Engeance (Le sang de l’Éden, #1) de Sabrina Lionat

  • Titre : Engeance (Le Sang de l’Éden, #1)
  • Autrice : Sabrina Lionat
  • Éditeur : Auto-édition
  • Catégorie : Fantastique

Je remercie chaleureusement Sabrina Lionat de m’avoir proposé et confié le premier tome Le Sang de l’Éden via la plateforme SimPlement.pro en échange d’une critique honnête.

Engeance est une histoire fantastique (dans les deux sens du terme) qui se base sur la mythologie biblique et les sorcières. Eva Brunel travaille dans une bibliothèque auprès de l’un de ses mentors. Alors que Bernard l’invite à se pencher sur un vieux manuscrit qu’il étudie, la jeune femme voit la représentation de la déesse Némésis s’animer sous ses yeux. Cependant, elle est la seule à s’en rendre compte. Depuis, elle entend des murmures inaudibles et sa vie va radicalement changer. Chacune de ses rencontres passées et actuelles prend sens.

« Une coïncidence n’est qu’une explication qui attend son heure.»

Ce récit est une fabuleuse aventure mêlant fantastique et mystère dans un univers riche et maîtrisé. Eva Brunel est une héroïne qui se découvre au fil des épreuves et qui grandit avec force. De fille effacée qui manque d’assurance quand il ne s’agit pas de bouquin, elle devient le pilier de son propre destin et se bat avec acharnement malgré les horreurs qui lui arrivent. Et par horreurs, je parle des moments forts en émotion autant par leur dureté émotionnelle que psychologique. Sabrina Lionat la malmène et l’aide à la faire évoluer.

L’autrice met en scène une pléthore de personnages et de factions qui trouvent tous leur place dans l’histoire. Malgré leur abondance, elle a réussi à leur donner de la profondeur. On est loin du personnage secondaire superficiel qui n’est là que pour boucher un trou ou égayer un passage de temps en temps. Elle a construit chaque lien et chaque rôle de manière minutieuse. C’est pourquoi, on ne se sent pas perdu face à la multitude de clans et de personnes. Tout s’imbrique et prend sens si bien que je me demande ce que la romancière va nous réserver dans le second tome. En effet, les questions ont majoritairement trouvé leur réponse et je suis curieuse de savoir comment elle va faire évoluer son monde.

Engeance est écrit avec une plume simple et fluide qui accroche dès les premières lignes. Sa façon d’apporter les éléments est juste excellente et digne des livres de type mystère. Elle dose parfaitement les révélations et elle a une approche originale pour amener les choses. Le rythme de l’histoire est dynamique. L’autrice aime les descriptions pour planter le décor et portraiturer les personnages sans que cela soit long et lourd.

Elle utilise des objets et des personnes existants dans notre monde, ce qui donne de la consistance au roman. J’ai l’impression que quand les écrivains se basent sur des éléments issus de notre réalité, c’est plus facile de se plonger dans l’intrigue et de comprendre ce qui est relaté. De plus, les noms cités lors des recherches historiques d’Eva, m’ont donné envie de vérifier leur existence réelle. Cela montre à quel point la romancière a titillé ma curiosité et à quel point on sent le réalisme de ce récit fantastique. J’aime beaucoup cette combinaison.

Le seul détail qui m’a un peu ennuyé est le petit côté romance au début entre Lucas et Eva. J’ai trouvé qu’elle est trop facilement séduite par un homme qui ne dégage pourtant rien d’autre que des hormones lors de leurs premières rencontres. Son comportement est loin d’être attrayant. Encore heureux que cet aspect ne prend pas le pas sur l’histoire et que l’on reste bien dans un récit fantastique plutôt que romantique.   

En bref, Engeance est une belle découverte d’une autrice autoéditée dont la qualité n’a rien à envier aux écrivains des grandes maisons d’édition. Bien que le roman reprenne des éléments courants, il possède une réelle richesse tant dans l’univers que dans le style. J’ai hâte de lire la suite.

