas uniquement à ce qu’elles font pour la NASA. En dehors, elles font tellement de choses pour briser les codes. C’est impressionnant et inspirant. Et c’est d’autant plus dommage que leurs exploits soient submergés par les anecdotes et les digressions. Elles passent au second plan.  

Même la manière de décrire certains passages minimisent leurs actions. Par exemple, « Les chefs […] cultivaient manifestement les talents de leurs membres de sexe féminin ». Non, ce ne sont pas les hommes qui cultivent le talent des femmes. Ce sont elles qui part leur volonté et leurs compétences se font une place au soleil. C’est parce qu’elles se battent à leur manière, en travaillant avec précision qu’elles sont reconnues par leurs pairs masculins et qu’ils les veulent dans leur équipe.

Si Les figures de l’ombre possède de nombreux défauts que je viens de décrire, il a aussi ses qualités. J’apprécie que Margot Lee Shetterly ne fasse pas abstraction des petites reconnaissances que les calculatrices ont reçues de leur vivant : la possibilité de signer ou cosigner des rapports de recherches, la présence de leur contribution dans la presse noire en 1962, le fait que des hommes les veulent spécifiquement dans leur équipe. Ne pas faire l’impasse sur ces éléments montre que leur travail a participé à faire bouger les mentalités. Quelques points et exemples sexistes sont également mis en avant et elle évite de répéter la ségrégation dans son écriture. S’il existe bien entendu des dissensions entre les femmes blanches et noires, Shetterly précise à plusieurs reprises qu’elles subissent des situations dégradantes similaires ou que leur valeur est diminuée quelque soit leur couleur de peau.

Une version enfant est sortie dans le monde anglophone. J’espère que la manière de décrire la vie de ces femmes est mieux réalisée que dans le documentaire et qu’il suscitera des vocations mais surtout de la confiance en soi et en ses compétences auprès de nombreuses petites filles qui ne sont pas toujours poussées dès leur plus tendre enfance à exprimer ce qu’elle sont et à s’affirmer comme on laisse les garçons faire.

La version enfant des figures de l’ombre

En bref, Les figures de l’ombre est un livre qui passe à côté du sujet principal malgré le travail accompli par l’autrice. Loin d’être un phare dont la lumière disperse les nuages et redonne confiance et volonté aux femmes et adolescentes, il a au moins eu la chance d’être paru au bon moment pour rendre à ces femmes la gloire qu’elles méritent.

Manhattan Marilyn de Philippe Laguerre

  • Titre : Manhattan Marilyn
  • Auteur : Philippe Laguerre
  • Éditeur : Editions Critic
  • Catégories : Thriller, Action, Historique

Je remercie chaleureusement Philippe Laguerre de m’avoir confié Manhattan Marilyn contre un avis honnête via la plateforme SimPlement.pro. Ma culture cinématographique est plutôt pauvre. Je connais Marilyn Monroe surtout de nom et par son visage représenté par les artistes à travers leurs œuvres. C’est le speech de départ qui m’a interpelée.

Le prologue du livre nous plonge directement au cœur de l’intrigue puisqu’il décrit les dernières heures de Marilyn Monroe avant qu’elle ne découvre malgré elle un terrible secret. Elle comprend vite que les révélations faites sur l’oreiller risquent de lui coûter la vie. Elle décide alors de tirer elle-même sa révérence.

« Elle devait mourir pour ne pas mourir. Comme une mort de cinéma. »

Kristin Arroyo est une ancienne militaire. D’origine hispano-américaine, elle s’est battue toute sa vie contre les stéréotypes et le racisme pour se faire une place dans la société en vain. Après s’être engagée suite au 11 septembre 2001 et avoir combattu en Orient, elle quitte l’armée et rejoint New York. Elle tente de trouver un sens à sa vie quand elle décide de rejoindre le mouvement Occupons Wall Street qui dénonce les inégalités économiques des USA. A l’automne, Kristin manifeste dans les rues de Manhattan quand un photographe l’aborde. Nathan Steward lui demande l’autorisation d’utiliser son visage pour une exposition centrée sur OWS. Malgré quelques réticences, elle accepte de l’aider pour promouvoir leur lutte. Retrouvant des photographies de Marilyn Monroe dans de vieux cartons, Kristin décide de les montrer à son nouvel allié pour en apprendre davantage sur celui qui les a prises : son grand-père. Jubilant à la vue des clichés, Nathan propose de juxtaposer les deux femmes côte à côte dans une exposition originale. Aucun des deux ne pouvait se douter qu’une simple photographie vieille d’une cinquantaine d’année réveillerait un tel monstre.

Philippe Laguerre joue avec le mystère de la mort de Marilyn et les hypothèses qui en découlent, pour nous servir une histoire d’action américaine, non seulement par les scènes mais également par ses protagonistes. Assassinat louche, chasse à l’homme (ou plutôt à la femme), fusillade, …tous les ingrédients des films d’action servis par Hollywood se retrouvent dans ce roman. Le déroulement de l’intrigue reste assez classique. Les éléments de l’histoire se devinent assez aisément. Seul, le fameux secret reste insondable avant sa révélation. C’est un peu dommage que l’auteur dévoile à la fin certains comportements qui auraient pu devenir de bons retournements de situation et apporter un point d’orgue palpitant à la bataille finale.

Si le livre se lit facilement, je n’ai pas ressenti d’excitation ou de sentiments forts lors de ma lecture. Cependant, je note des points intéressants. Au-delà des grandes valeurs visiblement défendues par l’auteur au début du thriller, il fait preuve d’originalité dans certains aspects avec les exemples utilisés pour dénoncer des comportements odieux, mais aussi dans l’approche de l’exposition et la manière dont il présente Marilyn. Il nous montre le visage d’une femme qui, ne pouvant échapper à l’image de la blonde pulpeuse que l’industrie cinématographique lui a conféré, joue de ses atouts à sa manière. L’approche de l’exposition est également originale. Etant muséologue de formation, je ne peux que saluer l’idée, qui pourrait paraitre incongrue à certains, de rapprocher les deux femmes comme symbole de rébellion. Le dénouement de l’histoire nous montre que Nathan a raison d’opérer cette comparaison.

Typique des genres d’action, le développement psychologique des personnages est peu mis en avant. Kristin est la seule à vraiment être détaillée mais il n’y a pas de réelle évolution entre l’ancienne militaire du début et de la fin. La romance, car oui il faut que j’en parle, entre Michael et elle est stéréotypée et me fait l’effet d’être là pour coller au moule. Dès leur rencontre, on sait à quoi s’attendre et on sait comme ça va finir. Leurs brefs moments de passion ne m’ont pas fait vibrer.

L’auteur possède une plume simple et recourt plus au dialogue qu’à de longs descriptifs. Il a opté pour un style qui convient à ce genre de livre. Et c’est sans doute l’une des raisons qui fait que je n’ai pas lâché le livre en route (en plus de vouloir connaître le fameux secret) même si je m’attendais à un thriller plus historique et typé enquête sur les traces de Marilyn que succession de combats à la sauce américaine.

En bref, Manhattan Marilyn est un roman d’action qui fait passer le temps. Il se base sur des faits et des hypothèses historiques pour construire une histoire qui se laisse lire sans pour autant sortir des sentiers battus. Il a le mérite d’offrir une autre vision de l’actrice aux non initiés comme moi.