Emi, Lucette et la coiffeuse d’Evelyne Larcher

  • Titre : Emi, Lucette et la coiffeuse
  • Autrice : Evelyne Larcher
  • Éditeur : Librinova
  • Catégories : tranche de vie, policier

Emi, Lucette et la coiffeuse m’a été confié par Evelyne Larcher via la plateforme SimPlement.pro en échange d’un avis honnête. Un grand merci à elle pour sa confiance.

Ce livre nous plonge dans la banlieue parisienne auprès de Lucette, une mamie guadeloupéenne veuve qui mêle sa vie aux habitants de son quartier suite à la mort de son mari Nestor. Le 11 avril au matin, pompiers et policiers arrivent toutes sirènes hurlantes au bas de l’immeuble d’en face. Man Lucette se précipite sur les lieux pour savoir ce qui se passe et voir si la petite Emi Robert va bien car sa maman s’est faite agressée. Son état est grave et elle reste dans le coma pendant plusieurs mois. Les voisins du quartier sont chamboulés par cet événement qui va impacter leur vie. Chacun se demande qui a fait le coup et Lucette semble en déranger plus d’un !

Evelyne Larcher nous entraîne dans une histoire qui ressemble aux premiers abords à un Miss Marple transplanté à Paris. Man Lucette n’hésite pas à se rendre sur les lieux du crime et à s’impliquer dès le début du drame. Toutefois, son enquête est vite remisée à l’arrière plan. En effet, entre son sprint pour passer à travers la barrière des pompiers et les cinquante dernières pages, c’est principalement la vie des habitants du faubourg qui est exposée. D’ailleurs, l’investigation officielle menée par Carrie et officieuse de Man détective piétine longtemps.

Ce roman est avant tout le portrait d’un quartier. Les personnalités, les histoires, les interactions, la solidarité qui se développe suite à l’attaque, y sont décrits. Lucette est une mamie qui est cash. Elle se mêle des affaires des autres et dit ce qu’elle pense. Elle a un caractère bien trempé mais elle fait aussi attention à autrui comme durant sa carrière d’assistante sociale. Elle prend soin de la petite Emi Robert en lui faisant des gâteaux guadeloupéens et en lui contant des légendes des îles. Tour à tour, elle rouspète dans l’épicerie de Rachid et lui donne un coup de pouce quand il en a besoin. Elle imagine la relation amoureuse de la baby-sitter d’Emi avec le dentiste. Elle prend soin du chat du quartier qui assiste à la scène du crime et qui se balade librement dans tous les appartements bien qu’il ait un propriétaire.

La narration et la succession des scènes du passé et du présent des habitants se font souvent sans transition et je me suis sentie un peu perdue par moment. J’avais besoin d’un petit laps de temps pour comprendre à quelle période appartenait le passage.

La force majeure d’Emi, Lucette et la coiffeuse réside incontestablement dans le style d’écriture d’Evelyne Larcher. Sa plume est légère, humoristique, dynamique. Elle est rythmée et parfois poétique. En parlant du mari de la victime qui chronique des livres à la radio, l’autrice dépeint parfaitement sa propre façon de coucher les mots sur le papier : « Il adore quand les mots composent des partitions mélodieuses, harmoniques, rythmées. » Certaines lignes m’ont donné l’impression d’être déclamées en chanson, surtout avec l’utilisation de rimes. Enfin, la romancière use du langage antillais et arabe en les traduisant en notes de bas de page. Cela donne un certain cachet et nous plonge dans la diversité culturelle de ce quartier parisien.

En bref, si vous chercher une grande enquête menée de main de maître par une grand-mère casse-pied et attachante à la fois, passez votre chemin. Mais si vous cherchez un véritable portrait de quartier et si vous adorer les romans avec une écriture dynamique et rythmique alors foncez !

Altérez-moi de Thomas François

  • Titre : Altérez-moi
  • Auteur : Thomas François
  • Éditeur : Livr’S Editions
  • Catégorie : humour noir, action, enquête

Altérez-moi fait partie de mes acquisitions de la Foire du Livre de Bruxelles 2019. Ayant déjà lu l’un des ouvrages de la maison d’édition, je me suis penchée sur ce livre qui avait déjà attiré mon attention lors de son annonce sur le site en raison de la combinaison accrocheuse de son titre et de sa couverture. J’aimerais souligner l’adhésion parfaite de cette dernière avec l’histoire. Les tonalités monochromes avec cette touche rouge sang dépeint magnifiquement l’atmosphère et chaque détail est en adéquation avec ce qui se passe dans le roman.

Le premier chapitre s’ouvre sur Léon Mallar qui s’inscrit enfin comme demandeur d’emploi après avoir procrastiné deux mois suite à l’obtention de son diplôme en juin. Tâche ô combien excitante à réaliser. Surtout quand l’employée du service possède un charme et une gentillesse dignes d’un babouin mal luné. Sur le chemin du retour, il rencontre à quelques pas de l’immeuble où il habite, deux policiers qui lui demandent ses papiers. Il obtempère moins par respect des forces de l’ordre que par l’envie d’en finir au plus vite avec cette journée qui égratigne le visage de sa superficialité sociale comme il aime la nommer. Espoir vite foutu en l’air par l’apparition de sa voisine Jacqueline Chantan qui lui demande d’aller à la pharmacie pour son pauvre mari cancéreux dont elle ne peut quitter le chevet. Il accepte à contrecœur sans imaginer une seule seconde la folle aventure ou devrais-je dire le pétrin monstrueux ? dans laquelle/lequel il s’est fourré.

Vous l’aurez compris, Altérez-moi met en scène un protagoniste pétri de paradoxes. D’un côté, il est asocial (voire misanthrope) mais son éducation et son envie de ne pas poser de problèmes qui lui pourriraient la vie, le rendent respectueux et quelque peu sociable avec autrui. Solitaire, il se réfugie dans son imagination prolifique où des films d’action se débobinent (Ici avec un certain Monsieur TheWild qui dégomme les Bloody Riders). Toutefois, il rêve de rencontrer la femme de ses rêves. Enfin, son trait de caractère le plus important est sa curiosité alimentée par sa soif inconsciente de comprendre les faits exceptionnels qui se déroulent devant ses yeux. « L’enquêteur Mallar entrevoyait une possibilité pour la suite de ce que, désormais, il désignait mentalement comme son investigation. Il n’aurait su expliquer ce qui le motivait à poursuivre, ce qui l’incitait à connaitre la raison du pourquoi, la logique du comment. Seule stagnait cette impression de nécessité. »

C’est comme si en passant les portes de la pharmacie, Léon Mallar avait inhalé un produit expérimental dont le flacon de verre venait d’éclater au sol. Une solution qui permet au soi intérieur d’être extériorisé et de prendre peu à peu le contrôle du corps de son possesseur. C’est une véritable extériorisation que subit le personnage. Il est altéré (in)volontairement et j’ose supposer que le titre est un énième jeux de mot de l’auteur : Alter(ego) et moi !

La plume de Thomas François est un véritable délice linguistique ! Il modèle les mots et les phrases en usant de traits humoristiques qui me rappellent certains chanteurs francophones. Avec cynisme, il écorche sans hésiter les valeurs, les institutions et les gens. Il subjectivise les objets. Certaines de ses tournures de phrases sont pour le moins originales. Son style est en accord avec son histoire : rock n roll, noir et léger à la fois.

Cette légèreté est contrebalancée par des moments plus sérieux et des aspects philosophiques exposés et disséqués brièvement lors des flux de pensées de Léon qui possède des avis tranchés.

La structure de la narration est un peu spéciale. Elle alterne le présent réel de Léon Mallar, les monologues sans queue ni tête de son esprit, mais qui restent toutefois compréhensibles si on possède des affinités avec ce type d’humour, et le récit de Vingus TheWild. Le tout sans transition, ce qui rend le début de l’histoire un peu fastidieuse à lire. Mais une fois habituée, l’intrigue m’a happée.

En bref, Altérez-moi est un excellent premier roman. L’écriture nous plonge dans cette histoire pourtant simple. Le livre met en scène la métamorphose d’un homme qui vit à travers son imagination et qui finit par comprendre l’intérêt de vivre dans la réalité qui n’est pas forcément éloignée des récits nés sous les doigts des romanciers et des scénaristes. Thomas François est un auteur à suivre.